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Le champ ouvert de la

Les neurochirurgiens effectuent des opérations mais en maintenant la qualité de la vie.» Une telle orien-
très risquées mais grâce au progrès des équipements tation a coïncidé avec l’extension du champ de la dis-
cipline. Historiquement, les débuts de la neurochirur-
les gestes sont de plus en plus sécurisés gie remontent au XVIe siècle avec l’étude des traumas
crâniens, conséquences des âpres combats qui se livrent
Par Alexandre Duval Photos Thierry Aimé - CHU
à cette époque sur les champs de bataille. Ces patholo-
gies donnent lieu aux expérimentations du «père de la
chirurgie» Ambroise Paré et ont longtemps constitué
e CHU de Poitiers accueille l’unique service le principal champ d’exploration de la neurochirurgie.

L de neurochirurgie de la région Poitou-


Charentes. Dirigée par le professeur Françoise
Lapierre depuis le 1er janvier 1990, cette équipe est
Depuis, celui-ci s’est considérablement élargi. Le dé-
veloppement des moyens d’exploration dû à l’image-
rie moderne (scanner, IRM) permet aujourd’hui de trai-
spécialisée dans le système nerveux central et péri- ter les grandes pathologies, telles les tumeurs, les ané-
phérique (cerveau, moelle, nerfs). Au moment où se vrismes, les malformations congénitales ou encore l’hy-
développent de nouvelles clés de compréhension du drocéphalie. Les dysfonctionnements du système ner-
cerveau, ses compétences dans les domaines des mou- veux, les troubles obsessionnels compulsifs, la chirur-
vements anormaux et de la chirurgie tumorale en font gie du handicap et l’épilepsie sont autant de patholo-
un centre référent au plan national. gies pour lesquelles la neurochirurgie apporte égale-
«Pour faire un neurochirurgien, comme pour obtenir ment une réponse médicale.
un olivier qui produise, il faut minimum quinze ans», Au sein du CHU, 1 600 interventions sont réalisées
estime Françoise Lapierre. En autant d’années, beau- chaque année. Pour moitié, elles concernent le rachis,
coup d’évolutions ont vu le jour sur le plan technique. c’est-à-dire la colonne vertébrale, quand l’autre moi-
Mais concernant la neurochirurgie, l’innovation la plus tié porte sur le système nerveux central et périphéri-
notable réside bien dans la finalité du geste thérapeuti- que. L’une des difficultés de la discipline réside dans
que. «Depuis le début des années 1990, on est passé la gravité des cas rencontrés quotidiennement : 30 %
d’un souci de guérir à tout prix à un souci de guérir à 40 % des interventions sont effectuées en urgence.

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neurochirurgie
«Le face-à-face avec la mort est parfois écrasant. Mais lation électrique profonde. Fort de cette maîtrise, le A l’œuvre dans le
bloc opératoire de
notre service fonctionne bien car il existe une bonne service de neurochirurgie fait référence dans ce do- neurochirurgie.
solidarité dans notre équipe médicochirurgicale, re- maine, tout comme celui de chirurgie tumorale, et par-
connaît le professeur Lapierre. C’est un ensemble, on ticipe ainsi à plusieurs protocoles de recherche euro-
ne peut pas imaginer opérer des pathologies lourdes péens et nationaux. «L’avenir réside surtout dans la
sans avoir des équipes de réanimation très compé- compréhension des phénomènes pathologiques, estime
tentes et une organisation à la hauteur.» Françoise Lapierre. A l’heure actuelle, on pallie les con-
Seul service de ce type pour toute la région, il compte séquences sans connaître la cause.» Les progrès de
70 % de patients provenant de départements autres l’imagerie, via la miniaturisation du matériel, vont per-
que la Vienne. Des consultations avancées sont pro- mettre d’aller toujours plus loin dans l’exploration et la
posées à Angoulême, Niort et La Rochelle, auxquel- compréhension de l’activité du système nerveux.
les s’ajoute un travail en réseau avec tous les hôpi- L’IRM de flux permet déjà d’analyser le mouvement
taux de la région. Côté équipement, les blocs, réno- du liquide cérébral, tandis que la tractographie offre la Le professeur
vés en 1998, sont dotés de deux microscopes de pointe, possibilité de visualiser l’ensemble des faisceaux du Françoise Lapierre.

d’un aspirateur ultrasonique, d’amplificateurs de système nerveux central. Les solu-


brillance, ainsi que d’un système très sophistiqué de tions sont aussi à attendre du côté des
neuronavigation. Cette assistance par ordinateur per- sciences fondamentales. La meilleure
met de repérer en temps réel les actions réalisées sur connaissance de la chimie intracéré-
le plan chirurgical et renforce la sécurité du geste. brale ouvre la voie à la création de
Si chacun des six neurochirurgiens qui composent le cocktails médicamenteux susceptibles
service exerce dans une ou plusieurs spécialités, leurs de protéger le cerveau et de jouer un
compétences convergent dans trois grandes thémati- rôle dans la plasticité cérébrale, c’est-
ques de recherche : le nerf périphérique, les tumeurs à-dire la capacité du cerveau à modi-
et les mouvements anormaux. Ce dernier volet com- fier l’organisation de ses réseaux de
prend des pathologies, telle la maladie de Parkinson, neurones en fonction des expériences
qui, sur le plan thérapeutique, sont traitées par stimu- vécues par l’organisme. ■

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