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CENTRE DE RECHERCHE SUR L’ENVIRONNEMENT ALPIN

ZENTRUM FÜR ALPINE UMWELTFORSCHUNG

Industrie 45 - CH 1951 SION

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Fondations superficielles sous charges sismiques

La présente note n'est pas valable pour les bâtiments-tours où les sollicitations horizontales du vent et du séisme sont prépondérantes.

Le dimensionnement est décrit pour deux cas :

encastrement au niveau du radier;

encastrement au niveau des semelles filantes.

1. Encastrement au niveau d'un radier (figure 1)

1. Encastrement au niveau d'un radier (figure 1) Figure 1 : Encastrement d'un bâtiment au niveau

Figure 1 :

Encastrement d'un bâtiment au niveau du radier (coupes)

1.1 Stabilité globale

La stabilité globale comprend deux analyses :

glissement du radier;

basculement du bâtiment.

1.1.1 Glissement du radier

Conditions de bord : le radier n'est pas retenu latéralement par la butée du terrain.

Cette hypothèse est toujours vérifiée, car la butée ne serait sollicitée que pour des déformations importantes du terrain, de l'ordre de 10 fois plus importantes que celles qui sont nécessaires pour activer les forces de frottement du radier sur le terrain.

2

Le calcul est pratiqué selon l'état-limite de type 2 selon SIA 260. Le critère à vérifier est :

valeur de calcul d'une résistance ultime R d valeur de calcul de l'effet de l'action E d .

forces stabilisantes

forces motrices

Forces stabilisantes : poids du bâtiment réduit tg k = G r tg k

Forces motrices : forces horizontales du séisme F d

k

=

angle de frottement radier-terrain (valeur caractéristique)

G r

= forces

verticales

(poids du

art. 16.2.4.2, p. 61

bâtiment,

etc.)

réduites

selon

SIA

261,

G

k

= G k ± 0.7 F d /q

= G k – 0.7 F d /q (cas défavorable)

= poids propre du bâtiment (valeur caractéristique non affectée d'un facteur de charge selon SIA 260, art. 4.4.3.5)

q = coefficient de comportement = 1.5

En fait, q doit être choisi égal à 1, parce que la fondation ne dissipe en aucune manière l'énergie du séisme

(G k – 0.7 ◊◊◊◊F d ) ◊◊◊◊tg k ≥≥≥≥

F d

Le glissement n'est en général pas déterminant, sauf en cas d'ouvrage déjà situé en zone de glissement. Un glissement peut alors être réactivé par le séisme.

1.1.2 Basculement du bâtiment

Le calcul est pratiqué selon l'état-limite de type 1 selon SIA 260 :

moments stabilisants

moments renversants

Moments stabilisants : G r y dus au poids du bâtiment

G r

= forces

verticales

(poids du

bâtiment,

etc.)

réduites

selon

art. 16.2.4.2 G k – 0.7 F d

G

y = distance entre le point d'application de G r et le bord du radier

(G k – 0.7 ◊◊◊◊F d ) ◊◊◊◊y

r

=

≥≥≥≥ M d

SIA

261,

Le basculement n'est en général pas déterminant, sauf en cas de perte de portance du terrain par liquéfaction. Pour évaluer le potentiel de liquéfaction, la compacité des sables et des limons est le facteur prépondérant (voir méthodes d'évaluation dans TISSIERES, 1991).

3

1.2 Stabilité locale

La stabilité locale revient à l'évaluation de la sécurité face au poinçonnement du radier. Il faut donc connaître le diagramme des contraintes du radier agissant sur le sol de fondation. La rigidité du radier est donc le critère essentiel.

Dans l'hypothèse d'un radier rigide (forte épaisseur du radier ou radier raidi par de nombreux murs intérieurs), il est possible de calculer les contraintes selon la relation usuelle :

=

G r

M

d

±

S

W

k

G r

=

= G k ± 0.7 F d

forces verticales réduites selon SIA 261, art. 16.2.4.2

S =

=

M d

W =

b =

l =

=

=

k

surface du radier

moment de dimensionnement dû au séisme

b

l 2

6

moment d'inertie du radier =

largeur du radier

longueur du radier

valeur caractéristique de la contrainte au sol sans séismes (tableau 1)

coefficient de majoration pour séismes (tableau 1 et figure 4)

Le séisme ne provoque en général aucun poinçonnement, sauf si les sables ou les limons se liquéfient. La méthode d'évaluation de la liquéfaction a été décrite dans TISSIERES (1991).

2. Encastrement au niveau de semelles filantes (figure 2)

2. Encastrement au niveau de semelles filantes (figure 2) a) refends en bordure du bâtiment b)

a) refends en bordure du bâtiment

b) refend au centre

Figure 2 :

Encastrement d'un bâtiment au niveau des semelles filantes (coupes)

4

2.1

Stabilité globale

2.1.1

Glissement des semelles filantes

La sécurité sera identique au cas du radier parce que les forces (poids réduits, charges horizontales du séisme) sont les mêmes. Le glissement reste donc non déterminant.

2.2 Stabilité locale

La stabilité locale, c'est-à-dire le risque de poinçonnement doit être évalué pour chaque mur de refend.

2.2.1 Mur de refend au centre du bâtiment

Le diagramme des contraintes sous chaque semelle doit être établi selon la relation classique :

=

=

G =

N d

l =

b =

e =

=

=

b

S S

N

v

=

=

q =

=

F d

M d

W S

=

k

=

=

N

d

+ G±N

v

S

S

±±±±

M

d

W

S

k

charge verticale de dimensionnement du refend i

poids de la semelle = l b e b (valeur caractéristique non affectée d'un facteur de charge)

longueur de la semelle

largeur de la semelle

épaisseur de la semelle

poids volumique du béton = 25 kN/m 3

surface de la semelle = b l

0.7

F

d

q

selon SIA 261, art. 16.2.4.2

forces horizontales du séisme

1.0 (pas de dissipation d'énergie par la fondation)

moment renversant de dimensionnement dû au séisme

moment d'inertie de la semelle =

b

l 2

6

valeur caractéristique de la contrainte au sol sans séismes (tableau 1)

coefficient de majoration pour séismes (tableau 1 et figure 4)

5

5 Figure 3 : Diagramme des forces et des contraintes sous une semelle filante lors d'un

Figure 3 :

Diagramme des forces et des contraintes sous une semelle filante lors d'un séisme

La longueur de la fondation dépend donc de la contrainte maximale que l'on veut tolérer, sans dommages. Cette contrainte dépend de la déformation acceptable de la semelle, c'est-à-dire du module de déformation du terrain (tableau 1).

En milieu saturé (fondation immergée), la consolidation primaire dure au moins 10 secondes si la perméabilité du terrain est de l'ordre de 10 -3 m/s. Sous charges cycliques, avec une fréquence de 1 Hz, environ 30 % du tassement primaire a lieu lors du premier cycle si la perméabilité du terrain atteint 10 -3 m/s. Pour des perméabilités plus faibles, le tassement primaire n'a pas le temps de commencer.

6

Type de sols

Module de

Contrainte

Coefficient de majoration pour le séisme

déformation

caractéristique

(MPa)

sans séisme

 

(kPa)

(terrain saturé)

(terrain sec)

Alluvions graveleuses

40

- 80

150

- 220

1.6

– 2.0

1.3

- 1.6

Dépôt d'inondations limoneux

20

- 40

80

- 120

1.5

- 1.8

1.2

- 1.5

Dépôt lacustre argileux

5 - 20

60

- 100

1.4

- 1.7

1.1

- 1.4

Moraine surconsolidée

60

- 90

150

- 300

1.8

- 2.2

1.4

- 1.8

Tableau 1 :

Coefficients de majoration pour le séisme en fonction des types de sols

de majoration pour le séisme en fonction des types de sols Figure 4 : Coefficients de

Figure 4 :

Coefficients de majoration en fonction du module de déformation du sol

On procèdera comme suit :

calcul de la traction de part et d'autre de l'axe du refend

soit la traction est reprise par la semelle du refend

soit la traction est reprise par la structure du bâtiment

Il faut connaître la valeur de l'effort de traction T d pour savoir comment il peut être repris (figure 3).

T d

b

=

=

b n

◊◊

min

2

largeur de la semelle

7

n =

=

distance à l'axe neutre (figure 3)

l

(

min

+

max

)

min

Cet effort T d peut être repris soit par cisaillement des armatures de la semelle, soit par une bêche lestant la semelle.

2.2.2 Traction reprise par cisaillement des armatures de la semelle

Cette traction peut être reprise par cisaillement des armatures de la semelle se prolongeant dans un radier C d :

=

=

n =

f sd

C d

S acier

=

0.6 f sd n S acier T d

valeur de calcul de la limite d'écoulement de l'acier d'armature

nombre d'armatures longitudinales dans la semelle

section d'une barre d'armature

2.2.3 Traction reprise par lestage de la semelle

Si l'effort de traction n'est pas trop important, il peut être repris par une bêche légèrement armée lestant la semelle (figure 5).

G d

i

j

b

=

b i

j b

T d

=

largeur de la bêche

=

profondeur de la bêche

=

poids volumique du béton peu armé = 24 kN/m 3

Si la bêche remplit une autre fonction par exemple, comme ancrage de la fondation, le poids volumique du béton devra être adapté (25 kN/m 3 ).

Figure 5 : Lestage de la semelle filante d'un mur de refend 2.3 Refend en

Figure 5 :

Lestage de la semelle filante d'un mur de refend

2.3 Refend en bordure de façade

8

Lorsque le refend se situe en bordure de façade, les efforts cycliques sont transmis à l'ensemble de la façade qui participe à la reprise des efforts de traction (figure 6).

qui participe à la reprise des efforts de traction (figure 6). Figure 6 : Elévation d'une

Figure 6 :

Elévation d'une façade avec refend

9

Les contraintes sous la semelle deviennent i :

N + G±N M (N ±N )◊k d v d d v = ± ◊
N
+ G±N
M
(N
±N
)◊k
d
v
d
d
v
=
±
◊ k
S
W
S
S
N
=
charge verticale de dimensionnement du refend
d
G
=
poids propre de la semelle (valeur caractéristique)
N
=
composante verticale du séisme
v
S S
=
surface de la semelle
M d
=
moment renversant de dimensionnement de la semelle
b
l 2
W S
=
moment d'inertie de la semelle =
6
l
=
longueur de la semelle
k
=
distance entre le centre de gravité du refend et celui de la fondation
l
a
k
=
t (figure 7)
2
a
=
longueur du refend
t
=
distance entre le refend et le bord de la semelle de façade
=
coefficient de majoration pour séismes (tableau 1 et figure 4)
=
caractéristique de la contrainte au sol sans séismes (tableau 1)
k

En général, la composante verticale vers le haut du séisme N v exerce un effet péjorant sur la fondation, par la réduction de l'effort normal et la diminution du moment stabilisant.

2.3.1 Résultante à l'intérieur du bâtiment

On calcule la part de traction T d qui est supportée par la façade. Le nouvel axe neutre est (figure 7) :

n

T d

=

=

l

(

min

b n

+

min

max

)

2

min

Le poids de la façade s'exerçant sur la semelle du refend s'élève à :

avec

G

G

G

G

t

m

d

np

G m

m

=

=

=

=

=

=

G m + G d + G np (valeurs caractéristiques)

poids des murs de façades

poids des dalles appuyant sur les façades

poids des éléments non porteurs reposant sur les dalles

((2b + 2mh) mh

S f ) e m m

nombre d'étages

10

h =

=

=

=

S f

e m

m

hauteur d'un étage

poids volumique du mur de façade

épaisseur du mur de façade

surface des ouvertures (fenêtres, portes, etc.)

G d et G np sont à déterminer en fonction de leur système statique (position des appuis, portée des dalles).

Les calculs montrent que le risque de soulèvement de la façade est d'ordinaire nul.

de soulèvement de la façade est d'ordinaire nul. Figure 7 : Diagramme des forces et des

Figure 7 :

Diagramme des forces et des contraintes d'un refend en façade

11

2.3.2 Résultante à l'extérieur de la façade

Lorsque la résultante se situe à l'extérieur de la façade, la semelle de la façade supporte une partie des efforts de compression du séisme. Une nouvelle distribution des contraintes doit être calculée avec une semelle en forme de T. Il faut en connaître le nouveau centre de gravité qui vaut (figure 8) :

q

F i

r i

c

S

S

F

S

S F

2 p

r

=

F r

i

i

F

i

=

S

S

l/2

+

S

F

(l

c /2)

 

S

S

+

S

F

=

=

= largeur de la semelle en façade

=

=

=

=

surface i

distance au centre de gravité de la surface i

surface de la semelle en façade

surface de la semelle du refend

2 pc

longueur de la semelle de la façade où les contraintes sont redistribuées; p dépend de la rigidité de la façade

= q – l/2

Le nouveau moment d'inertie est défini comme suit :

I T

=

F i r i 2 (calculs selon Betonkalender, etc.)

Le diagramme des contraintes devient :

=

N

d

+G

T

±N

v

S

T

±

(M ±(N

d

d

±N )s)

v

I

T

k

s

s

G T

=

=

=

=

distance entre le centre de gravité du refend et celui de la fondation en

T

l

a

t

r

2

k

poids de la fondation en T

r

12

12 Figure 8 : Plan d'un refend avec semelle en forme de T Lorsque les refends

Figure 8 :

Plan d'un refend avec semelle en forme de T

Lorsque les refends sont proches, le calcul de la reprise des efforts de traction par la façade se fait globalement, c'est-à-dire pour tous les refends agissant sur la même façade (figure 9).

Figure 9 : Elévation d'une façade avec plusieurs refends 13 2.4 Traction reprise par pieux

Figure 9 :

Elévation d'une façade avec plusieurs refends

13

2.4 Traction reprise par pieux (bâtiments existants)

Lorsque les efforts de traction ne peuvent pas être repris par les dispositifs décrits ci- dessus, ils sont introduits dans le terrain par des pieux ou des micro-pieux. Ce cas de figure se présente d'ordinaire lors de mise en conformité parasismique de bâtiments existants.

Une attention particulière doit être accordée à la liaison pieux-fondation existante afin d'éviter d'introduire des efforts parasites de flexion dans le bâtiment existant.

3. Applications numériques

3.1 Glissement du radier

Données du dimensionnement :

-

-

-

(16'000 – 0.7 3'000) tg25°= 6'482 > 3'000 kN : eo

G

F d

k

=

=

=

16'000 kN

3'000 kN

25°

14

3.2 Basculement du bâtiment

Données du dimensionnement :

- G

=

16'000 kN

- y

=

14 m

- M d

=

22'000 kNm

(16'000 – 0.7 3'000) 14 = 194'600 >> 22'000 kNm : eo

3.3 Stabilité locale de l'ensemble du bâtiment

Données du dimensionnement :

- S

28 x 10 m = 280 m 2

=

W

=

=

28

2

10

6

13'900 ±

= 1'307 m 3

22'000

280 1'307

max

min

=

=

=

49.64

66.47 kPa < k = 120 1.5 = 180 kPa (dépôt d'inondation limoneux, voir tableau 1)

32.81 kPa

± 16.83 kPa

3.4 Stabilité locale d'une semelle d'un refend en bordure de façade

Données du dimensionnement :

- Acier d'armature = B500B

- N d

- V d

- M d

- N v

- b

- l

- e

- G

=

300 kN

=

200 kN

=

2'000 kNm

=

±±±± 140 kN

=

3 m

=

6 m

=

0.5 m

=

6 ◊◊◊◊3 ◊◊◊◊0.5 ◊◊◊◊25 = 225 kN

S S

W S

=

=

6 3 m = 18 m 2

6

2

3

6

= 18 m 3

15

3.4.1 Moment du séisme agissant vers l'extérieur du bâtiment

Les contraintes au sol deviennent :

1

1

1

2

2

2

max

min

max

min

=

300

+ 225 +140

 

±

 

18

=

37

±

111 kPa

 
 

=

148 kPa

 

=

74 kPa

=

300

+ 225 140

 

±

 
 

18

=

21

±

111 kPa

 
 

=

132 kPa

 

=

90 kPa

2'000

18

111 kPa

Calcul de la traction dans la semelle :

n =

T d

=

6 90 = 2.43 m

(132

+

90)

32.4390 = 328 kN

2

Traction reprise par cisaillement des armatures de la semelle :

avec

C d

=

n

S

acier

f sd

=

15 barres sur 3 m

=

12 mm

=

113 mm 2 /barre

=

435 N/mm 2 (selon SIA 262, art. 2.3.2.5 et 2.3.2.6)

0.6 435 15 113 50 = 442 kN > 328 kN : eo

Si 1 max avait dépassé k, la semelle de la façade aurait participé à la nouvelle distribution des contraintes. La contrainte de compression se serait répartie sur la semelle de la façade sur une largeur dépendant de sa rigidité.

3.4.2 Moments du séisme agissant vers l'intérieur du bâtiment

Calcul du poids de la façade :

Données du dimensionnement :

- m

=

3

- h

=

2.6 m

16

-

- e m

- G

d

- G

- G

m

np

m

G t

=

=

20 kN/m 3

=

0.2 m

=

300 kN selon calculs statiques

=

50 kN selon calculs statiques

=

450 kN selon géométrie de la façade

450 + 300 + 50 = 800 kN

>> 328 kN

:

eo

Le risque de soulèvement de la façade est nul.

Martigny, le 6 février 2009

Références :

Pascal TISSIERES

pascal.tissieres@tissieres-sa.ch

SIA 260 (2003) : Bases pour l'élaboration des projets de structures porteuses.

SIA 261 (2003) : Actions sur les structures porteuses.

SIA 262 (2003) : Construction en béton.

SIA 267 (2003) : Géotechnique.

TISSIERES, P. (1991) : Dimensionnement des fondations superficielles et profondes sous l'effet d'un séisme, Ingénieurs et architectes suisses, 26, 11.12.1991, p. 591-596.

DUVERNAY, Bl. (2004) : Fondations et tremblements de terre, Société suisse de mécanique des sols et des roches, 148, p. 65-74.