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Jean Coulomb Les boxeurs minoens In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 105, livraison 1, 1981.

Les boxeurs minoens

In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 105, livraison 1, 1981. pp. 27-40.

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Coulomb Jean. Les boxeurs minoens. In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 105, livraison 1, 1981. pp. 27-40.

doi : 10.3406/bch.1981.1929 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bch_0007-4217_1981_num_105_1_1929

LES BOXEURS MINOENS

Exercices tauromachiques et combats de boxe sont les jeux athlétiques le plus souvent représentés dans l'art plastique minoen. La témérité, l'agilité et les graves blessures des toréadors aux mains nues qui, dans les arènes Cretoises, affrontaient de redoutables taureaux, forcent l'admiration. Le combat de boxe, sans doute moins spectaculaire et moins périlleux, fut aussi une activité sportive très prisée dans les grands centres culturels de la Crète minoenne. En 1901, Sir Arthur Evans découvrit à Knosos le premier exemplaire de fragment de vase gravé montrant un boxeur; en 1970, Sp. Marinatos ressuscita à Akrotiri de Santorin la merveilleuse fresque des deux jeunes enfants jouant à la boxe. Entre-temps, une série de trouvailles a confirmé que les athlètes crétois s'opposaient en de rudes pugilats, évoquant l'empoignade contée par Homère au chant XXIII de Γ Iliade (651-699) et qui mit aux prises, sous les remparts de Troie, les deux solides Achéens, Epeos et Euryale. Il nous a paru utile de dresser l'inventaire des représentations de boxeurs minoens et d'apporter quelques précisions sur le modelé de certaines de ces figures1.

I

Nous avons recensé 23 pugilistes (ou parties de pugilistes). Ce sont :

1) Le fragment de pyxide de Knosos2 : 1 boxeur (l'attitude est traditionnelle :

visage et membres inférieurs de profil, torse de face).

2)

3) Le rhyton « aux boxeurs » d'Agia Triada4 : 12 boxeurs.

Le sceau de Knosos3 : 1 boxeur (vu de dos).

(1)

Nous devons de vifs remerciements au Prof. Pierre Amandry, directeur de l'École française d'Athènes,

qui nous a recommandé auprès des autorités Cretoises ; au Prof. Jean A. Sakellarakis, Éphore des antiquités de Crète centrale et directeur du Musée archéologique d'Héracleion, qui a bien voulu nous donner accès à

certaines pièces des réserves du Musée ; au Prof. Paul Faure qui, avec son amabilité coutumière, nous a commun iquéet commenté de nombreux documents bibliographiques. (2) A. J. Evans, BSA 7 (1900-1901), p. 96, flg. 31 (dessin). Pour des photographies, voir : P. Warren, Minoan stone vases (1969), p. 85 (MRI b) et Ρ 472 ; Β. Kaiser, Untersuchungen zum Minoischen Relief (1976), p. 13 et Abb. 2 a.

(3)

A. J. Evans, BSA 9 (1902-1903), p. 56, flg. 35 («Temple Repositories » = MM III b).

(4) Un premier fragment a été découvert en 1903 : celui de la frise 2, décoré d'une scène de tauromachie. Neuf autres fragments ont été trouvés en 1904 (F. Halbherr, RendLinc, 14 [19051, p. 368-370). Le vase est

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Ils se répartissent ainsi :

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— frise

1

:

2 boxeurs

debout (tous deux de profil);

— frise

3

:

2

boxeurs

debout (attitude traditionnelle), 3 à terre (du boxeur

terrassé, situé à droite de la frise, ne reste qu'une jambe);

à terre. A gauche de la frise ne subsistent que

l'avant-bras et le poing gauches d'un boxeur debout] puis, vers la droite, nous avons successivement : une jambe, les deux bras et une partie de la chevelure d'un boxeur culbuté, un boxeur debout, un deuxième boxeur culbuté, la jambe droite d'un boxeur debout. Le boxeur debout, au centre du fragment conservé, est dans l'attitude tradi tionnelle; les restes des deux autres boxeurs debout suggèrent fortement que ceux-ci étaient dans la même attitude.

— frise 4 :

3 boxeurs debout, 2

4) Le fragment de vase de Knosos5 : 2 boxeurs (attitude incertaine).

5) Le fragment de rhyton du Muséum of Fine Arts de Boston6 : 1 boxeur (attitude décrite ci-après, chapitre II).

Le fragment de fresque de la villa A de Tylissos7 : 1 boxeur (attitude incertaine).

7) La fresque des deux jeunes enfants boxeurs de Santorin8 : 2 boxeurs (celui de gauche est de profil, celui de droite est reconstitué dans l'attitude traditionnelle).

Le membre supérieur droit en ivoire de Knosos9 : 1 boxeur (attitude incertaine).

6)

8)

9) Le torse en stuc du quartier Sud de Knosos10 : 1 boxeur (attitude tradi

tionnelle).

10) Le membre supérieur en stuc de Knosos11 : 1 boxeur (attitude traditionnelle probable).

généralement daté MRI, sans plus de précisions. 1904 fut une année faste pour la boxe : les archéologues italiens

découvrirent, à Agia Triada, les fragments de ce qui allait devenir le célèbre vase « aux boxeurs » ; à Saint Louis,

place aux Jeux Olympiques lors de la troisième olympiade des temps

modernes (H. Carpenter, La boxe, son histoire en images [1977], p. 170). Il avait fait son apparition à Olympie au cours de la 23e olympiade.

(5) Fragment découvert fortuitement, en 1933, sur la pente de la colline à l'Ouest du « Petit Palais », au lieu-dit « sta Hellinika ». A. Evans a décrit un boxeur soulevant son adversaire de terre par un « powerful

Missouri, U.S. Α., ce sport retrouva sa

upper eut » (Palace IV, p. 600 et flg. 595). Voir aussi : P. Warren,

p.

op. cit., p. 181 et Ρ 475 ; Β. Kaiser, op. cit.,

15 et Abb. 8 a. Les deux athlètes peuvent être des lutteurs et non des boxeurs. Contemporains anatomiquement

des athlètes d'Agia Triada. (6) J. L. Benson, « A new boxer-rhyton fragment », BullMFA 64 (1966), p. 36-40 et flg. 1. P. Warren, op. cil., p. 181 et B. Kaiser, op. cit., p. 31 et Abb. 30. (7) J. Hazzidakis, Tylissos à Vépoque minoenne (1921), p. 63 et pi. VIII (« Époque minoenne dernière » ou « deuxième époque de Tylissos » = MRI a - MRI b).

(8)

(9) S. Hood, Archaeological Reports for 1957, p. 22 et pi. 2 (a) et The Arts in Prehistoric Greece (1978),

Sp. Marinatos, Excavations at Thera IV (1971), p. 47-49, flg. 3 et pi. Ε (MRI a).

p.

entre la « Voie royale » et la « Maison des fresques ». Il appartient à une grande statuette (une quarantaine de centimètres de hauteur) faite d'une douzaine de pièces séparées. Le dépôt a également fourni deux bras droits de toréadors. L'un, comparable aux nombreux ivoires MM III b du « Ivory Deposit», est étendu avec la main ouverte, pouce en abduction, dans l'attitude caractéristique du « bull-leaper » illustrée de façon démonstrative sur le fragment de vase gravé n° AE 1569 de l'Ashmolean Muséum (B. Kaiser, op. cit., Abb. 29 a ; P. Warren,

op. cit., p. 181). L'autre est replié et la main saisit une corne de taureau (Archaeological Reports for 1961-62,

119-120 et flg. 107 (« Probably LMI b »). Le fragment provient d'un dépôt (« an ivory-worker's shop ») situé

p. 27 et fig. 40). (10) A. J. Evans, BSA 7 (1900-1901), fig. 6 (A. Evans = MRI a ; S. Hood = perhaps LMI a). (11) B. Kaiser, op. cit., p. 285 et Abb. 465.

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LES BOXEURS MINOENS

29

De ces 23 représentations de boxeurs (ou parties de boxeurs),

— 16 sont gravées sur vases (1 sur le fragment de pyxide de Knosos, 2 sur le

fragment du lieu-dit « sta Hellinika » à Knosos, 1 sur le fragment de rhyton de Boston et 12 sur le vase d'Agia Triada) ;

— 3

— 1 est gravée sur sceau d'argile (Knosos) ;

— 1 est modelée en ronde-bosse sur ivoire («area of the Royal Road» à Knosos) ;

sont peintes (1 à Tylissos, 2 à Santorin) ;

— 2 sont modelées en. bas-relief de stuc (le torse et le fragment de membre supérieur de Knosos)12.

On admet généralement que les Minoens ne connaissaient rien à l'anatomie humaine ou, du moins, qu'ils n'en ont rien laissé paraître dans les différents domaines de leur art13. Il faut bien reconnaître qu'une étude superficielle de l'art plastique minoen ne peut qu'entraîner un tel jugement. Les libertés prises avec l'anatomie font le charme et l'originalité de la plupart des représentations humaines Cretoises. Mais un examen attentif de certaines pièces, en particulier les représentations de boxeurs, montre que quelques artistes ont été capables de se détacher de l'art de leurs confrères. Nous tenterons de le montrer en examinant sept pugilistes dont l'état de conservation permet un commentaire sur des détails plastiques clairement exprimés :

a) 4 boxeurs du rhyton d'Agia Triada,

b) 1 boxeur du fragment de vase du lieu-dit « sta Hellinika » à Knosos,

c) les 2 boxeurs en stuc de Knosos.

II

Les boxeurs du rhyton d'Agia Triada

A. Frise 1. — A gauche de la colonne, et malencontreusement masqués par la reconstitution de l'anse, combattent 2 boxeurs face à face, jambes entremêlées. Celui de droite (boxeur n° 1) est parfaitement conservé. Il doit retenir l'attention pour trois raisons :

1) II est représenté en profil strict, attitude que les artistes minoens ont su

parfaitement maîtriser14 et qui conjugue ici de façon magistrale le réalisme de la

posture et l'instantanéité du geste sportif bref et violent.

(12) Nous éliminons le fragment de haut-relief qu'A. Evans illustre en figure 345 de Palace III et qu'il décrit, on ne sait pourquoi, comme une épaule et un bras de boxeur tombé à la renverse (upper arm of fallen boxer). B. Kaiser donne de ce fragment une interprétation plus acceptable ; pour lui {op. cit., Abb. 423, Abb. 448 et taf. 46), il s'agit du genou replié d'un athlète à terre. (13) J. Gharbonneaux, L'Art égéen (1929), p. 23 ; P. Warren, op. cit., p. 180 ; P. Demargne, Naissance de Vart grec (1974), p. 100 ; J. Boardman, Greek gems and flnger rings (1970), p. 38 ; G. Snijder, Kretische Kunst (1936), p. 3 sqq. ; S. Hood, The Arts in Prehistoric Greece, p. 236. (14) Voir, par exemple, dans le domaine des vases gravés, les trois porteurs d'offrandes des deux fragments trouvés au Sud du palais de Knosos.

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30 JEAN COULOMB [BCH 105 Fig. 2. — Fragment de rhyton de Boston (1:1) '(d'après Kaiser,
30 JEAN COULOMB [BCH 105 Fig. 2. — Fragment de rhyton de Boston (1:1) '(d'après Kaiser,

Fig. 2. — Fragment de rhyton de Boston (1:1) '(d'après Kaiser, Untersuchungen zum minoischen Relief).

Fig. 1. — Détail du rhyton d'Agia Triada.

2) II porte sèchement, vers l'abdomen de son adversaire, un coup de son poing gauche, sans aucun doute décisif quant à l'issue du combat15.

3)

La face externe

de

sa

cuisse

gauche porte deux incisions

verticales qui

indiquent à merveille la contraction de la puissante musculature.

B. Frise 3. — Ce niveau du rhyton montre 2 pugilistes du plus haut intérêt. Ils sont dans l'attitude traditionnelle et viennent tous deux d'abattre leur adversaire. Le boxeur entre deux colonnes (boxeur n° 2) a le bras gauche ascendant et l'épaule gauche surélevée. Le boxeur à droite de la colonne (boxeur n° 3) est comparable au précédent, mais son bras gauche est horizontal. L'artiste qui a gravé ces deux athlètes a fait preuve d'une maestria technique et anatomique étonnante, car il a très bien noté les conséquences qu'entraîne sur les

(15) II est clair que les boxeurs Cretois recouraient souvent à ce type de coups à l'abdomen, particu

lièrement

et recroquevillé sur lui-même ; cette attitude exprime l'atroce douleur du choc reçu à l'épigastre (plexus solaire) ou au foie. Les coups au corps étaient d'ailleurs une nécessité : tous les combattants de la frise 3 sont porteurs d'un casque avec oreillère et mentonnière interdisant les coups efficaces au niveau des points sensibles de la tête.

foudroyants. Il n'est que de voir l'un des deux boxeurs à terre de la frise 3, mordant la poussière

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muscles pectoraux cette position différente du bras : le boxeur n° 2 est porteur d'un muscle pectoral étiré vers le haut par le mouvement d'ascension de l'épaule; le boxeur n° 3, dont l'épaule n'est pas surélevée, a vu son pectoral gravé comme il est normal qu'il fût, sans étirement vers le haut.

C. Frise 4. — Le boxeur du niveau inférieur du vase (boxeur n° 4) a aussi le

bras gauche ascendant et, de ce fait, son pectoral est étiré vers le haut (fig. l)16. Cet athlète, qui est une des figures les plus admirables de l'art crétois, a été comparé au très particulier pugiliste du fragment de vase du Muséum of Fine Arts de Boston (fig. 2). J. L. Benson a mentionné « a close correspondence in the détails of

hair, anatomy

P. Warren a jugé que les deux reliefs pouvaient être l'œuvre du même artiste18.

and

position » et

a

attribué les deux

œuvres au

même atelier17.

Nous donnerons une analyse tout à fait différente.

1) II n'y a absolument aucune ressemblance anatomique entre l'athlète d'Agia Triada et le boxeur de Boston. Chez ce dernier, la musculature du torse est totalement incomprise. Les muscles pectoraux sont informes. Malgré le bras gauche en position ascendante, il n'y a pas trace d'étirement vers le haut du pectoral correspondant. La paroi abdominale est floue et flasque, à l'opposé de la rigueur schématique du tracé du rebord costal que l'on observe à Agia Triada. Les traits du visage sont à la fois mièvres et affaissés, loin de la juvénile ardeur du boxeur n° 4. La partie haute de. la chevelure est une copie servile de celle du fougueux vainqueur de la frise inférieure du vase d'Agia Triada. Il y a encore plus surprenant : le membre inférieur droit du pugiliste de Boston est soigneusement figuré de face comme en témoigne, même pour le regard le moins exercé, le modelé du quadriceps et de la région rotulienne. Cette frontalilé est, on le sait, parfaitement hérétique dans l'art minoen.

2) Si nous examinons la composition de la scène dans laquelle le combattant bostonien est engagé, nous nous apercevons que, malgré sa gesticulation effrénée, il n'a pas d'adversaire. J. L. Benson pense qu'il est « en train de s'échauffer » en vue du combat, « comme deux boxeurs dans la frise inférieure du rhyton similaire d'Agia Triada ». Nous tenons à faire remarquer que les deux boxeurs en question sont des reconstitutions modernes et hâtives, œuvres de M. Zographakis19. Tout porte à penser que ces deux boxeurs reconstitués l'ont été sans tenir compte de la réalité des faits inscrits sur le fragment conservé : l'œuvre originelle offrait au regard la représentation de trois combats singuliers avec trois vainqueurs debout et trois vaincus à terre. On ne peut donc se référer à une reconstitution erronée de la partie manquante de la frise inférieure du rhyton d'Agia Triada (2 boxeurs qui se suivent au lieu de 2 boxeurs

(16) Photographie de M. Léonard von Matt, reproduite avec l'aimable autorisation de l'auteur. (17) J. L. Benson, loc. cit., p. 39. L'auteur montre, par des mensurations précises, que le fragment de Boston ne peut appartenir au vase d'Agia Triada. (18) P. Warren, op. cit., p. 180 (« the face, hair and figures of the Boxer Vase and the Boston fragment are so alike as to suggest the same artist for both works »). (19) Nous remercions vivement le Prof. Nicolas Platon qui a bien voulu nous donner ce renseignement. Le vase a été «restauré» en 1904-1905 (voir F. Halbherr, loc. cit., fig. 1).

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opposés)20 pour interpréter la scène de Boston. Celle-ci montre un boxeur en pleine action et un personnage qui paraît s'enfuir vers la droite à la vue de son belliqueux compagnon. Cette scène de poltronerie est difficilement acceptable pour qui connaît l'intrépidité des athlètes crétois. Aucun des pugilistes j d'Agia Triada n'a refusé le combat; cinq d'entre eux ont connu le « knock down »21.

sa

matière n'est pas précisée (serpentine ou chlorite?). En fin de compte, l'authenticité de la pièce n'est pas hors de question.

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3) L'origine du fragment de Boston est inconnue22. La

nature même

de

III

Le boxeur du fragment de vase du lieu-dit « Sta Hellinika » À Knosos

Ce fragment présente un intérêt exceptionnel (fig. 3)23. La cuisse gauche de l'athlète de droite est parfaitement conservée, la cassure se situant, en haut, au niveau de la hanche, en bas, au-dessous du genou. Les saillies musculaires gravées sur la face externe de cette cuisse posent un double problème que nous exposerons brièvement. 1) A première vue, les entailles verticales ne sont que de rapides et incertaines

tentatives pour rendre la musculature de cette cuisse. A y regarder de près, on est en droit de se demander si l'on ne se trouve pas en présence d'une gravure des plus réalistes. La figure 4 montre et énumère les muscles de la face externe de la cuisse, tels qu'ils apparaissent in vivo, après résection des plans cutané et sous-cutané. On ne peut qu'être frappé par la similitude des tracés musculaires sur le dessin et sur la

pièce crétoise. Mais seule une étude sur le cadavre

fuseau » caractéristique du muscle vaste externe. L'artiste de Knosos a-t-il fait preuve de connaissances anatomiques peu communes ou a-t-il eu la main guidée par ce que G. Snijder a appelé le «primitivisme intuitif» des Minoens? Nous ne saurions, bien évidemment, contester Je génie graphique spontané des artistes crétois, mais il nous paraît opportun de rappeler ici la science exceptionnelle du graveur du joueur de sistre du vase « aux moissonneurs » d'Agia Triada24; seule une exploration in situ lui a permis de connaître et de pouvoir. reproduire de façon aussi spectaculaire les muscles

permet de saisir la forme « en

(20) L'appréciation de P. Warren sur « the self-containedness of individual Minoan figures » (op. cit., p. 179) et celle, similaire, de H. Groenewegen-Frankfort : « actions are rarely purposeful and hâve their fulfilment in themselves » (Arrest and Moiement [19511, p. 200) ne peuvent concerner les athlètes du vase d'Agia Triada qui, tous, affrontent un adversaire. (21) II faut distinguer le « knock down » très réaliste de la frise 3 (voir note 15) de ceux, tout à fait humor istiques, de la frise 4 : aucun coup, si violent soit-il, ne peut abattre un boxeur en le culbutant de cette manière (voir fig. 1). Il est inutile de revenir, à ce propos, sur le sens de l'humour des artistes minoens, unanimement reconnu. (22) Collection privée (Mrs Beulah Emmet). (23) Photographie due à l'obligeance de l'Institut archéologique allemand d'Athènes. (24) J. Coulomb, « A propos de l'art plastique minoen ; données anatomiques et iconométriques », RA, 1978, p. 205-210. Nous apportons ici une rectification à l'analyse faite dans notre publication ; la gravure du larynx, que nous avions cru observer, n'existe pas. Ceci ne change en rien les mérites, par ailleurs éclatants, de l'artiste.

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LES BOXEURS MINOENS

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1 9 8 1 ] LES BOXEURS MINOENS 33 Fig. 3. — Fragment de vase de

Fig. 3. — Fragment de vase de « Sta Hellinika ».

33 Fig. 3. — Fragment de vase de « Sta Hellinika ». Fig. 4. — 1.

Fig. 4. — 1. Droit antérieur. 2. Vaste externe. 3. Fascia-lata. 4. Rotule. 5. Biceps.

de la paroi latérale du thorax25. La gravure est celle d'un écorché mis en vedette au sein du défilé : l'alignement des personnages du premier plan est brusquement interrompu par trois vagues silhouettes qui n'ont d'autre raison d'être que de préparer le regard pour la gravure qui va suivre, à la manière du photographe moderne qui, par le jeu de la profondeur de champ, rend volontairement flous les alentours de la pièce qu'il veut mettre en valeur. Le document de Knosos doit être rapproché de celui d'Agia Triada ; mais il nous est malheureusement parvenu sans contexte et cela rend son interprétation difficile. 2) Les incisions musculaires que nous décrivons sur le fragment de Knosos (en particulier la très remarquable entaille « en fuseau » de ce qui pourrait être le muscle vaste externe) sont strictement comparables à celles de la cuisse de l'un des deux personnages courant vers la droite dans la frise 1 du rhyton « aux boxeurs » d'Agia

Triada26.

la paroi(25)latéraleA notredu thorax,connaissance,si bien laexposéspremièreà AgiatentativeTriada,deestlacellestatuairede l'Héraklèsgrecque depourla métoperendre Nordles musclesdu Trésorde des Athéniens à Delphes (J. Charbonneaux, R. Martin, F. Villard, Grèce archaïque [1968], fig. 329). (26) F. Halbherr a décrit « deux guerriers avec le bras levé dans une attitude aggressive ». Pour N. Platon (A Guide to the Archaeological Muséum of Heracleion, 1964), il s'agit de deux athlètes pratiquant le « jumping ». C'est aussi notre avis : le bras levé caractérise l'athlète prenant son élan et le fragment conservé à droite de la frise montre les jambes d'un troisième athlète dans l'attitude du sauteur se recevant à terre.

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34 JEAN COULOMB Fig. 5. [BCH 105 Le « boxeur au collier de fleurs de lis

Fig.

5.

[BCH 105

Le « boxeur au collier de fleurs de lis » (dessin de l'auteur).

P. Warren a montré que la très grande majorité des vases en pierre gravés provient de Knosos (20 sur 28) et cette distribution suggère que les pièces trouvées dans d'autres sites crétois sont des importations venues d'un atelier de la capitale27. Knosos ne fut sans doute pas la capitale de la Crète minoenne; mais sa suprématie

(27)

P. Warren, op. cit., p. 174 et p. 180.

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1 9 8 1 ] LES BOXEURS MINOENS 35 Fig. 6. — Fragment de bas-relief en

Fig. 6. — Fragment de bas-relief en stuc au musée d'Héracleion [ca 2:3) (d'après Kaiser, Untersuchungen).

artistique reste, à ce jour, indéniable. Il est assuré qu'existe une très étroite ressem blance entre certaines gravures musculaires du vase trouvé dans le palais d'Agia

Triada

analogie est-elle suffisante pour pouvoir attribuer les deux œuvres au même artiste et, la statistique aidant, faire du vase de la Mesara un chef-d'œuvre importé de Knosos ?

et celles du fragment découvert près du « Petit Palais » de Knosos. Cette

IV

LES FRAGMENTS DES DEUX BOXEURS EN STUC DE KNOSOS

A. Le « boxeur au collier de fleurs de lis ».

1)

II y a tout lieu de

penser que le torse découvert .en 1901

dans une salle du

quartier Sud du palais de Knosos28 et qu'A. Evans et MM.' Gilliéron ajustèrent hardi ment, à grand renfort de peinture, à un fragment d'oreille couronnée et à un fragment de membre inférieur gauche pour enfanter le prétendu « Prince à la couronne de lis » était, en réalité, celui d'un boxeur29. Celui-ci devait nécessairement, ainsi que le

(28) Voir supra, note 10. (29) J. Coulomb, « Le Prince aux lis de Knosos reconsidéré », BCH, 103 (1979), p. 29-50. Nous avons souligné qu'A. Evans, lors de la découverte du torse, avait pensé à un boxeur (BSA 7 [1900-1901], p. 16 :

« the attitude and clenched hand may suggest a boxer »).

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montre la figure 5, présenter son profil droit; il boxait dans l'attitude traditionnelle, bras gauche en avant et en position ascendante comme le prouve Vélirement vers le haut de la masse du muscle pectoral, bras droit défensif replié devant la poitrine. Sa jambe droite était donc dans la même position que celles des boxeurs nos 2, 3 et 4 d'Agia Triada.

2) Peut-on, parmi les 650 (environ) fragments de reliefs en stuc provenant de Knosos30, espérer trouver une pièce susceptible de compléter quelque peu le corps de ce magnifique athlète? Nous proposons le fragment de bas-relief21*- contenu dans la caisse n° 44 des réserves du Musée archéologique d'Héracleion (fig. β)32. Il pourrait s'adapter à la partie haute de la cuisse droite du boxeur du quartier Sud (fig. 5*).

a) Ses dimensions sont les suivantes :

— Largeur : 16,5 cm. La cassure postérieure laisse voir que la largeur originelle

était nettement supérieure; le fragment peut donc convenir à la partie haute d'une cuisse large de 18-19 cm, dimension correcte pour l'athlète longiligne dont nous avons le torse et le membre supérieur droit.

Hauteur : 12,5 cm.

Épaisseur : 3 cm (au niveau de la saillie musculaire centrale).

b)

Les trois saillies musculaires, très soigneusement modelées, prouvent que le

fragment appartenait à un athlète en plein effort.

c) Leur rendu est en parfaite harmonie avec celui des muscles du torse fleurdelisé,

en particulier avec les extenseurs fortement contractés de l'avant-bras.

d) La bande du pagne qui orne la partie postéro-supérieure du fragment est un

des éléments bien connus du vêtement des athlètes minoens, en particulier des

boxeurs (voir fig. 1).

e) Cette portion de pagne conservée est haute de 7 cm; sa largeur est de 2,5 cm;

sa couleur est crème. Elle est décorée en son milieu d'une douzaine de petites taches

colorées et, sur sa partie arrière, de cinq taches plus importantes formant lisière. Cette ornementation est rouge carmin très atténué.

Ce fragment de bas-relief provient du Nord du « North-Portico » du palais de Knosos. Il a donc été découvert à 80 m environ du lieu où se trouvait le torse. Mais les exemples abondent, en archéologie Cretoise, où les fragments d'une même pièce gisaient à forte distance les uns des autres. Nous en rappellerons deux : le fragment de corsage qui complète le vêtement de la « Parisienne » a été recueilli à quelque 50 m du lieu où se trouvait la prêtresse33. A Agia Triada, les pugilistes du rhyton ont été

(30)

B. Kaiser, op. cit., p. 258.

(31) II est sans doute utile de rappeler qu'A. Evans, dès 1901, a bien fait la distinction entre bas-reliefs et hauts-reliefs (BSA 7 [1900-1901], p. 87) selon l'épaisseur des fragments de stuc. Cette distinction, reprise par le regretté B. Kaiser dans son précieux travail, est fondamentale si l'on veut éviter des méprises. (32) B. Kaiser, op. cit., p. 274 (n° 44, 5) et Abb. 427 unten 1. L'auteur en donne (taf. 32) un « rekons- truktionvorschlag » tout à fait inattendu : ce « Huftfrgt. eines Mannes nach r. » devient, sur le dessin, un fragment de cuisse gauche.

(33) M. Cameron, Kretika Khronika, 1964, pp. 38-53.

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trouvés à 40 m du fragment de la scène de tauromachie34. Si fresques et vases ont été ainsi dispersés, on doit bien admettre que les reliefs de stuc muraux aient pu subir le même sort. La différence de couleur entre le torse et le fragment de membre pourrait être embarrassante pour certains. Celui-ci est carmin; celui-là est de couleur indécise et discutée. N. Platon y a décelé des traces de peinture rosé35. M. Cameron a imaginé un coloris blanc36. Il faut se garder d'oublier qu'A. Evans, qui vit la pièce au moment de sa sortie de terre, a écrit que « la peau était à l'origine colorée en rouge brun comme pour les hommes des fresques, quoique ici ce coloris soit beaucoup plus atténué »37. S. Hood a noté très justement que « the surfaces of the body fragments are much worn » et que « some of the original brown paint has been preserved on its surface where it was covered by a necklace of lily-shaped beads »38. L'altération de la couleur rouge originelle — et, par endroits, de la couche superficielle du stuc lui-même — peut fort bien être mise sur le compte de la composition chimique des remblais où fut enfoui le fragment de stuc peint pendant trois millénaires et des diverses manipul ations(moulages) dont il a été l'objet avant d'occuper la place que nous lui connais sonsaujourd'hui.

B. Le « boxeur au bracelet ».

Le fragment de stuc des magasins du Musée archéologique d'Héracleion, décrit par B. Kaiser comme « un fragment de bras masculin avec le poing serré ; bas-relief peu différencié »39. représente la face antérieure de la moitié inférieure d'un avant-bras droit, un poignet orné d'un bracelet et un poing menaçant qui permet d'attribuer sans hésitation ce fragment de bas-relief à un boxeur (fig. 7)40.

a) Dimensions :

— Longueur : 28 cm (15,5 cm pour l'avant-bras; 4,5 cm pour le bracelet; 8 cm pour la main).

— Largeur : 8,7 cm à la cassure; 6,7 cm au bracelet; 9,3 cm à la main.

11 s'agit donc d'un membre d'adulte, grandeur nature.

— Épaisseur : 3 cm au niveau de l'avant-bras et du poignet; 4,5 cm au niveau du pouce.

b) L'avant-bras ne présente aucune saillie musculaire : ceci est anatomiquement

exact, même sur un membre contracté. Les taches sombres de la photographie sont

(34) Fi Halbherr, loc. cit., p. 368 : « I luoghi dei due trovamenti distano circa quarante metri l'uno dall'altro ed hanno un dislivello di quatre. ». (35) N. Platon, Kretika Khronika, 1959, p. 239. (36) M. Cameron, London Mycenaean Seminar (3 June 1970), p. 363. La couleur blanche étant conven- tionnellement réservée aux représentations féminines, l'auteur pense que le torse est celui d'une femme. (37) A. J. Evans, BSA 7 (1900-1901), p. 16. A. Evans a repris le terme de «ruddy wash » dans sa description, il est vrai plus romancée, de son ouvrage sur le palais de Knosos {Palace II, p. 781). (38) S. Hood, The Arts in Prehistoric Greece, p. 76. (39) Voir supra, note 11. Nous rectifions ici une erreur de B. Kaiser : le fragment ne se trouve pas dans la caisse Rho VI. Nous avons pu le localiser et l'examiner grâce à l'aide précieuse du Prof. Jean A. Sakellarakis. (40) Les photographies des figures 2, 6 et 7 sont de Bernd Kaiser et sont reproduites ici grâce à l'amabilité de Rudolf Habelt Verlag GMBH, Bonn.

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38 JEAN COULOMB [BCH 105 FiÉ?· 7· — Fragment de bas-relief en stuc au musée d'Héracleion

FiÉ?· 7· — Fragment de bas-relief en stuc au musée d'Héracleion (ca 3:7) (d'après Kaiser, Untersuchungen).

des restes d'une couche de peinture carmin qui partout ailleurs a disparu, laissant le stuc à nu.

c) Le bracelet est décoré de 5 bandes parallèles. Les bandes proximale et distale

sont larges de 1 cm et de couleur brune; les trois bandes centrales sont plus minces et de couleur crème.

d) Les quatre derniers doigts sont repliés à l'intérieur de la paume de la main ;

leur longueur normale a été respectée par un modelage oblique vers l'avant et le haut du rebord du relief.

e) Au-dessous du cinquième doigt, la partie musculaire de la paume de la main

(nommée éminence hypothénar) est parfaitement individualisée.

f) Le pouce, énorme (et malheureusement fracturé sur toute sa longueur), est

parallèle à la partie de l'index replié.

Certains boxeurs crétois combattaient avec des gants, lacés au poignet par deux attaches. Ceci s'observe de façon très nette sur les frises 1 et 3 d'Agia Triada : poing gauche du boxeur n° 1, poing gauche du boxeur n° 2 — le poing droit est mal conservé — , poing droit du boxeur n° 3 — le poing gauche est restauré — , poings droit et gauche du boxeur terrassé devant la colonne. Les enfants de Santorin portent aussi un gant à la main droite41.

(41) Les boxeurs grecs des v« et ive siècles avant J.-C, pour prévenir blessures et fractures, enveloppaient soigneusement leurs poignets et leurs mains de courroies (μειλίχαι) dérivées des ιμάντες signalés par Homère (voir : K. T. Frost, « Greek boxing », JHS, 26 [1906], pi. XII et XIII : kylix Ε 39 et Ε 78 du British Muséum).

Les historiens s'accordent pour reconnaître que les règles de l'art de la boxe furent codifiées à Londres en 1743 par Jack Broughton ; il préconisa le port de gants (appelés « moufles ») destinés à modérer les effets des coups

sur l'œil,

vers 1500 avant J.-G, les boxeurs crétois utilisaient déjà des gants tout à fait comparables à ceux du χνΐΐΐ" siècle.

la mâchoire et le nez de ses élèves (H. Garpenter, op. cit., p. 11 et 13). Force est de constater que,

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D'autres pugilistes ne portaient pas de gants, puisque leurs doigts sont apparents. Ils boxaient à main nue; toutefois, pour protéger le poignet et le pouce, particuli èrementvulnérables dans ce sport violent, il semble qu'ils utilisaient un accessoire de combat, un large bracelet de maintien du poignet prolongé par une sorte de doigtier protecteur42. On aurait là l'explication de l'association pouce hypertrophié-bracelet, retrouvée sur le torse fleurdelisé43 et chez deux boxeurs de la frise inférieure d'Agia Triada (boxeur n° 4 et avant-bras conservé à l'extrémité gauche du fragment)44. Quoi qu'il en soit, nous avons une partie de membre supérieur droit, vue par sa face antérieure. A notre connaissance, c'est le seul fragment de bras modelé dans cette position. Il appartenait donc ipso-fado à un pugiliste campé dans une position inverse de celle du « boxeur au collier de fleurs de lis » et qui combattait bras droit en avant, jambe droite en avant, en présentant son profil gauche, comme le jeune boxeur de droite de Santorin.

Nous avons donc à Knosos, parmi les fragments de bas-reliefs découverts çà et là dans le palais :

1) Le torse, décoré d'un collier de fleurs de lis, d'un boxeur se présentant comme les athlètes nos 2, 3 et 4 d'Agia Triada, mais attaquant du poing gauche, poing droit en réserve comme le jeune boxeur de gauche de Santorin. 2) Un fragment de cuisse qui pourrait convenir au membre inférieur droit de ce personnage.

3) Un fragment important de membre supérieur droit d'un boxeur qui pouvait être figuré dans la même attitude que le jeune boxeur de droite de Santorin.

4) Un membre inférieur gauche (celui du prétendu « Prince aux lis ») qui aurait pu appartenir à ce deuxième boxeur45.

Il serait téméraire, en l'état actuel de la question, de prétendre que ces deux boxeurs s'affrontaient. Ce qui est certain, c'est qu'existent des fragments assez éloquents pour dire que les murs du palais de Knosos ont porté, vers 1 500 avant

(42) Les entorses et luxations des articulations du pouce sont les lésions les plus fréquentes de la main du boxeur. Viennent ensuite : la fracture des 2e et 3e métacarpiens, la fracture de la base du 1er métacarpien (pouce), les fractures des os du poignet, l'entorse du poignet. On s'efforce, en boxe moderne, de prévenir ces blessures en enveloppant, sous le gant destiné à protéger la main, non à augmenter sa puissance, le poignet, le métacarpe et le pouce d'une bande de 2 m de long renforcée par 1,80 m de tissu adhésif (je remercie vivement M. Antoine Bellu, conseiller technique régional de la Fédération française de boxe — Ministère de la Jeunesse et des Sports — qui a bien voulu me donner ces précisions). Les boxeurs que nous voyons dans l'art minoen n'étaient certainement pas — hormis, bien sûr, les enfants de Santorin — des « amateurs », pas plus d'ailleurs que les toréadors. (ls connaissaient donc parfaitement les blessures auxquelles ils s'exposaient. Elles étaient les mêmes il y a 3 500 ans qu'aujourd'hui ; les méthodes de prévention paraissent fort comparables. (43) A. Evans, Palace II, p. 781 et fig. 508. (44) S. Hood (The Minoans [1971], légende de la planche 96), a décrit une sorte de «coup de poing américain » (« they seem to be armed with knuckle-dusters »). Cet accessoire est une arme métallique qui se porte autour des quatre derniers doigts de la main pour infliger de graves blessures. C'est une arme de rixe, et non de boxe, comparable au « digusting cestus of the Roman amphithéâtre » (K. T. Frost, loc. cit., p. 214). (45) A. Evans, Palace II, flg. 510 et 511. L'état de contraction des muscles de ce membre prouve qu'il appartenait à un athlète en plein effort.

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J.-C.46 et en un lieu qui reste à déterminer (entrée1 Sud du palais, à l'opposé des reliefs de tauromachie de l'entrée Nord?), des bas-reliefs de stuc représentant deux boxeurs grandeur nature et en position d'adversaires. Ceci ne saurait surprendre. Les habitants de Tylissos et de Santorin ornaient les murs de leurs riches demeures de fresques montrant des boxeurs. Minos se devait de surpasser ces œuvres provinciales et d'avoir des athlètes en reliefs de stuc richement décoré, dignes du savoir-faire des artistes exceptionnels du palais et immortalisant les combats (dits rituels) admirés par les foules de spectateurs que nous montrent les fresques knosiennes.

Knosos est plus

difficile à jouer que celle qui s'offrit à Sp. Marinatos à Santorin : la fresque des boxeurs, morcelée par l'éruption du volcan47, attendit sagement pendant 3.500 ans, sous sa couche de téphra, les mains expertes et les techniques des archéologues d'aujourd'hui. Les boxeurs de Knosos n'ont pas eu ce privilège; malmenés par les événements qu'a connus le palais depuis — et peut-être avant — l'occupation mycénienne, ils furent, de plus, au début de ce siècle, exhumés par des pionniers qui ne disposaient que des connaissances de leur temps. Un réexamen de leurs trouvailles et de leurs interpré tationsest indispensable.

JEAN COULOMB

La

partie de puzzle

que nous

a léguée Sir Arthur Evans

à

Jean Coulomb.

(46) Pour l'exposé sur la datation des reliefs en stuc de Knosos, voir S. Hood, The Arts in Prehistoric Greece, p. 71-77. (47) Sp. Marinatos, op. cit., pi. 116.

Note additionnelle

1) Le support du boxeur n° 2 de notre inventaire est une empreinte de sceau sur argile (et non un sceau). 2) Les 3 figures de l'empreinte du sceau découverte à Agia Triada en 1902 (F. Halbherr, MonAnt, 13 [1903], fig. 41 et tav. VI) sont interprétées comme des boxeurs par J. Boardman (Greek gems and finger rings, 1970, p. 93) et par St. Alexiou (Minoan Civilization, 1973, p. 110). F. Halbherr (loc. cit., p. 45) a décrit 3 guerriers, ainsi que D. Levi (Annuario VIII-IX [1929], p. 122). A notre sens, la possibilité d'une scène de pugilat n'est pas à exclure, à condition de retenir l'empreinte elle-même et non le dessin, fantaisiste, qu'en a donné E. Stefani (reproduit par A. Evans dans Palace I, fig. 512).