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Les entretiens d'Ariste et d'Eugène Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
Les entretiens d'Ariste et d'Eugène Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Les entretiens d'Ariste et d'Eugène

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Bouhours, Dominique (1628-1702). Les entretiens d'Ariste et d'Eugène. 1671. 1/ Les contenus accessibles sur le
Bouhours, Dominique (1628-1702). Les entretiens d'Ariste et d'Eugène. 1671. 1/ Les contenus accessibles sur le

Bouhours, Dominique (1628-1702). Les entretiens d'Ariste et d'Eugène. 1671.

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LES

ENTRETIENS

D

AR

IS

E T

DEUGE

Chez

A

PARIS,

SEBASTIEN

Mabre-Cramoisy,

Imprimeur

du Roy aux Cigognes.

rue

Saint

M. DC.

LXXL

TE

NE

Jacques,

a

oA<vec Privilège de fa oPfCajefte.

A

MONSEIGNEUR

MONSEIGNEUR

LE

MARQUIS

DESEIGNELAY

SEC RETAIRE

D'ETAT.

ONSEIGNEVR,

le crains bien que vous ne pre-

nieX^pas trop depkifirà

lire

/'Ou-

c

E P

I

S

T R E

vn efprit

vrage que jevousprefente

auffi délicat que le votre trouve

peu decbofes

& il faiïdroit

qui le fatisfaffent

parkr

pour vous entretenir agréablement,

comme vous

Du

moins

Monseigneur,

fi vous riaveX^ptâfujet

deflre fort

content,

de

mes Entretiens

fofe

dire que vous deveZ^ lefire

vn peu

de moy.

Vous fçave^

combien je

fuis touché de votre mérite y & que

depuis

que fay

l9 honneur de vous

connoiflre

f admire

en vous

des

qui nefs rencontrent

qualité^

res enfembk

vue-

vn génie propre pour

E P IST

R E

lesfciences

& pour les affaires y vn

efprit également fubtil

vne mémoire prodigieufe

difcernement fort jufie

de feu

& folïde

avec

vn

beaucoup

& e% mefine temps beau-

coup de difcretion

le parler

taire.

oufe

foit

qu :il fail- Ie ne dis rien

de ce l^ele ardent

que vous

ave^

pour la gloire du Roy & pour le bien

de lEtat

il vous ejl commun avec

tous ceux de voire famille.

Ce font

ces qualités

extraordi-

naires

Monseigneur,^

ont oblige fa

Afajejlè

à vous don-

ner en

la fleur

de vôtre

âge vne

e

ij

EPISTRE

des

charges du Royaume

mandent

le plus

de capacité

qui de-

à" de

prudence.

Ce fage Prince

a jugé

quêtant

le que

befoin

aujfi éclaire

& aujji habi~

vous étes vous n'avieT^paz

deflré

confommè

dans

les

affaires pour

y reûffîr

& que vos

propres

lumières vous pouvoient

tenir

lieu dvne longue expérience.

bonté

Auffi quelque

qu il ait pour il a con-

Monfeigneur vôtre perè

Jideré votre perfonne

fant Secretaire dEtat.

en vous fai^

Dans

les

autres

occaftons il a récompensé les

fervices que cefiddle Minifire

luy a

EPISTRE

rendus . maùen ceïle-cy il a eu égard

particulièrement

aux fervices

que

*vowpouvieXvous-mefnieluy rendre.

le ne piétonne

Monseigneur,

pas après

cela',

de fappâca-

tion avec laquelle vous travaille1^ y

pour remplir

tous

les devoirs

de

*vâtre charge

ni du foin que vous

prenez

jours

de vous infiruire

de tout ce qui peut

tous les

vous en

rendre plus capable.

Que ne doit-

on point faire

quand

on a àfoû-

tenir

le jugement

du plus

Monarque

du monde?

grand

Au

refie

Monseigneur,

e iij

EPISTR

Il

en vous demandant

audience pout

Arifle &pour

Eugène > je riay pas

deffein

d? obtenir des grâces de la

Cour j comme la part

des gens

qui vous approchent

tout ce que je

prétends eft de contribue? quelque

chofe à vôtre divertiffement

les heures vous prenez^ vn peu

de relafche

dans

& de vous marquer le

profond

rejpeât avec lequel je fuis 3

MONSBIQJSTEVR>

Vôtre

très

obcïflànt

-humble

& tres-

ferviteur B. J.

(i>it

0 U4,;

~~e-1

DES

TABLE

ENTRETIENS.

LA

LE

I.

LA

JMER

ENTRETIEN,

LE

LANGVE

FRANCOISE

II.

III.

IV.

Entretien.

LE

SECRET

Entretien.

BEL

Entretien.

ESPRIT

JE

y.

LES

NE

Entretien.

SCAT

DEVISES

QV

VI»

Entretien.

pag.

pag.

$*$,

t

35

155

p<*g. 190

O T

/^g-iî?

p£-

158

LES

LES

ENTRETIENS

D'A

RIS

E T

D'EUGENE

T

E

LA

PREMIER

MER

ENTRETIEN

L

y a quelques

mois qu'Ariftc

& Eugene Flandres

durant

l'année.

fe rencontrèrent

dans vne ville maritime,

la

plus

Comme

belle

faifon

la fortune

en

de

les

avoit

toûjours

ieparez

d'amitié, ils furent

fort

depuis

quils

font

liez

aifes d'avoir occafion

A

.1

LA

l'vn

cela de fe voir

MER

de jouir

de l'autre.

tous

Ils refblurent & afin de

pour

outre

vn peu

les jours

pour le faire avec plus de liberté

le lieu de leur & fort

que ce qui rend

coite

tre,

ils choifirent

entreveuë au bord

vn endroit de la mer.

commode

Car

agréable, fable eft ferme

le

& vni en cet endroit-là,

aifee bien baftie

on voit

la promenade

fort

d'vn

& de l'au-

vue citadelle

des dunes

d'vne

figure fort bizarre,

qui ré-

le long

de la cotte

gnent

dans

ôc qui r eprefentent

chofe

de fembla-

en ruine.

eurent

quelque

perfpeétive

quelque

la

ble a de vieux

tombez

& Eugene

palais C'eIt-là. qu'Arifte

temps de ces converfations

qu'ont & qui ne lainent

me fçavantes

avoir de l'efprit, part

libres & familières,

quand

les honneiles

ils font amis;

& mef-

pas

gens

pas d'eftre fpirituelles,

ne fonge

a y

de

quoy-qu'on

& que l'étude

n'y ait point

La première Ce

pour

promener,

fois qu'ils Eugene

vinrent

s'attacha

fur le rivage d'abord

à

regarder attentivement

la mer,

qui étoit

alors

& qui

n était

émue.

Puis

pleine

point fe tournant

cher Arifte,

trop

tout d'vn coup

ce pas là, mon mirable

vers fon ami,N'eft- vn ad-

luy dit-il,

pas tou-

& n'en étes-vous

fpe&acle?

ché comme

ftupide

moy ? Il faudroit

Arifte,

eftre aveugle

eftre

n'en

répondit

pottr

ou

pas

I. ENTRETIEN

je trouve

cette petite

aller

rêverie

charmé

vous

nable

&

êtes

vous du monde.

la mer

laifle

Il

la plus temps

je

raifbn-

que j'ad-

y a long pourfuivit-il

exprés

fùrpris

mire

jeunette

fis dans

la voir,

ma

& je

la pre-

eft

vn voyage

pour en la voyant

ne fus pas moins

mière

vous l'êtes.

toutes

La merveille

fois,

que que je l'ay admirée

veuë depuis, d'huy,comme

les fois

que je l'ay encore aujour- jamais veuë.

& que je l'admire

fi je ne l'avois

A ce que je voy, choiè

dit Eugene,

y trou-

Ouy

éten-

vous

de bien merveilleux.

Cette immenfe

vez quelque fans doute, du d'eaux couleur, fe pouffent

reprit Arifte.

ce flux & ce reflux j le bruit

la

les figures différentes

regulierement

de ces flots qui les vns les autres,

ont je ne fçay quoy

trange, A force

de fi furprenant

& de fi é-

de

rien qui en approche.

on ceife

que je ne fçache

de voir

les autres

objets on s'y accoutume

les admirer

on s'y appri-

voife pour parler

plus le Soleil

ainfi. On ne regarde

il s'eclipfe, & qu'aprés plus rien

que quand

on le voit tous les jours,

fois

on n'y découvre

veû

prefque

parce qu'r

l'avoir

vne

de nou-

veau.

Il n'en eft pas de mefme

de la mer

elle

paroifl toujours

jamais

nouvelle

parce état. Tantoft

en vn mefine

qu'elle n'eft elle eft tout.

à-fait tranquille

tôcks ondes font fi vnies qu'on

1

A ij

LA

MER

la prendroit toft elle maintenant.

gement

baffe

& quelquefois couleur

grande agitation

vne

eau dormante comme

tan- la voilà eH étran-

&

de

vne

d'écu-

pour

vn peu

eft

émue,

Il y a des heures qu'elle

Elle eft haute

Quelquefois fe retire.

en vn temps elle s'avance

Elle change après blanche

agitée. en vn autre. elle

prelqua

tous momens elle eft toute

le Soleil

fe levé

ou fe couche

me

femble

paroift

roift

quand

il

foit toute

en feu. Tantoil

tantoft

elle elle pa-

différentes & ce mé- que l'art ne

quelle

de

verte

couleur de pourpre

ou bleuë.

Ces couleurs

enfemble

naturelle

fe meilent quelquefois

lange

fait vue peinture

peut imiter.

fois qu'vn agréablement

mugiflèmentépouventable,

fans frayeur. de nos Poètes

Le bruit de.fes flots n'eft

quelque- à rêver

vn

doux murmure j mais c'eft

Vous fçavez

qui invite

aullû quelquefois

ne peut- ouïr a dit vn

qu'on ce qu'en

z Taniofl l'onde brouillant l'arène f'

Murmure & frémit de courroux, En Je roulant fur les cailloux

Quelle apporte 3 & quelle rentrdfne.

En vn mot il y a tant

objet,

& que f efprir'trouve

de varietez

dans le mefme

jamais de voir,

que les yeux ne fe laflent

toujours dequ.oy admirer.

Tout

cela eft fort bien remarqué,

dit Euger

I.

ENTRETIEN

tombe

d'accord

avec vous, qu'en elle eit toujours

vous prie,

quel-

ad-

ne,&je

état que foit la mer,

que

mirable.

Mais dites moy ,je

en quel

état

elle vous plaift

le calme

l'aimez-vous

davantage

plus dans

vous dire vray, répondit rien décidé là-deflùs

que dans l'agitation

Arifte,

mais

? A

je n'ay encore

pour peu que je me

demande

à moy-mefme

ce que j'en penfe,

je

mon parti aifément:

& fans délibérer,

prendray davantage

plaift beaucoup plus quand

que quand

je fens

bien

elle eft agitée.

déja

que

la mer me

elle eft tranquille, Je ne fuis pas tout-

à-fait

de vojftre

goût

reprit

Eugene.

Il me

femble

fa colère qu'elle

fe fait vne les flots. Ces

que la mer n'eft

jamais fi belle que dans

s'enfle

qu'elle s'agite

effroyable,

& qu'il

entre

les vents

&

d'eau

avec

&

lorfqu'elle mugit d'vne maniere

efpece

de guerre qui s'entrechoquent ces montagnes

tant d'impetuofïtéj vagues

d'écume

qui s'élèvent

& qui s'abaiflènt

tout

d'vn

ce.bruit,

ce defordre

ce fracas

coup

tout cela infpire

compagnée

horreur

je ne fçay quelle

ac-

éga-

de plaifir,

& fait vn fpe&açle

lement

terrible & agréable.

Bello in fi bella vifta anco e l'honore t Et di mego la tema ejce il diletto.

Mais

.4it Arifte

dans le calme

tout

il .n'y a rien qui ne plaife

y eft doux

tout y eft beau.

J

A

itj

LA

MER

C'eft vne douceur ce calme

beauté

bien

fade qui vous

ne,

que

de la mer en cet état-là

repliqua

plaift

tant

refTemble

Eugè-

& la

tout

à celle

ni

de ces perfonnes

n'ont

ni

au plus vivacité, rifte,

lère puifle répondre,

nes

qui

efprit.

Je ne comprens

qu'vn emportement

de la grace.

dit A-

de co-

pas,

en foûriant,

Je pourroisvous

donner

qu'il y a des perfon- ne hed

toujours

repartit Eugene,

peu

à qui vn

d'emportement

pas

mal. Mais-quoy-qu'ilenfoit, la mer n'eft

que

elle

yeux, & qu'elle Eh

vn beau fpeétacle

profonde

Et n'y a-t-il

jefoûtiens plus belle,

jamais

que quand les

frappe

-ce pas vne

quand

eft irritée

quoy,

c'eft

alors qaellc

fe fait regarder

avec admiration.

n eft

interrompit

Arifte,

que cet element,

fous vn ciel fort ferain?

plaifîr à prome-

paix y regne

pas beaucoup^de

ner fes regards vnie ? N'eit-ce

ble;

fur vne

étendue vne chofe

fi vafte

& fi

fort agréa-

aller

pas encore que de voir vn navire fur les eaux

bien équippé comme

vu grand

pompeusement

qui femble

fe mouvoir

y a

de foy-mefme

il rien

?

corps

Mais auffi,

che,

dit Eugene,

t

qui tou-

que de & aux in-

aife,

& qui divertifïe

mefine davantage, aux vents

de jouët bien à vôtre

voir vn navire

vagues ? Vous Arifte

comme

fervir

en parlez iî vous vous eftiez

rencontré

terrompit

moy dans vn naufrage, je fuis feur que

I.

ENTRETIEN

dont

riez

du moins

beau que l'original.

conteniez,

hardi,pour

furieux élément.

je fuis mefme

de l'humeur

vous

êtes

ne trouve-

ou

vous

pas la mer

vous

fort

belle

dans fa colère

le portrait

en trouveriez

plus

tout que vous

Il faut après

ettre bien

à vn fi

&

mal

pourfuivit-il,

qu'il aTailu

s'expofer la première

Je vous l'avouë,

d'avis,

fois

dit Eugene,

que fans nous piquer nous nous contentions

Peut-

plus

eftre

à propos

de voir de loin la mer courroucée

l'éloignement

n'a pas

de hardieflè

les tempeftes. fera encore

& en.perlpective

que belle dans

qu'on

au

joint

affez libre

ce me femble

l'efprit

fort de l'orage, le a de beau

pour bien remarquer

fa fureur

ce qu'el-

dans

j & fi je ne me

on

on a vn peu trop d'affaires,

de perir

trompe,

craint

ce diverthTement

quand pour prendre

à tous momens

à fon aife.

Comme

apperceurent que de fbrtir

ils s'entretenoient

de la forte qui ne faifoit

à pleines

ils

vn grand vaiflèau,

du port, mer.

mais

& qui fingloit Ils le fuivirent

comme

voiles

en haute

temps

des yeux

quelque il avoit le vent

& la marée toft de veuë.

Sans cet homme

le premier

gnit

ils le perdirent reprit auffi-toft

bien-

favorables

Arifte

la parole.

qui s'abandonna

audacieux,

à la merci

des flots,

& qui ne crai-

ni les

ni les tempeftes

ni les écueils

illi

robur

triplex x

îc

as

Citcapeauser«,

qui fragilem truci

0

Commifit

rarem.

pelago

K'rat.ltb.i.od.i.

LA

de la .mer

monftres

à qui Horace

donne

MER

fans

cet homme

vn coeur d'airain,

i dis-je, J on rvau-

roit

voyages

mitez

qu'à la mefurer

pas la commodité

de faire

de fort longs

aux extre-

fi courts fort

pas

de

cet

en peu de temps,

& d'aller

de la terre

C'ell

par des chemins

par là, elle ne paroift

témérité

à l'heureufe nous

que

grande.

homme intrepide

fommes redeva-

bles

commerce

des avantages

nous reviennent

par

iiiivi,

du

e-

qui c'eft luy qui qui l'ont

ceux

des mers

fon

à al-

des

xemple a encouragé

ler découvrir terres autrefois

qu'il

au travers

de mille dangers,

c'eit les autres le fecret

par

inconnuës

8c

que a trouvé

cet

art

a inventé

ont perfe- de reünir

ctionné

ce infinisi la liai-

eaux

qu'on que la nature

Car enfin la navigation

par des elpaees

fait aujourd'huy les mefmes

&

nouveau

a feparé

fon de tous les peuples

qui divifcnt

fervent à la communication

tre, depuis

le monde

de l'ancien

:»

de Tvn a rendu

& de l'au- les hommes

que l'avarice

affez habiles, pour gouverner

les plus

pour méprifer dans»vn naufrage. Pour moy,

horribles

tout

tempeftes

vn navire

&

parmi affez hardis, a d'aflreux

quelques je ne

ait appris aux

ce que la mort

en riant

dit Eugene

I biens que la navigation

1 :rouve

pas fort

bon

nous apporte qu'vn homme

î.

ENTRETIEN

à le brifer

fepulture de mort

les rochers

à

autres

contre

aux mourir fans

velle efpece avoit

Satisnon

niincni

penret

tus.

Pli»,

fuit

.mon,

iio-

uifi

lib,

& à chercher

vne nou-

& infcpu;

nat

meum

Afrjciî.

fur la mer,

pas affez fur la terre.

s'il Si vous me

comme

expofe-

les

ne

hift.

frcœm-

n'y en

croyez

ij.

continua-t-il

que

nous

ne nous

à ces dangers la mer

fèin

promener

rons point coquilles foient

enferme

-là &

quoy-que

fur le rivage

les perles

jette

que

pas fi precieufes

dans

fon

qu'elle

nous nous

contente-

Non

eft

rons de nous

auffi-bien

foin des trefors

le long

de fes colles

j J

mugiat

Walus proccllis,ad

mifcr.i^preces

Decurrcre,

pacifei,

NeCyprisTyrix-

que merces

l'état:

nôtre

faire

de nôtre du nouveau intereft

fortune

n'a pas be- ] &

appa-

ne

nous

& voris

monde

remment

fera jamais viennent

particulier de voeux pour les navires

 

Addanr

avaro

qui

vitias

mari,

&

des

Ces

Uor. epott-

j.

di-

des Indes. ayant achevé

quelque

ne jugeant & de Lelius

qui parent

voit

Arifte

ces paroles, à ramafTer

temps

Eugene

luy s'amuferent

coquilles, de Scipion

& coquilles où l'on

pas que le divertiflement

fût indigne

d'eux.

le bord infinie ne font-ce

fort jolies l'homme

fi bien

vne varieté

de la mer,

de figures pas des

&

fort

du mon-

ôc de couleurs,

Productions

Dizarres

dit Arifte de la nature

? S'il en faut croire

(

-ouclîarîï

ic

^enns

de qui a le plus étudié

il n'y a rien

gène

s'égaye davantage. Ne diriez-vous

la nature, repliqua elle fe joué" ni

reprit- Arifte

Eu- lt où elle

ur^

letas.

que

1

ce

in

us

mira

na-

va-

iudentis

'Itn.htft

c

•H-

nat.kb

f.

pas

B

fi

LA

Ai E £

font

des ouvrages

de l'art,

tant

elles font

re~

travaillées.

Je dirois prefque

Eugène

gulierement vn Poëte

nature

Italien

répondit

pour fe divertir

imite quelquefois gloire de l'imiter.

luy qui fait toujours

Di natura artr par,

che per diletto

avec

que

la

ce-

L'imitatrice Jua fcher^ando imitï.

Mais

vous

dit.es-vous,

avec

pourfuivit

Arifte

quand

que

v-oyez que la mer apporte

ces bagatelles & tant de richeflès

fur le rivage

bruit

tant

de pompe vne infinité

de

elle qui cache

dans

ne,

fes abyfmes. de ces avares

Je me fouviens

dit Euge-

qui veulent

faire les magni-

& qui

donnent

de pe- av.ec beau-

fiques,

avec profufion

tites chofes de foin

coup

Alors Eugene des dunes

tandis

qu'ils gardent

ont

de plus précieux. s'étant aflis auprés

la mer qui

fe reti-

ce qu'ils & Arilte

confiderer

pour

roit doucement

& qui laiffoit

fur le fable

en

fe retirant

la trace

& la figure gravier,

de fes ondes

avec de ljécume,, du ils furent quelque

A.ns fe dire prefque auroit p.eut-eltre

.veilléeen .demandant

& des coquilles

ne l'eût

à rêver l'vn & l'autre,

& leur conversation

fi Eugene

temps

rien

langui,

re-

à fon ami,

au çerme fans fpnr

brulquement de fa rêverie. ces flots retourner

quel étoit Peut-on

le fujet voir

j^'où ils font venus

} répondit Arilîe,

i.

ENTRETIEN

ger

Mais

à la caufe

d'vn fi admirable

c'eil

en vain

que j'y fonge

mouvement?

ajouta-

1 -il,

fuis point Quand

comme

je ne

Phitofophe

je

n'y

feriez

auffi Phi-

vous

ne le-

Ne fçavez- de la natu-

rien.

vous

comprens

lofophe qu'Ariffcote

riez pàs plus

dit Eugène que Vous êtes.

éclairé

dit de ce génie pu comprendre

vous

ce qu'on

pas

le flux & le re-

il fe prc- nous

ap-

étoit

fe

de rai-

que n'ayant

re,

flux après dans

cipita

prendre

l'écueil

perd l'efprit ibnner

vne méditation

l'Euiïpe (a mort

profonde,-

comme

pour

cette quettion & l'abymie

n'a

pas lailfé

par

que

On

de la Philofophie,

humain.

beaucoup

de fçavok

ce ne feroit

coûtume

fur le. flux & le reflux

repartit ce que

que

Arille,

depuis & je meurs

la mort d'Ariirote,

d'envie

dit

tir

chofes

Mais

les fçavans m'en

pour

en une

diver-

quand car ils ont

de dire

de plaifantes

fur les matieres

n'entendent

j'ay bien

qu'ils ma curiofité rien

pas. la mine

penfent

de

avec toute

de ne fçavoir

là-defliis

lire

de ce qu'ils

jamais

fi vous

livres

moy,

la peine

leurs penfées

ne m'épargnez

disant

prie,

leurs

dites-les

de m'apprendre

chapitre

qua Eugène,

penfez

en me

& ayez vous

la bonté

je vous

tout

ce que

fur le

repli-

fçavez En vérité

dire.

du flux & du reflux.

ôc je ne fçay

je n'y fuis pas fi fçavant en

que

vous

que vous

Mais

B ij"J

LA

MER

le voulez

puifque diray ce que Il me ièmble

vous

absolument j'en ay leû autrefois.

que Platon

je vous

qu'il

s'eft imaginé,

y a de grands les eaux,

que

gouffres qui jfortent

au fond

de la

mer

impetueufement

Se

de

& qui y rentrent

la mefme

ces gouffres impetuofîté mouvement Le fameux

que ioufflent fous l'océan,

par leur fouffle, D'autres

avec

le

en fortent

qu'elles

produifent flux & reflux.

a creû

que nous appelions

Apollonius

de Tyane

cela venoit

de je ne fçay quels

efprits qui

les flots,

t

& qui ébranlent

fe

font

faifoient

Philofophes que des feux foûterrains

la mer,

perfuadez

bouillonner

en s'allumant

que ce bouillon

fe ré-

peu à peu

& celfoit

pandoit

feux

venoient

à s'éteindre,

Quelques

-vns difent,que

enfin, quand

l'air enfermé

ces

au

defTous

des eaux

la mer

la foûleve,

aprés avoir

pouffe

Tétend

cédé quelque

tant

vers fes bords

temps,

que la mer

l'air avec a fouffert

d'au-

plus

repouffe

plus de violence

qu'elle

de contrainte.

Il y en aquicroyent,que

étant

bords,

tent

venant

inégal

& plus

les eaux de tous dans les endroits

à e

rencontrer

le fond au milieu

de la mer

creux

les

qu'aux fe précipi- mais

que

elles

rivages

les plus

bas

toutes enfemb