Vous êtes sur la page 1sur 2

A Nohant-Vic, les Gâs du Berry fêtent leurs 120 ans

Par Gérard GUILLAUME

Jean BAFFIER, originaire de Sancoins, dans le Cher, était un tailleur de pierres résidant à Paris dans le
14ème arrondissement (rue Lebouis). C’est là, entre les rues de Gergovie, d ’Alésia et de …
Vercingétorix, que, militant régionaliste, il entreprit de réunir ses adeptes, rêvant à une France
« gauloise » aux accents nationalistes mais parfois racistes. Leur journal s’appelait justement le
« Réveil de la Gaule » et prônait le retour aux sources pures, loin des influences et métissages gréco -
romains ou méditerranéens. Lui -même vielleux, BAFFIER rassembla les quelques sonneurs qui
résidaient à Paris, Bourges ou dans le département du Cher et fonda au début 1888 " La Société des
Gâs du Berry et Aultres lieux du centre " (Le mot « Gâs » étant un diminutif de « Gals », c’est à dire
Gaulois).

Le 21 Septembre 1888, Edmond Augras fondait à Châteauroux une société composée de neuf "Gâs",
et dont il conta ainsi l’origine : "Après la guerre de 1870, la défaite et les deuils avaient plongé le pays
dans la tristesse. En Berry où on est très sensible, les populations étaient démoralisées et bannissaient
des fêtes, les réjouissances d'autrefois. C'est ainsi que de nombreux mariages étaient timideme nt
célébrés sans la cornemuse et la vielle qui se taisaient également à l'occasion des baptêmes, de la
gerbaude, des fêtes villageoises...etc... En 1888, j'eus la chance de connaître Jean Baffier. Notre
amour de la saine tradition et notre fidélité aux bon nes vieilles coutumes nous lièrent d'une amitié qui
devait porter ces fruits."

En fait, AUGRAS, par ailleurs auteur de pièces patoisantes, oubliait d’évoquer ses autres aspirations :
commerciales (il avait créé à Châteauroux une pâtisserie industrielle, dont les spécialités étaient des
gâteaux décorés de proverbes berrichons) ; et politiques (à l’opposé de BAFFIER, il était franc -maçon,
libre-penseur et élu municipal du côté radical -socialiste).

En 1889, 17 « Gâs » monteront à Paris pour représenter le Berry à l'Exposition Universelle. La


« société » était née. Elle a comme devise " Nout' soupe est maigre mais j'la trempons dans nout'
écuelle". Sa bannière, ornée de guirlandes à chaque sortie, est aux trois couleurs de la paysannerie :
"Le vert des prairies, le Jaune des moissons et le rouge de la vigne ". Elle se dota d'un chef de musique
(aux débuts les mêmes – Charles DENIS, Marc RAVEAU – que ceux des fanfares et harmonies).
L’emblème du commandement est un bâton de houx coupé dans le bois de "la mare a u diable" et
torsadé naturellement par une liane de chèvrefeuille. Le premier président d'honneur sera Maurice
Sand, le fils de la célèbre romancière. Ses successeurs furent ses filles. C'est donc, tout naturellement,
qu'ils élirent domicile dans les année s 1960 à Nohant (presque au même moment où les femmes,
jusque là en nombre très limité, furent officiellement admises !).

La principale mission des Gâs du Berry est de conserver les airs du terroir, et surtout de les interpréter
avec les instruments traditionnels : la vielle et la cornemuse. La mission des Gâs du Berry est aussi de
conserver et de perpétuer les traditions et coutumes du Berry. C'est pourquoi depuis 1973, sous
l’impulsion de Jacques FRADET, ils se sont fixés de faire vivre les romans champ êtres de George
Sand, sur les lieux mêmes ou ils ont été écrits, avec la musique, les chants, les danses, les costumes, le
langage et les coutumes de l'époque. Plus récemment, grâce à Erick FRADET (le fils de son père …),
la formule a évolué pour mieux int égrer les spectateurs, par la promenade ou la participation au repas.

Très appréciés par un public nombreux et varié, ces spectacles sont une harmonie de sons, de lumières,
de théâtre et de folklore. Chaque année, le dernier week -end de juillet (celui où était autrefois célébrée
la « Sainte Anne », patronne de Nohant), les Gâs du Berry accueillent le public dans le village de
George Sand, pour renouer avec ses origines et sa culture. Parallèlement, les Gâs du Berry, se sont
lancés dans de multiples aventu res et projets, ne connaissant ni frontières ni horizon limité, à l’image
de leur actuel Président, Michel SALLANDRE, qui sillonna le monde avec sa caméra de reporter,
avant de diriger la chaîne de télévision Ushuaia, spécialisée dans les documentaires sur les pays
lointains.

Cette année, le spectacle sera centré sur les 120 ans de la Société. En cette occasion 120 danseurs
seront réunis pour une fresque grandiose.