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Hygiène Document téléchargé depuis www.cairn.info - - MÉDIATION : ENTRE QUOI ET QUOI ? Vassilis Kapsambelis

MÉDIATION : ENTRE QUOI ET QUOI ?

Vassilis Kapsambelis

Médecine & Hygiène | Psychothérapies

2012/2 - Vol. 32 pages 69 à 71

ISSN 0251-737X

Article disponible en ligne à l'adresse:

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http://www.cairn.info/revue-psychotherapies-2012-2-page-69.htm

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Pour citer cet article :

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Kapsambelis Vassilis, « Médiation : entre quoi et quoi ? »,

Psychothérapies, 2012/2 Vol. 32, p. 69-71. DOI : 10.3917/psys.122.0069

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Editorial

Psychothérapies 2012 ; 32 (2) : 69-71

Médiation : entre quoi et quoi ?

D epuis que la psychiatrie existe en tant que discipline médicale avec une ambition thé- rapeutique formellement revendiquée, c’est-

à-dire depuis la fin du XVIII e siècle, les médiations ont toujours fait partie de son arsenal de soins. Que l’on songe à l’ergothérapie, véritable invariant du traitement institutionnel à travers les siècles : « C’est le résultat le plus constant et le plus unanime de l’expérience », écrivait Philippe Pinel dans son Traité médico-philosophique sur l’aliénation mentale de 1809, « que dans tous les asiles publics, comme les prisons et les hospices, le plus sûr et peut-être l’unique garant du maintien de la santé, des bonnes mœurs et de l’ordre, est la loi d’un travail mécanique rigoureu- sement exécuté ». Mais cette vérité, formulée comme une évidence à l’aube de la thérapeutique psychiatrique, ouvrait davantage de questions qu’elle n’apportait des ré- ponses. En quoi résiderait exactement cet effet bé- néfique sur le « maintien de la santé » ? Dans le rap- port entre l’homme, malade du travail de son esprit, et le produit tangible de son travail ? Dans l’effet d’une mise en action : peu importe quoi faire, mais avant tout faire, opposer à l’impasse d’une activité de pensée la concrétude d’une mobilisation neuro-

musculaire ? Comme s’il s’agissait de revenir aux sources de l’activité mentale, si l’on suit la conclu- sion de Freud dans Totem et tabou (1913), selon laquelle « au commencement était l’acte ». Ou en- core dans la relation qui ne manque de s’établir entre le malade mental travailleur et le soignant (super-

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viseur, moniteur, instructeur…) qui encadre son activité manuelle ? Il faut croire que la médiation a toujours été néces- saire dans notre rapport thérapeutique au malade de l’esprit. La lente évolution de l’ergothérapie à tra- vers les décennies illustre le progressif enrichisse- ment et affinement des pratiques. Activité donnant lieu à un échange à base d’argent (et déjà apparaît la problématique de la relation, à travers un donner/ recevoir dans sa coloration anale), elle sera conver- tie, au moment de la réforme psychiatrique dans les années 1950, en une invitation à la créativité libé- ratrice qui, si elle ne dit pas encore son nom (à savoir le jeu, tel que Winnicott va le théoriser par la suite), se pose déjà comme une médiation d’un autre type :

celle entre un « chaudron » pulsionnel difficilement exprimable par les mots, et des lignes, des couleurs, des images, des volumes, des figures qui viennent le dire dans un langage autre que verbal. Double mé- diation donc : entre un for intérieur inexprimable et sa mise en forme communicable, et entre un sujet en mal d’expression verbale et le soignant qui en- tend recevoir cette expression pour mieux travail- ler avec son patient. D’où la multiplication des « médiations », traduite ces dernières décennies par le nombre croissant de termes dont le suffixe se ré- clame, avec plus ou moins de bonheur, de l’action thérapeutique : sociothérapie, art-thérapie, grapho- thérapie, mélothérapie, zoothérapie… – sans comp- ter les innombrables « groupes » (groupe cuisine, groupe chant, groupe lecture, groupe randonnée,

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Psychothérapies

groupe presse, groupe théâtre…) qui, sans la pré- tention de la « -thérapie », ne traduisent pas moins la constance d’un besoin de médiation, extrêmement actif dans de nombreux lieux de soins, pour enfants ou pour adultes. Ainsi, si la médiation est le « fait de servir d’inter- médiaire entre deux ou plusieurs choses », selon le Trésor de la langue française, ces « deux ou plusieurs choses » correspondent en fait à des réalités fort dif- férentes, et plus ou moins complémentaires :

• une problématique psychique caractérisée par la souffrance qu’elle génère et sa difficulté à trou- ver une expression adéquate au moyen des deux principales « particules élémentaires » du travail psychique, les affects et les représentations. Ici, la médiation prend la forme d’une offre expres- sive au sens strict du terme : offrir des moyens d’expression, servir la figurabilité, faciliter l’ac- cès ultérieur aux représentations verbales. Travail d’expression donc, mais qui ne saurait être com- pris comme une simple traduction ou transla- tion, car il inclut de façon indissociable un tra- vail de transformation (la notion de sublimation est là pour nous le rappeler, et on la retrouvera par la suite). Comprise dans ce sens, la média- tion se présente comme la matérialisation de fonc- tions dont l’appareil psychique devrait norma- lement disposer, et qui font défaut ; dans sa forme générale, elle rappelle le beau texte de Francis Pasche (1988) sur le bouclier de Persée et la Méduse. Le bouclier sert à Persée de surface ré- fléchissante (dans tous les sens du terme), de champ de représentation d’une réalité que le sujet ne peut regarder directement, sous peine de pétrification ; il est le médiateur de la trans- formation en images d’une réalité « brute » insai- sissable par le sujet, ou sidérant ses activités mentales ;

• un sujet plus ou moins demandeur d’aide psy- chique et le soignant qui accueille cette demande et essaie d’y répondre. On est ici confronté à la particularité irréductible du soin psychique par rapport à toute autre forme de soins : l’appareil qui souffre est celui-là même qui doit parler de sa souffrance. On ne demande pas à un poumon ou à un cœur malade de parler d’eux, c’est le sujet qui le fait à leur place, et on a les moyens

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de compléter ce discours par une autre série de représentations à travers les examens paracli- niques, prises de sang et radiographies de tous ordres. Mais comment un appareil malade parle- t-il lui-même de sa maladie ? Néanmoins, cette fonction de médiation communicationnelle entre deux sujets sera vite dépassée – enrichie et dé- viée – par l’effet de la rencontre, tant il est vrai que ce que l’on exprime à quelqu’un, loin de nous appartenir en propre, est une coproduction de cette même rencontre. En ce sens, la média- tion dépasse ce que le mot indique, et devient ce que, in fine, les deux protagonistes de la rela- tion thérapeutique créent en commun ;

• et aussi, la médiation que va représenter un ob- jet pouvant être utilisé à volonté, ayant une qua- lité de concrétude, constituant une « possession » pour le sujet, et doté d’une capacité d’évocation de l’objet absent – bref, ce que Winnicott (1971) va dégager sous l’appellation d’objet transitionnel. Objet de médiation par excellence (entre le sujet et l’objet, entre le monde réel et le monde sym- bolique, mais aussi entre la pensée et les affects), car objet situé à « l’aire intermédiaire d’expé- rience à laquelle contribuent simultanément la réalité intérieure et la vie extérieure ». Or, que proposent-elles d’autre, les diverses médiations couramment proposées actuellement dans la thérapeutique psychologique ? Ne s’agit-il pas de la participation à un certain nombre d’expé- riences, dont le développement, bien qu’en rap- port avec la sublimation, ne vise plus à la créa- tion du beau – ce qui avait été le grand moment d’émancipation de l’ergothérapie par rapport à sa mission initiale –, car l’« expérience » entend désormais la création au niveau le plus élémen- taire de la vie psychique, comme aptitude géné- rale spécifiquement humaine ?

Ce sont certaines de ces différentes médiations qui seront présentées dans le présent numéro de Psychothérapies. Leur diversité témoigne de leur vi- talité dans les lieux de soins, et la multiplicité de leurs sources d’inspiration montre la nécessité, sans cesse renouvelée, de l’invention d’un « entre- deux » pour pouvoir être deux de façon profitable dans l’entreprise thérapeutique. n

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Editorial – Médiation : entre quoi et quoi ?

Bibliographie

Freud S. (1913) : Totem et tabou. Paris, Payot, 1973 ; OCF-P XI :

189-386.

Pasche F. (1988) : Le sens de la psychanalyse. Paris, PUF. Pinel Ph. (1809) : Traité médico-philosophique sur l’aliénation mentale. Paris, Brosson.

Winnicott D.W. (1971) : Jeu et réalité. L’espace potentiel. Paris, Gallimard, 1975.

Correspondance :

Dr Vassilis Kapsambelis Centre Philippe-Paumelle 11, rue Albert Bayet 75013 Paris France Courriel : Kapsambelis@wanadoo.fr

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