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AN II - CIVILISATION FRANÇAISE

LE XXème SIECLE
(1914-1977)
Les Événements

La Guerre de 1914-1918
(La Grande Guerre)

La plus épuisante et la plus sanglante; - La guerre des européens.


Le 28 juin 1914 à Sarajevo, en Bosnie, l’archiduc François-Ferdinand, neveu et
héritier de l’empereur autrichien François-Joseph, est assassiné par un bosniaque. L’attentat
semble avoir été préparé en Serbie. Le 23 juillet, l’Autriche-Hongrie, saisissant l’occasion
d’éliminer la Serbie, lui adresse un ultimatum dont l’essentiel est accepté. Mais, s’affirmant
mécontente de la réponse serbe, l’Autriche-Hongrie mobilise et, le 28, attaque la Serbie.
Alliée des Serbes, la Russie mobilise le 30 juillet. Le 31, l’Allemagne lui lance un
ultimatum, ainsi qu’à la France, puis lui déclare la guerre. La France mobilise et le 3 août,
l’Allemagne déclare la guerre à la France. Le 4 août, devant l’invasion par les Allemands de
la Belgique, pays neutre, la Grande-Bretagne entre dans la guerre. Seule, l’Italie n’intervient
pas.

En 1914, l’armée allemande entra en Belgique et envahit le Nord de la France ; au début,


elle menace le Paris. L’armée ne réagit pas; Joffre ordonne la contre-offensive et arrête l’avance
allemande: la France enregistre la Iere victoire, de la Marne, en 6 Septembre. En 1915, il devint
évident que la guerre serait longue et ne cesserait de poser des problèmes effectifs et surtout
d’armements. Plusieurs tentatives franco-anglaises de percée du front aboutirent à de sanglants
échecs.
En 1916, la stratégie allemande change. L’Etat-major désire une guerre d’usure en France.
L’attaque eut lieu à Verdun (21feb), mais les pertes, énormes, furent égales des 2 cotes. L’année
1917, est une année d’incertitude quand une nouvelle offensive française échoue; l’intervention des
Etats Unis, en avril, ne put encore compenser l’effondrement militaire de la Russie; la guerre sous-
marine lancée par l’Allemagne ne produisit pas l’effet d’étouffement escompté.
En 1918, après la Révolution russe d’octobre 1917, le gouvernement bolchevik signa le
traite de Brest-Litovsk avec l’Allemagne. Foch, nommé commandant unique des forces alliées, put
résister à une dernière offensive allemande, puis renforce par les troupes américaines, passer a la
contre-offensive générale. L’Allemagne demanda l’Armistice le 11 novembre.

L’Après-guerre
La conférence de Paix aboutit aux traités de Versailles avec l’Allemagne, de Saint-Germain
avec l’Autriche, de Neuilly avec la Bulgarie; de Trianon avec la Hongrie. Pour la France, ces traités
marquent:
- la restitution de l’Alsace-Lorraine,
- la cession d’une partie des anciennes colonies allemandes du Togo et du Cameroun,
- l’occupation de la rive gauche du Rhin et sa démilitarisation.

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Les nations victorieuses ont combattu, disent-elles, pour le triomphe du Droit et de la Paix
universelle: la guerre sera la dernière des guerres. Une conséquence: La création de la Société des
Nations (à Genève), inspirée des idées de Léon Bourgeois et du président Wilson; elle sera chargée
de régler, par la négociation, les futurs conflits et de préparer une Conférence générale du
Désarmement. Les conséquences matérielles et morales de la guerre furent immenses: la France
avait perdu 1.300.000 hommes (1/5 adultes), plus de 200.000 blessés. Economiquement:
- le Nord-Est de la France, c’est-à-dire sa région agricole et industrielle la plus riche, était ravagé;
- la France se trouve endettée ; - le coût de la vie augmente; - les différences sociales s’accroissent;
- les socialistes réformistes, qui avaient longtemps participé aux gouvernements d’ « union sacrée »,
étaient en grande partie discrédites et l’exemple de la Révolution soviétique, appuyée par la création
de la IIIeme Internationale (mars 1919), relança dès la fin des hostilités les revendications sociales: ▪
création de l’Union Soviétique; ▪ un mouvement communiste; ▪ le but de contrôler les pays; ▪ les
ouvriers français se sentaient forts. L’évolution intellectuelle se précipite et enregistre une très
violente réaction contre l’optimisme nationaliste, contre le traditionalisme.
D'une guerre à l'autre (1919-1924)
Les problèmes de la politique française entre 1919-1939
La période d’après la Iere Guerre Mondiale, se caractérise par de très fortes tensions sociales.
Cependant, le dernier Parlement de la Guerre avait accordé, au début de 1919, quelques
satisfactions aux syndicats :
- la réduction de la journée de travail à 8 heures ;
- le statut juridique des conventions collectives.
Mais le danger bolchevik donna, aux élections de 1919, la majorité au Bloc national
républicain. Celui-ci, fut favorisé par la scission entre la S.F.I.O (dirigée par Léon Blum) et le
nouveau Parti communiste (mené par Marcel Cachin), survenue au Congres de Tours (1920). On
enregistre aussi, un développement d’une autre confédération syndicale: C.G.T., moins politique,
qui incarne le syndicalisme traditionnel.
Les élections de 1924, donnèrent la victoire au Cartel des gauches (radicaux et socialistes).
La période est caractérisée par un grand désordre financier et par un mouvement de fuite de capital,
ce qui entraîna une dévaluation sévère du franc. En 1928, la valeur du franc est de 1/5 de la valeur
de 1914.
La France manque d’hommes; les pertes dues à la guerre, entraînent une diminution des
naissances, tandis que la mortalité reste élevée. L’appel à la main-d’œuvre étrangère devient
nécessaire. La France vieillit. Dans ce pays où les paysans représentent encore 35% de la
population, et où d’innombrables petites entreprises préfèrent aller "lentement mais sûrement", la
société change un peu.
La crise économique mondiale ouverte par la panique du Wall Street de 1929, ne touche la
France qu’à partir de 1932 et les gouvernements radicaux qui étaient au pouvoir, n’ont su prendre
des mesures. En conséquence, il s’instituent des scandales financières, la baisse du niveau de vie
des paysans et des classe moyennes amenèrent une grave crise politique, qui sera exploitée par les
mouvements d’extrême droite -L’Action française qui s’inspire du fascisme italien (Mussolini).
Ceci amena une vigoureuse réaction de la gauche et la naissance du Front Populaire, unissant pour
la Ière fois les radicaux, socialistes et communistes, en 1935.
Celui-ci triompha aux élections de 1936 et le gouvernement de Léon Blum, appuyé par un
vaste mouvement de grèves avec occupation des lieux de travail, impose au patronat des lois
sociales (accords Matignon) qui consistent en contrats collectifs de travail: - 5 jours/semaine (40

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heures); - les congés payés, - réévaluation des salaires. Une partie de la bourgeoisie française craint
plus le communisme, que l’hitlérisme; la gauche est démoralisée par l’échec du Front populaire
(juin 1937). C’est une France divisée et incertaine qui va affronter la Seconde Guerre Mondiale. La
crise internationale commence.
La politique étrangère de la France: au lendemain de la IèreGM, la politique étrangère de
la France est dominée par le souci de sécurité; elle était inquiétée d’un refus des SUA de participer à
la Société des Nations et de l'Angleterre de lui donner sa garantie; elle essaye de convaincre ces
pays d’entrer dans La Société des Nations.
Une autre direction de la politique française est le rapprochement des nouveaux Etats de
l’Europe Centrale ( Pologne, Slovaquie, Iugoslavie, Roumanie). Avec elles, la France signe des
accords. La France demande des réparations à l’Allemagne, pendant que ses alliés (SUA,
Angleterre), soutiennent le redressement économique. La France occupe la zone de la Ruhr -centre
économique d’Allemagne (1925). Dans les années ’30, les gouvernements au pouvoir mènent une
politique de conciliation avec l’Allemagne et obtiennent une rééchelonnement des payements =) la
Ruhr est démobilisée.
En 1928, la France réussit à persuader les SUA d’entrer à la Société des Nations et le pacte
conclu entre les 2 pays (Briand-Kellog), met la guerre hors la lois (signé par 60 pays). Briand
préparait aussi un projet de fédération européenne et la signature de ce pacte donnait l’espoir que
tous les conflits pouvaient être réglés par la négociation.
La crise économique mondiale: conduit au réveil des nationalismes; le protectionnisme
annule les effets du projet Briand de fédération européenne et la Conférence de désarmement
(‘32-’35) échoue. Une nouvelle course aux armements se déclenche et elle est accompagnée d’une
reprise industrielle, suivie par une accentuation du clivage entre les pays riches (États-Unis,
Angleterre, France) et les pays prolétaires (Italie, Japon, Allemagne). Cette situation amene ces 3
Etats prolétariens à s’orienter vers un impérialisme violent, qui provoque à partir de 1931, une série
des crises internationales qui aboutirent à la IIème Guerre Mondiale.
À la détérioration de la situation politique mondiale, l’Angleterre pacifiste, et la France
divisée (politiquement), n’ont pu répondre que par des protestations faibles. La situation, empirée
avec la Guerre civile espagnole, qui a été un désastre pour les démocraties, car le principe de non-
intervention proclamé en 1936, ne fut pas appliqué et l’aide apportée par l’Italie et l’Allemagne aux
fascistes espagnols, fut beaucoup plus importante que celle accordée par la France et l’Union
Soviétique aux républicains.
L’alliance Germano-Italienne, a été reconnue en oct '36, par la création de l’Axe Rome-
Berlin. Le Japon s’allie à l’Allemagne par le pacte antikomintern de nov ’36 et envahit la Chine en
1937. En mars’38, Hitler occupe l’Autriche et il proclama l'Anschluss; après, il réclame le
rattachement à l'Allemagne des Sudètes où vivaient 3 millions d'Allemands.
L’Europe commence à s’inquiéter; des négociations ont eu lieu entre l’Angleterre et
l’Allemagne et elles débouchent sur la Conférence de Munich entre les 4 Grands de l’Europe
(Hitler, Mussolini, Chamberlain, Daladier -29/30 sept 1938). Le résultat a été que la paix a été
sauvée, au prix de l’acceptation totale des conquêtes et des annexions allemandes.
En mars ’39, l’Allemagne crée un Etat satellite en Slovaquie; Italie envahie l’Albanie et
devant ces nouvelles annexions, la France et l’Angleterre décident de s’opposer à toute nouvelle
tentative de liaison et lorsque Hitler réclame Danzig et le corridor polonais, la France et
l’Angleterre déclarent la guerre – 3 sept 1939.

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La IIème Guerre Mondiale

Après la IèreGM, le retour de la prospérité avait été marqué par un apaisement des tensions
internationales. La Société des Nations avait semblé capable de faire régner la paix par la "sécurité
collective", mais la crise économique mit fin aux ces espoirs, en développant de nouveau les
rivalités entre les nations. Le monde est entraîné dans la guerre par la politique d’expansion
territoriale des dictatures: Allemagne, Italie, Japon. Au mépris du traité de Versailles, Hitler réarme
l’Allemagne, rétablit le service militaire, puis remilitarise la Rhénanie. En mars 1938, Hitler engage
une politique de coups de force. La France et Grande Bretagne se contentent de protester.
L'État-Major français, qui était préparé à une guerre défensive et qui avait négligé l'armée
blindée et en partie, l'aviation, ne fit rien pour empêcher, en septembre 1939, l'écrasement de la
Pologne. Il fut ensuite, déconcerté par la "drôle de guerre", pratiquement sans opérations d'octobre
'39 à mai '40. Ni matériellement, ni moralement, l'armée française n'était préparée à subir le choc
des blindés allemands. En 5 semaines, elle fut contrainte à demander l’armistice. Pendant cette
période, plus de la moitié de son territoire a été envahie et a perdu 1.500.000 des prisonniers; elle a
connu un phénomène unique -L’Exode (la population émigrait vers le Sud, encore libre).
La défaite militaire entraîne la chute de la République (10 juillet 1940) et a déterminé
l’effondrement politique, malgré une certaine opposition et malgré l’appel du 18 juin (l’appel de
Londres) du général De Gaulle à la résistance.
Le maréchal Pétain accède au plein pouvoir et crée l’Etat français d’inspiration fasciste et
catholique avec la capitale à Vichy. La France est divisée, à la suite de l’Armistice, en: zone
occupée (moitié nord et toute la zone côtière de l'Atlantique) et en zone dite "libre" qui sera
occupée en 1942. Le gouvernement français est entraîné dans une collaboration de plus en plus
active avec l’Allemagne, qui lui interdit pratiquement toute indépendance. Le gouvernement de
Vichy, dirigé par Pierre Laval, impose aux Français:
- une "révolution nationale" inspirée par l’Action française,
- un corporatisme au profit du patronat et
- un cléricalisme moralisateur.
Une entrevue entre Pétain et Hitler, aboutit à une politique de collaboration avec
l’Allemagne, devenue pratiquement simple soumission: - un service de travail obligatoire en
Allemagne est mis en place, ainsi que - la déportation des Juifs et - la lutte contre la Résistance.
En conséquence, la "France libre" organise la Résistance. La création des maquis, exprime
la plus concrète forme de résistance qui organise des réseaux efficaces de renseignement des
attentats et de sabotage. En 1943, les groupes de Résistance s'unissent dans un Conseil National de
la Résistance. Le gouvernement provisoire de la République Française se forme à Alger, sous la
présidence de Charles De Gaulle. Les Forces Françaises Libres - participent aux opérations alliées
en Afrique, puis en Italie, - prennent part au débarquement de août 1944 en Provence, tandis que les
Forces Françaises de l'Intérieur - affaiblissent l'armée allemande d'occupation et - gênent ses
mouvements.
Le double débarquement allié de juin '44 (en Normandie) et d'août '44 (en Provence),
permit la libération presque totale de la France, à la fin de cette année. La capitulation sans
conditions de l'Allemagne fut signée le 8 mai 1945 à Reims.

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La Quatrième République

Après la guerre, la France rétablit le régime républicain; elle se dote d’un gouvernement
provisoire, présidé par le général De Gaulle; il se met vite en contradiction avec les parties; Une
Assemblée Constituante sera crée et le général De Gaulle (ian 1946) porte sa démission. Un
référendum est organisé pour consulter la population sur le retour de la Constitution de la IIIème
République; un deuxième référendum approuve la création de la IVème République en 1946.
Celle-ci, qui eut pour Ier président, Vincent Auriol, un socialiste, est caractérisée par un
régime d’assemblée où le souverain est l’émanation des combinaisons de partis. La coalition, issue
de la Résistance, représentée par le "tripartisme" (communistes, socialistes et Mouvement
Républicain Populaire ou démocratie chrétienne), n’a pu résister ni à l’agitation sociale, ni à la
pression de la guerre d’Indochine, ni à la division du monde en 2 blocs séparés par la "guerre
froide".
Le seul gouvernement qui a su affronter ces problèmes avec lucidité et courage, a été celui
de Pierre Mendès-France, qui en 1954, signe les accords de Genève, reconnaissant l’indépendance
du Vietnam. Avec Edgar Faure, il a préparé et a mené à bien, l’indépendance de la Tunisie et du
Maroc. La crise d’Algérie arrive a la fin de cette année; elle devait mener à la chute de la IVème
République. La présence de 1.500.000 Européens en Algérie, a fait de cette guerre un drame
national et elle a fini par le déséquilibre de l’économie et des finances de la France.
Les solutions adoptées par le gouvernement au pouvoir, ont mécontenté les partisans de la
décolonisation et ceux de l’Algérie française. Dans ces conditions, éclate une révolte des colonies
françaises d’Algérie qui provoque la chute du gouvernement et amène au pouvoir le général De
Gaulle.

La Vème République

Le premier souci de général De Gaulle a été de donner à France une nouvelle Constitution
(ratifiée en 1958), parce qu’il appréciait que le président devait avoir des pouvoirs plus étendus =)
un régime présidentiel. La nouvelle Constitution se caractérise par un pouvoir exécutif et une
réduction du rôle de Parlement. Le pouvoir exécutif est représenté par la personne du général De
Gaulle, élu président de la République pour 7 ans et réélu en 1965 au suffrage universel. Il choisi,
sans intervention du Parlement, le Premier ministre qui constitue, avec son accord, le
gouvernement. Il inspire la politique de gouvernement et garde un certain nombre des domaines
privés: les Affaires étrangères et la politique militaire.
Le Parlement (Assemblée nationale et Sénat) vote les lois et peut marquer sa défiance à
l'égard du gouvernement par une motion de censure; mais le président dispose du droit de
dissolution L’article 16 prévoit, en cas de menace extérieure et intérieure, l’attribution de pouvoirs
discrétionnaires au président.
Le premier mandat du général De Gaulle, est caractérisé par une grande stabilité
gouvernementale et par une grande docilité de l’Assemblée Nationale. Cependant, l’élection
présidentielle de 1965, a marqué le réveil de la gauche, qui se réunit dans une Fédération de la
Gauche Démocrate et Socialiste, dont le président François Mitterrand, soutenu par les
communistes, parvint au Ier tour à mettre le général en ballottage. Mais le 2 nd ministère Pompidou
(1966-1969) put continuer la même politique.

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En mai 1968, une émeute des étudiants et une grève générale, mettent le régime en
difficulté et en même temps, révèlent l'impuissance de la gauche organisée et l’apparition dans la
jeunesse de tendances nouvelles, "gauchistes". Tandis que les "Accords de Grenelle" donnaient sa
satisfaction aux syndicats, De Gaulle reprend la situation en main par un discours télévisé qui fut
suivi le 30 mai par une manifestation massive du soutien populaire du régime. La France refusait
l’aventure et les partis de gauche étaient battus.
En avril 1969, De Gaulle, désireux de voir confirmer la légitimité de son pouvoir, par le
peuple français et soucieux d'ouvrir des voies nouvelles à la société française, soumit au référendum
des réformes qui instituaient des régions et supprimaient le Sénat. Les Républicains indépendants
conduits par M. Valéry Giscard d'Estaing, firent campagne pour le "non" qui, finalement,
l'emporta. Battu le 27 avril, De Gaulle se retira. En juin 1969, Georges Pompidou fut élu Président
de la République.
En 1972, l'opposition gauche commençait à retrouver une crédibilité longtemps affaiblie,
grâce à la signature d'un "programme commun" élaboré par le nouveau Parti Socialiste (régénéré
par François Mitterrand) et le Parti Communiste (conduit par Georges Marchais). Après la mort
du Président Pompidou (avril 1974), une campagne, électorale opposa le candidat de la gauche
-Mitterrand, à Chaban-Delmas et à Giscard d'Estaing. Le dernier gagna.

La politique étrangère

En 1940, la France a été écrasée moralement, mais elle peut présenter dans la lutte contre
l’Allemagne hitlérienne, les forces françaises libres et les maquis. La France est réduite au rang de
puissance moyenne; elle se trouve devant l’évidence de la domination du monde de l’après guerre,
par 2 super-puissances ( SUA, Union Soviétique), cependant, elle désire jouer encore un rôle de I er
plan et c’est ce qui explique que la France s’engage après 1945 dans une polit étrangère difficile et
ambiguë.
Les guerres de décolonisation empoisonnent son existence et entraînent la chute de la IVème
République. La France n’a jamais su consentir à temps les réformes, menant à l'autonomie, qui
auraient pu laisser subsister des liens spéciaux avec les anciennes colonies.
La guerre d'Indochine (1945-1954) se termine par la division du Vietnam. La France accorde
l'indépendance à Tunisie en 1955 et à Maroc en 1956, mais ces mesures ont coûté à la France des
crises violentes. La guerre d'Algérie (1954-1962) a été fatale. Elle avait cependant, par la loi-cadre
Defferre, préparé la décolonisation pacifique de l'Afrique noire française. Cette loi datte de 1957.
La Vème République a mené à bien cette nouvelle opération et de nouvelles républiques
africaines sont apparues. En ce qui concerne la politique européenne, la diplomatie de la V ème
République, se fondait sur le ralliement à l’atlantisme et sur la construction européenne (OTAN),
dont l’initiateur a été le ministre d’affaires étrangères Robert Schumann. Et les premières
organisations sont: la Communauté Européenne du Charbon et d’Acier et la Communauté
Économique Européenne des Six (6 Pays).
Cette politique, apparaissait dans certains milieux, comme une subordination de la France à
la diplomatie américaine et suscitait beaucoup d’opposition. La politique française a été
profondément modifiée en 1958 par le général De Gaulle et la France s’engage dans une diplomatie
indépendante vis à vis des SUA et de soutien au tiers monde. Cette politique la rapproche des URSS

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et de démocraties populaires et la détermine à s’opposer à l’accélération du procès européen et à
l’idée d’une Europe supranationale.
Dans la période de la présidence, Pompidou continue la politique de De Gaulle avec un
peu plus d’ouverture vers l’Europe. La politique étrangère de Giscard d’Estaing qui suit Pompidou,
se place sous le signe de l’entente avec tous les Etats (URSS, Chine, Le Monde arabe, l’Afrique
Noire et Blanche, SUA, de Jimmy Carter).

Économie et Société

La grande crise économique des années '30

De 1919 à 1932, malgré la crise du franc (1924-1926), la France vit dans l'euphorie de la
victoire et son économie est heureusement fouettée par la reconstruction de ses régions dévastées.
La production remonte, les exportations reprirent et la balance commerciale devint excédentaire.
Mais cette prospérité apparente ne résista pas au renversement de la conjoncture mondiale. La crise
économique se fit sentir plus tardivement que dans les pays à prédominance industrielle, en raison
d'une production équilibrée, mais elle dura plu longtemps.
Le relèvement qui se dessinait en 1936, fut entravé par la distorsion entre la politique sociale
avancée du Front Populaire et le maintien de structures économiques et financières capitalistes,
distorsion aggravée par la méfiance de la bourgeoisie d'affaires, qui provoqua des sorties massives
d'or et des capitaux et un freinage de la production. Le nombre excessif des petites entreprises et le
manque de standardisation, élevaient les prix de revient et le protectionnisme douanier, en éliminant
la concurrence étrangère, endormait l'esprit d'initiative des entreprises.

Le redressement économique d’après la guerre

A été possible grâce au Plan Marshall de reconstruction; l’instabilité gouvernementale et les


guerres de décolonisation, ont eu des effets désastreux sur les finances publiques, et le redressement
amorçait vers 1958, grâce à une administration stable et clairvoyante et repose sur la modernisation
profonde de l’équipement industriel, de transport, de l’agriculture et sur une expansion générale de
l’économie.
La France se lance dans une politique de coopération avec ses 5 partenaires européens de la
C.E.C.A. et du Marché commun (Allemagne, Italie, Pays-Bas, Belgique, Luxembourg) et avec ses

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anciennes colonies. La doctrine économique française est fondée sur un compromis entre le
capitalisme libéral et la planification réalisant un équilibre entre le secteur public et le secteur
privé de la production. La Vème République prête une attention particulière à l’équilibre budgétaire
et parvient à obtenir dans les années ’60 des balances commerciales favorables.
Sur le plan social, il y eut des phénomènes de grande amplitude. Au lendemain de la
II GM, on constate pour la Ière fois en France, un brusque renversement des tendances
ème

démographiques; cela se traduit dans une baisse de la natalité et dans le phénomène de


l’immigration. La diminution de la mortalité contribue aussi au changement dans l’ordre
démographique et entraîne un vieillissement de la population.
Déjà, avant la guerre, des mesures ont été prises pour arrêter la dénatalité; les mesures ont
été amplifiées après la guerre: - prime à la Ière naissance, - allocations familiales progressives, -
indemnité pour la femme au foyer. Dans ces conditions, l’accroissement du nombre des naissances,
coïncide avec un allongement de l’espérance de vie.

La structure socio-professionnelle:
L’intégration des femmes dans le monde du travail, après la IèreGM, modifie sensiblement le
rôle de la femme dans la société. La femme accède à un statut qui lui donne le droit de gérer sa
carrière professionnelle et d’une manière générale, son destin. En 1945, la femme reçoit le droit de
vote. Pour ce qui est des ouvriers, on enregistre une promotion sociale soutenue par des fortes
organisations sanitaires. Les syndicats imposent la mise en place d’une sécurité sociale bien
organisée. Le niveau de vie de la population s’améliore. Un autre fait remarquable consiste dans le
développement considérable du secteur tertiaire (employé, fonctionnaire, cadres), par rapport au
secteur primaire (agriculture) en forte régression et au secteur secondaire (l'industrie) =)
disparition de la classe ouvrière (prolétariat).
La présidence de Georges Pompidou fut véritablement l'époque de la plus grande expansion
économique; sous son impulsion et celles de Jacques Chaban-Delmas et de Valéry Giscard
d'Estaing, la France réussit brillamment à se hisser au Ier rang des grandes puissances industrielles.
Cependant, la crise mondiale de l'énergie déclenchée en 1974, par le relèvement massif des prix du
pétrole et des principales matières premières, provoqua comme dans la plupart des pays, un freinage
de l'expansion et la mise au Ier plan de l'urgence de solutions permettant à la fois, de favoriser
l'emploi et de réduire l'inflation. Le successeur de Jacques Chirac au poste de Premier ministre,
l'économiste Raymond Barre, poursuivit une politique rigoureuse qui maintint la stabilité du franc
et évita de nouvelles flambées d'inflation.

La vie intellectuelle

L'Enseignement
Dans le domaine l'enseignement les choses ont peu changé:
- la gratuité dans les lycées fut accordée en 1931;
- l'obligation scolaire limitée à 12 ans, fut portée à 14 ans (en 1936) et à 16 ans (en 1967);
- la création de multiples collèges d'enseignement secondaire prenant les élèves de toute provenance
- dans l'enseignement supérieur, de nouvelles disciplines sont apparues et plusieurs Université
furent créées pour répondre au flot croissant des étudiants (160.000 en 1961 - 650.000 en 1969);

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- dans le secteur de la recherche, un travail d'équipe considérable a été accompli grâce à la fondation
du Centre National de la Recherche Scientifique.
La pensée
Dans l'histoire de la pensée, les conséquences des 2 guerres, furent peut-être, encore plus
grandes sur les esprits, que dans le domaine matériel. L'effondrement des structures mentales et
sensibles traditionnelles, prit des formes diverses, mais fut universel. Entre les 2 guerres la
publication en 1919 de L'énergie spirituelle (Bergson), accentua le triomphe en philosophie de
l'élan vital sur la pensée rationnelle dévaluée, et les travaux de Freud, qui commencèrent alors à
être connus en France, attirèrent l'attention sur les pulsions de l'instinct et de l'inconscient.
Le mouvement surréaliste, qui ne fut pas une simple école littéraire, proclame une révolte
systématique contre la guerre et une libération totale de l'esprit, non seulement dans la poésie et
l'art, mais aussi dans la vie. Cependant, les 10 années qui suivirent la IèreGM, portèrent dans la
pensée et la littérature, la marque d'une euphorie brillante. C'est l'âge de la grande génération
"classique": Proust, Gide, Valéry, Colette. Après 1930, la lutte des idéologies (fascisme,
démocratie, communisme) et surtout une interrogation tragique sur le sens de la vie, envahirent tous
les écrits importants. C'est la génération dite "éthique": Bernanos, Saint-Exupéry, Céline,
Malraux, Aragon et, à la veille de la IInde GM, Sartre.
La diffusion de la pensée et la génération de l'information. D'autres moyens de diffusion
de la pensée que le livre, ont pris au XXèmes, une influence grandissante:
La presse. Avant 1940, les principaux organes d'information étaient Le Petit Parisien (à
clientèle populaire), Le Matin, Le Figaro, Paris-Soir et Le Temps (Bourgeoisie d'affaires). La place
de la photographie et de la publicité y était devenue de plus en plus large. Elle était souvent
critiquée, soit pour son goût du sensationnel, soit pour l'influence occulte qui s'y exerçaient certains
groupes financiers.
En 1944, une presse "libérée" apparut qui se voulut dégagée des puissances d'argent, aussi
bien pour sa rédaction, que pour sa diffusion. Les quotidiens les plus influents, furent alors: - Le
Parisien libéré, - L'Aurore, - Le Figaro, - Le Combat, - France-Soir et le quotidien des "gens
sérieux" -Le Monde. Ce dernier journal est à l'origine d'une formule nouvelle de gestion: celle qui
est assurée par les rédacteurs eux-même. Parmi les hebdomadaires influents, il faut citer: -
L'Express qui a adopté une formule américaine. - Paris Match, - Le Nouvel Observateur, - Le
Canard Enchaîné. Un nouvel hebdomadaire, - Le Point, dont la formule est voisine de celle de
L'Express, a vu le jour en 1792 et s'est imposé "à son tour.
Dans le même temps, les revues littéraires perdaient la meilleur part de leur clientèle, la
littérature semble surtout réfugiée dans les "suppléments" ou "pages" littéraires, qui publient chaque
semaine de grands quotidiens comme Le Monde ou Le Figaro.
Radio et Télévision. Dès les années '30, la radio commençait de prendre, pour les
informations, le relais de la presse écrite. À la Libération, le gouvernement provisoire établissait
une Radiodiffusion française, alimentée financièrement, par une redevance payée par les auditeurs
et de ce fait, à l'abri des entreprises de publicité. 3 postes dits "périphériques" voyaient cependant
le jour: - radio-Luxembourg, - Europe nº1 et - radio Monte-Carlo; ils tiraient de la publicité le
principal de leurs ressources. La concurrence, ainsi créée, a souvent pour effet d'abaisser le niveau
intellectuel et moral des émissions; la Radiodiffusion française réussit pourtant à faire vivre 2
chaînes de haute qualité: - France-culture et - France-musique.
Depuis 1960, la télévision exerce sur les masses françaises une très forte influence qui n'a
pourtant pas détruit celle de la radio. Après avoir été regroupés en un Office plaçant sous une
direction générale unique les émetteurs d'État de la radio et les 3 chaînes de télévision (ce qui donna

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aux Français le sentiment que ces média étaient non seulement monopolisés, mais orientés par le
Gouvernement), ceux-ci furent divisés en 6 sociétés autonomes comprenant, outre la Radiodiffusion
et les 3 émetteurs de télévision, une Société française de Production et Création audio-visuelles et
l'Institut de l'Audiovisuel.

La France et la société de consommation

Jean Baudrillard: Né en 1929 est actuellement professeur de sociologie à la faculté de


Nanterre. Il a écrit des chroniques littéraires pour "Les temps modernes" et il a de nombreux
ouvrages publiés, parmi lesquels: "Le système des objets", "Le miroir de la production",
"Simulacres et simulation". Le livre de J.Baudrillard, La société de consommation, est une
contribution magistrale à la sociologie contemporaine. Ecrit dans un style serré, la jeune génération
devait l'étudier soigneusement, car le livre a le "but" de briser ce monde monstrueux, sinon obscène,
de l'abondance des objets, si formidablement soutenu par les mass média et surtout par la télévision,
ce monde qui nous menace tous.
Les phénomènes de la société française contemporaine ont fait l'objet d'étude approfondi des
économistes, des sociologues et même d'une certaine anthropologie. Cette-ci étudie les phénomènes
sociaux dans la perspective d'une philosophie de l'homme. L'une des analyses les plus poussées de
cette société est celle de J. Baudrillard. Il analyse la société occidentale contemporaine, en
s'appuyant sur le phénomène de la consommation d'objets. Dans sa conception formulée en 1968
dans "Le système des objets", la consommation est "un mode actif de relation (non seulement
aux objets, mais à la collectivité et au monde), un mode d'activité systématique et de
réponses globales sur lesquelles se forme tout notre système culturel."
Il montre que les grandes corporations technocratiques provoquent des désirs irrépressibles
créant des hiérarchies sociales nouvelles qui se sont substituées aux anciennes différences de classe
par le billet de la mise en place des nouvelles mythologies. Pour lui, (J. Baudrillard) la machine à
laver appartient de la "sert comme ustensile et joue comme élément de confort, de
prestige, etc. C'est proprement ce dernier champ qui est de la consommation". La
consommation relève donc d'une logique des signes, des symboles et non d'une logique du besoin.
La chose achetée répond à toute autre chose qui se situe soit au niveau d'une logique sociale, soit au
niveau d'une logique du désir.
La consommation est ainsi promue au statut de mythe de la communauté, de mythe tribal et
chargée d'instituer une norme morale. Selon J. B. la conjonction du mythe de la consommation et de
la norme morale a quelque chose de monstrueux sinon d'obscène et menace de détruire les bases de
l'être humaine. Il remarque d'un côté, que depuis l'antiquité la pensée européenne a maintenu un
équilibre entre les racines mythologiques et le monde du logos et cet équilibre est gravement mis en
cause par le nouveau type de société "saturée", "sans vertiges et sans histoire, sans autre
mythe qu'elle-même".
La multiplication des objets, des services, des biens matériels constitue une sorte de
mutation fondamentale dans la condition de l'espèce humaine. Dans la société d'abondance la
relation de l'homme avec les objets devient dominante au point de réduire dangereusement la
relation avec les autres et la cohésion sociale. L'homme moderne reçoit et manipule des objets et
des messages, il est entouré chez lui et à son lieu de travail d'auxiliaires techniques, il devient un
chaînon dans la machinerie matérielle de communication et des activités professionnelles, subit
l'assaut permanent de la publicité et des médias.

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Ce qui frappe dans l'abondance des objets, c’est l'idée, mise en évidence, de surplus, la
négation de la rareté, l'idée d'une nature retrouvée, féconde jusqu'à la prodigalité (= risipa)
intarissable (nesecat) → Vallée de Canaan avec des ruisseaux et de lait du miel. L'achat devient un
sort de communion, un sort de messe; en achetant une portion de produit on a le sentiment d’acheter
le tout. L'acte d’achat ne repose plus sur une nécessité, il devient une métonymie participant de la
grande métaphore de don.
La sociabilité ou la capacité de "créer du contact", d'alimenter la relation, de promouvoir les
échanges, d'intensifier le métabolisme social, devient dans cette société une marque de la
"personnalité". Les conduites de consommation, de dépense, de mode et, à travers elles, de
communication avec les autres, sont une des pièces maîtresses de cette "personnalité" sociométrique
contemporaine, telle que l'a esquissée D. Riesman dans la "La Foule solitaire". Tout le système de
gratification et de sollicitude n'est en effet que la modulation affective elle-même fonctionnalisée,
d'un système de relations où le statut de l'individu change totalement.
Entrer dans le cycle de la consommation et de la mode, ce n'est pas seulement s'environner
d'objets et de services au gré de son propre plaisir, c'est changer d'être et de détermination. C'est
passer d'un principe individuel fondé sur l'autonomie, le caractère, la valeur propre du moi à un
principe de recyclage perpétuel par indexation sur un code où la valeur de l'individu se fait
rationnelle, démultipliée, changeante: c'est le code de la "personnalisation", tout nul individu en soi
n'est dépositaires, mais qui traverse chaque individu dans sa relation signifiée aux autres.

Aspects de la consommation en France ( '60-'95)

Depuis 40 ans la France connaît un développement économique important qui se traduit


dans un accroissement continu du revenu et de la consommation des ménages. De 1959-1995, le
pouvoir d'achat a presque triplé comme d'ailleurs la consommation moyenne (la multiplication par
3,3 en 40 ans en volume). Le pouvoir d'achat et la consommation suivent une courbe ascendante
jusqu'en 1973, année du Ier choc pétrolier. De 1973-1997, ils augmentent de 3% environ en
moyenne annuelle. Dans les années '60-'70 il y a une croissance très accélérée.
On constate qu'à long terme, le pouvoir d'achat et la consommation suivent des cours
parallèles, cependant à court terme, les ménages peuvent jouer sur leurs économies pour
consommer plus ou au contraire pour décaler leurs dépenses. On constate de tels décalages par ex:
de 1981-1985, le taux de consommation est de 2, 3% et la croissance du pouvoir d'achat n'est que de
1%. Au contraire, de 1988-1998, l'augmentation de la consommation est plus faible et le pouvoir
d'achat connaît une ascension plus forte. L'épargne dépend des revenus et des habitudes des
consommateurs. Entre 1959-1979, le taux d'épargnes a augmenté continûment, passant de 14, 6% à
20, 5%.

L'épargne joue un rôle traditionnel jusqu'au début des années '80, amortissant l'impact de
fluctuation de revenus et réglant la consommation Depuis 1980, il semble que quelque chose est
changé dans le comportement des ménages vis à vis de l'épargne et ce changement consiste dans la
constitution d'une épargne de précaution sous l'effet de la montée du chômage et des incertitudes sur
l'avenir des retraites. Ce changement se produit sous l'effet de la libération financière qui consiste

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dans l'augmentation des taux d'intérêt et dans cette situation, il devient très rentable d'épargner. Les
taux d'intérieurs sont très élevés depuis 1990.
Ce comportement laisse voir que les ménages présentent une tendance à sacrifier la
consommation présente au profit d'une consommation future. La société de consommation est
entièrement axée sur le présent, vivre dans le présent ne rien sacrifier. La libéralisation financière
détermine un cycle des endettements, lié à une extension de l'offre de crédit à partir de 1985, puis à
sa contraction depuis 1991. La croissance au niveau de la consommation s'est accompagnée d'une
modification de sa structure.
Les dépenses alimentaires ont été multipliées par 2 entre 1960-1985 (inférieures à celle de la
consommation globale). Mais ce phénomène est classique pour le bien des premières nécessitées.
Le budget familial consacré à l'alimentation passe de 33% en 1960, à 26% en 1970 et à 18% en
1995. La consommation alimentaire a été influencée par plusieurs phénomènes: le développement
du travail féminin, ce qui entraîne une réduction du temps consacré à la préparation du repas. Cette
transformation au niveau de la société, a été rendue possible par:
- le développement de produits transformés, de plus en plus sophistiqués (conserves, plats cuisinés,
surgelées); - le développement de la consommation des produits surgelés, grâce à l'industrie
électroménagère (le congélateur a fait son apparition en France en 1963);
- l'influence des préoccupations d'ordre nutritionnelle (les produits à la base de protéines tendent à
remplacer certains produits de base: la pomme de terre, le pain, le sucre, les corps gras);
- la consommation des fruits et des légumes augmente depuis les années '70.
Il y a également des changements dans le mode d'achat. Ces changements ont été favorisés
par plusieurs facteurs:
- le développement de l'automobile;
- un autre c'est le facteur de l'hypermarché et la pratique des prix bas;
- 3/4 des ménages possèdent au moins une voiture en 1995, contre 1/3 seulement en 19660;
- les grandes surfaces en 1963.
La conjonction des 2 développements consiste dans le fait que les courses les plus
importantes deviennent les plus fréquentes. 50% des achats alimentaires sont effectués dans les
grandes surfaces; les dépenses en habillement ont plus que doublé depuis 1960 à 1995. Mais leur
proportion dans le budget familial a diminué de 11% à 5,5%. Si les années '60 sont marquées par la
fièvre de la quantité, par la suite, les ménages ont porté leur choix vers les articles de qualité, en
recherchant le meilleur rapport entre la qualité et le prix. L'offre s'est adapté à ce phénomène; les
supermarchés et hypermarchés ont développé leurs gammes à des prix compétitifs et le phénomène
de solde s'est accru; les consommateurs attendent cette période pour renouveler leurs garde-robes et
accéder à des produits de qualité à des prix réduits.

Le logement
Depuis 1990, il occupe la Ière place dans les dépenses des ménages; en volume elles ont
presque quadruplé de 1960-1995 et elles ont passé de 10% en 1960 à 2% en 1995. C'est une période
où l'Etat a pris en charge le logement (HLM = habitat à loyer modéré) situé d'habitude en banlieues.
L'augmentation des loyers est plus rapide que celle de l'indice général des prix.
Les dépenses pour le logement regroupent: les loyers payés par les locataires et les
dépenses des petits entretiens (chauffage, éclairage, ordure, ménagère). Les dépenses liées à l'achat

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ou au gros entretien sont considérées comme des investissements de famille. L'augmentation des
dépenses de logement, traduit les améliorations du confort des logements et l'accroissement
considérable du parc de logement. La croissance maximale a été atteinte entre 1968-1975: environ
280.000 logements ont été construits en moyenne, dans cette période.
Cette croissance correspond à l'arrivée à l'âge adulte de la génération du baby-boom;
l'accession à la propriété a été soutenue par les taux d'inflation jusqu'aux années '80. (le mobilier, la
TV). Les dépenses d'équipement ont doublé en 35 ans, mais là aussi leur part budgétaire a diminué
de 11% à 7,5% en 1995. Après une période d'équipement intense, dans les '60 et au début des '70,
s'est produit un effet de saturation: 99% des ménages possèdent un réfrigérateur, 89% -lave-
machines, 51% un congélateur, 35% un lave-vaisselle.

Le bonheur
Lié en quelque sorte à l'idée de consommation (c'est les commerçants qui font cela); si on
écorce sous la croûte → pénétrer des l'imagination d'un peuple; on consomme aussi des services
non seulement de produits; manger seulement du rose, assiettes roses. Les dépenses pour la santé se
sont multipliées par 8 dans la période dont nous parlons et leur coefficient budgétaire est passé de
5% en 1960 à 10% en 1995. Ce qui entre dans ce budget:
- offre de soin; - augmentation de l'espérance de vie; - amélioration de la protection sociale;
- des progrès techniques et scientifiques ( hôpitaux, appareils);
- l'accroissement en volume de la consommation médicale a toujours été supérieur à celui de la
consommation globale, exception faite par les années marquées par la volonté des pouvoirs, de
modérer ces dépenses.
Par exemple dans les Etats Unis, L'Etat n'intervient pas comme en Europe; il s'agit de "l'Etat
providence" qui donne tout; c'est un système de distribution, d'assurance sociale, de travail, de
congés, de loisirs; il garde tout et distribue pour tous le revenue global au niveau de la société.
Les Américains ont pensé que l'Etat était un mauvais ?exemple? et que les petits
assureurs, l'Etat contrôle les assureurs; dans les grands villes le système de transport en commun est
très bon; le multi-équipement est à la mode; le développement du travail féminin; - petites voitures
élégantes légères, faciles à garer, féminines même.

La culture et les loisirs


Les dépenser de culture et de loisirs ont presque quintuplé en volume. Elles s'élèvent à 7,5
en '95, contre 6% en '60, au niveau du budget. Leur croissance est liée à celles des biens
d'équipement. Par exemple:
- la TV, elle équipe 95% des ménages; - le magnétoscope; - plus de 60% possèdent un vidéo;
- les ouvriers sont mieux équipés en TV que les intellectuels;
- en dépit de la saturation, le marché continue de progresser en faveur de l'équipement des
résidences secondaires et d'un multi-équipement des résidences principales.
- L'achat de livres et de périodiques est assez modéré.
Selon Pascal, la recherche du bonheur est générale, mais chacun y va par des moyens
différents; il pense que l'homme a été heureux avant la tâche originelle et il estime que l'homme
peut atteindre au bonheur seulement par la foie et encore, il est sceptique quant au résultat. En fait il
estime que l'homme est incapable d'être heureux; il faut laver les idées de "on dit"-s; les idées
peuvent faire du bien/du mal; il faut les examiner bien; le meilleur moyen de rendre quelqu’un
heureux c'est de l'être soi-même.

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Etre heureux dans la misère (physique et morale) est impossible; c'est ou vicieux ou
artificiel. "Ce n'est pas dans la jouissance que consiste le bonheur mais dans le désir". (Rousseau).
Stendhal -ferme, ne s'égarait pas dans ses idées; caractère = manière habituelle d'aller à la chasse du
bonheur.

Vie quotidienne et sensibilité


Apres la guerre, grâce à son rapide redressement économique, la France prit à peu de choses
près la physionomie des pays a haut développement. La modernisation des campagnes, sauf
quelques secteurs, leur motorisation et l’usage de plus en plus étendu des appareils électro-
ménagers, firent sortir une grande partie de la paysannerie de sa vie archaïque.
En même temps la vie urbaine se modifia, surtout après 1950, par l’énorme développement
des moyens prives de transport qui fit des vacances d’été et même d’hiver, et des week-ends,
l’occasion de déplacements considérables de population. Le camping, le tourisme proche ou
lointain, les voyages en avion devinrent très répandus, selon le degré des revenus. Ceux-ci, en
croissance régulière, firent accéder une importante partie de la population a un haut niveau de
consommation. La radio fit partie de la vie quotidienne de tous et la télévision s’installa dans un
grand nombre de foyers.
La France accédait, prétendait-on non sans naïf optimisme, a la « civilisation des loisirs ».
Le gouvernement crut bon, alors, pour diriger ces loisirs, d’instituer un ministère de la Jeunesse et
des Sports et un « ministère de la Culture et de la Communication » qui a également compétence en
matière de radio-diffusion et de télévision. Ils installèrent des délégations dans les différentes
provinces et facilitèrent l’ouverture de Maisons de Jeunes et de Maisons de la culture.
Toutefois, vers la fin du XXemes., l’attention des Français et celle de leurs gouvernants sont
accaparées par de nouvelles et graves préoccupations :
- le déficit sans cesse accru des institutions de protection et de prévoyance sociale ;
- les progrès de la criminalité et de la violence et l’insécurité qui en est la conséquence ;
- la montée du chômage ;
- les dangers que font courir à la paix mondiale la situation en Afrique, dans le Proche-Orient et le
Sud-Est asiatique ainsi qu’une certaine redistribution des influences des influences à la surface du
globe.

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La littérature du XXème siècle

Née par voix de négation, elle refuse ce qui était avant; les négociations sont si nombreuses,
si radicales que les problèmes qu'elles posent ne sont plus des problèmes de critique ou de théorie
littéraire, mais des problèmes d'anthropologie et de psychologie. Qu'est-ce l'homme?
Pourquoi vit-il? Cette littérature refuse une vision du monde, de l'existence relevant de l'époque
du début du capitalisme et elle pose d'une façon nouvelle le problème de l'homme et de ses rapports
avec l'univers, avec la société; cette nouvelle vision a été influencée par les mouvements
philosophiques nouveaux (le bergsonisme, l'intuitionnisme, l'existentialisme, le structuralisme,
phénoménologie).
Après 1968, une sorte de neo-romantisme apparaît. Ce sont les grands mouvements
philosophiques du siècle: l'exploration de l'inconscient (Freud, Lacan); les métamorphoses
formelles et thématiques; comment la personne voit le monde, description, phénoménologie.
Bergson: "L'art est un moyen de capter l'existence fluide de la réalité au-delà des
aspects rigides saisibles à la raison. L'art essaye de sonder la vie intérieure des
choses." L’œuvre ouverte: elle n'offre plus des destinées closes; elle s'ouvre à toutes les
interprétations.
En poésie, le siècle s'ouvre sur le dadaïsme et le surréalisme. Dès 1918, va s'affirmer un
mouvement qui se propose une révolte pure et totale, aboutissant à une complète désagrégation du
langage et de la vie de l'esprit. Le nom de Dada, choisi par ce mouvement, illustre sa volonté de
soumettre le contenu et la forme de la poésie à l'irruption incontrôlée de la violence.
À partir de 1923, apparaît le surréalisme qui se propose la recherche d'un idéal poétique
spécifique du XXème s et il est contre les conceptions politiques du passé et même du présent (Paul
Valery, Paul Claudel); ils ont bâti leurs systèmes poétiques sur des préjugés et des erreurs (Claudel
est accusé de conformisme social; Valery est accusé de raffinement décadent). Henry Benac dit: "le
surréalisme sue libérer l'homme de la raison, des contraintes d'une civilisation
utilitaire, en mettant en oeuvre le jeu désintéressé de la pensée, les forces de
l'inconscient."
Dans l'aventure surréaliste, la poésie était cependant appelée à jouer ce rôle de pilote qui lui
avait déjà assigné Apollinaire. Mais à la différence de la plupart des écoles poétiques antérieures,
cette poésie-pilote n'est qu'un moyen d'expérimenter et d'exprimer ce que le chef du mouvement
André Breton nomme "la vraie vie".
Dans le même temps, le surréalisme créait un climat littéraire nouveau, qui fut la
caractéristique dominante du moins ce qui concerne la poésie des années 1920-1930. Il n'a pas cessé
depuis, d'imprégner les oeuvres les plus diverses. De leur côté, un nombre de poètes, parmi les
meilleurs, sans appartenir le moins du monde au groupe surréaliste, ont poursuivi souvent dans la
solitude, des expériences parallèles et forment ainsi, autour du surréalisme proprement dit, une zone
indépendante riche en oeuvres de Ier rang. La poésie contemporaine apparaît comme la suite et
l'héritière à la fois, du surréalisme et de ces poètes indépendants, sans que soit néanmoins abolie
l'influence de la génération antérieure, celle de Péguy, de Valéry et de Claudel.
Le champ poétique du surréalisme: - ils ont voulu renouveler la matière de la poésie grâce à
une exploration méthodique des mystères intérieurs; - ils manifestent un grand intérêt pour les
mythes primitifs, les illusions des fous, les hallucinations des névrosés, pour les phénomènes de

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dédoublement de la personnalité, pour l'exploration du rêve et de la folie. L'écriture est technique,
automatique: absurde, le sarcasme, la notation du rêve.

Guillaume Apollinaire
Guillemus-Apollinaris-Albertus, né à Rome en 1880. Simple élégiaque parfois ("Le Pont
Mirabeau"), non sans fidélité au symbolisme ("Signe", "Cors de chasse"), "naturiste" d'esprit par
son attachement aux réalités diverses qui s'offrent à lui, "fantaisiste" par son ironie et son
intelligence en éveil ("Annie", "Calligrames"), il pratique par surcroît, jusqu'en 1912, une
versification en général régulière ou à peine libérée. Rien ne le distingue donc d'abord, pour
l'essentiel, de la plupart des aspects reconnus de la poésie de son temps. Mais il demeure
entièrement original par le jeu de son imagination et par les nuances de sa sensibilité ou de son
incomparable modulation.
Au contraire, à partir de la publication "d'Alcools", il est incontestable que, "las d'un monde
ancien", il aspire à toutes les innovations poétiques liées à la représentation des choses et de la vie
modifiée par la peinture improprement entendue comme "cubiste"; sa technique du vers est, en
même temps, bouleversée. Son tort et son mérite confondus out été, en fait, de n'avoir rien formulé
dogmatiquement, ni rien choisi. Apte à s'émerveiller de tout, il a tantôt pressenti, tantôt capté les
aspirations poétiques en voie d'affirmation. Son importance est de les avoir, à leur date, fixées par
quelques parfaites réussites. Son originalité réelle réside dans le caractère irréductible de sa vision
du monde et dans la résonance unique de son chant.

Marcel Proust
Marcel Proust est né a Paris le 10 juillet 1871. Dans l'Hommage a Marcel Proust, Paul
Valery écrivait: "On peut ouvrir le livre où l'on veut: sa vitalité ne dépend point de se qui précède;
elle tient à ce qu'on pourrait nommer l'activité propre du tissu même de son texte". Ce style
inimitable est en effet d'une foisonnante richesse; mais seul celui que Montaigne nomme
"l'intelligent lecteur" pourrait le trouver confus.
Marcel Proust est un novateur du roman par la reprise d'un personnage d'un roman à
l'autre. Proust a été un grand admirateur de Balzac. Lorsque dans les romans de Balzac le
personnage est pris à un moment de la vie, Proust institue la discontinuité du personnage; il
considère que "le moi" d'un personnage est fait des plusieurs "mois", il n'est pas unitaire, il est plus
complexe. Figures à la fois individuelles et typiques, chacune a son rythme et son langage différents
de tous les autres et toujours reconnaissables.
Au début du roman proustien la description a un rôle décoratif, pas de fonction référentielle;
il n'y a pas de description réaliste; elle était le lieu où l'auteur pouvait utiliser sa rhétorique. Pendant
la période romantique, on observe une description expressive, une description des états d'âme. Avec
le courant réaliste (Balzac, Stendal, Zola), la description a une fonction référentielle, elle renvoie à
une société dans les traités scientifiques; la description est subordonnée au récit, elle fixe le cadre et
met en évidence les pers. Le roman est capable d'inscrire dans son texte, des textes nés dans d'autres
domaines (juridique, politique, économique).
Proust a innové la promotion de la description. En ce qui concerne le récit on constate un
éclatement du récit, une réduction du récit et la description gagne de l'importance et de primauté sur
le récit. Cela se manif par la longueur des descriptions (de paysages psychologiques, portraits).
C'est bien l'époque où le récit s'intériorise (ex: le récit du XIII èmes où l'espace du personnage se

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restreint et l'aventure s'intériorise dans la profondeur du "moi" comme un "voyage" vers lui); on
voit la description d'un chemin" a l'intérieur de son âme.
Au XIXèmes les personnages traversaient les pays et les mers; au XXèmes l'aventure
s'intériorise (la description de l'intérieur de son âme, les dangers se trouvent dans leurs âmes, ils
peuvent se sauver ou se perdre). Le récit a éclaté en plusieurs morceaux, il n'est pas un seul, unique,
mais il y a un récit principal et puis 2-3 récits parallèles, en hiérarchies (récits secondaires). On peut
parler ici d'une conception philosophique qui correspond à une sensibilité de l'homme moderne et à
sa vision du monde et Proust est très représentatif pour ce changement de l'homme; la vie de XXèmes
oblige à la fragmentation de la personnalité de l'homme.
La psychologie de Proust n'est pas statique mais évolutive. Il sait que le "moi" n'est pas une
donnée immobile, qu'il se transforme sans cesse, que "la permanence et la durée ne sont pas
promises à rien, pas même à la douleur"; il sait que seul le passé nous est acquis et que "les vrais
paradis sont les paradis qu'on a perdus". Perdus à jamais? Non, car la mémoire va les ressusciter,
mémoire involontaire mais disponible, accueillant l'apparition mystérieuse, imprévue, grâce à
laquelle va se construire, sur le goût d'un gâteau ou le parfum d'une fleur, "l'édifice immense du
souvenir".
Parfois, on voit des effets dont on ne connaît pas les causes ou bien, il y a des causes
multiples mais on ne voit pas l'effet. Entre l'effet et la cause la relation est déterminée au XIXèmes et
au XXèmes. Au XXèmes on se rend-compte que cette relation ne peut être précisément déterminée:
dans l'âme par ex on sent parfois un sentiment de tristesse sans motif; ou bien, on rit même si on ne
doit pas, ce qui représente un grand mystère pour l'homme. On a souvent le sentiment de n'avoir pas
toujours tout exprimé, tout fait, on a besoin de temps pour cela. On peut observer ici
l'indéterminisme psychologique de Proust qui est à la recherche des causes des effets qu'il n'a jamais
pu expliquer. Les éléments nouveaux qu'il a introduit dans le roman sont: - la discontinuité de la
personnalité, - la dysfonction du psychique, - la pluralité des "mois", - le fonctionnement de la
mémoire, - la profondeur psychologique, - le mystère.

André Gide
Né à Paris, le 22 novembre 1869, Gide entre naturellement dans la tradition classique par la
primauté qu'il accorde à l'inépuisable étude de l'âme humaine, faite à travers lui-même. Mais il a
aussi formulé sa propre définition du classicisme qui est toujours victoire sur "le romantisme
intérieur" et par conséquent pudeur, contrainte dans l'expression littéraire.
Publiées en 1897, après une lente élaboration, "Les Nourritures terrestres" chantent, sur le
mode lyrique, la libération que Gide a connue pendant son Ier séjour en Tunisie. Passée presque
inaperçue au moment de sa publication, cette oeuvre est sans doute celle qui offre, aujourd'hui le
plus de formules trop facilement invoquées pour définir, sans nuances l'attitude gidienne devant la
vie. Gide, dans sa Préface à l'édition de 1927, présente "Les Nourritures terrestres" comme le livre
d'un convalescent "qui embrasse la vie comme quelque chose qu'il a failli perdre"; comme une
apologie de dénuement, ayant une grande influence sur la littérature du XXèmes. C'est un livre de pur
lyrisme, une apologie de la sensualité, de la disponibilité, de la jouissance et de la vie dans l'instant
non entravée par la crainte du péché.
Gide marque un tournement du roman par le changement du point de vue et l'introduction de
la mise en abyme. Lorsque chez Balzac, le narrateur est omniscient (focalisation zéro), il est
l'homme de la camera qui sait tout; chez d'autres écrivains on voit la focalisation interne, la vision
avec le personnage, une restriction du champ de la vision, qui détermine une augmentation de
l'inquiétude pour le lecteur; chez Hemingway, on a la focalisation externe ou la vision par derrière

17
(littérature absurde), le narrateur narre ce qu'il voit, mais il est incapable d'expliquer les actes, les
gestes du personnage qu'il décrit, le lecteur est obligé à faire lui même le récit.
On constate que Gide, mélange tous les aspects et cela constitue un élément de lisibilité, la
mobilité de l'individu dans la société moderne est plus grande et sa vision de l'univers change en
fonction de la position qu'il occupe dans la société; l'individu a une grande mobilité psychique.
Dans "Les Faux -Monnayeurs" (1925), la seule de ses oeuvres de fiction qu'il ait accepté de
nommer roman, Gide rassemble une ample matière où l'analyse pourrait retrouver tous les éléments
constitutifs du roman traditionnel depuis Balzac. Or l’œuvre aboutit à rendre secondaires, la nature
et la présence de tels éléments, au profit de la surprise causée par un roman qui tend à bouleverser la
conception et même à nier finalement la possibilité du genre. Le curieux Journal des Faux-
Monnayeurs, tenu pendant la longue élaboration du livre, précise la pensée et le dessein de l'auteur
sur ce point. C'est sur ce point surtout qu'il commence à innover car dès 1925, et bien avant,
l'influence de romanciers américains comme Faulkner, la narration gidienne a déjà abandonné
toute chronologie linéaire et bornée; toutefois, le simple "retour en arrière" est son moindre artifice,
et elle n'est pas non plus animée par un unique mouvement de reconquête sur "le temps perdu"
comme chez Proust. Gide tend à une autre chose: il veut d'abord rendre sensible, à tel moment
choisi, la simultanéité de gestes et de pensée appartenant à des êtres éloignés les uns des autre et qui
commandent leur future rencontre.
La mise en abyme: est un procédé que Gide a emprunté aux arts plastiques et suppose la
reproduction de l'image dans l'image, l'insertion d'un récit dans le récit, du roman dans le roman.
Elle consiste donc, dans l'attribution à un personnage du récit, l'activité même de l'auteur; le procédé
gidien permet de construire un supper-roman ouvert, une structure ouverte; "J'aime assez (écrit
Gide dès 1893), qu'en une oeuvre d'art on retrouve ainsi transposé à l'échelle des
personnages, le sujet même de cette oeuvre." Il songeait ainsi, à un artifice pictural par
lequel un artiste réalise la réflexion sur la petite surface d'un objet représenté - un miroir par ex- de
la scène entière qu'il peint sur sa toile.
"Le Traité du Narcisse" (1891) le montrait déjà hanté par le jeu de la réalité et du reflet. Le
procédé n'était pas absent de certaines pages de "L'Immoraliste". Mais par l'invention "du roman
dans le roman", c'est dans "Les Faux -Monnayeurs" qu'il applique pleinement une technique
comparable à ce procédé du blason qui consiste, dans le Ier, à en mettre un second en
abyme. L'abyme étant le centre de l'écu, c'est au cœur même du livre qu'Edouard parle de son
propre roman et en fait de la théorie.

Le roman de 1919-1939

C'est à une longue et ancienne tradition que se rattache le roman-fleuve (ou roman
cyclique) du XXèmes; Qu'il suffise de rappeler l'étendue des romans précieux de XVIèmes.; plus près
de nous, Balzac devait progressivement découvrir qu'une sorte de loi acheminait le roman à
s'organiser en épisodes successifs ou simultanés avec retour cyclique des personnages, et ainsi
naquit comme on sait "La comédie humaine". Enfin la continuité de cette tradition s'affirme, au
début du XXèmes avec le Jean-Christophe de Romain Rolland.
La génération de 1925 est une génération de novateurs: le roman se révèle pour eux comme
la forme par excellence, qui permet de mettre en scène des personnages lancés dans des aventures,
qui les confrontent avec les choix fondamentaux pour leur existence. Le roman est la description du
monde à travers une conscience, c'est-à-dire à travers un langage; ces écrivains abandonnent la

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fiction d'une histoire, au profit de la représentation du monde comme durée de la conscience; il n'y a
pas de description objective de la réalité, pas de chronologie linéaire mais une durée, pas d'intrigue
ordonnée.
L'idée d'un dynamisme romanesque s'installe, la matière du roman devient la vie même; les
personnages et leurs péripéties ne sont que des moyens pour rendre présente cette existence aux
lecteurs. En faisant affluer au niveau de la conscience, tout ce qui est vie inconsciente ou semi-
consciente, Proust et d'autres écrivains à sa suite, instituent au lieu de la psychologie traditionnelle,
une psychologie de profondeur, grâce au jeu de la mémoire; la réalité vécue et représentée est
conçue comme une discontinuité, comme une constellation de rapport comportant des
intermittences et des variables.
Ainsi les années 1920-1940, particulièrement féconds, ont vu paraître des oeuvres qui, par-
delà les différences de tempérament et d'intentions, présentent certains traits communs:
- tout d'abord une forme, celle du roman cyclique;
- ensuite une signification, englobant dans les méandres du "fleuve", l'analyse psychologique des
caractères, la grande fresque historique et sociale et le symbolisme moral ou philosophique.
Le roman reste donc réaliste dans la mesure où il se fonde sur une documentation détaillée
et se préoccupe de faire vivre la réalité sociale d'une époque, mais il déborde aussi ce réalisme, soit
en s'élevant jusqu'à l'amplification épique, soit en suggérant une véritable interprétation
philosophique de l'histoire individuelle collective.
Entre les 2 guerres, le roman se manif surtout comme "Le roman de la condition humaine".
Les représentants sont: George Bernanos, André Malraux, A. de Saint-Exupéry, J. Giono, L-F
Céline, etc. Leurs propos est de mettre en situation les personnages, à fin de leur faire donner des
réponses existentielles. Ils se demandent quelle justification donner à ces actions. Le roman ne fait
plus l'inventaire de la réalité il est fait de questions, il est un questionnement sur la condition
humaine. Le roman est éveilleur de conscience.
Un critique assez connu, G-Picon, appelle cette génération d'écrivains la "génération
éthique", qui se propose de répondre à la question Comment vivre? Dans ces romans l'homme est
en rupture avec le monde, mais ne désire pas le changer. Dans la conception des écrivains de la
génération éthique, la romancier doit s'engager profondément dans ce monde. La désagrégation
politique, économique, sociale et intellectuelle de l'entre 2 guerres fait découvrir aux romanciers son
historicité (le mot est de Sartre) et la relativité de la civilisation. Les conditions historiques
surdéterminent les idées, les réalités économiques et sont à la base de la pensée: l'homme n'est pas
libre, en échange, il est responsable. L'homme croit vivre dans un monde stable, mais en réalité ce
monde est en perpétuel changement et lui demande d'agir, de contribuer à le changer. Chaque
homme a sa part de détermination historique et chacun pare la responsabilité du mal.

André Malraux

S'il voit dans l'Art "la part victorieuse du seul animal qui sache qu'il doit mourir",
Malraux consacre aussi l'ensemble de son oeuvre romanesque aux seules affirmations que l'homme
puisse, selon lui, opposer à la mort et aux servitudes de sa condition. Cette oeuvre est faite de
quelques romans désormais fixés à leur date comme une étape du genre: Les Conquérants '28, La
voie royale '30, L'Espoir '37, Le Temps du mépris '35. La Condition humaine (prix Goncourt '33):

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Ce roman qui domine l’œuvre de Malraux, rassemble avec plus de force encore les thèmes
antérieurs et s'enrichit de celui de la fraternité qui désormais va dominer.
Ce roman du type méta-phisique s'accommode plus ou moins du roman du type traditionnel.
Il y a une intrigue, les pers sont donnés pour réel et cependant, le romancier n'ignore pas les
innovations du début du siècle: l'exploration de la conscience, inconscient, le temps durée.
Rapportant des événements qui sont aujourd'hui devenus historiques, ces livres ne se
bornent pas à une chronique romancée par un grand écrivain. Malraux ne s'y attache pas non plus à
"l'élucidation de l'individu". Il considère le roman comme "un moyen d'expression privilégié du
tragique de l'homme": il lui confère le même rôle qu'à la tragédie antique et il consacre à des héros
qui, incarnant une attitude significative, témoignent pour la noblesse de l'espèce et contribuent à son
"salut" dans la patrie terrestre. Aussi cet écrivain, qui pourrait à première vue apparaître comme
"politique", ne s'emploie-t-il pas à décider du bien-fondé philosophique ou des chances de victoire
des idéologies révolutionnaires: il décide seulement entre ce qui élève l'homme ou l'abaisse. Il
étudie donc, surtout les différentes passions qui conduisent ses héros à lutter et à mourir pour un
idéal, et il met progressivement l'accent sur ce qui est soit protestation contre la condition humaine,
soit promesse de son amélioration par seule communion fraternelle.
Bien des thèmes et des formules, même que l'Existentialisme répandra figurent déjà chez lui.
Mais plus proche en cela de Camus que de Sartre, Malraux ne recourt pas à un vocabulaire
spécialisé et sa pensée philosophie ne se devine pas en perpétuel filigrane. Ses récits, où la place de
dialogue pressé va grandissant, sont construits sur un rythme coupé et haletant. Avant même de faire
de l'Espoir un film célèbre, il a su manier tous les procédés que le cinéma a proposés à la narration
romanesque. Par-dessus tout, la qualité de sa langue et de son style, aptes au réalisme le plus sobre
comme aux instants de lyrisme contenu et d'intense poésie, fixe dans la magie d'une puissante prose
la richesse de sa longue et généreuse méditation sur la condition humaine.

Antoine De Saint-Exupéry

Comme celle de Malraux, l’œuvre de Saint-Exupéry, brève et rayonnante, est toute entière
tirée d'une expérience vécue. Loin cependant, de rester épisodique ou simplement documentaire,
elle s'enrichit d'une méditation constante qui en fait l'unité et le prix. Pour Malraux comme pour
Saint-Exupéry, l'avion propose à l'homme des occasions nouvelles de se surpasser. Saint-Exupéry
aussi a combattu dans les airs pour libérer sa patrie, et il y a laissé la vie ('44). Mais pour lui l'avion
n'est pas seulement un instrument de combat: invitant les hommes à la grandeur, à la rencontre, à
l'union, il joue un rôle utile et pacificateur
Courrier Sud '30 évoque une liaison de l'époque héroïque entre Toulouse et Dakar; de
même, dans Vol de nuit '31, l'attente de 3 courriers sur l'aérodrome de Buenos Aires, la progression
difficile de l'un d'eux dans le ciel d'Amérique et l'alerte des stations qui le guident, forment tout le
scénario. Saint-Exupéry se borne également pour Terre des hommes '39 à utiliser aussi bien les
souvenirs de ses vols de routine que certains épisodes de raids ou de sauvetages; dans Pilote de
guerre '42, il continue à évoquer tous les gestes d'un simple "travail" au cours d'une mission
dangereuse: description de la machine en termes techniques, argot de métier, précisions
géographiques ou historiques.
Mais l'écrivain transforme bien des scènes réelles en tableaux tantôt dramatiques, tantôt
épiques; il les accompagne aussi d'un noble et fervent commentaire qui, puisant beaucoup dans son
âme et dans sa vision particulière du monde leur confère souvent un caractère lyrique. Ses dons de

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poète éclatent dans son oeuvre posthume, le fameux Petit Prince '45 et Citadelle '48, permettent de
saisir l'éveil de sa méditation.
Sachant donc "au nom de quoi" ils accomplissent très simplement leur tâche, les héros de
Saint-Exupéry tendent, sans emphase et sans invocation livresque, à illustrer un "humanisme par le
métier". A partir de Terre des hommes on sent chez lui, la volonté de délivrer un "message".
Citadelle, sans exprimer une philosophie armée d'arguments, illustre poétiquement les thèmes de
l'échange nécessaire, de la grandeur, et de la soumission à une éternité qui se confond avec le destin
de l'espèce.

La génération des années '40

Entre 1940 et 1960, on voit disparaître de grands romanciers dont en fait, la production avait
déjà atteint son terme: Gide, Colette, Martin du Gard. En revanche, des carrières brillantes
commencées avant 1940, se prolongent au-delà de 1960 (Céline, Maurois, Mauriac, Giono) et
même jusqu'à la décennie 1970-1980 (Montherlant, J. Romains, Malraux Bosco, Aragon).
Les romanciers antérieurs à la guerre ont poursuivi dans les voies traditionnelles. Certains se
sont renouvelés non seulement dans la création romanesque comme Aragon, mais aussi au théâtre
(Montherlant, Mauriac), dans la polémique (Mauriac), dans la critique d'art (Malraux). Quelques-
uns ont vivifié par un réflexion originale et actuelle les thèmes de l'action, de l'analyse et de
l'autobiographie sous la forme du Journal, des Mémoires ou des "Antimémoires".
Mais d'autre part, depuis 1940, le roman a été marqué par les événements (un certain retour
à la barbarie dans un siècle "civilisé"); par l'expérience surréaliste et la psychologie du "moi
profond";par des doctrines philosophiques nouvelles (phénoménologie, existentialisme, philosophie
de l'absurde); par le féminisme; par la science-fiction. Sur le plan technique, on a assisté à une
renaissance de la nouvelle et le cinéma exerce une influence notable. Enfin, en un temps d'angoisse,
de révolte et d'exigeante lucidité, on est allé jusqu'à la remise en question des structures, des genres
et du verbe lui-même, comme de la notion de nature humaine. Ainsi a-t-on pu parler d'antiroman,
comme d' "Apoèmes", d'antithéâtre ou d'alittérature." L'attention est pour un temps portée sur le
nouveau roman. Sans négliger les enseignements de ces expériences, la création romanesque a
retrouvé par la suite des voies plus traditionnelles.
La génération des années '40, ajoute à l'inquiétude existentielle, le désir et la nécessité de
l'engagement, un engagement politique. Contre l'équilibre ils professent le dynamisme et l'ardeur, et
contre le juste milieu, les extrêmes. Bernanos attaque " les tièdes" (=médiocres), Céline attaque
"les vaches, les salauds" (=les bourgeois), JP Sartre attaque toujours les salauds. On voit dans leurs
romans, une thématique de la souffrance du désespoir de l'étrangeté. Dans ces romans, le plus
souvent, un être part à la recherche de la justification de son existence. Il y a donc une thématique
du voyage intérieur, extérieur et une expression de la solitude fondamentale de l'homme.
Parfois, ces écrivains introduisent une dimension fantastique (Bernanos, Céline). D'autres
fois, ils refusent l'intériorité des pers et les peignent de l'extérieur (Malraux). Le roman d'avant
guerre pouvait être traditionnel parce que le monde était stable. L'aventure personnelle était
rapportée au passé et avait valeur absolue. Les conditions nouvelles de l'après guerre exigent une
autre forme de littérature.

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Le courant existentialiste

Les années qui ont suivi la Libération ont vu une philosophie, l'existentialisme, dominer la
pensée française, régner sur le roman et le théâtre, et tendre à jouer un rôle politique, soit en accord,
soit en opposition avec le marxisme. Dernier stade de la vulgarisation, le terme a même servi à
qualifier une mode: il fut un temps où tel café de Saint-Germain, telle chanson, tel style
vestimentaire passaient pour "existentialistes". Pour significatifs qu'ils aient été, ces avatars
inattendus sont déjà tombés dans l'oubli, ce qui permettra peut-être, de discerner plus aisément
l'intérêt de la doctrine et l'ampleur de ses répercussions sur le lettres françaises.
L'influence de la philosophie sur la littérature n'est certes pas un fait nouveau dans le pays
de Descartes, mais elle est particulièrement frappante en l'occurrence, car la nature même de
l'existentialisme l'amène à s'exprimer par l’œuvre d'art, roman ou drame, autant que par le traité
théorique.
La doctrine. L'existentialisme met l'accent sur l'existence, opposée à l'essence qui serait
illusoire, problématique, et non point de départ de la spéculation philosophique. La donnée
immédiate, perçue d'ailleurs dans l'angoisse, est l'existence; l'absolu, s'il n'est pas simplement
l'irréversible, serait à construire, à conquérir indéfiniment. Selon la formule de Sartre, " l'Existence
précède l'Essence". Les existentialistes français se recommandent du Danois Soeren Kierkegaard
(1813-1855), auteur du Concept d'angoisse, et doivent beaucoup aux philosophes allemands
Heidegger, Jaspers, Husserl.

Jean-Paul Sartre

Né et mort à Paris (1905-1980), il publie un essai sur L'Imagination '36, complété par
L'Imaginaire '40, et en '39 l'Esquisse d'une théorie des émotions; L'existentialisme est un
humanisme; mais ses 2 principaux ouvrages philosophiques sont L'Etre et le Néant '43 et la Critique
de la raison dialectique '60.
La philosophie de Sartre: si ses ouvrages abstraits sont d'un abord difficile, J. P. Sartre a
pourtant assuré à l'existentialisme une large diffusion, car il a le don des formules frappantes, il a
illustré sa philosophie ses romans, son théâtre, ses essais, enfin il a traduit dans l'action par son
engagement politique. L'existentialisme de Sartre repose sur un postulat qui lui apparaît comme une
évidence: l'existence de l'homme exclut l'existence de Dieu. Il ne saurait être question d'une nature
humaine préexistante: l'homme est l'avenir de l'homme, l'homme est ce qu'il se fait.
La forte personnalité de Sartre et la fécondité de son talent ont marqué puissamment la
littérature française pendant une dizaine d'années, non sans entraîner quelques malentendus. Ainsi,
sous le signe de l'absurde, on a parfois confondu la pensée d'Albert Camus avec l'existentialisme
sartrien. Dans l’œuvre littéraire et dramatique de Sartre lui-même, il n'est pas toujours facile de
distinguer ce qui tient à sa philosophie et ce qui relève de telle influence (celle du roman américain
surtout) ou de son propre tempérament. En revanche, la pensée philosophique de Sartre,
parfaitement assimilée et rendue parfaitement assimilable, anime ses romans et lui a permis, sans
révolution technique mais grâce à un sens très sûr de l'action dramatique, de renouveler le théâtre
d'idées.
Le théâtre existentialiste (J. P. Sartre)
L'idée de Sartre d'unir l'existentialisme à la littérature a inclus aussi le théâtre. Incarnée dans
des oeuvres littéraires, cette philosophie était censée atteindre largement les masses par le débat
qu'elle pouvait susciter, par la résonance qu'elle allait avoir dans les rangs d'un vaste public. La

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création dramatique de J. P. Sartre n'a cessé d'exercer une fascination particulière sur les esprits
contemporains, à travers cette formule esthétique inédite qu'elle a tenté d'imposer: le "théâtre de
situations".
Le caractère et la psychologie du personnage traditionnel s'y estompent au profit d'une
conscience générique (le pour-soi), qui suivant les postulats de la philosophie sartrienne, sera
toujours en situation, plus précisément dans une situation-limite où elle décidera, par un choix libre,
de son statut ontologique et moral. Avec sa première pièce de théâtre, Les Mouches '43, Sartre
procède à une réinterprétation existentialiste du mythe grec des Atrides. Le véritable thème du
drame, c'est l'histoire d'une conversion à la liberté. Sa tragédie consiste dans cette solitude de la
conscience qui le sépare à jamais de ses semblables. Dans Les Mouches c'est l'aspect irréductible du
pour-soi qui est mis en évidence; le héros partira seul, incompris, avec son acte bon et injustifiable.
Huis-clos '44 aborde, sous un certain jour, le thème complémentaire que Sartre avait déjà exposé
dans L'Etre et le Néant: la relation réciproque des consciences. Morts sans sépulture annonce déjà la
réorientation idéologique de l'auteur qui marquera de façon décisive sa pensée ultérieure.

Albert Camus

Camus est né en Algérie en 1913. Tour à tour essayiste, romancier et auteur dramatique
comme J. P. Sartre, Camus se consacrera de plus en plus à sa carrière d'écrivain. Son oeuvre
pourrait, en gros, s'ordonner autour de 2 pôles: l'absurde et la révolte, correspondant aux deux
étapes de son itinéraire philosophique.
1. La morale de l'absurde. La prise de conscience du non-sens de la vie le conduit à l'idée
que l'homme est libre de vivre "sans appel", quitte à payer les conséquences de ses erreurs, et doit
épuiser les joies de cette terre. Ces idées, exposées dans Le Mythe de Sisyphe '42, sont illustrées par
le roman de L'Etranger '42 et en '44, par deux pièces de théâtre: Caligula et Le Malentendu.
2. L'humanisme de la révolte. L'auteur aboutit à la découverte d'une valeur qui donne à
l'action son sens et ses limites: la nature humaine. Cet humanisme apparaît dans La Peste '47 et dans
deux pièces de théâtre, L'Etat de siége '48 et Les Justes '49, avant de s'exprimer vigoureusement
dans L'homme révolté '51.
La carrière de Camus est donc celle d'un psychologue et d'un moraliste. Dans son exigence
de probité, avec une réserve et une sobriété toutes classiques, il accorde la première place aux idées
et refuse de sacrifier à la magie du style. Pourtant ce serait une erreur de méconnaître la variété et
l'exacte appropriation de son art d'écrivain.
Le théâtre existentialiste de Camus: Penseur humaniste Camus a été un des témoins les
plus attentifs de son temps. Apparentée à l'existentialisme, sa pensée s'en détache, tout en restant
assez proche de celle de Sartre; il attache son nom à une doctrine personnelle - la philosophie de
l'absurde. Ce que l'on oubli souvent de souligner, quand on évoque le penseur Camus, c'est son goût
précoce pour le théâtre. Camus confesse qu'il s'occupe du théâtre parce que celui-ci répond à son
idéal de solidarité; entraîné par le travail d'une équipe où chacun a son rôle et où tous collaborent à
l’œuvre commune, il se sent surmonter sa solitude de romancier ou d'essayiste.
Un passage du "Mythe de Sisyphe" nous livre encore mieux l'attitude de Camus face au
théâtre: il y parle du plaisir du comédien à sonder les destinées et les âmes, à mimer l'éphémère. Il
s'agit peut-être d'un plaisir secret de se vaincre soi-même par la discipline d'un rôle. Les drames de
Camus offrent une vision tragique de la condition humaine; ils renouent avec les thèmes de la

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tragédie antique, en présentant l'homme confronté à la fatalité, prisonnier, de par sa condition
même, d'une situation sans issue. Il est vrai que sa création théâtrale originale comprend 4 pièces, le
reste étant des adaptations pour la scène française.
La création dramatique de Camus reflète l'effort de l'écrivain à trouver la forme propre
d'exprimer les secousses et l'inquiétude du monde moderne. Ayant comme point de départ la notion
de l'absurdité de la condition de l'homme, le théâtre de Camus se distingue en tout premier lieu par
un souci particulier du langage, destiné, selon lui, à servir de moyen de communication entre les
hommes et, par-là de moyen d'entente. Camus entend faire de la scène le lieu d'un débat, le lieu
d'une rencontre des problèmes qui déchirent l'homme moderne.
Le Mythe de Sisyphe: "Les dieux avaient condamné Sisyphe à rouler sans cesse
un rocher jusqu'au sommet d'une montagne d'où la pierre retombait par son propre
poids. Ils avaient pensé avec quelque raison qu'il n'est pas de punition plus terrible
que le travail inutile et sans espoir."
Evoquant la légende de ce personnage à qui son mépris des dieux, sa haine de la mort et sa
passion pour la vie avaient valu "ce supplice indicible où tout l'être s'emploie à rien achever",
Camus reconnaît en lui l'héros absurde. Au moment où Sisyphe redescend une fois de plus vers la
plaine, il lui prête la révolte, la liberté et la passion qu'il a définie dans "Le Mythe de Sisyphe", essai
sur l'absurde: en prenant conscience de la vanité de ses efforts sans espoir, Sisyphe se rend supérieur
à ce qui l'écrase; s'emparant de son propre destin, il fonde sa grandeur sur la lutte et tire de cet
univers sans maître le seul bonheur qui soit accessible à l'homme.
Dans "Le Mythe de Sisyphe", Camus tente d'établir le principe fondamental de sa pensée,
qui sera d'ordre ontologique et dont il tirera toute de suite les conséquences premières. Ce principe
fondamental apparaît à son auteur comme ayant une "évidence" qui rend superflue ou qui défie
toute justification, toute argumentation. "Ces évidences sensibles au cœur", Camus se propose de
"les approfondir pour les rendre claires à l'esprit". "Le seul problème philosophique sérieux, à
même de révéler, pour peu qu'on y réfléchisse, une de ces évidences, c'est selon Camus, le suicide".
Le suicidé, par son geste définitif, prononcé un jugement également définitif sur la vie: "La
vie ne vaut pas d'être vécue". Or selon Camus, dont l'éthique a toujours posé comme central, le
problème de l'accord entre la pensée et l'acte, une question est plus pressante qu'une autre selon les
actes auxquels elle engage. Le geste du suicidé grandit l'importance de la question et l'authenticité
de la réponse. Se suicider c'est avouer le non-sens, l'inutilité de l'existence. Mais Camus refuse le
suicide: la vie n'a pas de sens, elle est absurde, et pourtant il faut vivre.

Le nouveau roman (après guerre)

Le phénomène le plus massif qui a lieu dans littérature dans l'après guerre immédiat (les
années '50) c'est la naissance du Nouveau roman qui est un mouvement de refus qui écarte les
traditions du romanesque: l'intrigue, les structures du récit, les personnages, la morale, l'idéologie et
la transcedence sous tous ses formes. Représentants:
- Becket (en 1951 "Molloy", en '52 "Malone meurt");
- Alain Robbe-Grillet ('53 "Les Gommes", '55 "Le Voyeur", '57 "La jalousie");
- Michel Butor ('54 " Passage de Milan", "L'emploi du temps", "La modification");
- Claude Simon ('57 "Le vent", '58 "L'herbe").

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Les nouveaux romanciers sont en rupture avec la tradition. Cependant, ils revendiquent une
tradition; "les éléments traditionnels" du nouveau roman sont: la technique de l'énigme littéraire,
de l'enquête policière. Caractéristiques:
- le langage devient objet de transformation; - l'histoire, l'intrigue éclatent;
- les écrivains utilisent les mythes;
- avec eux, le roman n'est plus l'écriture d'une aventure, mais l'aventure d'une écriture.
Le nouveau roman réunit un certain nombre de procédures modernes, radicalisant les acquis
du roman du début du XXèmes. Dans les années '60, les hommes parlent de "l'anti-roman". (J.B.
Barrière - "La cure d'amaigrissement du roman"). Un group hétérogène des hommes ('60) paraisse
se structurer, et prend allure d'école, a un menteur. On publie les premières des ouvrages
représentatifs de la poétique du groupe: A.Robbe-Grillet "Pour un nouveau roman"; Nathalie
Sarraute "L'ère du soupçon".
Rangés, certains malgré eux, sous la bannière du "Nouveau roman", A. Robbe-Grillet,
Michel Butor, Nathalie Sarraute, Claude Simon refusent des notions qu'ils estiment périmées: le
personnage, l'histoire, l'engagement, la distinction entre forme et contenu. Cette position a été
vivement attaquée par des critiques qui leur reprochent de tarir avec "terrorisme" la source de la
création romanesque et de ne la remplacer par "rien".
Le nouveau roman ne se présente pas comme un exposé ou une relation linéaire, mais
comme une recherche. Un constant va-et-vient dans le temps, la juxtaposition d'instantanés, de
versions divergentes de la même scène, la présence obsédante des objets, un "double mouvement de
création et de gommage" peuvent déconcerter le lecteur; mais celui-ci doit comprendre que l'auteur
attend de lui une participation active. "Ce qu'il demande, écrit Robbe-Grillet, ce n'est plus de
recevoir tout fait un monde achevé, plein, clos sur lui-même, c'est au contraire de participer à une
création, d'inventer à son tour l'œuvre le monde-et d'apprendre ainsi à inventer sa propre vie" (Pour
un nouveau roman).

Georges Pérec
(1936-1982)

En 1965, pour Les Choses, il avait reçu le prix Renaudot. Pérec va traiter et pratiquer
l'écriture comme un jeu mathématique, mais ce parti est loin, très loin de le conduire à un
formalisme qui réduirait le roman à un jeu de formes et structures, dévalorisant ainsi la matière
romanesque. Au contraire, on dirait que plus il calque son récit sur un schéma complexe de relations
rigoureuses, plus il traite sa matière en réaliste et même en" hyper-réaliste", avec une minutie quasi
acrobatique dans le détail même le plus d’infime de la narration et de la description.
Aussi entre son premier roman expérimental, Les Choses, et celui où son propos s'affirme
définitivement, La Vie mode d'emploi, Pérec s'est consacré, comme son maître Queneau, à des
exercices dont, après La Disparition (1969) et L'Augmentation (1970), les résultats sont réunis dans
Créations, Récréations (1973). Le comble de l'art est de parvenir à conférer à la nécessité de chaque
pièce par rapport à l'ensemble l'apparence de l'aléatoire. Tel sera le roman: morceaux juxtaposés
selon les apparences du hasard, mais dont l'agencement obéit à une nécessité que fait apparaître cet
agencement même.

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