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Lectrice repentie

Tout ce qui se compte de noble grand estimable piédestal et valeur morale ne souffre guère la crudité voilà bien un fait la distance en mode pathos l'allusion oui dissimulation précieuse métaphore et encore et encore oui dans ces choses là les preux pompeux valeureux s'y retrouvent ils y voient le reflet de leur délicatesse « ah mais on y reconnaît notre patte notre subtile manière de dire faire » et finalement ne pas dire grand chose seulement lorsqu'il s'agit d'amour physique avec tout ce que cela comporte d'impondérables petits faits pas forcément des plus délicieux pour la conversation mondaine alors on est bien en peine d'y rester cloîtré dans le petit réduit de la délicatesse on nous dira bien oui mais vous savez monsieur le pouvoir du langage nous fait atteindre les cimes de la signification du haut desquelles rien ne peut demeurer hors de vue alors certes la métaphore belle rustine pratique et tout mais le pragmatique lui son estomac gargouille s'il ne lui est loisible que de se hisser bien proprement sur une pile de Scudéry pour regarder la chose à travers les vitres épaisses de la métaphore grblblblb il est dévoré aux tripes lui s'il ne pose pas la main sur l'objet ou bien à défaut de main un regard un peu indiscret trou de serrure intimité volée coulisses alcôves et odeurs de badinages en sous-main là le voilà comblé frétillant se sentant pousser des ailes du désir larges comme celles d'un pégase en rut quoi qu'il en soit ce discours décousu sans queue ni tête nom épithète épithète épithète doit introduire un récit n'est- ce pas qui s'avère lui mais alors au-dessus de tout soupçon de préciosité oui l'histoire en question il était une fois trois coup le rideau s'ouvre lentement noblement nous sommes dans un paysage raffiné nec plus ultra de culture moeurs et opulence distillé géométrique bien pensé jeté dans l'assiette façon cuisine contemporaine un appartement évidemment à la capitale sans aucun doute dites-moi donc comment faire autrement et puis tiens faisons autrement bazardés les clichés paris-chic bourgeois mais pas trop bibliothèques à rallonge et liberté-de-vivre-achetée-en-boutique mettez-moi donc un paquet cadeau finalement paf la punaise est plantée le globe arrêté le doigt de l'arbitraire a tranché ville de province ça peut être chic aussi ne faites-donc pas grise mine comme ça vous l'aurez plus tard votre érotisme façon main sous la jupe sur les marches du panthéon peut-être même dans la crypte façon amour crapuleux néo-classique un rien scabreux ça sera très émoustillant à n'en pas douter chavirement du coeur et écartés de jambes sous les auspices du palpitant interloqué de feu Gambetta mais on s'éloigne du propos de départ ville de province donc charmant appartement haut de plafond hyperficie lumière de type superproduction école hollandaise dans un bocal nuances olfactives sur mesure vieux papier en diffuseur automatique bibliothèques fournies à tel point que c'en est indécent plus des volumes les uns sur les autres amoncelés sur les tables basses en verre très jolie métaphore d'une babélique soif de connaissances inestinguible feu intérieur du scribouillard français en mal de reconnaissance et bien non détrompez vous la demoiselle qui a signé le bail n'a rien de l'épouvantail en mal de vantardise légitime non c'est le genre romantique un peu démodé idéalisme à tout va genre "ce qui jouit c'est la tête" et donc ipso facto elle préfère l'idée le fantasme la rêverie genre David Hamilton mis en scène par Bachelard à une bonne franche séance de grimper au rideau non ses rideaux sont chers du lin pourpre il ne faudrait ni tacher ni froisser enfin pour les besoins de notre petit conte la jeune personne est confortablement assise dans son canapé dix-neuvième pittoresque oblige le mobilier contemporain froid psychanalyste en prison n'est pas fait pour échauffer les corps et les esprits il faut penser à tout donc Pierre Louÿs en main se délectant d'Aphrodite surtout la scène finale érotisme morbide qui transfigure la mort dans la représentation du corps désirable là oui on touche ses cordes sensibles elle est preneuse elle en pleurerait presque quel magnifique désir qui possède et agit ces deux amants dans une destinée toute tragique littéraire avec en prime sublimation artistique paf au moment où l'on croyait tout perdu par contre véritable gêne lors de la mention des jeux sapphiques de la blonde Chrysis avec ses esclaves qui plus est car trop cru trop "vulgaire" simples frottements anatomiques sans que des tissus intimes chauffés à blanc ne tombent les peluches tant attendues de l'universalité

salvatrice quoi qu'il en soit bien campée dans sa libido jeune fille effarouchée Sophia Coppola et amour éternel elle en avait tout bonnement oublié son entretien de onze heures aux oubliettes la trivialité inauthentique du quotidien et la sonnette qui incarne le brutal retour du refoulé et la coupe en pleines "lignes musclaires admirables, descendant de l'oreille et du coude viennent s'unir sous le sein droit qu'elles portent comme un fruit" et l'image audacieuse et même un peu trop franche lui reste à l'esprit comme un fronteau entre ses yeux empressée et rougissante elle doit filer vers la porte aller ouvrir son univers douillet théorico-érotique à son nouveau collaborateur à la revue par ailleurs entreprenant galant chaud-lapin tout auréolé de culture littéraire et d'envies de ne pas trop sublimer plutôt conserver la pulsion telle-quelle dirigée à l'ancienne vers sa cible en jupette en gardant les citations édifiantes pour la cigarette après l'amour c'est dire si l'oiseau n'était pas trop son genre vous allez me dire les contraires s'attirent oui mais n'anticipez pas trop sur la suite sinon ça ne vaut pas la peine or donc on s'assied dans des fauteuils ambiance cordiale-gênée de rigueur banalités et agacement aucun de nous deux n'a envie d'être là puis premières banderilles jetées par notre écrivaillon libidineux hop ellipse allusion on n'en retranscrira rien c'est bien plus commode pour moi vu que je n'ai jamais dragué effrontément et que ce type d'attaque frontale donne la nausée à mon encéphale chaque fois que je m'y essaye je bloque donc on va faire "comme si" l'essentiel est là faites travailler votre imagination la seule chose qu'il s'avère cardinal de préciser sur le papier c'est que notre héroïne s'avère encore toute tourneboulée-échauffée par ses lectures intimes et le fronteau en question commence à lui sursurrer là très sourdement dans une replis de son chaste esprit qu'elle pourrait bien être ce fameux fruit à croquer spruiit jus qui coule pépins qui volent et surtout chair pulpeuse généreuse oh mon Dieu que m'arrive-t-il première résistance idées grivoises balayées réponse glacée je vais servir le café seulement voilà le bougre revient à la charge et toujours cette idée de fruit mûr qui réquisitionne jusqu'à l'obscène ses facultés mentales déroule cortège bacchanal franchement inapproprié les vicissitudes sémantiques des destins angiospermes "sexe le fruit d'Eve fendu" "le fruit du travail est le plus doux des plaisirs" indignation enfin mais regardez le contexte c'est licencieux et lui qui lui effleure la main au moment de saisir la tasse "qu'importe le feuillage s'il s'y cache un beau fruit" remontées de chaleurs la vitrine respectable se fendille de haut en bas tiens comme un fruit trop mur justement "le baiser est un fruit qu'il faut cueillir sur l'arbre" et là sans doute tel un fauve aux aguets par des prouesses olfactives débusquant un changement d'humeur chez sa proie phéromones en néons clignotants à tout va c'est maintenant ou jamais il se lance baiser fougeux contre le gré de la dame fesses contre la table et puis classique vaines tentatives de résistance crispation-quart-de-seconde et on s'abandonne c'est qu'un brasier lui tapisse la bas-ventre contre certaines choses on ne peut pas lutter on se débarasse des obstacles culotte réticences fermeture éclair et nous voilà partis pour une consommation orgiaque de pulsions non-assouvies façon banquet "en plein azur, comme de gros requins qui s'ébattent dans la mer" mademoiselle est bien gênée que son hidalgo fiévreux ne déserre pas les dents elle aurait bien aimé qu'il égrenne là là et encore ici quelques mots d'amour florilège concis de son capital culturel en matière de noces sur plan de travail mais non rien le musculeux partenaire ne fait que râler ooooaaah peut ragoûtant dans l'absolu elle devrait se rétracter mettre des chérubins à l'orient du jardin mais le libertin justement est plutôt érudit sur le plan de la bagatelle saisie en vol l'angoisse de l'erreur bien planquée dans le revers d'un miaulement de sa belle et le voilà plongeant bien volontaire entre les arpents de ses cuisses faire un sort à son éminemment comestible secret il s'apesantis bien sur les jouissances de la partie à convaincre il s'agit de produire les cascades de sucs du consentement total premier paroxysme tendu désormais le corps et conquis on passe donc au salon directement sur ce fameux canapé où les empoignades décisives vont pouvoir déchaîner confortablement bien à l'aise leurs orages de bestialité premières passes d'arme surmontées d'embrassades goulues contrapuntiques puis à quatre pattes toujours sans un mot quelle pesante absence de signifiant aaaaoh sa délicieuse chute de rein toute en forme de poire apétissante dénudée exposée transpercée des joies multiples de la pudeur vaincue et des véritables délices de son cul chargé de plaisir jusqu'aux derniers atomes de ses reins ooooooh voilà que son Casanova étend une forme de main et plonge effronté

assuré afin de lui masser son clitoris sans défense l'enlève entre le ciel et la terre et la transporte dans des visions divines où elle se livrerait toute entière aux caresses insidieuses d'assaillants aveugles et ooooooah oui oui aaah second sommet plus délicieux encore que le premier pourtant rien n'indique une conclusion les bords à vif de sa fente empêchés de revenir à la jointure reposante elle finit par enfouir son visage ravagé de stupre et de honte assumée dans les accidents du sofa et ses mains tremblantes tatonnantes s'aggripent au volume de Louÿs mais oui délicieuse ironie le carton de la couverture prend l'empreinte moite de ses doigts et le feu la dévorait comme un grand abîme et son sexe anesthésiait tout ce qui en elle était impropre à jouir collégiale explosion de contentement et ouvrant le tome violemment elle déchire par poignées les pages de préciosité et souille de son plaisir toutes les circonvolutions de la langue et son timide vocabulaire sublimation par destruction juste assez pour ne pas mourir sous les coups du plaisir et s'écroule terassée déjà assoupie dans le bourdonnement chaud de ses tempes et dans la régénération tout juste entamée de ses tissus intimes caméra qui s'éloigne distance de courtoisie laissons donc se reposer nos aimables protagonistes derniers sursauts mélopée mourrante de notre fable immorale nous avons au moins tenu notre promesse chair dénudée et animalité sans fard passés de l'autre côté de la vitre peut être même le visage collé de sueur aux carreaux de la métaphore pendant ce coït poétique à l'excès nourrisons le secret espoir que le lecteur satisfait aura picoré sa part de chair comme les adorables oiseaux en genèse 40:19 mais comment conclure pas de philosophie pas de leçon universelle non mais quel tue-l'amour après du vice aussi bien ficelé du concept serait comme un furoncle sur le postérieur de l'érotisme ne gâchons rien quoi encore une promesse à tenir mais c'est vrai hop direction les soubassements bien proprets de notre musée des ossements national pour observer s'agiter dans un lent fondu au noir deux jeunes amants bien courageux frictionnant leurs plus bas instincts sous le couvert d'un imperméable han haaaa haaa je me disais bien qu'il y avait plus ce matin qu'une simple odeur de grandeur d'esprit