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Anna MALKOWSKA, Université Laval de Québec :

Itinéraires croisés des emprunts en alimentation : "Les années Petit Robert" (1960)

Conférence : DICTIONNAIRES ET MOTS EN PARTAGE

Prenons le terme de l’alimentation dans son sens le plus large. On considère que
l’anglais ne détient pas la même aura dans ce secteur que le français. L’alimentation est
un domaine éclaté. Les mots de l’alimentation provenant d’autres langues sont rarement
francisés par traduction ou par le calque : cookie, sushi… Ils conservent le même profil
graphique. Ils sont considérés comme des mots universels mais aussi comme des mots
non assimilés. Ces mots entraînent une uniformisation et tente de faire apparaître une
certaine minorité de « l’autre ». Ne pas les traduire leur fait garder un caractère
exotique. Cela est dû à une certaine mode. Ce n’est pas une menace pour la langue
française car ils se fondent dans la masse et cela permet l’innovation de mots.

Parlons maintenant des premiers emprunts. Il y a 72 mots comme arabica, panini,


taco, kiwi… Les langues dites « prêteuses » sont l’anglais, l’italien et le japonais qui
constituent 66% des emprunts. Ces mots naissent chez les individus. Une fois l’emprunt
fait, il passe par les linguistes et les lexicographes. En effet, il faut le témoignage tangible
de l’écrit. Prenons l’exemple du Web, d’Internet. Ces mots ont vu le jour à la fin des
années 80, au début des années 90. Les journaux québécois l’ont utilisé vers 1988 tandis
que les journaux français vers 1995. Il est arrivé petit à petit dans les dictionnaires, vers
1996 et dans le Petit Robert vers 1998/2000. Il a fallu 10 ans pour que le mot entre dans
le dictionnaire. Les mots nouveaux sont ajoutés dans la nomenclature du dictionnaire
(mot nouveau lexical, mot nouveau lexicalisé). Un mot peut être accompagné de trois
dates : source documentaire, étymologie vers 1995, accueil et introduction dans le
dictionnaire. Par exemple, expresso a mis 28 à 32 ans avant d’apparaître dans le Petit
Robert. L’attente la plus lente est de 36 ans et la moyenne est de 16 ans. Les mots
anglais mettent un quart de siècle à y figurer. Cette insertion dans le dictionnaire est due
à la concurrence qui possède déjà le mot. De plus, l’utilisation du mot augmente.

Il existe une étrangeté de la combinaison sonore (à l’oral) et de la combinaison à


l’écrit. Les mots italiens sont faits de beaucoup de [ a ], [ o ], [ i ], tandis que l’anglais a
des voyelles doubles et le japonais possède des consonnes [ k ] et [ ʃ ] (« ch ») ornées
de voyelle [ a ], [ o ], [ i ].
Des anglicismes se présentent, il y a 9 mots en tout, tels que brunch, fast-food,
cheese-cake, nugget… Ces anglicismes sont perçus comme des menaces pour le français.
D’autres personnes voient ces mots comme des enrichissements. L’anglais est trop visible
et attise la désapprobation. Sur un plan linguistique, c’est le désir d’identifier l’autre, de
caractériser une culture différente qui se dessine. Un mot comme spaghetti garde la
même physionomie. Le phénomène d’universalisation du mot se met en place, comme
pour réaliser le mythe de Babel, pour créer une véritable internationalisation.

La prononciation reste celle de la langue d’origine. Il en est de même pour la


graphie. Cela implique une productivité morphologique propre à la langue française (:
dérivation, abrégement…) ainsi qu’une productivité sémantique. Les mots gardent malgré
tout leur côté « étranger ». Ce n’est pas dangereux. Si un mot peut l’être…