SEPTEMBRE 2013 / n°188 / 1,70 €

VOUS AVEZ DIT COMPROMIS ?
Eh ! oui, c’est la rentrée ! Inutile de s’attarder sur cette banalité, même si, pour Europe Écologie-Les Verts et ses militants, la rentrée politique, qui a commencé aux Journées d’été de Marseille du 23 au 25 août, sera studieuse et chargée : Congrès régional et Congrès national en novembre, élections municipales puis européennes début 2014. Sans oublier le marathon électoral de 2014-2015 : sénatoriales, départementales et régionales. Cette période est aussi celle des bilans. Au cours du voyage au Parlement de Bruxelles, auquel ont participé 25 Franc-Comtois (qui répondaient ainsi à l’invitation de Sandrine Bélier, députée écologiste du Grand Est), on a beaucoup parlé du travail réalisé depuis 2009 par les élus Verts européens. Sandrine a beaucoup insisté sur les stratégies mises en place : l’objectif, c’est de faire avancer la législation européenne vers plus d’écologie ; pour cela, il faut proposer des lois de compromis et aller glaner des voix. Résultat : des lois qui marquent des avancées significatives, même si elles sont imparfaites à nos yeux, et qui pourront rassembler des majorités. Une façon de faire de la politique souvent bien éloignée de ce qui se pratique en France. Au cours des Journées d’été de Marseille, on a aussi parlé du bilan (bien terne) de cette première année de quinquennat et de celui (mi-figue mi-raisin) de cette première année de participation des écologistes au gouvernement. De nombreux acteurs de la société civile, associations, syndicats, personnalités, et bien sûr nos ministres et députés, ont apporté sans complaisance et sans parti pris leur point de vue. Là aussi, il a été question de compromis : faut-il voter ou non telle loi dans la mesure où les ministres ou les parlementaires EÉLV ont pu faire passer tel ou tel amendement, faut-il mettre en avant les avancées ou les déceptions ? Plusieurs fois, à la tribune ou dans la salle, le manque de culture du compromis a été déploré. La préparation du Congrès national bat son plein. Des textes d’orientation (motions) circulent. La question d’un texte de consensus (de compromis ?) est avancée par certains. D’autres préfèrent disposer de plusieurs textes, qui favoriseront le débat. Des pratiques européennes, nationales et partisanes bien différentes ! Au cours de l’année qui s’ouvre, ce mot « compromis » sera sans doute bien des fois utilisé - que ce soit pour en faire un ou pas. Les débats seront, sans doute, souvent passionnés, ils frôleront parfois la caricature. Souhaitons que les expériences diverses de nos parlementaires ou de notre fonctionnement interne nous servent pour trouver des compromis acceptables et choisir la stratégie adaptée, en évitant les... compromissions ! En tout cas, l’inventivité et l’énergie de la galaxie écolo, débordantes à Marseille, ont bien montré qu’elle est la seule à proposer des solutions durables pour le 21e siècle.

Brigitte Monnet et Bernard Lachambre
Cosecrétaires régionaux

Sommaire
P1 : Edito. « Vous avez dit compromis? » P2 : Vaccins. Aluminium : Basta! P4 : Retraites. La tentation du « bon sens » P7 : Agir efficacement. Du positif, du concret P8 : Situation économique. La croissance? Quelle croissance? P11 : Des Indiens à Ornans. Un hymne à la diversité culturelle P13 : SYTEVOM. Valorisation des déchets P16 : Science et écologie. Superweeds, débat climat, mémoire du risque et faibles doses radioactives P18 : Humeur. Un écrivain français et noir P19 : Journal de bord. Des Verts franc-comtois au parlement européen de Bruxelles P24 : Photos JDE Marseille

Vaccins

ALUMINIUM : BASTA !
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La lutte d'E3M (Entraide aux Malades de Myofasciite à Macrophages) se poursuit devant le ministère de la Santé et à déjà porté quelques fruits. Pour commencer, je tiens à remercier les militants et les élus, internes et externes, qui se sont manifestés et ont apporté leur soutien au long de ces derniers mois.

d'intérêts, selon le rapporteur de l'affaire Médiator). Depuis janvier 2013, la ministre a répondu à des dizaines de reprises que tout était parfait et qu'elle tenait ses promesses... Quelle blague ! Ce n'est qu'après avoir annoncé que nous reviendrions sous ses fenêtres le 27 mars que nous avons vu naître un « comité scientifique », le 27 au soir. Depuis juin, nous sommes donc revenus devant les marches du palais pour une petite piqûre de rappel. Entre le 5 juin et le 24 juillet, c'est à plusieurs que nous avons effectué l'équivalent de plusieurs mois de grève de la faim.

Comme certains le savent déjà, c'est après un mois de grève de la faim des malades de l'association
E3M, en décembre 2012, que Marisol Touraine a passé un accord avec l'association, portant sur 4 points : comité de pilotage avec E3M, recherche scientifique, remise à disposition d'un DTPolio sans aluminium et retrait d'un avis du comité scientifique de l'AFSAPS, Agence française de Sécurité sanitaire des Produits de Santé (pourri

Malgré un silence assourdissant de la part des médias, des agences de santé, de la DGS (Direction générale de
la Santé), du ministère, nous avons obtenu plus de 70 000 signatures de citoyens, quelques centaines de signatures sur un appel de médecins aux médecins et, à quatre jours des

vacances parlementaires, quelques dizaines de signatures d'un appel de parlementaires à leurs homologues. Mais, alors qu'un financement de la seule recherche clinique était annoncé, une réunion à l'ANRS (Agence nationale de Recherche sur le Sida, choisie pour nous recevoir en terrain « neutre » et siège de spécialistes en immunologie) nous a confirmé que notre présence avait abouti à ce que la recherche fondamentale soit également financée... Pour le reste, rien ! Pas un mot... ou plutôt des réponses de la ministre disant que l'on ne pouvait imposer un retour du DTPolio demandé. Durant les vacances parlementaires, nous avons allégé notre dispositif et des sentinelles se sont relayées devant le ministère tout le mois d'août. C'est début août que nous avons reçu deux informations de taille :

continuer à sensibiliser les parlementaires et obtenir qu'enfin, par l'application du principe de précaution, au minimum, un vaccin adjuvanté sur phosphate de calcium (composant de notre organisme, ayant fait ses preuves durant des décennies et dont l'Autorisation de Mise sur le Marché est toujours valide) soit réintroduit pour, au moins, répondre à l’obligation vaccinale française.

La démocratie sanitaire est foulée aux pieds et
nous comptons sur chacun pour apporter sa goutte d'eau, tel le colibri de la fable, à ce combat qui peut tous nous concerner. Enfin - et là je parle en mon nom - vous savez que, comme beaucoup d'autres, je ne pourrai prétendre à aucune indemnisation car je suis vacciné en dehors de toute obligation. Ce combat, nous le menons pour tous, pour vos enfants, petits-enfants et peut-être pour vous qui n'êtes pas à l'abri de la dose d'aluminium de trop... Notre association a besoin de soutien : matériel, compétences informatiques et en communication et ...finances ! Ces 8 derniers mois, nous avons récolté 25 073 € et dépensé 31 030 €.

1 Un contrat de filière a été signé début juillet
entre Touraine, Montebourg et l'industrie pharmaceutique, rédigé par le président du LEMM (Laboratoire d'Étude du Métabolisme des Médicaments, « club » des industriels du médicament, 300 000 emplois et 47 milliards d'euros de chiffre d'affaire en France...). Je ne m'étalerai pas sur le cynisme et les contre-vérités de ce contrat, ni sur les liens ou conflits d'intérêts entre ses auteurs.

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Si vous voulez nous aider, vous pouvez me contacter
(pour les propositions techniques et humaines) : yv.k@free.fr Pour un soutien financier, même modeste (avec déduction d'impôts de 66 % possible) : chèques à l'ordre de : E3M-f , chez M. Barreault, 7 rue du Chêne vert, 17340 Chatelaillon -Plage Virement par internet : Vous trouverez, à droite de la première page de notre site (Cf. ci-dessous), tous les moyens de paiement sécurisés. N'oubliez pas de nous envoyer par mail vos coordonnées pour que nous puissions vous envoyer votre reçu fiscal. Merci à tout le monde pour votre soutien.

2 Le Haut Comité de Santé Publique (autant
dire Dieu) a rendu, dans la foulée, un rapport qui est une honte tant, là aussi, il dénigre les chercheurs travaillant sur le lien entre vaccins et aluminium, sans parler de ses affirmations erronées (je pèse mes mots), du manque de sérieux quant aux références et aux sources, ni... des conflits d'intérêts non déclarés ! Bref, nous avons adressé une lettre à la ministre et aux parlementaires (dont plus de 180 l'ont interpellée) pour donner notre lecture de tout cela, et avec des références exactes. Nous avons fait le maximum pour que les générations à venir ne subissent pas notre sort. Notre travail de lanceurs d'alerte se poursuit dès septembre pour

Yves Ketterer
Nous suivre : http://myofasciite.fr http://blog.myofasciite.fr sur la page libre d'accès : https://www.facebook.com/ VaccinsEtAluminium

Retraites

LA TENTATION DU « BON SENS »
« Nous vivons plus vieux, donc nous devons cotiser plus longtemps. » Vous n'en avez pas marre, vous, de cette antienne rabâchée jusqu'à plus soif ? L’augmentation de l’espérance de vie ne date pas d’aujourd’hui : elle débute il y a environ 250 ans et s’accélère avec le phénomène de la transition démographique (augmentation de la population en plusieurs phases sous l'effet de la chute de la mortalité, liée notamment aux progrès médicaux) au 19e siècle, excepté durant les périodes de guerre. Or sur cette même période, le temps de travail n’a cessé de diminuer pendant que la productivité et les richesses produites n’ont cessé d’augmenter. Quelques chiffres à l’appui : du 19e à la fin du 20e siècle, le temps de travail individuel a été divisé par 2, le nombre d’emplois a été multiplié par 1,75, la productivité horaire a été multipliée par 26 et la production par 20. Le partage de ces richesses produites peut donc permettre que l’augmentation de l’espérance de vie s’accompagne d’une baisse du temps de travail : c’est ce qu’on appelle le progrès. La réforme de 1993, menée par Balladur lors de la deuxième cohabitation, en instaurant un allongement de la durée de cotisation nécessaire pour la retraite, a donc engagé cette inversion historique de la courbe qui, jusqu’alors, était celle du progrès. La règle concrète qui régit l’allongement de la durée de cotisation, acté dans la loi de 2003, s’appuie sur le principe suivant, censé traduire l’équité : les gains d’espérance de vie doivent être répartis entre la durée de vie professionnelle pour les 2/3 et la durée de vie à la retraite pour 1/3. Or il y a certes allongement de la durée de la vie… mais pas de la vie en bonne santé, au contraire ! (1) En effet, entre 2008 et 2010, notre espérance de vie en bonne santé est passée pour les hommes de 62,7 à 61,9 ans - soit moins 0,8 ans - et pour les femmes de 64,6 ans à 63,5 ans - soit moins 1,1 an (2). Nous pourrions d’ailleurs pousser le principe jusqu’à l’absurde en remarquant que les femmes non seulement vivent plus longtemps que les hommes, mais sont également en meilleure santé. Par souci d’équité, nous pourrions donc proposer d’allonger la durée de cotisation de ces dernières : ce serait…du « bon sens », mais cela chagrinerait les partisans de l’équité, principe constitutionnel s’il en est.

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Dessin publié avec l’aimable autorisation de Charlie Hebdo Ce « bon sens » affiché sans discontinuité depuis 1993 - en plein virage néolibéral des politiques publiques - est par conséquent ni plus ni moins qu'une imposture assez grossière, à la limite du risible si la réalité sociale n’était si tragique.

Un constat accablant
La pension moyenne des retraitées est de 930 euros mensuels en droits propres, contre 1600 euros pour les hommes. Deux retraités pauvres sur trois sont des femmes. Parmi les femmes parties à la retraite en 2011, 25 % ont attendu 65 ans ou plus pour éviter la décote, contre 15 % des hommes. En 2008, les femmes retraitées étaient seulement 42 % à avoir validé une carrière complète, contre 74 % des hommes (3). Et cela sans compter les inégalités salariales liées notamment à la dévalorisation des professions féminisées, aux temps partiels

Dessin publié avec l’aimable autorisation de Charlie Hebdo

imposés, au chômage de masse des jeunes femmes et des femmes de plus de 45 ans, femmes qui - faut-il le rappeler ? - assument encore 70 % des tâches ménagères et représentent l’écrasante majorité des familles monoparentales.

Dessin publié avec l’aimable autorisation de Charlie Hebdo Aujourd’hui, on préfère financer des indemnisations chômage des seniors plutôt que de solder des retraites, et pousser les gens à rester plus longtemps en activité alors que le chômage des jeunes explose : on marche sur la tête ! Il faut s'opposer à l’allongement de la durée de cotisation et à la désindexation des pensions de l’inflation.

La situation économique et sociale des femmes est scandaleuse en ce début du 21e siècle, la tâche est immense… Cette situation est intolérable car profondément injuste.

Que faire ?
Ce qu'il faut, c'est partir de la situation des femmes lourdement discriminées pour mener une réforme progressiste des retraites, fondée sur l’activation des leviers de transition pluriels et complémentaires suivants :

2. Construire l’égalité salariale et professionnelle homme – femme et améliorer les droits familiaux
Là encore, il y a des mesures à prendre, comme la revalorisation des métiers à prédominance féminine, notamment dans la fonction publique, féminisée à 60 % avec une majorité de catégories C et B ; la création d’un service public de la petite enfance ; la mise en place d’un fonds dédié au rattrapage des inégalités salariales sur les cinq ans à venir ; la majoration de pension pour trois enfants, ainsi que celle de l’assurance vieillesse parent au foyer pour compenser l’arrêt pendant et après les interruptions d’activité et réduire leur impact sur les salaires et carrières féminines. Naturellement, cette amélioration des droits familiaux ne saurait servir de caution aux mesures envisagées par le rapport Moreau rendu au gouvernement le 14 juin dernier : il ne s’agit pas de renvoyer les femmes à la maison !

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1. Défendre un système de retraite par répartition, juste et solidaire
Cela passe par la surcotisation des temps partiels sur la base d’un temps plein afin d’éviter que les salaires partiels ne deviennent des retraites partielles (surcotisation à la charge des entreprises pour décourager le recours aux temps partiels subis) ; par la suppression de la décote, qui représente une double peine pour les pensions des plus précaires ; par la revalorisation des basses pensions et des minima de pension (aucune pension ne doit être en dessous du seuil de pauvreté ; c’est également un enjeu d’autonomie pour les retraitées les plus précarisées ; par la prise en compte des années de formation et d’insertion dans les calculs de cotisation : rappelons que les femmes sont majoritaires parmi les diplômés de l’enseignement supérieur ! Il faut refuser absolument le report de l’âge légal de départ à la retraite, exiger le retour à 60 ans et même des départs anticipés pour les carrières longues et dont la pénibilité est importante, ce qui revient à l'abrogation pure et simple de la contreréforme de 2010.

3. Trouver de nouvelles ressources de financement
Cette nécessité passe par la taxation des revenus du capital, des bonus, des stock-options, des plusvalues ; par la taxation des banques, la création d’une tranche d’imposition supplémentaire, la lutte contre l’évasion fiscale, la réforme de la CSG, de façon à la rendre progressive et fusionnée avec l’impôt sur le revenu (condition prérequise pour y toucher éventuellement). De nombreuses pistes de contribution des entreprises peuvent être explorées, notamment la suppression de la niche fiscale « Copé », qui exonère les plusvalues de cession et a conduit à un manque à gagner estimé à 6,9 milliards d’euros en 2012. La réforme de cette niche n’a été pour l’instant que très partielle (rendement estimé à 1,3 milliard d’euros en 2013). Il faut aussi plafonner le crédit impôt recherche au niveau des groupes pour lui rendre sa vocation de soutien aux PME et augmenter la taxation des dividendes, qui est aujourd’hui de 3 % (pour un rendement estimé à 1,6 milliard en 2013). Sans revenir sur le principe d’universalisme au fondement du pacte républicain énoncé par le Conseil National de la Résistance, il est indispensable de faire marcher à plein les mécanismes de la solidarité nationale par l’impôt. Faut-il rappeler que la Sécu a été mise en place dans un contexte d’après-guerre où l’Europe était en ruine ?

« Si nous cédons à la tentation du bon sens, aux discours martiaux, à la grande menace, alors la France aura tiré sur elle-même les draps des plus sombres ténèbres. » (4)(5)

Eva Pedrocchi

(1) La durée de vie en bonne santé renvoie à la durée de vie sans limitation des fonctions essentielles, telles que les aptitudes à se déplacer, à se nourrir, à se vêtir... (2) Données INED (Institut national d'Études démographiques) 2012. (3) Données DREES (Direction de la Recherche, des Études, de l'Évaluation et des Statistiques) 2011. (4) Aimé Césaire, cité et adapté librement par Christiane Taubira aux Journées d'été d'EÉLV, à Marseille. (5) Note du Comité de lecture de la FV : Merci à Eva de s'être donné beaucoup de peine pour resituer des éléments de débat. Visiblement, au regard des annonces du Premier ministre mardi 27 août, on en restera à un énième ajustement financier, agrémenté de quelques avancées sur la pénibilité et d'une entourloupe sur le passage de la revalorisation des pensions d'avril à octobre (six mois de gagnés sur le dos des retraités) sauf, apparemment, pour ceux qui touchent moins de 1 250 euros de pension.

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Agir efficacement

DU POSITIF, DU CONCRET

De nombreuses campagnes et actions de notre mouvement concernent l’opposition à une loi, à un projet (aux « grands projets inutiles », par exemple) ou a une personnalité politique. Pendant ce temps-là, nos idées ne sont pas défendues : c'est dans une optique créatrice et constructive que nous devons nous placer. La question de fond que l'on doit se poser est donc la suivante : voulons-nous concentrer notre énergie à combattre le monde que nous ne voulons pas ou à construire celui que nous voulons ? C'est la raison pour laquelle il faut contraindre le débat public à se positionner sur notre projet de société. À nous de prouver son efficacité en montrant des exemples concrets d'actions politiques, sociétales et économiques intelligentes, en essayant de les développer et de les diffuser localement. Se placer comme opposant à tout, c'est prendre une place forcément négative dans l'esprit des électeurs et entretenir une image vieille et réactionnaire pour notre mouvement.

Donc, ne nous focalisons pas autant sur la critique du gouvernement, sur les corrompus, les tricheurs, car en passant notre vie à réagir, à critiquer et à contester, nous alimentons un débat qui n'est pas le nôtre et nous perdons notre temps et notre crédibilité. Ignorons-les, opposons-nous quand nous le devons, mais mettons l'essentiel de notre énergie dans des projets positifs, innovants et constructifs.

De l'utopie à l'action
Dès lors, nous ne pouvons pas nous contenter d'idées, de rêves, d'utopies. Nous devons aussi agir de façon utile et concrète, à notre échelle, au-delà de l'engagement purement politicien. « Fais ce que tu peux, avec ce que tu as, là où tu es », disait Roosevelt. Acheter des produits locaux et responsables vaut mille fois plus qu’une manif contre Monsanto. Changer de banque est plus porteur qu'une action contre les grosses banques. Prendre soin de son corps et adopter les médecines naturelles est le meilleur boycott contre les labos pharmaceutiques qui nous empoisonnent. Notre enjeu, en tant que citoyens et mouvement écologiste, est donc d'utiliser un vocabulaire positif et de mettre en place une révolution silencieuse, pacifique et non violente, car nous en sortirons gagnants et grandis. À nous de lancer localement des actions concrètes engagées mais rassembleuses, ambitieuses mais crédibles, utopistes mais utiles.

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Occuper le débat public et médiatique
Une règle pour exister politiquement consiste à faire parler de soi, en bien ou en mal, peu importe. Le graphique ci-dessous illustre très clairement que le score des candidats à la présidentielle de 2012 est proportionnel à leur temps de parole.

David Vieille

Situation économique

LA CROISSANCE ? QUELLE CROISSANCE ?
L'article de La Feuille Verte de juin sur le nécessaire changement de cap en matière de politique économique a suscité quelques réactions. Si on met en cause la politique dite de l'offre au profit de la demande, est-ce qu'on est un partisan de la croissance ? C'est un fait que, chez certains écologistes, ce terme de croissance est presque considéré comme un gros mot... Essayons de clarifier un peu ce débat, qui est revenu dans l'actualité de cet été avec le « frémissement » de reprise. Et les effets négatifs sur l'environnement ont été considérables : augmentation des gaz à effet de serre, déforestation, bitumage et bétonnage massifs, atteintes à la biodiversité, diffusion de toutes sortes de produits chimiques toxiques dans l'environnement, etc.

La croissance, attendue comme le Messie...
Trente ans plus tard, c'est la même rengaine. On continue de nous rebattre les oreilles avec la « compétitivité ». On nous explique qu'il faut abaisser le coût du travail, qu'il faut réduire les charges et la fiscalité, et qu'ensuite, il y aura de la croissance et de l'emploi. Depuis Giscard, on nous tient le même discours et depuis Giscard, le taux de croissance a constamment diminué pour arriver aujourd'hui à zéro, ou même à des valeurs négatives. À cette panne de la croissance, il y a plusieurs explications. D'abord la logique de la « crise de l'offre », qui est de transférer toujours plus de revenus du travail vers le capital. Les plus modestes s'appauvrissent et ils n'ont plus les moyens de se loger et de se nourrir correctement, de se soigner, de s'habiller, d'avoir des loisirs ou des activités culturelles. Pendant un temps, l'activité économique a été partiellement maintenue par l'endettement. Aujourd'hui, on a bien une crise de la demande, qui est encore accentuée par l'austérité budgétaire de l'État et des collectivités. La demande est insuffisante pour faire tourner la machine économique et beaucoup d'entreprises ont d'énormes surcapacités de production. Comme le démontre très bien le prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz, les inégalités ont joué un rôle fondamental dans la genèse de la crise.

Revenir à Thatcher et Reagan pour comprendre

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Revenons sur cette notion de « crise de la demande ». C'est un débat qui dure depuis le fameux « There is no alternative » de Margaret Thatcher (Première Ministre britannique de 1979 à 1990). Depuis la crise de 1929 et jusqu'aux années Thatcher-Reagan, on était dans le compromis keynésien, avec un État à la fois redistributeur et régulateur, entre autres pour éviter les crises cycliques. L'idée de l'économiste Milton Friedman, qui a inspiré Thatcher et Reagan, était qu'il fallait libérer au maximum le capital des charges qui pesaient sur lui en liquidant l'État-providence, qu'il en résulterait une très grande prospérité des plus riches, mais que même les pauvres en auraient suffisamment de retombées (ou de miettes). D'où toutes les dérégulations qui ont suivi avec la casse sociale et les énormes dégâts écologiques. C'est l'époque de la toute puissance du lobby pétrolier. Le moins qu'on puisse dire, c'est que, pour les plus pauvres, ça n'a pas marché comme annoncé. Avec une telle politique, les inégalités ont explosé aux ÉtatsUnis, et aussi en Europe même si c'est dans une moindre proportion.

La tyrannie du PIB
Mais le débat de l'été entre Pierre Moscovici et François Hollande, qui chipotent sur + 0,1 ou – 0,1 % de croissance du PIB, a quelque chose de dérisoire. Certes, redonner du pouvoir d'achat aux plus modestes est une nécessité. C'est une question de justice et cela st i m u l e ra i t quelque peu la machine économique. Mais il ne faut pas se faire d'illusions, jamais nous ne retrouverons des taux de croissance élevés, et cela pour une raison fondamentale : la croissance économique ne peut pas être infinie dans un monde fini. D'ailleurs le PIB, qui est l'indicateur de la croissance, est extrêmement critiquable. Il ne prend en compte que ce qui, dans les activités humaines, engendre des flux financiers. Et il considère tout comme des « plus ». Ainsi, un accident de la route engendre du PIB parce qu'il produit de l'activité : pompes funèbres, hôpital, réparation automobile ; la réparation d'une marée noire fait aussi augmenter le PIB. Le PIB ne prend donc absolument pas en compte les atteintes au patrimoine naturel ou la dégradation de la santé des salariés. Le PIB ignore les activités domestiques et le bénévolat. Il est indifférent aux inégalités, au chômage. En revanche, la publicité et le marketing « gonflent » le PIB... Partant du principe que la hausse du PIB ne correspond pas forcément à une amélioration du bien-être social, des chercheurs en économie ont mis au point d'autres indices comme l'Indicateur de Santé Sociale (ISS), qui prend en compte d'autres paramètres comme le taux de chômage, la mortalité infantile, l'espérance de vie, etc. Ainsi la Région Île-de-France, qui est en tête pour le PIB par habitant, n'arrive qu'en 17e position pour l'ISS.

Patrick Viveret allait dans le même sens lors du débat organisé à Besançon par Barbara Romagnan, « La gauche sans la croissance » : il faut se poser la question de savoir où sont les activités bénéfiques et où sont les activités nuisibles, pour l'homme, pour l'environnement. Il est donc évident que certaines activités doivent décroître, comme l'utilisation des énergies fossiles, la production des pesticides, l'utilisation de la voiture individuelle, l'élevage industriel, etc. Mais d'autres doivent être développées : les énergies renouvelables, la rénovation thermique des bâtiments, l'humanisation des villes, la prise en charges des personnes âgées dépendantes, et plus généralement la culture, la santé et l'éducation. Pour Edgar Morin, les responsables politiques sont trop sous l'influence des experts et des spécialistes et n'ont plus une vision d'ensemble. Or « il y aurait une grande politique à inventer, qui correspondrait à ce que fut en son temps le New Deal de Roosevelt. Ce qui signifie aussi que l'État doit restaurer un certain nombre de prérogatives qui sont les siennes et ne doit pas les abandonner au privé. » (1) C'est cette grande métamorphose vers une économie « soutenable » qui est à l'ordre du jour, mais qui se trouve devant bien des blocages.

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« Une économie soutenable doit être désirable »
Tel est le titre de l'article paru récemment dans Alternatives Économiques (2). Pour le chercheur australien Robert Costanza, « il est nécessaire de transformer radicalement notre économie afin qu'elle n'ait plus pour objectif premier la production de richesses matérielles dans une perspective de maximalisation des profits, mais la satisfaction des besoins de tous dans le respect des limites de la planète ». Cela passe par une réduction drastique des inégalités, parce que celles-ci poussent à la surconsommation et au gaspillage, chacun se comparant avec son voisin plus riche.

« La sotte alternative croissance / décroissance »
Telle est la formule utilisée par Edgar Morin dans son interview à Médiapart. Et il ajoute aussitôt : « Le vrai problème, c'est de savoir ce qui doit croître et ce qui doit décroître » (1).

De plus, pour l'américaine Carol Franco, « les sociétés inégalitaires sont des sociétés violentes où la qualité du lien social tend à s'affaiblir ». Elle fait observer aussi que « les besoins de base de l'humanité et la qualité de vie ne peuvent pas être uniquement définis en termes matériels ». Et pour une autre chercheuse australienne, Ida Kubiszewski, un mouvement comme Occupy Wall Street, qui ne fait que s'opposer à quelque chose, s'essouffle rapidement. Il faut montrer qu'une économie soutenable peut être pleinement désirable. « Nous devons mettre en avant ce que chacun y gagnerait en matière de liberté, de démocratie et de qualité de vie, si nos sociétés choisissaient de suivre une autre voie. » Une telle perspective rejoint la « sobriété heureuse » de Pierre Rabhi.

Sur ce point, le mouvement écolo a un gros travail de formulation et de présentation à réaliser. Nous avons trop souvent développé nos propositions en termes de contraintes et d'interdits, et pas assez de manière positive. Si la société écologique que nous préconisons doit être moins consommatrice de biens matériels, elle sera davantage une société de partage, de convivialité et d'épanouissement individuel et collectif.

Gérard Mamet

(1) Interview d'Edgar Morin par Edwy Plenel, Mediapart, 25 juillet 2013. (2) Alternatives Économiques, n° 325, juin 2013, pp. 78 et 79.

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Des Indiens à Ornans

UN HYMNE À LA DIVERSITÉ CULTURELLE

Pendant trois jours, des milliers de personnes ont assisté, à Ornans, à un pow-wow, grand festival culturel des Indiens d'Amérique du Nord. Une cinquantaine de représentants des nations indiennes du Canada, des États-Unis et du Mexique ont fait des démonstrations de danses, des cérémonies traditionnelles, mais aussi des spectacles musicaux et des conférences. Nous avons ainsi pu partager des représentations folkloriques, mais aussi des réflexions de fond sur la place des « peuples premiers » et des minorités, en Amérique et dans le monde.

Les peuples premiers, étrangers dans leur pays
C'est l'association Four Winds qui porte ce projet de pow-wow. Les 28, 29 et 30 juin 2013, c'était sa troisième édition à Ornans, avec le soutien de la ville. Four Winds signifie « quatre vents » et représente les 4 points cardinaux, les 4 éléments, les 4 couleurs fondamentales... L'association s'est fixé comme objectifs de promouvoir une meilleure connaissance des peuples autochtones des Amériques, de leur histoire, de leurs cultures et de soutenir les Amérindiens dans leurs démarches et leurs projets. Pendant ce week-end, on a pu parler des préjugés qui continuent d'être véhiculés par le cinéma hollywoodien. Ces films falsifient l'histoire et cachent la réalité sociale et sanitaire des « Native Americans » : la pauvreté, le chômage, la drogue et l'alcool, l'obésité et le diabète, une espérance de vie de seulement 50 ans.

Alors que leurs ancêtres ont vécu au 19e siècle les massacres et les déportations après avoir été dépossédés de la plus grande partie de leurs terres, beaucoup d'Amérindiens se retrouvent aujourd'hui dans des conditions comparables à celles des immigrés en Europe, comme étrangers dans leur propre pays.

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Vivre en ville ou dans les réserves ?

Devant un public particulièrement attentif, Esteban De La Rosa nous raconte son histoire. D'origine apache, il est assistant chirurgien de bloc opératoire depuis 37 ans. Quand son père et ses trois oncles sont revenus de la guerre du Pacifique, en 1945, ils ne sont pas retournés dans la réserve. Ils ont décidé de s'installer dans la région de Los Angeles, avec la même idée : donner une vie meilleure à leurs enfants et leur permettre de suivre des études.

Les camarades d'école du petit Estéban étaient noirs, blancs, asiatiques, indiens. Très vite, il a été confronté aux préjugés des autres ethnies et au racisme. Mais il ne comprenait pas vraiment pourquoi, parce que son père ne lui avait jamais raconté l'histoire de son peuple : il avait choisi l'intégration à tout prix. Puis il s'est trouvé confronté à la guerre du Viêt-Nam, certains de ses amis et cousins en revenaient dans des cercueils. C'était aussi la période de la lutte des Noirs pour les droits civiques, des premières batailles féministes, et Estéban est devenu militant. Dans les années 60, le gouvernement américain continuait d'exercer un contrôle policier absolu sur les réserves. Ceux qui vivaient en ville étaient beaucoup plus libres, mais il fallait que la jonction se fasse entre les Indiens des villes et ceux des réserves. Cette rencontre entre les Indiens instruits des villes et ceux plus traditionnels des réserves a donné un second souffle au mouvement d'émancipation par la création de l'American Indian Movement.

Une forme de résistance à la mondialisation libérale
Le week-end a été riche et passionnant, mais quel rapport, direz-vous, avec la politique ici en Europe, en France, en Franche-Comté ? Les Indiens le disent haut et fort : il n'y a qu'une seule humanité, mais il faut respecter sa diversité. Nous ne sommes pas obligés d'aller tous manger au Mc Do et de boire du Coca-Cola … La mondialisation libérale tend à tout uniformiser sur la base des habitudes américaines des WASP (1). La diversité linguistique et culturelle est menacée, en Amérique du Nord comme nous le rappellent les Indiens, mais aussi en Europe par le rouleau compresseur du libéralisme « à la Barroso », qui ne veut même pas de l'exception culturelle en matière de cinéma dans les négociations commerciales avec les États-Unis. Et dans le domaine culturel, les Amérindiens, qui ont une grande tradition de respect de leur environnement, pourraient nous apporter aussi une aide précieuse dans le nécessaire changement de nos rapports avec la nature. Ils pourraient nous aider à passer d'une attitude arrogante et prédatrice à une posture plus humble qui considère l'homme comme un élément parmi d'autres des écosystèmes (2).

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Gérard Mamet Effets pervers des gaz de schistes aussi...
La situation dans les réserves est complexe. Les gens y sont peu éduqués, les responsables sont âgés et se laissent facilement corrompre. Les conditions sociales et sanitaires y sont déplorables. Au dix-neuvième siècle, les Indiens ont été repoussés toujours plus loin, vers des régions montagneuses inhospitalières. Depuis, on s'est aperçu que certains de ces territoires pouvaient détenir, dans leur sous-sol, des ressources minières et pétrolières. Ces richesses sont convoitées par les autorités américaines, en particulier, aujourd'hui, les huiles et gaz de schistes. Quand il y a exploitation, les sociétés pétrolières viennent avec leur propre personnel et ne donnent pas d'emplois aux Indiens. Elles versent bien des royalties, mais celles-ci alimentent plutôt la corruption et ne rendent pas, même partiellement, aux Indiens leur dignité d'homme.

(1) WASP est l'acronyme de White Anglo-Saxon Protestant et désigne l'archétype de l'Américain blanc favorisé, descendant des immigrants européens. Mais en anglais, wasp signifie aussi guêpe... (2) Seulement après que le dernier arbre aura été coupé, Seulement après que la dernière rivière aura été polluée, Seulement après que le dernier poisson aura été pris, Alors, seulement, vous vous rendrez compte que l'argent ne peut être mangé.

(Parole indienne)

SYTEVOM

VALORISER LES DÉCHETS
Mardi 9 juillet, quelques militants et sympathisants du groupe local de Vesoul se sont retrouvés à Noidans-leFerroux pour visiter l’usine d’incinération et le centre de tri des ordures ménagères de la Haute-Saône. Ce site, mis en service en octobre 2006, est géré par le SYTEVOM (SYndicat pour le Transfert, l’Élimination et la Valorisation des Ordures Ménagères), créé en août 1993. Nous sommes reçus par Franck Tisserand, président du SYTEVOM, qui répond à nos questions et qui nous guide lors de la visite du centre. remarquable. Les déchets tombent dans des conteneurs où ils sont ensuite compactés pour être transportés vers les lieux de recyclage.

L’incinération : faute de mieux pour ce qui reste !
Tout ce qui ne peut être trié pour le moment va dans un incinérateur. Noidans-le-Ferroux possède un four qui fonctionne 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Sa capacité est de 41 000 tonnes par an. Il avait été prévu d’en construire rapidement un deuxième qui fort heureusement n'a pas été nécessaire, dans une logique du vingtième siècle où nos déchets étaient en constante augmentation. Or, en peu de temps, cet unique four est devenu trop grand car les gens ont bien joué le jeu du tri et n’apportent plus que 37 000 tonnes par an. Mais pour rester rentable, il est nécessaire que cet incinérateur fonctionne à plein régime. Les portes du SYTEVOM se sont donc ouvertes à certaines entreprises, comme Peugeot, dont les déchets étaient compatibles avec les processus mis en œuvre à Noidans.

Le SYTEVOM doit traiter annuellement plus de 130 000 tonnes de déchets collectés par ses adhérents, qui sont 16 intercommunalités de la Haute-Saône et du Doubs représentant plus de 240 000 habitants. Outre le centre de valorisation des déchets de Noidans-le-Ferroux, le Syndicat gère l’exploitation de plus de 1 100 points d’apport volontaire, 33 déchèteries et cinq quais de transfert. Le choix a été fait de considérer les ordures ménagères non plus comme des déchets à éliminer mais comme des ressources à valoriser. L’objectif du SYTEVOM est de valoriser au maximum tout ce qui peut l’être dans la filière des déchets, avec une mise en œuvre qui prétend être respectueuse de l’environnement.

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Le centre de tri : une valorisation de la matière
Le centre de tri permet de valoriser les matières provenant des efforts de tri de chacun d’entre nous, via les collectes en porte à porte (les poubelles jaunes), les points d’apport volontaire et le papier carton des déchèteries. La chaîne de tri permet d’obtenir neuf catégories de produits triés : journaux/revues/magazines, papiers déclassés, trois types de flaconnages plastiques, cartons d’emballage, briques alimentaires, fer et aluminium. Ces produits triés sont rachetés par des entreprises spécialisées dans le recyclage, désignées par Éco-Emballage (le petit point vert !) qui reverse des soutiens financiers. Une vingtaine de personnes travaillent sur la chaîne de tri, avec une célérité

C’est justement tout le problème de l’incinérateur : une fois l’appareil mis en place, il faut l’alimenter de manière constante pour le rentabiliser. L'incinération peut se trouver alors en concurrence avec d'autres formes de valorisation beaucoup plus intéressantes. D'ailleurs, l'expression « valorisation énergétique » est une façon de présenter de manière positive l'incinération qui est très contestée par les écologistes. La mise en route du four nécessite du fioul (6 000 litres par an). Mais ensuite, son carburant sera les ordures ménagères. La chaleur dégagée par la combustion des déchets atteint environ 1 000 °C ; elle est utilisée pour transformer de l’eau en vapeur. Celle-ci alimente une turbine destinée à produire de l’électricité, ce qui permet l’auto-alimentation du centre et la revente à EDF du surplus, correspondant aux besoins annuels de 2 000 foyers.

Et les fumées qui sortent de la cheminée ?

Que faire des résidus ?

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Ces résidus sont la ferraille, les mâchefers et les REFIOM (Résidus de l’Épuration des Fumées d’Incinération des Ordures Ménagères) ; il faut compter 300 kg de résidus pour une tonne de déchets incinérés. À la sortie du four, les mâchefers bruts sont triés mécaniquement, la ferraille en est extraite puis renvoyée vers les filières de recyclage. Les mâchefers correspondent à ce qui a résisté à l’incinération. Des analyses chimiques sont réalisées pour s’assurer qu’ils sont stables et n’interagissent plus avec l’environnement. Si elles sont satisfaisantes, on peut utiliser ces résidus en sous-couche routière et en remblais. La chaîne de traitement des fumées prétend garantir la propreté des rejets. Des réactions chimiques (avec l’urée, par exemple) sont provoquées à la sortie de la chaudière pour isoler et neutraliser les gaz polluants et résidus de combustion. Puis les fumées sont filtrées à travers des manches pour recueillir ces résidus. Les REFIOM représentent moins de 4 % de ce qui est brûlé et sont destinés à être enfouis dans des centres de stockage de déchets ultimes de classe I.

Selon le responsable, il s’agit essentiellement de vapeur d’eau… Du point de vue quantitatif c'est certainement vrai, mais les produits toxiques n'ont pas besoin d'être en grande quantité pour être très dangereux... Les gaz qui s’échappent de l'incinérateur sont contrôlés en continu, mais par l’opérateur lui-même. La DRIRE (Direction Régionale de l’Industrie, la Recherche et l’Environnement) y a accès. Un système de biosurveillance indépendant a été mis en place et plusieurs prélèvements sont effectués par an. Toujours selon le responsable, il semble qu’il n’y ait pas d’impact sur l’environnement. Nous nous interrogeons tout de même sur le devenir des dioxines, du protoxyde d’azote, de l’acide sulfurique et des métaux lourds. Franck Tisserand insiste sur la totale transparence en disant que les résultats des contrôles sont à la disposition du public (www.sytevom.org). J’ai cherché sur le site, mais je n’ai trouvé que les résultats de... 2010...

Et la cogénération ?
Il subsiste néanmoins une importante chaleur résiduelle, qui n’est pas utilisée pour l’instant, au grand désespoir du président du SYTEVOM. Il y aurait de quoi chauffer quatre piscines olympiques ! Mais en plein milieu des champs, comment faire ? Se pose la question du choix du lieu. Certains se souviennent encore des manifestations anti-centre d’incinération dans divers endroits, et Noidans-le-Ferroux a été un choix par défaut, parce que le maire avait été appâté par les retombées économiques pour son village. À proximité d’une ville, il est possible de chauffer tout un quartier, un hôpital, des bâtiments collectifs. De plus, le transport des ordures de toute une agglomération coûte moins cher puisque les distances sont moindres. Les 22 km depuis Vesoul coûtent à la communauté entre 150 000 et 200 000 euros par an. En attendant, il n’y a plus qu’à espérer qu’un maraîchage se mette en place, avec des serres chauffées.

Pendant toute la visite, nous soumettons Franck Tisserand à un feu roulant de questions, qui lui font parfois perdre le fil de ce qu’il disait. Il est vrai qu’une question en amène une autre, tant ce sujet intéresse les écolos que nous sommes. En voici un aperçu.

du tri ». Ceux-ci interviennent alors gratuitement dans les écoles qui en font la demande pour sensibiliser les élèves au tri et au compostage. On compte sur les enfants pour qu’ils fassent passer le message aux parents ! Environ 300 classes bénéficient de ce dispositif chaque année. La somme restante va aux adhérents méritants sous forme d’aides. Par exemple pour le broyage des déchets verts, pour lequel le SYTEVOM a acheté quatre gros broyeurs qui sont prêtés aux localités.

Et l’avenir ?
Pour Franck Tisserand, il faut se tourner vers les déchèteries. En effet, actuellement, on valorise 85 % des produits collectés (mais doit-on dire « valorise » quand il s'agit d'incinération ?). L’objectif est de parvenir à 95 %, en proposant plus de possibilités de recyclage, notamment en mettant en place de nouvelles bennes : la benne plâtre (cloisons, placoplâtre, placo et isolant…), la benne meubles (les sommiers, les meubles, le compressé, le mobilier plastique de jardin…), la benne polystyrène. La plate -forme déchets verts doit permettre de broyer sur place les branchages et faciliter la récupération du broyat par les agriculteurs. Des progrès restent à faire sur nos habitudes de consommation, comme éviter d’acheter des produits suremballés, refuser les sachets. Le compostage individuel et collectif n’est pas assez répandu. L’information sur la valeur ajoutée du tri et les filières de valorisation est quasi inexistante et pourtant, cela motiverait les citoyens. À terme, il faudrait parvenir à fermer la plupart des incinérateurs. La visite aura duré plus de trois heures. Claude Simonin (Cf. La Feuille Verte de juillet-août) en profite pour remettre son dossier concernant la récupération des filets plastiques agricoles au président du SYTEVOM. Celui-ci va justement rencontrer des cadres de la chambre d’agriculture pour travailler sur la mise en place de la récupération des plastiques agricoles. Ce dossier l’intéresse donc beaucoup. D’autres auraient encore beaucoup à dire, à suggérer. Mais tout a une fin. Nous regagnons nos pénates... en covoiturant, bien entendu !

TOM ou redevance incitative ?
La TOM est la Taxe sur les Ordures Ménagères, que tout le monde payait auparavant. Elle existe toujours dans certaines communes, qui ne favorisent pas le tri. Ailleurs, elle a été remplacée par la redevance incitative, qui taxe ceux qui ne font pas le tri et ont de grosses poubelles et ménage ceux qui font des efforts en triant leurs déchets et en diminuant le volume des ordures. Mais quoi qu’il en soit, il faut toujours payer. Le traitement des ordures ménagères a un coût que le SYTEVOM répercute sur ses adhérents : la TGAP (taxe générale sur les activités polluantes), la TVA, les formules de révision (les entreprises qui sous-traitent facturent des prestations en constante augmentation car liées au coût du gazole ou de l’emploi des personnels), l’augmentation du prix des consommables (l’urée, le charbon actif, le bicarbonate, utilisés pour traiter les fumées), la gestion des déchèteries, le prix de l’entretien des anciennes décharges (il faut enlever les jus), le passage du camion des ordures ménagères et le tri. Cependant personne n’a pensé à demander à Mère Nature de facturer ce que lui coûte l’abandon des déchets dans les bois, dans l’air, dans les rivières et les océans… ainsi que les répercussions sur notre santé.

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Quid de l’éducation et de la prévention ?
Nous apprenons que trois personnes, dont un ingénieur, sont chargées de ce volet. Le SYTEVOM a signé un accord avec l’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie), qui lui apporte une aide annuelle de 260 000 euros. 90 000 euros sont reversés aux CPIE (Centres Permanents d’Initiatives pour l’Environnement), qui ont recruté et formé des animateurs « ambassadeurs

Suzy Antoine

Science et écologie

SUPERWEEDS, DÉBAT CLIMAT, MÉMOIRE DU RISQUE ET FAIBLES DOSES RADIOACTIVES
Cette rubrique a pour ambition de proposer un regard critique sur l'actualité scientifique, en montrant tantôt les dangers, tantôt les espoirs suscités par les recherches et les découvertes. Cette information peut parfois inspirer les propositions des écologistes. Les références sont données pour ceux qui voudraient approfondir les questions traitées.

Commentaire : Cette étude montre une fois de
plus qu'avec les OGM, l'homme joue aux apprentis sorciers. L'ONG américaine souligne les risques pour la santé humaine et la biodiversité que représente la recherche du contrôle des insectes et des mauvaises herbes au moyen de la chimie et des biotechnologies. On sait à qui cela profite : le marché des OGM est passé de 115 millions de dollars en 1996 à 14,8 milliards en 2012 (multiplication par 130) et le marché mondial des pesticides de 26 milliards de dollars en 2001 à 64 milliards en 2012 (presque 3 fois plus).

1. Les attaquent

super-mauvaises

herbes

contre-

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Dans un rapport de 19 pages, l'ONG américaine Food and Water Watch montre que la culture des OGM entraîne une forte augmentation des quantités de pesticides utilisées, pour le plus grand profit des multinationales du secteur comme Monsanto, Syngenta, Bayer ou BASF. L'explication est assez simple : l'utilisation généralisée des herbicides sur les cultures OGM a provoqué l'apparition de mauvaises herbes résistantes aux produits, les « superweeds » ou super-mauvaises herbes. Si, entre 1998 et 2001, au début de la généralisation des OGM aux ÉtatsUnis, la quantité d'herbicides utilisée a baissé de 15 %, elle a de nouveau augmenté rapidement avec l'apparition des mauvaises herbes résistantes : plus 26 % entre 2001 et 2012. La présence d'une mauvaise herbe résistante comme la vergerette du Canada dans les champs de soja peut entraîner une réduction de la récolte de 80 % (Rapport de Food and Water Watch, juillet 2013, en anglais, té l é c h a rge a b l e sur : h tt p : / / www.foodandwaterwatch.org/reports/superweeds/ )

2. Pour une mémoire des risques
Le 26 février 2010, la tempête Xynthia faisait 53 morts dans le secteur de La Faute-sur-Mer. Les élus et les médias affirment qu'il s'agit d'« un phénomène jamais vu depuis des siècles ». Faux !

En 1937, une tempête aussi violente avait submergé la côte atlantique, du sud de la Bretagne à la frontière espagnole. À l'époque, il n'y avait eu aucune victime, tout simplement parce que la zone côtière n'était pas urbanisée. C'est donc la perte de mémoire locale, combinée aux appétits des aménageurs, qui explique le lourd bilan de Xynthia. (Pour la Science n° 429, juillet 2013, pp. 14-15)

4. Le casse-tête des faibles doses de radiations
Les premières victimes d'irradiation remontent aux années 1900, peu de temps après la découverte de la radioactivité et des rayons X : ce sont les chercheurs et techniciens qui travaillent sur ces nouvelles techniques. Malgré cela, on a même cru un temps aux vertus du radium, que l'on retouve, par exemple, dans des crèmes amincissantes... Mais dès 1924, on met en évidence les risques pour la santé et on propose de limiter les doses à l'équivalent de 700 millisiverts (mSv) par an. Les normes ont ensuite été abaissées, notamment après les essais nucléaires aériens et leurs conséquences sanitaires. Elles sont actuellement de 20 mSv pour les travailleurs exposés aux rayonnements et 1 mSv pour le public. Sur les faibles doses, deux conceptions s'affrontent : la notion de seuil et la proportionnalité. Les partisans du seuil prétendent qu'en dessous d'un certain niveau, il n'y a plus aucun danger. Ceux de la proportionnalité disent que les faibles doses ont un effet, mais que 1 ou 2 % de cancers en plus, c'est très difficile à détecter. (La Recherche n° 478, août 2013, pp.56 à 59)

Commentaire : Depuis cette catastrophe, les
groupes, observatoires et autres comités de prévention des risques se sont multipliés. La prévention des risques ne sera efficace que si elle intègre l'histoire des événements extrêmes au cours des 500 ou 1 000 dernières années : tempêtes, submersions, sècheresses...

3. Trois débats sur le climat Le premier débat a lieu entre les scientifiques du
GIEC et les climatosceptiques subventionnés par les lobbies du pétrole et du charbon, comme c'est le cas aux États-Unis. Ce n'est pas à proprement parler une controverse scientifique, puisqu'il y a d'un côté les arguments sérieux des climatologues et de l'autre les erreurs et les mensonges. Le deuxième débat est un peu moins grossier. Il oppose les climatologues aux climatosceptiques comme Claude Allègre, qui met en cause la validité des sciences du climat, ou Luc Ferry qui dénonce « une idéologie irrationnelle qui s'oppose au progrès scientifique et industriel ». Le troisième débat ne met pas en cause le changement climatique lui-même mais concerne son importance et ses conséquences : l'élévation des températures, la hausse du niveau de la mer, les variations géographiques... (La Recherche n° 478, août 2013, pp. 74 à 77)

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Commentaire : La modélisation du climat qui permet de prévoir son évolution n'est pas simple, mais elle fait la quasi-unanimité des scientifiques. Elle permet aujourd'hui d'affirmer qu'il y a bien un réchauffement climatique d'origine humaine, lié à l'effet de serre. Ne pas en tenir compte serait suicidaire pour l'humanité. Le débat doit se poursuivre sur son importance, ses conséquences, son expertise et les moyens d'y faire face.

Commentaire : Dans tous les cas, le principe de précaution doit s'imposer. Il faut donc limiter le plus possible l'exposition à la radioactivité, aux rayons X… et aux ondes des téléphones portables ! Les nouvelles recherches portent sur la radiosensibilité individuelle. On a constaté, en effet, qu'une partie de la population (10 à 15 %) serait radiosensible, avec parfois des risques de cancers radioinduits multipliés par 5 ou 10. Il faudra donc soit abaisser les normes pour tout le monde, soit les adapter à la sensibilité de chacun, en cassant au passage le dogme de l'universalité de la norme.

Gérard Mamet

Humeur

UN ÉCRIVAIN FRANÇAIS ET NOIR ?
Contester les peurs attisées envers les étrangers qui se manifestent dans les propos de certains politiques, de nos voisins, et parfois même d'amis va désormais se doubler d'une nouvelle difficulté : devoir lutter contre certaines tentatives de type négationniste tendant à faire admettre, de manière subliminale, qu'il n'y aurait pas d'auteurs français noirs. En effet, que dire quand la télévision française, en 2013, diffuse même s'il a été tourné en 2010 - un film (L'autre Dumas) dans lequel Alexandre Dumas est interprété par Gérard Depardieu ? Comment peut-on encore en être là et nier la réalité de la couleur chez un auteur français, même si le propos du film se situe ailleurs... (Enfin, il traite quand même de l'imposture et du « nègre » de Dumas, Auguste Maquet, qui était blanc, il est vrai...) En fait, le procédé est ici plus subtil : on ne « reproche » plus à Dumas sa « négritude » (son nom lui vient par ailleurs de sa grand-mère, qui était esclave), on la nie, simplement. C'est comme si la couleur était interdite aux monuments de la littérature française : Dumas en tant qu'écrivain français, né dans l'hexagone, est nécessairement blanc. Difficile d'éduquer dans ces conditions les générations futures – déjà que bien des gamins aujourd'hui croient que Notre-Dame-de-Paris est de Walt Disney !... C'est assez ahurissant de voir comme la pensée xénophobe est à ce point prégnante. Comme le dit Léonora Miano (écrivaine française d'origine camerounaise, auteur de six romans et prix Goucourt des lycéens en 2006) : « Être noir en France, c'est se voir refuser le droit de s'approprier ses propres grandes figures... Être noir en France, c'est constituer une menace. » (1) Que dire alors des gens du voyage, des Roms, etc. ? Là encore, le futur ne manque pas d'avenir ! Certains diront que j'ai mauvais esprit, car il n'était pas noir, Dumas, mais métis (2) : alors où est le problème ?... Pourtant cette cécité est grave vu le panorama politique actuel : il y a pourtant plus d'un quart de siècle que l'historien Fernand Braudel (3) parlait de la migration comme d'un élément constitutif de cette fameuse « identité française ». Il y a donc du pain sur la planche. Il ne faut pas oublier que si Mélanchon a obtenu bien moins de voix à la dernière présidentielle que ce que certains meetings et sondages laissaient présager, c'est en partie à cause de son discours de Marseille : né à Tanger, il y vantait la « France métissée », ce qui a été assez mal perçu par certains Français. Quant aux discours de Manuel Valls, ils séduisent à gauche comme à droite : il y a de quoi être inquiet...

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Il ne faut pas s'étonner ensuite des malaises identitaires de certains de nos compatriotes. Le metteur en scène Safy Nebbou, qui devrait être concerné, ne semble même pas se rendre compte qu'il aurait pu trouver un acteur de couleur pour jouer le rôle de Dumas : mais il a lui même visiblement bien intériorisé que Dumas, du fait même qu'il était français, était nécessairement blanc. À moins (ce qui est peu crédible) qu'il n'ait oublié que Dumas ne l'était pas.

Thierry Lebeaupin

(1) Habiter la frontière, 2012 (2) Son père était un mulâtre de Saint Domingue, sa mère était picarde... et lui aussi. (3) L'Identité de la France, 1986

Journal de bord

DES VERTS FRANC-COMTOIS AU PARLEMENT EUROPÉEN DE BRUXELLES

Un groupe de 24 écologistes franc-comtois a eu l’occasion de participer à un voyage à Bruxelles, les 24 et 25 juin 2013, à l’invitation de notre eurodéputée Sandrine Bélier. Il s’agissait de faire plus ample connaissance avec les institutions européennes. Le moyen de transport le plus pratique et le moins onéreux s’est avéré être l’autocar.

Les écolos sont aussi des touristes
Impossible de faire l’impasse devant certains monuments touristiques bruxellois. Comme le temps manque, c’est vers une heure du matin que nous allons faire un petit détour par la Grand-Place de Bruxelles, considérée comme l’une des plus belles places du monde. Nous nous extasions devant la richesse ornementale des bâtiments (la place est bordée par les maisons des corporations, l’hôtel de ville et la Maison du Roi). Partout des groupes de jeunes, une présence policière bien visible et des caméras qui scrutent les pavés. Puis nous partons à la recherche du Manneken-Pis, qui fait tomber les illusions d’un grand nombre d’entre nous. « Quoi ? Cette petite statue parvient à déplacer tant de monde ? Mais qu’est-ce qu’on lui trouve donc ? »

Puis on nous « badge » : nom, prénom, numéro de carte d’identité. Il ne nous reste plus qu’à circuler dans d’innombrables couloirs, monter et descendre dans des ascenseurs toujours pris d’assaut. Heureusement que nous avons Patricia, car il y a de quoi se perdre. Elle procure également un petit véhicule électrique à l’une d’entre nous, qui a des difficultés pour se déplacer. Il vaut mieux rester groupés (ce qui n’est pas évident pour des Verts !) À chaque changement d’étage, Patricia s’inquiète de savoir si nous sommes encore tous là. À mon avis, elle n’a pas tort !

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9 h 30
Nous nous installons dans une salle de projection, où un fonctionnaire d’origine magyare nous accueille dans un français impeccable pour nous souhaiter la bienvenue et nous expliquer rapidement le fonctionnement de cette ville dans la ville (voir encadré). Patricia prend ensuite le relais et nous explique le droit de pétition (1). Plusieurs questions sont posées sur la composition des groupes politiques (2). Puis nous changeons de salle, d’étage, de bâtiment (enfin, c’est ce que je crois, car j’ai totalement perdu le sens de l’orientation)…

Les écolos devant le parlement européen
C’est le gigantisme des lieux qui impressionne. Il y a plusieurs bâtiments de facture contemporaine, séparés par des esplanades et des galeries qui les relient entre eux. Patricia Gueguen, l’attachée parlementaire de Sandrine Bélier, nous attend et nous fait passer la sécurité. Ce sont les mêmes mesures que celles d’un aéroport : nos affaires sont déposées sur un tapis roulant et radiographiées tandis que nous passons sous un portique.

11 h 15
On nous installe dans une salle de réunion, avec micros et cabines pour les interprètes, vides pour la circonstance. Nous avons rendez-vous avec Sandrine Bélier, qui engage le débat sur son action visant à protéger la biodiversité et à appliquer le protocole de Nagoya (voir encadré). Elle nous raconte son combat, d'abord pour obtenir que le groupe des Verts obtienne ce rapport suivant un système de jetons (3), ensuite pour devenir la rapporteure de groupe. Elle en est maintenant à rechercher des compromis avec les autres groupes politiques

pour faire voter le texte. Nous comprenons que la vie d’une députée européenne est bien remplie, partagée entre Paris (où elle possède un pied-à-terre), Strasbourg et Bruxelles, sans compter les déplacements à l’étranger ainsi que dans sa circonscription (4), et qu’il y a peu de place pour la vie privée.

15 h 45
Nous devons quitter les lieux car d’autres groupes ont été invités. Nous nous retrouvons à l’extérieur des bâtiments, subitement loin du bourdonnement de la ruche. Les attachées parlementaires nous emmènent alors au Parlamentarium, le centre de visiteurs du parlement de l’Europe (5). Muni d’un audioguide à écran tactile, chacun d’entre nous peut aller à son rythme et apprendre l’histoire de la construction européenne, comment sont prises les décisions et comment elles influencent notre quotidien.

17 h 30
Nous quittons Bruxelles en faisant un petit tour dans la ville. Nous serons de retour chez nous au petit matin, entre 1 h 30 et 4 h, en fonction de notre « chez nous ». Ce petit périple, quoique fatigant, nous aura permis d’approcher les instances européennes de près, donné envie d’en savoir plus, car beaucoup d’entre nous sont restés sur leur faim, et permis de constater tout le travail qu’accomplissent au quotidien nos députés. Bravo l’Europe et merci de nous avoir invités (6).

13 h
Nous déménageons à nouveau pour nous rendre dans les locaux des Verts. Rien d’ostentatoire, les bureaux sont petits, fonctionnels. Sandrine dispose d’un étroit canapé, ainsi que d’un cabinet de toilette, car elle n’a pas toujours le temps de se rendre à son hôtel pour se reposer ou se changer.

15 h

Suzy Antoine

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Enfin, nous avons l’autorisation de pénétrer dans l’hémicycle réservé aux Verts européens. Dany Cohn Bendit préside la séance. Nous nous installons dans le fond de la salle, sur des fauteuils réservés aux visiteurs, mais dès que la séance est ouverte, certains d’entre nous s’installent au dernier rang, normalement réservé aux députés, et s’exercent au casque. Les interprètes ont pris place dans les cabines et travaillent en instantané. C’est absolument remarquable. Bien des députés, comme Dany, prennent la parole en trois langues : français, anglais, allemand. Il est question d’Alain Lamassoure et du budget européen, qui est financé par les États membres. Or comme les États sont ruinés, l’Europe doit faire preuve de réalisme. Le débat ne suscite pas de vives réactions dans l’assemblée.

(1) Tout citoyen peut déposer une requête à la Commission des pétitions du Parlement européen afin que le droit de l’Union européenne soit appliqué et que ses droits soient respectés. Chaque année, environ 1 000 pétitions sont adressées à cette Commission. (2) Les membres du Parlement européen siègent au sein de groupes politiques ; ils ne sont pas organisés par nationalités, mais par affiliation politique. Un groupe politique est composé de membres élus dans au moins un quart des pays de l’UE et compte au minimum 25 membres. Il y a actuellement sept groupes politiques au Parlement européen. Les membres qui n’appartiennent à aucun groupe sont appelés « non inscrits ». (3) Il s’agit d’une monnaie politique, attribuée proportionnellement à chaque groupe. Elle permet de récupérer les rapports qui intéressent une formation. (4) Circonscription Grand-Est : Alsace, Lorraine, Champagne-Ardennes, Bourgogne et Franche-Comté. (5) Au Parlamentarium, il est possible par exemple d’expérimenter une gigantesque installation lumineuse en 3D représentant une carte d’Europe changeante, une projection numérique de l’hémicycle (chambre parlementaire) sur un écran à 360°, un voyage

virtuel et interactif à travers l’Europe pour découvrir chaque État membre, un mur vidéo présentant des messages des députés européens. Le centre est disponible en 23 langues, entièrement accessible aux personnes ayant des besoins spéciaux et l’entrée en est gratuite.

(6) Les parlementaires disposent d’un budget pour inviter leurs électeurs à visiter le Parlement européen. En effet, ils ont constaté que leurs travaux étaient méconnus et que le citoyen lambda ne s’y retrouvait pas. Nous n’avons donc rien eu à payer !

Les groupes politiques au Parlement européen
Groupes Groupe du Parti populaire européen (PPE) Partis Parti populaire européen Tendances majoritaires Démocratechrétien / conservateur / libéral Nbre sièges en 2009 271 (36%) Logo

Groupe de l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates (S&D) Groupe « Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe » (ADLE) Groupe des Verts / Alliance libre européenne (Verts / ALE)

Parti socialiste européen et Parti démocrate italien

Socialiste / socialdémocrate

190 (25%)

Parti européen des libéraux, démocrates et réformateurs

Démocrate / libéral

85 (11,4%)

Parti vert européen alliance libre européenne

Ecologiste / socialiste / régionaliste

58 (7,5%)

21

Groupe des conservateurs et des réformistes européens (CRE) Groupe confédéral de la Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique (GUE/NGL) Groupe « Europe de la liberté et de la démocratie » (EFD) Non-inscrits (NI) Parti de la Gauche européenne/alliance de la Gauche verte nordique/autres partis de gauche

Conservateur / anti fédéraliste

53 (7,3%)

Communiste/ antilibéral

34 (4,8%)

Eurosceptique/ souverainiste

33 (4,3%)

Principalement issus de l’extrême droite

27 (3,7%)

Que fait-on à Strasbourg, Bruxelles et Luxembourg ?
Le siège officiel du Parlement européen se trouve à Strasbourg, la ville qui symbolise la réconciliation de l’Europe après les deux guerres mondiales. Douze sessions plénières sont tenues annuellement sur ce site. Les députés se réunissent en commissions parlementaires à Bruxelles, où peuvent être organisées des sessions plénières supplémentaires. Une commission se compose de 24 à 76 députés européens. Eva Joly est présidente de la commission du Développement. Dans la ville de Luxembourg résident le Secrétariat général du Parlement européen ainsi que la Cour de justice des communautés européennes (CJCE), un certain nombre d’unités faisant partie de directions générales de la Commission européenne transférées de Bruxelles à Luxembourg, la Banque européenne d'investissement et le Fonds européen d'investissement (BEI). L’idée est de concentrer l’ensemble des compétences et activités juridiques et financières de l’Europe communautaire au Grand-Duché.

Le Protocole de Nagoya
On dit parfois APA pour « Accès/Partage/ Avantages ». C’est l'un des principaux textes d'engagements adopté par la conférence des Nations unies sur la diversité biologique réunie en Sommet mondial à Nagoya (Japon), en octobre 2010, qui était aussi la COP10, c'est-àdire la dixième conférence des Parties de la Convention sur la diversité biologique des Nations unies (dite CDB, signée à Rio en juin 1992, lors du troisième Sommet de la Terre). Il vise aussi à lutter contre la « biopiraterie ». La biopiraterie (ou biopiratage) est l'appropriation illégitime des ressources de la biodiversité et des connaissances traditionnelles autochtones qui peuvent y être associées. Elle s'exprime sous la forme de dépôts de brevets, de marques sur des noms d'espèces ou de variétés typiques d'une région, ou encore par l'absence de juste retour aux États et communautés traditionnelles qui en sont les dépositaires. Elle peut être mise en œuvre par des entreprises privées ou par des centres de recherche, qui exploitent ces ressources génétiques sans autorisation préalable ou partagent des avantages ou bénéfices avec l'État et les communautés indigènes ou locales qui ont initialement développé ces connaissances.

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Marseille, les JDE ...

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