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LE PLAN DE JEAN-PIERRE JOUYET POUR LES PME EN FRANCE ÉCO & ENTREPRISE – LIRE
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LE PLAN DE JEAN-PIERRE JOUYET POUR LES PME EN FRANCE

ÉCO & ENTREPRISE – LIRE PAGE 5

LES PME EN FRANCE ÉCO & ENTREPRISE – LIRE PAGE 5 Penoneplante ses sculptures àVersailles CULTURE

Penoneplante ses sculptures àVersailles

CULTURE – LIRE PAGE 12

IRAN : LA CHUTE DE

MAHMOUD AHMADINEJAD

ENQUÊTE – LIRE PAGE 18

LA CHUTE DE MAHMOUD AHMADINEJAD ENQUÊTE – LIRE PAGE 18 Vendredi 14 juin 2013 - 69

Vendredi 14 juin 2013 - 69 e année - N˚21275 - 1,80 ¤ - France métropolitaine - www.lemonde.fr ---

Fondateur : Hubert Beuve-Méry - Directrice: Natalie Nougayrède

L’ondedechoc

del’affaireTapie

t L’Elysée a prisla décision de contester enjustice l’arbitrage favorable à Bernard Tapie

t Aprèslesmises en examen de Stéphane Richard et de Jean-François Rocchi, les juges se rapprochent del’entourage de Nicolas Sarkozy

t L’Etat s’interroge sur lemaintien deM.Richard àla tête d’Orange, tandis que syndicats et salariés défendent leur PDG

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LE MONDE DES LIVRES Le dialogue ambigu entre le journaliste et l’assassin a Emmanuel Carrère

LE MONDE DES LIVRES

Le dialogue ambigu entre le journaliste et l’assassin

a Emmanuel Carrère s’enthousiasme pour le livre de Janet Malcolm sur une affaire criminelle aux Etats-Unis. Lire aussi le témoignage de Florence Aubenas

LA FRANCE PRÊTE AU VETO AU NOM DE L’EXCEPTIONCULTURELLE

t M.Hollandeveutexclurel’audiovisueldesnégociationsdelibre-échangeavecWashington.Faute d’accord,laCommissionn’aurapasdemandatvendredipourdiscuteraveclesAméricains CAHIER ÉCO

L’actrice Bérénice Bejo et le réalisateur Costa-Gavras au Parlement européen, mardi 11 juin, à Strasbourg.
L’actrice Bérénice Bejo
et le réalisateur
Costa-Gavras au
Parlement européen,
mardi 11 juin,
à Strasbourg.
FREDERICK FLORIN/AFP

Secret des sources des journalistes: la reculade

L a protection du secret des sources n’est pas un privilège des journalistes. C’est la garantie minimale – mais essentielle – d’une presselibre et indé-

pendante. Et, pour chaque citoyen,la possibi- lité de faire connaître confidentiellement une situation insupportable, sans subir d’im- médiates mesures de représailles. En cela, la Cour européenne des droits de l’homme est parfaitement fondée à voir dans la protec- tion des sources «l’une des pierres angulaires de la liberté de la presse».

ÉDITORIAL

Christiane Taubira, la ministre de la jus- tice, était consciente des limites de la timide loi du 4janvier 2010 qui posaitle principe de la protection des sources des journalistes, maisneprévoyait aucunepeine en casde vio- lation. LeMonde, parmi d’autres, en a payéle prix: les téléphones de ses journalistes ont été espionnés par le directeur du renseigne- ment intérieur, les procureurs de Nanterre et de Marseille; et deux juges d’instruction

de Lille envisageaient encore, au mois de mai, de requérir les fadettes des journalistes dans l’affaire DSK. M me Taubira a longuement consulté. Elle a requis l’avis de la Commission nationale consultativedesdroitsdel’homme, et a élabo- réunprojetdeloiquiassuraitun élégantcom- promis entre la protection des sources et les exigences de l’ordre public. Ce projet était très proche de la loi belge, un pays qui, en matière de libertés fondamentales, pourrait aisément donner des leçons à la France. Les journalistes, et c’est normal, restent soumis à tous les délits de presse, qu’il s’agis- se de la diffamation, de l’injure, des atteintes àla vie privée ou àla présomption d’innocen-

ce. Hélas, sous les pressions conjuguées des ministères de l’intérieur et de la défense, le projet de loi a été essoré par le Conseil d’Etat, en principe défenseur ultime des libertés. Dans sa rédaction actuelle, et si le Parlement n’ymet pas bon ordre,l’atteinte au secret des

me républicaine desinstitutions»,mais aussi « de l’équilibre de son milieu naturel », de

« son potentiel scientifique » et même

de

« son patrimoine culturel ». S’inquiéter d’une décision cachée du ministre des affaires étrangères ou de la rouille éventuelle de la tour Eiffel légitime- ra-t-il d’espionnerles porteurs demauvaises nouvelles? Heureusement, un juge en déci- dera, c’est un acquis qui reste danslaloi. L’ar- bitrage a cependant été une nouvelle fois défavorableàla gardedes sceaux, et Christia- ne Taubira a dû s’incliner. François Hollande a salué, mercredi 12juin, le projet de loi et a considéré qu’il s’agissait «d’un bon équilibre » et « d’un enga- gement tenu qui vient renforcer l’exemplarité dela République».Maisla Francesembledéci- dément incapable d’accepter les contre-pou- voirs, qu’il s’agisse de la justice ou de la pres- se. Robert Badinter a dit, fort justement, que «la France n’est pas la patrie des droits de l’homme; c’est la patrie de la Déclaration des droits de l’homme ». Il est regrettable qu’un gouvernement socialiste le confirme. p

sources sera

soumise « aux intérêts fonda- la Nation ». Les intérêts de la

mentaux de

Nation, c’est naturel, sont vastes, qu’il s’agis-

se de la défense, de la diplomatie, « de la for-

LIRE NOS INFORMATIONS PAGE9

PLANÈTE

Pesticides : les preuves du danger s’accumulent

Une grande enquête scientifique internationale, pilotée par l’Institut national de la santé et de la recherchemédicale, affirme queles pesticides sont impliqués dansle développement de nombre de pathologieslourdes:

cancers,maladies du sang, troubles neurologiques etmalformations. Ces résultats ont été présentés à l’Assemblée.

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ont été présentés à l’Assemblée. LIRE PAGE6 LE REGARD DE PLANTU AUJOURD’HUI Syrie : des armes
ont été présentés à l’Assemblée. LIRE PAGE6 LE REGARD DE PLANTU AUJOURD’HUI Syrie : des armes

LE REGARD DE PLANTU

à l’Assemblée. LIRE PAGE6 LE REGARD DE PLANTU AUJOURD’HUI Syrie : des armes pour les rebelles

AUJOURD’HUI

Syrie : des armes pour les rebelles ?

Tunisie :

Retraites : la réforme divise la gauche

la prison pour les Femen

Alors quela Russie etl’Iran sontmilitai- rement engagés auprès du régime syrien,la France se dit prête àlivrer des armes àl’oppo- sition, qui a subi plusieurs revers.

Deux Françaises et uneAllemande ont été condamnées à quatremois de pri- son pour «atteinte aux bonnes mœurs». La France a déploré «la sévéri- té» dela peine.

De plus en plus d’élus socialistes s’inquiètentdes retombées dans l’opiniondes propo- sitions du rapport Moreau. Le Front de gauchemobilise contrela réforme.

INTERNATIONAL– P. 2

INTERNATIONAL– P. 4

POLITIQUE–P. 7

P. 2 INTERNATIONAL– P. 4 POLITIQUE– P. 7 « Je n’aurais manqué un Séminaire pour rien
« Je n’aurais manqué un Séminaire pour rien au monde » Philippe Sollers « Lacan
« Je n’aurais manqué un Séminaire
pour rien au monde »
Philippe Sollers
« Lacan annonçait l’éclatement
des conformismes, nous y sommes. »
Jacques-Alain Miller
C F
LE CHAMP FREUDIEN

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international

0123

Vendredi 14 juin 2013

2 international 0123 Vendredi 14 juin 2013 La France envisaged’armer les rebellessyriens Les
2 international 0123 Vendredi 14 juin 2013 La France envisaged’armer les rebellessyriens Les

La France envisaged’armer les rebellessyriens

Les Occidentauxs’inquiètentdu poids croissant del’Iran et duHezbollah au côté du régime de BacharAl-Assad

L a France envisage de livrer des armes à la rébellion syrienne pour éviter un écra-

sement militaire des forces hosti- les au régime de Bachar Al-Assad qui ruinerait définitivement les chances d’amenerles deux parties autour de la table des négocia- tions, lors d’une conférence inter- nationale que les pays occiden- taux tentent d’organiser à Genève, en juillet. Jusque-làhésitant às’impliquer davantage auprès de la résistance syrienne en raison, notamment, de ses nombreuses divisions, Paris a décidé d’infléchir sa position au vu dela dégradation du rapport de forces sur le terrain. La prise de la ville de Qoussair, une place forte de la rébellion, le 5juin, par l’ar- mée régulière, fortement appuyée par le Hezbollah libanais pro-ira- nien, a marqué un tournant. « Il y a des conséquences à tirer de ce qui s’est passé àQoussairet de ce qui se profile à Alep », a déclaré, mardi 11juin, Philippe Lalliot, por- te-parole du Quai d’Orsay, en réfé- renceàla villedunorddupays,bas- tion de l’opposition, vers laquelle

ferait route l’armée syrienne. « La première conséquence, a-t-il pour- suivi, c’est quelaFrancedoit resser- rer ses liens déjà très étroits avec la Coalition [principale composante de l’opposition] et avec sa structu-

re militaire. » Il a précisé que les

autorités françaises auront des «contacts », samedi, avec le géné- ral Salim Idriss, qui dirige l’Armée syrienne libre (ASL). Selon un pro- che du dossier, des « opération- nels » français, britanniques et

américains participeront à cette rencontre. «La discussion portera sur la façon de rééquilibrer, dans le dur, le rapport de forces », précise cette source. Cette inflexion de la position française est dictée par les circons- tances, a soulignéM.Lalliot. «Nous avons toujours rappelé qu’il y avait

unlienentrelesévolutionssurleter-

rain et la tenue de la conférence [de

Genève]. Pour que les parties puis- sent négocier, il ne faut pas qu’il y en ait une qui soit en position de trop grande faiblesse ou l’autre en position de trop grande force. » Et de préciser: «La question qui nous est posée est celle d’aller un cran plus loin et de livrer des armes.» La question a été évoquée ces jours-ci, selon plusieurs sources

a été évoquée ces jours-ci, selon plusieurs sources Des combattants rebelles en embuscade dans le quartier

Des combattants rebelles en embuscade dans le quartier de Jobar à Damas, non loin de la place des Abbassides, le 7 avril. LAURENT VAN DER STOCK POUR « LE MONDE »

diplomatiques françaises concor- dantes, qui confirment que Paris envisage delivrer des armes àl’op- position syrienne. Le sujet a été au cœur d’intenses consultations diplomatiques depuis le début de la semaine. Le ministre français des affaires étrangères, Laurent Fabius, l’a évoqué, mardi au télé- phone, avec ses homologues amé- ricain, britannique et turc. La

veille, il avait reçu, à Paris, le chef de la diplomatie saoudienne ainsi

quelepatrondesservicesderensei- « Si l’on n’est pas capable d’empê-

cherl’Iran de prendrelamain sur la Syrie, a-t-il affirmé, quelle crédibili- té aura-t-on en exigeant qu’elle n’ait pas l’arme atomique? »

gnements du royaumewahhabite, particulièrement inquiet de l’in- fluencegrandissantedel’Irandans la région à la faveur de la crise

syrienne. Le sens de ces entretiens,

A Washington, les conseillers

rapporteundiplomate,«aétéd’en- du président pour la sécurité se

sontréunis,mercredi,pourexami-

ner la crise syrienne. Le secrétaire

d’Etat, John Kerry, a annulé un déplacement au Proche-Orient

pour y assister et a également ren- contré son homologue britanni- que, William Hague. Sur la ques- tion des livraisons d’armes, «les Etats-Unis sont en réflexion, plus

qu’ilyahuitjours»,relèveundiplo-

mate français. Cette accélération du débat sur leslivraisons d’armesmarque une évolution par rapport aux posi- tions prudentes défendues jus-

qu’à présent par les pays occiden-

LabatailledeQoussairadémon- taux. Alors que la Russie et l’Iran

tré que «le régime de Bachar ne

peutsemaintenirsansl’appuimas-

sifdes Iraniens»,souligneundiplo-

mate.UntelenracinementdeTéhé-

ran fait redouter un bouleverse- ment del’équilibre des forces dans la région qui inquiète au plus haut pointles voisins turcs et israéliens.

Il risque aussi de déstabiliser enco- re davantage le Liban et ne pourra laisser indifférent les Saoudiens, ni leur principal allié américain.

dehaut rang: soit onlaisse tomber, soit on aide l’opposition sur le ter- rain pour ne pas avoir à intervenir dans une situation de plus en plus complexe.» Même si la France multiplie les signaux offensifs depuis quelques jours, elle n’a toutefois pas franchi le pas en annonçant ouvertement des livraisons d’armes à la rébel- lion syrienne. M. Fabius a répété,

«Ilyadesconséquences

àtirerdecequis’est

passéàQoussairetde

cequiseprofileàAlep»

Philippe Lalliot

mercredi,lapositiondéfenduepar

Paris depuis la levée de l’embargo

européensurlesexportationsd’ar-

mesverslaSyrie,le27maiàBruxel-

les: « Il nous faut respecterla régle- mentation européenne qui dit que c’est à partir du 1 er août que des armes puissantes peuvent être données. Pour le moment, nousn’avons pas encore décidé.»

courager les pays qui livrent déjà des armes aux opposants, à savoir l’Arabie saoudite,le Qatar et la Tur- quie, de continuer à le faire pour répondre à l’appel au secours lancé par le général Idriss». Cette urgence diplomatique est aussi dictée par la crainte de l’Iran. «Derrièrelaquestionsyrienne,il ya la question iranienne », a déclaré M. Fabius, mercredi sur France 2.

sontouvertementengagésmilitai- porte-parole du Quai d’Orsay

rement auprès du régime syrien, Washington, Londres et Paris hési-

tent sur la marche à suivre depuis deux ans, redoutant de s’impli- quer dans un autre conflit après les interventions en Afghanistan, en Irak et en Libye. Toutefois, l’urgence sur le ter-

rainpousseàunerévisiondesposi-

tions. « Aujourd’hui, l’alternative

est claire, souligne un diplomate

Orl’interprétationdeladéclara-

tionduConseileuropéen estsujet- te à caution. Les Britanniques, qui ont poussé avec la France pour la levéedel’embargo,ont clairement fait comprendre que ce texte les autorise, s’ils le souhaitent, à pro- céder à des livraisons d’armes. «Le texte est limpide: si on veut livrer, on peut », insiste un acteur fran- çais du dossier. Ces hésitations de langage – on lève l’embargo, on dit qu’il est urgent d’aider l’opposition, mais on ne fait rien avant le 1 er août – visent, à en croire une source bien informée, à démontrer au régime syrien que « toutes les options sont sur la table», selon l’expression de Laurent Fabius. Quoi qu’il en soit, « seule une livraison massive d’armes pour- rait, à ce stade, faire pencher la balance en faveur de l’opposi- tion », insiste un diplomate. «Mais pour cela, dit-il, il faudrait le feu vert des Etats-Unis, seuls capables d’orchestrer une telle opération. Or, pour le moment, c’est loin d’être acquis. » p

Yves-Michel Riols

L’inexorable militarisation de l’insurrection syrienne

30avril 2011 Assaut contre Deraa, berceau du soulèvement pacifique syrien.

30 juillet 2011 Création de

l’Armée syrienne libre (ASL).

29 février 2012 A Homs, premiè-

re bataille d’importance entre l’ASL et l’armée régulière.

12 avril Entrée en vigueur et échec du cessez-le-feu de l’ONU.

21 juillet Offensive rebelle à Alep.

27mai 2013 Levée de l’embargo de l’UE sur les armes à destina-

tions de l’opposition.

5 juin Chute de Qoussair.

SalimIdriss,legénéraldel’ASLquipourraitréceptionnerles armesoccidentales

UN EMBONPOINTmarqué, de petites lunettes cerclées, une fine moustache et un chapelet qui ne quitte pas ses mains: le général Salim Idriss, commandant de l’Ar- mée syrienne libre (ASL), n’a pas exactementl’allure d’un chef de guerre. Il est pourtantla cheville ouvrière, côté syrien, des plans à l’étude dans plusieurs capitales occidentales, visant à livrer des armes à l’insurrection anti-Assad. Dans l’hypothèse où les autorités françaises, en pointe dans cette réflexion, iraient au bout de leurs intentions, c’est dans lesmains de ce sunnite de 54 ans, natif d’Homs, que les premières cargai- sons arriveraient. Affablemais sans grand charis- me, l’homme a su gagner la confiance du Quai d’Orsay par son sérieux, samodération politique, son allégeance à la Coalition natio- nale syrienne, la principale com-

posante de l’opposition et son réseau de relations au sein de la rébellion. «Ce n’est pas du tout le genre Riyad Al-Assad [le fondateur de l’ASL] qui ne quittait pas sa ten- te en Turquie, dit-on dans l’entou- rage de Laurent Fabius, le minis- tre français des affaires étrangè- res. Il a de vrais contacts sur le ter- rain et il s’y rend régulièrement.» Elu en décembre2012 à la tête du conseil militaire suprême de l’ASL, Idriss, ancien professeur d’électronique à l’académiemili- taire d’Alep, qui a fait défection six mois plus tôt, n’est pas dupe de son titre. Il reconnaît le pre- mier qu’il n’a pas les moyens de commander réellement à cette armée de fortune, composée de civils à plus de 80%, qui manque d’à peu près tout, à commencer par des armes de pointe, des munitions et des moyens de com- munication. « Je parle avec mes

hommes par Skype ou par porta- ble car les talkies-walkies que l’on nous a livrés ne fonctionnent pas sur les longues distances, racon- tait-il en février, sur un ton amer, lors d’une rencontre dans un hôtel d’Istanbul. Mon rôle consiste à coordonner, davantage qu’à don- ner des ordres. » En contact très étroit avec Eric Chevallier, l’ancien ambassadeur de France à Damas et son homolo- gue américain, Robert Ford, Salim Idriss tente de les convaincre depuis des mois de sa capacité à réduire au minimum les risques liés à un afflux sur le territoire syrien d’armes plus sophistiquées que les kalachnikovs et les lance- roquettes RPG, le maigre arsenal des troupiers de la révolution. Il a élaboré en leur compagnie une cartographie des groupes rebelles, censée éviter une répéti- tion du scénario afghan, à savoir

la livraison de missiles sol-air à des groupes djihadistes, suscepti- bles de les retourner, une fois la guerre finie, contre les intérêts occidentaux dans la région, notamment Israël. La traçabilité d’un tel armement a été testée à blanc, lors de l’acheminement de matériel non létal, comme des kits médicaux et des rations halal, jusqu’à des combattants de l’ASL.

Le précédent de Deraa

«Ne recevront des armes que les katibas [brigades] bien gérées, diri- gées par d’anciens officiers de l’ar- mée syrienne et sansmarquage politique, de façon à simplifierle désarmement d’après-guerre», jure Fahad Al-Masri, porte-parole à Paris del’ASL. Ce plan s’inspire de l’expériencemenée depuis plu- sieursmois surle front sud, autour de Deraa, où plusieurs unités, cha- peautées par des déserteurs bien

connus pourleurs opinionslibéra- les, ont reçu des armes croates, financées parl’Arabie saoudite. «Alors qu’il ne s’agissait pas d’un arsenal sophistiqué, ces livrai- sons ont eu un effet spectaculaire, fait remarquerl’universitaire Tho- mas Pierret, spécialiste dela Syrie. En quelquesmois, les insurgés ont gagné du terrain, alors que la région de Deraa, du fait de son relief très plat et de sa proximité avecla capitale, ne leur est pas favo- rable.» En dépit de la contre-offen- sive des forces gouvernementales, qui ont pu rouvrirla route Damas- Deraa,momentanément coupée, les insurgés continuent à avancer, commel’a prouvéla récente prise de deuxlocalités, Inkhil et Bosra, passée inaperçue dansla chute de Qoussair,la place forte de la rébel- lion, conquise parle Hezbollah. Selon une source bien infor- mée, Riyad, qui s’impose comme

le nouveau patron arabe de l’oppo- sition syrienne, au détriment du Qatar, entend répéter cette expé- rience dans le nord du pays, avec ou sans le soutien de ses partenai- res occidentaux. La perspective d’une entrée desmiliciens chiites du Hezbollah à Alep, dans l’hypo- thèse d’un assaut des forces pro- régime contre la deuxième ville du pays, fait frémir le royaume saoudien, chef de file du camp sunnite. Parallèlement,Riyad réfléchit à une refonte du conseilmilitaire suprême, de façon à y attirer un plus grand nombre de déserteurs, notamment des alaouites,la com- munauté dont est issule clan Assad. Pour faciliterleur bascule- ment,le général Idriss pourrait céder sa place à un autre officier, jouissant d’une plus grande aura auprès de ses pairs. p

Benjamin Barthe

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Vendredi 14 juin 2013

0123 Vendredi 14 juin 2013 En Iran,laprésidentielle expose lesdivisionsdanslecampconservateur La stratégie de
0123 Vendredi 14 juin 2013 En Iran,laprésidentielle expose lesdivisionsdanslecampconservateur La stratégie de

En Iran,laprésidentielle expose lesdivisionsdanslecampconservateur

La stratégie de négociation surle programme nucléaire dela République islamique est au centre des désaccords entreles candidats supposés proches du Guide suprême

A quelques heures de l’ouver- ture des bureaux de vote

pourl’électionprésidentiel-

le du 14juin, l’inquiétude avait changéde camp.Aprèsle retraitde MohammedRezaAref, seul vérita- ble candidat réformateur, en faveurde HassanRohani,les chan- ces de ce religieux modéré, qui milite pour une détente avec l’Oc-

cident, d’accéder à un éventuel second tour ont nettement crû. Le camp conservateur,lui, reste divisé entre trois principales per- sonnalités, dont aucune n’a voulu se désister. Il s’agit d’Ali-Akbar

Velayati,ancienministredesaffai-

res étrangères et conseiller diplo- matique du Guide suprême Ali Khamenei, du maire de Téhéran, Mohammad Bagher Ghalibaf, et du négociateur en chef sur le déli- cat dossier nucléaire, Saïd Jalili. Le cinquième candidat, Mohsen Rezaie, un ancien chef d’état- major des pasdarans (gardiens de la révolution), l’armée d’élite du régime, est considéré comme un outsider. Tandis que le sixième, Mohammed Gharazi, inconnu du grand public, n’a aucune chance de figurer à un second tour. « On attend désormais des can- didats conservateurs qu’ils s’as- soient ensemble, sans perdre de temps, et choisissent l’un d’entre eux comme le candidat du camp conservateur», avait écrit Hossein Shariatmadari,directeurdu quoti- dien ultraconservateur Kayhan, après le retrait, mardi, de M.Aref. Un autre religieux conservateur, l’hodjatoleslam Hossein Ebrahi- mi, a prévenu qu’en « cas de désu- nion, il y aura un second tour dont l’issue n’est pas certaine (…), alors que si les conservateurs s’unissent, ils peuvent l’emporter dès le pre- mier tour ». Mais aucun des trois candidats conservateurs restant n’a voulu entendre raison. Ils ont tenu tous troismeetingmercredisoir à Téhé- ran, alors que la campagne doit s’arrêterjeudimatin, vingt-quatre heures avant le scrutin. Chacun des trois estime avoir de bonnes chances de l’emporter. «Malgré toutes les rumeurs, je resterai dans la course jusqu’à la fin », a assuré M.Velayati, principale cible des appels au désistement. « Il restera jusqu’auboutetne faitespasatten- tion aux sondages », a renchéri Ali Bagheri, directeur de campagne de M. Jalili, longtemps présenté

directeur de campagne de M. Jalili, longtemps présenté Un partisan du maire de Téhéran, Mohammad Bagher

Un partisan du maire de Téhéran, Mohammad Bagher Ghalibaf, candidat conservateur à l’élection du 14 juin, brandit une affiche de son favori, le 11 juin, dans une rue de Téhéran. EBRAHIM NOROOZI/AP

comme le favori mais en perte de vitesse depuis le week-end. L’une des rares études d’opi- nion, réalisée par l’agenceMehr et dont la fiabilité reste très sujette à caution, donne M. Ghalibaf en tête, devantM.Rohani puisM. Jali- li. La participation est estimée par le sondage à 77%. Voilàquidevrait rassurerleGui- de suprême,qui a pris une nouvel- le foislaparolemercredipour inci- terles Iraniens à voter: «Sij’insiste pour une présencemassive des Ira- niens à l’élection, c’est parce que cela va découragerles ennemis,qui vont réduire la pression [des sanctions] et choisir une autre voie», a déclaré Ali Khamenei, qui est le véritable chef de l’Etat ira- nien et concentre la majeure par- tie des pouvoirs entre ses mains. Le Guide veut faire de ces élec- tions une opération de relégitima- tion du régime, largement discré- dité par les fraudes massives pré- sumées de 2009 et par la répres- sion des manifestations qui avaient suivi. Dans cette optique, un second tour ne ferait que crédi- biliserunscrutindontont été écar- tés les deux candidats les plus incontrôlables pour le pouvoir:

Akbar Hachémi Rafsandjani et Esfandiar Rahim Mashaie. Si «l’ingénierie électorale »

veillera à obtenir la participation et même le résultat souhaité par M.Khamenei, cette campagne électorale illustre aussi combien le numéro un iranien a du mal à dominer les appétits et les ego de sonproprecamp.Chacun des trois

L’unedes rares études d’opinion, réaliséepar l’agenceMehr,donne M.Ghalibaf en tête, devantM.Rohani puisM.Jalili

candidatsconservateurs– ou «pin- cipalistes» – est considéré comme proche du Guide,mais cela n’a pas empêchéde violentsdifférendsde semanifester. Le principal oppose MM. Velayati et Jalili. Le premier promet le « développement des relations» avec les pays étrangers, notamment une diplomatie plus souple avec les grandes puissan- ces sur le dossier nucléaire afin de réduire les sanctions économi- ques imposées à l’Iran. Des docu- ments issus de la Banque centrale, rendus publics mercredi à Paris par l’opposant en exil Amir Hos- sein Jahanshahi, le fondateur du mouvement d’opposition la

Vague verte, révèlent un pays «au bord de la faillite », où le chômage se monte à 25% (près de 39% chez les moins de 30 ans). Au contraire,M. Jalili prône une ligne de « résistance » face aux «ennemis » de l’Iran. «Mort à ceux qui prônent le compromis », a crié la foule lors de ses meetings. M. Ghalibaf s’est prudemment tenu à l’écart de ce débat, préfé- rant se concentrer sur le redresse- ment à venir de l’économie. Grâce à cette campagne électo- rale, le but des Occidentaux est atteint: le programme nucléaire, ou tout au moins la stratégie de négociation, est devenu un sujet de débat national. Reste à savoir sile résultat des élections change- ra quoi que ce soit. Non, a répon- du récemment le ministre des affaires étrangèresAli-Akbar Sale- hi, qui sait pertinemment que le seul décideur en lamatière est Ali Khamenei. Même appréciation du premier ministre israélien, BenyaminNétanyahou,qui a esti- mé, mercredi à Varsovie, que les élections n’apporteraient « aucun changement » car «il y aura toujours un seul homme au pouvoir, cherchant la puissance nucléaire ». Pour une fois, ils étaient d’accord. p

Christophe Ayad

Lesderniersfeuxdelacampagnesontnumériques

LES ÉBOUEURS iraniens sont entrés en action jeudi 13juin, à 8heures du matin, pour arracher dans tout le pays les affiches élec- torales et balayer les tracts. La campagne présidentielle a atteint le délai légal de sa clôture. Les der- niersmeetings ont eu lieu la veille dans la capitale et la ville sainte de Machhad (nord-est). Ces tra- vailleurs de rue, souvent d’origine afghane, pourraient bien avoir ter- miné avantmidi, tant cette cam- pagne fut amorphe et discrète dans l’espace public, en comparai- son de celle qui a vu la réélection douteuse du présidentMahmoud Ahmadinejad, en juin2009, dès le premier tour. Les éboueurs du Net, eux, auraient davantage de travail. Car les Iraniens ont été nombreux à réussir à contourner la censure et à s’accommoder du ralentisse- ment intentionnel de la connexion à Internet par le gou- vernement pour faire tout de même campagne en ligne. On esti- me que 45millions d’Iraniens (sur 77millions) ont un accès à Inter- net – c’est le pays le plus connecté au Proche-Orient. «Non au régime des généraux! Non à l’implication de l’armée

dans les affaires économiques et politiques! J’utiliserai la moindre fenêtre qui me sera offerte », écrit Farzad sur sa page Facebook. Il dit voter pour Hassan Rohani, le can- didat soutenu par les réforma- teurs. Ali va faire de même, pour une raison différente: « Je voterai Rohani, car notre abstention ne peut rien changer, alors que notre présence, si. Votons pour le candi- dat le plus éloigné des politiques désastreuses et antipatriotiques, c’est un acte de contestation. » Certains sont plus hésitants, comme Fatemeh, qui soupèse depuis des semaines les avanta- ges du boycottage ou de la partici- pation. Finalement,mercredi, deux jours avant le vote, elle s’est décidée. « Je voterai pour accompa- gner mes amis, pour cette volonté, ce consensus nés dans le but de changer la situation du pays, expli- que-t-elle sur sa page Facebook. Je vote pour ceux qui, malgré la pri- son et les souffrances, se sont déci- dés à participer [à la présidentielle]. » Elle a même enle- vé la photo de son profil, rempla- cée par un fond vert sur lequel est écrit en persan: « Je vote ». Le vert, couleur dumouvement de contes- tation de 2009 violemment répri-

mé. Fatemeh s’interroge tout de même sur un point: « Notre parti- cipation sera-t-elle efficace ? », fai- sant allusion à la fraude électorale présuméelors de la dernière élec- tion présidentielle.

« Je ne voterai pas»

Parmi les électeurs en 2009 de Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi, les deux candidats réfor- mateurs aujourd’hui malades et assignés à résidence depuis plus de deux ans, nombreux sont ceux qui se posent la même question. Les plus sceptiques prônent un boycottage. «Mon vote ne ferait que donner de la légitimité à ce régime. Je ne voterai pas », expli- que Satar, sur sa page Facebook. Les partisans des candidats conservateurs sont également nombreux à se mobiliser sur la Toile. « Je voterai pour [Mohammad Bagher] Ghalibaf, parce qu’il est parti au front à 19ans [lors de la guerre Iran-Irak des années 1980], alors qu’il aurait pu très bien rester chez lui et conti- nuer ses études. Il est l’homme de l’action», écrit Amin sur son compte de Google +. Actuelmaire de Téhéran, M.Ghalibaf semble avoir une chance de se qualifier

au second tour, selon un sondage relayé, le 3juin, par l’agence semi- officielle Fars, proche des gar- diens de la révolution, le corps d’élite dont il a été membre. A en croire cettemême source, le représentant du Guide suprê- me pour les négociations nucléai- res avec les puissances occidenta- les, Saïd Jalili, sera son rival. « Jalili est le meilleur candidat. Je le conseillerai à tous ceux que je croi- serai d’ici au jour du vote », expli- que Javad sur sa page Facebook. «La clé de notre succès passe par la résistance», soutient Siyamak, éga- lement sympathisant de M. Jalili sur l’une des nombreuses pages créées sur Facebook en faveur de ce candidat conservateur. Dernière nouveauté en ligne:

pour les Iraniens de l’étranger qui n’ont pas accès à un bureau de vote dans une ambassade ou un consulat, une page Facebook a vu le jour, intitulée «Votez, s’il vous plaît, à ma place ». Elle les mettra en contact avec de « sympathiques boycotteurs» en Iran ou à l’étran- ger qui iront glisser à leur place un bulletin dans l’urne. Quel bulle- tin? Le réseau social n’offre là aucune garantie… p

Ghazal Golshiri

international & europe

3

garantie… p Ghazal Golshiri international & europe 3 Mouvementdecolère inédit enBosnie Le cas d’un bébé
garantie… p Ghazal Golshiri international & europe 3 Mouvementdecolère inédit enBosnie Le cas d’un bébé

Mouvementdecolère inédit enBosnie

Le cas d’un bébé gravementmalade et privé de passeport a enflammél’opinion publique

U njour,lorsqu’ellesera gran- de, si la médecine la sauve, Belmina Ibrisevic appren-

dra qu’elle fut une étincelle. On lui

dira qu’en ce mois de juin son sort avait poussé des milliers de Bos- niens dans la rue. Des Bosniens musulmans,serbesetcroates,dans une unanimité ethnique sans pré- cédent, en colère contre leurs élus qui se révèlent incapables de régler, depuis quatre mois, un pro- blème élémentaire: l’enregistre- ment administratif des nouveau- nés. Belmina, 3 mois, est malade.

Elle devait être transportée en Alle- magne pour y bénéficier d’une transplantation vitale. Mais com- ment faire sans passeport? Depuisle 12 février,lesnouveau- nés ne peuvent plus obtenir de numéro d’immatriculation admi- nistratif. Sans cela, pas de sécurité sociale ni de passeport. La Cour

constitutionnelleaeneffetsuspen- populationetlacommunautéinter-

nationale n’a jamais été aussi fort.La Serbie et la Croatie avan-

cent, alors qu’ici ils n’arrivent pas à

résoudredesquestionsaussiéviden-

tes que l’enregistrement.» Ils étaient de nouveau près de 10000, mardi 11juin à Sarajevo, à protester contre l’incurie des élus,

leur demandant de baisser leur salaire de 30% et de créer un fonds spécial pour soigner les enfants à l’étranger. Ils ont appelé leur mou- vement Bebolucija, mélange de beba («bébé») et de revolucija. Les revendications sociales ont émer- gé dans un pays en manque cruel d’investissements, dont le taux de chômage atteint 46%. En mars, les habitants de Drvar, dans l’Ouest, ontorganiséles funérailles symbo-

liquesdeleurvilleaprèslafermetu-

vée par unlitige surle double nom

descommunessituéesenRepubli-

ka Srpska. La République serbe est

l’unedes deux entités dela Bosnie, avec la Fédération croato-musul- mane, depuis les accords de Day- ton en 1995.Cettearchitecturepoli- tique a assuré la paix, mais son prix est une paralysie politique quasi permanente. La Republika Srpska, dirigée par Milorad Dodik,

cherche à se soustraire à l’autorité de Sarajevo, alors quele centrelui- mêmeest affaibliparune architec- ture institutionnelle incohérente.

Lehautreprésentantinternatio-

nal, Valentin Inzko, a dû intervenir

«Sans coups de feu ni alcool»

foule. Les députés, ainsi que 350 investisseurs étrangers partici- pant à une conférence organisée parlaBanquecentrale,ont été rete- nus sans violences, jusqu’à 4heu- res du matin. Les élus serbes ont prétenduqu’ils étaient visés, ce qui est faux, et qu’ils n’étaient plus en sécurité à Sarajevo.

en médiateur. « C’est ridicule de dire qu’une ethnie était ciblée, dit-il au Monde. Il y avait des banquiers venus d’Autriche, d’Allemagne, de Turquie, mais le groupe le plus important était les Bosniens. Ce mouvement très pacifique, sans coups de feu ni alcool, est une très bonne chose pourl’image dela Bos- nie. Ça fait quatre ans queje suisici, et le niveau de frustration dans la

du la loi sur cet enregistrement. Depuis,les députés ont été incapa-

bles de s’entendre sur un texte alternatif, le conseil des ministres

secontentantd’adopterunemesu-

re temporaire pour cent quatre- vingts jours, mercredi 5juin. Les

manifestants réclamant une solu- tion durable d’ici au 30juin.

LadécisiondelaCourétaitmoti-

re de la dernière entreprise, qui employait 300 salariés. Le chôma- ge y est de 80%. Ces derniers jours, des rassem- blements ont aussi eu lieu en pro- vince. A Banja Luka, en République serbe, près de 2000 étudiants ont manifestémercredi pour réclamer la construction d’une résidence universitaire et la baisse du coût des études. p

Piotr Smolar

Enquelquesjours,l’affaireBelmi-

naaprovoquéuneéruptionde rage civique inattendue via les réseaux sociaux, nullement organisée par des partis, avec un mimétisme évi- dent des événements d’Istanbul. Le 6juin, à Sarajevo,le bâtiment du Parlement a été bloqué par la

évi- dent des événements d’Istanbul. Le 6juin, à Sarajevo,le bâtiment du Parlement a été bloqué par
évi- dent des événements d’Istanbul. Le 6juin, à Sarajevo,le bâtiment du Parlement a été bloqué par

4

international

4 international Lajusticetunisiennepunit lourdementles troismilitantesFemen Deux Françaises et une Allemande ont été
4 international Lajusticetunisiennepunit lourdementles troismilitantesFemen Deux Françaises et une Allemande ont été

Lajusticetunisiennepunit lourdementles troismilitantesFemen

Deux Françaises et une Allemande ont été condamnées, à Tunis, à quatremois de prison ferme

Tunis

Jemeréjouisde chaqueopportunité

Envoyée spéciale

pour exprimer ma position politi-

que. » Question:

«Avez-vous déjà

 

L es grilles du tribunal de Tunis étaient déjà fermées quand le verdictest tombé:les Françai-

été arrêtées dans un autre pays ? » Réponse des Femen, dont les pro- pos sont traduits: «Oui, en France, maisàchaquefois,celan’aduréque quelques minutes… » «D’où vient votre financement? » «Nous avons des boutiques [sur Internet] où nous vendons des T-shirts et nous recevons des dons… Nous sommes des volontaires.» A droite derrière les accusées, une brochette d’avocats habitués à

ses Pauline Hillier, Marguerite Stern et l’Allemande Josephine Markmann ont été condamnées à quatre mois de prison ferme, mer- credi 12juin, pour « atteinte aux bonnes mœurs ». Les trois jeunes femmes,membresdumouvement des Femen qui se présente lui- même comme « sextrémiste »,

s’étaient exposées les seins nus, le 29mai, devant le même tribunal pour soutenir leur camarade, Ami- na Sboui. La seule Femen tunisien- ne revendiquée à ce jour, est, elle,

poursuiviepour«atteinteauxbon-

nes mœurs », « profanation » et «association demalfaiteurs» après avoir tagué le mot Femen sur le

murducimetièreaccoléàunemos-

quée de Kairouan. «Soutien à Amina», c’est ce que n’ont pas cessé d’invoquer les trois jeunes femmes, qui encouraient

jusqu’à six mois de prison, lors de l’audience publique ouverte mer- credimatin, enprésence d’unefou- le d’avocats-spectateurs venus assister au premier procès de ce

genreenTunisie.«C’estquoilasym-

bolique de montrer ses seins ? »,

interroge le juge. «Les Femen utili- sent cette technique comme un moyen d’expression, ce n’est pas une exhibition sexuelle », répond l’une des deux Françaises, tête nue

maislecorpsenrouléd’unlongvoi-

le crème,le sasfari, imposé à toutes

les justiciables femmes en Tunisie. Le juge: «Vous ne saviez pas que la Tunisie est un pays musulman et que votre geste pouvait heurter les musulmans? » La Française: «Vous savez,montrer ses seins surune pla- ge en Tunisie, c’est permis… Notre but était juste de soutenir Amina. » Le juge s’adressant cette fois à la Femen allemande: « Vous allez poursuivre cette pratique? » «C’est notre stratégie de résistance, pas seulement en Tunisie, répond la jeune femme, à qui il est demandé, poliment, de réajuster son sasfari.

défendredes salafistes,qui tentent, cette fois, de se porter partie civile au nom de 14 associations islamis- tes, n’en peuvent plus. «Une fem- melibrepréfèreêtre affaméeque de manger par ses seins », s’exclame l’un. «60% des femmes de Kiev [en

Ukraine,d’oùestorigineInnaShev-

chenko, présidente des Femen] sont des filles de joie! », tonne un autre. La défense approuve mais, précise l’avocate Leïla Ben Debba, «le corps a ses expressions qui peu- ventêtrecontrairesàlasociété tuni- sienne». Le camp adverse ne lâche

pasprise:«EnAllemagne,selonl’ar-

ticle 103, les accusées risquent un an de prison, en France, selon l’arti- cle 222, paragraphe32 [qui punit l’exhibition sexuelle imposée à la vue d’autrui dans un lieu public], c’est un an de prison et 15000 euros d’amende! », brandit M e Anouar Ouled Ali.

tomberplusmalavantlavisiteoffi-

cielle,débutjuillet,deFrançoisHol-

lande en Tunisie. « Nous espérions une mesure de clémence, nous ne pouvons que regretter la sévérité de cette peine», a réagi dans la soi- rée le ministère des affaires étran- gères. Les Femen se disent furieu- ses. L’organisationa promisde son côté de renvoyer «des soldates aux seins nus » en Tunisie. Pour la famille d’Amina, l’an- goisse est à son maximum. « J’at- tendais une bonne nouvelle… Ce sera plus dur pour ma fille », s’alar- me son père, Mounir Sboui. Aucu- ne nouvelle audience n’a encore été fixée pourlajeune Tunisienne. Amina encourt deux ans de prison pour « association de malfai- teurs». «Une accusation tombée le jour où les Femen se sont dénu- dées», soupire son avocate, Hayet Jazzar. Elle espère ramener le dos- sier d’Amina à Tunis pour éviter que sa cliente soitjugée dansla vil- le jugée plus conservatrice de Kai- rouan, « sous la pression populaire manipulée par le pouvoir». p

Isabelle Mandraud

«Peine disproportionnée»

A l’extérieur, hormis quelques femmeshostiles aux Femen, aucu- nemanifestation n’est venue trou- bler les débats, qui laissent une majorité de Tunisiens gênés ou indifférents. Le juge a sanctionné

durement les Femen, jetant la consternation dans les rangs de la défense, qui a annoncé son inten- tion de faire appel. « C’est large- ment disproportionné au regard des faits reprochés, le tribunal a cédé à la pression des associations

islamistesetcrééundélitdeblasphè-

me, proteste M e Souhaib Bahri, le premier avocat des Femen. C’est le signe que la liberté d’expression est gravement en danger en Tunisie.» Ce jugement ne pouvait pas

en danger en Tunisie.» Ce jugement ne pouvait pas Manifestation contre les Femen, devant le tribunal

Manifestation contre les Femen, devant le tribunal de Tunis, mercredi 12 juin. NICOLAS FAUQUÉ POUR « LE MONDE »

0123

Vendredi 14 juin 2013

FAUQUÉ POUR « LE MONDE » 0123 Vendredi 14 juin 2013 EdwardSnowdens’enremet àlajusticehongkongaise
FAUQUÉ POUR « LE MONDE » 0123 Vendredi 14 juin 2013 EdwardSnowdens’enremet àlajusticehongkongaise

EdwardSnowdens’enremet

àlajusticehongkongaise

L’ex-agent dela CIA ajustifié son geste dans un entretien au «South ChinaMorning Post»

pas ici pour fuir la justice, je suis ici pour révéler des crimes.» Edward Snowden a fait part de son intention de combattrele gou- vernement américain par voie de justice. «Car j’ai confiance dans la justice de Hongkong, a-t-il déclaré. Monintentionest dem’enremettre

à la justice et aux gens de Hon-

gkong.» Il souhaite donc rester là «jusqu’à ce qu’on [lui] demande de partir ». Mais il a aussi affirmé au

ningPost,legrandquotidienanglo- journal que les Etats-unis met-

taient « énormément de pression » sur le gouvernement de Hon- gkong à son sujet.

moins sait-on qu’il est encore à

Hongkong. L’homme de 29 ans,

O n ne sait toujours pas où se trouve précisément Edward Snowden, mais du

Hongkong

Correspondance

que les Etats-Unis veulent récupé- rer à tout prix, a accordé,mercredi 12juin, une interview d’environ une heure au South China Mor-

phone de Hongkong. Le journal a publiéle scoop sur cinq colonnes à la « une », jeudi matin, en inscri- vant en énormes caractères: « Le réseau d’espionnage américain vise Hongkong.» Danslebut,sansdoute,de sensi- biliser la population de Hongkong au vaste système de surveillance

qu’il a dénoncé il y a une semaine, Edward Snowden a montré des documents au South China Mor- ning Post selon lesquels l’Agence américaine de sécurité nationale (NSA) piratait des ordinateurs à Hongkong et en Chine depuis 2009. Il a précisé qu’aucun de ces documents ne contenait d’infor- mationmilitaire. Apparemment,à Hongkong,les universités,les personnalités poli- tiques et certains étudiants

étaient visés. « Nous piratons les

structures de l’Internet qui nous donnent ensuite accès à des centai- nes de milliers d’ordinateurs sans avoir besoin de les pirater indivi- duellement», explique-t-il. Il a jus- tifié son geste par la volonté de dénoncer «l’hypocrisie du gouver- nement américain quand il affir- me qu’il ne vise pas des infrastruc- tures civiles, à la différence de ses adversaires. Non seulement ils le font, mais ils ont tellement peur que cela se sache qu’ils sont prêts à tout, y compris à l’intimidation diplomatique, pour empêcher cet- te information d’être divulguée». Il a également commenté son choix de Hongkong en indiquant qu’il avait eu de nombreuses occa- sions d’aller ailleurs. «Les gens qui pensent que j’ai fait une erreur en venant à Hongkong ne compren- nent pas mes intentions. Je ne suis

«Ni traître ni héros »

Sur le plan personnel, il affirme craindre pour sa famille, avec laquelle il n’a pas été en contact, et pour sa propre sécurité: «Le fait

est que j’ai pris de gros risques per- sonnels pour aider le public dans le monde entier, qu’il soit américain, européenouasiatique.» «Ni traître ni héros, juste un Américain [qui] croitenlalibertéd’expression,a agi de bonne foi et trouve correct quele public se fasse sa propre opinion. » Edward Snowden a cependant demandé qu’aucun détail ne filtre surlescirconstancesdel’interview.

Lejournaln’apaspubliédenouvel-

les photos. Coïncidence qu’Edward Snowden n’a sans doute pas cher- chée, il a choisi, pour faire son appel au soutien des Hongkongais,

le jour du festival Tuen Ng, ou fête des bateaux-dragons, une tradi- tion chinoise qui célèbre la droitu- re d’un ministre, Qu Yuan, qui s’était noyé pour protester contre la corruption du gouvernement. A Hongkong, vingt-cinq siècles plus tard, des groupes se préparent

àdéfilersamedi.Letrajetdoitseter-

miner devant le consulat améri-

cain.«Nousdemandonsauxautori-

tés de Hongkong de respecter les règles et les procédures internatio-

nales

Nous condamnons le gouverne- mentaméricain,qui violenosdroits et notre vie privée, et demandons aux Etats-Unisde ne pas poursuivre M.Snowden», ont déclaré les orga- nisateurs de lamarche. p

Florence de Changy

pour protéger M. Snowden.

AuVietnam,uneamorcedecontestationdupartiuniqueémergedelacriseéconomique

Au seinmême du Parti communiste, des voix autorisées critiquentlemodèle de développement dirigiste qui n’a pas permisle décollage du pays

Hanoï

Envoyé spécial

U ne situation économique

peu reluisante, un Parti

communiste clivé par des

dissensions internes, un premier ministre de plus en plus isolé… Le Vietnam traverse une sérieuse période de turbulences. Alors que lamontée du chômage et la multi-

de turbulences. Alors que lamontée du chômage et la multi- - CESSATIONS DE GARANTIE LOI DU
- CESSATIONS DE GARANTIE

- CESSATIONS DE GARANTIE

LOI DU 2 JANVIER 1970 - DECRET D’APPLICATION N° 72-678 DU 20 JUILLET 1972 - ARTICLES 44 QBE FRANCE, sis Etoile Saint-Honoré – 21 Rue Balzac – 75406 Paris Cedex 08 (RCS Paris 414 108 708), succursale de QBE Insurance (Europe) Limited, Plantation Place dont le siège social est à 30 Fenchurch Street, London EC3M 3BD, fait savoir que, la garan- tie financière dont bénéficiait la :

GROUPE DEZON IMMOBILIER SARL 12 Chemin du Prat Long 31000 TOULOUSE SIREN : 422 262 931 depuis le 1 er janvier 2004 pour ses activités de : TRANSACTIONS SUR IMMEUBLES ET FONDS DE COMMERCE cessera de porter effet trois jours francs après publica- tion du présent avis. Les créances éventuelles se rapportant à ces opérations devront être produites dans les trois mois de cette inser- tion à l’adresse de l’Etablissement garant sis Etoile Saint-Honoré – 21 Rue Balzac – 75406 Paris Cedex 08. Il est précisé qu’il s’agit de créances éventuelles et que le présent avis ne préjuge en rien du paiement ou du non-paie- ment des sommes dues et ne peut en aucune façon mettre en cause la solvabilité ou l’ho- norabilité de la SARL GROUPE DEZON IMMOBILIER.

plication des faillites fait redouter une crise sociale. Au milieu des années 1990, le Vietnam était perçu comme un futur « tigre » del’Asie. Il y a encore cinq ans,beaucouppariaientsurla réussite d’un pays qui, depuis 1986, s’étaitlancésurla voiedu doï moï («le renouveau »). Un slogan qui augurait de vastes bouleverse- ments dans l’économie et l’ouver-

de vastes bouleverse- ments dans l’économie et l’ouver- - CESSATIONS DE GARANTIE COMMUNIQUE - 102242 En
- CESSATIONS DE GARANTIE

- CESSATIONS DE GARANTIE

COMMUNIQUE - 102242

En application de l’article R.211-33 du livre II du code du tourisme,

L’ASSOCIATION PROFESSIONNELLE DE SOLIDARITE DU TOURISME (A.P.S.T.)

dont le siège est situé : 15, avenue Carnot - 75017 PARIS, annonce qu’elle cesse d’accorder sa garantie à :

E.I. AUXERRE Immatriculation :

IM 089 11 0001 SARL au capital de 20 000 Siège social : 14 rue d’Egleny 89000 AUXERRE

L’association précise que la cessation de sa garantie prend effet 3 jours sui- vant la publication de cet avis et qu’un délai de 3 mois est ouvert aux clients pour produire les créances.

ture aumarché d’un système héri- té d’une vision soviétique. La réalité n’est pas à la hauteur des attentes de ceux qui avaient misé sur une réelle émergence du Vietnam. Les succès enregistrés dans le passé sont indéniables, mais tousles signaux d’alerte sont désormais allumés: croissance la

plus faible depuis treize ans (5,3%

en2012),difficultésàmaîtriserl’in-

flation (6,5 %), système bancaire pourri, dont le taux de créances douteuses – prêtsnon remboursés aux banques – s’élève officielle- ment à 8,8% mais pourrait bien être de 15% à 20%… Le climat général est déprimé. Quelque 100000 entreprises pri- vées ont fait faillite en2011 et 2012

et déjà une quinzaine de milliers

ont mis la clef sous la porte depuis le début de l’année. Exportateur

majeurdeprêt-à-porteretdechaus-

sures aux Etats-Unis et en Europe, le Vietnam conserve des atouts

danscessecteurs.Maissesexporta-

tionsn’ont pas été épargnéesparla baisse de la demandemondiale. Les raisons des difficultés sont systémiques. Elles sont notam- ment la résultante d’une politique decroissance etdedéveloppement du premier ministre Nguyen Tan Dung reposant sur l’expansion de grands conglomérats d’Etat. Inspi- ré des chaebols sud-coréens, ce

modèleaéchoué.Lafailliteen2010

du géant des chantiers navals,l’en- treprise Vinashin, en a été la preu-

ve la plus éclatante. Elle avait accu- mulé une dette de 3,3milliards d’euros, soit 4,5% du produit inté- rieur brut (PIB). «On a injecté un courant formi- dable de capitaux dans ces conglo- mérats sans prendre la précaution de jeter les bases d’un système de contrôle, sans mettre en place les indispensables contre-pouvoirs», analyse le célèbre économiste Le Dang Doanh. Membre du Parti communiste vietnamien (PCV), ancien responsable d’un cercle de réflexion officiel, ce septuagénai- re dresse un tableau inquiétant.

logement est maintenant 25 fois supérieur aux revenus moyens des Vietnamiens! » Conséquence,le premierminis- tre est de plus en plus contesté par ses pairs.Mardi 11juin, un tiers des 500 députés del’Assemblée natio- nale, qui jouit d’un pouvoir limité dans ce système à parti unique, ont déclaré avoir «peu de confian- ce » dans le chef du gouverne- ment. Un désaveu. Les relationsdu premierminis- tre avecle président dela Républi- que, Truong Tan Sang, et le secré- taire général du PCV, Nguyen Phu Trong, sont des plus mauvaises. Ce qui affaiblit la position de NguyenTanDung,qui gardenéan- moins le soutien de l’armée, de la police et d’une grande partie du comité central. Dernièrement, une pétition signée par 72 intellectuels, anciens ministres et officiers supérieurs de l’armée a illustré la nature des

débatsdanscertainscerclesdel’ap-

pareil,oùl’on estimequedes réfor- mes économiques pour tirer le pays de l’ornière doivent nécessai-

desentreprisespubliques.Onappel- rement s’accompagner de réfor-

mes politiques. Même si les signa- taires du texte sont à la retraite, ce ne sont pasdes dissidents, ilsjouis- sentd’unelégitimitéincontestable

quileurapermisd’appeleràlasup-

pressiondel’article4delaConstitu-

tion qui définit le caractère domi- nant du Parti communiste et justi-

fiele systèmedupartiunique. Leur

le ça,ici, “actionnariser”–mais cela n’a totalisé que 19% des entreprises d’Etat, les principales restant sous le contrôle de l’Etat », relève encore l’économiste. « Je redoute une crise sociale, prévient-il. Entre2000 et 2010, les prix de l’immobilier ont décuplé alors que le PIB par tête n’a augmenté que de 2,9%. Le coût du

Le 11juin,un tiers desdéputés ontdéclaré avoir «peudeconfiance» dansle chef du gouvernement. Undésavœu

«On a essayé de vendreles actifs

but est de faire évoluer le Vietnam vers la démocratie et les élections au suffrage universel. Rien de moins. On imagine l’onde de choc au sein du politburo, l’instance suprême du pouvoir vietnamien. Comme l’explique au Monde

l’un des rédacteurs de la pétition, Chu Hao, ancien ministre des sciences et technologies, « nous

voulonspréparerleterrainàl’émer-

gence d’un système demultipartis- me, même si nous sommes conscients que l’on ne peut pas espérer ce changement tout de sui- te, bien sûr ». « Pour que les choses

bougent, continue-t-il, il faut qu’il

y ait dans le parti des gens assez

courageux pour faire changer les choses. Il y a en déjà peut-être,

mais, pour l’instant, on ne les voit pas. Nous, les rédacteurs de cette

pétition,nesommespasdesutopis-

tes. On sait bien que nos proposi- tions ne peuvent pas être acceptées comme telles. Mais on fait cela pour contribuer à un processus d’évolution vers la démocratie

dansle but de créer une société civi-

le vivante et saine. » Pour l’heure, le Vietnam ne

prendpaslechemindeladémocra-

tie et de la liberté d’expression.

L’arrestation, depuis le début de l’année,de 46 activistes,blogueurs et critiques du régime témoigne de la crispation des responsables d’un système de plus en plus contesté dans la population. p

Bruno Philip

0123

Vendredi 14 juin 2013

0123 Vendredi 14 juin 2013 Leprocèsdumeurtrierd’unlycéennoir rouvrelesplaies racialesdel’Amérique George Zimmerman,
0123 Vendredi 14 juin 2013 Leprocèsdumeurtrierd’unlycéennoir rouvrelesplaies racialesdel’Amérique George Zimmerman,

Leprocèsdumeurtrierd’unlycéennoir rouvrelesplaies racialesdel’Amérique

George Zimmerman, qui avait tué TrayvonMartin en février2012, estjugé pour «meurtre». Il plaide non coupable, invoquant uneloi de Floride très extensive surla «légitime défense»

S i j’avais un fils, il resssemble- rait à Trayvon Martin», avait déclaré Barack Obama, le

23mars 2012, après le meurtre de

celycéen noir de 17 ans par un vigi- le autoproclamé et armé qui tra- quait les cambrioleurs dans un lotissement clos de Sanford (Flori- de). Le procès de ce dernier, George Zimmerman, 29 ans, s’est ouvert lundi 10juin devant le tribunal de Sanford. Mais les débats, qui doivent durer plusieurs semaines, ne com- menceront qu’après que les avo- cats des deux parties se seront accordés surle choix des dixmem- bres dujury, toujours en coursjeu- di. Ces jurés doivent décider si le meurtrier, d’origine hispanique, peut ou non bénéficier de l’excuse de légitime défense qu’il revendi- que et qu’interprète de manière extensive uneloi contestée de Flo- ride dénommée Stay your ground (« Défendez votre territoire »). Ce texte exonère de poursuites qui- conque fait feu pour défendre le droit de demeurer en tout lieu où il se trouve légalement. Si le président américain, alors en campagne, avait, avec des mots soigneusement choisis, insisté implicitement sur le caractère racial du drame, c’est que la mort

violentedeTrayvonMartin,adoles-

centdésarmé,avaitrappeléàl’Amé-

rique que l’élection d’un Noir à la MaisonBlanche n’a pas suffi à faire

disparaître les préjugés. Au point que certains commentateurs n’hé-

sitent pas à parler aujourd’hui de « procès du siècle sur les droits civi- ques ». Car ce procès-là a failli ne jamais avoir lieu: les policiers appeléssurleslieuxdumeurtre,le 26 février 2012, avaient tout sim- plement remis en liberté l’auteur du coup de feu mortel. Ils n’avaient ni appelé de médecin, ni même interrogé le témoin-clé qu’est l’amie de Trayvon Martin, avec laquelle il conversait au télé- phone portable pendant le drame. Il avait fallu trois semaines de pression sur la police locale pour que les enregistrements des

festants avaient revêtu des sweat- shirtsà capuche–la tenuequepor- taitla victime–pour réclamer«jus- tice pour Trayvon Martin». Le soir du meurtre, le jeune homme,lycéen àMiami, rentrait à pied vers le pavillon où vivait son père, après avoir été acheté des confiseries et une cannette de thé glacé à l’épicerie toute proche. Il pleuvait et il avait relevé sa capu- che. « S’il n’avait pas mis sa capu- che [considéré comme le signe de reconnaissance des voyous noirs], le vigile n’aurait pas répondu de façon si violente », avait commen- té la chaîne conservatrice Fox News, aussitôt accusée de racisme. Le même soir, George Zimmer- man, lui, patrouillait, obsédé par

plaidera non coupable. Remis en liberté contre le versement d’une caution d’un million de dollars (748000 euros), il vit dans un lieu tenu secret, ne sort que déguisé et dit recevoir continuellement des menaces de mort. Il a grossi de 59kg en un an, précise sa défense. Avant le procès, son avocat a bataillé pour pouvoir produire à l’audience des documents attes- tant, selonlui, que TrayvonMartin n’était pas le sage lycéen que sa famille a décrit, mais un ado consommateur de haschisch et amateur de bagarre. La juge Debra Nelson le lui a interdit. Mais pour que les débats puis- sentcommencer, il faut encoreque six jurés et quatre suppléants soient sélectionnés parmi 200 citoyens retenus. Le processus est ralenti par le feu des questions des avocats, qui traquent les person- nes influencées par les médias ou

Certains commentateurs n’hésitentpas àparler aujourd’huide «procèsdusièclesur lesdroitsciviques»

de récents cambriolages. Il avait signalé ce comportement « sus- pect » au numéro d’urgence. L’en- registrement de la conversation atteste de ce que le policier de per-

manence a tenté de dissuader le vigile autoproclamé de se lancer à

sensibles aux préjugés raciaux. Mardi, pour tenter d’être choisie,

 

conversations téléphoniques

la

poursuite du garçon. Il fait aussi

une femme a assuré qu’elle ne regardait à la télévision que les

entreGeorgeZimmermanetleper-

entendre un appel au secours sui-

manencierdu «911» (numérod’ap- pel d’urgence), ce soir-là, soient renduspublicsparlemaire – blanc

vi

d’un coup de feu. Les parents de

émissions de divertissement, et

la

victime assurent reconnaître la

n’utilisait les journaux que pour tapisserla cage de son perroquet. Les juges doivent encore déci- der si les jurés seront interdits de contact avecl’extérieurpendantle procès. En attendant, ils les dési- gnentpar unelettre et un numéro. Certains ont dit craindre que leur vie ne devienne difficile si leur nom venait à être rendu public.p

Philippe Bernard

voix de leur fils. Les experts sont

de Sanford, et que l’affaire pren-

partagés. George Zimmerman reconnaît avoir tiré, mais il affir- me avoir été attaqué à coup de poingparlejeunehomme et s’être

ne une dimension nationale. Au point que les tensions raciales ont

menacé alors de se prolonger dans

la rue en plusieurs points du pays.

défendu. Son avocat assure que

A commencer par Sanford, petite

c’est lui qui a appelé au secours. Inculpé pour « meurtre » qua- rante-cinq jours après les faits, le vigile risque la prison à vie, mais

ville du sud à la géographie encore

marquée par l’histoire de la ségré- gation. Un peu partout, des mani-

international & europe

5

Un peu partout, des mani- international & europe 5 TURQUIE RecepTayyipErdoganévoque
Un peu partout, des mani- international & europe 5 TURQUIE RecepTayyipErdoganévoque

TURQUIE

RecepTayyipErdoganévoque

l’idéed’unréférendumpour

désamorcerlafronde

ANKARA. Le premierministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a ten- té, mercredi 12juin, de désamorcer la fronde qui dure depuis deux semaines en évoquant l’idée d’un référendum sur le projet d’aménagement de la place Taksim d’Istanbul, à l’origine des manifestations. Cette proposition a été avancée lors de la rencon- tre du chef du gouvernement avec onze « représentants» de la contestation choisis par le pouvoir. « Je crois qu’après ce geste de bonne volonté, les jeunes vont déci- der de quitter le parc Gezi », a espéré le vice-premierministre Huseyin Celik. «Le parc Gezi doit être évacué le plus vite possible, nous ne pouvons bien sûr pas accepter que ces manifestations se poursuivent éternellement», a-t-il ajouté. «Nous leur avons dit [au gouvernement] que nous n’avions aucune autorité pour dire quoi que ce soit sur les projets du gouvernement», a déclaré à la presse une des onze personnes reçues, Ipek Akpinar. La coordination desmanifestants du parc Gezi, plate-forme de 116 associations, n’avait pas été conviée à Ankara. Et d’autres invi- tés, comme Greenpeace, ont préféré déclarer forfait pour dénon- cer l’intransigeance du premierministre. – (AFP.) p

ÉTATS-UNIS

Desincendies«horsdecontrôle»

ravagentleColorado

LOS ANGELES. Un incendie «hors de contrôle» ravage, depuis mardi 11juin, l’Etat du Colorado, entraînant des milliers d’évacua- tions et la destruction de dizaines de maisons, ont annoncé, mer- credi, les autorités. Alimentés par des températures élevées, plu- sieurs incendies frappent actuellement cet Etat de l’Ouest améri- cain. Baptisé Black Forest Fire, le plus violent d’entre eux a déjà détruit près de 3500 hectares près de Colorado Springs, deuxiè- me ville de l’Etat. Quelque 150 pompiers combattent les flammes avec l’aide de 48hélicoptères et le renfort de la Garde nationale. «Le potentiel de progression de cet incendie est énorme», a affir- mé le shérif du comté d’El Paso. – (AFP.) p

Allemagne Un projet d’attentat révélé au procès des néonazis NSU

BERLIN. Au procès de Beate Zschäpe, la seule survivante du trio néonazi de la NSU accusé de dix meurtres, un coinculpé, Cars- ten S., a révélé,mercredi 12juin, que le trio avait également placé un petit engin explosif dans un café turc de Nuremberg (Bavière) dès 1999, et qu’un client du café avait été légèrement blessé. Cet- te révélationmontre que les enquêteurs sont loin de tout savoir sur les actions passées du trio. – (Corresp.)

savoir sur les actions passées du trio. – (Corresp.)   PUBLICITÉ   LETTRE OUVERTE AU PRÉSIDENT
 

PUBLICITÉ

 

LETTRE OUVERTE AU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE SUR L’ENGAGEMENT DE L’ETAT EN FAVEUR DE LA CRÉATION, DE L’ART ET DE LA CULTURE

Monsieur le Président de la République,

été communiqué. Le programme 224, intitulé «transmissions des savoirs et démocratisation culturelle» doit être également préservé de toute attaque. Et la simple sauvegarde de notre secteur exige que le budget du ministère de la Culture pour 2014 soit, au minimum, conforté.

social, nous estimons que des centaines d’emplois permanents seraient détruits dans le secteur du spectacle vivant et des arts plastiques. La précarité ou le chômage des artistes et techniciens s’en trouveraient encore aggravés.

CFE-CGC Spectacle – Pôle fédéral CGC spectacle et action culturelle CGT Spectacle – Fédération nationale des syndicats du spectacle, de l’audiovisuel et de l’action culturelle CGT et ses syndicats (SFA, SNAM, SYNPTAC) CIPAC – Fédération des professionnels de l’art contemporain F3C CFDT – Fédération communication conseil culture CFDT FASAP-FO – Fédération des arts, du spectacle, de l’audiovisuel et de la presse Force Ouvrière SCC – Syndicat du cirque de création SN2A – Syndicat national des activités artistiques FO SNACOPVA CFE-CGC – Syndicat national des artistes chefs d’orchestre professionnels de variétés et arrangeurs SNAPS CFE-CGC – Syndicat national des artistes et des professions du spectacle SNLA-FO – Syndicat national libre des artistes Force Ouvrière SNM-FO – Syndicat national des musiciens Force Ouvrière SNSP – Syndicat National des Scènes Publiques SNSV-FO – Syndicat national du spectacle vivant Force Ouvrière SYNAVI – Syndicat national des arts vivants SYNDEAC – Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles

Vous avez affirmé, tout au long de votre campagne, vouloir remettre la Culture au cœur de notre projet de société : votre présence à

Avignon, et plus particulièrement vos discours

à

Nantes en faveur du spectacle vivant ou au

Cirque d’Hiver, ont été autant de témoignages appréciés par les professionnels. Lors de

Nous souhaitions vous alerter sur les conséquences destructrices d’un éventuel non-respect de vos engagements publics. C’est tout d’abord la valeur et la sincérité de la parole politique qui seraient de nouveau mises à mal, compromettant immédiatement le socle de confiance que vous-même et Mme Aurélie Filippetti vouliez instaurer avec les acteurs de la vie culturelle.

Faut-il rappeler une fois de plus que notre

Notre secteur attend, Monsieur le Président, des signes clairs d’améliorations et de confirmations des engagements. Si ces mesures ne sont pas annoncées dans le courant du mois de juin, ce refus remettrait en cause l’harmonie et la sérénité nécessaires à la préparation des manifestations festivalières de l’été.

« La crise ne rend pas la Culture moins nécessaire, elle la rend plus indispensable. (…) C’est la raison pour laquelle je réaffirme que la Culture doit être une priorité majeure, une ambition commune. Cela doit se retrouver bien sûr dans le budget de la Culture ». Nous ne pouvons que souscrire à cette déclaration que vous avez faite à Nantes. Nous attendons avec impatience que vous la traduisiez en actes.

Dans l’attente de la confirmation de vos engagements et du soutien que nous voulons encore espérer de votre politique, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de notre très haute considération.

 

l’audience du 28 janvier que vous avez accordée

à

une délégation de représentants d’employeurs

du spectacle vivant et des arts plastiques, ces organisations vous ont rappelé la nécessité de mesures d’urgence après dix années de désengagement : dégel des crédits 2013 du ministère de la Culture, annulation des mandats de révision, vote d’une loi d’orientation et d’une loi de programmation pour la création, prise en

compte positive de la Culture dans la nouvelle loi de décentralisation (compétence générale et partagée, coresponsabilité de l’Etat et de toutes les Collectivités Territoriales en matière d’art et de culture, autorisation des financements croisés pour le fonctionnement comme pour l’investissement), aides à l’emploi adaptées au secteur culturel, maintien du régime spécifique d’assurance chômage des artistes et des techniciens, défense d’une exception culturelle au niveau européen, sécurisation des politiques fiscales à l’égard de notre secteur

Parmi ces mesures, figure, bien entendu, la levée du gel de 6 % sur tous les crédits de la création en particulier, et ceux de la culture en général, dont le calendrier ne nous a toujours pas

secteur n’a cessé, depuis plus de dix ans, de faire l’objet de restrictions continues et de

remises en causes incessantes

?

Les répercussions artistiques, économiques et sociales d’une absence de mesures en faveur de la création et de l’emploi seraient considérables. Sur le plan artistique, il serait inévitable de procéder, à partir de cet été et pour l’automne prochain, à l’annulation de nombreuses productions et sur le plan culturel, de renoncer à de nombreuses actions fondamentales, comme certaines ayant trait à l’éducation artistique qui désormais les accompagnent. Sur le plan économique, les lieux de festivals seraient touchés de plein fouet. Enfin, sur le plan

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planète

0123

Vendredi 14 juin 2013

6 planète 0123 Vendredi 14 juin 2013 Pesticides:les preuvesdudanger s’accumulent Les produits phytosanitaires
6 planète 0123 Vendredi 14 juin 2013 Pesticides:les preuvesdudanger s’accumulent Les produits phytosanitaires

Pesticides:les

preuvesdudanger

s’accumulent

Les produits phytosanitaires provoquent des cancers et des troubles neurologiques

provoquent des cancers et des troubles neurologiques autrefaitmajeur:lapériodedevul- nérabilité que

autrefaitmajeur:lapériodedevul-

nérabilité que représente la gros- sesse. « Il y aune présomption forte d’un lien entre une exposition pro- fessionnelledela femmeenceinte à certains pesticides et un risque accru pourl’enfant de présenter un hypospadias [malformation des organes génitaux masculins] ou de développer, plus tard, un cancer cérébral ou une leucémie», consta- te l’épidémiologiste Sylvaine Cor- dier (Inserm, université Rennes-I) et coauteure du rapport. Selon des données internationales, l’exposi- tion professionnelle du père ou de lamère augmente de 30% à 53%le risque de tumeurs cérébrales de l’enfant à naître. Les agricultrices enceintes ne sont pasles seules concernées. Cel-

lesquihabitentdansdeszonesagri-

colesd’épandageoucellesquiutili-

sentlespesticidesàdesfinsdomes-

tiqueslesont également: «Desétu- des montrent un risque augmenté, pourl’enfantànaître,deleucémies,

de troubles de la motricité fine, de déficit cognitif, de troubles du com- portement comme l’hyperactivi- té », ajouteM me Cordier. Si les preuves sont suffisantes pour agir vis-à-vis de certains pro-

duits–lesorganochlorésetlesorga- mentation communautaire.

nophosphorés –, Jean-Paul Moatti, directeur de l’Institut thématique « Santé publique » commun aux organismes de recherche publics français met en garde: «Attention au syndrome du réverbère où l’on ne regarde que ce qui est éclairé. Notre expertise collective pointe le développement de nombreuses pathologies, mais de futurs tra- vaux pourraient découvrir des effets insoupçonnés des pesticides analysés, ou mettre en évidence la toxicité d’autres substances.» Les auteurs recommandent donc d’«améliorer les connaissan- ces sur l’exposition des popula- tions» et d’obtenir la composition complète des produits mis sur le marché, ce qui n’est pas le cas

aujourd’hui,les formules commer- ciales restant protégées par le

interditesàdesutilisateursnonpro-

fessionnels ou interdiction pour les

collectivités publiques d’y avoir recours…»

parunseulpays–commeauxEtats- Retirer du marché les produits

estparfoisnécessairemaispastou-

jours suffisant. Les scientifiquesle savent bien. «De nombreux pro- duits ont été interdits mais les plus persistants demeurent présents dans l’environnement ou s’accu- mulentdansla chaîne alimentaire, dont l’homme constitue le dernier maillon.» Pourle député socialiste Gérard Bapt, qui avait déjà lancé l’alerte sur les dangers sanitaires du bisphénolA, et qui a organiséla présentation des résultats de l’ex- pertise à l’Assemblée nationale, « ce travail montre l’ampleur du problème en matière de santé publique. La question est de savoir si, comme dansle cas du chlordéco- ne aux Antilles, nous n’avons pas dépassé le point de non-retour». p

Unis –, car elles relèvent dela règle-

secret industriel. En Europe, ces donnéesnepeuventêtreréclamées

L’expositiondupère oudelamère augmentedeplus

de30%lerisque

decancercérébral del’enfant ànaître

« Si les auteurs de cette large

expertise réclament surtout que l’on fasse plus de recherche, dit de

soncôtéFrançoisVeillerette,porte-

parole de l’association Généra- tions futures, ils n’en tirent pas moins des conclusions très fortes, qui doivent mener à des décisions politiques : vente des pesticides

Paul Benkimoun et Stéphane Foucart

E n dépit des dénégations des

industriels du secteur, les

tion à des pesticides conduit à «des augmentationsde risques significa- tives pour plusieurs pathologies ». C’est ainsi que chez les agricul- teurs, les ouvriers de l’industrie qui fabriquent ces produits ou ceux qui les appliquent, il y a une « présomption forte » d’associa- tion entre une exposition profes- sionnelleauxpesticidesetla surve- nue de certaines proliférations malignes de cellules lymphoïdes (lymphomes non hodgkiniens) et

de cancers de la prostate. Les agri- culteurs et les applicateurs de pes- ticides sont également exposés à

unrisqueaccrudemyélomemulti-

ple, une autre prolifération mali-

gne dans la moelle osseuse. Et ce n’est pas tout. Que ce soit dans le

cadred’expositionsprofessionnel- Une fermière ougandaise pulvérise un insecticide sur un caféier dans une plantation non loin de Kampala, en Ouganda. HEREWARD HOLLAND/REUTERS

les ou non, les adultes présentent un plus grand risque à développer une maladie de Parkinson. Un lien avec d’autres patholo- gies comme les tumeurs du systè- me nerveux central est aussi sus- pecté. En Gironde, par exemple, région viticole très consommatri-

ce de pesticides, l’incidence de ces maladies est trois fois supérieure au niveau national. Entre2000 et

pesticides sont bel et bien

impliqués dans un grand nombre de pathologies lourdes – cancers, maladies du sang, troubles neuro- logiques, malformations, etc. – dontl’incidence tend à augmenter dans le monde. C’est l’idée-force d’une impressionnante expertise collective menée sur l’ensemble des connaissances internationales

actuelles, et pilotée par l’Institut national de la santé et de la recher- che médicale (Inserm), qui l’a ren- due publique jeudi 13juin. Cette synthèse rassemble les données épidémiologiques issues de nombreux pays (Etats-Unis, Canada, Australie, Finlande, Dane- mark, etc.), qui précisent les effets sanitaires des principaux produits phytosanitaires: insecticides, her- bicides et fongicides. Une grande part du rapport concerne les expo- sitions professionnelles (agricul- teurs, ouvriers du secteur agrochi- mique, etc.), mais aussi les person- nes vivant ou travaillant dans ou à proximité de zones agricoles. En France, terre d’agriculture, 15% de la population sont ainsi concernés.

Aprèsavoirpasséaucriblelalitté- 2007, elle a augmenté de 17%.

rature scientifique internationale, les experts concluent que l’exposi-

Lestravauxinternationauxexa-

minés mettent en lumière un

Une production mondiale en forte progression

Marché En 2011, le marché mon- dial des pesticides s’élevait à 44milliards de dollars (33mil- liards d’euros), en progression de 13,6% par rapport à 2010. 27,7% de ce chiffre d’affaires est réalisé en Europe. Viennent ensuite l’Asie, de l’Amérique latine, l’Amé- rique du Nord et de l’Afrique.

Utilisation Les Etats-Unis consti-

tuent le premier consommateur mondial de pesticides. Suivent l’In- de, la France et l’Allemagne. Rap- porté à l’hectare cultivé, le Japon arrive en tête (12 kg/ha) devant l’Europe (3 kg/ha), les Etats-Unis (2,5kg/ha) et l’Inde (0,5 kg/ha).

Types En Europe, le marché phy- tosanitaire est dominé par les her- bicides et les fongicides.

est dominé par les her- bicides et les fongicides. L’OCDEmet en avantlesvertus fiscalesdel’immigration

L’OCDEmet en avantlesvertus fiscalesdel’immigration

Lesmigrants rapportent plus qu’ils ne coûtent. Sauf dans quelques pays, dontla France

L ’immigration ne représente pas une charge pour les dépenses publiques, expli-

que l’Organisation de coopération et de développement économi- ques (OCDE), dans son rapport annuel sur les Perspectives des migrations internationales, pré- senté jeudi 13juin. Elle pourrait même représenter une opportuni- té budgétaire pour les économies occidentalesmises à mal par la cri- se économique. En plein débat sur la place de l’immigration en Fran- ce, illustré par la discussionjeudi à l’Assembléenationale,l’analyse de l’OCDE est importante. D’autant que les flux migratoires vers les pays de l’OCDE, en recul depuis le début dela crise, fin 2007, auraient

légèrement repris depuis 2011. Alors que nombre de pays occi- dentaux préconisent de centrer leurs politiques d’accueil sur une main-d’œuvre «choisie» et haute- ment qualifiée, alors aussi que le vieillissement démographique nécessite le recours à une main- d’œuvre étrangère, l’organisation internationale critique les dis- cours tendant à stigmatiserle coût de l’immigration. « Certains pays redoutent que l’immigration fasse peser un poids supplémentaire sur les finances publiques, alors que l’assainisse- ment budgétaire figure au premier rang des préoccupations gouverne- mentales, écrivent les auteurs du rapport. Ces craintes ne sont pas limitées aux partis anti-immigra- tionet risquent demettreen périlles efforts déployés pour adapter les politiques migratoires aux nou-

veaux défis économiques et démo-

graphiquesauxquelsserontconfron-

tés de nombreux pays de l’OCDE au cours des décennies à venir.» Dans ce contexte marqué par la montée en puissance des mouve- ments populistes et nationalistes et l’adoption de politiques migra-

Les immigrés contribuentplus en impôts et en cotisationsqu’ilsne perçoivent deprestations sociales

toires restrictives, l’OCDE a entre- pris«la premièreétudecomparati- ve internationale de l’impact bud- gétaire net de l’immigration». Pre- mierenseignement,l’impact fiscal desimmigrés esttrèslimité, «n’ex- cédant pas 0,5 % du produit inté- rieur brut (PIB), qu’il soit positif ou négatif».

Pour Jean-Christophe Dumont, chef de la division migrations à l’OCDE, «les immigrés, en général, contribuent plus en impôts et en cotisations sociales qu’ils ne reçoi- vent de prestationsindividuelles». La France serait, avec l’Allema- gne et la Pologne notamment, le contre-exemple de cette affirma- tion avec une contributionnégati- ve des immigrés de quelque 1 450 euros par an en moyenne entre2007 et 2009. Pour l’ensem- ble de l’OCDE, cette contribution est positive et s’établit à

3280euros.

Le particularisme français s’ex-

pliqueparlepoidsdesretraitesper-

çues par les immigrés arrivés dans les années 1960-1970 alors que les

cotisations ont fortement chuté à partir des années 1980 du fait du

ralentissementdesarrivéesdenou-

veauxmigrants. La faible contribu- tion des immigrés aux recettes fis- cales s’explique aussi par des salai- res souventmoindresque ceuxdes salariés français. Ils payent donc

L’Union européenne révise sa politique de libre circulation

Le Parlement européen a approu- vé, mercredi 12juin, le projet de règlement prévoyant d’étendre de trente jours à six mois la pos- sibilité pour un pays de rétablir les contrôles aux frontières à l’in- térieur de l’espace Schengen. Cette dérogation à la liberté de circulation sera possible sous réserve de l’approbation de l’Union européenne, qui devra juger à partir de critères « objec- tifs» si le pays demandeur fait

l’objet « d’une menace grave pour l’ordre public et la sécurité intérieure». Un Etat pourra tou- tefois rétablir les contrôles de manière unilatérale pour une durée de dix jours en cas d’évé- nement imprévisible. Par ailleurs, les demandeurs d’asile devront voir leur deman- de examinée dans les six mois et obtenir un permis de travail au bout de neuf. Des normes d’ac- cueil devront être garanties.

moins d’impôts et de cotisations sociales. « Il fautmaintenirdespoli-

tiques d’intégration, parce qu’il y a un retour immédiat sur investisse- ment avec des gains fiscaux impor- tants», estimeM.Dumont. La contribution fiscale nette

desimmigrésaaussisubilesconsé-

quencesdela crise– avecunedimi- nution de quelque 20 % par an comparé au niveau d’avantla crise –, mais de façon variable selon les pays. En Grèce et en Espagne, où existe une forte immigration, le « bilan » fiscal des immigrés s’est plus fortement dégradé que celui des autochtones. Les étrangers ont étélespremièresvictimesdes sup- pressions d’emplois. A l’inverse, en Norvège, en Suè-

de ou en Autriche, cette contribu- tion fiscale a nettement augmen- té. Les femmes immigrées, par exemple, se sont davantage por- tées sur le marché du travail. L’OCDE montre également que les immigrés contribuent aussi bien aux métiers qualifiés qu’à ceux qui le sont moins. «L’immi- gration répond à des besoins assez variés, mais les gouvernements auraient intérêt à clarifier leurs

objectifsetàmieuxdéfinirleurpoli-

tique, prévient Jean-Christophe Dumont. S’agit-il de répondre à des

besoinsdetravailimmédiats,d’inté-

grer les migrations dans une politi- que économique tournée vers l’in- novation ou doivent-elles répondre

à des objectifs démographiques? » Autantde questionsauxquelles le gouvernement français va ten- ter de répondre. p

Rémi Barroux

français va ten- ter de répondre. p Rémi Barroux L’EuropecondamnelaFrance pourseseauxpolluées La Cour

L’EuropecondamnelaFrance

pourseseauxpolluées

La Cour dejustice pourrait infliger unelourde amende à Paris pour cause d’excès de nitrates

L a France, empêtrée dans les problèmes de pollution agri- cole qui contamine ses cours

d’eau, vient d’être condamnée par

la Cour de justice de l’Union euro- péenne(CJUE).Cettedernière aren-

du,jeudi13juin,unarrêtquiconsta-

teles «manquements» chroniques

deParis.Cettedécisionestunprélu-

de à une possible amende de dizai- nes de millions d’euros, voire à des astreintesjournalières qui alourdi- raient considérablement le mon- tant réclamé. Il s’agit de la vieille affaire des nitrates et de l’incapacité de Paris

de se mettre en conformité avec une directive européenne de 1991. Ce contentieux porte précisément sur la sous-estimation des «zones vulnérables» qu’il faudrait impéra- tivement protéger, autrement dit sur le manque d’autorité de l’Etat pour faire respecterles bassins ver- sants dont les teneurs en nitrate dépassentles50 milligrammespar litre. La CJUE prépare en outre un deuxième rappel à l’ordre, qui devrait dénoncer d’ici à fin 2013 la frilosité des programmes pour redresser la situation dans ces mêmes zones. L’excès d’azote minéral et orga- nique – essentiellement d’origine agricole – entraîne, une fois trans- formé en nitrates, l’eutrophisa- tion des rivières et nourrit le phé- nomène des marées d’algues ver- tes. Le problème est plus large cet- te fois : les zones vulnérables

concernent 55% des surfaces agri-

coles selon l’état des lieux révisé fin 2012. La liste actuelle englobe

19000communes.Lesporte-paro-

le de l’agriculture intensive se sont récriés contre ce classement soi-disant excessif, et la FNSEA a déposé plusieurs recours devant les tribunaux. A Bruxelles, c’est la cartographie précédente, celle – peu réaliste – de 2007, qui est dénoncée comme insuffisante.

« Faiblesse de longue date»

Laministre de l’écologie Delphi- ne Batho estime que l’arrêt de la CJUE « sanctionne une faiblesse de longue date ». Une délimitation

plus réaliste des zones vulnérables

auraitdûêtrefaitefin2011.«J’ail’in-

tention de rencontrer rapidement Bruxelles pour présenter notre pro- gramme d’action, annonce-t-elle. Il va falloir davantage que de la bon- ne volontépourla convaincreetévi- ter une lourde condamnation pour manquement sur manquement.» Cette procédure est redoutable puisqu’elle risque d’entraîner des amendes parjour d’astreinte. Si la Commission, qui a fini par traduire la France devant la CJUE en février2012, ne constate pas de progrès de la qualité de l’eau dans les prochainsmois, elle pourra sai- sir ànouveaulesmagistrats etleur suggérer des pénalités journaliè- res. L’unique suspense réside dans la sévérité de leur montant. p

Martine Valo

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Vendredi 14 juin 2013

france

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0123 Vendredi 14 juin 2013 france 7 Retraites:une réformequidivise la gauche De plusen plus d’élus socialistes
0123 Vendredi 14 juin 2013 france 7 Retraites:une réformequidivise la gauche De plusen plus d’élus socialistes

Retraites:une réformequidivise la gauche

De plusen plus d’élus socialistes s’inquiètentdes retombées dansl’opinion despropositionsdu rapportMoreau

P lus l’échéance approche, plus la réforme a tout de la bombe sociale. A la veille de

la remise à Matignon, vendredi 14juin, du rapport d’experts de la commission Moreau, de plus en plus d’élus socialistes ne cachent pas leur inquiétude quant aux retombées dans l’opinion de la future réforme des retraites. Leurs craintes semblent fondées après les fuites dansla pressela semaine précédente. Le document, qui doit servir de base de travail à la concertation

lorsdelaConférencesocialedes20

et21juin entrele gouvernement et les partenaires sociaux, lance des pistes tous azimuts. Pour combler le déficit des régimes de retraite qui pourrait dépasser les 20mil- liards d’euros d’ici à 2020, le rap- port préconiserait aussi bien l’al- longement de la durée de cotisa- tion à 43 voire 44 ans (contre 41,5 actuellement), le recul de l’âge légal de départ à la retraite à 63 ou 65 ans,la sous-indexationdespen- sions par rapport à l’inflation, ou le rapprochement entre les régi- mes du public et du privé. « Il y a le pire comme le meilleur », confie, inquiet, un pilier socialiste de l’Assemblée

nationale. Matignon tente de ras- surer en expliquant qu’« aucune

décision n’a été prise » et que « tout ce qui oppose les uns aux autres est étranger à l’esprit » dans lequel il aborde le dossier. Mais sa volonté de demander « des efforts à tout le monde » est loin de calmer les esprits. Déjà, dans la majorité, cer- tains, comme le député des Bou- ches-du-Rhône Patrick Mennucci (PS), appellent à la «prudence». «La retraite, c’est le patrimoine desFrançais qui n’en ont pas (…). La responsabilité du gouvernement, c’est de ne pas le brader », recom- mande l’élu marseillais. Thierry Mandon, porte-parole du groupe socialiste, prévient que celui-ci

vigilant », notamment

sera « très

sur les mesures concernant les petites retraites.

Mercredi 12juin, les députés étaient nombreux à assister à la commission des affaires sociales, où les parlementaires socialistes ont tenté de désamorcer la ques- tion des inégalités entre public et privé. « Il faut demanderuneffortà

toutlemonde,maisuneconvergen-

ce des règles de calcul entre public et privé n’est pas nécessaire, expli- que Jean-Marc Germain, un des

poids lourds de la majorité sur le

M.Cambadélis: « Il faut tout mettresurla tableetnepas avoirderéformecachée »

Entretien

Al’approche du débat surla réfor- me des retraites, Jean-Christophe Cambadélis,député de Paris etvice- président du Parti socialiste euro- péen, appellele gouvernement à «respecter l’intérêt général».

Faut-il selon vous une grande réforme des retraites ou une réforme plus conjoncturelle ?

Le PS, qui a mis en place son propre groupe de travail sur les retraites, souhaite que le gouver- nement ne cède ni aux sirènes du Grand Soir ni à l’immobilisme. La méthode choisie jusqu’à présent nous semble bonne, car elle res- pecte les partenaires sociaux, la retraite par répartition, donc la solidarité, et elle respecte aussi les faits. C’est comme cela qu’il faut aborder une réforme qui a un aspect à la fois conjoncturel et structurel.

S’attaquer aux retraites est tou- jours sensible, surtout dans le contexte social actuel. Quelles sont les lignes à ne pas franchir ?

Il faut toutmettre surla table et ne pas avoir de réforme cachée. Le gouvernement devra êtrela gare de triage de l’intérêt général, sachant qu’il y a deux principes à respecter. Le premier est qu’il y a un vrai déficit de la branche retrai- te, et toutlemonde doit s’en convaincre. Celui-ci est dû au ralen- tissement économique,mais aussi àl’allongement de la vie. Il faut le traiter à court terme en trouvant 7 à 8milliards d’euros.Mais il faut aussi intégrerles efforts économi- quesmis en place depuis un an, c’est-à-direla compétitivité. Il nous faut trouver un équilibre qui permette de passerl’obstacle et de pérenniserles retraites dans lajus- tice. Si on veut tout faire, on peut courirle risque de ne rien faire, Juppé nous l’amontré en 1995.

Aligner le régime des retraites dans le public sur celui du privé serait-ce selon vous une réfor- me juste ?

Cette question doit être posée. Il ne doit pas y avoir de sujet tabou,mais il ne faut pas en faire non plus le marqueur de la retrai- te. Il y a d’autresmarqueurs: le niveau de vie des petites retraites, l’égalité hommes-femmes,la péni- bilité… Il ne faut pas suivre les aya-

tollahs de la réduction,mais il ne faut pas non plus croire ceux qui pensent que demain sera forcé- ment toujoursmeilleur. Il faut avancer dans une réforme juste et équilibrée.

Comme on vit plus longtemps, il va falloir travailler plus long- temps, explique le gouverne- ment. Quand cet argument était porté par la droite, le PS le criti- quait. Pourquoi a-t-il changé d’avis ?

Je crois qu’il y a eu unematura- tion dans l’opinion sur ce sujet. Personne aujourd’hui ne remet en causel’aspect structurel des défi- cits,même si on peut penser que l’aggravation est aussi due auman- que de croissance économique, donc le retour de la croissance que nous préparons devraitlogique- ment améliorer en partiela situa- tion. C’est la raison pour laquelle jemilite pour la réversibilité. Il ne faut pas s’enfermer dans une réfor- me absolue,mais traiter le problè- me à fond tout en se laissant des possibilités de réajuster en fonc- tion de notre croissance future.

La CGT appelle à manifester en septembre, des élus socialistes craignent que la réforme vienne polluer la campagne des munici- pales. Le gouvernement doit-il redouter la rentrée ?

Ilme semble que l’on crie avant d’avoir le texte. C’est de bon- ne guerre pour les syndicats, ça l’estmoins pour les politiques. Il sera toujours temps, quand les arbitrages seront faits, de dire si le curseur est juste ou pas. Si on res- pecte la méthode, je suis persuadé que l’on peut arriver à une réfor- me qui, sans avoir un consensus général, peut satisfaire le plus grand nombre. Maintenant,la rentrée sera dif- ficile, et pas simplement sur la question des retraites: le chôma- ge est là, les Français font des efforts. Il y a aussi des restrictions budgétaires,les allocations fami- liales et le bilan que nous a laissé la droite. On vamoins doter les collectivitéslocales, et il y a la bataille que l’onmène en Europe pour la réorientation de la construction européenne. Tout cela fait un menu lourd pour l’automne. p

Propos recueillis par B.Bo.

social. Elle a déjà été opérée par les réformes de 2003, 2008 et 2010. » Le sujet est explosif depuis que

l’on sait que le rapport de Yannick

Moreauproposeraitde calculerles

retraitesdes fonctionnairessurles

dix dernières années de carrière

pour les rapprocher du privé, où

les vingt-cinq meilleures années sont prises en compte.

«Silegouvernement essayait d’aller àmarche forcée, on irait vers des graves problèmes sociaux»

Pierre Laurent secrétaire national du PCF

Pour contrer les attaques de

l’UMP, les députés PS ont notam- ment repris une étude du Conseil

d’orientationdesretraitesquimon-

tre que le niveau de pension par rapport au dernier salaire n’est en

moyenne pas très différent entre public et privé. « Seul compte ce taux de remplacement», a assuré Michel Issindou, le probable futur rapporteur (PS) du texte, alors que les pensions du public sont bien plus élevées que dansle privé. Dans la foulée, une quinzaine de députés socialistes ont déjeuné avec Claude Bartolone, le prési- dent de l’Assemblée. Beaucoup se sont plaints du manque de pers- pectives politiques posées par l’exécutif avant la tenue du débat. Leur principale inquiétude porte sur les effets d’une réforme «uni- quement comptable». «Nos électeurs vivent déjà dans un climat anxiogène depuis des mois, il ne faudrait pas que les retraites soient le point de bascule- ment », alerte un des convives. D’autantqueleprojetdeloi estcen- sé être voté à l’automne alors qu’auront à peine débuté les cam- pagnes pour les élections munici- pales de 2014. Sans parler d’éven- tuelles conséquences de manifes-

tationsd’ampleurdesfonctionnai-

res et des salariés comme ceux de la SNCF ou d’EDF, qui bénéficient de régimes spéciaux. « Le risque d’un mouvement social inquiète beaucoup au sein de la majorité, mais il est évitable », se rassu- rer-t-on au sein de l’exécutif. C’est en tout cas la mise en gar- de qu’a adressé Pierre Laurent, secrétaire national du Parti com- muniste, mercredi 12juin sur LCI. «Si le gouvernement essayait d’al- ler à marche forcée vers une réfor- me qui est le contraire de ce qu’at- tendentceux quil’ontélu,effective- ment, on irait vers des graves pro- blèmes sociaux», a-t-il averti. Au Front de gauche, on refuse tout net les pistes avancées par le rapport Moreau et on continue de défendre le retour de la retraite à 60 ans pour tous et à taux plein. Si les écologistes se montrent plus conciliants, ils se sont prononcés finmaipour «unenécessaire réfor- me » mais qui se fasse «dansla jus- tice », qui « prenne en compte la

pénibilité et qui écarte une aug- mentation de l’âge légal » de départ à la retraite. La question de la durée de cotisation, qui n’était pas mentionnée, ne semble égale- ment pas ravir leur secrétaire national, Pascal Durand, qui a

dénoncé,mardi,une«solutionsim-

pliste » et «une vision d’épicier ». Le sujet sera au cœur d’une ren-

contreorganiséeparlePCF,diman-

che, entre tous les partis de gau- che, excepté Lutte ouvrière qui a décliné l’invitation. Le Front de gauche,l’aile gauchedu PS,les éco- logistes et le NPA se retrouvent pour discuter autour de l’idée de « changer de cap en France et en Europe ». Les retraites occupent une bonne place dans le program- me de la journée, où les partici- pants seront amenés à répondre à la question suivante: «Vivre plus longtemps: faut-il travailler plus longtemps? » p

Raphaëlle Besse Desmoulières, Bastien Bonnefous et Jean-Baptiste Chastand

Desmoulières, Bastien Bonnefous et Jean-Baptiste Chastand “JE N’ATTENDS PAS LE SUCCÈS JE LE PROVOQUE” RYAN
“JE N’ATTENDS PAS LE SUCCÈS JE LE PROVOQUE” RYAN REYNOLDS BOSS BOTTLED. PARFUM POUR HOMME
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JE LE PROVOQUE”
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N’ATTENDS PAS LE SUCCÈS JE LE PROVOQUE” RYAN REYNOLDS BOSS BOTTLED. PARFUM POUR HOMME fragrances.hugoboss.com

8

société

0123

Vendredi 14 juin 2013

8 société 0123 Vendredi 14 juin 2013 AffaireTapie: l’Etatvacontester l’arbitrageenjustice Lamiseenexamende Stéphane
8 société 0123 Vendredi 14 juin 2013 AffaireTapie: l’Etatvacontester l’arbitrageenjustice Lamiseenexamende Stéphane

AffaireTapie:

l’Etatvacontester

l’arbitrageenjustice

Lamiseenexamende Stéphane Richard, PDG d’Orange,etdeJean-François Rocchi,ex-PDG du CDR, rapprochelesjugesdes acteurspolitiques

Les principaux acteurs de l’arbitrage de 2008 Pierre Estoup Ancien haut magistrat, il a été
Les principaux acteurs de l’arbitrage de 2008
Pierre Estoup
Ancien haut magistrat, il a été
mis en examen
Bernard Tapie
Maurice Lantourne
L’avocat de Bernard Tapie a été
placé en garde à vue, fin mai, sans
être mis en examen. Il pourrait
être à nouveau convoqué par
les magistrats. Les enquêteurs
s’intéressent à ses relations
avec Pierre Estoup.
le 29 mai pour « escroquerie en bande organisée ».
Il est soupçonné d’avoir eu des liens avec Bernard
Tapie et son avocat de nature à fausser l’arbitrage
rendu en faveur de M. Tapie dans son litige avec
le Crédit lyonnais. M. Estoup avait pour obligation
de signaler ces relations.
L’AVOCAT
Il achète Adidas en 1990 et veut
s’en défaire dès la fin de l’année
1992, une fois devenu ministre,
à la demande du président
François Mitterrand. Il demande
au Crédit lyonnais de s’occuper
de la vente de ses parts.
La banque réalise d’importantes
plus-values, mais, selon M. Tapie,
ne les lui signale pas.
S’estimant floué, il entame une
procédure contre le Lyonnais.
En 2007 et 2008, il a rencontré
Nicolas Sarkozy à de multiples
reprises, avec qui il aurait
évoqué son contentieux.
La justice se penche aussi sur
les liens qu’il entretenait avec le
juge arbitre Pierre Estoup.
Jean-Denis Bredin
Ecrivain et avocat, il a été
désigné arbitre par le Crédit
lyonnais en juillet 2008.
Pierre Mazeaud
Président du Conseil
constitutionnel
jusqu’en 2007.
DE CONSORTIUM
LE
RÉALISATION
(CDR)
Bernard Scemama
Président de 2007 à 2009 de l’EPFR,
structure chapeautant le CDR (chargé
de gérer le passif du Crédit lyonnais),
il est concerné par l’enquête judiciaire
non ministérielle et celle de la Cour de
discipline budgétaire et financière
(CDBF), qui dépend de la Cour des
comptes. Il a expliqué en août 2011 au
Monde qu’il n’avait fait qu’obéir à sa
ministre de tutelle, Christine Lagarde.
L’EPFR*
Jean-François Rocchi
Arrivé en 2007 à la présidence du CDR, qu’il a
quittée le 22 avril 2013, il a supervisé l’arbitrage.
Il est au cœur de l’enquête de la CDBF. Le CDR
a annoncé, le 4 juin, son intention de se constituer
mis en examen
pour
Christine Lagarde
L’ancienne ministre de
l’économie de Nicolas Sarkozy
a été entendue par la Cour de
justice de la République, les 23
et 24 mai, qui l’a placée sous
Nicolas Sarkozy
L’ancien chef de l’Etat est
soupçonné d’avoir joué un rôle
dans l’arbitrage pour favoriser
Bernard Tapie, qui l’avait soutenu
avant l’élection présidentielle
de 2007. Certains de ses agendas
sont entre les mains de la justice.
partie civile. Le 12 juin, il est
« escroquerie en bande organisée » et « usage
abusif des pouvoirs sociaux ».
L’ÉTAT AUJOURD’HUI
statut de
« témoin assisté ». Elle
est mise en cause pour avoir
donné son accord, en octobre
2007, à une procédure
d’arbitrage, mais aussi pour
avoir refusé ensuite de déposer
un recours contre une décision
très défavorable à l’Etat.
Stéphane Richard
Le patron de France Télécom,
mis en examen
le 12 juin
pour « escroquerie en bande organisée », était directeur
du cabinet de M me Lagarde quand la décision de
l’arbitrage a été prise. Il a reconnu une réunion en 2007
avec Nicolas Sarkozy et Claude Guéant, mais il nie tout
ordre de l’Elysée.
Claude Guéant
L’ancien secrétaire
général de l’Elysée est lui
aussi soupçonné d’avoir
favorisé l’arbitrage en
faveur de Bernard Tapie.
Les enquêteurs
s’intéressent notamment
à ses liens avec
Jean-François Rocchi.
Pierre Moscovici
Le ministre de l’économie
a annoncé fin mai au Monde que
le gouvernement contesterait l’arbitrage
rendu en 2008 «si une atteinte aux intérêts de
l’Etat [était] avérée». Son ministère a mandaté
des avocats afin de se constituer partie civile
dans le volet non ministériel du dossier. Dans un
second temps, toujours selon M. Moscovici, qui
agit suivant les consignes de François Hollande,
l’Etat pourrait intenter un recours en révision
de l’arbitrage controversé, dans l’espoir
de récupérer les fonds versés
à Bernard Tapie.
* Etablissement public de financement et de restructuration
SOURCE : LE MONDE - INFOGRAPHIE : LE MONDE
DE LE L’ÉCONOMIE MINISTÈRE
L’ÉLYSÉE
LES ARBITRES

l’arbitrage est prise. C’estle PDG du CDR, M.Rocchi donc, qui s’occupe de l’ingénierie. C’est un préfet, qui connaît bien Claude Guéant – ils se

tutoient – pour l’avoir côtoyé dans les cabinets ministériels. En 2009,

il est d’ailleurs nommé à la tête du

BRGM, l’un des plus beaux postes de la République. « Je ne le connais pas à l’époque, assure M. Borloo, C’est Matignon et l’Elysée qui l’ont proposé pour ce poste.» A Bercy, un front s’organise contre la décision d’entrer en arbi- trage. L’avocat historique du dos- sier, M e Jean-Pierre Martel, s’oppo- se résolument à cette solution. Le Crédit lyonnais lui-même fait part de son désaccord. Il sera écarté in fine de l’arbitrage. Enfin, la Caisse des dépôts et consignations, à

laquelle est adossé le CDR, n’est jamais sollicitée par M. Rocchi. Autre anomalie, la solution d’un éventuel appel de la sentence n’est pas retenue, alors qu’un «préjudice moral» accordé aux Tapie fait son

apparition. L’Agence des participations de l’Etat, dirigée par Bruno Bézard, aujourd’hui directeur général des finances publiques, s’emporte.

M.Bézard a laissé un courrier daté du 1 er août 2007 dans lequel il rap- pelle avoir « formellement décon-

seilléàl’anteprédécesseurduminis-

tre [M.Borloo] d’autoriser le CDR à s’engager dans cette voie [l’arbitrage]qui serait contraireaux intérêts du CDR et de l’Etat». p

Gérard Davet et Fabrice Lhomme

Lessalariésd’Orange

défendentlebilandeleurPDG

C’EST PEU DIRE quelamise en exa- men de Stéphane Richard,le PDG d’Orange, dansle cadre de l’enquê- te sur l’arbitrage en faveur de Ber- nard Tapie dans l’affaire Adidas- Créditlyonnais, secoueles esprits chezl’opérateur de télécommuni- cations. Nombre de salariés redoutent de se retrouver sans capitaine – ou avec un chef dont l’image serait entamée par ses ennuis judiciaires –, alors que lemarché des télé- coms est particulièrement diffici- le et concurrentiel, surtout en France. Orange a vu son profit s’ef- fondrer de presque 80% entre2011 et 2012. Le cours de Bour- se ne cesse de s’effriter: l’action ne vaut plus que 7,5 euros. «Personne n’est tout blanc dans l’histoire,mais on a l’impression que M.Richard sert de fusible», regrette Fabrice Faye, chef d’équi- pe chez Orange Entreprises. «Une fois de plus, on nous donne un coup sur la tête, on veut notre peau ou quoi ?», ajoute Evelyne Hardy, dela direction financière d’une autre filiale du groupe. «On aimerait bien ne pas être les otages de la politique, que M.Richard termine aumoins son mandat», confesse une autre cadre parisienne. Elle ajoute: «S’il s’en va, cela va générer des luttes de pouvoir en interne, on va perdre le sens du collectif alors qu’on en a absolument besoin.» Même s’il n’est pas encore offi- ciellement question que M.Richard quittela tête du grou- pe, cette salariée regrette déjà un dirigeant qui, depuis son arrivée, en 2010, a réussi à apaiser un cli- mat social détestable,lié à la « cri- se des suicides». « Il a pacifié les relations sociales. Je suismoins

stressé quand je vais au bureau le matin», reconnaît Pascal Trochet, du syndicat SUD, à Rennes. « Il a réussi à modifier les pratiques du management», pour M. Faye. Le rôle desmanagers avait été très décrié pendantla crise des sui- cides, de 2007 à 2009. Ils étaient censésmettre en œuvrele plan «Next», décidé parla direction de l’époque. L’objectif était de suppri- mer 22000 emplois en trois ans. «M.Richard amis fin aux restructu- rations forcées. Il y a eu une accal- mie», relève NorbertMonforte, syndicaliste CGT. « Il a réussi à fai- re cohabiter des contraintes de ren- tabilité avec un pilotage humain du groupe», selon M me Hardy.

Peu de détracteurs

Surle plan opérationnel,le

bilan de M.Richard a également

peu de

détracteurs.M me Hardy

trouve que son patron a « su faire de la pédagogie auprès des repré- sentants de l’Etat pour que le divi- dende baisse, afin de préserver des marges demanœuvre pourinves- tir». M. Faye conclut: «On est en situation de crise,mais on s’en sort plutôtmieux que les autres opéra- teurs. On a encore un intéresse- ment, une participation.» Tous ne veulent cependant pas se laisser enfermer dans un sou- tien sans réserve au patron. «Dans les boutiques Orange, le sort de M.Richard nous importe peu. On constate juste que la pression sur les équipesmonte à nouveau très fortement: les Français ne choisis- sent plus que des forfaits low cost, du coup, les vendeurs ont du mal à tenir leurs objectifs», s’inquiète Jean-Marc Lassoutanie, délégué CGT à Paris. p

C. Du.

L a décision vient d’être prise à l’Elysée,àlalueurdesderniers événements judiciaires.

Après s’être constitué partie civile, l’Etat va déposer demanière immi- nente un recours en révision

contrel’arbitrage ayant accordé, en juillet2008, 403millions d’euros à l’homme d’affaires Bernard Tapie,

dans le cadre de son conflit avec le

Créditlyonnais.Unnouveaurebon-

dissement alors que l’affaire Tapie

fait des ravages dans les rangs des responsables publics. Le PDG d’Orange, Stéphane Richard, a été mis en examenmer- credi 12juin pour « escroquerie en bande organisée », par les juges

parisiensSergeTournaire,Guillau-

me Daïeff et Claire Thépaut. M. Richard était le directeur du cabinet de la ministre de l’écono-

mie, Christine Lagarde, à l’époque où le gouvernement a accepté de solder le contentieux entre M. Tapie et le Crédit lyonnais par un arbitrage très défavorable à l’Etat. Le maintien de M. Richard à la tête du groupe de télécommunica- tions est désormais problémati- que. Au sommet de l’Etat, action- naire minoritaire d’Orange, on se pose une question: M.Richard est-

il encore en mesure de diriger l’en- treprise? Laréponsesemblepositi- ve, puisque le contrôle judiciaire

auquelilestsoumisl’empêcheuni-

quement de rencontrer les acteurs del’affaire. Au-delà de l’avenir du patron d’Orange, les juges s’approchent désormais des figures politiques du dossier. Les magistrats, chargés d’investiguer sur les conditions dans lesquelles, en 2008, un tribu- nalarbitralapu octroyerla somme de 403millions d’euros à Bernard Tapie, dans le cadre de son conflit avecle Créditlyonnais, vont désor- mais cibler Claude Guéant, déjà perquisitionné dans ce dossier, mais aussi son ancien adjoint à l’Elysée François Pérol, actuel patron du groupe bancaire BPCE. Au final, seul son statut juridique d’ancien chef de l’Etat protège encore NicolasSarkozy. L’homme clé du dispositif est connu: c’est le haut fonctionnaire Jean-François Rocchi, patron du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), ex-responsa- ble du CDR, l’organisme chargé de gérer le passif du Crédit lyonnais. M.Rocchi a été également été mis

en examen,mercredi,pour « escro- querie en bande organisée », et pour « usage abusif des pouvoirs sociaux». L’avocat de M. Rocchi, M e Jean- Alain Michel, s’est étonné de la mise en examen de son client alors que Christine Lagarde a bénéficié

du statut de témoin assisté, devant les magistrats de la Cour de justice de la République. A la lumière de ces nouveaux éléments, les juges de la CJR pourraient faire évoluer le statut judiciaire de la patronne du Fondsmonétaire international, par exemple lui signifier une mise en examen.

M.Richardapoursapartannon-

céunrecourscontresamiseenexa-

men. Lors de ses deux jours de gar- de à vue à la brigade financière, il a désigné M. Rocchi comme princi-

palmaître d’œuvre de l’arbitrage – avec l’aide de l’avocat Gilles August –, sur ordre de l’Elysée. Les enquêteurs ont tenté d’ex-

plorer la chronologie de l’affaire. Après de nombreuses décisions de justice favorables à l’homme d’af- faires, en 2006, la Cour de cassa- tion rendait enfin un arrêt jugé favorable par Bercy aux positions

del’EtatdansledossierTapie.Pour-

tant, la décision est prise d’entrer

en arbitrage. Par qui ?

«Vilain petit canard»

Selon M. Richard, c’est Claude Guéant, alors tout nouveau secré-

taire général à l’Elysée, qui, lors d’une réunion dans son bureau, au printemps 2007, lui aurait dit :

«l’arbitrage, on vale faire». Al’épo- que, M.Richard, ami de M. Sarkozy mais plutôt classé à gauche, a été imposé comme directeur de cabi- net au centriste Jean-Louis Borloo, éphémère ministre de l’économie, jusqu’enjuin2007. Dès son arrivée

à Bercy, celui-ci lui a présenté Ber-

nardTapie, dont il futl’avocatdans les années 1980. L’homme d’affaires vient plai- der sa cause auprès de M.Richard. Contacté par Le Monde, M.Borloo confirmele rendez-vous. «Bernard Tapiem’a passé un coup de fil, je lui ai dit de venir prendre un café, il a d’abord rencontré M. Richard car j’étaisenretard.Jenemesuisjamais occupé de ce dossier, étant le plus malplacédanstouslescasdefigure. Et je vous rappelle que j’étais le vilainpetitcanarddelaSarkozie…», expliqueleleader del’UDI. Reste que la décision de lancer

L’avenirdeStéphaneRichardàlatêted’Orangeenquestion

LA QUESTION dumaintien à son poste de Stéphane Richard, PDG d’Orange, est posée. Avec samise en examen pour escroquerie en bande organisée,la pression sur le dirigeant de 51 ans, arrivé àla tête del’opérateur de télécommunica- tions en 2010, estmontée d’un cran,mercredi 12juin, embarras- santle gouvernement. La direction du groupe a assuré, mercredi, que «cette affaire ne concerne pas Orange et n’a pas de conséquences sur les responsabili- tés actuelles de M.Richard. Il sera dans son bureau demainmatin». MaisMatignon a réagi immédiate- ment en déclarant quele conseil d’administration (CA) d’Orange «se réunirait dans les prochains jours» pour « faire le point» et «décider des conséquences à tirer». L’Etat, qui possède 27% du capi- tal del’ex-monopole, dispose de trois représentants sur quinze à son CA: deux de l’Agence des parti- cipations del’Etat, un pourle Fonds stratégique d’investisse- ment. «Les représentants de l’Etat

[…] se détermineront par rapport au seulintérêt del’entreprise», a déclaré dans un communiqué Pier- reMoscovici,leministre del’éco- nomie. «La question dumaintien à la tête d’Orange de Stéphane Richard est posée », a estimé pour sa part Fleur Pellerin,ministre chargée del’économie numérique, jeudi 13juin aumatin. Le CA d’Orange pourrait se réu- nirlundi 17juin, selon une source interne. «On ne sait pas encore, on n’a pas été convoqués», nuance un administrateur. Lemandat de M.Richard court théoriquement jusqu’àl’assemblée générale de

mai2014. Il s’était déclaré candidat

à un secondmandat enjuillet2012.

«Onignore encore la position qu’adopterontles trois représen- tants de l’Etat» assuraient deux administrateurs,mercredi. La position des huit « indépen- dants» du conseil (dont José-Luis Durán, Claudie Haigneré, Jean- Michel Severino,mais aussi Sté- phane Richard) n’est pas non plus connue à ce jour.

Les centrales syndicales de deux des trois administrateurs salariés se sont désolidarisées de M.Richard,mercredi. «On voitmal comment une tellemise en exa- men est compatible avec la direc- tion de l’entreprise», a déclaré SUD. «L’Etat etM.Richard doivent s’inter- roger sur sonmaintien à la tête du groupe», soulignela CGT. La CFDT, également représentée au conseil,

a en revanche soutenule PDG.

Décision politique

«Si c’est la démocratie du conseil qui joue, le sort de M.Richard n’est pas scellé», assure un administrateur. «Cela dépen-

dra avant tout de lui, croit savoir un autre administrateur, c’est son envie de rester à la tête du groupe qui conditionnerale positionne- ment du conseil.» Cependant, pour cette source,la décision sera politi- que. C’est àl’Elysée et àMatignon quele sort deM.Richard sera tran- ché, «en amont du conseil». L’Elysée ne faisait paslemoin- dre commentaire officiel,mercre-

di, renvoyant au prudent commu- niqué deM.Moscovici. Un texte qu’ArnaudMontebourg n’a pas signé. Leministre, qui détientla cotutelle surl’Agence des participa- tions d’Etat, avait récemment indi- qué au Monde queM.Richard devrait démissionner s’il étaitmis en examen, avant de se rétracter. Pourl’instant,lemessage des conseillers du Palais aux cabinets

ministériels est des plus flous: « le président attend», font-ils passer. Danslesministères, certains s’in- terrogent: «A unmoment,il va bien falloir que l’Elysée donne la consigne aux représentants de l’Etat», s’agacel’un d’eux, qui plai- de pour une démission rapide de M.Richard. «Est-ce que Cahuzac était un bonministre du budget? Oui. Est- ce qu’il pouvait rester? Non. Cela amènerait un peu de clarté dans unmonde où, tous les trois jours, une affaire nouvelle surgit», ajoute cette source. p

Cécile Ducourtieux et David Revault d’Allonnes

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Vendredi 14 juin 2013

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9

0123 Vendredi 14 juin 2013 société 9 Lesavancéespromises surle secretdessourcessupprimées Souslapression conjuguée
0123 Vendredi 14 juin 2013 société 9 Lesavancéespromises surle secretdessourcessupprimées Souslapression conjuguée

Lesavancéespromises surle secretdessourcessupprimées

Souslapression conjuguée del’Intérieuret delaDéfense,M me Taubira adûprésenterunprojet deloienretrait par rapport àl’ambition initiale

C hristiane Taubira, la rage au cœur, a dû se résigner à pré- senter, mercredi 12juin, en

conseil des ministres, un projet de loi sur la protection des sources des journalistes passablement tronqué et assez loin de ses espé- rances. Sousla pression conjuguée desministres de l’intérieur et de la défense, la garde des sceaux a dû renoncer à la principale avancée que comportait le texte, pourtant longuement mûri et appuyé sur une large concertation. La version finale, lourdement rabotée par le

Conseil d'Etat, n’est plus très diffé- rente de la situation bancale qui prévaut aujourd’hui. Laloi du 4janvier 2010, adoptée par la précédente majorité et tou- jours en vigueur, partait d’une bonne intention. « Il ne peut être porté atteinte directement ou indi- rectementau secret des sources que

siunimpératifprépondérantd’inté-

rêt public le justifie et si lesmesures envisagées sont strictement néces-

sairesetproportionnéesaubutlégi-

time poursuivi.» La loi reprenait ainsi mot pour

mot la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’hom-

me, pour qui les journalistes sont «les chiens de garde de la démocra- tie » et la protection des sources «l’une des pierres angulaires de la liberté de la presse ». Le texte a rapidement fait la preuve de ses insuffisances; trois

moisplustard,leprocureurdeMar-

seille faisait examiner les fadettes – les factures téléphoniques détaillées–dedeuxjournalistesdu

Mondepourunmincedélitdepres-

se, un « recel de violation du secret

notion floue, qui autorise tous les écarts. La Commission nationale consultative des droits de l’hom- me (CNCDH), saisie par M me Taubi- ra, s’était proposée dela définir.

de l’instruction» – une infraction que M me Taubira se propose d’ailleurs d’abroger. En juillet2010, le directeur central du renseignement intérieur (DCRI)

Lachancellerieafinalementpré-

ordonnait de saisir les relevés télé-

phoniquesd’unjournalisteduquo- féré une autre formule: « Il ne peut

être porté atteinte directement ou indirectement au secret des sources que pour prévenir ou réprimer la commission soit d’un crime, soit

d’un délit constituant une atteinte grave à la personne », et à deux conditions «cumulatives» : queles

informationsrevêtent«uneimpor-

tance cruciale» et qu’elles ne puis- sent«être obtenuesd’aucuneautre manière».

CependantleConseild’Etat,réu-

ni en assemblée généralele 30mai, ajugé quele texte allait troploin et que la protection des sources « devait être conciliée avec des objectifs à valeur constitutionnelle, en particulier la sauvegarde de l’or- dre public ». Christiane Taubira a dû ainsi reculer: il sera désormais possible de porter atteinte au secret des sources, toujours «pour une atteinte grave à la personne»,

tidien, suivi en septembre par le procureur de Nanterre, et deux juges d’instruction de Lille envisa- geaient encore au mois de mai d’éplucher les fadettes de six orga- nes de presse. C’est que «le motif prépondé- rant d’intérêt public » est une

Les « intérêts fondamentaux de la Nation», un champ large

Les «intérêts fondamentaux de la Nation», qui pourront légiti- mer une atteinte au secret des sources des journalistes, sont particulièrement larges et balaient un champ qui va de la défense nationale à l’environne- ment. Ils sont définis par l’arti- cle410-1 du code pénal: « Les intérêts fondamentaux de la nation s’entendent au sens du présent titre de son indépendan-

ce, de l’intégrité de son territoi- re, de sa sécurité, de la forme républicaine de ses institutions, des moyens de sa défense et de sa diplomatie, de la sauvegarde de sa population en France et à l’étranger, de l’équilibre de son milieu naturel et de son environ- nement, et des éléments essen- tiels de son potentiel scientifi- que et économique, et de son patrimoine culturel.»

mais aussi pour avoir porté attein- te «aux intérêts fondamentaux de la Nation, et si les mesures envisa- gées sont strictement nécessaires et proportionnées au but légitime poursuivi». Les conditions cumulatives ont disparu, et le champ des «intérêts fondamentaux de la Nation » est immense; il englobeladéfense, «le potentiel scientifique » et même «le patrimoine culturel» français…

«Ons’attendait àune avancée eton en reste pratiquement àlaloi

de2010avecune

autreformulation»

Pierre-Antoine Souchard président de la presse judiciaire

Le texte initial précisait qu’il s’agissait des atteintes «directes ou indirectes» au secret des sources,le Conseil d’Etat l’a aussi fait suppri- mer: une atteinte indirecte, via les fadettes par exemple, reste-t-elle

encore une atteinte ? Enfin le Conseil souhaitait interdire aux

journalistesd’accompagnerlespar-

lementairesenprison,maislachan-

cellerie a pu maintenir la disposi- tion. Il reste cependantunprogrès:

les procureurs ou les juges d’ins-

tructiondevrontobtenirl’autorisa-

tion d’un juge du siège, le juge des

libertésetdeladétention,pourpor-

ter atteinte au secret des sources.

FrançoisHollandeasaluéuntex-

te « qui vient renforcer l’exemplari-

té de la République suite à des inci- dents passés. C’est un bon équilibre

été trouvé ». Cet enthousias-

me n’est pas totalement partagé. «Le projet de loi est très proche du texte actuel, regrette le magistrat Jean-Yves Monfort, membre de la CNCDH. La définition des intérêts fondamentaux de la Nation est très large, on ne résout pas le problè- me.» Même avis chez le président

de la presse judiciaire. «On s’atten-

daitàuneavancéeetonenrestepra-

tiquement à la loi de 2010 avec une

autre formulation», se désole Pier- re-Antoine Souchard. p

Franck Johannès

qui a

désole Pier- re-Antoine Souchard. p Franck Johannès qui a Pourlapremièrefois, lesdéputésdébattent
désole Pier- re-Antoine Souchard. p Franck Johannès qui a Pourlapremièrefois, lesdéputésdébattent

Pourlapremièrefois,

lesdéputésdébattent

del’immigrationsansvote

M.Valls veut ouvrir une nouvelle «séquence» sur ce thème avec un projet deloi àla rentrée

C onformément àla promesse de campagne de François Hollande, un débat sur l’im-

migration professionnelle devait

avoir lieu, jeudi 13juin, à l’Assem- blée nationale. Un débat sans vote, puisque aucun texte ne sera sou- mis aux parlementaires – chose rare –maisun débat quandmême, et qui se veut un élément de la réflexion autour de «l’attractivi- té » de la France. La première partie de ce débat a eu lieu, fin avril, au Sénat, dans une relative indifférence – d’autant plus que la proposition sensible du candidat Hollande de mettre en place des «quotas» a été écartée. Les discussions de cejeudi pourraient toutefois être plus ani- mées, notamment parce que la séance a été programmée à 15heu- res et non pas à 21h30. Les étudiants étrangers devai- ent figurer au cœur du débat. Ils

représententuntiersdel’immigra- me », se félicite-t-on.

tionéconomiqueenFranceetbeau-

coup de jeunes restent sur le terri- toire pour travailler une fois leur cursus terminé. Mais si la France, avec quelque 300000 étudiants étrangers par an, est le 4 e pays au mondeleplus attractif,ellen’attire que 3% des étudiants asiatiques (Chinois, Indiens, Coréens, etc.). Or ces jeunes sont considérés comme des talents stratégiques dans la compétition qu’est la mon- dialisation. «Le monde est en train de changer et le monde ne nous attendra pas », confie-t-on Place

Beauvau.Le 10juin,unecirculairea été publiée pour permettre l’octroi de titres de séjour équivalents à la

duréedesétudes–etnonplusseule- systèmederétentionpourlesétran-

ment d’un an renouvelable.

ci devrait être déposé à «l’autom-

Initialementprévupourl’été,celui-

en la rédaction d’un projet de loi.

La deuxième « séquence », détaille-t-on dans l’entourage de Manuel Valls, va surtout consister

Les étudiants étrangers sont

cependantla partiela plus consen- suelle dela question de l’immigra- tion économique. Les besoins en main-d’œuvre de secteurs comme

le bâtiment sont un sujet autre-

ment plus épineux. Mais il n’est pas certain que les députés se ris-

quent à l’aborder tant le sujet est délicat à justifier politiquement par temps de crise. Plus symboliquement, au ministèredel’intérieur,on souhai- terait que le débat parlementaire marque la fin d’une « séquence » politique en matière d’immigra- tion.Au terme de cette période qui correspond àla première année de mandat de M. Hollande, la Place Beauvau estime être arrivée « non pas au consensus,mais au moins à un dialogue plus raisonnable ».

«Aprèsdixansdediscoursextrême-

ment brutal sur les étrangers, on a remis du droit, de la raison, du cal-

Système de rétention

ne ». Il devrait contenir la création de titres de séjour pluri-annuels. L’accompagnement pour les pri-

mo-arrivants dans le cadre du contrat d’accueil et d’intégration pourrait passer de un à cinq ans. Des aménagements des titres de séjour pourles immigrés âgés sont aussi envisagés. La possibilité d’une réforme du

gers en instance d’expulsion, n’est, elle, « pas encore tranchée ». Le

ministèredoitexaminerl’opportu-

nité de revenir sur les durcisse-

mentsadoptésenjuin2011parl’an-

cienne majorité dans le cadre de la loi dite «Besson»: rôle du juge des

libertés et dela détention, durée de

la rétention… Le gouvernement devrait enfin

proposer prochainement une

réformedusystèmed’asile,aujour-

d’hui très imparfait. Une grande consultation doit démarrer en

juillet pour s’achever en fin d’an-

née. Cette réforme est d’ailleurs rendue nécessaire par l’adoption, mercredi 12juin, d’une directive européenne sur le sujet. p

Elise Vincent

36 000 étrangers régularisés en 2012

Lors d’un entretien avec la pres- se, mercredi 12juin, le ministère de l’intérieur a indiqué que

36000 étrangers sans papiers

avaient été régularisés en 2012. Un chiffre nouveau car jusqu’à présent il n’existait aucun comp-

tage précis, même si les régulari- sations étaient estimées à

30000 par an. Ce comptage a

été rendu possible par une réfor- me de l’ancienne majorité qui oblige, depuis le 1 er janvier 2012, les étrangers à s’acquitter d’un « visa de régularisation».

qui oblige, depuis le 1 e r janvier 2012, les étrangers à s’acquitter d’un « visa
qui oblige, depuis le 1 e r janvier 2012, les étrangers à s’acquitter d’un « visa
qui oblige, depuis le 1 e r janvier 2012, les étrangers à s’acquitter d’un « visa
qui oblige, depuis le 1 e r janvier 2012, les étrangers à s’acquitter d’un « visa
qui oblige, depuis le 1 e r janvier 2012, les étrangers à s’acquitter d’un « visa
qui oblige, depuis le 1 e r janvier 2012, les étrangers à s’acquitter d’un « visa
qui oblige, depuis le 1 e r janvier 2012, les étrangers à s’acquitter d’un « visa
qui oblige, depuis le 1 e r janvier 2012, les étrangers à s’acquitter d’un « visa
qui oblige, depuis le 1 e r janvier 2012, les étrangers à s’acquitter d’un « visa

10

politique

10 politique Portrait Parachuté àBercy,leministre défend sa futureloide finances et impose après lebouillant Jérôme
10 politique Portrait Parachuté àBercy,leministre défend sa futureloide finances et impose après lebouillant Jérôme

Portrait Parachuté àBercy,leministre défend sa futureloide finances et impose après lebouillant Jérôme Cahuzac une autreméthode de travail

M.Cazeneuve,undiplomateaubudget

une autreméthode de travail M.Cazeneuve,undiplomateaubudget Bernard Cazeneuve et Pierre Moscovici à bord d’une

Bernard Cazeneuve et Pierre Moscovici à bord d’une navette fluviale du ministère de l’économie, le 12 juin. J.-C. COUTAUSSE/FRENCH-POLITICS POUR « LE MONDE »

A vec son accent chantant du

Sud-Ouest, qui n’adoucit

pasla sécheressedesonpro-

pos, Yves Censi, député UMP de l’Aveyron et pilier de la commis- sion des finances, s’interroge sur «l’honnêtetéintellectuelle» deBer- nard Cazeneuve. Le ministre délé- gué au budget ne cille pas. Parachuté le 20mars à Bercy après la démission de Jérôme Cahuzac – «un homme que l’on ne remplace pas, mais auquel on suc- cèdemodestement», avait-il décla- rélors dela passationdepouvoir –, BernardCazeneuve serait bien res- té aux affaires européennes. Lau- rent Fabius n’avait aucune envie de le lâcher, mais une proposition du président et du premier minis- trene se refusepas… Les premières semaines ont été rudes. Ses prédé- cesseurs de droite (Eric Woerth,

François Baroin, Valérie Pécres- se…) ne lui ont fait aucun cadeau.

Loir), qui l’interroge sur les écono- mies budgétaires de 2014, il répond par une pirouette: « Il y a un temps pour tout. » Et rappelle quela commission des finances se réunit sur l’exécution 2012. A Pas- cal Cherki (PS, Paris), qui lui pose «une question Trivial Pursuit » sur 64millions d’annulations de cré- dits, il promet une réponse écrite dans les quarante-huit heures. « Je

ne suis pas un logiciel », ajoute-t-il.

A aucun moment, cet homme

fluet ne se départ de son calme. Il a

trop de métier pour cela. Comme

son ami Laurent Fabius, qui l’a fait grandir en politique et lui a trouvé, au début des années 1990, une ter- re de mission à Octeville (Manche),

ils’exprimed’unevoixdouce.Affa-

ble, toujours tiré à quatre épingles, cet avocat de formation qui mili- tait à 19 ans chez les radicaux de

gauche pour ne pas faire comme son socialiste de père, est un hom-

Cemercredi12juin,àlacommis- me mesuré.

sion des finances de l’Assemblée, Bernard Cazeneuve répond aux accusations de «mauvaise foi ». Ce vieux renard de la politique tout juste quinquagénaire leur oppose «les chiffres incontestables» de la Cour des comptes sur l’exécution de la loi de finances 2012. Au cen- tristePhilippeVigier (UDI,Eure-et-

Il s’étonne d’avoir été trouvé

trop technicien et pas assez agres- sif dans son duel télévisé du 6juin

sur France 2 avec François Fillon. « Je suisdésireuxd’êtredanslamaî-

trise technique pour ne pas racon-

terdebalivernes.Etjepenseprofon-

dément quela politiquen’est pasla guerre. Bref, je suis commeje suis »,

dit-il, agacé, au Monde. Devenu « fabiusien par mitterrandisme », Bernard Cazeneuve n’a jamais eu

de responsabilité au Parti socialis-

te: « L’appareil, ce n’est pas mon

truc.» Dans sa vie d’élu local et de

parlementaire – il a été neuf ans maire de Cherbourg-Octeville et

dix ans député, il a cultivé son sens

de l’écoute.

Le député UMP de Haute-Mar-

ne François Cornut-Gentille l’a

«C’estunexcellent ministrequijoue l’empathieplusque le rapportde force»

Michel Sapin ministre du travail

côtoyé comme jeune maire avant de le retrouver à l’Assemblée. A la commission de la défense, ils ont

travaillé ensemble, plusieurs années, sur le suivi de la réforme

des armées. Et se sont appréciés.

«Bernard Cazeneuve est rigoureux et réfléchi,pas du tout vindicatifou tapageur. Il sait être rusé et très tenace », témoigne le maire de Saint-Dizier qui, lucide, lui recon- naît un côté «bon petit soldat ».

Ladroiterodesonargumentairebudgétaire

LA MULTIPLICATION des collec- tifs budgétaires en2011 et 2012 avait donné aux parlementaires de nombreuses occasions d’inter- vention. La volonté réaffirmée du gouvernement Ayrault de ne pas présenter de projet de loi de finan- ces rectificative cet été complique la tâche de l’opposition. Mercredi 12juin,les députés UMP et centristes, prenant prétex- te du ralentissement dela croissan- ce et des rentrées fiscales, sont reve- nus à la charge, sans succès. « Il y a eu des ajustementsmajeurs qui exi- gent un collectif», a plaidé Gilles Carrez, président UMP dela com- mission des finances. Al’approche du débat d’orienta- tion des finances publiques qui devrait se tenir cette année début juillet, pendant la session extraor- dinaire,la droite rode son argu- mentaire. Et Bercy lui donne du fil à retordre. La situationmensuelle budgétaire de la fin avril était médiocre: le déficit s’était creusé

de 6,9milliards d’euros par rap- port à avril2012 et les rentrées fis- cales étaientmédiocres. De quoi nourrir quelques critiques. Las! Bernard Cazeneuve est un filou. Le 11juin, il a fait passer les chiffres demai, bienmeilleurs, à M.Car- rez. Une façon de couperl’herbe sousle pied de l’opposition.

« Bricolage»

Les recettes fiscales nettes de l’Etat? « Elles sont en hausse de 6,8milliards» pendant la même période et cela vaut pour les recet- tes de TVA nette qui, un mois plus tôt, étaient en recul. Le déficit bud- gétaire? «Fin mai, il s’établit à -72,6milliards, contre -69,5mil- liards à fin mai2012», soit un écart de 3,1milliards. Bien que le Haut Conseil des finances publiques ait fait état du respect des normes de dépenses en 2012, l’opposition a concentré ses critiques sur ce point. «La dépense n’est pas tenue. On a fait

du petit bricolage et l’on réduit le déficit structurel à coups de hausse de prélèvements», a résumé le cen- triste Charles de Courson, député UDI (Marne). «Vous avez parlé neuf fois de transparence. Mais quelles dépenses diminuerez-vous en 2014? », a attaqué son collègue Philippe Vigier (Eure-et-Loir) tan-

dis qu’HervéMariton (UMP, Drô-

me) rappelait le dérapage de 0,3 point du déficit public 2012. Nicolas Sansu, député (PCF) Cher, a déploré l’absence de relan-

ce et critiqué la droite pour avoir «organisé» la baisse des recettes pendant le quinquennat de Nico-

las Sarkozy. « Je suis peiné que mes

collègues socialistes veuillent se fai- re les champions de la baisse de la dépense publiques», a-t-il ajouté, sans convaincrele socialiste Domi- nique Lefebvre. Lequel reste per- suadé qu’il faut assainir les finan-

ces publiques « sans ajouter de

l’austérité à la crise ». p

C.Gu.

«C’est le seulministre qui va sys- tématiquement voir les parlemen- taires pour les convaincre en amont de ses positions», renchérit Karine Berger. La députée PS des Hautes-Alpes se souvient du « tra- vail incroyable » de consultation sur le dernier traité européen

conduit par l’ancien noniste. « Il a

énormémentbossé.Ilprogressetrès très vite», témoigneM me Berger. « Il ale souci absolu de nejamais être pris en défaut. Il rentre dans la technicitédes sujets.Ilnousdeman- de énormément de papiers. Puis on en parle ensemble.Après cette pha- se dematuration,il passe à une for- mulation politique et stratégi- que », confie Guillaume Robert, directeur adjoint de cabinet. Récemment,M.Cazeneuve est allé

discuteraveclegroupecommunis-

te de la fraude fiscale.

Le ministre n’a pas les aspérités de son prédécesseur. « Il est beau- coup moins directif. Ses fonctions de diplomate l’ont marqué, assure Christian Eckert, rapporteur PS du budget. Moscovici et Matignon sontplusprésentsqu’ilsnel’étaient précédemment. Ce n’est probable- ment pas facile pour lui, mais il essaie de convaincre et reprend la main en douceur. » Les discussions budgétaires de Jérôme Cahuzac avec certains de

sescollèguesfurentorageuses.Cel-

lesde sonsuccesseurse sontdérou- lées sans psychodrame, même avec les ministres écologistes.

«C’estunexcellentministredubud-

get. Il sait faire jouer l’empathie plus que le rapport de force », dit

son collègue Michel Sapin, qui n’a pasfinide discuteravecluides cré- dits de l’emploi. Bien que fabiusien, Bernard

Cazeneuve a une proximité avec le chef de l’Etat qui fait des jaloux.

«FrançoisHollandeestvenumesou-

teniraux cantonalesde 1994àOcte- ville. Il était alors président des Clubs Témoins. Il m’a ensuite tou- jours soutenu, sauf aux législatives de 2002, et j’ai perdu», résume-t-il. Le ministre parle d’une relation «naturellement empathique» avec

M.Hollande. Il en est assez proche

pouravoirdînéàl’été2012avecson

épouse dans un restaurant varois en compagniedu président et de sa compagne.Matignonl’apprécie. Le président connaît sa loyauté. Sauf accident lors du marathon budgé- taire, voilà donc unministre avec il va falloir compter. p

Claire Guélaud

0123

Vendredi 14 juin 2013

compter. p Claire Guélaud 0123 Vendredi 14 juin 2013 L’UMPnesepressepas dedéfendreClaudeGuéant Les
compter. p Claire Guélaud 0123 Vendredi 14 juin 2013 L’UMPnesepressepas dedéfendreClaudeGuéant Les

L’UMPnesepressepas

dedéfendreClaudeGuéant

Les sarkozystes tentent de créer un cordon sanitaire entreleurleader et son ex-bras droit

I lresteseuldanslatempête.Plus

d’un mois après le début de ses

le fond de l’affaire, et Guéant a une défense à géométrie variable… », explique un dirigeant UMP. « Je n’ai pas beaucoup d’amis, je

le regrette », confiait M. Guéant

Paris Match, en 2010. A l’époque, il était au sommet. Surnommé le « vice-président», l’ex-secrétaire général de l’Elysée détenait de grands pouvoirs, suscitant la ran- cœur àMatignon et au sein du gou- vernement. « Il a traité avec beau- coup d’arrogance et de mépris tous les élus UMP quand il était au pou- voir », se rappelle un ex-ministre.

«Celuiquiaétél’hommefortdusys-

à

tème Sarkozy pendant cinq ans devient le maillon faible », résume

ennuis judiciaires, Claude

Guéantne peut compter surle sou-

tien de sa propre famille politique. Al’UMP, les moins malveillants à son encontre ne font pas de com- mentaires. D’autres prennent moins de pincettes et tiennent des

proposcontribuantàenfoncerl’an-

cien bras droit de Nicolas Sarkozy. Mis en cause depuis mardi

30avril dans une affaire judiciaire, Claude Guéant est soupçonné de «détournement de fonds publics». Selon un rapport remis le 10juin à

ManuelValls,M.Guéantauraittou-

ché des primes en liquide, de 2002

à2004.Quelque10000eurosmen- cruellementun autre.

suels,prélevéssurlesfraisd’enquê-

te de la police, ont été « remis » à

celui qui était alors directeur du cabinet deM.Sarkozy, àl’intérieur.

«C’estunproblèmemajeurpuis-

que cet argent n’était pas destiné à des primes de cabinet », a jugé l’ex-

premierministreJean-PierreRaffa-

rin, rappelant que le gouverne-

mentJospinavaitsupprimécespri-

mes au début de l’année 2002. Le député filloniste Pierre Lellouche s’est dit choqué « dans la mesure

où c’est interdit ». « Ça fait beau-

coupdésordre. Il y a eu Cahuzac,il y en a de tous les côtés », s’est-il inquiété. Autre soutien de M. Fillon, Valérie Pécresse a estimé queM.Guéantdevrait rembourser les primes reçues si lajusticemon- trait qu’elles n’avaient « pas de base légale ». « Il y a une faute évi- dente», a tranché Benoist Apparu, reconnaissant que tous les mem- bres de l’UMP étaient « embarras- sés» par le cas Guéant. Les responsables de droite ne se montrent pas particulièrement solidaires avec celui qui a secondé M. Sarkozy de 2002 à 2012. Pour une raison simple: « Personne ne veut être associé à Guéant, car cha- cun est convaincu que ça va mal se finir », juge un ex-ministre sous le couvert de l’anonymat. « On ne peut rien dire, car on ne connaît pas

«Pas de la famille »

D’autant que les ténors du parti

n’ont jamais vraiment considéré l’ancien préfet comme l’un des leurs. « Il n’estpasdela famille,juge uncadreUMP. Jamaisélu,ilestpas- sé directement du statut de préfet à celui de politique au sommet. » «Iln’estpasdusérail.Donc,ceuxqui ne l’aiment pas se lâchent aujour- d’hui», observe un proche de l’an- cien président. Les sarkozystes ont flairé le piè- ge et ne veulent pas que les soucis de M. Guéant éclaboussent leur candidat. Certains, comme Brice Hortefeux, restent discrets pour ne pas donner de relief aux ennuis

duplusfidèleserviteurdeM.Sarko-

zy. D’autres tentent d’établir un cordon sanitaire entre l’ex-minis-

tredel’intérieuret sondirecteurde cabinet de l’époque. « Nicolas

Sarkozy ne savait rien et n’a jamais

envoyéGuéantenservicecomman-

, assure un proche de l’ancien chef de l’Etat. Qu’il ait eu des colla- borateurs ayant commis des fautes ne veut pas dire qu’il le savait et y a participé.» L’argumentaire en rap- pelle un autre… Il ressemble à celui du pouvoir socialiste plaidant, au sujet de Jérôme Cahuzac, «la faute d’un seul homme». p

Alexandre Lemarié

«la faute d’un seul homme» . p Alexandre Lemarié JUSTICE LeConseild’Etatvalide lamutationdePhilippeCourroye

JUSTICE

LeConseild’Etatvalide

lamutationdePhilippeCourroye

Le Conseil d’Etat a rejeté,mercredi 12juin, le recours de Philippe Courroye, ancien procureur de Nanterre, qui contestait sa muta- tion d’office à la cour d’appel de Paris, en estimant que sa nomi- nation n’avait pas «le caractère d’une sanction disciplinaire déguisée». Le magistrat considérait que sa mutation d’office au parquet général l’empêchait de s’inscrire au barreau de Paris. Le Conseil a jugé que cette mutation était «motivée par le souci de rétablir un fonctionnement serein du tribunal de grande instance de Nanterre, affecté notamment par le retentissementmédiati- que des procédures disciplinaires et pénales engagées contre le requérant», en particulier dans le dossier des « fadettes», « et par des dissensions entre magistrats ». p Franck Johannès

Deux enquêtes ouvertes sur le Furosémide

Le parquet de Toulon a ouvert, mercredi 12 juin, une enquête pré- liminaire après la mort, mardi, d’un homme de 78 ans qui pre- nait le diurétique Furosémide du laboratoire Teva. Le parquet de Paris a ouvert le même jour une enquête préliminaire sur le mau- vais conditionnement de boîtes du diurétique, qui pourrait être à l’origine de plusieurs décès suspects. – (AFP.)

EUROPE

CompromisauPSavant

saconventionsurl’Europe

Le PS est parvenu à une « synthèse» sur l’Europe dans la nuit de mercredi à jeudi 13juin. L’ensemble des courants, y compris l’aile gauche du parti, se sontmis d’accord sur un texte commun de « soutien fort » à François Hollande, qui sera présenté dimanche 16juin lors de la convention du PS sur l’Europe. Par ailleurs, contrairement à ce qu’a écrit Le Monde dans son éditorial du 13juin, le courant de Benoît Hamon, «Un monde d’avance», ne demandait pas la « suspension» du pacte de stabilité et de crois- sance,mais son «adaptation».

Sénat Réforme du mode d’élection des sénateurs

Le gouvernement a renoncé à modifier en profondeur le mode d’élection des sénateurs afin d’assurer une représentation plus équilibrée des zones urbaines et rurales, comme le proposait la commission Jospin. Le projet de loi, examiné jeudi 13juin, propo- se de revenir au scrutin de liste à la proportionnelle dans les départements comptant aumoins trois sénateurs et réévalue le nombre de délégués des villes de plus de 30000habitants dans le collège électoral des sénateurs.

0123

Vendredi 14 juin 2013

culture

11

0123 Vendredi 14 juin 2013 culture 11 Parmilesbranches de laGrossePomme Les arbresnew-yorkais révélésparMitch Epstein
0123 Vendredi 14 juin 2013 culture 11 Parmilesbranches de laGrossePomme Les arbresnew-yorkais révélésparMitch Epstein

Parmilesbranches de laGrossePomme

Les arbresnew-yorkais révélésparMitch Epstein

Photographie

Bruxelles

Envoyée spéciale

L a nature, où ça ? Quand on penseàNewYork,ce sont sur- tout les gratte-ciel vertigi-

neux etl’activité humaine frénéti- que qui viennent en tête. Pour- tant,«NewYorkArbor »,lanouvel- le série de l’Américain Mitch Eps- tein, vous convaincrait presque que les arbres sont emblémati- ques de la skyline, au même titre

que la statue de la Liberté ou l’Em- pire State Building. Sur les murs de la jeune Fonda-

tionA.StichtingàBruxelles,lepho-

tographe aligne pour la première fois la totalité de sa récente série sur les arbres. Soit quarante- deuxportraits de ces vigies singu- lières et ignorées, qui veillent avec bienveillancesurledestindela vil- le et de ses habitants. Après le succès d« American Power », enquête glaçante sur les ravages de l’industrie de l’énergie menée sur toutle territoire améri- cain, le photographe a voulu reve- nir chez lui. Il a passé deux ans à parcourirlescinq burroughs(quar- tiers) de New York à la recherche des arbres les plus vieux, les plus imposants, les plus originaux de la ville. « J’avais très envie, après une série parcourue par la com- plainte, de faire quelque chose de l’ordre de la célébration », expli-

que le photographe, à Bruxelles. Pour l’artiste, connu depuis les années 1980 pour ses paysages en

lent avec grâce le passage des sai-

sons – fleurs, fruits, feuilles mor- tes… Pour autant,la sérieprend ses distances avec une tradition de photodepaysage, celle qui rendait un hommage émerveillé, au

XIX e siècle, à la nature intouchée

de l’Ouest américain: « Je voulais

viennentfaireirruptiondansl’ima- quelesimagessoientcontemporai-

ge»,dit-il.L’ensembleestuneréus- nes », dit Mitch Epstein, qui cite

plutôt l’influence d’Eugène Atget. Si,danschaque cliché,les arbres

occupentl’essentielducadre,lavil-

le est pourtant omniprésente. On croise quelques humains – une bande de jeunes qui joue de la gui-

tare, un joggeur. L’activité humai- ne se devine partout en filigrane. Une barrière, une grille, une route disentles rapportsétroits entreles humains et les arbres, tantôt com- plémentaires, tantôt concurrents.

DansleQueens,uncyprèschau-

vepousse tant bien quemal sur un trottoir, cerné de bitume. Au contraire, à Brooklyn, des habi-

tants ont de leur propre initiative érigé une béquille de fortune afin d’empêcher un aulne de s’affais- ser. Mitch Epstein fait des arbres

les compagnons nécessaires et

silencieux des histoires humai-

nes: à Brooklyn, le tronc noueux d’un charme recueille depuis des décennies les messages d’amour –

on dirait un marin couvert de

tatouages. Finalement, à travers ces arbres, c’est un peu unemétapho- re de New York que trace Mitch

site: des images minutieuses, aux gris pleins de nuances, qui détaillent les circonvolutions des branches noueuses,les grappes de

couleurs, la série a aussi été l’occa- siondepasser au formatvertical et au noir et blanc – toujours en argentique. « Je ne voulais pas que les couleurs de la ville, très vives,

ABrooklyn,letronc

noueuxd’uncharme

recueilledepuis

desdécennies

lesmessagesd’amour

fleurs lourdes, la délicatesse des bourgeons, les jeux de lumière dans les feuillages. Avec à chaque fois unmélange demonumentali- té et de fragilité. Le seul reproche qu’on peut faire à cette exposition tient au format: le photographe, qui a conçu ses images comme des grands formats,les a réduitespour pouvoir les montrer toutes. Et, une fois n’est pas coutume, on aimerait voir les choses et les arbresengrandpour seconfronter à leur échelle réelle. Il y a un aspect méditatif dans cesphotos silencieuses,qui dérou-

un aspect méditatif dans cesphotos silencieuses,qui dérou- «American Elm », Central Park, New York, 2011. ÉDITIONS

«American Elm », Central Park, New York, 2011. ÉDITIONS STEIDL

Epstein. « Ces arbres sont souvent des espèces exotiques, venues de loin et offertes à la ville de New York comme cadeaux diplomati- ques, notele photographe. Ils sont cernés par la ville, abîmés ou

déplacés, parfois aussi protégés. » Comme les immigrés venus cher- cher une vie meilleure, les arbres ont réussi à s’inventer d’autres racines. p

Claire Guillot

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culture

12 culture GiuseppePenoneparsèmeVersailles d’arbres,demarbres, et autres traces Le sculpteur italienmarquele château
12 culture GiuseppePenoneparsèmeVersailles d’arbres,demarbres, et autres traces Le sculpteur italienmarquele château

GiuseppePenoneparsèmeVersailles d’arbres,demarbres, et autres traces

Le sculpteur italienmarquele château de son empreinte caractéristique. Une grande réussite

de son empreinte caractéristique. Une grande réussite « Spazio di luce » (au premier plan) et

« Spazio di luce » (au premier plan) et «Tra scorpa e scorpa ». CLAIRE LEBERTRE/AFP

Art

G iuseppe Penone a disposé dix-neuf sculptures dans le parc de Versailles et trois

dans le château. Cet après-midi de juin, il s’assure que tout est en pla- ce. Lesjardiniers travaillent encore à l’installation d’Anatomie, six stè- les de marbre blanc en deux lignes de trois, de part et d’autre d’une œuvre horizontale, une longue allée rectangulaire de marbre sur laquelle est posée une colonne du même marbre. Penone s’inquiète parce que le sol fraîchement remuén’apas été encorerecouvert du gravier gris des allées. La diffé- rence de couleur est visible. « On dirait une tombe: ça ne va pas. » Lesouvrierslui assurentquele gra- vier sera placé comme il le faut. Pendant ce temps, on a pu étu- dier de plus près les stèles. Chacu- ne, haute de près de 3mètres, a été découpée à la scie dans les carriè- res de Carrare. Puis Penone s’est mis au travail. « Je cherche à déga- ger les veines, en suivant les lignes de la pierre. » Selon les cas, il s’en- fonce profondément dans le bloc ou demeure presque à la surface. Le burin trace des stries parallèles

qui font penser aux hachures d’une eau-forte, imprimées dans le marbre blanc comme du papier. Mais l’analogie la plus immédiate

est celle que suggère le titre: des veines de la pierre à celles d’un corps, des lignes à celles de mus-

clesoudenerfs,duminéralàl’orga-

nique. Ou au végétal: on dirait des racines fossilisées que l’artiste, devenu archéologue, aurait fait apparaître lentement, comme au filde fouilles. « Il fautquelemarbre ait des veines. Les sculpteurs, autre- fois, choisissaient toujours des blocs veinés, parce que ces lignes animaient leurs œuvres. Ou elles donnaient des idées aux sculp- teurs.» Face à la pièce horizontale au centredecet ensemblemonumen- tal, les références anciennes sont plus présentes encore: sur le lit composé de 64 plaques est posée

une colonne, dont la surface est

sculptée de la même manière que les stèles, en dégageant légère- ment torsades et entrelacs.Mais ce n’estlà quela première partie dela création, manuelle. La colonne a été ensuite photographiée, l’ima-

getraitéeparordinateuretunepar-

tie des plaques retravailléespar un robot qui les a creusées de façon à produire l’illusion que la colonne, en roulant sur elles, y aurait impri- mé ses reliefs – ce qui est évidem- ment impossible.

Chacunedesstèles, hautedeprès de3mètres, aété découpée àlascie dansles carrières deCarrare

C’est, pour Penone, une nouvel- le variation sur des notions essen- tielles pour lui dès ses débuts, en 1969,à22 ans:l’empreinte,latrace. Ill’admet sans peine. «Bien sûr, il y a cette continuité. Commeil y a cel- le des matériaux, la pierre, le bois. Les matériaux sont primordiaux.

Montravailatoujoursétéd’essayer de comprendre leurs propriétés et de suivreleurs suggestions.La seule différence, entre le bois et la pierre, c’est que, dans le bois, un arbre et un seul est enfermé alors que, dans la pierre, les directions possibles sont plus nombreuses. » « Un arbre et un seul » : Penone se réfère à ce qui est aujourd’huila part la plus largement connue de son œuvre, mais aussi l’une des plus anciennes. Dans une poutre

oudansuntronc,ensuivantlescer-

cles de croissance et les lignes, il dégagel’arbrisseauqui estdevenu, plus tard, un très grand arbre. Devant Arbre-porte, dans le châ- teau, il se souvient comment il est entré dans cet épais fût de cèdre, à partir de quel point de l’écorce il a commencé à inciser, puis à trans- percer la masse. Au centre de cette ouverture apparaît l’arbre tel qu’il

était, des siècles auparavant, un tronc frêle, des branches faciles à casser. L’art s’accomplit à rebours du temps. Mais cette œuvre emblémati- que est la seule de son genre dans l’exposition. Invité à s’installer à

l’extérieur, Penone ne pouvait que préférerlapierre,le bronze– etl’ar- bre vivant. « J’ai réfléchi à partir du plan du parc. Il y a donc, en fait, deux groupes d’œuvres, celles qui sont dansl’axe central conçu par Le Nôtre et celles qui sont à l’écart, dansun bosquet. » Lepremiercom- mence dès la terrasse. Espace de lumière est un tronc de bronze évi- dé, découpé en sept tronçons qui sont portés par leurs branches comme des insectes sur leurs pat- tes. L’intérieur du fût est entière- ment doré et capturele soleil com- me un miroir. L’œil est ainsi dirigé vers Entre écorce et écorce. Deux très hauts bronzes moulés sur un cèdre du parc de Versailles abattu lors de la tempête de 1999 entou- rent un frêne – un vrai, qui pour- rait croître à l’abri de ces boucliers.

Suivent,endescendantverslespiè-

ces d’eau, les marbres vivants d’Anatomie et trois bronzes dont on ne sait lequel est le plus remar-

quable, celui qui a été conçu à par- tir d’un arbre foudroyé et donc les cassures à vif ont été dorées, celui qui est planté à l’envers de sorte que ses racines sont devenues un nid dans lequel pousse un arbris- seau –unvrai ànouveau– ou enco- re Triplice, ainsi nommé en raison

de ses trois branches qui ploient sous le poids de blocs pris dans le lit d’une rivière alpine. Devant chacun, les explications de Penone ne sont ni poétiques ni symboliques. Il laisse libre l’inter- prétation, conscient qu’elle ne peut qu’évoluer. Ses propos sont techniques. Il précise comment il a découvert l’arbre dont il a fait la

sculpture,lesopérationsdemoula-

ge etde fonte,lemontage etlamise en place. Quand on suggère qu’il s’agit, en somme, de ready-made delanature,l’artistenuance:«Oui, on peut dire ça. Enfin… Il y a aussi

desmodifications, bien sûr. »

Les plus visibles, ce sont les gra-

nitsroulésqu’ilhisseentrelesfour-

ches et qui font imaginer des

pluiesderochesoudescruesdéme-

surées. Ou bien des cultes païens rendus aux éléments premiers de

lanature.Dansle bosquet del’Etoi-

le, ce panthéisme – que l’artiste ne refuse ni ne confirme – est à son plushautpoint.Bosquet feraitcroi- re à une plantation, alors que le Bosquet de l’Etoile est une vaste pelouse, presque un pré, cerné de buissons et que l’on ne découvre qu’en y parvenant. Dans ce pré, en cercle, Penone a planté sept arbres de bronze dont un en lévitation. Les pierres y nichent, solitaires ou

engroupe.Quandonévoquelecer-

cle de mégalithes de Stonehenge, sa réponse est sobre: « Quelqu’un me l’avait déjà dit. Je n’y avais jamais songé. En fait, je ne suis même jamais allé à Stonehenge… Mais pourquoi pas ? »

«Lesmatériaux sont primordiaux.Mon travail atoujours été d’essayerde comprendreleurs propriétésetdesuivre leurssuggestions»

Giuseppe Penone

Cet ensemble est non seule- mentlaplus belle réussitequ’aient permisejusqu’à présent les invita- tionsd’artistesvivantsàVersailles, mais,àlahauteurdecequ’il a réali- sé dansleparc dupalais deVenaria Reale, près de Turin, l’une des plus grandes de Penone. Et donc l’une des plus remarquables de la créa- tion actuelle. p

Philippe Dagen

Penone Versailles, au château de Versailles, place d’Armes, Versailles. Jusqu’au 2 octobre. Parc ouvert tous les jours de 8heures à 20 h 30. Entrée libre. Chateauversailles.fr

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Vendredi 14 juin 2013

libre. Chateauversailles.fr 0123 Vendredi 14 juin 2013 Regard«oblique»sur laCitéuniversitairedeParis Récemment
libre. Chateauversailles.fr 0123 Vendredi 14 juin 2013 Regard«oblique»sur laCitéuniversitairedeParis Récemment

Regard«oblique»sur

laCitéuniversitairedeParis

Récemment inauguré, un espace demédiation et d’exposition assurela chronique deslieux

Architecture

D e la destruction des fortifs, après la Grande Guerre, à l’édification du périph’

dansles années1960surl’ancienne zone, la Cité internationale univer- sitaire de Paris résume l’une des

grandes transformations urbaines de la capitale au XX e siècle. Implan- tée sur 34hectares en lisière sud du 14 e arrondissement, la CitéU, qui accueille dans ses 40maisons 12000 résidents de 130nationali- tés, entre dans une nouvelle phase de développement. L’Oblique, un passionnant espace de médiation et d’exposition sur l’architecture, l’urbanismeetlepaysage,inauguré en avril, en assurela chroniquepas- sée et présente. Durant l’été 2012, les travaux d’extension de la Maison de l’Inde avaient impulsé cette nouvelle dynamique. L’agence Lipsky +Rol-

letarchitectesaétéchoisiepourréa-

liser ce bâtiment constitué par l’as-

semblaged’unestructureenlamel-

lé-collé autour d’un noyau en

béton devant accueillir 72 nou- veaux résidents. C’est la première constructiondepuis celledelaMai- son de l’Iran-Fondation Avicenne:

trois portiques noirs hauts de 38mètres portant deux caissons d’habitation suspendus. L’Oblique

a installé ses quartiers au rez-de-

chaussée de cet emblème urbain classé en bordure de périphérique, réalisé par Claude Parent en 1969. «Depuis cette date jusqu’à un passé récent, la Cité était devenue une belle endormie, résume Noé- mie Giard, responsable des lieux. Il a fallu restaurer beaucoup d’élé- ments bâtis.» Notamment concer- nés: la Fondation Deutsch de la Meurthe, première institution à

s’être installée en 1925, ainsi que le mail bordé d’une double rangée de tilleuls, axe médian du site. Outre son intérêt pour la diversité archi- tecturale de la Cité dont elle assure des visites publiques, l’Oblique

veutaussipromouvoirlepatrimoi-

ne paysager de son parc habité.

Al’horizon2017-2020,desopéra-

tionsd’aménagement vont concer- ner 1800 nouveaux logements. En avril2011,laVillede Paris,l’Etat etla chancelleriedesuniversitésétaient parvenus à un accord foncier concernantla propriété de terrains pour un total de 16000m 2 . Parmi les nations candidates pour s’y ins- taller: la Chine, la Russie, la Corée du Sud,la Colombie etl’Algérie.

Energie positive

Depuis l’origine, les maisons,

certaines signées par d’éminents architectes (Le Corbusier, Dudok, Laprade, Walter ou Bechmann),

ontétébâtiesàl’initiativedemécè-

nes, de pays ou d’écoles. La région

Ile-de-France porte un projet iné- dit pour une collectivité en finan- çant la construction d’un pavillon (20millions d’euros). Signé Nico- las Michelin, le bâtiment, proche de l’Oblique, sera doté d’un systè- me à énergie positive assurant 80% des besoins thermiques. Une première porte de Gentilly. La

quiétude sonore des 142 résidents qui, dès 2015, y séjourneront sera notamment assurée par une ligne de protection végétale envelop- pant une butte qui n’est pas sans rappeler… les anciennes fortifs. p

Jean-Jacques Larrochelle

L’Oblique, 17, boulevard Jourdan, Paris 14 e . De 14 heures à 18heures tous les jours, sauf le lundi. Entrée libre. Ciup.fr/oblique

LeséismedeJohnAdams

fissureleChâtelet

L’opéra du compositeur américain revient en France, pour un résultatmitigé

Lyrique

I ly achezle compositeuraméri- cain John Adams (66 ans) un

côtéjugedepaix,voiremoralis-

te du temps. Ainsi le « songplay » de 1995, I Was Looking at the Cei- lingandThenISawtheSky(Je regar-

dais le plafond et soudain j’ai vu le ciel), présenté mardi 11juin au Théâtre du Châtelet, dix-huit ans après la première parisienne de 1995 mise en scène par Peter Sel-

larsàlaMC93deBobigny.Unequê-

te « adamsienne» poursuivie par

le Châtelet depuis 2000 et la créa-

tion mondiale d’El Niño, puis la reprise de Nixon in China la saison dernière, en attendant The Flowe- ring Tree enmai2014. I Was Looking…, troisième ouvrage lyrique de l’Américain, fait référence au tremblement de terre de Northridge, qui détruisit une partie de Los Angeles en jan- vier 1994. Immigration clandesti- ne, conflits raciaux, identité sexuelle, rapports entre pègre et police: Adams et sa librettiste, la poétesse June Jordan, ont fixé un moment de fracture rédemptrice dans la vie de sept spécimens cali- forniens – délinquant noir, réfu- giée politique salvadorienne, avo- cat vietnamien issu des boat peo- ple, pasteur friand dejolies parois- siennes,jeune policier gay, anima- trice de télé-réalité policière… Conçu dans la veine situation- niste du «langage musical de l’époque», à l’instar de Porgy and Bess, de Gershwin, la musique de John Adams puise aux stéréoty- pes du pop-rock-jazz comme aux sources du minimalisme améri- cain et des formes savantes classi- ques.

Claviers électroniques, piano, saxophone, clarinette (l’instru- ment de John Adams), guitares, contrebasse et batterie accompa- gnent des histoires d’amour qui finissent bien ou mal (en général), la douleur del’enfant disparu,l’ar- restation, l’écrasement sous les décombres, ou se taisent comme dans le « terzetto lyrique » a cap- pella des femmes amatrices de bad boys (Chanson sur lesmauvais garçons et les informations), auquel répondle blues érotique et railleur des hommes (Chanson sur

la douce population majoritaire du monde).

Catalogue

Epoustouflante est la maîtrise du metteur en scène Giorgio Bar- berio Corsetti, qu’elle déploie une féeried’images animéesou assem- ble à lamanière d’un Rubik’s Cube quatre blocs de décors en autant de lieux de vie ou de mort – hôpi- tal, immeuble, prison, tribunal, église…Maiscelane suffitpasàpal- lier l’effet catalogue d’une parti- tion entomologiste, dont l’écritu- re savante est à la musique pop ce que la fracturation hydraulique est au schiste.Quant auxbonssen- timents, ils n’ont jamais, c’est connu, fait œuvre autre que de charité. p

Marie-Aude Roux

I Was Looking at the Ceiling and Then I Saw the Sky, de John Adams. Giorgio Barberio Corsetti (mise en scène et scé- nographie), Massimo Troncanetti (scé- nographie), Alexander Briger (direction musicale). Théâtre du Châtelet, Paris 1 er . Les 14, 17 et 19 juin à 20heures. Tél. :

01-40-28-28.28. De 15,50 ¤ à 52,50 ¤. Chatelet-theatre.com

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Vendredi 14 juin 2013

0123 Vendredi 14 juin 2013 MUSIQUE Desrappeurspublient unetribunedesoutien auTunisienWeldEl 15 Dans une tribune publiée
0123 Vendredi 14 juin 2013 MUSIQUE Desrappeurspublient unetribunedesoutien auTunisienWeldEl 15 Dans une tribune publiée

MUSIQUE

Desrappeurspublient unetribunedesoutien auTunisienWeldEl 15

Dans une tribune publiée jeudi 13juin par Libération, les rap- peurs français JoeyStarr, Oxmo Puccino, Ekoué de La Rumeur, Akhenaton et Imhotep d’IAM ont témoignéleur soutien à un rap- peur tunisien. Après trois mois de cavale, le chanteur Weld El 15, âgé de 25 ans, a décidé de se présenter, jeudi, devant les juges du tribunal de Ben Arous, dans la banlieue sud de Tunis. Condamné par contumacele 22mars à deux ans de prison pour «participa- tion à un acte de rébellion », il espère obtenir un non-lieu. Le 10mars, il avait diffusé sur YouTube un morceau intitulé Bouli- cia Kleb («les policiers sont des chiens»), ce qui avait entraîné son inculpation. Il y dénonçait avec des mots très durs les violen- ces policières qui perdurent en Tunisiemalgré la révolution. JoeyStarr, du groupe NTM, avait été condamné à trois mois fer- me pour des propos outrageantslors d’un concert à La Seyne-sur- Mer (Var), en 1995, peine finalement commuée en amendelors de l’appel. Dans leur tribune, les rappeurs français demandent aux autorités tunisiennes de « réformer le corps de la police », plu- tôt que de «jeter en prison les rappeurs». p Stéphanie Binet

Edition Le Seuil publiera «Homeland», le livre

Le roman de l’Américain Andrew Kaplan, «Homeland, la Tra- que », dont sept grands éditeurs français se disputaient les droits, sera publié début novembre par Le Seuil, a annoncé la maison d’édition, mercredi 12juin, à l’AFP. Le livre, qui sortira en septembre aux Etats-Unis, raconte ce qui se passe avant l’épiso- de 1 de la saison 1 de la série télévisée «Homeland», dont la deuxième saison est diffusée actuellement en France par Canal+. – (AFP.)

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C’est, selonl’AFP,le nombre approximatif de personnes qui se sont regroupées,mercredi 12juin, en début de soirée, devantla mairie de Saint-Cloud (Hauts-de-Seine)pour réagir au retrait par lamunicipalité del’affiche de L’Inconnu du lac, d’Alain Guiraudie, montrant un baiser entre deux hommes. Quelque 250 personnes favorables à la décision dumaire, dont plusieursmembres du FN local, ont fait face à une vingtaine de défenseurs del’affiche du film. Pendant presque deux heures, chaque camp a scandé divers slogans sousla surveillance d’un effectif policier important.

RingoStarradapte«Octopus’s

Garden»enlivrepourenfants