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Brouardel, Paul (1837-1906). Cours de médecine légale de la Faculté de médecine de Paris 1900.

Brouardel, Paul (1837-1906). Cours de médecine légale de la Faculté de médecine de Paris

1900.

médecine légale de la Faculté de médecine de Paris 1900. 1/ Les contenus accessibles sur le

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195, Boulevard St-Germain

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Gïpôâeôée*

'Divorce

accouchement

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NULLITÉ, DIVORCE

GROSSESSE,

ACCOUCHEMENT

DU MÊME AUTEUR

COURSDEMEDECINELEGALEDELA.FACULTEDEMEDECINEDEPAHIS

La Mort et la Mort subite. Paris, 1895, 1 vol. ia-8, 455

Les

Asphyxies par

p.

avec 8

pi.

la

420

La

Les

Pendaison,

Paris, 1897,

Explosifs

1 vol.

L'Infanticide.

1892,

les

et 5

et

gaz

ligures

La

9 fr

p

par les vapeurs. Paris, 189G, 1 vol. iu-8,

9 fr.

la Suffocation et la Submersion.

12 fr.

point de vue médico-légal. Paris,

pi. col. et 43 fig

:.

14 fig

12 fr.

Strangulation,

1 vol. in-8 de 584 p. avec 3

et les

Explosions

avec 39

in-8, 300 p.

Paris, 1897, médicale.

au

fig

6 fr.

9 fr.

9 fr.

L'Exercice de la Médecine et le Charlatanisme. Paris. 1899, 1 vol. iu-8

1 vol. in-8, avec 2 pi. col. et

Pari?, 1898,

Responsabilité

pages

1 vol. in-8, 45G p

de 564

Le

Mariage, nullité, divorce, grossesse, accouchement. Paris, 1900,

9 fr.

» »

1 vol. de 452

pages -L'Avortement. Paris, 1900, 1 vol. in-8 de 300 pages

Traité de médecine et de

P.

delà

à

BROUARDËL,doyen

Charité,

membre de

1898, 10 vol. in-8 de 750 p.

Le Secret médical.

Laboratoire de

La Fièvre

sous la direction de

de thérapeutique, la Faculté de médecine publié de Paris, médecin

l'Institut;

et A.

GILBERT,professeur agrégé

l'hôpital

médecin de

Prix de

Tenon. 1895-

12 fr.

chaque

volume

assurances sur la

vie, décla-

3 fr. 1893, 50

etc. 2e édition.

la Faculté de médecine de Paris,

avec

fig.

Honoraire?, mariage,

rations de naissance, expertise, témoignage,

lvol.in-16 de 280 p.

{liibliol/wgtiescientifiquecontemporaine).

méthodes

Toxicologie,

d'expertises toxicologiques,

8 fr.

travaux du laboratoire, par P. BHOUAKDELet J. OGIER.1891. 1 vol.

gr. in-8 de 224 p. avec 30 fig

P. BROUARDËLet h. THOINOT, médecin des hôpi-

9 fr.

1

fr.

typhoïde, par

taux de Paris.

1895, 1 vol. in-8 de 350 p. avec fig

à la

autopsies

expertises

du service des

Organisation

Morgue. 1879,in-8, 32 p.

d'attentats à la

1880,in-8,

1888,in-8,

Des causes d'erreur dans les

in-8, 60 p Relation médicale de l'affaire Pastré-Baussier.

pudeur.' 1884,

'

96

1 fr. 50

2' fr.- 50

p

1887,nT-8,

_1*(r;•>£

fj^

pages 1» l

Affaire Pranzini. Triple assassinat. Relation médico-légale.

pages De la consommation de l'alcool dans Paris.

Du diabète

44

24

traumatique

au

point

de vue des expertises médiCO-Kaale?,

1888, in-8

de la rendre

l-Tr' 50 compatible

avec

P.

BROUARDËLet RICIIARDIÈRE.

décès, déclaration moyen

Déclaration par des causes de

le secret

professionnel,

23

p

Étude miques. 1889,in-8,

38

médico-légale sur pages

obligatoire des maladies épidé-

1 fr. 25

1893, 1 fr. in-8, 50

la mort du baron de Reinach. .

:

De la responsabilité des patrons dans certains cas de maladies épidé-

miques. 1893,in-8,

44

1 fr. 50

pages

Affaire Valrof, double tentative de

par

La conférence sanitaire de Venise.

somnambulisme allégué,

2 fr. 1 fr. 0 fr. 50

meurtre,

P. BROUARDËL, MOTETet P. GARNIER. 1893,in-8, 32

Paris, 1897,in-8,

p

24 p

Les logements insalubres. Paris, 1898, in-8

B46S-90. — COOBEIL. ImprimerieEd. C»ÉTÉ.

COURS

DE

MÉDECINE

LÉGALE

DE LA FACULTEDEMEDECINEDE PARIS

NULLITÉ,

GROSSESSE,

DIVORCE

ACCOUCHEMENT

p A n

Catalogué AUTEDBS

Catalogué Ï1TIÈBES

427917

P. BROUARDËL PROFESSEURDE MÉDECINELÉGALE ET DOYEND3LA FACULTÉHEMÉDECINEDEl.'u.NIVERSITÉDEPVRIS PRÉSIDENTDUCOMITÉCONSULTATIFn'ilYGIÈNE MEMBREDEl.'lXSTIT'JT (Acaclcillic (If! sciences) ETDEL'ACADKMIEDEMÉDECINE

LIBRAIRIE

PA1M-S- 1

J.-B.

BAILLIÈRE

ET

FILS

19, RUE HAUTEFEUILLE, 19

1900

Tousdroitsréservés.

àtès-mm

PREFACE

Depuis quelques

médecins

relatives au mariage.

traitants

les médecins

rares

et les

années, ont eu à débattre Elles étaient

experts

bien des questions

avant

la loi du

27 juillet

1884 sur le divorce;

elles sont devenues

fré-

Elles n'ont

quentes depuis sa promulgation.

été étudiées le hasard

qui surgissent

pas encore

que

dans

leur

en présence à l'improvisto

ensemble,

et les médecins

met

des nombreuses

au cours

difficultés

des procès,

sont

parfois singulièrement embarrassés.

J'ai

les cas

à propos

pensé qu'en

de se faire

et

leur

leur action

de ce livre.

groupant

desquels à mes con- leur

quelles

ne

mon avis a été demandé,

une

conduite

limites

doit pas franchir.

partie

il serait

pius facile

frères

théorie

générale,

guidant

dans

permettent

d'apprécier

et

peut s'exercer

celles

qu'elle de la première

Cette étude

fait l'objet

Parmi

ces diverses questions,

les unes

dans les conditions sont celles

ce sont

les

moins nombreuses

—se présentent

Telles

des organes

des expertises

nent les malformations

ordinaires.

qui concer-

génitaux.

Pour

mations

plus

seront

ressés

les autres, absolues souvent

l'expert

formulées

se trouve en présence

par les parties

d'affir-

et il sera

le

de donner

des conclusions

obligé moins précises et les juges

qui les inté-

ne le désireraient

que ; il est condamné

an relatif.

Prenons

Pour

deux exemples que le mariage

:

soit valable,

il faut le consente-

VI

PREFACE.

ment libre

posséder

liberté

des deux leur liberté

les conjoints L'affirmation

doivent donc de cette

délicate.

Le

époux;

mentale.

est parfois sujette

à une appréciation

futur

répétés.

complètement

portée de l'engagement

faible d'esprit;

faiblesse telle que le consentement

la faiblesse compatible

a eu autrefois Au moment

des accès

de manie

plus ou moins

le oui,

était-il

où il a prononcé

juger

guéri? Pouvait-il

« compos siti » la

est

une

de

Un des futurs

qui sépare

qu'il prenait?

où se trouve

la limite

n'a pas de valeur,

avec la validité

de l'acte?

vous seront posées quel-

Remarquez

que ces questions

ques mois, quelques

années après le mariage.

L'autre

exemple est celui-ci:

Une femme

est mariée

depuis

vierge.

divorce,

un temps

plus

Dans

les griefs

elle invoque

ou moins

consignés

l'impuissance

long,

elle est encore

dans

sa demande du mari.

Mais,

en

à

moins do malformations,

souvent relali/c

fantiles;

franchir

dans certaines

cette impuissance

comme

est le plus chez les in-

de

nul

invincible

: il y a faiblesse,

excitations ; cet obstacle

il y a des un obstacle

rares

et incapables

peut être presque

conformations

de l'hymen,

dans d'autres,

joint

surtout

état do vaginisme

particulière. à chacune

a été conclu,

sens

chez

inverse

devant

péremptoires

lorsqu'un congénitale d'assigner le mariage

se

à une disposition Quelle part convient-il

Depuis

que

de ces

conditions?

elles eu toujours ? Ceux-ci

ont-

les deux

la même importance,

formu'ent

Ils

en

des

le tri-

dans

conjoints

conclusions

absolues.

se présentent médicaux

bunal

leurs contradictions.

avec des certificats

Il appartient

à l'expert

de savoir

que tout

est relatif.

Il doit se souvenir

femme déterminée,

que tel est impuissant

qui cesse

de l'être

vis-à-vis

d'une

vis-à-vis

d'une

PRÉFACE.

Vil

autre. Les scandales

bien

mis

français

ce point

des procès en évidence.

des derniers Aussi comme

siècles

ont

le législateur de nul- seule

cause

a écarté l'impuissance

lité et de divorce.

n'entraîne

à ceux qui sont invoqués

quand le mari, impuissant

ne l'était

Pour presque procès en nullité

mis à votre appréciation; n'admet pas l'impuissance

Mais si, en droit,

l'impuissance

pas le divorce,

pas vis-à-vis

c'est un argument

par la demanderesse,

vis-à-vis

qui se joint surtout

qu'il

dans les est sou-

civil

de

d'elle, a montré

invoquées

d'autres.

toutes les questions

ou en divorce,

je

le même relatif

disais

le Code

que comme une cause

maritale

divorce, mais,

le mariage

aussi un acte religieux,

est suivie

pour le plus grand

nombre

des Françaises,

civil,

n'est pas uniquement

un acte

il est au civil

et la demande en nullité

on divorce

d'une demande

à Home. Or, le droit

canon admet la dissolution

sance,

du mariage

en cas d'impuis-

et le médecin

est appelé

à faire les constatations

que le mariage

traitant

a été ou non consummatum.

doit être

très circonspect.

inséparable

des procès

sévice,

prouvant

Ici le médecin cliente, entraînée

divorce, dans lesquels

lui demander

Sa

en

par l'ardeur

tout est injure,

etc., peut

de constater

qu'il lion, qu'il y a eu des actes contre

constate

ce qui n'aille pas au delà.

est

certain,

y a eu non-consomma-

nature.

Que le médecin mais

indiscutable,

qu'il

Quand l'expertise

sera ordonnée,

une complaisance,

dans

traitant,

cliente. Accuser

la rédaction

du certificat

mari,

fourni

le médecin

par

celui-ci

d'actes

et sa

contre

grave

contre

que ce

peut gravement

le

compromettre par exemple,

ne doit donc

nature, lorsqu'ils faite par la femme, elle. Le médecin

ne sont pas prouvés,

et celte allégation

traitant

est une injure se retourne

affirmer

VIII

PREFACE.

qu'il est évident que l'expert

ne pourra

La seconde

partie l'étude médico-légale

de ce volume

de la grossesse

pas

est

ne

voir.

pas consacrée " au.

et de

l'accou-f

chement. Dans les affaires qui mettent médicale, les erreurs médicales

en jeu la responsabilité

sur le diagnostic

de la

grossesse, les appréciations

ventions, sur leurs résultats fâcheux, ont de tout temps

soulevé bien des débats passionnés.

des inler-

sur l'opportunité

Nous avons indiqué

les

espèces

les plus fréquentes,

nous avons le plus souvent pu donner

les arrêts rendus.

les jugements en les lisant, et le public; les

ou

séparent

Le médecin connaîtra,

les

il verra facilement

appréciations à la pratique En médecine

départir d'une extrême prudence,

que l'on voit, de ne pas écouler ce que vous disent les

opinions professées par les magistrats

quelles différences

des médecins et des personnes étrangères médicale.

légale,

la règle

est

de ne jamais

de ne juger

se

que ce

Si telle est la formule

à laquelle

le médecin

cette règle

parties. légiste doit rester

s'impose

questions relatives au mariage.

fidèle dans sa pratique,

pour lui avec plus de rigueur

encore, dans les

Les confidences reçues

ne doivent jamais

rédigés le rapport et les conclusions.

sur le sens dans lequel

sont

me

à la

peser

M. le Dr Reille a bien voulu, celte année

Je le remercie

encore,

et rédiger les leçons professées

d'avoir

prêter son concours

Faculté.

un soin et une habileté

accompli ce travail avec

je suis heureux

de

auxquels

rendre justice.

P. BROUARDICL.

5 décembee 1899.

NULLITÉ

LE

MARIAGE

DIVORCE

GROSSESSE

ET

ACCOUCHEMENT

Messieurs,

Dans le cours de cette année, je traiterai ques-unes des questions médico-légales

l'instinct

Après vous rôle exact de l'expert

garde contre les difficultés

les embûches qui pourront vous être tendues, j'étudierai:

devant vous quel- qui se rattachent

à

sexuel

et à la génération. avoir

rappelé

en quelques

mots quel est le

en cette matière,

et vous avoir mis en

et

que vous pourrez rencontrer

1° Les questions

qui peuvent

se présenter

au cours du

mariage: nullité du mariage,séparation

désaveu de paternité 2° Celles qui se rencontrent l'accouchement.

de corps et divorce,

;

au cours de la grossesse

et de

Certificats

et rapports

médico-légaux.

Le médecin

est appelé à s'occuper

de ces questions,

en qualité d'expert,

soit comme médecin traitant.

A. — Médecin expert.

La situation

du

médecin expert

P. BROUARDËL. — Le mariage.

est fort délicate

1

soit

; il es

2

CERTIFICATSET RAPPORTSMÉDICO-LÉGAUX.

chargé d'une enquête qui présente,

vue, des difficultés

à de multiples

tout à fait spéciales.

points de

Dans les expertises ordinaires,

à donner

un coup

son

le médecin

légiste un acte

après avoir

est

appelé

définitif ; par exemple,

reçu

donne les renseignements

avis sur un fait accompli,

un homme a succombé

: le cadavre

exacts

de revolver

est là, l'autopsie

sur la cause de la mort,

l'expertise est facile.

Dans les d'ordinaire

voqués par

son avis sur des lésions en voie d'évolution

constatations

cas où le blessé survit aux violences,

ainsi dans les expertises

l'instinct

el

il en est

relatives aux actes pro-

expert doit donner ; de sorte que les

le

sexuel, le médecin

seront nécessairement

moment

tardif,

soient

certificat,

certifié ce qu'il a vu, mais ce qui n'existe

de l'expertise. Ce désaccord, qui étonne toujours est cependant fort compréhensible.

différentes, suivant

où l'examen il y a bien en désaccord

de la victime des chances

S'il est

dans le qui a

sera pratiqué. que les conclusions

constatées

pour

avec les lésions

délivré antérieurement

par un médecin

plus au moment

les juges,

Vous savez, étudiants,

par ce que vous avez vu à l'hôpital,

médecins, par votre pratique journalière,

que le diagnostic ne s'établissent

et le pronostic d'une affection quelconque

pas toujours d'une façon immédiate,

mais à la suite d'exa-

mens multiples et approfondis

l'allure d'une maladie peut changer complètement

; vous savez fort bien que

dans le

cours d'une journée:

de santé rédigés

sonnalités. Enfin, je vous rappellerai

il suffit de se souvenir

soignant

des bulletins de hautes per-

par les médecins

un cas que je vous ai

cité en étudiant Un médecin d'un attentat n'entraînèrent

sembla se désintéresser de l'affaire. La gendarmerie

devant vous le secret médical

fut appelé à soigner une petite

à la pudeur;

les blessures,

(1).

fille victime

insignifiantes,

aucune suite fâcheuse, et, au début, la famille

fut pré-

(1) P. Brouardël, La responsabilité médicale, 1898, p. 94 et 353.

MÉDECINTRAITANT.

O

venue par la rumeur publique,

et trois ou quatre

jours plus

tard ce même médecin

fut commis pour faire l'expertise.

11 examina

l'en Tant ;

les éraillures

de la

muqueuse il con-

étaient complètement stata qu'il n'existait de sorte que, comme

professionnel,

ayant produit des lésions superficielles,

expert,

et, dans son rapport,

guéries,

lésion des organes

traitant,

tenu

aucune

génitaux, par le secret

à la pudeur

médecin

il savait qu'il y avait eu attentat

jours

et, comme médecin

de fournir

il était obligé, quelques

plus tard,

un rapport ne mentionnant

pas ces lésions.

Ce que la justice

demande

au médecin

ce n'est

expert, il faut que de la

la preuve

pas une opinion, c'est une démonstration;

lecture du rapport

ressorte d'une façon évidente

que tel fait ou tel acte a été ou n'a pas été accompli.

B. — Médecin traitant.

En cette qualité,

Il faut que vous soyez prévenus,

vous avez à fournir des certificats.

avant

tout,

que le cer-

tificat médical n'a, en justice,

tive. Au Palais, on est convaincu, certainement

les médecins délivrent des certificats à leurs clients sur simple

demande

favorable à la thèse soutenue

valeur tout à fait rela-

à tort, que

ce qui peut

être

qui les a passé il y a

qu'une

et qu'ils y constatent

seulement

par la personne

s'est

consultés. Cela est si vrai que le fait suivant

sept ou huit jours, entre un médecin

appelé par ses fonctions

au Palais et un magistrat. Ce dernier demanda au médecin

légiste de lui délivrer

avait été souffrant

un certificat

du 8 au 15 janvier,

constatant et s'étonna

que son fils fort que le

médecin lui refusât ce service, déclarant

fils avait été malade ou non. Il est un point, Messieurs,

lièrement votre attention.

sonnes mariées vous demandent

qu'il ignorait

si son

sur lequel j'appelle particu-

quand

des per-

c'est afin de

Le plus souvent,

un certificat,

s'en servir contre

soit pour

leur conjoint,

un divorce.

soit pour une séparation,

à

CERTIFICATSET RAPPORTSMÉDICO-LÉGAUX.

Supposons

que ce soit la femme qui vienne vous trouver;

elle vous peindra

l'homme auquel sa vie est liée sous les plus

noires couleurs, vous persuadant

personne, à des attentats divers. Gardez-vous

qu'il s'est

sur sa

porté de vous lais-

par ces déclarations.

Vous n'êtes l'avocat vous citer bien des

ce

s'était laissé

à rédiger ou même

ser suggestionner

d'aucune

cas où le médecin,

qui lui était rapporté

des deux parties,

et je pourrais

pas dans son certificat

constatait,

ne séparant et ce qu'il

aller,

des certificats

à la suite

du récit de femmes

éplorées, qui furent reconnus très exagérés

Il faut vous souvenir

praticien,

de sorte que, au moment

que le mari, qui aura été

en sens

de-

mensongers.

trouver

un autre

l'aura suggestionné

contraire,

où l'affaire viendra

vant les juges, les avocats

de l'une et l'autre

partie discu-

teront les arguments

dictoires,

fort, aux dépens de notre corporation. Quand une personne vous demande

faut pas, déprime façon absolue,

contenus dans

ces deux pièces contra-

qui s'amusera

à la

joie de la galerie,

mettre sa parole

grande

il ne

d'une

un certificat,

en doute

abord,

mais je vous conseille

de vous méfier, afin

de ne pas laisser surprendre

toujours songer que la personne

votre bonne foi. Il vous faudra

qui est en votre présence

a intérêt de vous

conçus pour arriver à ce résultat,

à ce que les termes

soient

dans

de la pièce qu'elle

déterminé,

sollicite

et que,

un sens

elle ne manquera

pas, au milieu

de quelques vérités peut-être,

de glisser

un bon nombre

ou de mensonges.

d'exagérations

gardes, surtout

Voici, par

mensonge des divers individus

entendre.

ment

Tenez-vous donc sur vos

au

à

si vous avez affaire à une femme.

ordre de gradation

mal ; sur

ascendante,

que vous serez appelés

l'aptitude

L'homme

un simple

doute émis

par pour con-

vous, il cherchera à vous donner des explications

solider ses mensonges; guère à se. contredire,

entré dans à s'embrouiller

cette voie, il ne tardera

et à avouer.

La femme ment très bien ; quelque invraisemblable

que

MÉDECINTRAITANT.

5

son récit, il sera impossible,

par la discussion

les

paraisse

plus probants,

parles arguments

serrée,

la plus

de la faire

revenir sur ses premières déclarations.

Si vous lui démon-

trez

ceptable, elle ne l'abandonnera

exactitude,

que son allégation

est fausse, invraisemblable,

pas et vous affirmera

en dépit de toute vraisemblance.

Enfin, vous recevrez

parfois la déposition

d'enfants

inac-

son

de

l'un

vérité sort de la bouche

tion, je vous conseille de n'attacher

à fait relative teur par nature,

il vous racontera les histoires les plus monstrueuses,

ou l'autre

sexe. La Sagesse

des nations

dit que la

des enfants.

Malgré cette affirma-

qu'une importance tout

avec un

au récit qui vous sera fait. L'enfant

est men-

et, pour peu que la leçon lui ait été faite,

luxe de détails

et un accent

de sincérité

tels,

qu'il vous

semblera impossible

fiez-vous

que son récit puisse être inexact.

quand

il s'agira

sur lesquelles

Mé-

donc, surtout

à la génération,

de questions vous ne croirez

se

rattachant

devoir interroger

qu'avec grande réserve.

Ainsi que je vous l'ai dit, vous ne

devez être l'avocat

de

personne; vous devez constater des

liens à vous prémunir avoir, de substituer

client qui vous demande le certificat,

avoir pour vous de fâcheuses conséquences.

faits,

rien de plus. Je

que vous pourriez à celle du

contre la tendance

votre affirmation

personnelle car ce fait pourrait

Un certificat, Messieurs, est presque un acte médico-légal,

et bien souvent

quent, que s'engageront

s'y trouve,

contre vous. Voici un exemple

sujet, mais qui vous montrera bien les dangers auxquels vous êtes exposés.

c'est

sur lui, sur votre

parole

par consé-

des procès. Si quelque inexactitude

la partie adverse la relèvera

et s'en fera une arme

peu de noire

qui sort quelque

Le Dr Frog'er, médecin du commissariat

de police de son

quartier,

reçut dans son cabinet

deux femmes envoyées par

le commissaire

été bousculée par un pharmacien, trottoir, elle s'était, disait-elle,

de police.

L'une d'elles se plaignait

et, étant

tombée

blessée à la poitrine.

d'avoir sur le

6

CERTIFICATSET RAPPORTSMÉDICO-LÉGAUX.

Le Dr Proger examina une douleur extrêmement

à une fracture

la malade,

constata

en un point

crut

vive, au dire de la malade,

de côte, et rédigea un rapport

dans ce sens.

L'affaire

suivit son cours et le pharmacien

fut condamné.

Quelque temps après, il fut reconnu que les allégations

de

la plaignante

étaient fausses et elle fut, ainsi que son amie,

condamnée pour faux témoignage.

Le pharmacien

auteur

du certificat,

se retourna

et, malgré

alors

contre le médecin,

une consultation

dans

laquelle j'expliquai comment le Dr Froger, qui assurément

était

de bonne foi, avait pu être induit

en erreur, celui-ci

fut condamné à 500 francs de dommages-intérêts

(1).

La faute commise

notre

confrère du récit

avait

été la sui-

par à la véracité été adressées

fait par les femmes

de police> a une douleur

vante : Croyant qui lui avaient

par le commissaire : «Mme X

il avait écrit dans son rapport

siégeant

violent

affirmation à celle de la plaignante.

à écrire : « Mme

un traumatisme violent Ne mettez donc jamais dans un certificat

Ces blessures sont le résultat

d'un traumatisme

substituant

», affirmant

X

un fait qu'il ignorait,

son dû se borner

à

Il aurait

accuse une douleur

»

Elle iattribue

que ce que vous

constatez par vous-même.

Quand

à rédiger

de cette

en

vous serez appelé je vous conseille

une pièce

de ne pas l'écrire

de suite,

nature,

présence du demandeur,

sorte sous sa dictée ;

en quelque

prenez des notes, laissez passer quelques heures, et écrivez- la dans votre cabinet, seul, dégagé delà première impression.

De plus, pour éviter de vous laisser entraîner

par le récit'

de votre client, je vous conseille de diviser votre certificat

en deux parties bien distinctes;

dans la première, intitulée:

Renseignements fournis par le malade, vous reproduirez les

affirmations

sable de cette partie,

du demandeur

; vous n'êles nullement respon-

ce n'est pas vous qui parlez, c'est le

(1) P. Brouardel, La responsabilité médicale, 1898, p. 296 et 4-26.

RAPPORTSENTRE MÉDECINEXPERT ET MÉDECINTRAITANT. 7

malade.Dans la seconde, que vous intitulerez : Examen direct,

vous indiquerez le résultat de vos investigations,

ce que vous

aurez constaté

de visu et dont vous vous porlez garant.

Je ne veux pas ici vous refaire

l'histoire

du secret mé-

dical que vous

cas, vous ne devez vous départir

vous rappeler,

allons nous occuper

secret aux deux contractants;

dégager en aucune circonstance,

à vous en relever. ne devez pas sacrifier

devez à tous vos clients

au point

et dont, en aucun

de

(1). Je me contenterai

de vue du mariage,

que

dont nous vous devez

le

dans un instant,

que vous ne pouvez vous en

même si l'un d'eux

époux,

vient

vous

Confident obligé des deux

les intérêts

de l'un à ceux de l'autre,

en dévoilant

un secret qui leur est commun.

C. — Rapports entre le médecin expert et le médecin traitant.

Si l'affaire pour laquelle

vous avez fourni un certificat

va Je vous ai dit

actuel

cette pièce est remise à l'expert.

en justice,

que ce dernier,

dont le rôle se borne à faire l'examen

de la victime d'un attenlat quelconque,peut

sence d'un organisme sain ; les lésionsque le médecin traitant

a été appelé à constater

se trouver en pré-

ont guéri ou ont évolué, de sorte que

l'expert peut découvrir

vous avez notées et des symptômes

moment

des lésions différentes

de celles que

pas au

de

qui n'existaient

de votre examen.

Il en résulle

que le rapport

l'expert

ne concorderont

dans l'esprit

parties intéressées.

et votre certificat

seront opposés,

ou tout au moins

faisant naître

à l'une

des

pas d'une

façon absolue,

des juges

un doute préjudiciable

Si, comme médecin-légiste,

vous êtes appelés à pratiquer

une expertise dans ces conditions, je vous conseille de deman- der au confrère qui a fourni le certificat de vouloir bien exami-

ner de nouveau,

certificat signé de son nom. Ce moyen de se mettre

(1) Voy. Brouardel, Le secret médical, 2° édition. Paris, 1893. La responsabilité médicale, Paris, 1898, p. (il.

avec vous, la personne

qui a présenté

le

d'accord

8

CERTIFICATSET RAPPORTSMÉDICO-LÉGAUX.

—accord souhaitable pour tous —semble simple et logique.

Cependant il n'en est rien.

Depuis

que j'ai été appelé

à faire des expertises,

bien

souvent j'ai prié le signataire d'un certificat d'assister à l'ex- pertise, et, à mon grand étonnement et à mon grand regret,

je n'ai que bien rarement cette expertise en commun.

reçu une réponse

favorable à

Cependant je considère cette question comme fort impor- tante et je crois qu'il serait bon que les sociétés médicales

qui s'occupent l'étude.

des questions de déontologie

la missent à

PREMIERE

MARIAGE

PARTIE

Messieurs,

Au point de vue médico-légal,

le médecin

peut, au cours

du mariage,

commis pour des expertises

être appelé

à fournir

des certificats

ou être

dans les trois cas suivants

:

A. Demande

en nullité de mariage ;

B. Demande de divorce ou de séparation

C. Desaveu de paternité.

de corps ;

I. — NULLITÉ DU MARIAGE

Nous ne nous occuperons,

au point

pour le moment, la nullité

que de la de vue

nullité

de vue civil;

au point Elle est réglée par la bulle du

le texte

dans

une de curieux rensei- autrefois (1).

est définie dans l'article

180

religieux est bien différente.

pape

Benoît XIV, dont je vous donnerai

leçon,

car elle nous fournit

prochaine

gnements sur les idées qui régnaient

La nullité civile du mariage du Code civil, ainsi conçu :

Art. 180. — Le

les

a été contracté sans le consente-

peut

être

attaqué

mariage qui

époux

ment libre des deux

que par

n'a

ou de l'un d'eux ne

celui des deux dont le consentement

le mariage ne peut

époux ou par

été libre.

pas Lorsqu'il y a eu erreur dans la personne,

(1) Voy. pièce 14.

10

MARIAGE.

être attaqué que par celui des deux époux qui a été induit en erreur.

Dans les commentaires

de cet article,

on trouve le pas-

sage suivant,

indique l'état de la jurisprudence

qui définit

la pensée du législateur

(1) :

et vous

a. L'article 180 n'admet la nullité de

l'erreur

de la-

mariage que pour

par

le résultat

qui porte sur l'identité

l'une des

croyait

par

quelle

à

qui

elle

La nullité

ble aux simples

personne,

de la personne et

parties a épousé une personne autre que celle s'unir.

erreur de la personne sera sans extension possi-

erreurs sur des conditions ou des qualités