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Colin Document téléchargé depuis www.cairn.info - - L'EMPLOI, INTÉGRATEUR SOCIAL DANS L'ARGENTINE DE

L'EMPLOI, INTÉGRATEUR SOCIAL DANS L'ARGENTINE DE L'APRÈS-CONVERTIBILITÉ ?

Noemí GIOSA ZUAZÚA

Armand Colin | Revue Tiers Monde

2007/1 - n° 189 pages 35 à 50

ISSN 1293-8882

Article disponible en ligne à l'adresse:

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http://www.cairn.info/revue-tiers-monde-2007-1-page-35.htm

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Pour citer cet article :

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GIOSA ZUAZÚA Noemí, « L'emploi, intégrateur social dans l'Argentine de l'après-convertibilité ? »,

Revue Tiers Monde, 2007/1 n° 189, p. 35-50. DOI : 10.3917/rtm.189.0035

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Colin Document téléchargé depuis www.cairn.info - - L’EMPLOI, INTÉGRATEUR SOCIAL DANS L’ARGENTINE DE

L’EMPLOI, INTÉGRATEUR SOCIAL DANS L’ARGENTINE DE L’APRÈS-CONVERTIBILITÉ ?

Noemí GIOSA ZUAZÚA *

La nouvelle politique macro-économique de l’Argentine de l’après-convertibilité permettrait le développement d’un modèle de croissance avec intégration sociale. Le discours officiel est fondé sur les changements de politique de l’emploi, ainsi que sur la dynamique de celui-ci, avec ses effets sur les revenus salariaux et le statut du travail. Cependant, com- ment un nouveau modèle peut-il prétendre être porteur d’intégration sociale par l’emploi, et s’appuyer uniquement sur la politique macro-économique, sans redéfinir le régime de régulation du travail ?

La pensée orthodoxe a systématiquement lié la question de l’emploi à un fonctionnement déficient du marché du travail. Elle attribue la plus grande part du chômage à un système de réglementations rigides du marché du travail qui forcent l’élévation du salaire d’équilibre. L’emploi non enregistré est, quant à lui, attribué aux excessives charges sociales. Cette vision orthodoxe prédomine dans les diagnostics officiels des pays d’Amérique latine, particulièrement depuis les années 1990. La quête d’une plus grande « flexibilité du travail » a donné lieu à des réformes qui n’ont pas été couronnées de succès et qui, bien au contraire, n’ont fait qu’engendrer de nouvelles pathologies : multiplication des emplois précaires et augmentation des emplois non déclarés durant les phases d’expansion écono- mique. Afin d’expliquer la hausse continue du chômage et la précarisation géné- ralisée de l’emploi, un débat latino-américain a donc été ouvert, suscitant différen- tes interprétations qui prennent le contre-pied de la vision orthodoxe ou la révisent (GIOSA ZUAZÚA, 2005).

Une première interprétation prend sa source dans le structuralisme latino- américain. La crise de l’emploi résulterait de la désarticulation du modèle d’accu- mulation caractérisant l’industrialisation par la substitution d’importations (ISI), et de la remise en cause de ce modèle. Le rapport salarial caractérisant l’organisa- tion productive des grandes entreprises du secteur industriel a en effet été

* Chercheure au Centre interdisciplinaire pour l’étude des politiques publiques (CIEPP), Buenos Aires, Argentine. L’auteure remercie Laura GOLDBERG et Rubén LO VUOLO pour leurs commentaires sur la version préliminaire de ce travail. Cet article a été traduit de l’espagnol par Sarah PICK.

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supplanté au cours des années 1980, et plus encore au cours des années 1990, par l’externalisation d’activités à des entreprises de petite taille et par l’importation de facteurs de production et de biens finaux. Ainsi, la rentabilité capitaliste tend désormais à combiner un noyau de plus forte productivité de l’entreprise et l’externalisation des biens et services, pour lesquels la réduction des coûts de production passe par l’emploi non déclaré. Cette évolution se reflète sur le marché du travail par une perte progressive de l’importance de l’emploi salarié déclaré, le maintien permanent d’un niveau de chômage élevé et l’extension significative des formes de travail non salariées ou encore de formes salariées non régulées légalement (DEDECCA, BALTAR, 1997 ; DEDECCA, ROSANDISKI, 1998).

Une seconde interprétation s’inspire de la théorie de la régulation (BRUNO, 2002) : cette transformation de l’organisation productive serait l’expression d’une crise de la relation salariale, résultant d’une crise du régime d’accumulation, et posant ainsi la question de l’émergence d’un nouveau mode de régulation. Cette interprétation met en avant la déstructuration de la relation salariale, manifestée par la dynamique actuelle du marché du travail, articulant l’emploi institution- nalisé et non institutionnalisé. Les entreprises peuvent ainsi accentuer la flexibilité de l’emploi et des salaires, ce qui explique la plus grande précarité. L’emploi institutionnalisé devient plus rigide, moins sensible aux variations des niveaux de production, tandis qu’augmentent la proportion et la flexibilité de l’emploi non institutionnalisé. La relation salariale d’autrefois se déstructure ; elle cesse d’être une norme générale de régulation de l’ensemble du marché du travail. Les accroissements de productivité, quand ils existent, ne sont plus transférés dans les mêmes proportions à l’ensemble des revenus salariaux. Désormais, ceux- ci tendent à se concentrer dans le secteur institutionnalisé où ils sont moins exposés à l’impact du chômage. L’existence même et la prééminence de l’emploi non déclaré ne sont donc pas seulement, ni nécessairement, liées à l’incapacité de l’État de faire-valoir une norme salariale ; elles sont également la manifestation d’une remise en cause de la centralité de la relation salariale dans la dynamique économique.

Une autre critique de la vision orthodoxe devenue hégémonique dans les années 1990 désigne la politique macro-économique comme étant la cause prin- cipale de la crise de l’emploi. Cette vision met plus particulièrement l’accent sur les effets pervers d’une politique de surévaluation du taux de change sur le secteur des biens dits échangeables, c’est-à-dire soumis à la concurrence internationale :

cela expliquerait la baisse de l’emploi dans l’industrie - secteur où étaient concen- trés les postes de meilleure qualité -, et donc la régression relative de l’emploi à temps plein allant de pair avec la hausse du chômage et du sous-emploi (DAMILL,

FRENKEL, MAURIZIO, 2002 ; DAMILL, FRENKEL, MAURIZIO, 2003 ; DAMILL, FRENKEL,

2006). Cette explication ne considère pas les problèmes du marché du travail comme une conséquence de la crise du régime d’accumulation ou du mode de régulation économique. Elle renvoie à une politique macro-économique erronée. Il s’ensuit, bien évidemment, qu’une modification de cette politique permettrait simultanément de réduire le chômage et de résoudre le problème de la précarité de l’emploi.

C’est sur la base de cette dernière interprétation que l’actuel gouvernement argentin interprète la question de l’emploi héritée de la surévaluation du taux de

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L’emploi, intégrateur social dans l’Argentine de l’après-convertibilité ?

change des années 1990 et de la crise du régime de convertibilité qui l’avait instaurée. Ce diagnostic officiel part du principe que l’emploi est le principal facteur d’intégration d’une société. Les inégalités, l’exclusion sociale et la pauvreté sont considérées comme les conséquences de l’incapacité de produire les emplois nécessaires. La nouvelle politique de change, mise en place après la forte dévalua- tion qui a suivi l’abandon du régime de convertibilité, devrait permettre de remédier à cette incapacité. Le maintien d’un taux de change compétitif et stable fonderait un modèle de croissance et de développement promouvant l’inclusion sociale par l’augmentation du PIB et de l’emploi.

Au regard des deux premières interprétations de la question de l’emploi évoquées ci-dessus, le cas argentin ne peut être assimilé à sa seule dimension quantitative. L’analyse des caractéristiques actuelles du marché du travail dévelop- pée dans cet article s’attache à montrer comment elles conduisent à remettre en cause la thèse aujourd’hui prédominante : il serait possible de réaliser l’intégration sociale sans promouvoir de nouveau régime de régulation du travail, en tablant uniquement sur la création d’emplois que peut générer la politique macro- économique actuelle ?

Les arguments qui fondent la thèse d’un nouveau modèle de croissance avec intégration sociale sont présentés en première partie, tandis que l’évolution de l’emploi et des salaires et la politique de l’emploi composent la deuxième partie. La troisième partie évalue l’impact de la politique de l’emploi sur la segmentation du marché du travail et sur les inégalités qui en résultent. Enfin, la quatrième partie tire les conclusions de cette analyse au sujet de l’intégration sociale prétendument réalisée par la politique macro-économique en vigueur.

I – APRÈS LE RÉGIME DE LA CONVERTIBILITÉ, LA VISION OFFICIELLE D’UN NOUVEAU MODÈLE ÉCONOMIQUE D’INTÉGRATION SOCIALE

L’Argentine a formellement abandonné la règle de la convertibilité au début de l’année 2002. La sortie de la crise eut des effets sociaux encore plus dramatiques que la crise elle-même, du fait de la violente et brusque dépréciation du taux de change avec la remise en cause de sa fixité, jusqu’à ce qu’il fût possible de mettre en place une politique de changement administré 1 . Le taux de chômage a crû de 5 points en une année seulement, atteignant ainsi un pic de 21 %. Entre décem- bre 2001 et décembre 2002, le salaire réel moyen a chuté de 24 % et, en 2003, la pauvreté s’étend à 55 % de la population 2 .

Les effets de la dévaluation interviennent sur des revenus déjà déprimés et viennent s’ajouter au chômage croissant et à l’inexistence d’une politique sociale

1 - Avec la maxi-dévaluation, le prix de la devise américaine a augmenté de 270 %. Plus tard, le taux

de change s’est stabilisé à une plus petite valeur avec un accroissement de 200 % par rapport à celui en vigueur pendant la convertibilité.

2 - En 2001, 35,5 % de la population percevaient des revenus inférieurs au seuil de pauvreté. Durant l’année 2003, cette proportion était passée à 55 % des personnes, selon les mesures de l’Enquête permanente des foyers (INDEC).

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inclusive pendant toute la décennie 1990. La crise sociale ne sera que tardivement contenue par la politique publique. Face à l’explosion sociale de fin 2001, le gouvernement du président Eduardo Duhalde a mis en œuvre, début 2002, le Plan Chef de ménage chômeur/se.

En termes quantitatifs, ce programme est considéré comme l’un des plus grands plans de cette envergure. Il a couvert 1,9 millions de personnes, transférant 150 pesos par famille dont le chef de ménage est au chômage et a des enfants à charge, à condition de réaliser en contrepartie une prestation de travail.

Depuis fin 2002, le niveau d’activité et d’emploi commence à remonter ; il s’accroît même fortement depuis 2003. Le déficit commercial fait place à un excédent qui s’accompagne aussi d’un excédent budgétaire. La situation de l’éco- nomie internationale a facilité cette expansion, tant par le volume des exportations que par leurs prix, particulièrement en ce qui concerne les biens primaires. La progression du niveau d’activité qui en résulte favorise d’autant plus l’accroisse- ment de l’emploi que l’élasticité emploi-produit augmente fortement pendant les deux premières années de reprise 3 .

1 – Le diagnostic officiel

Le gouvernement actuel, avec à sa tête Néstor Kirchner, devenu Président de la République argentine en 2003, interprète cette reprise comme le résultat d’une transformation du modèle de croissance en vigueur durant les années 1990. Après la dévaluation, la politique macro-économique mise en œuvre vise à modifier le système des prix relatifs par le maintien d’un taux de change réel qui assure la compétitivité-prix des activités fortement créatrices d’emplois, détruites par le modèle précédent. Les prix relatifs des biens échangeables augmentent par rap- port à ceux des services et des biens non échangeables. La croissance est tirée par la production industrielle et, plus largement, par celle qui répond à la demande domestique. Cette modification des prix relatifs au bénéfice d’activités plus inten- sives en travail augmente l’élasticité emploi-produit et réduit ainsi le taux de chômage ouvert 4 , ce qui dynamise la demande en transformant la structure de la production, celle de l’emploi et celle de la distribution du revenu.

Aux yeux des responsables de la politique macro-économique, les croissances conjointes du PIB et de l’emploi (MINISTERIO DE ECONOMÍA, 2005a) constituent, à la différence des années 1990, un « modèle de développement inclusif » (MINISTERIO DE ECONOMÍA, 2005b). Les divers ministères et échelons de l’administration gou- vernementale doivent alors se mobiliser pour sa réalisation car, selon la vision officielle, l’emploi n’est plus seulement le principal facteur d’intégration de la société, il est aussi l’outil le plus efficace dans la lutte contre la pauvreté et le mécanisme le plus important de redistribution des revenus et de dynamisation de

léconomie (MINISTERIO DE TRABAJO, EMPLEO Y SEGURIDAD SOCIAL - MTESS, 2005a).

3 - L’élasticité emploi-produit est passée de 0,5 en 2001, à 0,65 en 2003, et à 0,78 en 2004 (COREMBERG,

2005).

4 - Le chômage ouvert concerne les personnes qui se déclarent être à la recherche d’un emploi dans les enquêtes, et qui n’ont pas travaillé durant la semaine précédant celles-ci .

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L’emploi, intégrateur social dans l’Argentine de l’après-convertibilité ?

2 – Prix relatifs, niveau d’activité et emploi

Au-delà de la modification des prix relatifs signifiée par l’ajustement du taux de change nominal, il faut souligner que les prix de gros des biens échangeables augmentent plus vite que les prix de détail (commerces et services) dont la variation est moindre et plus lente. Durant les 36 mois qui suivent la dévaluation, la transmis- sion de la variation du taux de change nominal aux prix de détail génère leur accroissement de 26 %. Cependant, ce pourcentage est faible comparé à la moyenne observée à partir d’expériences d’autres pays en voie de développement 5 .

Durant ces dernières années, l’emploi a connu une reprise, parallèle à la croissance du PIB (graphique 1). Mais, entre 2003 et 2005, le PIB a accumulé une croissance de 25 % et l’emploi seulement d’environ 19 %. Le chômage ouvert a conjointement été réduit de manière systématique 6 . L’industrie a joué un rôle important dans la reprise du PIB, bien que le coefficient d’industrialisation ne parvienne toujours pas à égaler celui des années 1990 7 . En comparant les niveaux maximaux de PIB et d’emploi atteints en 1998 et en 2005, les estimations en 2005 indiquent 15 % de postes supplémentaires pour le total de la population urbaine occupée et 5 % de PIB en plus.

II – L’ÉVOLUTION DE L’EMPLOI ET DES SALAIRES APRÈS LA DÉVALUATION

La dynamique dépeinte est optimiste (graphique 1), mais les données agrégées cachent l’hétérogénéité structurelle du marché du travail que perpétue la crois- sance actuelle, tant sur le plan de l’emploi que de la distribution des revenus :

-La création d’emplois a augmenté de façon importante mais sa croissance ralentit déjà. Par ailleurs, la part de l’emploi salarié précaire ne diminue pas substantielle- ment, malgré les campagnes de régularisation de travailleurs lancées par le minis- tère du Travail. En outre, les écarts de revenus se sont accentués entre les différents groupes de salariés, malgré les politiques de revenu mises en œuvre par le gouvernement. -La compétitivité-prix a augmenté, au moins en ce qui concerne les biens échan- geables, mais cela va de pair avec la réduction significative du coût du travail associée à la dévaluation. -De plus, les gains de productivité, permis par la croissance en résorbant les capacités de production non utilisées et les gains salariaux alors réalisés, présen- tent des différences sectorielles importantes.

5 - Sur une période de 36 mois, la transmission de la dévaluation aux prix a été, en moyenne, de 80 %

pour les pays en voie de développement. Les expériences comprises dans ce calcul sont : l’expérience

mexicaine en décembre 1994, celle de la Russie en août 1998, de l’Indonésie en juillet 1997, de l’Équateur en janvier 1999 et de la Turquie en février 2001 (MINISTERIO DE ECONOMÍA, 2005b).

6 - Durant le premier trimestre 2003, il atteignait 20 % ; le taux moyen pour l’année 2005 était de

11 %.

7 - Le coefficient d’industrialisation de la structure productive argentine est en baisse systématique.

En 1993, 18 % du produit correspondaient à la valeur ajoutée industrielle et, en 2002, ce pourcentage était descendu à 15,4 %. Durant les trois dernières années de relance, il s’est maintenu à environ 16 %.

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Graphiqu e 1 – Évolutions du Produit intérieur brut (PIB), de la population urbaine occupant
Graphiqu e 1 – Évolutions du Produit intérieur brut (PIB), de la population
urbaine occupant un emploi et de la population urbaine sans emploi.
Population urbaine occupant un emploi
Population urbaine sans emploi
PIB
150
Indice 1997=100
140
130
120
110
100
90
80
70
60
50
1993
1994
1995
1996
1997
1998
1999
2000
2001
2002
2003
2004
2005

Source : données de la Direction nationale de programmation macro-économique (Ministerio de Economía).

Les sous-sections suivantes précisent ces points et caractérisent ainsi les limi- tes, en termes d’intégration sociale, de ce modèle de croissance intensive en emploi.

1 – La politique de l’emploi et la segmentation du marché du travail

Au début de la relance économique, l’emploi a augmenté, atteignant des taux de 7 % par an, mais il s’agissait là avant tout de la création d’emplois précaires 8 . En moyenne, durant l’année 2005, le taux de création d’emplois avait déjà baissé à 3 % et la proportion d’emplois précaires parmi les emplois salariés avait diminué de quelques points, se maintenant néanmoins à un haut niveau. De 2002 à 2005, le taux d’emploi non déclaré ne baisse que de 49 à 47 %.

Le caractère procyclique de la précarisation de l’emploi salarié qui caractérisait les années 1990 (ROCA et MORENO, 2000 ; GIOSA ZUAZÚA, 2003) ne se vérifie donc pas en 2004 et en 2005. Depuis lors, la croissance ne contribue pas à réduire le

8 - La majeure partie des postes de travail créés en 2003 et 2004 furent des emplois salariés, principalement dans le secteur privé (75 % du total). Mais 63 % de ces emplois n’ont pas été enregistrés. En mai 2005, leur part s’est réduite à 45 % du total. Ce taux est le plus haut depuis l’année 2002, malgré un taux de salarisation plus faible cette année-là.

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nombre de travailleurs salariés non déclarés, mais seulement leur part au sein de l’emploi salarié total (graphique 2). Au début de la reprise, leur augmentation est le principal facteur explicatif de la hausse de l’élasticité emploi-produit ; cette hausse ralentit à mesure que diminue la part de l’emploi non déclaré. En ce sens, l’évolution récente du marché du travail ne permet pas de conclure que l’actuelle politique macro-économique remette réellement en cause la déstructuration du rapport salarial entamée dans les années 1990. Et ce, bien que la croissance actuelle repose à nouveau en partie sur la substitution des importations. Bien au contraire, comme dans les années 1990, la flexibilité de l’embauche de travailleurs non déclarés, lors des phases d’expansion, continue d’être le complément de la rigidité propre à l’emploi déclaré.

Graphiqu e 2 – Évolutions de la population occupant un emploi selon sa catégorie professionnelle et de la population sans emploi (en milliers).

Salariés non enregistrés exprimés en milliers et en % sur le total des salariés.

6 000 47% 48% 49% 5 000 31% 37% 39% 41% 31% 34% 37% 36%
6
000
47%
48%
49%
5
000
31%
37%
39%
41%
31%
34%
37%
36%
37%
31%
4
000
3
000
2
000
1
000
0
1992
1993
1994
1995
1996
1997
1998
1999
2000
2001
2002
2003
2004
2005
Salariés non enregistrés
Salariés enregistrés
À leur compte et autre
Chômeurs

Source : données de l’INDEC (Instituto Nacional de Estadística y Censos – enquête industrielle mensuelle) et de la Direction nationale de programmation macro-économique (Ministerio de Economía).

Note : À partir de 2003, l’Enquête permanente des foyers a modifié la méthodologie pour relever et estimer les indicateurs du marché de l’emploi. Cette méthodologie altère la comparabilité avec les années antérieures.

Par ailleurs, les courbes des salaires de l’emploi déclaré et non déclaré sont fonction de leur évolution respective. L’effet de la dévaluation sur les salaires des employés non enregistrés et sur ceux de l’administration publique nationale a été plus important que pour l’emploi privé enregistré (graphique 3). En outre, la récupération de ces types de salaires en phase de croissance a été insignifiante, alors que les salaires de la dernière catégorie (emploi privé enregistré) dépassent, en 2005, le niveau précédent la dévaluation.

Cette évolution différentielle des salaires met en évidence les priorités gouver- nementales en matière de politique des revenus. Cette politique a reposé sur trois mécanismes. Tout d’abord, des augmentations forfaitaires des salaires du secteur privé ont eu lieu entre juillet 2002 et octobre 2005 ; elles ont également été octroyées aux fonctionnaires de moindre rémunération, à partir de juin 2004.

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Ensuite, l’aide aux conventions collectives, pendant l’année 2005, permet aux salaires des secteurs concernés d’atteindre leur plus haut niveau depuis quinze ans (LOZANO, RAMERI, RAFFO, 2006). Bien évidemment, c’est là un fait mis en avant dans le discours officiel pour souligner la rupture par rapport aux années 1990 (MTESS, 2005b). Enfin, diverses révisions du salaire minimum eurent lieu entre le milieu de l’année 2003 et celui de l’année 2005 9 . Ces augmentations salariales ne concernent qu’une partie de la population active et, avec près de 50 % du total des salariés qui ne sont pas déclarés, cette politique accroît la dispersion des salaires et les inégalités liées aux formes d’emplois. Il faut aussi signaler que les négociations collectives ne s’appliquaient, en 2005, qu’à 40 % des travailleurs salariés déclarés.

Graphiqu e 3 – Évolution du salaire réel (pouvoir d’achat) selon la forme de contrat et selon le secteur

(octobre 2001-février 2006 ; indice 4 e trimestre 2001 = 100)

115 Niveau général Privé enregistré 110 Privé non enregistré Public 105 100 95 90 85
115
Niveau général
Privé enregistré
110
Privé non enregistré
Public
105
100
95
90
85
80
75
70
65
Source : données de l’INDEC, indice de variation salariale et indice des prix à la consommation.
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Oct-01
Dic-01
Feb-02
Abr-02
Jun-02
Ago-02
Oct-02
Dic-02
Feb-03
Abr-03
Jun-03
Ago-03
Oct-03
Dic-03
Feb-04
Abr-04
Jun-04
Ago-04
Oct-04
Dic-04
Feb-05
Abr-05
Jun-05
Ago-05
Oct-05
Dic-05
Feb-06

En Argentine, de nombreuses études soulignent le taux de travailleurs non déclarés, le degré de couverture syndicale et le taux de chômage comme les facteurs expliquant le mieux les inégalités de salaire entre travailleurs. Avec des taux plus élevés de travailleurs non déclarés et de chômage, l’inégalité augmente et, avec un taux plus élevé de syndicalisation, l’inégalité s’atténue 10 .

9 - En partant de la valeur de 200 pesos en vigueur en juillet 2003, on est arrivé à une valeur normative de 630 pesos en juillet 2005. 10 - Pour une analyse plus détaillée, se référer à Marshall et Groisman (2005). Les auteurs analysent les facteurs déterminants de l’inégalité des salaires en Argentine pour la période allant de 1990 à 2003. Une des conclusions à laquelle ils arrivent est que seuls les taux de non enregistrement et de syndicalisation parviennent à expliquer conjointement 45 % de la dispersion salariale.

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L’emploi, intégrateur social dans l’Argentine de l’après-convertibilité ?

Face à cette réalité, le gouvernement soutient que le niveau du salaire mini- mum fixe un seuil pour les salariés déclarés, et qu’il devrait élever progressivement le niveau de rémunération des salariés non déclarés. Les impacts positifs poten- tiels, s’ils se produisent, et la mise en œuvre du Plan de régularisation du travail pour combattre l’emploi non déclaré sont les seuls instruments que la politique de l’emploi présente, jusqu’à maintenant, afin de lutter contre les emplois précai- res 11 . L’influence du salaire minimum légal dans la détermination des revenus des emplois salariés non déclarés est incertaine et sans garantie de résultats positifs. Les résultats du Plan de régularisation du travail sont, pour le moment, peu satisfaisants. Dans tous les cas, il n’a manifestement pas réussi à réduire l’impor- tante proportion de travailleurs se trouvant dans des conditions précaires (graphi- que 2).

Tout indique, jusqu’à présent, que la dynamique économique de ce modèle associe hétérogénéité et segmentation salariale. Cela ne signifie pas seulement que les travailleurs salariés non déclarés perçoivent de moindres salaires, mais aussi que la croissance économique augmente l’écart avec les salaires des tra- vailleurs déclarés du secteur privé. Cette situation conduit finalement à une polarisation, tant en termes de revenus que de conditions de travail, entre les travailleurs bénéficiant de droits sociaux et ceux qui en sont privés. Cette exclusion se traduit autant par le chômage que par l’emploi non protégé et de moindre rémunération.

Une politique macro-économique permettant une croissance soutenue favo- rable à la création d’emplois et une meilleure performance des services d’inspec- tion du travail ferait diminuer le nombre de travailleurs non déclarés et résorberait ainsi progressivement la précarité du monde du travail ? Dans les faits, jusqu’à présent, ce présupposé ne se vérifie pas. Ce qui paraît relever d’une myopie intellectuelle confirme l’hypothèse d’une crise de la relation salariale, considérée alors comme la forme institutionnelle de régulation du marché du travail 12 . À peine un tiers de la population active peut accéder à des postes protégés et les deux tiers restant occupent des postes précaires, sont installés à leur compte ou sont au chômage. L’emploi institué ne peut donc pas déterminer la dynamique d’accumulation. Son importance relative vis-à-vis de l’emploi non déclaré, de même que le niveau des salaires et leur dispersion, est désormais fonction de la flexibilité du marché du travail qui ajuste le coût du travail à l’évolution de la demande.

2 – La compétitivité-prix et le coût du travail

La nouvelle structure de prix relatifs post-dévaluation et le plus grand niveau d’activité ont permis la récupération substantielle de marges de profit dans la production des biens échangeables. Ainsi, grâce à l’amélioration de la

11 - Le Plan de régularisation du travail, dépendant du ministère du Travail, a été appliqué fin août 2003 et une campagne de sensibilisation, de diffusion et d’inspection pour combattre l’emploi non enregistré fut mise en place. 12 - Durant l’année 2004, 35 % de la population économiquement active occupaient des postes salariés enregistrés, 31 % des postes salariés précaires, 22 % étaient à leur compte et 11 % étaient au chômage.

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compétitivité-prix, qui va de pair avec la baisse du coût du travail 13 , on assiste à la renaissance des secteurs industriels qu’avait fait disparaître le régime de convertibilité.

Graphiqu e 4 – Évolution de l’industrie formelle (1997-2005)

130

110

90

70

50

Indice 1997=100

Production Ouvriers Productivité Salaire réel par ouvrier Salaire en tant que coût du travail 1997
Production
Ouvriers
Productivité
Salaire réel par ouvrier
Salaire en tant que coût du travail
1997
1998
1999
2000
2001
2002
2003
2004
2005

Source : données de l’INDEC, enquête industrielle.

À partir de l’année 2003, l’accroissement de la production induit celui du niveau de l’emploi déclaré. La hausse du niveau d’activité est toutefois plus rapide et la tendance à la hausse de la productivité observée dans la décennie précédente se recompose 14 . L’industrie connaît alors la plus forte productivité depuis le début des années 1990 et le coût de travail le plus faible 15 . L’accroissement de la productivité résulte maintenant de la résorption des capacités de production oisives ; cette résorption est permise par la modification des prix relatifs en faveur de la production de biens échangeables. En 2005, l’écart entre productivité et coût du travail se maintient (graphique 4).

13 - La notion de coût du travail utilisée ici fait référence au ratio salaire nominal/prix de production

du secteur concerné, ce qui permet de mesurer l’écart entre la productivité et le coût du travail comme

déterminant du profit. Le salaire réel mesurant le pouvoir d’achat du salarié équivaut au salaire nominal déflationné de l’indice des prix à la consommation, en supposant que cet indice soit significatif de l’évolution des prix de l’ensemble des biens et des services que permet d’acquérir un salaire nominal moyen. Pour cette raison, le coût du travail baissera davantage que le salaire réel dans un secteur déterminé, si les prix à la consommation augmentent moins que ceux du secteur en question.

14 - Durant les années 1990, la hausse de la productivité du secteur industriel va de pair avec la baisse

de l’emploi. Entre 1990 et 2002, cette dernière est de 43 %. La tendance s’inverse à partir de 2003, mais

le niveau atteint en 2005 demeure inférieur à celui des années 1997 et 1998, c’est-à-dire avant que ne commence la crise du régime de la convertibilité et la dépression qui en résulte jusque fin 2002.

15 - Entre le premier semestre 2002 et le premier semestre 2003, le coût du travail par personne

occupée se réduit de 17 % et celui par unité de produit de 28 %, alors que la productivité par personne occupée augmente de 13 % (MTESS, 2003).

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Graphiqu e 5 – Évolution de l’industrie des aliments et des boissons

(1997-2005)

125

115

105

95

85

75

65

Indice 1997 = 100 Production Ouvriers Productivité Salaire réel par ouvrier Salaire en tant que
Indice 1997 = 100
Production
Ouvriers
Productivité
Salaire réel par ouvrier
Salaire en tant que coût du travail
1997
1998
1999
2000
2001
2002
2003
2004
2005

Source : données de l’INDEC, enquête industrielle.

Cette dynamique n’est pas homogène pour toutes les branches de l’industrie. Elle se différencie selon la trajectoire de chaque branche pendant les années 1990. À cet égard, l’industrie des aliments et des boissons est un cas représentatif du groupe d’activités fondées sur l’exploitation de ressources naturelles ; l’évolution est expansive pendant ces années 16 (graphique 5). Après la dévaluation, l’aug- mentation de la production a généré des niveaux d’emploi et des accroissements de productivité plus élevés. L’écart entre le coût du travail et la productivité y est moindre que pour l’ensemble de l’industrie formelle et laprogression du salaire réel plus significative.

À l’inverse, les branches dans lesquelles l’usage du travail est plus intensif et dont la production a subi une contraction pendant les années 1990 du fait de la concurrence des importations connaissent des perspectives moins réjouissantes depuis la dévaluation. C’est le cas des articles d’habillement ou de la fabrication de textiles . Pour ces deux industries, l’accroissement de la production induit une élévation du niveau de l’emploi (graphiques 6 et 7). Mais l’augmentation de la productivité n’est pas aussi significative que dans le cas précédent : dans l’indus- trie textile, la variation est très atténuée et, en ce qui concerne les articles

16 - ROBBIO (2003), en analysant l’évolution de l’industrie argentine pendant les années 1990, et en succédant à Jorge KATZ (1996), réalise une classification des activités du secteur industriel selon une typologie comportant trois grands groupes : celles fondées sur l’exploitation des ressources naturel- les ; celles qui se distinguent par l’utilisation intensive du travail non qualifié ; et, enfin, celles qui se caractérisent par la demande de services en ingénierie et par la dépense en recherche appliquée. L’industrie des aliments et des boissons se trouve dans le premier groupe des industries qui ont élargi leur production, avec un accroissement de la productivité ; l’industrie textile et vestimentaire se trouve dans le second groupe, parmi les secteurs en rétraction productive.

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d’habillement, les changements sont très volatils. Dans les deux cas, l’écart entre productivité et coût du travail est plus diffus. Pour ces branches, avec le nouveau régime de change, la production et l’emploi ont augmenté après des années de contraction. Mais cela ne veut pas dire que ces industries se trouvent dans les meilleures conditions pour faire face à la concurrence extérieure.

Graphiqu e 6 – Évolution de l’industrie de produits textiles (1997-2005)

Indice 1997 = 100

140 120 100 80 60 40 20 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004
140
120
100
80
60
40
20
1997
1998
1999
2000
2001
2002
2003
2004
2005
Production
Productivité
Ouvrier
Salaire réel en tant que coût du travail
Salaire réel par ouvrier

Source : données de l’INDEC, enquête industrielle.

Graphiqu e 7 – Évolution de la fabrication de vêtements (1997-2005)

Indice 1997 = 100

140

120

100

80

60

40

20

(1997-2005) Indice 1997 = 100 140 120 100 80 60 40 20 1997 1998 1999 2000

1997

1998

1999

2000

2001

2002

2003

Ouvriers

Ouvriers

2004

2005

1999 2000 2001 2002 2003 Ouvriers 2004 2005 Production Productivité Salaire en tant que cout du

Production

Productivité

Salaire en tant que cout du travail cout du travail

Salaire réel par ouvrier

Source : données de l’INDEC, enquête industrielle.

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La « compétitivité future » de ces industries n’est donc pas assurée, en dépit des effets positifs de la dévaluation. C’est particulièrement le cas de l’industrie textile où la sous-traitance partielle du processus productif améliore la compétitivité-prix : les fournisseurs ne peuvent s’approprier les gains de produc- tivité du secteur, les journées de travail dépassent la norme légale et les salaires demeurent particulièrement bas. Tout ceci a permis de renverser la tendance de substitution de la production domestique par des importations, observée dans les années 1990, et donc de baisse de l’emploi. Les prix domestiques redeviennent compétitifs grâce au nouveau régime de change et à l’absence de recomposition du pouvoir d’achat des salaires nominaux - entamé par la dévaluation mais aussi grâce à l’absence de remise en cause de la dégradation des conditions de travail héritée des années 1990 17 .

Cette réalité conforte la thèse structuraliste déjà évoquée : le recours à l’emploi non déclaré dans la sous-traitance est aujourd’hui le moyen de soutenir la produc- tivité et les profits de nombreuses firmes de grande taille. Les gains de compétiti- vité, permis par le recours systématique à l’emploi non déclaré, comportent tout de même des limites qui ne peuvent être résolues par un régime de change « adéquat ». Celui-ci n’est alors qu’un palliatif face à la crise de la relation salariale caractéristique du modèle d’accumulation rendu possible par la substitution d’importations.

III – LES LIMITES DE LA POLITIQUE DE L’EMPLOI

La politique de l’emploi est principalement une politique de change qui vise la réduction du chômage par une création d’emplois reposant sur des mécanismes de marché. Parallèlement est mise en œuvre une politique de l’emploi propre- ment dite par laquelle le ministère du Travail poursuit officiellement les objectifs suivants : une redistribution des revenus favorisant les salaires et s’appuyant sur une pleine participation des acteurs sociaux à tous les niveaux - macro- économique, des entreprises et de la négociation collective ; la préservation du pouvoir d’achat des salariés par la négociation collective et la révision du salaire minimum ; des politiques actives d’emploi public visant à développer des travaux ou des services d’infrastructure à petite échelle, socialement rentables, dans l’objectif de résorber le chômage persistant.

Force est de constater que la réalisation de tels objectifs apparaît compromise, pour les raisons suivantes :

a) ni l’effectivité du droit du travail ni le niveau des salaires qui en découlerait ne peuvent être garantis par une politique macro-économique dont l’objectif en matière d’emploi est purement quantitatif ;

17 - À titre d’exemple, il convient de citer l’incendie d’ateliers textiles opérant dans la clandestinité à l’intérieur de la ville autonome de Buenos Aires (Argentine), qui s’est produit en avril 2006. Ces ateliers employaient une main-d’œuvre immigrée sans papiers, des adolescents - garçons et filles -, et leur fournissaient les outils, machines et autres facteurs de production. Dans de nombreux cas, la produc- tion est commercialisée par des grandes marques du secteur (DEFENSORÍA DEL PUEBLO DE LA CIUDAD DE BUENOS AIRES, 2005).

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b) comme le reconnaît le gouvernement, les mécanismes de marché permettent

seulement l’embauche de travailleurs en « conditions d’employabilité » et excluent ceux qui manquent de connaissances techniques ;

c) la surveillance du respect du code du travail s’avère manifestement insatisfai-

sante ;

d) l’impact des conventions collectives est limité aux travailleurs syndiqués.

Selon notre analyse, de telles limites sont induites par la permanence de crises :

crise du modèle productif et crise de la relation salariale. Ces crises sont révélées par la perpétuation de la segmentation du marché du travail, tant en ce qui concerne l’emploi que les salaires. La création d’emplois assortis de contrats respectant la norme légale s’avère insuffisante pour faire baisser la progression en termes absolus des emplois non déclarés, même en phase de croissance et en dépit du dynamisme de la croissance, notamment du fait du développement de la sous-traitance. Par ailleurs, les écarts de salaires entre emplois déclarés et non déclarés s’amplifient, y compris en période de croissance importante, et les gains de productivité présentent des différences sectorielles significatives, ainsi que les hausses de salaires qu’ils permettent.

Ces limites de la politique de l’emploi sont celles des mécanismes de marché :

il est difficile d’étendre à l’ensemble de la population active l’emploi déclaré, et de permettre une généralisation des gains de productivité et une progression pro- portionnelle des salaires. Une telle réalité explique précisément comment l’impact de la politique macro-économique actuelle sur le fonctionnement du marché du travail permet de répondre à la crise du modèle d’accumulation et de régulation de l’ISI. D’autre part, le régime de change actuel amplifie la substitution de l’emploi déclaré par l’emploi non déclaré et la déconnexion entre gains de productivité et gains salariaux, processus déjà mis en œuvre dans les années 1990.

processus déjà mis en œuvre dans les années 1990. Alors, que peut-on attendre du dénommé nouveau

Alors, que peut-on attendre du dénommé nouveau modèle d’insertion sociale ? L’incapacité de la politique économique et de la politique de l’emploi à résorber les problèmes de la précarité, de la segmentation et des inégalités, démontre qu’une croissance favorisant la création d’emplois n’est pas le gage d’une distribution équitable de ses fruits à l’ensemble de la population et qu’elle ne peut donc constituer en elle-même le fondement de l’intégration sociale.

La croissance des dernières années a fait progresser les profits et, dans une bien moindre mesure, les salaires des travailleurs disposant d’un emploi déclaré, plus particulièrement s’ils font l’objet de conventions collectives. Mais elle s’avère insuffisante pour faire disparaître un chômage structurel qui demeure significatif ; elle ne résout pas plus l’insuffisance de revenus et la précarité du statut de l’emploi affectant la moitié de la population occupée, qui n’accède qu’à un travail non déclaré.

Les effets de la politique de change sont, sans aucun doute, positifs mais ils ne représentent pas un changement de modèle économique et social aussi radical

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que le prétend le gouvernement. Le modèle de croissance et d’accumulation et la segmentation du marché du travail permettent la dynamique actuelle du marché du travail, mais celle-ci n’a pas d’effets fondamentalement différents de celle des années 1990. Bien que l’économie ait crû de 9 % par an durant presque quatre ans, une quantité plus importante d’emplois non déclarés et sous-payés ne rétablit, au mieux, que le niveau d’intégration sociale existant avant la crise et la progression de ces emplois, en termes absolus, ne présage en rien d’un renversement de tendance.

Prétendre faire de l’emploi un intégrateur social suppose que le marché du travail devienne le vecteur d’une redistribution négociée des richesses, diminuant les inégalités. Jusqu’à présent, les impacts de la politique de croissance favorable à l’emploi sur le marché du travail suggèrent que cela est impossible en l’absence d’une réglementation du travail et d’une protection sociale englobant l’ensemble de la population.

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