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Lettre sur Heidegger àM. Daniel Halévy Author(s): R. Bespaloff Source: Revue Philosophique de la France

Lettre sur Heidegger àM. Daniel Halévy Author(s): R. Bespaloff

Source: Revue Philosophique de la France et de l'Étranger, T. 116 (JUILLET A DÉCEMBRE 1933),

pp. 321-339 Published by: Presses Universitaires de France

Stable URL: http://www.jstor.org/stable/41084044 .

Accessed: 31/07/2013 05:40

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Lettresur Heidegger à M. Daniel Halévy1

Monsieur,

Vous me demandezde vous racontermon aventureavec

Heidegger. Il fautvous obéir.Mais quelle

on doit

etcomment espérerque j'en viendraià

essayer de traduire Heidegger :

par exemple,

lation?Ce n'est

que l'Êtreest déjà découvert,qu'il est accessible,visible, éclairé

{gelichtet),qu'il

conceptuel,qu'à

variables, nousenavons intelligence. « Seinkann unbegriff en sein,

entreprisepérilleuse,

On

peut,

bout?

hélas!il estintraduisible. Prenez,

le mot « Erschlossenheit» : dévoilement, révé-

pas cela. « Erschlossenheitdes Seins» signifie

se donne à nous antérieurementà tout acte des degrés différentset dans des proportions

aber es ist nie

völlig

unverstanden.» Le mot « Erschlossenheit »,

à lui seul,

la lumièredans laquellebaigne l'Être.C'estdansla non-dissimu-

lationde l'Être

vérité primordiale, la

dansle vrai» : « Daseinistin Wahrheit.»

nouslaisseentendre que la véritén'estriend'autre que

{Die Unverborgenheit des Seins) que

résidela

possibilitépour l'Existencehumained' « être

Ou encore, commenttraduisez-vous« Verschlossenheit»? Direz-

vous que l'Êtreest voilé,obscur,inaccessible,qu'il

refuse,qu'il

l'Existence humaine,simultanément, estdansla véritéet dansle

mensonge,que

voyance,affligée de cécité?(Zur Faktizitätdes Daseins gehören

sedérobeetse

intégrité,que

nous est interditde le saisirdansson

devantl'Être,elle est à la foisdouée de clair-

pourtant, est

impliqué dans « Verschlossenheit». Comprenonsque l'Être est

Verschlossenheitund Verdecktheit). Tout ceci,

i. Jecrois devoir préciserque cette lettrea été écrite eu septembre 1932.

21 Vol.

116

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REVUE PHILOSOPHIQUE

insaisissable parcequ'au cœurde l'Existence, il y a un défaut, une

lacune,

elle ne l'a pas choisi: il lui a

« Seiendist das Dasein Geworfenes, nichtvonihmselbstin sein

Dagebracht. » 11 y

istnieexistentvorseinem Grunde, sondern je nuraus ihmundals

dieser.» L'Existenceassumele

estson propre fondement, maiselle ne Ta pas posé.

combler: c'est la

«

par

jetée dans l'Être,

unenullité originelle. L'Existencea été

été transmis, livré (überantwortet).

a cette« honte» à son origine. « Das Dasein

fardeaude l'Être: en existant, elle

peut

Cettefissure

où s'introduitle néant, rien ne la

néant

pour une négation vide. Chez Heidegger, au contraire, le néant

« est quelque

Geworfenheit desDaseins». Maisn'allons pas prendre ce

chose ». « Ist es dennso selbstverständlichdass ein

das nichtige Grundsein

plus souvent, nous pouvons,

l'Existenceest à la fois etdansl'erreur - « Ver-

Erschlossenheit.

fois,changeons de préfixe :

jedes

Nichtein Negativum imSinneeines Mangels bedeutet.» La

l'ignorer : c'est pourquoi

faute originelle de l'Existence, c'estd'être«

einer Nichtigkeit ». Cettefaute, le

nousvoulons

dans la vérité - « Erschlossenheit» -

schlossenheit». Mais encoreune

Verschlossenheit - Entschlossenheit. Esprit de décision,courage

résolu?C'est sec, cela

L' « Entschlossenheit» estl'effort difficile, souvent périlleux,qu'il

faut accomplirpour s'arracherau mensongeoriginel. « Die Wahr- heit» (Entdecktheit) mussdemSeiendenimmererst abgerungen

werden.Das Seiendewirdder

Entdeckt-

heitist gleischsam immereinRaub.

disputer aux apparences, lui

fautunedécision courageuse : voilàce qu'est

Mêmece qui est

vrir,dese

Entdeckte gegen denSchein zueignen. »

manque de grandeur, de tension, de poids.

Verborgenheit entrissen

» Dévoiler l'existant, c'estle

extorquer, lui ravirsonsecret.11

y

1'«Entschlossenheit».

importe de le redécou-

déjà découvert,offert, il

l'approprier. «Das Daseinmuss wesenhaft dasauchschon

Mais toutd'abord,YEntschlossenheit, c'est la volonté-d'avoir-

consciencede notreintimenéant: « Gewissen-haben-wollen».

Et nous voici revenusà notre

d'avoirconsciencedu néantde l'Existence est, en tant que com-

préhension de soi-même, un

moins important

point de départ : cettevolonté

aspect - et nonle moins grave, le

-

de YErschlossenheitdesDaseins.

Toutceci pour trois préfixes

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LETTRE SUR HEIDEGGERA M. DANIELHALÉVY 323

Essayons maintenantde cerner, de très loin, la signification du mot« Welt» chez

Heidegger.

La

poignantegrandeur de ce philosophe, c'est que d'em-blée,

inégalée, il se situedans l'inextricable; il ne

avec une audace

feint pas de trancherle nœudde l'Existence, il nousen révèlela

complexité. Sa conception du monde respecte cet irrémédiable enchevêtrement.

« nature », n'est pas davan-

tage o. représentation » : c'estun

tence.Dans

« Transcendenzbedeutet Überstieg. » GommenttraduireÜber-

stieg! Dépassement ? C'est

d'un

transcendanceatteint toujours unetotalité quipeut n'avoir pas été

appréhendée dans sa

sommede toutl'existant.Elle ne pose pas la chose-en-soi, elle

estTÉtre-dans-le-Monde: « das In-der-Welt-sein».

Ce que l'Existence transcende, ce n'est pas seulementl'existant

Le monde, chez Heidegger, n'est pas

caractère ontologique de l'Exis-

transcendance.

l'apparition du mondese manifestela

enjamber, d'unabîmeà

cohérencemais

qui

insuffisant, cela ne donne pas l'idée

franchir (übersteigen). La

n'est aucunementla

précipice à

cernede toute part, c'estd'abordl'existant qu'elle est elle-

qui la

même: « Im

Seiendeszu das

Du mêmemouvement qui suscite, faitvivreet

l'Existence, dansla transcendance, fondele soi, «

« Weltbildend», et simultanément, « selbstbildend », elle s'élance

déploie. Exister signifieêlre-dans-le-monde, être pris,happépar l'exis-

au-devantd'elle-mêmedansle mondeoù elle se

Überstieg kommtdas Dasein allererst auf solches

es (L'Existencemême)ist,auf es als es selbst».

agir un monder die Selbstheit».

tant qui s'y découvre,y nouerdes liens,s'y

supprimer desdistances (ent-fernen),y trouverdes objets(Zeuge)

dontnousfaisons usage dans un but

degger nommela « Zuhandenheil». L'existanttel

c'estd'abordle « Zuhanden », ce

me concerne, dont je me soucie (Besoteen). Ce monde, il faut

encore que je le partage avec

tresexistencessemblablesà la

ou que je leur impose le mien,que je

elles.« Die WeltdesDaseinsistMitwelt.»

implique l'Être-avec-autrui: « Mitdasein». Ainsi Heidegger, faitson profit du prodigieux redressement

frayer une voie, y

C'est cela

que

Hei-

précis.

qu'il esten soi,

qui està portée de ma main,qui

« autrui », queje me heurteà d'au-

mienne,que je subisseleur rythme

me perde ou meretrouveen

L'Être-dans-le-monde

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REVUE PHILOSOPHIQUE

opérépar

le dualismede l'immanenceet de la transcendance, il

dansle phénomène mêmeunerévélationde l'Être.Il

construireunbel édificesurles ruinesde

dement quotidienne etnous évitela petite manœuvre qui consiste

à

que

quittes à Ty abandonnerdès que nousretournonsà noshumaines

demeures.

C'est, au contraire, l'Existence quotidienne(die A Möglichkeit) dansson nivellement, sa moyenne(dieDurchschnittlichkeit) carac-

térisée par Y «

analyse

logiques deTÊtrehumain.« Das Dasein istzunächstundzumeist vonseinerWeltbenommen.» L'existence quotidienne estabsorbée

par le monde, elle s'ydisperse et s'yperd. Mais qui doncse dissi-

mulesous « r

l'Existence)? C'est l'anonyme, le « On » (das Man). Insinuante, insaisissable,omniprésente, la dictaturedu « On » nous soumet

tousà ses décrets.Ne

sumerles responsabilitésqui nous effraient; elle facilite,rassure,

soulage, nous

du temps,je nesuis pas « moi »,je suis « autrui », je me réfugie

dans

renierà peu près toutce que nous sommes pour n'entraîner notreombredans les merveilleuxdédalesde la

Husserlet metfinà des

problèmespérimés : dépassant

découvre

dédaigne de

notre expérience sordi-

spéculation,

Aufgehen in der Welt » la dissipation,qu'il

minutieusement pour en extraireles structuresonto-

Alltäglichkeit desDaseins » (la quotidienneté(?) de

répondant de rien, elle ne craint pas d'as-

décharge dela peine d'êtrenous-mêmes.La plupart

l'anonyme. Pour être moi-même, il faudra que je renonceà

au confortet à la

protectionque dispense le « On » et

me risque surdesterresnondéfrichées.

cet abri,

queje

Si

vousvoulezun exempleprobantd'inauthenticité(i7/ie/flre/if//c/i-

page

229à la

page

233: le « vainqueur invisible» qui nous

autant que le « moi»

légi-

L'Existence, dans

son Être, sait qu'il y va d'elle-même.L'être

keit) dans son déracinementet sonabsencede fondement (Ent-

wurzelung,Bodenlosigkeit), ouvrez la Décadencede la liberté

de la

prend dans ses rets,c'estle « On ». Tout

(Ich-selbst), le « On » (Man-selbst) est un aspectprimordial du

« Soi » (Selbstheit), d'oùlesdeuxmodesde l'Existence, aussi

timesl'un que l'autre: l'authenticitéetPinauthenticité (Eigentlich-

keit,Uneigentlichkeil).

humain« ist das Seindedemes in seinemSein umdiesesselbst

geht ». J'existe pour moi-même,pour mon« pouvoir-être ».

Dieses

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LETTRE SUR HEIDEGGERA M. DANIELHALÉVY 325

Seinkönnen es ist je meines». (Ilimporte de ne surla portée de ce « je meines». Le « moi» de

le « moi pur » de Husserl, ni le « moi profond » Dépouillez-le des oripeaux de la « personnalité», de

lité». de toutesles défroques du subjectivisme idéaliste.Prenez-le

dans sa nudité originelle, dans sa toute-puissantepauvreté.) Ce

pouvoir-être,je peux en quelque sortele

« vainqueur invisible» ;

ou par

pas se méprendre

Heidegger n'estni

de

Bergson.

1'« individua-

déléguer, le remettreau

mais qu'elle soit représentéepar le « moi»

le « on », toujours, l'Existenceestà elle-mêmeson enjeu.

La

notiondu possible, de la possibilité -

capitale chez Heidegger.Si,

« die

Möglichkeit »

-

est

Vorhanden), le possible n'est« que le possible», une catégorie inférieure, dans celui de l'Existence, il devientla caractéristique essentiellede l'Être humain, sa plus hautedistinction.

dansle domainede la science (du

: le choixestsondestin.

Il faut qu'elle choisissede

soità partir de l'Existantoù

s'agitici,

de« libertasindi ff erentiœ », mais d'engagement irrévocable.Choi-

sissant, l'Existences'élanceau-devantd'elle-même: «sich vorweg ». Elle est projetée au-delà d'elle-même,suspendue en quelque sorte

au-dessusdes fluctuationsdu pouvoir-être. Mais

doive« se décider»

connaîtreetde se méconnaître, en un motde

les routes, chez Heidegger, mènentà 1'« Erschlossenheit».

L'Existencese projette dansle

possible

s'interpréter soità partird'elle-même,

ellese disperse et se désagrège. 11ne

bien sûr, ni de libre arbitre, ni de décision impartiale,

qu'ellepuisse et

signifiequ'elle est douée du pouvoir de se

comprendre. Toutes

Notre compréhension(das Verstehen)atteint, en tant qu'intel-

ligence de l'être, la

totalitédu monde dans ses possibilités.

noch,solange

es

« Dasein verstehtsich immerschon und immer

ist, aus Möglichkeiten. » Elle est anticipation du possible, ébauche

projetée dans l'avenir: « Entwurf. » Le possible n'est pas une

catégorie formelledontl'Existence peut à son gré faireou ne pas

faire usage : entant quecompréhension,

de

ses possibilités. « Das Verstehen ist,

des Daseins, in

ellenese distinguepas

als Entwerfen, die Seinsart

deres

seine Möglichkeiten als Möglichkeiten ist.»

Et voiciunesecondesériede

préfixes : Entwerfen, sich vorwerfen

vadu pouvoir êtredel'Exis-

(toujours, dansla compréhension, il y

tencemême

dansla compréhension de

qui projette),überwerfen,(rapprochez V Überwerfen

Y

Überstieg dansla transcendance).

21a Vol. 116

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REVUE PHILOSOPHIQUE

L'Existence jette au loin les retsdans lesquels l'existantse trouve pris. Elle transgresse dansl'ébaucheles limitesde ce qui

est, de ce qui sera.Elle

la richesse, de touteslesressources,du

liserou

(ergreifen,vergreifen) c'estl'Êtremême qui est interrogé,deviné,

obscurciou

possible : elle peuts'y réa-

dispose, dansle projet{Entwerfen), detoute

s'yégarer. Mais qu'elle

saisissela

possibilité ou s'y fourvoie

Im

appréhendé, sinon ontologiquement dévoilé.«

istschonSeinsverständnis

EntwerfenaufMöglichkeiten

nommen.Sein

begriffen. » commetousles

développement», chez Heidegger, nous

ramènentau thèmecentralde«

Sein undZeit » commeen une

sorted'immense« Kunstder Fuge » où le thèmede l'Êtreest

repris soustousles variéà l'infinimais

livrertoutson contenu.

vorwegge-

ist im Entwurfverstanden, nicht ontologisch

Voyez

aspectspossibles, avecune ampleurcroissante,

toujoursidentique à lui-même, contraintde

L' « Erschlossenheit» est donc « ein entwerfendes Verstehen »,

une

définir?Nullement.Ce n'est

ment,que l'Êtrenousest accessible, c'estencoredansla « Befind-

compréhensionqui ébauche,

pas

projette. Cela suffit-ilà la

compréhension,unique-

dans la

lichkeit».

Aidez-moi,je vous en prie, à traduirece mot. Ce n'est pas

« étatd'âme »

« Vorhanden », noustraduirions« Verstehen» par

« Befindlichkeit » par sensibilité.Mais ces termesne rendentni

le rythme de la durée

Stimmungen ». mêmede comprendre, l'Existenceest accordéeau

l'existant qui la

(das Verstehenist

ligente(dieBefindlichkeit ist erschliessend).

Si nous pouvions nous placer surle terraindu

intelligence,

existentielle, ni l'élande l'intelligence, ni

Dans l'acte

diapason de

les oscillationsou l'effervescencedes «

presse etla pénètre. Si l'intelligence estsensible

gestimmt), la sensibilité, elle aussi, est intel-

La «

disposition » (Befindlichkeit) n'estriend'autre que l'expres-

parfoistransparente, souvent indéchiffrable, dudélaissement

Nos dispositions, nos humeurs, nos

témoignant de cet

abandondans l'existant,

puresubjectivité. Ellesvoilent

sion

de l'Existence (Geworfenheit).

intermittences, les réactionsen apparence les pluspersonnelles de

notresensibilité, en

dépassent infinimentl'horizondela

oudévoilentl'Existenceselon qu'elles enreflètentl'Êtrevéritableou

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LETTRE SUR HEIDEGGERA M. DANIELHALÉVY 327

le dissimulentet se

erschliesstdas Dasein in

zumeistinder Weisederausweichenden Abkehr.) Nousleurdevons d'êtrevulnérablesà l'existant qui nousatteintetnous affecte. En

elles, l'Être-dans-le-Mondese révèleetnousenvahit. Ainsi, la com- préhension et la sensibilité, indissolublement unies, constituent

F

réfugient dansdes alibis. {Die Befindlichkeit

seiner Geworfenheit und zunächstund

« ErschlossenheitdesIn-der-Welt-sein».

Ne vous semble-t-il pas

la

que

structure ontologique de

musique

avec une

F « Erschlossenheit» se manifestedans la

possède

compréhension, d'émouvoirnotre

Heidegger concilieces points de vue

(compréhension et

11est

juste

évidencetoute particulière? On a toujoursopposé le contenu

affectifde la musique à soncontenu spirituel, le pouvoirqu'elle

d'éveillernotresensibilitéà sa facultéd'exercernotre

esprit. La philosophie de divergents. Si la musique

est en effetune cimede 1' « Erschlossenheit» (du moinsest-ce

ainsi qu'elle m'apparaît) c'est qu'en elle les deux modes du

« dévoilement»

dairesl'unde l'autre, se fortifientmutuellementet atteignent leur

pleinépanouissement.

d'affirmer que la musique se fondesurla « Befind-

lichkeit », maistout dépend ici du partiqu'elle entire.La bonne,

la

affective: ce

affectivité), étroitementsoli-

mauvaise musique,indiffféremment, font appel

qui importe, c'est que

à notrevie

la première l'utilise« inder

WeisederHinkehr », la seconde« inderWeisederAbkehr».

Si la « Befindlichkeit » esten elle-mêmesoitune ouverturesur

l'Êtreetsur

Tisager

selon qu'elle demandeà notresensibilitéde la

l'Etre

qui révèleou un bruit

qui étourdit.L'horribleconsommationde bruitmusical

fait aujourd'hui sous le règne du « On », dénoncela violence d'unefuite éperdue.

l'Être-dans-le-monde, soitune évasion, unrefusd'en-

apparaîtque la musique

renseigner sur

qui

se

l'Existencedansson abandon, il

ou de Ten détourner, est un art

Mais que peut

la musique, sinonramenerl'Existenceà elle

mêmedans sa nuditéet son

à couvriren nousl'intolérablevoix

nous

lui donnede

détientle privilège de se faireécouler^phénomène bien moins

musique

dépouillement? Elle est impuissante

qui ne cesse, en sourdine, de

rappeler où nous en sommes ; elle l'étoffe, au contraire, et

l'ampleur.Pourtant, etc'est inexplicable, la

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REVUE PHILOSOPHIQUE

naturel qu'il ne paraît l'être

Heidegger dela « Befind-

lichkeit» s'applique

selbst gebracht,

es hatsichimmerschon gefunden, nichtals wahrnehmendesSich-

vorfinden, sondernals gestimmtesSichbefinden. »

« connaissance» que la

des sons, extraitde notrevie alTective.Mais cetteconnaissance

ne nous devientaccessible qu'en raisonde notresavoirmusical

proprement dit. 11est impossible,ici,

compréhensionontologique et

nique.

non

rigoureusementconstitué, dont

sommesd'autant plus sensiblesau message révélateurd'uneœuvre

musicale que nousla comprenons mieuxetdémontons plus aisé-

menttous ses

cet espace de silence

desseinsaux nôtres, ses rythmes à notre confusion, à nos cris,

sonchant. Quelle digressioncoupable!

lichkeit ».,qu'au restenousn'avions pas quittée.Mais,auparavant,

Ce

que

dit

si merveilleusementà elle qu'il fautciterce

C'estbienune

mystérieuse alchimie

d'isolerTunede l'autrela

la

compréhensionpurement tech1

texte: « In ihristdas Daseinimmerschonvores

musique,grâce

à la

La

musique est une intelligence de l'Être qui s'exprime,

nuageux, maisen un langage

on ne la

peut

sonore

détacher.Nous

accordonsalorssansrésistance

pas en termes vagues et

rouages. Nouslui

qui

lui est nécessaire pour substituerses

retournonsviteà la « Befind-

croyez-vouspas que Heidegger éclaire

reprochél'importancequ'il

s'agitjamais

chez

mais d'un étatinfiniment

une

singulièrement Proust?Luia-t-onassez

accordeà la sensationî Commec'est injuste ! Ilne

lui de « sensation»

pluscomplexe et plusriche, intéressantl'Êtrehumaintoutentier.

dans la mesureoù témoigne de l'Être-

elle dévoile (où elle est erschliessend), où elle

dans-le-Monde.Et c'est

l'horizon temporel de la sensi-

question

encore.Ne

pure et simple,

Proustne faitétatde la «

disposition » que

parceque

bilitéestle passé (Die Befindlichkeitgründet inder Gewesenheit)

qu'il

l'existencedans son authenticité, de

sement.

attribueau souvenirun rôle

privilégié : celuide divulguer

la soustraireau dépéris-

ParmitouteslesBe findlichkeiten, ilenestuneà laquelleHeidegger

attacheune signification fondamentale: c'est l'angoisse(dieAngst).

sourde

plusfugace, le moins même après l'inim

saisissable qui soit, de

et

OuvrezSein und Zeit,p.

185-100; vousverrezavec

quelle

poignantepoésieHeidegger décritl'étatle

quel

accentil évoque,

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LETTRE SUR HEIDEGGERA M. DANIELHALÉVY 329

table

que

à certainsmomentsde dépaysement nous

malaiselancinantau seuil

chancelle, s'effondreet croule silencieusement,Heidegger nous

en donnela clef.Le «

c'estTêtre-dans-le-mondecommetel.« Was beengt istnichtdieses

oder jenes, sonderndie Möglichkeit vonZuhandenemoderVorhan-

denem überhaupt, d. h.

en moi; il

dérobeet que

toutnous paraît alors dénuéde

Fabsurde. Et, en

notreduréemortelle.La soudaineconfrontationde l'Existence

avecle « rien» qui a lieuenellenousavertit que cenéant primor-

dial

das Nichtunddie

seinheisst:

(das Nichts gehört zum Wesendes Seins selbst),que

néantsontde

et d'unemanière immédiate, la «

des Nichts) et la présence de l'Être, en tant précisémentque

l'existant existe, en tant qu'il nest pas

dans l'angoisse estla conditionmêmedu dévoilementde l'Êtreet

de l'être-dans-le-monde (Erschlossenheit vonWelt überhaupt).

das Nichtsder Angst ». Cettetransesi brève

de l'avoir éprouvée nousdoutons aussitôt, cette stupeur dont

Kierkegaard, «

sommes frappés, le

que

le monde

duquel

il nous semble

pourquoi

» de l'angoisse estindéterminé:

L'angoisse est en vous,

die Weltselbst.»

suffitd'un rien pour la

déclencher,pourque le sol se

nous- glissions en elle. Le mondeet nous-mêmes,

signification, toutsombredans

témoignage indéfectiblede

effet,l'angoisse estle

précédant toute négation(das Nichtsist ursprünglicher als

Verneinung)qui contientet assiège l'Être (Da-

Hineingehaltenheit istdas Nichts) n'en peut être séparé

TÊlre et le

connivence. L'angoisse nousrévèle simultanément,

présence » dunéant (das Nichten

rien. L'irruption du« rien»

On peut se demander si, parallèlement à l'angoisse, le ravis-

d'une autre

manière, n'occupe dans la

degré élevé.

hiérarchiedes

Ici, également, le « pourquoi »

ravissement, commedans l'angoisse,

rouages

se

Dasein auf sein eigenstes

susciter l'angoisse,

Il

certaines pages

est vrai,toutefois,

the Lighthouse ».

Zeit.)

Il est temps,enfin, de faireentendrele thèmeentierdu Souci

du ravissementdétonneraitdansSein und

sement, Befindlichkeiten, un

est indéterminé.Dans le

l'engrenage où nous sommes pris se desserre, ses

défont.Lui aussi isole « vereinzeltdas

In-der-Welt-sein». Maiscette vision, loinde

arracheune affirmation, une louange.(Jepense à

de Virginia Woolfdans« To

qu'une analyse

(Sorge),qui relieetcondensetouslesmotifsexistentiels.Le voici:

« Sich vorweg - schonseinin (der Welt) - als sein bei (inner-

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REVUE PHILOSOPHIQUE

weltlich begegnendemSeienden). » II résumeen lui toutesles

structuresde

donnée à elle-mêmedans le monde, dans l'inextricabledu

« Zuhanden », perdue au seinde l'existant qui s'offreà elledans

le

orientéversl'avenirdansla

l'alternativede l'authenticitéet

« sich »

sein-in»tournéversle passé, est l'expression dela « Geworfenheil»,

du délaissementtel que le mesurele plus délicatdes appareils

enregistreurs de notreduréemortelle: la

Seinbei,

l'Existencedansuneabsencede présent.

Et pourtantje me

mesuis

rebellée. Vraiment, la

dans sa totalité, ne se

corruplionis »? Cette objection,Heidegger tentede la réfuter.

s'engager pour se

reprendre et se soustraireà l'empire de l'anonyme?(Das

zurückholenaus dem Man.) Quelle issue s'offreà

ressaisirson intégritéprimordiale? Le « Vorlaufen zumTode », répondHeidegger.

Il y a ceci de remarquable, chez Heidegger,qu'il ne triche pas

avecla mort ;

il ne consent pas de

est une

elle pour

Sich-

borne-t-elle pas à en décrirele « status

l'Existence,projetée au-devant d'elle-même, aban-

a ébauché.Le « sichvorweg » de 1'« Entwurf»,

compréhensionqui ébauche,contient

de l'inauthenticité, soit que le

monde qu'elle

figure le moi, soit qu'il représente le « On». Le « schon-

c'est

« Befindlichkeit ». Le

le « Verfallen», le dépérissement, la ruine de

grandiose

« SeinundZeit

»,je

Oui, vous avez raison, c'est

souviens que,parvenue à ce point de

Dans quelle

« Sorge

»

peut-elle résumerl'Existence

voie l'Existence doit-elle

il n'éprouve à son égard aucundédain philosophique,

l'ignorerpour simplifier sa tâche.La mort

l'Existence

possibilité d'être (eine Seinsmöglichkeit)que

va de son

doit elle-même assumer, dont rien ni

décharger : il y

tel. « Der Tod ist die

nens.» Mise en face de cette«

l'Existenceconnaîtunabandon total; tousles liensse

Elle estseule. « Der Tod istdie Möglichkeit der schlechthinnigen

Daseinsunmöglichkeit. So

unbezügliche, unüberholbare Möglichkeit. »

l'Existenceest trahie, livréeà cetteextrêmeetdernière possibilité.

Elle est elle-même, etdanstoutesa durée, un Ètre-vers-la-mort,

unÈtre-dans-la-mort: «

personne ne la peut

pouvoir Möglichkeit des Nicht-mehr-da-sein-kön-

possibilité de ne plus

exister »,

dénouent.

enthülltsich der Tod als die

eigenste, Dès lors qu'elle existe

einSein zumTode».

être-dansle-Mondecomme

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LETTRE SUR HEIDEGGERA M. DANIELIIALÉVY 331

De ceci, l'Existencen'a pasexpressément connaissance.Certains

nue qui lui dissimule

éclairs,pourtant, fendent l'épaisseur de la

ne cessede

quotidienne, nousn'avons que

entendons que soient respectés la

l'escamotage de la

sonabandondansla mort.Les élancementsde

l'angoisse, et peut-

êtreaussi l'extasedu ravissement, lui apprennentqu'elle existe

pour sa fin,qu'elle

dansla vie

inopportunes. La mortne nous concerne pas. Quoi qu'il arrive,

consigne de silence que mortoù nous sommes

nous avons donnée,

passés maîtres.« Das Man

nous

s'ydiriger. La plupart du temps,

fairede cesrévélations

besorgt eine ständigeBeruhigung über

dans son

dépérissement, une

den Tod »

fuiteconstantedevantla mort, unÊtre-vers-la-mort inauthentique.

Résoluà tout prix d'écarterl'éventualitéd'uneexistence« finie »,

le « On » s'empresse de nous

ignorance :

La vie quotidienneest,

faire partager cette rassurante

le « On » estimmortel.,

Mais

qu'est-ce alors que

1'« Eigentliches seinzumTode»? Pré-

paration à la mort?Édifianteméditationà son sujet? Ni l'un, ni

l'autre. Heidegger nous dit que c'estle « Vorlaufen zumTode».

(Il y

tenue: s'élancerau-devantde la mort, s'élancerrésolumentau-

devantd'elle

c'est s'ouvrirà l'imminente - mais

aussi à l'éminente -

litéde r

a danscette expression unesorte d'impétuositégrave etcon-

je ne trouve pas mieux malheureusement.)

« Vorlaufen zum Tode »,

possibilité de l'Existence,qui estla possibi-

impossibilité tfexister (dieMöglichkeit der Unmöglichkeit

pas

la subir, maiss'affirmerenelle.

coup son

intégrité même?Commentse saisirait-ildans

durée authentique en

derExistenz überhaupt) : non

Commentle moi renierait-ilson extrême pouvoir être - celui-là

seul qu'il ne puisse ni déléguer, ni partager - sans compromettre

du même

son unitéet dans sa vérité, s'il dénaturesa

refusantde la connaître périssable etmortelle? Qu'il renoncedonc

à

se situerdans une duréede conventionc&moufléeen« Infini» et s'accepte et se choisissedans sa duréefinie qui est la sienne

propre. En prenant sonélandansla

est la

toutarbitraire, à ce

tique. Libre pour la mort, il se

simplicité de sondestin.« Die ergriffene EndlichkeitderExistenz

reisstaus der endlosen Mannigfaltigkeit der sich anbietenden

possibilitépar excellence qui

possibilité de la mort, le moi échappe à toute ambiguïté, à

gâchis du

possiblequ'est l'existenceinauthen-

retrouveenfindansl'élémentaire

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332

REVUE PHILOSOPHIQUE

nächsten Möglichkeiten des Behagens,Leichtnehmens, Sichdrü-

ckenszurückund Schicksals. » (Ne

proche du Nietzschede 1'a

bringt das

Dasein in die

Einfachkeit seines

pensez-vouspas qu'ici Heidegger est bien

Amor fati»?)

Le « Vorlaufen zumTode » estun acte qui

dégage

de

engage le moi,qui

suivredansla

le

solitudeoù l'atteintet l'envahitenfinla certitudede la mort (cer-

titude qui n'a riende communavecl'évidencede la mortdansle

domainedu Vorhanden). «

l'emprise du « On » impuissant à le

Das Vorlaufen enthülltdemDaseindie

Verlorenheitin das Manselbstund bringt es vordie

Möglichkeit

es selbstzu sein, selbstaber in der

Illusionendes Man

sich ängstenden FreiheitzumTode.» Peut-onrendredanslà tra- ductionla sombre, la puissante beautéde ce texte? Non, n'est-ce

leidenschaftlichen, vonden

gelösten,faktischen, ihrerselbst gewissen und

pas? Mais comment,empêtrée dans l'existantoù elle ne cessede se

dégrader et de se vêtrementdesliens

au-devantd'elle-mêmedans

perdre, l'Existences'arracherait-elleà l'enche-

la maintiennenten cetétat pour se porter

qui

unfutur authentique?

Heidegger ne s'aventuredansle domainedes structuresontolo-

de l'Être que

giques

découvredonc dans la vie quotidienne un phénomènequi rend

bienlestéde la riche expérience du vécu.Il

à YEigenili-

plausible, croit-il, le passage de YUneigentlichkeii

clikeit.C'est

certant, n'est-ce pas? Mais laissons-le s'expliquer.Heidegger

n'emploie le mot« conscience» qu'au sens de

nonde « Bewusstsein». Jene suis

Zeit », il soit jamais

biencertaine que l'on n'y rencontre jamais ceuxd'« inconscient»

ou de « subconscient». Par-delàle conscientet le subconscient,

il chercheà mettreen lumièrele

conscience, non pas

sanctionset à défenses, mais en tant que sens intimeet savoir

(ein Wissen um). Quelqu'un en nous est

nous-mêmes, saitoù

assourdissants « Je-Je» indéfiniment répétés.Que nous cher-

chionsà nousdéfairede ce mais y réussissons-nous?

témoin gênant, riende plusnaturel,

« la voixde la conscience». Voilà qui estdécon-

« Gewissen» et

sûre que dans« Seinund

pas

fait usage du terme« Bewusstsein» et,e suis

phónomène élémentairede la

entant qu'appareil à évaluations morales, à

averti,renseigné sur

nousen sommes, demeureindifférentà nos

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LETTRE SUR HEIDEGGERA M. DANIEL HALÉVY 333

La voixde la consciencedonneà entendre« quelque chose ».

« Der Gewissensruf hai denCharakterdes Anrufs des Daseinsauf

sein eigenstesSelbstseinkönnen, unddas inderWeisedes Aufrufs. »

(A tousles points culminantsde son œuvre, on trouvechez Hei-

degger, un jeu de préfixes.) Un appel

Ferne,

moi-même. Que me veutcet appel, que dit cettevoix?En fait,

rien

es ist aufgerufen zu ihmselbst.» Et pourtant son langage silen-

cieuxn'estni obscur, ni imprécis, bienau contraire: elle somme

le « On » (Manselbst) de céderla place au moi (¡chselbst). « Das

Gewissenredet einzig undalleinimModusdes

appel est à la foisinvocation (anrufen), sommation (aufrufen),

exhortation (ein vorrufen des Daseins auf seine

Mais

en appelle à Cet

au-dessusde moi. Bien qu'il ne soit pas explicite,je ne puis nile

méconnaître, ni me méprendre sur sa signification. « Er ruft

zurückin die Verschwiegenheit. » Ce

silence

l'Existence: « das nichtige Grundseineiner Nichtigkeit ». Il est le

crimuetde la «

la fauteet la mort. (Sorgebirgt Tod undSchuld

sich). Prêterl'oreilleà ce

avoir-conscience

authentique.

retentitau loin (in der

aus der Ferne).Qui en est atteint?A traversle « On »,

«

Dem angerufenen selbstwird«

nichts»

zugerufen, sondern

Schweigens. » Son

Möglichkeiten).

qui donc,ici,invoque,somme, exhorte?C'estVExistence qui

elle-même.« Das Dasein ruft imGewissensichselbst.» du lointains'adresseà moi, retentiten moi, s'élève

appel

plus secret,plus dense,

c'est la

qu'il démasque,

dans un

culpabilitéoriginelle de

Sorge » qui

recèleau plusprofond d'elle-mêmeet

ursprünglich in

c'est vouloir-

cri,répondre à cet appel,

(Gewissen-haben-wollen),

se

choisirdanssonêtre

la solitudede l'angoisse, l'Existencenousestdévoiléetout

qu'un

modede 1'« Erschlossenheit» : elle rend

elle-mêmeen lui dénonçant sa lacune

est« ein Aufrufen zum Schuldigsein ». Jene puis

propre

m'engage résolumentdansles possibilités authen-

jaillit

à la

Dans

ensembledans sa plénitude et dans son défaut.La conscience

(donnez à ce motson acception la plusvaste) n'estdonc - nous

l'avions déjà vu -

l'Existence transparente à

essentielle.Elle

trouveraccès à moi-mêmesi je n'accepte sansréservema

culpabilité etne

tiquesqu'elle m'ouvre.Cettedécisionsans retour qui

foisdu Vorlaufen zumTodeetde la conscienced'unenullité pri- mordiale - la mortet la fautene sont que des aspects différents

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REVUE PHILOSOPHIQUE

du néant originel - c'est1'« Entschlossenheit

« die vorlaufende Entschlossenheit das

reite Sichentwevfenauf das eigensteSchuldigsein ». Seule

acceptationpassionnée nousrend aptes

avec clairvoyance(für die Zufälle dererschlossenenSituationhell-

sichtig zu werden), nous pennet d'êtreici et non ailleurs, dansle rêveéveillédu désir impuissant. Une foisde plus, nous avons parcouru le circuit« Erschlos-

senheit -

pérégrination nousramèneau centredu paysageheideggerien : la visibilitéde l'Être, la véritésurl'Être.

», etmieuxencore:

verschwiegene,angstbe-

cette

à saisirle réel, à l'affronter

Verschlossenheit - Entschlossenheit». Cette

longue

Toutde même, ce « Gewissen-haben-wollen» n'est pas sans pro-

voquer des résistances

degger dit: « vom Rufgetroffenwird, wer zurückgeholt seinwill »,

les

miennes, du moins. Lorsque Hei-

j'ai

bienenviede substituer« kann» à u will»

(werzurückgeholt

sein kann).L'appel

total,dans la plénitude du désespoir, au momentoù vacillentles

assisesde notresécurité.Ce dépouillement, ce désespoir, nousne les avonsni cherchés, ni voulus.Pour que cettecontraintese mue

en liberté, il fautun

telleest impuissante à susciter.L'absenced'examen phénoméno-

logique de la foi (en

domainedu Vorhanden, et n'ayantpas toujours Dieu pourobjet)

creuseun vide

paraît nécessaire qu'il soitcomblé.

ne se faitentendre que dans le dénuement

renouvellement que la consciencecomme

tant qu'activité existentielle étrangère au

1' « Entschlossenheit». 11me

plein

entre l'angoisse et

Si Bach, danscertaines cantates, faità la mortun accueil

Mo/artse coniierait-ilà la mortavectantde

certitudeinconnuene lui rendait déjà

d'allégresse, c'est qu'en

tranquille abandonsi

quelque

Todeintime?Nietzsche pourrait-ilacquiescer au Retouréternels'il

n'avaitsurmonté l'angoisse dansunactede

Heideggerpour arriverà

foi?Tousles effortsde

elle il voitune promesse de résurrection.

le Vorlaufen zum

lalibertémesemblent vains,je l'avoue

Pour lui,

la libertén'estriend'autre que la transcendanceelle-

überwerfende W ilten

même,

lassenvonWeltistFreiheit». C'estla liberté,dit-il,qui fondeet

du fondement. Heidegger

se fonde: elle est

définitcetterelation primordiale de la libertéà la cause comme

FreiheitzumGrunde» : libertéd'atteindrele fondement, liberté

«

F

Überstieg ». Das entwerfend -

origine de la cause,

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LETTRE SUR HEIDEGGERA M. DANIELHALÉVY 335

d'êtrele fondement. Cependant,pour caractérisercettelibreacti-

vité transcendantale, il

« créer»

de « gründen als stiften » (mais « stiften » signifieplutôt fonder,

établir, instituer que vraiment créer), de gründen als Boden-

nehmem » (prendreracine). « Stiften», nous savons que c'estle

dépassement versle monde [Überstieg,Überwurf). Enmême temps

projette le mondedans sa totalité, l'Existences'établitet

qu'elle

s'enracinedans l'existantau sein duquel elle est

nehmem). «

immiltenvonSeiendem.» Dans l'actede« Stiften», l'Existencese

dépasse etse surpasse dans l'ébauche (Heideggeremploie ici un

verbe magnifique : « Das Dasein überschwingt sich »). Elle fondele

mondedans

vitécréatrice.En

l'Existencese délestedu

chées en se (entzogen) :

la réalisationdu « projet » nécessiteun rejet, des

està la fois

disponibilités lui sont retirées

garde

Décrivantles troisformesde l'actede

se

bien de faire

du verbe

usage fonder, il parle

plongée(boden-

Das Dasein

gründet(stiftet) nur als sich gründend

unélan passionné, un envol, un

surpassant.

débordementd'acti-

prenant racine (bodén-nehmem), au contraire,

trop-plein de possibilitésqu'elle

a ébau-

Des

aspect,

Üb erschwing end-entziehend »). La

sacrifices.La transcendance, sous ce double

un

féconditédu projet se mesureà l'efficacitédu retrait.

dépassement et unretour («

Il est

impossible de décrireavec plusd'ampleur etde précision

plénitude et son épanouissement. Mais peut-

irruption dansle possible, son« emersion»

Heidegger est chargée effet, dans le double

rognéesqui déploie

l'actecréateurdanssa

être manque-t-il à cette analyse unélémentindéfinissable: le « fiat»

créateur lui-même, son

de I impossible. C'est pourquoi la libertéde

de

caractèrede l'actede fonderancrédansla transcendance, il voit

la preuve de la nature finie de la libertéhumaine (die Endlichkeit

derFreiheitdes Daseins). Cettelibertéauxailes

lourdementsonvol puissant sousle cielvasteetsombrede la phi-

losophieheideggerienne, vousla reconnaissez. Ce ne sont-là que des sentiments personnels, trèsdiscutables d'ailleurs.Revenonsau Gründen Ni dansl'acte de fonder, ni

dans celui de prendrebase, il n'y a encorede

tinctenversl'existant.C'est leur unité, leur fusion, au seinde la

transcendance qui troisièmeformede

chaînes (einegebundeneFreiheil). Et en

comportement dis-

engendre le « pourquoi » auquelcorrespond la

l'activité transcendantale, la

légitimation, la

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REVUE PHILOSOPHIQUE

justification,l'explication(begründen),témoignage irrécusablede

F

citeà la fois l'interrogation et la réponseprimordiales.

qui fondela dispersion

transcendantaledu « Gründen» en ses troisformes: « Das Grund-

seinder Freiheithat nichtden Charaktereinerder Weisendes

Gründens, sondernbestimmtsich als die gründende Einheitder

transzendentalen Streuung des

« ErschlossenheitdesSeins». Seule

La liberté, en définitive, est

l'intelligence de l'Êtresus-

l'unité

Gründens Als dieserGrundist

die Freiheitder

qu'elle

fond