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LES SECRETS DU JEUNE

Mu yi-d-Dîn Ibn al-‘Arabî

Extraits des Illuminations Mecquoises - al-Futūḥā t al Makkīya‘ traduits par Abd ar-Razzâq Yahya (Charles-André Gilis) Ibn ‘Arabi, Textes sur le jeûne, Éditions Maison des Livres, Alger, 1989.

Définition du jeûne

Futuhât, chap.71, vol.9, p.99-l09 de l’édition O. Yahya

Sache -qu’Allâh te secoure!- que le jeune, c’est l’abstinence (imsak) et l’exaltation (rif‘a). On dit du jour qu’il "jeûne" (sâma) lorsqu’il culmine. Imru-l-Qays a dit: lorsque le jour s’éloigne et "jeûne", c’est-à-dire lorsqu’il atteint son sommet. Le jeûne a été appelé ainsi parce qu’il s’élève en degré au-dessus de toutes les autres oeuvres d’adoration. Il l’a élevé -gloire à Sa transcendance!- en niant toute ressemblance entre lui et ces oeuvres, ainsi que nous le redirons. En outre, Il l’a retranché de Ses serviteurs et Se l’est rapporté à Lui-même. Il a placé la récompense de celui qui se qualifie par lui dans Sa propre Main et l’a fait Sienne. Il a rattaché le jeûne à Lui-même, en lui niant toute ressemblance !

Le jeûne n’est pas un acte mais l’abandon d’un acte (tark). La négation de toute ressemblance est elle-même un attribut négatif, ce qui renforce l’analogie entre le jeûne et Allâh. Le Très- Haut a dit à Son propre sujet: "Rien ne Lui est semblable" (Cor.42, 11); Il a nié qu’Il puisse avoir un "semblable". Aussi bien l’intellect créé que la Loi sacrée indiquent qu’Il n’a -gloire à Sa transcendance!- aucun semblable. Nasâ’î rapporte cette parole d’Abû Umâma: "Je m’approchai de l’Envoyé d’Allâh -qu’Allâh répande sur lui Sa Grâce unitive et Sa Paix !- et lui dis: "Donne-moi un ordre que je prendrai directement de toi !" Il répondit ! "Adonne-toi au jeûne, car il n’a pas de semblable’’. Il a nié que puisse lui être comparée une oeuvre quelconque de celles que Dieu a prescrites à Ses serviteurs.

Celui qui sait que le jeûne est un attribut négatif, puisqu’il consiste à s’écarter des choses qui pourraient le rompre, sait avec certitude qu’il n’a pas de semblable : en effet, il n’a pas d’essence propre pouvant revêtir une qualification de réalité (wujud) intelligible pour nous. C’est pourquoi Allâh le Très-Haut a dit aussi: "Le jeûne M’appartient". Il ne s’agit, en réalité, ni d’une oeuvre d’adoration ni d’un acte (‘amal). Le mot "acte" comporte, quand on le lui applique, une certaine impropriété, tout comme le terme "existant" (mawjud) appliqué à Dieu tel que le comprend l’Intelligence humaine ; en effet, sa réalité (wujud) tient à Son Essence (dhatu-Hu) et ne peut Lui être attribuée de la même façon qu’à nous.

Le Recueil de Muslim rapporte, d’après Abû Hurayra, cette parole du Prophète -sur lui la

Grâce unitive et la Paix divine !- : "Allâh -qu’Il soit glorifié et magnifié !- a dit: "Tout acte du fils d’Adam lui appartient à l’exception du Jeûne, car celui-ci est à Moi et c’est Moi qui en paie le Prix. Le jeûne est un bouclier. Si l’un d’entre vous jeûne un jour, qu’il s’abstienne ce jour-là de propos indécents et de cris. Si quelqu’un l’insulte ou s’en prend à lui, qu il dise: "Je suis un homme qui jeûne, je suis jeûneur". Par Celui qui tient l’âme de Muhammad en Sa Main, en vérité l’haleine qui sort de la bouche du jeûneur sera plus parfumée pour Allâh, au Jour de la Résurrection, que le parfum du musc. Deux joies appartiennent au Jeûneur: quand il rompt son jeûne, il se réjouit de sa rupture (bi-fitri-hi) et quand il rencontre son Seigneur - qu’Il soit glorifié et magnifié !- il se réjouit de son jeûne (bi-sawmi-hi)"."

Sache que le jeûneur rencontre son Seigneur au moyen de la qualification "rien ne Lui est semblable" : d’une part, l’Envoyé a nié toute comparaison possible avec le jeûne -selon le hadîth de Nasâ’î qui a été cité plus haut-, de l’autre (selon ce que le Coran dit de) Dieu, "rien ne Lui est semblable". Il Le voit donc par Lui-même, Dieu est à la fois "Celui qui voit" et "Celui qui est vu". C’est pourquoi il a dit -qu’Allâh répande sur lui Sa Grâce unitive et Sa Paix !- : "il se réjouit de son jeûne" et non "il se réjouit de la rencontre de son Seigneur" car la joie ne se réjouit pas d’elle-même; elle est ce par quoi l’on se réjouit. Celui dont Dieu est le regard quand il Le voit et Le contemple, ne se voit lui-même (nafsa-Hu) que par Son Regard : la joie du jeûneur tient à son rattachement au degré de la "non-similitude" !

Ici-bas, en revanche, il se réjouit de la rupture (fitr) en accordant son droit à l’âme animale qui, par sa constitution même, y réclame la nourriture. Lorsque le Connaissant voit ce besoin qu’a son âme animale et végétative, qu’il voit avec quelle générosité il lui apporte sa nourriture, et que c’est un droit en sa faveur qu’Allâh lui a mis à charge, il remplit cette fonction en vertu d’une qualité divine; il donne par la Main d’Allah, tout comme c’est par l’Oeil d’Allâh qu’il voit Dieu lorsqu’il Le rencontre. C’est pourquoi il se réjouit de Sa Rupture (3) tout comme il se réjouit de Son Jeûne lorsqu’il rencontre son Seigneur.

Le jeûne est attribué au serviteur qui mérite de ce fait le nom de jeûneur; puis, en dépit de

à l’exception du

jeûne, car celui-ci est à Moi", c’est-à-dire: "l’Attribut as-Samad, qui indique l’indépendance (tanzîh) à l’égard de la nourriture, n’appartient qu’à Moi; si Je te l’attribue, il exprime uniquement un aspect conditionné de la transcendance (tanzih), non la Transcendance absolue qui ne convient qu’à Ma Majesté". C’est Allâh qui est le Prix du jeûne quand le jeûneur retourne vers son Seigneur et le rencontre avec la qualification "rien ne Lui est semblable", c’est-à-dire avec le jeûne. En effet, ne peut voir "Celui à qui rien n’est semblable" que "celui à qui rien n’est semblable" comme l’a précisé Abû Tâlib al-Makkî, l’un des Maîtres des "Gens du Goût initiatique" (ahl adh-Dhawq). "Celui dans le sac duquel Il sera trouvé servira Lui-même de Prix" : comme ce verset s’impose en cette occurrence !

cette attestation, Dieu le lui retire et Se l’attribue à Lui-même en disant: "

La parole prophétique continue par les mots: "et le jeûne est un bouclier (junna)", c’est-à-dire une protection (wiqaya); comme dans Sa Parole: "Ayez la crainte pieuse d’Allâh", c’est-à- dire prenez-Le comme sauvegarde et soyez également une sauvegarde pour Lui ! Il a conféré au jeûne la même fonction protectrice, celle de "rien ne Lui est semblable", car le jeûne n’a

"pas de semblable" parmi les oeuvres d’adoration. Cependant, on ne dit pas à son sujet: "Rien ne lui est semblable" (c’est-à-dire, littéralement: "il n’y a pas, comme son semblable, de chose"). En effet, la "chose" est une réalité archétypale (thubûti) ou actuelle (wujudi) alors que le jeûne est un abandon, c’est-à-dire un concept dépourvu de réalité (‘adami) et un attribut purement négatif. On dit donc qu’"il n’a pas de semblable" non qu’"aucune chose ne lui est semblable": telle est la nuance relative à la "non-similitude" selon qu’il s’agit d’un caractère divin ou d’un attribut du jeûne.

Ensuite. le Législateur énonce à l’encontre du jeûneur une interdiction qui marque elle-même un abandon et une qualification négative, en disant: "qu’il s’abstienne de propos indécents et de cris". Il n’a pas ordonné un acte mais interdit que l’on accomplisse certains actes. Comme le jeûne est une abstention, il y a ici une relation significative entre lui et ce qui est ainsi défendu au jeûneur.

Puis, on a ordonné à ce dernier de dire à celui qui l’insulte ou s’en prend à lui: "Je suis jeûneur !", c’est-à-dire "dans un état où j’abandonne cet acte que tu accomplis toi, ô toi qui t’en prends à moi et qu. m’injuries !" Sur l’ordre de son Seigneur, il s’élève (nazzaha) au- dessus de la riposte et annonce qu’il l’abandonne, autrement dit qu’il n’y a chez lui ni insulte ni volonté de combattre.

: formule de son

en vérité l’haleine qui sort de la

c’est-à-dire l’altération de l’odeur de sa bouche qui apparaît

uniquement par l’expiration (tanaffus), en l’occurrence celle que le jeûneur vient d’émettre

avec cette parole parfumée qu’il a reçu l’ordre de dire: "Je suis jeûneur !" ; cette parole, ainsi

", "le

pour

Allâh

qui n’a pas de semblable car personne, à l’exception d’Allâh -gloire à Sa transcendance !- ne

que

le parfum du musc" : il s’agit d’une chose réelle que perçoit celui qui la sent et dont jouit celui qui a une nature saine et équilibrée ; cependant, l’haleine du jeuneur est pour Allâh plus parfumée encore. En effet, Il perçoit les odeurs d’une autre manière que celui qui les perçoit au moyen des sens; ce qui est, pour nous, une mauvaise haleine est pour Lui -qu’Il soit exalté !- une odeur plus parfumée que celle du musc car elle émane d’un être qui n’a pas de semblable. Une bonne odeur n’est pas l’autre. Celle qui procède du jeûneur découle de sa respiration (tanaffus) alors que celle qui émane du musc ne procède pas de la respiration du musc !

peut le porter : il correspond donc bien au jeûne qui, lui aussi, n’a pas de semblable ; "

que tout souffle émanant du jeûneur, "

bouche du jeûneur

Il a dit ensuite: "Par Celui qui tient l’âme de Muhammad en Sa Main

serment -qu’Allâh répande sur lui Sa Grâce et Sa Paix !- " "

"

sera plus parfumée au Jour de la Résurrection

jour où les hommes seront debout devant le Seigneur des mondes" (Cor.83,6), " "

: il a employé le Nom synthétique qualifié par tous les Noms divins ; c’est le Nom

Un événement d’ordre spirituel (waqi‘a) m’est arrivé à ce propos. Je me trouvais dans le Haram mekkois, au minaret situé à la Porte al-Hazwara, auprès de Mûsâ b. Muhammad al- Qabbâb qui y faisait l’appel à la prière. Il avait amené avec lui une nourriture dont la mauvaise odeur incommodait tous ceux qui la respiraient. Or, je connaissais l’enseignement prophétique selon lequel "les Anges sont incommodés par ce qui incommode les fils

d’Adam" de sorte que le Législateur a interdit que l’on s’approche des mosquées avec des odeurs d’ail, d’oignon et de poireau. Je me couchai donc, bien décidé à dire à cet homme d’ôter cette nourriture de la mosquée à cause des Anges. Dans mon sommeil, je vis le Dieu Très-Haut qui me dit -qu’II soit glorifié et magnifié ! - : "Ne lui parle pas de cette nourriture car son odeur auprès de Nous n’est pas semblable à ce qu’elle est auprès de vous". Au matin, (l’homme) vint auprès de moi suivant son habitude et je lui fis part de ce qui m’était arrivé. Il se mit à pleurer et se prosterna devant à Allâh pour manifester sa gratitude; puis il me dit:

"Sidi, malgré cela, le respect des convenances à l’égard de la Loi sacrée est préférable !" Il fit disparaître alors cette nourriture de la mosquée : qu’Allâh lui fasse miséricorde ! Toutes les natures saines, qu’il s’agisse d’hommes ou d’Anges, sont incommodées par une sensation qui ne leur convient pas et fuient les odeurs mauvaises et répugnantes. Allâh est seul à percevoir le Visage divin (wajha-l-Haqq) qu’elles renferment ; certains animaux aussi. Qui s’en accommodent, et les hommes dont la nature a une certaine affinité avec celle de ces animaux, mais en aucun cas les Anges. C’est pourquoi il a dit "par Allâh", car l’homme dont la nature est saine déteste lui aussi l’haleine du jeûneur, tant chez lui-même que chez les autres.

De manière figurée, la Loi sacrée a attribué au jeûne la perfection suprême en rapportant que Dieu lui a réservé dans le Paradis une porte spéciale à laquelle Il a conféré un nom spécial impliquant la perfection. Les jeûneurs y entrent en effet par une porte appelée "ar-Rayyân"; or, ar-rayy occupe, en matière de breuvages, le degré de la perfection. Tant que ce degré n’est

pas atteint, il s’agit nécessairement d’autre chose : lorsqu’il l’est, il y a saturation et il n’est plus possible d’absorber quoi que ce soit, qu’il s’agisse ou non d’une terre peuplé d’êtres vivants. Muslim rapporte ce hadîth, transmis par Sahl b. Sa’d : l’Envoyé d’Allâh -qu’Allâh répande sur lui Sa Grâce unitive et Sa Paix !- a dit : "En vérité, il y a dans le Paradis une porte appelée ar-Rayyan: c’est par elle qu’entreront les jeûneurs au Jour de la Résurrection; personne d’autre n’y entrera avec eux. L’on dira: "où sont les jeûneurs, pour qu’ils entrent par elle ?" Lorsque le dernier d’entre eux sera entré, elle sera fermée et plus personne n’entrera plus par là". Il n’a dit cela pour aucune oeuvre ayant fait l’objet d’un ordre ou d’une défense

à l’exception du jeûne. Il a montré clairement, par cette mention d’ar-Rayyan, que les

jeûneurs atteignent la perfection dans le domaine des oeuvres d’adoration: ils se sont qualifiés, nous l’avons dit, par ce qui n’a pas de semblable et ce qui n’a pas de semblable est en réalité parfait. Ceux d’entre les Connaissants qui sont "jeûneurs" y entrent (par cette porte) dès maintenant (de manière cachée) et ils y entreront (dans la vie future) d’une manière dont toutes les créatures auront connaissance.

Forme spirituelle du jeûne Futuhât, chap.71, vol.9, p. 378-389

Le jeûne appartient (au serviteur) par statut, non par son essence. Allâh Se l’est attribué et en

a dépouillé le jeûneur, bien qu’Il lui ait donné l’ordre de jeûner. Il convient donc que le

jeûneur regarde vers son Seigneur durant toute la durée de son jeûne afin de réaliser pleinement sa qualification et de ne pas en être diverti. Dieu ne S’attribue le jeûne que s’il est

authentique; il ne l’est que dans la forme qu’Allâh a prescrit au jeûneur de réaliser. Si ce dernier ne jeûne pas de la manière qui a été définie par la Loi, il n’est pas jeûneur et, en ce cas, il n’y a pas de jeûne qu’Allâh puisse lui "rendre". ll peut se faire en effet que le jeûneur imagine être tel alors qu’il accomplit pendant le temps de son jeune des actes qui le disqualifient comme la calomnie: en ce cas, il rompt son jeune bien qu’il s’abstienne de manger; pour qu’il retrouve sa qualité de jeûneur, il faut qu’il y ait expiation. Que le jeûneur

soit attentif à ce point, car il s’agit de préférer Dieu à soi-même. Il sera récompensé alors à la mesure de Celui qu’il aura préféré, c’est-à-dire Allâh le Très-Haut. Celui qui demeure attentif à son Seigneur, Allah le Très-Haut demeure attentif à lui de sorte qu’il n’a d’autre récompense que Lui : "Celui dans le sac duquel Il a été trouvé, c’est Lui qui en paie le Prix !" (Cor. 12, 75). Or, (le Vase d’or du Roi) est effectivement trouvé dans le sac d’un côté, Dieu est présent dans le "coeur" de Son serviteur croyant et qui se tient avec Lui ; de l’autre,

le jeûne se trouve chez Allâh car c’est à Lui qu’il appartient quand il est valide. Le jeûneur

cherche alors son sac et on lui dit: "C’est Allâh qui l’a pris !" Allâh devient ainsi Lui-même le Prix (de cet autre rapt) conformément à Sa Parole: "Le jeûne est à Moi, et c’est Moi qui en paie le Prix".

Le jeûne des Connaissants par Allah Futûhât, chap.73, partie initiale

Parmi les Saints (awliya’), il y a aussi les jeûneurs et les jeûneuses: qu’Allâh soit satisfait d’eux ! Il les prend en charge (tawalla) au moyen de l’abstinence qui leur donne en héritage une élévation auprès d’Allâh le Très-Haut à l’égard de toute chose dont le Droit divin leur a ordonné d’écarter leurs âmes et leurs membres, de manière obligatoire ou recommandée.

ensuite parachevez le jeûne

jusqu’à la nuit" (Cor.2, 187), elle indique le terme ultime du temps de l’abstinence dans le monde visible (‘alam ash-shahada), c’est-à-dire le "jour". En effet, la nuit est véritablement le symbole du mystère (ghayb). Lorsqu’ils atteignent le degré correspondant au monde du mystère représenté par la nuit, l’abstinence n’a plus de raison d’être: qu’il s’agisse de l’âme ou des membres, elle s’applique uniquement à ce qui est interdit dans le monde visible. Le monde du mystère est pur Commandement : il ne s’accompagne d’aucune défense, d’où son nom de "monde du Commandement" (‘âlam al-Amr). ll est aussi pur Intellect : ceux qui l’habitent ne sont pas soumis à l’interdiction que comporte l’astreinte car ils sont dépourvus de passions. Ils sont tels qu’Allâh les décrit dans son Livre Incomparable (‘aziz), lorsqu’Il les loue en disant : "Ils ne s’opposent pas à ce qu’Allâh leur commande et ils accomplissent ce qui leur est ordonné" (Cor. 66, 6) ; Il n’a mentionné ici aucune interdiction, car cela serait contraire à leur nature véritable. Lorsque l’homme jeûne et passe de sa condition individuelle (bashariyya) au règne de l’Intellect (‘aql), cela signifie que son "jour" a été accompli

jusqu’au bout et qu’il n’y a plus pour lui ni abstinence ni interdiction; que, par son intellect, il

a rejoint le monde du Commandement dont toutes les passions sont absentes car il est lui-

même pur Intellect. Considère ici sa parole -qu’Allâh répande sur lui Sa Grâce unitive et Sa

Paix !- : "Lorsque la nuit s’avance par ici, que le jour s’en va par là et que le soleil s’est

et que le

Quant à la parole du Très-Haut adressée à cette catégorie "

couché, en vérité le jeûneur a rompu son jeûne". Il faut comprendre en effet : "

soleil a disparu du monde visible pour s’élever à l’horizon de son intellect, le jeûneur a rompu son jeûne", c’est-à-dire: il n’a plus à pratiquer l’abstinence, et la prohibition n’a plus de sens pour lui (irtafa‘a) car son intellect ne se nourrit aucunement de ce dont Dieu lui a ordonné de s’abstenir et qui correspond à la satisfaction de sa nature individuelle. Sache-le donc : lorsqu’il atteint ce degré, l’"exaltation" (rif‘a) divine le libère du pouvoir de sa nature individuelle tout comme la Théophanie le libère de sa réflexion (fikr) car celle-ci est elle- même soumise au pouvoir de sa nature élémentaire et individuelle; c’est pourquoi l’Ange ne "réfléchit" pas. Si l’homme est doué de faculté réflexive, c’est parce qu’il est composé à la fois d’une nature élémentaire et d’un intellect. Or, I’Intellect est par lui-même un support théophanique; il échappe (irtafa‘a) à la bassesse de la réflexion naturelle alors que cette dernière a pour compagne l’imagination qui se nourrit de sensations en provenance du monde sensible. Le poète a dit: Lorsque le servileur s’abstient de tout autre que Lui, le jour "jeûne" et s’éloigne, c’est-à-dire qu’il s’élève et atteint son zénith (irtafa‘a). Celui qui par son abstinence, n’atteint pas cette exaltation n’est pas ce jeûneur que nous requérons, celui que nous appelons de ce nom : ce jeûne est, en effet, celui des Connaissant par Allâh, qui sont les Gens d’Allâh.

Jeûne et prière rituelle Futuhât, chap.47, vol.4, p. l34-135, 140-143 de l’éd. O. Yahya

L’Envoyé d’Allâh -qu’Allâh répande sur lui Sa Grâce unitive et Sa Paix !- a dit: "La prière rituelle est une lumière (nurun), l’aumône une preuve, la patience un éclat illumineux (diya’un) et le Coran un argument en ta faveur ou contre toi"

Allâh -qu’Il soit glorifié et magnifié !- a dit qu’II "s’entretenait" avec celui qui accomplit la prière rituelle. Or, Il est Lumière. Allâh le Très-Haut s’entretient avec lui à partir de Son Nom "la Lumière", à l’exclusion de tout autre. De même que la lumière chasse l’obscurité, de même la prière met fin à toute préoccupation profane. En cela elle se différencie des autres oeuvres car aucune d’elles n’implique l’abandon de tout autre qu’elle-même comme le fait la prière; c’est pourquoi elle est une lumière. Allâh fait savoir a l’orant que lorsqu’Il s’entretient avec lui à partir de Son Nom "la Lumière", Il reste seul avec lui : toute créature disparaît dans la Présence qui accompagne cet Entretien

Le soleil étant lui-même un "éclat lumineux", il permet à l’être doué de vue sensible de découvrir l’ensemble des choses sur lesquelles son éclat se répand: cette "découverte" (kashf) procède, non de la lumière, mais de son éclat. La lumière n’a d’autre effet que de classer l’obscurité alors que son éclat provoque la découverte et l’intuition. Tout comme l’obscurité, la lumière est un voile. L’Envoyé d’Allâh -sur lui la Grâce ei la Paix !- a dit au sujet de son Seigneur -qu’Il soit exalté !- : La lumière est Son Voile"; il a dit également: "Allâh possède soixante-dix -ou soixante-dix mille- voiles de lumière et de ténèbres" ; lorsqu’on lui demanda -sur lui la Grâce et la Paix !- : "As-tu vu ton Seigneur ?", il répondit : "Lumière ! Comment le verrais-je ?" En même temps, il a déclaré que la "patience", qui correspond au jeûne et au pèlerinage, était un "éclat lumineux". En effet elle éclaircit pour toi ce qui était confus, tout comme l’éclat de la lumière te permet de percevoir les choses.

L’Envoyé d’Allâh -qu’Allâh répande sur lui Sa Grâce unitive et Sa Paix !- a mentionné une parole de son Seigneur -qu’Il soit exalté !- disant : "Tout acte du fils d’Adam lui appartient à l’exception du jeûne car celui-ci est à Moi et c’est Moi qui en paie le Prix". Il a dit aussi à quelqu’un: "Adonne-toi au jeûne car il n’a pas de semblable". Le jeûne apparaît ainsi comme une qualification "samadânienne" exprimant la transcendance à l’égard de la nécessité de se nourrir propre à la créature. Dès lors que le serviteur désire -conformément à l’exigence de la Loi sacrée énoncée dans la Parole divine : "Le jeûne vous a été prescrit comme il a été prescrit à ceux qui étaient avant vous" (Cor.2, l83)- revêtir une qualification qui n’appartient pas à sa constitution véritable, Allâh lui dit: "Le Jeûne est à Moi" et non pas à toi, c’est-à- dire: "Je suis Moi Celui à qui il ne sied pas de manger et de boire. Puisque c’est en cela que le jeûne consiste et puisque tu t’y introduis du fait que Je te l’ai prescrit "c’est Moi qui en paie le Prix"". C’est donc comme s’Il avait dit: "Et c’est Moi qui en paie le Prix puisque la qualification de transcendance à l’égard de la nourriture et de la boisson M’implique nécessairement ; toi, au contraire, tu t’en revêts alors qu’elle ne correspond pas à ton être

véritable et qu’elle ne t’appartient en aucune manière; tu t’en pares dans l’état de jeûne et elle t’introduit auprès de Moi. La "patience" consiste, en effet, à contenir son âme et tu l’as contenue sur Mon Ordre à l’égard de ce qu’implique ta réalité propre en matière de nourriture et de boisson". C’est pourquoi Il a dit encore : "Deux joies appartiennent au jeûneur: l’une,

quand il rompt son jeûne

l’autre,

quand il rencontre son Seigneur" : cette joie concerne son "âme parlante" (nafs nâtiqa) et son "noyau seigneurial" (latifa rabbaniyya) car le jeûne amène à la rencontre d’Allâh, c’est-à- dire à la contemplation (mushâhada).

", cette joie concerne uniquement son esprit animal, "

Le jeûne est plus parfait que la prière rituelle car il entraîne la rencontre d’Allâh et Sa contemplation. La prière est un entretien (munâjat), non une contemplation. Elle implique nécessairement un voile; Allâh a dit en effet : "Il n’appartient pas à la créature humaine qu’Allâh lui parle si ce n’est par inspiration ou de derrière un voile" (Cor. 42, 5l). C’est ainsi qu’Allâh a parlé à Moïse et c’est pour cette raison que ce dernier Lui a demandé la Vision. "S’entretenir", c’est échanger des paroles. (C’est pourquoi) Allâh dit : "J’ai partagé la prière rituelle en deux moitiés entre Moi et Mon serviteur et ce qu’il demande est à Mon serviteur ; lorsque le serviteur dit : "Louange à Allâh, le Seigneur des mondes", Allah dit : "Mon serviteur M’a louangé", etc." Le jeûne, en revanche, ne se partage pas. Il appartient (tout entier) à Allâh et nullement au serviteur. Bien plus, le serviteur ne reçoit son "salaire" que par le fait même qu’il appartient à Allâh !

Il y a ici un secret sublime. Nous avons déjà dit que la "contemplation" et l’"entretien" ne sont pas compatibles. En effet, la contemplation provoque perplexité et stupeur (baht) alors que la parole vise à la compréhension : quand une parole se présente à toi, ton attention se

porte sur ce qui est dit -peu importe ce dont il s’agit- non sur celui qui parle. Comprends donc le Coran et tu comprendras al-Furqan ! Telle est la différence entre la prière rituelle et le

Quant à ce que nous avons dit à propos du fait qu’Allâh "paie le Prix" du jeûne par la

jeûne

joie que le jeûneur éprouve au moment où il rencontre son Seigneur, le secret correspondant se trouve dans la Parole divine qui figure dans la Sourate Yusuf : "Celui dans le sac duquel Il sera trouvé servira Lui-même de Prix" (Cor. l2, 75).

Futuhat, chap.7 l, vol.9, p. 387-389 de l’éd. O. Yahya

"Et certes le dhikr d’Allâh est plus grand !" Quelle que soit l’oeuvre d’adoration pratiquée par le serviteur, lorsqu’elle comporte le dhikr d’Allâh celui-ci est nécessairement "plus grand" que les actes et les paroles que cette oeuvre comprend par ailleurs. Le Très-Haut a dit en effet: "La prière rituelle écarte la turpitude et ce qui est blâmable; cependant le dhikr d’Allâh est plus grand" (Cor.29, 45), c’est-à-dire: celui qui est pratiqué dans la prière est "plus grand" que les divers actes que celle-ci comporte. Si tu pratiques le dhikr d’Allâh quand tu accomplis la prière, Il est ton Compagnon (jalis)dans cette oeuvre, Lui qui a dit qu’Il était "le Compagnon de celui qui Le mentionne (dhakara-Hu)" ; or, s’Il est ton Compagnon, ou bien tu es doué de la Vue divine et tu Le contemples (directement), ou bien tu ne possèdes pas ce don et tu Le contemples par la Foi dans le fait qu’"II te voit".

De même qu’Allâh ne parle à Sa créature que "de derrière un voile" (Cor.42, 5l) -et le voile n’est autre que Sa Parole même !- de même, tu ne peux, toi, lui parler, te mentionner toi- même ou mentionner un autre, que de derrière un voile ; il ne peut en être autrement. En effet, la contemplation rend stupide et muet. Celui qui pratique le dhikr est nécessairement aveugle, même si Dieu est son Compagnon : ce qui le rend aveugle, c’est son dhikr ! Dieu, pour tout pratiquant du dhikr, est un "Compagnon invisible" (jalisu ghaybin) ! Seul réunit la contemplation (mushâhada) et la parole (kalam) celui qui est sous l’emprise d’une contemplation imaginaire de son Seigneur, indiquée par la parole "comme si tu Le voyais" car c’est une présence qui se manifeste dans l’imagination : dans cet état, le "compagnon" est semblable à toi, ce n’est pas Celui qui rien n’est semblable". Tel était l’état de Shihâb b. Akhî al-Najîb -qu’Allâh lui fasse miséricorde !- d’après cette parole de lui qui m’a été communiquée de manière sûre : "l’homme peut réunir la contemplation et la parole". Qu’est donc un tel goût initiatique en comparaison de celui du "Réalisé Certificateur" (muhaqqiq) Abû-l-’Abbâs as-Sayyârî, qui fait partie des hommes mentionnés dans la Risala de Qushayrî ? Il a dit en effet: "l’être doué d’intellect n’a jamais tiré aucune jouissance de la contemplation car la contemplation de Dieu est une extinction ; elle ne comporte aucune jouissance". Qu’est donc un tel goût initiatique en comparaison de celui de Shihâb ! Comprends donc, car c’est un point où se trompent même les Gens d’Allâh qui ont obtenu les plus grands degrés de réalisation ; que dire de ceux qui leur sont inférieurs !

Le mois de Ramadan Futûhat, chap.71, vol.9, p. 113 de l’édition O. Yahya

Muslim rapporte, d’après Abû Hurayra, ce hadîth de l’Envoyé d’Allâh -qu’Allâh répande sur lui Sa Grâce unitive et Sa Paix !- : "Lorsque Ramadan arrive, les portes du Paradis sont largement ouvertes et celles du Feu hermétiquement fermées tandis que les démons sont enchaînées". Nasâ’î ajoute dans son recueil " et chaque nuit une voix retentit: "toi qui recherches le bien, profites-en et toi qui recherches le mal, abstiens-toi ! "" --; c’est ce que rapporte Nasâ’î d’après ’Arjafa, qui le tenait d’un Compagnon du Prophète -sur lui la Grâce et la Paix divines !- qui le tenait lui-même de ce dernier.

L’arrivée de " Ramadan " étant la cause du début du jeûne, Allâh ouvre les portes du Paradis. Le Paradis, c’est le voile (sitr). Le jeûne relève des oeuvres qu’Allâh le Très-Haut est seul à

connaître car il consiste dans l’abandon d’un acte (tark). Il ne s’agit pas d’un acte existencié (wujudi) apparaissant aux regards et pouvant être accompli par les membres du corps : le jeûne est voilé pour tout autre qu’Allâh. Allâh le Très-Haut est seul à connaître sa présence chez le jeûneur. Le jeûneur est celui qui est appelé tel par la Loi sacrée, non celui qui a faim.

Et Allâh "ferme hermétiquement les portes du Feu" : ce dernier se retourne alors contre lui- même, sa chaleur redouble, ses brasiers se dévorent l’un l’autre. De même pour le jeûneur:

lorsqu’il jeûne, les portes du feu de sa modalité naturelle (tabi‘a) sont fermées. Le jeûne engendre alors une chaleur nouvelle du fait de l’absence de facteurs rafraîchissants. Le jeûneur en éprouve une souffrance intérieure; son désir redouble d’atteindre des nourritures dont il imagine qu’elles lui apporteraient un réconfort. Le feu de son désir s’intensifie par la fermeture de la porte qui lui permettrait d’obtenir nourriture et boisson.

"Et les démons sont enchaînés", c’est-à-dire l’éloignement. Le jeûneur est proche d’Allah par la qualité "samadanienne" ; s’adonnant à une oeuvre d’adoration qui "n’a pas de semblable", il se rend proche de Celui qui est qualifié par "rien ne Lui est semblable". Or, pour celui qui possède cette qualification, les démons sont enchaînés. En effet, selon une donnée traditionnelle (khabar) -: "Les démons circulent chez les Fils d’Adam "comme le sang". Empêchez-les de circuler par la faim et la soif" ; celles-ci aident l’homme à résister à ce que le démon veut de lui : qu’il agisse à sa guise et de manière excessive, au-delà de ce qui est admis par la Loi.

Sache encore -qu’Allâh t’enseigne ainsi une Science et te donne en toute chose une sagesse et un pouvoir (hikmatan wa-hukman) - que " Ramadan " est un des Noms d’Allâh le Très-Haut:

il s’agit d’as-Samad. Une tradition prophétique mentionne ce point Ahmad b. ’Adiyyin al- Jurjânî rapporte un hadîth véritable (najîh) transmis par Abû Ma’shar d’après Sa’îd al- Muqbirî, qui le tenait de Abû Hurayra, selon lequel l’Envoyé d’Allâh -qu’Allâh répande sur lui Sa Grâce unitive et Sa Paix !- a dit: "Ne dites pas "Ramadan" car Ramadan est un des Noms d’Allâh le Très-Haut"-. En dépit de la faiblesse résultant de la présence, dans cette chaîne de transmission, de Abû Ma‘shar, les savants spécialisés disent que ce hadîth doit être retenu comme authentique et qu’il convient de le prendre en considération : qu’Allâh soit satisfait d’eux ! C’est pourquoi Allâh le Très-Haut dit : "le mois de Ramadan" (Cor.2, 185) et non pas simplement " Ramadan " ; et encore : "Celui d’entre vous qui a la vision du mois, qu’il le jeûne" (Cor.2, 185) et non pas "la vision du Ramadan". Le hadîth de Abû Ma‘shar se trouve ainsi confirmé puisqu’à la parole des savants selon laquelle il doit être retenu en dépit de sa faiblesse s’ajoute l’appui du Coran.

Allâh a rendu le jeûne "qui n’a pas de semblable" obligatoire de façon inconditionnelle uniquement en ce mois auquel Il a -gloire à Sa Transcendance !- donné un de Ses Noms. Dès lors, ce mois n’a lui-même pas de semblable car aucun mois de l’année ne porte un des Noms dont Allâh S’est appelé Lui-même à l’exception du " Ramadan " ; il s’agit d’un nom d’élection, appliqué à un mois bien déterminé. Tel n’est pas le cas de Rajab en dépit du fait que le Prophète -sur lui la Grâce et la Paix divines !- a dit de lui qu’il était "le mois sacré d’Allâh" (shahr Allâh al-muharram), car tous les mois sont en réalité des mois d’Allâh : la qualification particulière de Rajab tient uniquement au fait qu’il s’agit d’un des mois sacrés.

Enfin, Allâh le Très-Haut a révélé le Coran en ce mois au cours de la meilleure des nuits, appelée la "Nuit de la Valeur" ; Il l’a révélé "comme une guidance pour les hommes " (Il a

révélé aussi) des indications évidentes tirées de la guidance et le Livre discriminateur" (Cor. 2,185) en tant qu’Il est " Ramadan " ; en revanche, en tant qu’Il est "Nuit de la Valeur", Il l’a révélé comme "un Livre explicite", c’est-à-dire qu’Il a rendu explicite qu’il s’agit d’un Livre. Entre le fait d’être un Livre, un Coran ou un Discriminateur (Furqan), il y a des degrés bien distincts que connaissent les Savants par Allâh.

Si l’Envoyé d’Allâh -sur lui la Grâce et la Paix !- a défendu de dire " Ramadan ", c’est à cause de la Parole "rien ne Lui est semblable". En effet, si l’on appelait (le mois du jeûne) " Ramadan ", Allâh aurait un semblable sous le rapport de ce Nom. Le terme "mois" est ajouté pour nier l’existence d’une similitude plus précisément en ce qui concerne l’"ordre mensuel", de sorte que "rien ne Lui est semblable" demeure, à ce point de vue aussi, au degré qui est le sien.

Allâh a rendu le jeûne de ce mois obligatoire et ses veilles recommandées : il comporte un état de jeûne (sawm) et un état de rupture de jeûne (fitr) car il comprend la nuit aussi bien que le jour. Le Nom "Ramadan" s’applique au mois dans ces deux états et demeure ainsi bien distinct de "Ramadan" en tant que Nom d’Allâh le Très-Haut : le jeûne qui appartient à Allâh n’implique aucune rupture, à la différence du nôtre qui prend fin à une limite temporelle correspondant à la disparition du jour, à l’arrivée de la nuit et au coucher du soleil. Le jeûne ne s’applique pas à Dieu de la même manière qu’aux créatures.

Il a recommandé la veille de ses nuits en vue de Sa manifestation théophanique (tajalli), "le jour où les hommes seront debout (yaqumu) devant le Seigneur des mondes" (Cor. 93, 6). Bien que cette manifestation s’opère pour Allâh en toute nuit de l’année, elle n’est pas comparable en Ramadân, à un moment où les jeûneurs ont rompu leur jeûne, à ce qu’elle est

à l’égard de ceux qui mangent sans avoir jeûné : pour les premiers, il y a rupture à la suite

d’un "abandon" prescrit par la Loi et décrit comme " n’ayant pas de semblable" ; quant aux seconds, ils ne sont pas désignés comme ceux "qui ont rompu le jeûne (muftir) mais comme ceux "qui mangent" (akil). Pour le jeûneur, la rupture est une ouverture (shaqq) de ses entrailles par la nourriture ; il les ouvre en y faisant circuler nourriture et boisson après qu’elles ont été "bouchées" par on jeûne, conformément à sa parole -sur lui la Grâce et la Paix !- "empêchez leur circulation par la faim et la soif".

La veille a lieu la nuit car elle résulte d’une force qui habite le veilleur et qui a son origine

dans la nourriture. Il y a ici une corrélation avec l’invisible (ghayb): la force qui résulte de la nourriture est invisible car c’est un conséquence qui échappe à l’ordre sensible. Le Ramadan comporte donc le jeûne aussi bien que la rupture, la veille aussi bien que son contraire ; c’est pourquoi il est dit dan une tradition prophétique "Qu’aucun d’entre vous ne dise : j’ai veillé le Ramadan tout entier ou je l’ai jeûné ". Celui qui rapporte cette donnée ajoute: "Je ne sais s’il

a réprouvé par toute forme d’excès (tazkiya) ou s’il a voulu dire simplement qu’on ne peut

échapper à un certain sommeil ou assoupissement", l’exclusion s’appliquant alors uniquement à la veille de la nuit, non au jeûne du jour. Ce hadîth est rapporté par Abû Dâwûd d’après Abû Bakr qui le tenait de l’Envoyé d’Allâh -qu’Allâh répande sur lui Sa Grâce unitive et Sa Paix ! Du reste, la rupture (fitr) correspond ici uniquement à la disparition (du jour), à l’arrivée (de la nuit) et au coucher (du soleil), peu importe que le jeûneur se mette alors à manger où non.

Commentaire des versets relatifs au jeûne du mois de Ramadan Futuhât, chap.71, vol.9, p. 264-279 de l’édition O. Yahya

Ah ! Si l’homme pouvait entrevoir la Station depuis laquelle le Très-Haut le convoque au jeûne lorsqu’il dit: "O vous qui croyez", et que c’est lui seul qui est ainsi convié par cet appel collectif. L’Envoyé d’Allâh -qu’Allâh répande sur lui Sa Grâce unitive et Sa Paix !- a dit en effet : "Il y a une aumône à charge de chacune de vos phalanges" ; il a établi par une astreinte collective dans le chef d’un seul homme. S’il en est ainsi même pour ses veines (et les parties cachées de son corps) a fortiori en sera-t-il ainsi pour ses membres (et ses facultés) extérieurs: son ouïe, sa vue, sa langue, sa main, son ventre, son pied, son organe génital et son coeur, qui sont les principales composantes de son apparence. Tout membre est en réalité convié à un jeûne qui lui est propre et à une abstinence à l’égard de ce qui lui est interdit par Sa Parole: " le jeûne vous a été prescrit", de sorte qu’il ne peut plus agir à sa guise. Allâh te convoque donc en ta qualité de croyant à partir de la Station de la Sagesse universelle pour que tu t’appliques à faire ce qu’Il demande avec la science de ce qu’Il veut de toi dans cette

oeuvre d’adoration (qu’est le jeûne); c’est pourquoi Il dit "le jeûne vous a été prescrit", c’est- à-dire l’abstinence de tout ce dont l’accomplissement ou le non-accomplissement vous a été interdit "comme il a été prescrit à ceux qui étaient avant vous" c’est-à-dire le jeûne comme tel, bien qu’il puisse s’agir aussi du jeûne du Ramadan proprement dit, comme le croient certains, compte tenu du fait que "ceux qui étaient avant vous " d’entre les Gens du Livre en ont augmenté la durée jusqu’à l’étendre à cinquante jours : c’est là une des choses qu’ils ont altérées. "Comme il a été prescrit", c’est-à-dire rendu obligatoire, "à ceux qui étaient avant vous" : ceux qui vous ont précédé dans ce statut (de jeûneurs), alors que vous êtes venus

aurez-vous la crainte pieuse", c’est-à-dire prendrez-vous le jeûne

après eux. "

comme une protection ; en effet, le Prophète -sur lui la Grâce et la Paix !- nous a appris que "le jeûne est un bouclier" : c’est là la protection dont il est question dans ce verset. Vous ne le prenez comme protection que si vous en faites une oeuvre d’adoration; le jeûne appartient à Dieu par sa transcendance mais, en tant qu’oeuvre d’adoration, il est pour le serviteur un bouclier et une protection qui l’empêche d’émettre la moindre prétention à l’égard de ce qui appartient à Allâh et non à lui-même: n’ayant pas de semblable, le jeûne appartient à Celui "qui n’a pas de semblable" ; c’est à Allâh, et non à toi-même, que le jeûne appartient.

peut-être

Il a dit ensuite: "des jours comptés" ; "jours" vise sans aucun doute la première mention du terme kutiba ("a été prescrit") car nous ignorons ce qui a été prescrit à ceux qui étaient avant nous : leur a-t-il été prescrit un seul jour -c’est le cas de Ashûrâ- ou plusieurs (ayyâm) ? Ce qui nous été prescrit à nous, c’est le jeûne d’un mois, et le mois ne peut compter que vingt- neuf ou trente jours, d’après le compte découlant de notre vision du croissant (hilal). Or, (la forme du mot) " ayyâm " s’applique exclusivement aux nombres de 3 à 10. La lettre du Coran concorde donc parfaitement avec ce que nous a enseigné l’Envoyé d’Allâh -qu’Allâh répande sur lui Sa Grâce unitive et Sa Paix !- au sujet du nombre de jours du mois (de Ramadan) ; il a dit en effet : "le mois est comme ceci ", faisant un geste de la main signifiant " dix jours " ; puis il a ajouté : "et comme ceci", c’est-à-dire encore dix jours, "et comme ceci", en laissant cette fois un pouce fermé, c’est-à-dire neuf jours. Si, la seconde fois, il n’a pas fermé son pouce, c’est pour signifier à nouveau dix jours. En effet, le Très-Haut avait dit "des jours comptés" ; le Législateur compta donc les jours du mois par dizaines de manière à ne pas

invalider la mention (coranique) des "ayyam", en conformité avec la Parole d’Allâh le Très- Haut. Il a agi ainsi autrement qu’il l’avait fait avec Aïcha à propos de l’annulation du mariage (al-ilâ); il avait dit alors : "il se peut que le mois soit de vingt-neuf jours"-, et non "comme ceci et comme cela", comme il le t pour le mois de Ramadan. Ceci confirme qu’il a voulu s’exprimer en conformité avec ce que le Très-Haut avait mentionné dans son Livre.

Il a dit ensuite : "Quant à celui d’entre vous qui est malade ou en voyage, (qu’il jeûne) un nombre d’autres jours (ayyamin)". Ici encore, Il a mentionné des "jours", tout en faisant allusion par (les mots) "d’entre vous" à ceux auxquels s’adressait Son exhortation, c’est-à- dire ceux qui croient ; "malade", c’est-à-dire empêché par Dieu ; "ou en voyage" : ce sont les Gens du cheminement initiatique (suluk) dans la Voie d’Allâh, les Stations (maqâmat) et les

états spirituels (ahwal). Le terme "safar" a son origine dans l’"isfa ", terme qui contient l’idée de rendre visible, manifeste (zuhur).Il sert à désigner le voyage parce que celui-ci dévoile le caractère des hommes. Ce que la "Station" et l’"état" dévoilent aux initiés dans ce cheminement, c’est que l’action ne leur appartient pas, bien qu’ils l’accomplissent. Allâh est Lui le seul Agent (‘âmil) en eux; c’est Sa Parole : "Tu n’as pas lancé quand tu as lancé, mais Allâh a lancé" (Cor. 8, 17) ; "un nombre d’autres jours", c’est-à-dire dans "le temps voilé" (fi waqt al-hijâb): ils sont "autre" pour que l’astreinte légale puisse trouver un support temporel qui les rende obligatoires : cette question a été abordée précédemment ; tu n’as qu’à te référer

à ce que nous avons écrit.

Il a dit ensuite: "et, à charge de ceux qui ont la capacité de jeûner, une compensation : la nourriture d’un pauvre. Celui qui, usant de sa liberté, accomplit un bien, cela est un bien pour lui et que vous jeûniez est un bien pour vous : si vous saviez ! ", c’est-à-dire : celui qui a la capacité de jeûner, Nous lui avons donné le choix entre le jeûne et la nourriture (d’un pauvre): (le Très-Haut) est donc passé, pour ce qui concerne celui qui est soumis à l’astreinte, d’un statut d’obligation déterminée à un statut d’obligation indéterminée, bien que le choix (du serviteur) soit limité. Allâh savait bien comment il se comporterait ! C’est pour cela qu’Il lui a laissé le choix: aucun des deux termes (de l’alternative) n’étant obligatoire par lui- même, celui que (le serviteur) aura choisi l’aura été en vertu d’un libre-choix puisqu’il aurait pu tout aussi bien choisir l’autre. Cependant Allâh a rendu le jeûne préférable car il Lui appartient, de sorte que (l’homme) réalise l’Attribut de "jeûne" qui, parmi les modes d’adoration, "n’a pas de semblable". Si tu rétorques que le fait de nourrir est également un Attribut divin car Il est "Celui qui donne la nourriture", nous répondons que cette idée eut été effectivement possible s’Il n’avait joint faculté de nourrir (un pauvre) à l’idée de compensation en rattachant (grammaticalement, dans le texte coranique) la première à la seconde. (Il s’est donc exprimé) comme celui qui est soumis à l’astreinte avait l’obligation de

jeûner ! Or, tant selon les convenances que selon la réalisation véritable, rien n’est obligatoire pour Allâh, à l’exception de ce qu’Il S’est rendu obligatoire à Lui-même: celui qui est soumis

à un statut d’obligation en est en effet le prisonnier et demeure sous sa puissance ! Ici, la

compensation a été précisée : c’est le fait de nourrir. Allâh a donc eu en vue le jeûne et l’a établi comme un bien pour toi car s’agit d’un Attribut qui lui est propre. Ne vois-tu pas qu’Il a dit aussi : " Et Nous l’avons exonéré au moyen d’une victime sublime" (Cor.37, 107) : de l’emprise de la mort. " Si vous saviez " : sans doute, la particule in a-t-elle ici un sens de négation ; c’est-à-dire: "vous ne sauriez pas que le jeûne est meilleur que le fait de nourrir si Je ne vous l’avais pas appris". Il se peut aussi que le sens soit : "Si vous cherchez à savoir le meilleur terme du choix que Je vous ai laissé, Je vous l’apprends", c’est-à-dire les rangs

respectifs du jeûne et du fait de nourrir.

Il a dit ensuite: "Le mois de Ramadan ", de ce Nom divin qui est " Ramadan ", mois qu’Il a relié à Allâh le Très-Haut à partir de Son Nom "Ramadan ", Nom étrange et singulier ; "dans lequel le Coran a été révélé ", c’est-à-dire : le Coran est descendu par le jeûne de ce mois précis à l’exclusion de tout autre ; "comme une guidance". Le Coran, c’est la synthèse (jam’). C’est pourquoi Il t’a uni à Lui dans l’Attribut de " samadâniyya " qui est le jeûne ; par sa transcendance, celui-ci appartient à Allâh qui a dit : "le jeûne est à Moi " ; en revanche, en tant qu’oeuvre d’adoration, c’est à toi qu’il appartient. "Comme une guidance " : c’est-à-dire un exposé évident ; " pour les hommes " : à la mesure de leur capacité et de la compréhension qui leur a été donnée car chacun en possède, dans cette oeuvre d’adoration, une certaine part (shurban). "et des indications évidentes (bayyinât)" : tout être a une évidence qui lui est propre, à la mesure de sa compréhension du Discours divin ; "tirées de la Guidance", qui est l’Éclaircissement (total: tibyân) divin, "ainsi que la Discrimination (Furqân)" : après t’avoir uni à Lui par le "Coran", Il te "discrimine", afin que tu te distingues de Lui au moyen du "Livre discriminateur", car si tu es "toi, toi", Il est "Lui, Lui" en application de ce qui a été dit, à savoir que tu fais usage d’une chose qui Lui appartient et qui est le jeûne ; celui-ci lui appartient du point de vue de sa transcendance alors qu’il est à toi en tant qu’oeuvre qui n’a pas de semblable ; le Seigneur est ainsi distingué du serviteur, après qu’ils ont été associés tous deux dans le nom de "jeûne".

"Celui d’entre vous qui a la vision du mois, qu’il le jeûne", c’est-à-dire: celui d’entre vous qui se trouve avoir une réputation auprès du commun des gens, qu’il jeûne à cet égard ; qu’il restreigne son âme dans cette notoriété, qu’il la domine au moyen de l’abaissement et la dépendance de sorte que sa joie soit intense au moment de la rupture.

"Celui qui est malade", en état de déséquilibre (mâ’ilan), car la maladie est un déséquilibre, ou d’emprisonnement, car le malade est le prisonnier de Dieu, "ou en voyage", cheminant parmi les Noms divins pour connaître le " goût initiatique " (dhawq), ou encore allant de Lui

vers les créatures, "qu’il jeûne un nombre d’autres jours" : des jours comptés, sans en ajouter "

en vous exhortant à la

douceur dans l’accomplissement de l’astreinte légale , "et il ne veut pas pour vous la difficulté" c’est-à-dire ce qui vous est pénible, confirmant par là cette autre Parole : "Il n’a pas mis de gêne à votre charge dans la Religion". En outre, Il déterminé ici al-yusra au

moyen de l’alif et du lâm, faisant allusion ainsi à la " facilité " mentionnée, cette fois en mode indéterminé, dans la Sourate " N’avons-nous pas ouvert ta poitrine " -; c’est-à-dire : telle est la facilité que Je veux de vous, celle de la Parole: "En vérité, avec la difficulté, il y a une

facilité (yusran)

jeûner; puis: "En vérité, avec la difficulté, il y a une facilité (yusran)" ce qui veut dire: dans la difficulté du voyage il y a également la facilité de ne pas jeûner ; "Puis, quant tu en auras terminé" avec la maladie et le voyage " établis " ton âme dans l’oeuvre d’adoration qu’est le

et dirige-toi ardemment vers ton Seigneur" pour

demander Son aide. Notre Maître Abû Madyan -qu’Allâh lui fasse miséricorde !- disait à propos de ce verset : "quand tu en auras terminé avec les créatures, fixe (ou établis) ton coeur dans la contemplation du Tout-Miséricordieux et dirige-toi ardemment vers ton Seigneur pour toujours ; c’est-à-dire, quand tu entres dans une oeuvre d’adoration, n’entretiens pas ton âme

jeûne, c’est-à-dire "accomplis-le !" -; "

ce qui veut dire: dans la difficulté de la maladie, il y a la facilité de ne pas

sans en retrancher. "

Allâh

veut pour vous la facilité (yusra)

",

du moment d’en sortir en disant: " Ah ! Si seulement elle pouvait déjà être terminée ! "

et achevez le nombre (prescrit)" : par la vision du croissant ou l’achèvement des trente

jours ; "et magnifiez Allâh" : témoignez de Sa Grandeur et qu’elle Lui appartient à Lui seul ; ne la Lui disputez pas, car elle ne convient qu’à Lui : gloire à Sa Transcendance ! Magnifiez- Le par rapport à toute qualification de facilité ou de difficulté, car Il a dit à propos du renouvellement : "et cela Lui est très facile". Il sait parfaitement ce qu’Il dit ; prends garde à tes interprétations car tu aurais à en répondre: magnifie-Le par rapport à ces dernières ! "pour vous avoir guidés", c’est-à-dire vous avoir donné la réussite dans l’accomplissement de Ses prescriptions et vous avoir montré clairement votre part de ce qui Lui revient : qu’Il soit exalté ! "peut-être serez-vous reconnaissants" --: Il a fait de tout cela une grâce dont nous devons Le remercier ; nous pouvons en effet toujours recevoir davantage, ce qui est la preuve la plus évidente de notre état de "manque". La reconnaissance (shukr) est un Attribut divin car "Allâh est Reconnaissant, Savant" (Cor.4, 147). Par cet Attribut, par le fait qu’Il est Lui- même Reconnaissant, Il nous demande toujours davantage; Il a dit en effet : "Et si vous êtes reconnaissants, je vous donnerai un surcroît" (Cor.14, 7) ; Il nous a indiqué ainsi ce que nous assure la reconnaissance, afin que nous accroissions nous-mêmes nos oeuvres !

"

"Et si Mes serviteurs t’interrogent à Mon sujet", du fait que tu es le "gardien de la porte", "en vérité, Je suis Proche" en ce que Nous avons de commun avec eux : la reconnaissance et le jeûne qui "M’appartient". Nous leur avons ordonné de jeûner tout en leur faisant savoir que c’est à Nous, et non à eux, qu’il appartient. Celui qui s’en revêt revêt une chose qui Nous est propre (khass) et fait partie des Gens de l’Élection (ahl al-ikhtisas), tout comme -"les Gens du Coran sont les Gens d’Allâh et Son Elite (khassatu-Hu)" ; "Je réponds à l’appel de celui qui appelle" selon une vision subtile (basira), "lorsqu’il M’appelle" c’est-à-dire : de même que Nous t’avons fait appeler les hommes "à Allâh selon une vision subtile (basira)", de même Nous donnons à celui qui Nous appelle à lui une vision subtile du fait que Nous lui répondons, du moins tant qu’il ne dit pas : "Il ne me répond pas !" ; "qu’ils répondent à Mon Appel (fa-l-yastajibuly)"-, c’est-à-dire quand Je les appelle à Mon obéissance et à Mon adoration, car "Je n’ai créé les Jinns et les Hommes que pour qu’ils M’adorent" (Cor.51, 56) ; Je les convoque par la bouche de Mes Envoyés ainsi que dans les Livres révélés avec lesquels Je les ai envoyés vers eux. (Allâh) a renforcé le terme istijâba par le sîn car Il connaissait notre refus et notre répugnance à Lui répondre. "pour Moi (ly)", c’est-à-dire : à cause de Moi (seul) ; ne faites pas cela dans l’espoir d’obtenir ce qui est auprès de Moi), car vous seriez alors les serviteurs de Ma Grâce, non Mes serviteurs à Moi. Ils sont en effet Mes serviteurs "bon gré, mal gré" (Cor. 13, 15); ils ne peuvent se sortir de ! "et qu’ils croient en Moi" :

qu’ils aient foi en la réponse que Je leur donne quand ils M’appellent; qu’ils aient foi en Moi, non en eux-mêmes. Celui qui a foi en lui-même et non en Allâh, sa foi ne comporte pas ce qui Me revient ; au contraire, si c’est en Moi qu’il croit, il fait parfaitement ce qu’il doit et donne à toute chose son droit : c’est celui qui a foi dans les données traditionnelles dans leur ensemble, alors que celui qui a foi en lui-même croit uniquement dans les preuves dont il dispose. Ce en quoi J’ordonne d’avoir foi contredit les preuves rationnelles et oscille entre l’analogie (tashbih) et la transcendance (tanzîh). Celui qui a foi en lui-même croit en certaines choses et non en d’autres ; il ne les repousse pas mais les interprète (ta’wilan).Celui qui interprète a foi en sa raison (‘aql) et non en Moi. Celui qui prétend dans son for intérieur être plus savant que Moi-même à Mon propre sujet ne Me connaît pas et ne croit pas en Moi ; c’est un serviteur qui Me déclare menteur dans ce que Je Me suis attribué à Moi-même, et

que J’ai exprimé de la meilleure manière. Lorsqu’on l’interpelle, il répond : j’ai voulu respecter la transcendance. En réalité, son attitude procède de la ruse de l’âme, de la conscience qu’elle a de sa propre valeur (‘izza), de sa volonté d’indépendance, de son refus de se conformer. "peut-être seront-ils bien dirigés"--, c’est-à-dire : suivront-ils le bon chemin (rushd) comme le font ceux qui réussissent, ceux qui le suivent dès qu’ils l’aperçoivent. (Dieu) les conduit ainsi à la félicité éternelle : elle est la réponse de Dieu lorsqu’ils L’appellent, ainsi que le terme de leur route qui réjouit leurs âmes en leur rendant permis ce qui leur avait été interdit durant le jeûne, depuis le début du jour jusqu’à sa fin.

Il a dit ensuite: "Il vous a permis la nuit du jeûne", c’est-à-dire la nuit à laquelle aboutit votre jeûne, non celle au matin de laquelle vous êtes en état de jeûne car il s’agit d’une particularité qui vous accompagne jusqu’à la nuit de la Fête et de la Rupture du jeûne (‘Id al- Fitr). Si la "nuit du jeûne" évoquée dans ce verset se rapportait au jour suivant, elle ne concernerait pas la nuit de la Fête puisqu’au matin du jour qui suit vous ne jeûnez pas et que, si vous jeûniez, vous seriez désobéissants. En revanche, cette particularité n’a pas de sens pour la première nuit de Ramadan puisque la nourriture et les autres choses interdites (durant le jeûne) demeurent permise qu’il n’y a donc aucun changement de statut: c’est pourquoi, nous attribuons la nuit dont il s’agit au jour qui précède ; "ar-rafatha"-, c’est-à-dire l’union sexuelle (jima‘) "avec vos femmes (ila nisa’i-kum)" Il a employé le terme nisa’ -Il n’a pas dit "vos épouses" ou quelque chose d’approchant- car ce terme contient une idée de "retardement" : en effet, la possibilité (hukm) l’union sexuelle a été " retardée " pendant le temps du jeûne jusqu’à la nuit ; quand celle-ci vient, l’interdit prend fin. C’est donc comme s’II disait "jusqu’à ce (que devienne possible ce) qui a été retardé pour vous et pour elles", qu’il s’agisse de vos épouses ou de vos concubines, moins de celles avec lesquelles l’union sexuelle est permise ; "elles sont un vêtement pour vous et vous êtes un vêtement pour elles", c’est-à-dire qu’il y a entre vous une corrélation (munasaba) véritable, ce qui n’est pas le pour ce dont Nous vous avons revêtus dans votre jeûne quand vous vous êtes qualifiés au moyen d’un attribut qui "M’appartient " et qui est le jeûne: vous n’êtes pas un vêtement pour Moi dans Ma Parole : "le coeur de Mon serviteur Me contient" et Je ne suis pas un vêtement pour vous dans Ma Parole : Allâh "entoure toute chose" (Cor.41, 45) car le vêtement entoure ce "

qu’il couvre et le cache. "

à

cause du témoignage que J’ai pu porter contre vous du fait que vous avez accepté le "Dépôt de Confiance" quand Je vous l’ai proposé ; J’avais dit alors de celui qui l’avait accepté "En

vérité, il est très injuste et très ignorant" : "très injuste" à l’égard de son âme car il a mis à sa charge une chose dont il ignorait, au moment de son acceptation, ce que comportait la Science d’Allâh qui lui correspondait ; et " très ignorant " de la valeur réelle de ce Dépôt et du blâme qu’encourrait celui qui le trahirait. Comme le " très ignorant " est aveugle, qu’il ne sait trouver sa route, ni où ni comment poser le pied, Il a dit : " Allâh savait que vous vous étiez-- fait tort à vous-mêmes" du fait des prohibitions dont vous étiez devenus l’objet; "Il

vous a cependant rendu Sa Grâce", c’est-à-dire qu’Il est revenu (taba) vers vous. "

c’est-à-dire, par le peu qu’Il vous a rendu licite durant le temps de la rupture de

Il vous a

exempté

l’interdit, qui est la nuit. Nous disons "le peu " puisque l’interdiction des relations sexuelles subsiste sans conteste pour celui qui fait retraite dans une mosquée -ailleurs les avis sont partagés- et aussi pour celui qui pratique le jeûne continu (al-muwasil); présent approchez- vous donc d’elles", c’est-à-dire durant le temps du Ramadan où le jeûne est rompu, " et aspirez à ce que Allâh vous prescrit" : recherchez ce qu’Allâh vous a enjoint par égard pour vous, prenez connaissance de tout ce qu’II a mentionné dans ce verset et oeuvrez en

Allâh savait que vous vous étiez fait tort à vous-mêmes

",

conséquence; "

revient, et qui est à ta charge, pour ce qui concerne le manger et le boire "jusqu’à ce que "

par

(l’apparition) de l’aube

Il t’ordonne de donner à ton âme le droit qui lui

mangez et buvez

":

devienne évidente pour vous (la distinction) du fil noir "

qui est le recul de la nuit "

: l’irruption de la clarté à l’horizon.

"Et ensuite, achevez complètement le jeûne jusqu’à la nuit. Et n’approchez pas de vos femmes alors que vous faites retraite dans les mosquées" : l’interdiction de l’union sexuelle subsiste en ce cas ; de même celle qui concerne le manger et le boire dans le cas de celui qui

désire pratiquer le jeûne continu (wisal). Il a dit en effet -qu’Allâh répande sur lui Sa Grâce unitive et Sa Paix !- : "Que celui qui pratique le jeûne continu le poursuive jusqu’aux premières lueurs de l’aube (sahar)", c’est-à-dire le moment où la clarté et les ténèbres sont mêlées, celui où apparaît la "queue du loup" : entre les deux aubes, celle qui s’élargit à l’horizon et celle qui s’élève. (On rapporte que) 1’Envoyé d’Allâh -qu’Allâh répande sur lui Sa Grâce unitive et Sa Paix !- a pratiqué avec ses Compagnons un jeûne ininterrompu de

celles

qu’Il vous a ordonné de respecter ; "ne vous en approchez pas" : ne regardez pas ce qu’il y a au-delà ! Il y a ici une science cachée (ghamid) que connaît, seul, celui qui en a reçu le goût par l’effet d’une sollicitude divine, comme Khidr et d’autres, car un pied peut glisser après avoir été ferme, et vous en éprouveriez du mal ; "de cette manière, Allâh expose clairement Ses Signes", c’est-à-dire Ses "indicateurs" (dala’il),"aux hommes" , par des suggestions (ishara) qui leur servent de Rappel, "peut-être auront-ils la crainte pieuse": prendront-ils ces indicateurs comme une protection contre le conformisme (taqlid) et l’ignorance ; le "conformiste " ne possède, en effet, ni évidence de la part de son Seigneur ni preuve. (Allâh) a donné en outre (à ces derniers mots) un sens d’espoir car celui qui a reçu un " indicateur " ne parvient pas forcément à ce qu’il indique et celui qui a obtenu une science ne réussit par forcément à oeuvrer en conséquence, dans le cas il s’agit d’une science dont la finalité est précisément l’action.

deux jours, puis ils virent le croissant. "

telles sont les limites fixées par Allâh

",