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LE CORPS DE LA RESPONSABILITÉ.

SENSIBILITÉ, CORPORÉITÉ ET SUBJECTIVITÉ CHEZ LÉVINAS
Rodolphe Calin P.U.F. | Les études philosophiques
2006/3 - n° 78 pages 297 à 318

ISSN 0014-2166

Article disponible en ligne à l'adresse:

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Pour citer cet article : Calin Rodolphe, « Le corps de la responsabilité. sensibilité, corporéité et subjectivité chez Lévinas », Les études philosophiques, 2006/3 n° 78, p. 297-318. DOI : 10.3917/leph.063.0297
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LE CORPS DE LA RESPONSABILITÉ. SENSIBILITÉ, CORPORÉITÉ ET SUBJECTIVITÉ CHEZ LÉVINAS

1. En découvrant l’existence avec Husserl et Heidegger (1949), Paris, Vrin, 1979, éd. augmentée, p. 156. 2. Autrement qu’être ou au-delà de l’essence, La Haye, Nijhoff, 1974, p. 97. 3. Il faut ici rappeler ce qu’écrivait Lévinas à propos de la séparation de la sensibilité et de l’entendement chez Kant : « La force de la philosophie kantienne du sensible consiste (...) à séparer sensibilité et entendement, à affirmer, ne fût-ce que négativement, l’indépendance de la “matière” de la connaissance par rapport à la puissance synthétique de la représentation » (Totalité et Infini. Essai sur l’extériorité, La Haye, Nijhoff, 1961, p. 109). 4. En découvrant l’existence avec Husserl et Heidegger, op. cit., p. 132.
Les Études philosophiques, no 3/2006

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La thèse essentielle et centrale de la pensée lévinassienne du corps situe celui-ci dans la sensation. Cette thèse est explicitement formulée dans certains commentaires de Husserl, mais elle est aussi reprise dans les essais. « La corporéité de la conscience (...) se produit dans la sensation »1, insiste Lévinas, commentant l’expression des Ideen II selon laquelle dans toute expérience sensible le corps est mit dabei, de la partie. Autrement qu’être ou audelà de l’essence, par exemple, soulignera, à propos d’une sensibilité pensée comme vulnérabilité et maternité, que « l’expérience sensible en tant qu’obsession par autrui – ou maternité – est déjà la corporéité que la philosophie de la conscience veut constituer à partir d’elle »2. Que signifie, pour la sensibilité, la référence du sensible au corps ? En affirmant que le sensible est d’ores et déjà incarné, Lévinas entend rompre avant tout avec l’affirmation selon laquelle le sensible serait d’abord au service de la connaissance : la sensibilité n’est pas d’abord une source de la connaissance, ce qui, s’unissant à l’entendement, constituerait la connaissance3. C’est sa relation au corps et non à la pensée qui est première. En langage husserlien, et non plus kantien, cela signifie, comme le manifestent, selon Lévinas, les analyses les plus concrètes de Husserl, que « la sensibilité et les qualités sensibles ne sont pas l’étoffe dont est faite la forme catégoriale ou l’essence idéale, mais la situation où le sujet se place déjà pour accomplir une intention catégoriale ; mon corps n’est pas seulement un objet perçu, mais un sujet percevant ; la terre n’est pas la base où apparaissent les choses, mais la condition que le sujet requiert pour leur perception »4. Que la sensibilité soit d’ores et

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Ibid. que si la sensibilité est unie à. même si ce livre ne s’y réfère pas explicitement – c’est l’impression originaire qui nous permet de le com1.124 . © P. le moi ne saurait être compris comme pure liberté. je ne suis pas sans responsabilité.U. PUF. voir également Autrement qu’être ou au-delà de l’essence.. qui demande ce que signifie. et qui.181. D’ores et déjà produite dans l’expérience sensible.. © P...132. À propos de cette critique de l’incarnation comme aperception. mais doit l’être en même temps ou même d’abord à partir de la responsabilité. op.298 Rodolphe Calin Localisation et pesanteur Quels sont les traits de la sensibilité qui en font par excellence le lieu de l’incarnation – et en quoi manifestent-ils son irréductibilité à l’objectivation ? La localisation et la pesanteur. Le Livre de poche. p. Document téléchargé depuis www.F. déjà incarnée signifie que le sensible est libre à l’égard de la relation du sujet et de l’objet. Autrement qu’être ou au-delà de l’essence.. 3. comme un sourire ou un vent qui souffle. quelles sont les implications. 4. Paris. 142. pour l’incarnation. à ce titre.. de cette passivité de l’incarnation ? Parce qu’il n’est pas préalable à son incarnation. À cette seconde question répondra l’ensemble de notre propos. s’en excepte.cairn.U. se situe à l’arrière-plan de la notion d’instant ou de présent compris comme commencement et naissance dans De l’existence à l’existant. ce n’est pas à la pensée qui en fait une connaissance. p. se pensent réunis »1. sa référence au corps. 37. p.. »2 C’est donc le lien entre corporéité et responsabilité que nous invite à penser la thèse selon laquelle « l’expérience sensible du corps est d’ores et déjà incarnée »3.124 . une aperception « où l’âme et le corps. qui est tout à la fois « l’ici et le maintenant à partir desquels tout se produit pour la première fois »4.. p. p. Le lien du sensible et du corps précède et conditionne celui du sensible et de la pensée. contrairement à ce qu’affirme le § 53 des Ideen I – mais les Ideen II offriront d’autres ressources à la pensée de l’incarnation –. En découvrant l’existence avec Husserl et Heidegger. p. et Hors sujet. cit. op. Document téléchargé depuis www. Le temps et l’autre (1948). cit.07/06/2012 04h41. cit.info .. C’est la notion husserlienne de Urimpression. 1997. « Quadrige ». op. « Je n’existe pas comme un esprit. . originellement passive à l’égard du corps.F. À cette question qui demande ce que signifie. une autre doit faire face. une aperception par laquelle la conscience absolue au sein de laquelle se constitue toute transcendance se lierait au corps.201. mais au corps qui est la situation du sujet comme condition de toute connaissance et qui. pour la sensibilité. 1983. donc la relation du sujet et de l’objet. précisons-le. 150. pour la conscience et pour le moi qui s’identifie en elle. comme deux objets.07/06/2012 04h41.201.132. l’incarnation n’est pas.info . Mais qu’est-ce qu’une conscience originellement incarnée. comme pur pouvoir de commencer. La conscience est originellement incarnée. 2. 96.. Paris. 118. 96. le fait de se produire dans la sensation.cairn.. mais on peut déjà y apporter une réponse générale.181. déjà prise en lui au moment de le constituer comme une transcendance.

U. Toute sensation en ce sens est kinesthésique et la kinesthèse primordiale est celle du repos2.. mais par rapport à soi. qui est l’origine de la fixité – le commencement de la notion même de commencement »7.F. Ibid. par rapport à la conscience. qui ne se réfère qu’à soi-même parce qu’il est le mouvement de venir à soi. p. essentiellement kinesthétique. il est la terre.132. p. © P. p. Ibid. Ibid.. 138.info .132. Vrin. Elle signifie la reconduction de l’objet à l’horizon. Sensibilité. prendre.. L’originalité du corps.U. corporéité et subjectivité chez Lévinas 299 1. Par mon corps si l’on veut je suis au monde.. 131. ibid. Paris. au sens de la psychologie empiriste. chez Husserl. est irréductible à la relation du sujet et de Document téléchargé depuis www. matière passive en attente d’animation par l’activité intentionnelle. Document téléchargé depuis www. 2. c’est-à-dire part de soi – « mouvement de venir à soi sans partir de quelque part »4. mais « action de se tenir tranquille » comme l’écrit Husserl – kinesthèse du repos – ou encore mouvement qui ne se dirige pas vers l’objet mais qui demeure en soi. « La sensibilité n’est donc pas simplement un contenu amorphe. qui est le mouvement de s’appuyer sur. p.. et dont par conséquent le « point de départ est contenu dans le point d’arrivée comme un choc en retour »5. point zéro – parce qu’elle est le mouvement de l’origine ou du commencement. 122. Ibid. à propos de la sensibilité comme point zéro de la situation chez Husserl : « Il est difficile de ne pas voir dans cette description de la sensibilité. »1 Ni contenu amorphe. Elle est le point zéro de la situation.. « Tout le sensible est.Le corps de la responsabilité. poursuit Lévinas. le sensible vécu au niveau du corps propre dont l’événement fondamental est dans le fait de se tenir – c’est-à-dire de se tenir soi-même comme le corps qui se tient sur ses jambes. C’est à ce titre qu’elle est originaire. mais à se tenir. 1978. La relation à la terre.124 . Elle accomplit un mouvement dont l’ « intentionnalité » – terme que Lévinas met ici entre guillemets – signifie seulement qu’il y a mouvement et activité3.181. mais qui n’a en réalité rien d’intentionnel.. p. 140). 6. point de départ. l’origine comme ce qui se meut vers soi et ainsi seulement commence.07/06/2012 04h41. au sens où l’intentionnalité est transcendance. ou plutôt à la situation du sujet – donc au corps – à partir de laquelle seulement il reçoit la plénitude de son sens. . Elle est “intentionnelle” – en ce qu’elle situe tout contenu et qu’elle se situe.info . un fait.. non pas par rapport à des objets.181. 5. préalable à toute intentionnalité objectivante. 7. Les organes de sens.. © P. 4. l’origine du fait même de se situer. Le lieu n’apparaît pas. 3. ouverts sur le sensible se meuvent » (ibid. Cf.07/06/2012 04h41. à se poser. De l’existence à l’existant (1947). sortie de soi vers l’objet – un mouvement de rétrocendance et non de transcendance. que décrivait De l’existence à l’existant comme mouvement le plus originaire du corps. 119.cairn. C’est pourquoi. l’événement de la position « qui ne se réfère qu’à lui-même.201. est que son mouvement premier ne consiste pas à se transcender. p.124 . la sensation est action et mouvement. c’est-àdire le lieu qui me supporte. »6 C’est un tel événement.cairn. Cette intentionnalité est aussi à comprendre comme une intentionnalité transcendantale.201. mais ce monde n’est pas l’horizon à partir duquel les choses apparaissent.F. 119. ni qualité toujours déjà référée à l’objet.

l’objet. le massif. une instantanée maturité l’envahit : à son jeu. avoir déjà à porter le poids de cet être qui commence. La conjonction de la localisation et de la pesanteur fait surgir une certaine ambiguïté dans le sensible. Il est être et non point rêve. dans l’ici avec lequel je coïncide. à « comprendre (. Cette pesanteur est justement l’un des traits essentiels de la matérialité du sensible.181. L’instant est comme un essoufflement.) qu’une connaissance de la base. 5. c’est venir en soi sans partir de quelque part. dans le présent libre à l’égard du passé et pourtant déjà plus vieux que soi et déjà accablé par le poids de son être : « Le présent est commencement pur.07/06/2012 04h41. De l’existence à l’existant. c’est être pris en soi. comme nous allons le voir. c’est commencer en se possédant inaliénablement. p. le misérable. cit..cairn. (. © P. le grossier. p. Mais ce retard sur soi du commencement est précisément ce par quoi il commence. Commencer.. p. De l’existence à l’existant.. 135. Il se pèse.124 . Ibid. entretenir avec soi une relation de possession . de l’absurde. mais aussi parce qu’elles lui donnent ainsi de commencer pour de bon.info . 120.201. »2 Le corps est ce qui est ici et ce qui pèse. il se pique et est pris..181. mais le supporte. que je suis et qui pourtant déjà m’encombre. c’est-à-dire avoir déjà à en répondre : « La liberté du présent n’est Document téléchargé depuis www.info ... c’est-à-dire relation avec le lieu comme base. brutale.) le corps à partir de la matérialité »4.F.. p. Ce qui est ici “objet” de connaissance ne fait pas vis-à-vis au sujet. »1 Mais si le corps est position. mais aussi tout le poids de la position. cit.. p. Penser la production de la corporéité dans la sensation revient ici à reconnaître au corps propre sa pesanteur. Le temps et l’autre. Mais dans son contact d’initiation. Cette fatigue ou cette soudaine pesanteur qui envahissent le commencement en sont donc constitutives parce qu’elles lui ouvrent l’espace d’une venue en soi.300 Rodolphe Calin 1.. « Le corps est l’élévation. Ce qui a de la consistance.. »3.. p.. au mouvement de la connaissance : « S’appuyer sur la terre est plus (. p. »5 Le mouvement de l’origine est aussi la fatigue du commencement. mouvement « qui se fait dans l’instant luimême où quelque chose si l’on peut dire précède l’instant »6. c’est-à-dire. un halètement.F.. 131... 7. « Commencer pour de bon.124 . à souligner le lien essentiel entre fatigue et corporéité.132. 100.. cit. . op. c’est-à-dire s’appuie sur le lieu qui lui sert de base. © P. Document téléchargé depuis www. 91.07/06/2012 04h41. op.. mais impassible présence.. Ibid. 4. un effort d’être. du poids..U. ce qui est ici précisément parce qu’il pèse. cit. il est par là même pesanteur. c’est-à-dire dans l’ici et le maintenant . op. non point jeu.132.cairn. 3. décalage de l’acte par rapport à lui-même. 2. que Lévinas entend libérer de son interprétation mécaniste : « notion de matérialité qui n’a plus rien de commun avec la matière opposée à la pensée et à l’esprit dont se nourrissait le matérialisme classique. Ou plutôt il est le mouvement de la fatigue.U. élan qui retarde sur lui-même.. Totalité et Infini. »7 Venir en soi c’est s’appartenir.201. 36.. 6. op. Ibid. 37.) Celle-ci c’est l’épais.

qui ouvre sur une conception nouvelle du sujet.. supporté et qui se porte et se supporte..cairn.124 . Celle-ci ne se dissout pas dans l’œuvre constituée ou pensée par elle. pour le dire avec Henry.124 . Mais après avoir indiqué les traits du sensible qui en font le lieu de l’incarnation. c’est-à-dire acte et mouvement. p.).Le corps de la responsabilité. et de la subjectivation la plus radicale. Comment une telle responsabilité est-elle possible ? Le virement immédiat de la liberté du commencement en responsabilité ne se comprend qu’à partir d’une liberté incarnée. p.cairn. p. vers l’ici et le maintenant à partir desquels tout se produit pour la première fois. Or. Sensibilité.. cit. en deçà.. En découvrant l’existence avec Husserl et Heidegger. 119. C’est ce lien entre subjectivité et sensibilité. Le poids du corps. Document téléchargé depuis www. 2. venant après-coup en limiter l’exercice. la sensibilité est ainsi le lieu de la subjectivation. qui donc n’est pas le simple reflet ou le simple parallèle de l’objet représenté – « appelé. il faut maintenant souligner que la référence de l’expérience sensible au corps est en fait sa référence au sujet. cit. . Ce qu’une telle responsabilité signifie n’est par conséquent rien d’autre.) que la phénoménologie préserve la personne. »3 Apercevoir le sujet à partir du sensible c’est apercevoir un sujet dont la subjectivité ne s’épuise pas à constituer l’objet. que la passivité de l’origine à l’égard d’elle-même. la liberté du commencement est « immédiatement limitée par sa responsabilité »2.info . (. La responsabilité comme fatigue ou passivité du commencement à l’égard de luimême ne se peut que comme pesanteur. qui pèse et se pèse..07/06/2012 04h41. © P. »1 Qu’est-ce à dire ? Comment entendre ici la responsabilité ? La responsabilité ne saurait être ici comprise comme la simple conséquence de ma liberté.U. 150. En effet la liberté qu’elle affecte n’est pas la liberté du libre-arbitre mais la liberté du commencement. 4.. Le temps et l’autre.132.. qui constitue aussi la nouveauté de la pensée husserlienne du sensible selon Lévinas. Que le sensible soit intentionnel..) Le moi comme le maintenant ne se définit par Document téléchargé depuis www. mais une pesanteur et une responsabilité. © P. c’est-à-dire comme corps. qui est porté.07/06/2012 04h41. op.... 3. Lieu de l’incarnation. C’est apercevoir enfin le sujet lui-même.U.201.F.. pour lui-même et à partir de luimême : « C’est dans la mesure où le concept du sujet est rattaché à la sensibililité (. qui se situe avant tout acte et toute décision. 36.201. corporéité et subjectivité chez Lévinas 301 1. le mouvement même du recul vers le point de départ de tout accueil (. autrement dit elle doit être comprise comme la responsabilité du commencement à l’égard de lui-même.132.info . plus encore.F. qu’il soit l’acte même du commencement comme mouvement de venue à soi signifie qu’il est le lieu où se constitue le soi lui-même : « La sensibilité marque le caractère subjectif du sujet.. en fait le lieu de la responsabilité. qui ouvre sur le sujet comme tel au sens où il est seul susceptible d’en révéler la subjectivité même. 118. pas légère comme la grâce. La responsabilité n’est donc pas moins originaire que la liberté du commencement. L’Urimpression est l’individuation du sujet. mais demeure toujours transcendante. sujet »4.. Ibid. op. par convention.181.181. p. Ibid.

ne va pas de soi. rien d’autre que par soi. que tout pour elle soit grave – le sens abstrait et le sens concret de la gravité étant ici indissociables. On comprend d’ailleurs ici que pour Lévinas la pensée soit essentiellement grave. dans sa liberté d’existant. elle renvoie aussi à la pesanteur du corps. en savoir. p. d’une épaisseur matérielle. mais d’une localisation de la conscience qui ne se résorbe pas à son tour en conscience. Puisque la sensibilité n’est telle que parce qu’un soi se constitue en elle. cit. et le corps est subjectif..201. d’une condition. »1 Mais si la liberté du présent est pesanteur et responsabilité. le soi qui se constitue en elle est un soi originairement responsable..F..181.cairn. c’est-à-dire responsabilité. De l’existence à l’existant.info . ne côtoie rien. »3 Et si la pensée est incarnée parce que située.. d’une subjectivité qui serait préalable à son incarnation et dont le corps ne marquerait que la chute ou l’enfermement : « la matérialité n’exprime pas la chute contingente de l’esprit dans le tombeau ou la prison d’un corps. d’une protubérance. p. Le temps et l’autre. 37. il sort. tant à l’égard 1. cit. .U. c’est inclure la responsabilité dans sa définition même. c’est la pensée elle-même. 2. Document téléchargé depuis www. Ainsi Lévinas interdit de la façon la plus radicale l’abstraction d’un sujet non incarné. 120. Le je pense renvoie au je pèse comme à sa condition. Mais c’est aussi l’inclure dans la définition même du corps.07/06/2012 04h41. »2 Dira-t-on cependant que la pensée.07/06/2012 04h41.info . en quelque manière. à déduire le corps de la subjectivité même c’est-à-dire de la manière dont s’accomplit le procès de la subjectivation – relation à soi qui est à la fois position et pesanteur.124 . Nous sommes pensants d’abord parce que nous sommes pesants. c’est-à-dire ne se définit pas. op..cairn. La subjectivité est responsable.F. © P. Ibid. Il ne s’agit pas seulement d’une conscience de localisation.124 . à partir du poids et de la matérialité du corps. 3. 117-118.302 Rodolphe Calin Ambiguïté du soi et de l’anonyme Il reste que ce lien entre sensibilité et corps propre. c’est-à-dire originellement incarnée. Comprendre ainsi le corps à partir de la matérialité – événement concret de la relation entre Moi et Soi – c’est le ramener à un événement ontologique. d’une tête. Elle accompagne – nécessairement – le surgissement du sujet. La pensée lévinassienne du sensible a d’abord affirmé la totale indépendance du sensible. c’est-à-dire qu’il est le corps de la responsabilité. Le savoir du savoir est également ici. Définir la subjectivité à partir du sensible et du corps.132.U. que tout dans la conscience n’est pas rivé au corps ? Mais ce n’est pas simplement le contenu sensible qui est situé. c’est-à-dire la référence du sensible au corps propre. l’entreprise de Lévinas revient tout autant à comprendre le corps à partir de la subjectivité.. « La pensée a un point de départ.181. op..132. © P. Document téléchargé depuis www.201. p. Il s’agit de quelque chose qui tranche sur le savoir. reste en dehors du système.

F. 104). c’est pour souligner son caractère élémental et son impersonnalité.U. mais impassible présence » (ibid. et donc Document téléchargé depuis www. comme par l’effet d’une hypostase.. la sensation perd par là même toute référence au sujet qui en est le corrélat . s’accomplit à rebours de la perception : alors que la perception est toujours perception de quelque chose. lorsque De l’existence à l’existant insiste sur l’irréductibilité du sensible à la connaissance. si. elle retourne à l’impersonnalité d’élément »4. op.124 . »6 Mais si la sensation se produit elle-même et ne produit qu’elle-même. qui produit l’effet esthétique.cairn.. Au lieu de parvenir jusqu’à l’objet. le caractère exotique. p. et c’est cet égarement dans la sensation. 86. qui consiste moins à imiter le réel qu’à en souligner la radicale étrangeté.201. cit.181.07/06/2012 04h41. 91) en est le fait même : « Derrière la luminosité des formes par lesquelles les êtres se réfèrent déjà à notre “dedans” – la matière est le fait même de l’il y a » (ibid. corporéité et subjectivité chez Lévinas 303 1. Elle n’est pas la voie qui conduit à l’objet. mais l’obstacle qui en éloigne .07/06/2012 04h41. dans l’aisthesis. elle n’est pas non plus de l’ordre subjectif. comme le dira Totalité et Infini qui prolonge ici les analyses de De l’existence à l’existant. ne renvoyant ni à quelque chose ni à quelqu’un. peut-elle encore se référer au corps – ou plutôt en quoi sa référence à soi est-elle lisible comme le fait de se situer. 116.. de l’absurde. L’art. De l’existence à l’existant. l’impersonnel par excellence »5. « le mouvement de l’art consiste à quitter la perception pour réhabiliter la sensation. 5. comprise en un sens étranger au matérialisme classique comme « ce qui a de la consistance. d’être anonyme. ou encore « la densité existentielle du vide lui-même » (ibid.181.. « une profondeur toujours nouvelle de l’absence.. dont la matière est le fait même 3.124 . 93).. qu’il s’agit d’introduire la notion d’il y a.info .. un être. 4. un existant »2. 6. Document téléchargé depuis www. existence sans existant. Totalité et Infini.. Ibid. p. p. Ibid. p. La sensation n’est pas le matériel de la perception. à détacher la qualité de ce renvoi à l’objet. Ibid. nous semble-t-il. 3. C’est en effet. op. personne ou chose »1.F.201. p. © P. 94. 85-86. l’intention s’égare dans la sensation elle-même..info . elle ne se réfère qu’à elle-même. 18. La séquence intitulée « Existence sans monde » explicite la notion d’il y a. un sujet. est l’événement de la sensation en tant que sensation. ce « courant anonyme de l’être [qui] envahit submerge tout sujet. Dans l’art elle ressort en tant qu’élément nouveau. les qualités sensibles qui constituent l’objet. p. ce que l’on peut tirer du fait que. est renvoi à l’objet. détachée de toute forme.. . rattachement de la qualité sensible à une substance. c’est pourquoi la matière. puisque celui-ci a pour objet de décrire le mouvement par lequel « dans l’être impersonnel surgit. Sensibilité. à la fois ne conduisent à aucun objet et sont en soi.132. Mieux encore. p. du poids. L’il y a est la massive présence de l’absence de tout étant.. Or c’est à partir d’une analyse du sensible. en ce sens. la sensation ne produit ainsi qu’elle-même : « La manière dont. Ni événement d’objectivation ni par conséquent événement de subjectivation.U. p.132. elle révèle. cit. brutale. de la pensée qu’à l’égard du corps propre. dans l’art..Le corps de la responsabilité. notion essentielle dans l’ouvrage. 2. c’est-à-dire l’événement esthétique. Perdant toute référence à l’objet. © P.cairn. dont l’art révèle la matérialité.

) Être corps c’est d’une part se tenir.info .) pas de dualité : corps propre et corps physique. à travers laquelle tout objet se dissout en élément où la jouissance baigne »2 –. qu’il faudrait concilier »1. non pas seulement corps propre où pointe sa suffisance. mais c’est aussi être pris dans le donné..F. de la sensibilité – « son œuvre propre consiste en la jouissance. sensible et incarnée.304 Rodolphe Calin 1.. p. 141..cairn. Ibid. La vie est corps. 140. n’en est pas moins précaire.. p. 2.info .124 . et qui livre la signification propre. terrestres et célestes qu’offre la vie. En ce sens. qui est ici et pris dans l’autre.201. 5.132. la subjectivité. le fait d’être pris dans l’autre.07/06/2012 04h41.. dans l’altérité de l’élément impersonnel. dans ce passage de Totalité et Infini. matérielle et élémentale. op. se traduise par le fait d’être encombré de son corps . être maître de soi.181. .cairn. ouverts sur le sensible. © P. En effet.U. et. En découvrant l’existence avec Husserl et Heidegger. Ibid. comment l’impersonnelle sensation inclutelle déjà une référence à mon corps ? Qu’en est-il dès lors du lien entre sensation et subjectivité.. la sensation n’est-elle pas libre à l’égard du corps ? En quel sens est-elle d’ores et déjà incarnée ? En quoi l’événement de la sensation en tant que sensation est-il l’événement de l’incarnation ? Plus précisément..124 . « il n’existe (. Ibid. pour Lévinas. Il est d’ailleurs significatif que. corps-effet.. © P. Le corps. d’autre part se tenir sur terre. l’inévitable retour à soi du présent accablé par Document téléchargé depuis www. 4. mais carrefour de forces physiques. Document téléchargé depuis www.. en se nourrissant des multiples contenus. (. p.U. cit. dans De l’existence à l’existant.. op. »3 Sentir c’est se mouvoir. se pose et vient en soi. qui est selon Totalité et Infini la modalité selon laquelle la subjectivité sensible. 139. ici au sens de la kinesthèse du repos qui « n’est pas le repos de la kinesthèse »4 . 110. Pour être absolue. cit.201. p. exister à partir d’elle-même.181. cette dernière fût-elle interprétée autrement que comme subjectivité au service de la connaissance – ne s’épuisât-elle pas à produire de l’objectivité ? À moins que cette ambiguïté du sensible – qui tout à la fois se réfère à mon corps et le dissout dans l’impersonnalité de l’élémental – ne soit l’ambiguïté même du corps.07/06/2012 04h41. comme le montre la description du phénomène de la jouissance dans Totalité et Infini. se tient dans l’ambiguïté du soi et de l’anonyme. La souveraineté de la jouissance court le risque d’une trahison : l’altérité dont elle vit. c’est à travers cette ambiguïté que surgit l’ambiguïté du corps et donc de la subjectivité. être encombré de son corps.132. « les organes des sens. Totalité et Infini. 3.. C’est à travers l’ambiguïté constitutive de la jouissance. 138. « L’ambiguïté de la jouissance nourrit son indépendance d’une dépendance à l’égard de l’autre. p. être dans l’autre et par là.. être passif à l’égard du non-moi.F. car cet encombrement signifiait.. comme le se tenir ou le fait de s’appuyer sur le lieu qui est le trait primordial de la corporéité ? Libre à l’égard de l’objet. se meuvent »5 . le lieu de la plus radicale subjectivation est en même temps celui de la dépersonnalisation. déjà l’expulse du paradis.

et la prise de soi dans l’autre.. sur le mode ekstatique d’une compréhension de l’être. Être pris dans l’autre c’est être pris en soi.124 .201. Ibid. L’ambiguïté du soi et de l’anonyme est donc aussi leur indistinction. c’est-à-dire dans ce qui. commence dans l’immanence. purement immanent et préalable à toute compréhension. Mais il y a aussi dans cette subjectivité corporelle toutes les ressources de la transcendance.201. cit. le fait d’être rivé à soi est ambigu.. 156. comme chez Heidegger.info . il signifie tout autant une étrangeté à soi-même : « association silencieuse avec soi-même où une dualité est perceptible »1. Pas apparence. © P.U. 3. Document téléchargé depuis www.07/06/2012 04h41. encore infiniment éloignée de son être. mais demeure absent. Ibid. mais réalité qui manque de réalité. p.132. . Ce n’est pas dire seulement que la subjectivation est préalable à la compréhension de l’être. © P.U. d’une relation avec soi libérée de l’oscillation entre l’enfermement en soi et la perte de soi dans l’autre – ou plutôt. 151. on peut penser qu’elle marque les limites de la subjectivation. 4.132. op. 150. au sens où Totalité et Infini entend ce mot.124 . De l’existence à l’existant. 158. d’un rapport à soi dans lequel l’être en soi et l’être dans l’autre prennent une tout autre signification. Ibid. ou encore « une solitude à deux . l’exprime. c’est-à-dire commence par décrire la relation que le moi entretient avec l’être. et qui. malgré lui et de façon toujours équivoque – mais qu’est cela..F. non pas. son propre poids d’être. comme il apparaîtra progressivement. c’est-à-dire dans l’anonymat de la terre. et donc le fatal et irrémissible retour à soi constitutif de l’identité du moi.F. Lévinas commence dans l’ontologie.Le corps de la responsabilité. op. par le mouvement corporel Document téléchargé depuis www.181.info . mais aussi dans l’anonymat de l’histoire. Plus précisément. peut dire « je suis ».cairn. mais aussi. que Heidegger. est phénoménale : « Le phénomène c’est l’être qui apparaît. 5. pose simplement à côté de l’être mais sans le déduire – se constitue. avec celles-ci. p..cairn. cit. l’inconsistance d’une subjectivité dont la (sur)présence à soi est aussi une absence.. »3 Phénoménalité qui se traduit par l’oscillation « entre la subjectivité enfermée dans son intériorité et la subjectivité mal entendue dans l’histoire »4. et. dans la mesure où cette assomption s’accomplit concrètement par l’événement sans transcendance de la position. Comment comprendre cette ambiguïté de la subjectivation sensible et corporelle ? On peut d’abord lui reconnaître une signification négative. p. par laquelle le moi – l’étant. Sensibilité.181. loin d’en procéder. cet autre que moi court comme une ombre accompagnant le moi »2. Lévinas. selon Lévinas. p. mais sur celui..07/06/2012 04h41. sinon le corps lui-même –.. Entre l’enfermement en soi dans lequel le moi n’est déjà plus que l’ombre de lui-même. Totalité et Infini. corporéité et subjectivité chez Lévinas 305 1. Mais c’est justement que. qui l’aborde « objectivement dans son œuvre ou dans son héritage »5. penseur de la transcendance. 2.. la dépossession de soi par l’autre est identiquement l’impossibilité de se détacher de soi. d’une assomption par le moi de l’être. comme le soulignait déjà De l’existence à l’existant.

cette pensée [de la liberté qui n’est que pensée] frappe dans les portes fermées d’une autre dimension : elle pressent un mode d’existence où rien n’est définitif et qui tranche sur la subjectivité définitive du “je” » (De l’existence à l’existant. ou baignant dans l’élément impersonnel.. en quoi celle-ci est-elle le lieu de la transcendance ? La marche à l’Infini Sentir c’est être pris dans l’autre.181.306 Rodolphe Calin de demeurer. op. « la disparition de la chair. d’un autre que l’être (De l’existence à l’existant ne récusant la transcendance du Dasein au profit de la non-transcendance de la position du sujet que pour conférer sa signification véritable à la transcendance.. op. que signifie être pris dans l’autre quand la sensation est kinesthésique. Mais à quel titre ? Et si l’incarnation se produit dans la sensation. comme le point zéro de toute expérience et déjà comme emboîté dans cette expérience par une espèce d’itération fondamentale dont la sensation est l’événement même »3. comme l’a montré par ailleurs D.cairn.124 . © P. 158. « Le corps de la différence ». qui est celui de se situer. de la question du sens de l’être (cf. Paris.. L’inclusion du moi dans l’autre signifie que le mouvement primordial de la subjectivité sensible et corporelle ne peut plus être seulement celui exposé plus haut de demeurer sur place. cit. p. Document téléchargé depuis www. cit.. De l’existence à l’existant. dans la manière dont Lévinas conçoit la distinction de l’être et de l’étant.07/06/2012 04h41. cit. Comme l’écrit profondément D. sujet et siège de sensations kinesthétiques »4 ? L’emboîtement ne marque plus seulement la passivité d’une incarnation dont l’acte même. La sensation c’est l’impossibilité d’être à partir de soi sans être déjà contre ou dans l’autre.info . « position.U. le fait de se montrer « comme le point central. mais de la subjectivité. 157. qu’il n’y va pas. op. p. espoir seulement de la liberté et non point liberté à l’égard de l’engagement. 55). Document téléchargé depuis www. c’est-à-dire. Franck.201. op. PUF. quand le corps est l’ « organe du libre mouvement. p. En découvrant l’existence avec Husserl et Heidegger. contre soi comme autre.. . Franck. Aussi est-il déjà le pressentiment2 d’un ailleurs qu’en soi. que la différence ontologique s’incarne. « Mais. corps de la différence.F.132. 152). p. p. Mais dire qu’avec Lévinas la différence ontologique s’incarne revient à dire. du corps.201. Mais.U. p. c’est-àdire épreuve de la matérialité et de la pesanteur de l’être. Franck à propos de Heidegger. nous y reviendrons). Il en résulte que.cairn.. est le prix phénoménologique de l’apparition de l’être » (« L’être et le vivant ». 3. dans Dramatique des phénomènes. corps de la différence de l’être et de l’étant.info . le corps est aussi corps d’une autre différence. le corps est corps de la différence »1. cit. dans l’ontologie lévinassienne..124 . si. 2. le corps est aussi corps de la responsabilité.07/06/2012 04h41. 2001. celle de l’être et de l’autre que l’être. 96. se heurte aux forces physiques. donc de l’enfermement dans l’être. C’est. D. si être en soi signifie être enfermé dans l’être.. mais le mouvement 1. © P.. 28) – qu’il n’y va pas de l’être lui-même. mais le déboîtement de la marche.181.132. le mouvement sans transcendance de la position par lequel se produit l’ici comme point zéro de la situation. 4. qui peut apparaître ainsi dans l’ambiguïté du propre et du physique. dans Dramatique des phénomènes. Mais que signifie cet emboîtement.F. Ibid. pour le corps.

. dès lors qu’elle est corporelle. Ibid. point zéro de la représentation. 2. »1 De même que ce qui temporalise est déjà temporalisé. traversé. se pensent réunis.. mais se découvre intérieure à ce qu’elle constitue. © P.U. L’hétérogénéité des termes qui s’unissent souligne précisément la vérité de cette transcendance. un enjambement.. non pas de la pensée à son objet. la pensée se dépasse. 3.124 .132. dont l’avènement se confond avec l’accomplissement de l’ici. égale la pensée sur laquelle il semble trancher. 141. Ibid.info . 160. une marche plutôt que comme représentation. L’intentionnalité corporelle n’est pas objectivante mais transitive : ici la pensée ne détermine pas l’autre tout en n’étant pas déterminée par lui. La séparation cartésienne entre l’âme et le corps qui ne peuvent se toucher permet seulement de formuler la radicale discontinuité que la transcendance doit franchir.. déjà intérieur au monde qu’il constitue.07/06/2012 04h41..201. 159-160.. qui ouvre l’espace. de cette marche. p.info . p. corporéité et subjectivité chez Lévinas 307 1. comme le redira Autrement qu’être ou au-delà de l’essence.. Document téléchargé depuis www. est au-delà de ce zéro.201. sans détruire par là l’essentiel du sens métaphorique de ce terme ? »2 Retrouvant son sens premier.. au sens étymologique du terme. La transcendance véritable est la transcendance de l’incarnation : « Ici.F.cairn. comme un franchissement. ne trouve désormais son assise que dans l’élargissement qui la précipite hors d’elle-même – l’invite à marcher. »4 La transcendance de l’incarnation permet de reconnaître au dualisme cartésien une certaine vérité. qu’âme et corps n’aient « aucun topos logique pour former un Document téléchargé depuis www..F. Ibid. (. 142. comme devenir de la constitution du temps à partir de la proto-impression : “Ce qui temporalise (das Zeitigende) est déjà temporalisé (ist gezeitigt)”. est déjà espacé en quelque sorte. plus originaire que celui.. ce qui spatialise est déjà spatialisé : l’ici. La transcendance.cairn. l’intentionnalité est l’union de l’âme et du corps. de traverser l’espace. il ne se déploie qu’à être enjambé.) Marche dans l’espace du sujet constituant l’espace. de cette intentionnalité transitive. Être corps c’est alors transcender. 4.07/06/2012 04h41. de la transcendance entendue comme représentation : « Ne faut-il pas comprendre la transcendance. comme deux objets.U. « Le corps. mais comme une incarnation. Non pas une aperception de cette union où l’âme et le corps. Qu’il soit possible de concevoir l’âme sans le corps et le corps sans l’âme. la transcendance confère à l’intentionnalité comprise comme relation avec l’altérité son sens fort. Ibid. métaphorique. déjà dépassé. La transcendance primordiale est celle qui va. dans la représentation.181. .. d’ouvrir l’espace de cette traversée. p. p. retrouve son sens étymologique.. La subjectivité qui se pose.Le corps de la responsabilité.132. mais ce dépassement la met en rapport avec ce qui excède sa mesure : non pas la transcendance de l’objet qui. d’aller vers l’autre. mais de l’âme au corps – l’autre véritable c’est le corps.181.124 . © P. Ici. Sensibilité. mais justement la transcendance du corps dont le mouvement l’entraîne « dans des situations qui ne se résolvent pas en représentations qu’[elle] pourrait se faire de ces situations »3.

c’est-à-dire présence qui ne se déploie qu’en se déphasant – qu’en se divisant en parties – mais pour déjà se ressaisir. et d’ouvrir sur la différence de l’être et de l’autre de l’être. 2. 4. mais comme l’un est empêché de coïncider avec lui-même. mais dans l’espace où tous les points se touchent Document téléchargé depuis www.. C’est d’ailleurs pourquoi le sujet ne s’incarne qu’en marchant. à les penser comme réunis : « . mieux. ne saurait le défaire.F. Mais il y a union. s’écarte de soi et se retrouve sans rupture. cit. mais selon un accord qui ne se peut que comme arpège. irréductible au sens de l’être.. mais aussi l’espace. p. mais toujours en référence à d’autres. « L’apparoir de l’être ne se sépare pas d’une certaine conjonction d’éléments en structure. mais « ensemble-et-pas-encore ». 88. »3 Le lien qui unit l’âme au corps est ainsi indénouable : la pensée. âme et corps sont également unis avant même que la pensée ne songe à les réunir. qui ne peut pas le faire. est unique – susceptible de libérer une intelligibilité nouvelle. selon un mot de Blanchot qui nomme pour Lévinas la diachronie transcendante. Ils sont accordés cependant préalablement à la thématisation.F. 3.124 .. ni processus égalisant la différence »4 : « . p.cairn. Ainsi. se re-présenter dans la rétention et le souvenir. et non pas réunion par la pensée : séparés par un écart que la pensée ne saurait réduire. unis et séparés à la fois. l’âme et le corps sont ensemble. comme l’un qui « ne repose pas en paix sous son identité.. aucun terme ne signifie à partir de lui-même ni pour lui-même.. interrompt la continuité de la trajectoire tracée au sol. en sorte que les parties se rassemblent en structure et qu’enfin la totalité de l’être se montre à elle-même2. Ibid. 170).. mais le corps est en elle ce qui la fait sortir de soi – ce qui l’empêche de se rassembler sur soi. 88. ensemble »1 signifie qu’ils échappent au système dans lequel.. Leur unité n’est pas l’unité d’une dualité comme l’être diffère de soi sans différer. d’un arrimage des structures dans lesquelles l’être mène son train ..201. Autrement qu’être ou au-delà de l’essence. tout lieu – en sautant.U. nouée au corps.181. à l’intelligibilité du système ou de la totalité qui n’est rien d’autre que la manifestation de l’être à lui-même pour autant que l’être est temporel. 136. qui s’abîme dans le nulle part : « Le saut. Ibid. p..07/06/2012 04h41. qu’en abandonnant tout sol.cairn. accordés cependant préalablement à la thématisation. rivée. où l’un est simultané de l’autre . au sens spatial du terme. aucun topos logique pour former un ensemble.. p.. âme et corps se produisent en plusieurs temps qui ne peuvent se rassembler dans la présence..201. précise Lévinas. . le temps privilégié de la vérité et de l’être – de l’être en vérité – est la contemporanéité même et la manifestation de l’être est représentation » (ibid. sauf à le redoubler parce qu’il est déjà fait.info ..U. L’âme est donc unie. op.07/06/2012 04h41.181.124 . Le dualisme devient ainsi un phénomène unique. Ibid. c’est-à-dire de leur co-présence : le présent.. Âme et corps sont séparés par un écart que la pensée au service du système ne saurait réduire.info . »5. p. © P.. une exception à l’ordre de l’être – et l’exception.132. © P. 5. Par là ce n’est pas seulement la synopsie de la présence qui se trouve à jamais altérée. Document téléchargé depuis www..308 Rodolphe Calin 1. au contraire. n’ayant pas d’espace commun pour se toucher.132. 88. de leur simultanéité. et [dont] cependant [l’]inquiétude n’est pas scission dialectique..

3.124 . p. corporéité et subjectivité chez Lévinas 309 1.. s’oublie le poids du corps ? Transcender. déjà souligner à partir de ce qui précède que la sensibilité est bien le lieu d’une libération du sujet. à la déréalisation du soi. déploie sa propre pensée du corps à partir d’une audacieuse lecture de Husserl – écrit à propos de Husserl : « Il aperçoit au fond de la sensation une corporéité c’est-à-dire une libération du sujet à l’égard de sa pétrification même de sujet.132.info . une marche. De l’existence à l’existant. Si sentir c’est être pris dans l’autre et être pris dans l’autre transcender. comme nous le rappelions plus haut. à l’encontre de l’existence ex-tatique du Dasein. cit.cairn. parce que seul un autre qui ne s’égale pas au même peut conduire le même vers l’autre. récusant d’emblée la transcendance de l’être. op..07/06/2012 04h41. de l’être-au-monde. c’est-à-dire du poids de l’être. à bien des égards. est-ce simplement s’alléger du poids de l’existence ? Le corps cesse-t-il ici d’être le corps de la responsabi- Document téléchargé depuis www. cit.U. En effet. © P.132. p.181. la destruction impossible de cette présence.07/06/2012 04h41. transcendance dont le nom est l’incarnation même. dans les dernières pages de De l’existence à l’existant. mais donne au soi de se libérer de soi et d’être toujours au-delà de ce qui le présente – de n’être pas phénomène : c’est pourquoi Lévinas – qui. 4. »2 Tel est le sens véritable de la transcendance. ou encore celle de l’objet. ce qui est la même chose. © P. Ibid. après avoir décrit. Ibid. la stance de l’existant.info . La transcendance est subjective..cairn. mais le dénouement du nœud qui se noue en elle »4. Est-ce à dire cependant que.. p. avant d’aller plus loin. se libérer du poids de la présence à soi ne vise pas « . Lévinas commence dans l’immanence. p. À un “certain moment” le sauteur n’est véritablement nulle part. En découvrant l’existence avec Husserl et Heidegger. le débarrasser de son ombre.. La transcendance est subjective – et c’est pourquoi elle doit être radicale. autre chose que ce retour. et souligné en même temps ses paradoxes : « C’est dans l’eros que la transcendance peut être pensée d’une manière radicale.181. c’est pour entendre la transcendance en son sens le plus radical : aussi écrit-il. alors la subjectivité corporelle se libère de soi. 2. 142...F.201. 162.. . apporter au moi pris dans l’être. une liberté qui défait la structure. 159. Document téléchargé depuis www.Le corps de la responsabilité. 164. si. mais encore parce que cet au-delà ou cet ailleurs qu’en soi est pour la subjectivité une nouvelle manière de s’accomplir : en effet. »1 On peut alors. retournant fatalement à soi. dans la transcendance de l’incarnation.U. le conduire ailleurs qu’en soi – lui offrir les ressources d’un ailleurs qui lui permet d’être soi sans s’encombrer de soi.124 . Sensibilité. Être pris dans l’autre ne revient plus à la pétrification du moi en soi ou.F. aucune discontinuité ne se produit.. et retenons ce que signifie transcender : aller vers l’autre c’est se libérer de soi. op. Le saut de la transcendance qui va de l’âme au corps est absolu. »3 Laissons pour le moment de côté autrui qui marque ici le lieu où s’accomplit la transcendance. ainsi que nous l’avons montré.201.. la transcendance comme libération. non seulement parce qu’elle se dit relativement à la subjectivité qu’il s’agit de conduire au-delà d’elle-même.

op.. il faut donc que cette conjonction se montre à même la sensibilité.info . le corps est pour Husserl le pouvoir de la volonté. dans Autrement qu’être ou au-delà de l’essence. p.. .. »6. l’identité d’un corps s’exposant à l’autre. cit. appréhension – noue le nœud de l’incarnation dans une intrigue plus large que l’aperception de soi . il fallait exclure tout pouvoir de la corporéité. Autrement qu’être ou au-delà de l’essence. d’une part..201. © P.F. En découvrant l’existence avec Husserl et Heidegger. pure responsabilité passive pour autrui. lité ? Ce serait méconnaître le sens véritable de la transcendance pour Lévinas. il fallait ne pas pouvoir assigner de terme à l’altérité du corps..201.. op. qui est tout à la fois libération et pesanteur : « . cit. en vient maintenant à signifier la Document téléchargé depuis www. peut-elle encore signifier la transcendance comme libération. Si l’incarnation se produit dans la sensation. 4. c’est-à-dire en fin de compte à même la transcendance de l’incarnation. 96. où l’accent est mis davantage sur la relation passive au donné – au point de donner lieu à une passivité plus passive que la simple réceptivité d’un donné –. Autrement qu’être ou au-delà de l’essence. « .U. p.. Document téléchargé depuis www. que l’au-delà ou la libération soit le support d’une charge écrasante – est certes étonnant. que nous avons déjà rencontrée sous les figures d’un moi encombré de son corps – responsable de soi – ou contesté dans son identité par l’élémental. (. 3. ».) le mouvoir lui-même »2 – et ce mouvoir. C’est cet étonnement qui a été l’objet du livre ici proposé. Comme si. la « façon même dont le sentant sent le senti »3 –.cairn. En découvrant l’existence avec Husserl et Heidegger..info .) Le corps n’est pas un accident arrivé à une contemplation déchue de l’Empyrée. cit..132.181. sous peine de réintroduire en lui l’identité de la conscience.181. Ibid. mais l’organe d’une contemplation réellement libre se muant en pouvoir... c’est-àdire à l’étranger – elle renvoie au fait de porter et de supporter l’autre. « l’organe d’une contemplation réellement libre se muant en pouvoir » pour être l’organe « de la transcendance par excellence »7.132. »1 Mais si la transcendance est tout à la fois libération et pesanteur. © P.. vulnérabilité. p. 6.07/06/2012 04h41...07/06/2012 04h41. 87. Plus précisément. dès lors que « la sensation est (. si dans les lectures de Husserl où elle est esquissée. p... « Le saut de la transcendance qui va de l’âme au corps »5 va donc en réalité jusqu’à « . cit.. il faut d’abord montrer comment celle-ci inclut une référence à autrui. 5. op. p. de la transcendance par excellence. d’autre part. p.. Autrement qu’être ou au-delà de l’essence. op.F. et si par ailleurs elle est sensible. elle signifie la passivité d’un assujettissement à l’autre. 7.. cit. 160. que dans la respiration je m’ouvre déjà à ma sujétion à tout l’autre invisible . Mais en quoi une corporéité qui est pure passivité. En découvrant l’existence avec Husserl et Heidegger..124 .. 140. 2. la transcendance de l’incarnation s’entend. il faut montrer comment la passivité du sensible.. que le corps cessât d’être « le pouvoir de la volonté ». comme marche libératrice. De fait.cairn. p. op. Comme si.. intrigue où je suis noué aux autres avant d’être noué à mon corps »4.U. comme marche qui défait la structure ? En quoi la sujétion est-elle libératrice ? Il faut penser la libération à même la passivité du sentir. 142. 228. cit.310 Rodolphe Calin 1.. se faisant “pour l’autre”. ne pas pouvoir dire où il commence ni où il finit.124 . 141-142.. op. « Le sensible – maternité.

conscience parce qu’ouverture – le toucher est contact et proximité. Il est obsession du sentant par le senti. Dans cette chute des choses sur nous. dans la mesure où ce qui porte le sujet ne lui fait pas vis-à-vis. cit. Des fissures lézardent de tous côtés la continuité de l’univers.07/06/2012 04h41. p. 5. ne lui permet pas de prendre distance. op.. © P. la noèse même laquelle devait. gestation de l’autre dans le même »1. op. d’en prendre conscience et connaissance. Sensibilité.F. C’est ici l’épreuve du toucher. de la matière qui pèse et qui encombre6. 3. 96-97. et donc impossibilité de se tenir à distance du tangible et par là même. cit. et en appelle ainsi davantage au toucher qu’à la vue : « Dans la peinture contemporaine. échappe à l’expérience et à la connaissance. 2. 228. délivré de toute forme et de toute quiddité – « la connaissance retourne à la proximité. À la différence de la vision qui est ouverture et conscience. Ibid. paradoxalement « est une lutte avec la vision » (De l’existence à l’existant. dans un mouvement régressif... sans qu’il y ait transition des uns aux autres.181. à l’origine.. des triangles.132.info . la description trouve le prochain portant la trace d’un retrait qui l’ordonne visage. Autrement qu’être ou au-delà de l’essence. 227.. des blocs. op. simples et absolus. 90). ce qui assiège le sentant.201. p. s’arrachent et se jettent sur nous des choses comme des morceaux qui s’imposent par eux-mêmes. cit. des cubes.. p.181. op.. de la conscience sur le phénomène »3 et qui. pour cette raison. En découvrant l’existence avec Husserl et Heidegger. ressaisir comme origine du sens prêté – l’intuition sensible – est déjà sur le mode de l’appréhension et de l’obsession. corporéité et subjectivité chez Lévinas 311 1.F. contact qui n’est pas connaissance de la base – mais le fait de s’appuyer sur la terre qui n’est pas encore connaissance de ce sur quoi l’on s’appuie. Une telle description du toucher. 90-91). Le toucher est maintenant pensé comme pure approche et proximité. Le particulier ressort dans sa nudité d’être. En découvrant l’existence avec Husserl et Heidegger. L’événement de la position est celui du contact avec la terre.. Lévinas aura toujours compris le corps et le sensible à partir du toucher. cit. »2 À vrai dire.info . p.132.. des plans.124 . jusqu’à prendre sur soi le poids du non-moi . que Lévinas développe surtout dans Autrement qu’être ou au-delà de l’essence.Le corps de la responsabilité. assiégée par le senti qui défait son apparoir noématique pour commander. (. »4 Le toucher est l’épreuve du proche qui obsède. Éléments nus. cit. © P.. pour accueillir ce qui survient. Autrement qu’être ou au-delà de l’essence. p.cairn. . 6.. p.cairn. Mais la proximité du toucher..124 . c’est-àdire annulation de la distance dans laquelle s’insère le regard de l’intention. c’est-à-dire épreuve du sensible pur. « L’intentionalité – la noèse – que la philosophie de la conscience distinguerait dans le sentir et qu’elle voudrait. les objets affirment leur puissance d’objets matériels et atteignent comme au paroxysme de leur matérialité » (ibid. les choses n’importent plus en tant qu’éléments d’un ordre universel que le regard se donne dans une perspective. au sensible pur »5 –. Document téléchargé depuis www. d’altérité non thématisable. l’étreinte du sentant par le Document téléchargé depuis www. pure exposition à autrui allant jusqu’à la substitution. p. 4. permet sans doute de retrouver l’épreuve de la matérialité du sensible que De l’existence à l’existant décrivait à partir de l’art moderne : ainsi de la peinture moderne qui. Le tangible est obsessor.) À un espace sans horizon. lui prêter un sens..U. 95. c’est-à-dire relation entre le sentant et le senti qui se produit « bien au-dessous de l’ouverture du sentant sur le senti.07/06/2012 04h41. boursouflures ou abcès de l’être. 155. comment le poids du corps signifie « maternité.201. pensé comme approche et proximité. op.U. qui permet de le comprendre : « Partant de l’approche.

n’avait avec moi rien de commun »5.124 . senti. En découvrant l’existence avec Husserl et Heidegger. à quoi touche-t-il ? Qu’est-ce qu’un corps touché par le prochain ? Si la corporéité se produit dans la sensation. cit.info . p. © P.07/06/2012 04h41. les choses obsèdent. 109.F. »7 C’est par l’autre qui les a tenues. La caresse est l’unité du proche et du lointain.. La caresse est le ne pas coïncider du contact. c’est le prochain. 114)... de leur forme.cairn.cairn.. toujours déjà autre. au premier chef. vides de leurs attributs. qui est le mode privilégié du toucher.124 . p.. un sens emprunté »2.U. Autrement qu’être ou au-delà de l’essence. privées du monde où elles s’articulent les unes aux autres. langueur quérant encore. cit. 102. 8. cit.181. une peau allant sous l’autre peau »3 – et ne l’est donc jamais assez. p.. »4 et que. une dénudation jamais assez nue » (Autrement qu’être ou au-delà de l’essence. Document téléchargé depuis www. se rétrécissant entre deux points ou deux secteurs de l’espace » et n’aurait ainsi qu’ « un sens relatif et. La sensibilité comme proximité est obsession même par le prochain. le contact est obsession par la trace d’une peau. le mouvement même de leur approche sans laquelle la proximité ne serait qu’ « une certaine mesure de l’intervalle. comme si le touché s’éloignant. dans la caresse. traversées. Ibid... Autrement qu’être ou au-delà de l’essence. Ibid. op. au Document téléchargé depuis www. op. © P.F. 2. en deçà du savoir portant sur elles ? « C’est en tant que possédées par le prochain – et non pas en tant que revêtues d’attributs culturels – c’est en tant que relique que. p.. Il touche donc au cœur. le touchant et le touché se séparent. 5. comme si la peau était la trace de son propre retrait.U. « dans le contact même.312 Rodolphe Calin 1.132. de sorte qu’à la fois la « proximité [est] plus étroite – plus constringente – que la contiguïté. du sans distance et de l’absence. « . dans l’espace inhabité de la géométrie euclidienne. Présence plus forte que toute présence représentée. À quoi la proximité des êtres tient-elle ? Par quoi les choses se tiennentelles dans la proximité.181. C’est ce dont témoigne la caresse1. ne se fige pas en contiguïté compacte du sentant et du senti. est recherché comme s’il n’était pas là. 3. ce qui. p. op. comment s’accomplit-elle dès lors que celle-ci est obsession par le prochain ? Le prochain me touche sans la médiation d’une peau – dans la mesure où la proximité est plus étroite que la contiguïté. 4.132.. 227.. absence qu’aucune représentation ne peut ramener à la présence.201. se fait de plus en plus proche – « comme si la tangence admettait une gradation. p. 95. les laissant ainsi désolées. par la trace d’un visage invisible que portent les choses et que seule la reproduction fixe en idole. Au-delà de la surface “minérale” de la chose. Ibid.. la manière dont les choses me touchent. cit. ce qui est là. parce qu’elle est l’obsession du proche en tant qu’il s’approche. qui a passé en elles. Le toucher est oppression et éclatement. 96. signifient les unes par rapport aux autres – c’est par l’autre qui est on ne peut plus présent en elles de n’y laisser plus luire désormais que la trace de son passage. op. 6.. jusqu’au contact par les entrailles.07/06/2012 04h41. on ne peut plus. Le proche par excellence. . cependant est.. en deçà de « l’ouverture sur la quiddité palpable de l’être touché »6. là. 7.info .201.. Mais si c’est le prochain qui me touche quand les choses me touchent. comme une absence. que les choses sont proches. p.

. la plus susceptible d’être émue.201. voir J. le poids du corps ne s’accuse pas par son repos sur soi ou son repli en soi.. l’Étranger que “je n’ai ni conçu ni enfanté” je l’ai déjà sur les bras. « l’avoir à charge. Autrement qu’être ou au-delà de l’essence. Paris. p. s’accable en même temps de ce poids.07/06/2012 04h41.U. p. l’absolument autre.. de réagir. Sur la symbolique du ventre et des entrailles. Et l’on se souviendra ici de la définition de l’émotion dans De l’existence à l’existant : « L’émotion est ce qui bouleverse. 47... elle l’empêche de se ramasser. mais aussi la plus fragile et la plus exposée. 3. 2. tout le paradoxe d’un corps libéré de son propre poids d’être et qui en même temps pèse le poids le plus lourd. mais la subjectivité du sujet en question . plus intime du corps : aux entrailles. puisqu’il devient porteur de l’univers. se ramasse dans l’ici.cairn. op.-L. 181. 1982. Mais les entrailles sont aussi le lieu de la gestation. déjà je le porte. Humanisme de l’autre homme. cit. vulnérabilité allant jusqu’à la maternité. cit. accable de son poids le lieu qui le supporte et lui offre un refuge. PUF.132..181..F. Elles sont la partie du corps la plus intime. “dans mon sein comme le nourricier porte le nourrisson”.07/06/2012 04h41. ce sont les entrailles. 121. De l’existence à l’existant. Autrement dit. le supporter »4 : « Dans la proximité. c’est le corps propre touché par l’autre jusqu’aux entrailles. en tant qu’il porte et supporte l’autre . La tradition chrétienne du Cantique des cantiques. 2005. le Même infiniment référé dans son identité la plus intime à l’Autre »3.. le souffrir par l’autre allant jusqu’au souffrir pour l’autre.. l’éclatement des limites de l’identité : « . c’est-à-dire la plus sensible. si « l’ipséité est gracieuse. 7. p. p. op. Dans la sensibilité comme vulnérabilité et maternité. Il faut cependant préciser que si le moi est libre à l’égard de l’être et de son identité – léger en ce sens –. 4. p. dès lors.. par sa substantialité. © P. d’être quelqu’un.Le corps de la responsabilité. © P. p. dans le virement de la liberté de sa position en responsabilité.181. Vrin. 115-116. allégée des lourdeurs égoïstes »7 – il est en même temps assigné à une identité nouvelle8 : il est en soi. 5. « Le sujet dans la responsabilité s’aliène dans le tréfonds de son identité d’une aliénation qui ne vide pas le Même de son identité. Pour Lévinas. 1994..132. De Dieu qui vient à l’idée. »5 Le corps est le lieu où l’autre pèse. p. Sensibilité.info . Paris. op. d’une assignation irrécusable. selon la formule biblique. de la maternité.. Le Livre de poche.124 . bouleversée1. (. p.F. 6. la blessure du propre.. Document téléchargé depuis www.) L’émotion met non point l’existence. rivé à soi. Être touché par l’autre jusqu’aux entrailles c’est le porter. la partie du corps qui en délivre le mieux l’essence..U. Document téléchargé depuis www.info . Paris..124 . »2 Les entrailles touchées par l’autre disent ainsi l’exposition de l’intime. Symbolique du corps.cairn. s’y astreint comme personne où personne ne saurait le remplacer » (Autrement qu’être ou au-delà de l’essence.201. mais l’y astreint. Ibid. dès lors que l’incarnation se produit dans la sensibilité pensée comme proximité et vulnérabilité. Chrétien. 105. toute la gravité du corps extirpé de son conatus essendi dans la possibilité du donner »6. c’est à nouveau la gravité du corps qui s’accuse. Le corps pèse en tant qu’un autre pèse sur lui. cit. Totalité et Infini.. cit. 278. en tant qu’il se vide de sa substantialité et de ce fait cesse d’être un poids pour lui-même : ici se montre « . corporéité et subjectivité chez Lévinas 313 1. 8. Seulement le corps ne pèse plus en tant qu’il se pose. et. 227. 180). op.

un délire surprenant l’origine. mais m’exalte et m’élève et. elle ne se lit pas comme retournement ou virement de la liberté du commencement en destin..07/06/2012 04h41. 122. à l’égard d’une autre liberté. op. à travers ces deux manières d’envisager la passivité de l’origine.F. . comme l’écrit ici Lévinas. Cette inspiration peut s’entendre de plusieurs manières. Paris. p. parce que le moi responsable. p. plus passive que toute passivité. C’est de cette manière.. 4.201. p. Mais pour être radicalement passive. cit. Que la responsabilité pour autrui soit bien le lieu de la libération du moi. « la proximité du prochain dans son traumatisme ne me heurte pas seulement. le Soi-même échappe à la passivité ou à la limitation inévitable que subissent les termes dans la relation : dans la relation incomparable de la responsabilité. © P. p. 133. Du sacré au saint. c’est parce qu’elle est en est toujours déjà déprise par l’autre.info . op. Peut-être faut-il comprendre. 1993. c’est-à-dire à l’égard d’un autre que je n’ai pas posé ou dont je ne peux rendre compte à partir de moi-même.124 . un déséquilibre. se levant plus tôt que l’origine. 200. Autrement qu’être ou au-delà de l’essence. au sens littéral du terme. et d’abord. Paris.201. antérieur (. mais aussi une inspiration du moi par l’autre. Humanisme de l’autre homme. 146. mais comme passivité de l’origine à l’égard de l’autre .181. »4 Le soi échappe à la limitation. la mort et le temps. Dieu. que l’éthique rattache le corps et la responsabilité.181. 1977. 2.. p.124 . l’autre ne limite plus le même.132. dans la mesure où elle est passivité à l’égard d’autrui. mais comme « l’obsession [qui] traverse la conscience à contrecourant et s’inscrit en elle comme étrangère pour signifier une hétéronomie.) au commencement.. il associe la miséricorde à l’utérus : « Nous pensons au terme biblique “Rakhamin” que l’on traduit par miséricorde mais qui contient une référence au mot “Rekhem” – utérus : il s’agit d’une miséricorde qui est comme une émotion d’entrailles maternelles.U.314 Rodolphe Calin 1. c’est moi et pas un autre. Cinq nouvelles lectures talmudiques.cairn.. © P. mais nous conduit à une signification nouvelle de l’en soi.cairn. se produisant avant toute lueur de conscience »3.U.132. 5. justement pour cette même raison qu’elle est passive à l’égard d’autrui : « Au bout de la passivité.. Minuit. elle doit l’être au sens littéral. Ibid. et en faisant du corps le « porteur et supporteur »1 de l’autre. même s’il s’agit d’un en soi libre de toute référence à la substantialité. Le passage d’une subjectivation ontologique à une subjectivation éthique n’est pas exactement celui de l’en soi au pour l’autre. que si l’origine n’a à l’égard d’elle-même aucun pouvoir. Document téléchargé depuis www.. à la faveur de l’étymologie. il est supporté par ce qu’il limite. parce que la responsabilité est le principe de mon individuation : elle m’invite à faire ce que je suis seul à pouvoir faire. cit. la responsabilité pour autrui n’est pas synonyme de non-liberté.. En effet. Grasset. en pensant la sensibilité comme maternité. 160.F.07/06/2012 04h41. C’est ce lien que scelle Lévinas lorsque..info . cela tient au fait qu’elle est une élection . m’inspire »5. 3. c’est-à-dire au sens où elle constitue « le pneuma Document téléchargé depuis www. »2 Cependant la responsabilité ne s’entend plus maintenant comme passivité à l’égard de soi de l’origine.

. Ibid.124 . Sensibilité. c’est le réveil toujours recommençant dans la veille elle-même . Document téléchargé depuis www. insufflation du moi par l’autre : « La transcendance dans l’immanence.132.U.. et qui..cairn. © P.F. comme « âme dans l’âme ». De Dieu qui vient à l’idée. Minuit. . cit. même du psychisme »1. mais l’empêchant de coïncider avec elle-même et la vouant dans ce qu’elle a de plus intime à l’Autre –.. p.) la respiration est transcendance en guise de dé-claustration »3. 230. une marche à l’Infini comme le poète Gas- Document téléchargé depuis www. Ibid. 140. Ainsi comprise.. s’emmure dans l’être »2 – c’est l’autre qui me donne souffle. 228.. 7. cit. la responsabilité comme inspiration permet de penser la libération du moi. qui m’assiège et m’accable dans la proximité.. p. « pénétration dans cet autre que soi (.Le corps de la responsabilité. © P. en ce sens. que j’ai sur les bras et que je porte en moi est en même temps. mais qui est portée par elle.F. 8.info . l’autre qui est « on ne peut plus là »6. Autrement qu’être ou au-delà de l’essence. tel est. 142. 2. dans la mesure où l’autre qui me touche jusqu’aux entrailles m’anime.info . cit. comme marche qui défait la structure. Et cette libération est bien à décrire comme marche libératrice. Ibid. En découvrant l’existence avec Husserl et Heidegger. p. est porté et transporté par l’autre. Porter l’autre en étant porté et transporté par lui.cairn. du mouvement et de la marche chez Husserl. l’étrange structure (ou la profondeur) du psychique comme âme dans l’âme.181..07/06/2012 04h41. Cf. À l’heure des nations. L’autre dans le même se lit non seulement comme transcendance du corps par rapport à l’âme. qui m’anime. Paris. c’est encore poursuivre ce qui déjà est présent.07/06/2012 04h41. p. ne pèse pas. 229. corporéité et subjectivité chez Lévinas 315 1. »7 La relation éthique à l’autre. op.181.. l’autre que je cherche encore : « Approcher Autrui.132. p. et ainsi me libère : « ouverture de soi à l’autre (. 114. 6.201.. pour Lévinas. p. 47. 4.124 . La responsabilité pour autrui est une marche. Ibid. 3..) transitivité » qui interdit au moi de rester « en soimême pour absorber tout autre dans la représentation »8 – pénétration dans l’autre selon laquelle Lévinas décrivait l’intentionnalité non objectivante de la kinesthèse. op. souffle insufflé par autrui.201. c’est aussi se porter jusqu’à lui . mais qui est en même temps l’autre sans la proximité duquel « tout s’absorbe. chercher encore ce que l’on a trouvé.. en vertu de la proximité qui est l’unité du proche et du lointain. mais aussi. s’enlise. 1988. ne pas pouvoir être quitte envers le prochain. op. p. est aussi à décrire comme mouvement du Même vers ou dans l’Autre. Peut-être est-ce là l’épreuve même de la maternité. 5. le Même infiniment référé dans son identité la plus intime à l’Autre.. »4 Que la responsabilité soit inspiration signifie également que porter l’autre c’est aussi être porté par l’autre – être porté par ce que l’on porte. qui se décrit par la structure – défaisant toute structure – de l’Autre dans le Même.U. à condition toutefois de l’entendre d’une liberté qui n’est pas le principe ou le présupposé de la responsabilité. C’est l’autre.. comme transcendance dans l’immanence – non pas comprise en elle. le sens même de l’inspiration5. la gravité d’un corps qui ne se concentre pas sur soi mais sur l’autre qu’il porte.

ne pas avoir le temps pour se retourner. Humanisme de l’autre homme. »2 Rodolphe CALIN.F. p. © P. ne pas avoir de cachette d’intériorité où l’on rentre en soi.316 Rodolphe Calin ton Miron parlait d’une « marche à l’amour » – « la tête la première pour ne plus revenir »1 –. est une impossibilité d’arrêter sa marche en avant.. Sarcelles. © P. littéralement.07/06/2012 04h41.181.132. une marche à l’Infini qui d’ailleurs est aussi une marche à l’amour : « Le Moi. 2. impossibilité de déserter son poste selon l’expression de Platon dans le Phédon : c’est. op.07/06/2012 04h41. marcher en avant sans égard pour soi..181.U.132.info . Gaston Miron. . Montréal.201.201.124 . 1993.-J. Document téléchargé depuis www. 1. Rousseau..U. cit. Lycée J. L’homme rapaillé...124 . 54. Document téléchargé depuis www.cairn.info . 60. Typo.cairn. en relation avec l’Infini. p.F. ne pas pouvoir se dérober à la responsabilité.