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BULLETIN

Causeries,

J.

T ar

DE

Écrits,

L’ÉTOILE

Poésies,

K R I S H N A M U R T I

SOM M AIRE

6 (Nouvelle série)

N O V E M B R E -D E C E M B R E

1932

B

u l l e t in

d e

l ’E

t o il e

163

C

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20 3

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20 8

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161

J E maintiens que la Vérité, la V ie éternelle, demeure ca­

chée dans tout être humain, mais qu'elle est recouverte

par la conscience de soi. D a n s sa plénitude, il ne peut

exister de dualité;

la dualité surgit seulement de la conscience

de soi. L 'action pure a sa source dans la plénitude; mais le bien et le mal, et tous les opposés, naissent de l'illusion de la conscience de soi. D ans la réalisation de la V érité, le temps n'existe pas; le temps surgit de la conscience de soi. L ’idée du progrès surgit de la conscience de soi, du progrès en tant q u ’action dans la durée. O n ne peut pas réaliser la Vérité par un per­ fectionnement dans le temps. L a V érité n'évolue pas, elle

n'est pas circonscrite par le temps. L ’illusion peut progresser, mais pas la Vie. L'illusion, même glorifiée et rendue parfaite

à

nitude est éternelle, ce qui ne veut pas dire qu'elle se prolonge indéfiniment dans le temps. Elle se renouvelle sans cesse elle- même, elle est sa propre essence. A u delà de cette plénitude, il n ’y a rien de plus; elle est absolue, bien qu'elle ne soit pas une finalité. E n vivant dans le temps, ce qui est un incessant

devenir, vous attribuez le progrès à la V é rité ; mais la Vérité ne peut être réalisée que lorsqu'on est libéré du devenir.

un point extrême, ne comprendra jamais la Vérité. L a plé­

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L a plénitude est l'harmonie de l'esprit et du cœur. L a

pensée doit être entièrement déchargée du fardeau des idées, de la volonté et de l’imagination, car tout cela appartient

à la conscience de soi. L e centre du soi crée sans cesse sa

propre inharmonie, et tant qu'existe ce centre on ne peut atteindre cette harmonie dont je parle. Pour dissoudre le centre du soi, on doit devenir pleinement responsable de ses actions; ainsi seulement, à travers la flamme de la conscience de soi, réalise-t-on la Vérité, l'harm onie de la V ie. L 'am our est sa propre éternité, et tant que l’auire, l ’objet, existe, il y a douleur et solitude.

Vous vous imaginez qu'en amassant de l'expérience on acquiert la compréhension. Vous pensez que la multiplication des expériences dans le temps vous conférera la plénitude de la compréhension. P o u r moi, c’est exactement le contraire. C e qui vous donnera l’entendement, la réalisation de la plé­ nitude, c ’est la compréhension de la pleine signification de l’action en tant qu ’expérience dans le présent. Cette floraison de la compréhension, qui est au delà du temps et au delà des limitations, est enveloppée de pensée et d'émotion. V ous ne pouvez la réaliser qu'à travers votre pensée et votre émo­ tion, et non pas en les fuyant. Limités par la conscience de soi, vous séparez la Vérité de vos actions quotidiennes; vous pensez que cette R éalité doit aller se chercher dans un autre plan de l’existence, en dehors de vous-mêmes. M ais vous ne

pouvez pas séparer la fleur de son parfum . C ’est par l’intensité de la conscience de soi — celle-ci étant l’individualité, l'égo

c ’est en devenant pleinement plénitude.

responsable

qu'on

réalise

la

T a n t

que

l'action

surgit de

l'irresponsabilité,

il ne

peut

ja ­

ni la flamme intense de la conscience

de soi, à travers laquelle, seule, se trouve la totalité. P o u r briser cette limitation de l'irresponsabilité, il n ’est pas néces­

saire

mais exister d'harm onie,

d'examiner

le

passé.

Exam iner

ce

qui

s'est

passé

hier,

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n'a aucune valeur. Devenez plutôt pleinement conscients de vos actions dans le présent. Dans la libération de la conscience réside la vraie spontanéité. L a plupart des gens sont irresponsables parce qu'ils se laissent emporter par leurs sensations. Ils sont esclaves de leurs émotions, et ne font que vivre dans ce cercle d'esclavage. N 'é ta n t pas parvenus à la conscience de soi, et étant par con­ séquent irresponsables, leurs actions ne les libèrent pas. Cette action-là est celle qui conduit à l’ignorance. En devenant conscient, recueilli, responsable, on brise les limitations qui retiennent dans le cercle de l'ignorance. O n ne peut pas recouvrir et cacher la douleur, ni se complaire dans la joie, car ces deux émotions sont passagères. P a r la conscience de soi on met à nu les sources secrètes du désir. L a douleur doit exister tant qu ’existe la conscience de soi, et si on la recouvre par le sentiment de sécurité, par l ’irres­ ponsabilité, on ne fait que s'enchaîner à l’ignorance.

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