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IDE, SPILLOVERS ET CROISSANCE DANS LES PAYS EN DEVELOPPEMENT :

APPLICATION AU CAS DE LA TUNISIE ET DU MAROC.

Mohamed-Karim ABDELLAOUI
Chercheur CATT, Université de Pau et des pays de l’Adour
mohamed-karim.abdellaoui@univ-pau.fr
Laurent GRIMAL
Maître de Conférences, GRAICO, Université de Haute Alsace
l.grimal@uha.fr

Résum é : Ce papier se consacre à la relation croissance / IDE. Après un rapide survey de la


littérature théorique et empirique sur ce sujet dans les pays en voie de développement, il s’avère
qu’il y a une absence de consensus sur cette relation. Ce résultat est inhérent à des facteurs
spécifiques aux pays : écart technologique, effet de seuil du capital humain, variables
institutionnelles,… Nous tentons donc de clarifier ce débat en examinant dans quelle mesure
l’information disponible pour le Maroc [1960-2003] et la Tunisie [1961-2003] permet de vérifier la
contribution des politiques d’ouverture internationale (commerciale et IDE) et d’éducation sur la
croissance du PIB. Nous plaçons le rôle du capital humain au cœur du mécanisme en analysant son
impact sur la croissance et la manière avec laquelle il interagit avec l’ouverture de ces économies.
A cet effet, des équations économétriques qui mettent en relation le PIB, le capital humain et
l’ouverture internationale sont testées. L’objectif est de vérifier les relations de causalité de court et
de long terme au sens de Granger entre ces variables. Les résultats sont obtenus grâce à trois
méthodologies différentes : les tests de causalité, les tests de cointégration et le modèle à
correction d’erreurs. Le second volet de l’analyse empirique est consacré à l’estimation de l’impact
des IDE, de l’ouverture commerciale et de la proxy de capital humain dans le taux de croissance de
la productivité totale des facteurs entre 1976 et 2003.

Introduction

Le cadre de partenariat entre l’Union Européenne et les pays du Sud et de l’Est


de la Méditerranée (PSEM) lancé en novembre 1995 avec la Conférence de
Barcelone avait pour principal objectif la construction d’une zone euro-
méditerranéenne de prospérité partagée et l’instauration progressive d’une zone
de libre-échange. Les divers programmes de coopération industrielle,
économique ou technologique entre l’Union européenne et les pays
méditerranéens devaient quant à eux permettre un renforcement des transferts
de technologie vers le Sud. L’idée sous jacente à ces programmes est que,
conformément aux analyses de la croissance endogène, les activités de R&D sont
considérées comme le facteur clé de la croissance de la productivité des facteurs
de production et in fine du revenu par tête. Or, les Etats ou les firmes des pays
méditerranéens n’ont pas forcément les moyens humains et financiers pour
s’engager fortement dans des activités de R&D. Ainsi, si le coût d’imitation des
technologies existantes est inférieur aux coûts d’innovation et de développement
et si la nouvelle technologie initiée dans des pays développés peut être
transférée, les pays en voie de développement pourraient rattraper les pays
leaders en minimisant leur propre investissement de R&D (Barro & Sala-i-Martin,
1997). Ainsi, il s’agit :

1
- de comprendre les mécanismes qui sous tendent les transferts de
technologies et de connaissances entre pays développés et pays en voie
de développement ;
- de déterminer les conditions selon lesquelles ces transferts peuvent se
traduire par un effet positif sur la croissance économique.
Ces deux questions ont été au cœur de nombreuses préoccupations ces
dernières décennies comme en témoigne la somme des travaux théoriques et
empiriques faite sur ce thème. Ainsi, une des premières voies explorées fût celle
des importations de biens manufacturés comme support au transfert
technologique. La littérature a mis en évidence la possibilité d’un effet
d’apprentissage par l’exportation1 selon lequel les firmes domestiques améliorent
la qualité de leur produit et de leur processus de production à travers le contact
avec des concurrents étrangers plus avancés du point de vue technique. Bien
évidemment l’ouverture d’un pays ne se limite pas à ses échanges
internationaux, elle se caractérise aussi par sa capacité d’accueil des firmes
multinationales. Une deuxième voie alors envisagée est celle de l’investissement
direct à l’étranger comme vecteur de diffusion technologique. Un nombre
croissant de pays en développement met en œuvre des politiques qui visent à
encourager (et parfois même à subventionner) les investissements des firmes
multinationales. En effet, il est considéré que les IDE favorisent la croissance
économique en renforçant les processus concurrentiels sur le marché
domestique, ce qui se traduit par une allocation plus efficace des ressources. Plus
encore, le choix de favoriser les IDE se fonde sur l’idée que la production et
surtout les activités de transfert de technologie et de R&D de ces firmes ne vont
pas seulement profiter aux filiales mais également se diffuser au sein des autres
entreprises du pays d’accueil au travers d’externalités technologiques positives.

L’objet de ce papier est d’examiner le rôle joué par les IDE au Maroc et en Tunisie
dans le processus de croissance du PIB et de la productivité totale des facteurs
(PTF) au cours des qautre dernières décennies.

La signature des accords de partenariat et d’association en 1995 en Tunisie et en


1996 au Maroc2 devait favoriser l’attractivité des IDE d’abord en écartant les
principaux obstacles administratifs ensuite par l’établissement de sociétés qui

1
La plupart des travaux empiriques ne permettent pas de conclure à un effet conséquent de
l’apprentissage par l’exportation, voir par exemple Bernard & Jensen [1999], Clerides et al. [1998].
2
Accord entré en vigueur en 2000 et prévoyant l’instauration d’une ZLE à l’horizon 2012.

2
bénéficient de la proximité géographique avec l’UE et du bas coût de la main
d’œuvre dans la région. L’accroissement des échanges commerciaux et des flux
d’investissement devrait avoir pour conséquence une meilleure intégration
économique, tout en facilitant une reprise de la croissance économique
essentielle dans la région. Dix ans plus tard, force est de constater que ces
accords n’ont pas véritablement généré une très forte augmentation d’IDE. Or,
compte tenu de la faiblesse de l’investissement national dans ces économies, de
trop faibles flux d’IDE risquent d’être de véritables freins à l’intégration euro-
méditerranéenne tant le problème d’acquisition de la technologie et de mise en
place de canaux susceptibles de générer les plus fortes retombées en terme de
croissance se pose avec persistance.

Dans un premier temps, nous présentons quelques résultats théoriques et


empiriques sur la relation croissance et IDE (section 1). Dans un second temps,
nous examinons l’influence de la libéralisation des flux de capitaux sur la
croissance et l’importance des flux d’IDE à destination de la Tunisie et du Maroc
(section 2). Dans un troisième temps, nous étudions empiriquement l’impact des
IDE sur le processus de croissance économique et de croissance de la PTF. A cette
fin, le capital humain est mis au cœur du mécanisme en analysant son impact sur
la croissance et la manière dont il interagit avec les variables d’ouverture de ces
deux économies, en particulier l’IDE (section 3).

1. Croissance économique et IDE : mécanismes et résultats des études


empiriques

Deux débats sont au cœur de la problématique sur les IDE. Le premier a trait aux
conditions permettant d’attirer les IDE dans un pays donné. Le second débat
concerne le rôle effectivement joué par les IDE sur le processus de croissance
économique. En d’autres termes, les spillovers induisent-ils une augmentation de
la productivité totale des facteurs et de la croissance du revenu par tête ?

Le premier débat porte donc sur les conditions permettant d’attirer l’IDE. L’étude
de ces conditions n’est pas l’objet principal de ce papier qui se consacre à la
relation IDE / croissance et à la manière dont les pays d’accueil peuvent tirer
profit de la présence de firmes étrangères. Néanmoins, la connaissance de ces
conditions permet de mieux cerner la liaison croissance / IDE.

3
Ainsi, outre des éléments sur le contexte macro-économique du pays d’accueil
tels que la taille du marché local et les perspectives de croissance, les dotations
en facteurs de production, le différentiel de niveau de rémunérations entre pays
d’accueil et pays d’origine, les diverses incitations fiscales, la structure plus ou
moins concurrentielle des marchés du pays d’accueil, le niveau des
infrastructures physiques, technologiques et sanitaires (De Mello, 1997), trois
ensembles de conditions pour attirer les IDE émergent dans la littérature comme
conditions essentielles :
- le contexte politique et institutionnel. Ainsi, les travaux de Benassy-
Quéré et al. (2005) montrent l’importance de l’efficacité du secteur public
au sens large comme déterminant de l’IDE. Cette efficacité inclue
notamment le système fiscal, la facilité à créer une entreprise, l’absence
de corruption, la transparence, le droit des contrats, la sécurité du régime
de droits de propriété, l’efficacité du système juridique et la surveillance
prudentielle. En étudiant la « distance institutionnelle » entre le pays
source et le pays de destination des IDE, les auteurs montrent que les
efforts des pays en développement pour améliorer leurs institution et les
rapprocher des institutions des pays sources sont susceptibles
d’augmenter significativement les flux d’IDE. Il apparaît donc qu’en
dessous d’un certain seuil de transparence, les conditions d’exploitation
des entreprises deviennent trop opaques pour pouvoir attirer des
investisseurs. Toujours, dans le même ordre d’idée, un autre facteur clé est
celui de la cohésion sociale et de la stabilité politique du pays d’accueil.
- L’efficacité des marchés financiers. Alfaro et al. (2004) étudient les
liens entre les flux d’IDE, les marchés financiers et la croissance
économique. L’analyse empirique effectuée sur 71 pays (20 pays de
l’OCDE et 51 autres pays) entre 1975 et 1995 montrent que l’IDE a un effet
ambigu sur la croissance économique. Mais, les pays qui disposent de
marchés financiers développés et relativement efficaces bénéficient de
flux d’IDE plus conséquents et des gains de croissance significatifs induits
par ces IDE sont montrés. La priorité doit être ainsi donnée au
développement de marché de capitaux et d’instruments financiers propres
à encourager l’épargne et à assurer une répartition efficiente du crédit.
- Le niveau de capital humain : l’investissement dans l’enseignement
général et les autres formes de capital humain est essentiel pour qu’un
pays offre un climat favorable à l’IDE. Le niveau minimum diffère selon les

4
branches d’activité et est en corrélation avec les autres caractéristiques du
pays d’accueil (OCDE, 2002).

Le deuxième débat concerne le lien entre croissance économiques et IDE. Dans


un premier temps, nous proposons une revue de la littérature théorique sur ce
thème puis nous examinerons quelques résultats des études empiriques.

1.1. Croissance économique et IDE : quels liens ?

Les premières études sur la relation croissance / IDE concluaient que l’apparition
de spillovers de connaissance étaient simplement liée (dans une relation de
proportionnalité) à la présence de flux d’IDE. Elle était donc considérée comme
indépendante des comportements des firmes étrangères et domestiques et de
leurs éventuelles interactions (Koizumu & Kopecky, 1977 ; Findlay, 1978). En
somme, ces premières études étaient cohérentes avec l’approche des modèles
traditionnels de croissance économique. En effet, dans les modèles de croissance
néo-classique type Solow, l’IDE ne peut pas affecter le taux de croissance de
l’économie de long terme en raison de l’hypothèse de décroissance vers zéro du
rendement du capital (De Mello, 1997). Les économies ayant initialement un
niveau faible de capital par tête vont avoir des taux de croissance élevés lors de
la phase de dynamique transitionnelle. Dans des modèles caractérisés par
l’immobilité des facteurs de production, les taux de croissance des pays aux
niveaux technologiques comparables convergent. En cas de mobilités des
facteurs cette convergence est renforcée. Ainsi, les taux de croissance de court
terme peuvent être affectés par les IDE. Ceux-ci se traduisent par une
augmentation dans le pays d’accueil du revenu et du capital par tête. Ils
permettent ainsi d’accélérer la dynamique de transition vers l’état stationnaire.
Notons que plus conséquents sont les flux IDE reçus, plus le taux de croissance
du capital par tête aura tendance à diminuer en se rapprocher de l’état
stationnaire. A long terme, ce dernier se caractérise par la nullité des taux de
croissance des variables par tête et le taux de croissance de l’économie dépend
de deux variables exogènes : le taux de croissance démographique et le taux de
progrès technique.

L’effet précédent est un effet direct de l’IDE sur le processus de croissance au


cours de la dynamique de transition. Mais, des effets indirects des IDE peuvent
être observés (De Mello, 1997). Ces effets indirects peuvent être mieux

5
appréhendés au travers des modèles de croissance endogène. En effet, les
théories de la croissance endogène ont permis de lever l’hypothèse de
rendements décroissants du capital et mis l’accent sur le rôle central de
l’accumulation et de la diffusion de la technologie (Lucas, 1988). Ces études
permettent donc d’analyser sous un angle nouveau la relation croissance / IDE.
Une croissance auto- entretenue peut être induite par la diffusion des idées et
l’existence d’externalités technologiques et de connaissance créées par les
interactions entre agents économiques au sein des processus de production. Ces
théories font également une plus large place à l’examen des causalités
(substituabilité versus complémentarité) entre des variables influençant
simultanément la capacité d’accumulation du capital physique et du capital
humain, la capacité à générer des changements technologiques et/ou à améliorer
l’efficacité des différents facteurs de production. Etant donné que les externalités
technologiques sont dépendantes du stade de développement atteint par le pays
receveur, l’analyse des impacts de l’IDE sur la croissance peut alors se
positionner dans des cadres différents, les conclusions devenant conditionnelles
à l’état socio-économique du pays hôte.

Dans ce cadre d’analyse, de nombreux travaux (Borensztein et al., 1998 ;


Berthélemy & Demurger, 2000 ; Baldwin et al. 2005) montrent que les IDE
peuvent contribuer significativement à l’accroissement du stock de
connaissances dans le pays d’accueil et donc du taux de croissance. Cette
amélioration provient notamment de l’interdépendance de plusieurs mécanismes
:
- de la fourniture par les FMN de nouveaux biens d’équipement qui se
traduit par l’augmentation de la variété des biens intermédiaires en tant
qu’inputs innovants (Feenstra & Markusen, 1994). Des modèles récents ont
montré l’effet en dynamique sur la productivité du pays d’accueil de
hausse de la demande et de l’offre de biens intermédiaires (Markusen &
Venables, 1999). Ainsi, grâce aux IDE, les firmes locales qui peuvent
bénéficier des nouveaux biens intermédiaires plus efficaces vont améliorer
leur efficacité technique et leur niveau de spécialisation.
- de l’utilisation au sein des FMN de nouveaux procédés de production
(nouvelles technologies) supposés induire des spillovers technologiques
dans les firmes domestiques par des processus d’imitation. Ces processus
peuvent théoriquement passer par les liens verticaux entre les

6
fournisseurs ou les acquéreurs des biens dans les pays d’accueil des IDE et
les liens horizontaux avec des entreprises concurrentes ou
complémentaires (sous-traitance) de la même branche industrielle. Ces
liens entre FMN et producteurs locaux peuvent prendre la forme
d’assistance technique notamment pour atteindre des objectifs de qualité,
assistance dans l’achat des matières premières, plan de formation des
employés et des cadres,… Ces spillovers ont donc lieu à un niveau intra-
industrie. Néanmoins, les FMN vont tenter de limiter au maximum les
risques d’imitation de leur technologie par les firmes locales. En particulier,
dans les pays d’accueil où le régime de droit de propriété intellectuelle est
jugé déficient et lorsque les FMN ont opté pour une stratégie de conquête
du marché local, les choix d’organisation industrielle des FMN vont
normalement permettre de limiter ce type spillovers intra-industrie (choix
de localisation, versement de salaires d’efficience,…). Les modèles dans la
littérature (Kugler, 2006) indiquent que suite à des IDE les externalités de
connaissance positives inter-industrie bénéficiant aux producteurs du pays
d'accueil sont beaucoup plus probables que des spillovers intra-industrie.
En effet, pour les FMN, les spillovers technologiques peuvent représenter
un avantage quand ils se diffusent dans les autres branches de l’industrie
mais une perte quand ils se diffusent dans la branche d’activité de la
filiale. Par conséquent, l’organisation industrielle des filiales étrangères va
en général faire en sorte de minimiser les spillovers horizontaux (intra-
industrie) afin que les concurrents ne puissent s’approprier les nouvelles
connaissances. Elle vise en outre à diffuser les spillovers verticaux vers les
secteurs complémentaires (inter-industrie).
- la mobilité du personnel dans le pays d’accueil : la mise en place par les
FMN dans le cadre des IDE d’un savoir faire managérial va induire une
amélioration du niveau de qualification soit par le développement de plan
de formation interne à destination des cadres et opérateurs locaux, soit
par une formation par l’apprentissage (learning by doing) des travailleurs
locaux au sein des filiales étrangères.

Différents modèles de croissance endogène visant à intégrer les mécanismes ci-


dessus ont été développés (Borensztein et al., 1998 ; Bengoa & Sanchez-Robles,
2003a). Parmi tous ces modèles de croissance endogène intégrant les IDE, celui
de Berthélemy & Démurger (2000) qui prend comme base le modèle de Romer

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(1990) et plusieurs éléments de Borentsztein et al. (1998) permet de synthétiser
bon nombre de résultats. Berthélemy & Démurger construisent un modèle à trois
facteurs de production : le travail non qualifié, le travail qualifié et un ensemble
de biens intermédiaires. Le secteur de la production est divisé en deux sous-
secteurs : celui de la production du bien final et celui de la production des biens
intermédiaires (différenciés) utilisés pour la production du bien final. Pour
modéliser l’endogénéité du processus de croissance, les deux auteurs scindent le
secteur de production des biens intermédiaires entre deux types de firmes :
celles disposant d’une technologie avancée et relevant des flux d’IDE et celles
disposant d’un niveau technologique plus faible. L’impact de IDE sur les firmes et
l’économie domestique se fait au travers de deux mécanismes :
- un effet d’extension par lequel l’IDE contribue à la croissance du secteur
intermédiaire et ainsi à une spécialisation accrue des producteurs d’inputs.
- Un effet spillover (externalités de connaissance) par lequel les
entreprises domestiques peuvent profiter au moins en partie des
connaissances accumulées dans les entreprises étrangères.
Berthélemy et Démurger (2000) montrent alors que le taux de croissance de
l’économie à l’équilibre stationnaire dépend du niveau de capital humain (avec
un seuil minimal sinon l’économie tombe dans une trappe de pauvreté) et du rôle
joué par les IDE via le différentiel de niveau technologique au sein du secteur
intermédiaire. Il s’avère que plus l’écart technologique est fort plus le taux de
croissance sera faible. Ainsi, si la technologie des firmes étrangères est trop en
avance par rapport à la technologie locale, le pays risque de ne pas profiter des
IDE. Par conséquent, il est préférable, d’une part, de favoriser les IDE qui
s’intègrent dans l’économie locale comme par exemple des joint-ventures et,
d’autre part, les IDE avec une technologie proche de la technologie locale car les
processus d’adoption et d’imitation seront plus aisés3.
Cette question de l’écart technologique entre filiales étrangères et firmes
domestiques est cruciale. Cet écart va dépendre en particulier du niveau de
capital humain qui apparaît comme un déterminant essentiel dans ce canal de
transmission dans la mesure où il détermine la capacité d’absorption des
innovations managériales et des technologies introduites. Ainsi, les
investissements dans le système éducatif et les autres formes de capital humain

3
Les auteurs montrent également que les flux d’IDE seront d’autant plus élevés que l’écart
technologique est important. Ainsi, un résultat pour le moins ambigu quant à la politique
économique à suivre est déterminé : la différence entre les technologies attirent les IDE mais l’effet
positif des IDE sur la croissance est d’autant plus fort que l’écart technologique est faible.

8
apparaissent comme une condition pour attirer les IDE et dans un second temps
pour exploiter localement les retombées de la présence d’entreprises étrangères.

Notons enfin que l’impact sur la croissance des IDE via les spillovers de
connaissance va dépendre fortement des stratégies des FMN. Dans le cas où la
FMN suit une stratégie multidomestique, c’est le choix de la proximité avec les
consommateurs locaux qui est privilégié : il s’agit alors de produire pour le
marché d’implantation en créant des filiales visant à satisfaire la demande locale.
Ce type d’IDE peu avoir des effets positifs sur la croissance économique dans le
sens où l’implantation de filiales étrangères dans le pays d’accueil se traduit par
un renforcement des processus concurrentiels et donc d’une amélioration dans
l’allocation des ressources. Il s’agit alors ici pour l’économie domestique de
profiter au maximum de l’effet d’extension mis en évidence dans les modèles de
Borentsztein et al. (1998) ou Berthélemy & Demurger (2000). Néanmoins, cette
stratégie peu également induire à court terme la faillite des entreprises
domestiques qui ne peuvent rivaliser avec les filiales des FMN (Aitken & Harrison,
1999). Dans le cas où la FMN suit une stratégie verticale visant à la minimisation
de ses coûts totaux de production, la filiale dans le pays d’accueil de l’IDE va se
spécialiser dans un segment de la chaîne de valeur (fabrication de composants,
assemblage,…). La production est alors destinée à l’exportation. Dans une telle
stratégie, les FMN recherche l’obtention d’une compétitivité-prix aussi bien dans
les secteurs industriels traditionnels (habillement, chaussures, jouets,…) que
dans des activités de services informatiques, financiers et des technologie de
l’information (centre d’appel,…) voire dans des activités nécessitant des
processus technologiques plus avancés. Dans ce cadre, la possibilité de spillovers
technologiques et de connaissances peut apparaître pour le pays hôte des IDE
sous conditions que l’écart technologique entre filiales et firmes domestiques ne
soit pas trop conséquent et d’un niveau minimum de capital humain.

1.2. Synthèse sur quelques travaux empiriques.

Il n’y a pas de consensus dans les études empiriques sur la relation croissance /
IDE. Ainsi, un certain nombre d’études empiriques ont mis en évidence des
équations de croissance dans lesquelles le coefficient de la variable IDE est
rarement positif et significatif. Il l’est généralement d’autant moins lorsque la
variable est incluse dans l’équation parallèlement aux taux d’investissement. Le
seul résultat relativement clair qui émerge des différentes études est que les

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effets plus ou moins positifs sur l’économie du pays d’accueil des IDE dépendent
de facteurs spécifiques : l’écart technologique entre les activités des entreprises
étrangères et celle des firmes domestiques, l’étendue des liens verticaux entre
les filiales des FMN et les firmes locales, l’intensité des processus concurrentiel
dans les secteurs d’activités, la proximité géographique entre les firmes
étrangères et domestiques et le niveau et la mobilité du capital humain.

Ainsi, un certain nombre d’études empiriques ont mis en évidence un lien positif
entre croissance et IDE. Par exemple, De Gregorio (1992), en travaillant sur un
panel de 12 pays d’Amérique latine entre 1950 et 1985 trouve une relation
significative et positive entre les investissements directs et la croissance. Il note
en outre que l’impact des IDE est trois fois plus important que celui de
l’investissement domestique. Néanmoins, la plupart des études qui trouvent un
effet positif des IDE sur la croissance insistent également sur le problème de
l’écart technologique. Par exemple, Bouoiyour (2003a) estime l’intervalle optimal
de cet écart entre 1 et 2 dans le cas des industries manufacturières marocaines.
Ainsi, pour que l’IDE ait un effet positif sur la croissance, l’avance technologique
des firmes étrangères par rapport aux firmes marocaines doit être supérieure à 1
et inférieure à 2. Au niveau sectoriel, l’impact des IDE sur la productivité des
firmes locales varie selon les secteurs : c’est dans les secteurs à basse
technologie que les externalités se produisent le plus fréquemment (Bouoiyour,
2003b)
Blomström et al. (1992) confirment partiellement ce lien positif entre IDE et
croissance en utilisant un échantillon de 78 pays en développement, mais en
travaillant avec des données en coupe transversale. Ces auteurs démontrent que
l’effet de l’IDE sur la croissance peut être positif mais qu’il dépend du stock de
capital humain disponible dans le pays hôte. Dans le cas où ce stock est d’un
faible niveau, l’impact de l’IDE sur la croissance peut s’avérer négatif. Ceci
confirme l’idée que les technologies véhiculées par les IDE ne peuvent avoir un
effet positif sur la croissance du pays d’accueil que lorsque l’interaction entre
l’IDE et le capital humain a eu lieu. L’interaction entre l’IDE et le niveau de capital
humain comme condition d’un effet positif de l’IDE sur la croissance est
confirmée par Bronstein et al. (1998) qui montrent que l’IDE n’a d’impact positif
que si le niveau de scolarisation de la population dépasse un certain seuil. De
même, Borensztein et al. (1995) font apparaître une influence positive des IDE
sur le taux de croissance et la productivité dans une analyse de régression

10
transversale sur un échantillon de 69 pays en développement. Le résultat
suggère que les IDE constituent un socle important de transfert de technologie, à
condition toutefois que le pays hôte possède un niveau minimum de capital
humain, ce qui assure l’absorption de la technologie étrangère.

D’autre études ont été menées pour analyser la relation IDE / croissance lorsque
les pays mettent en œuvre des politiques de libéralisation et d’ajustement
structurel. Ainsi, Balasubramayam et al. (1996) utilisent une analyse en coupe
instantanée sur 46 pays. Ils concluent que les flux d’IDE agissent d’autant plus
sur la croissance que les pays ont mis en oeuvre des politiques de libéralisation
des échanges et de stabilisation macro-économique. Ce résultat est confirmé par
Blomström & Kokko (1997) et par Bengoa & Sanchez-Robles (2003). Ces derniers
auteurs étudient le lien entre la liberté économique, l’IDE et la croissance
économique sur la base d’une étude de panel d’un échantillon de 18 pays
d’Amérique Latine pour la période 1970-1999. Leur résultat montre que la liberté
économique du pays d’accueil est à la fois une condition pour attirer les IDE et
pour que ceux-ci se traduisent par une amélioration de la croissance
économique.
En somme, nombres d’études mettent en évidence un effet positif de l’IDE sur la
croissance lorsque la variable est associée soit au niveau de capital humain, soit
au degré de développement du secteur financier, soit au degré de
développement des infrastructures ou encore au degré d’ouverture commerciale.
Ces résultats suggèrent que les IDE peuvent exercer un effet efficacité lorsque
certaines conditions favorables sont réunies.

Malgré ces séries d’études concluant à un lien positif (sous condition) entre
croissance et IDE, d’autres études toute aussi nombreuses aboutissent à des
résultats beaucoup plus mitigés. Ainsi, Saltz (1992) avance l’idée que l’IDE se
traduit dans les pays en développement par une réallocation du capital des
industries intensives en travail vers des industries intensives en capital créant
alors une perte nette d’emploi et par la suite une diminution de la demande
intérieure.

Même si les travaux de De Mello (1999) mettent en évidence une


complémentarité entre les investissements directs étrangers et les
investissements domestiques, des études plus récentes ont montré qu’il peut

11
exister un effet d’éviction dans certains pays. La question de savoir dans quelle
mesure l’IDE peut évincer ou exercer un effet d’entraînement sur
l’investissement des firmes du pays d’accueil a été au cœur de nombreux
travaux (Bronstein et al., 1998). Certains auteurs montrent que la présence de
firmes étrangères via les IDE décourage les firmes locales à développer leurs
propres activités de R&D et donc tend à diminuer l’investissement domestique.
Cet effet d’éviction dépend de la stratégie suivie par les FMN selon qu’il s’agisse
d’une stratégie multi-domestique (horizontale) visant à la couverture du marché
d’implantation ou d’une stratégie verticale visant à l’implantation de filiales
ateliers (Markusen & Venables, 1999). Dès lors peut apparaître un effet négatif de
l’IDE sur la croissance en raison de l’effet de domination exercé par les firmes
étrangères (Brewer, 1991). Agosin et Mayer (2000) ont montré que dans le cas
de certains pays (Centrafrique, Nigeria, Zimbabwe) on assiste a un effet
d’éviction (crowding out), alors qu’on observe un effet d’entraînement (crowding
in) au Ghana, en Côte d’Ivoire et au Sénégal. Cet effet est neutre au Gabon, au
Niger, en Tunisie et au Maroc. Enfin cet effet est neutre ou d’éviction selon les
pays en Amérique Latine et neutre4 ou d’entraînement5 en Asie. Dans des études
sur des pays pris individuellement, le sens de la relation IDE - investissements
intérieurs n’est pas toujours systématique. Kokko (1994) a mis en évidence dans
le cas du Mexique, la présence d’un effet d’éviction. Notons que pour ce pays
Agosin et Mayer (2000) concluent plutôt à une relation neutre. L’effet d’éviction
sera également confirmé dans le cas de l’Uruguay par Blomström et al. (1994) et
en Indonésie par Sjoholm (1999).
Bosworth et Collins (1999), en utilisant l’approche en panel sur 58 pays entre
1978-95, montrent qu’il n’existe ni d’effet d’éviction, ni d’effet de
complémentarité causés par les investissements directs étrangers sur les
investissements domestiques. Enfin, les travaux de Bouoiyour et Toufik (2003) et
Bouoiyour (2004) identifient pour la période 1987-1996 des effets positifs de la
présence d’IDE dans les industries manufacturières marocaines sur la
productivité là où Haddad et Harrison (1993) soulignent que les effets externes
ne sont pas significatifs sur la période 1985-1989.
L’absence de consensus est confirmée par d’autres études micro-économiques.
Aitken et Harrison (1999) montrent pour un échantillon de 4 000 firmes du
Venezuela entre 1976 et 1989 que l’IDE affecte négativement la productivité des
firmes domestiques appartenant à la même branche que les firmes recevant
4
Chine, Malaisie, Indonésie, Philippine et Sri Lanka
5
Corée, Pakistan, Thailande

12
l’IDE. Ils concluent à l’inexistence des spillovers technologiques issus de l’IDE
vers les firmes domestiques. Le seul canal de diffusion technologique serait celui
des joint-ventures.
Le tableau ci-dessous synthétise les résultats d’un certain nombre d’études.

Auteurs Pays Date Données Résulta


t
1 Blomström & Persson Mexique 1970 Coupes Industrie +
(1983) transversales
2 Blomström (1986) Mexique 1970/197 Coupes Industrie +
5 transversales
3 Blomström & Wolff Mexique 1970/197 Coupes Industrie +
(1994) 5 transversales
4 Kokko (1994) Mexique 1970 Coupes Industrie +
transversales
5 Kokko (1996) Mexique 1970 Coupes Industrie +
transversales
6 Haddad & Harison Maroc 1985- Panel Firmes & ?
(1993) 1989 ind.
7 Bouoiyour et Toufik Maroc 1987- Panel Industrie +
(2003) 1996
8 Bouoiyour (2004) Maroc 1987- Panel Industrie +
1996
9 Kokko et al. (1996) Uruguay 1990 Coupes Firmes +
transversales
10 Blomström et Sjöholm Indonésie 1991 Coupes Firmes +
(1999) transversales
11 Sjöholm (1999, a ) Indonésie 1980-91 Coupes Firmes +
transversales
12 Sjöholm (1999, b) Indonésie 1980-91 Coupes Firmes +
transversales
13 Chuang & Lin (1999) Taiwan 1991 Coupes Firmes +
transversales
14 Aitken & Harrison (1999) Venezuel 1976-89 Panel Firmes -
a
15 Kathuria (2000) Inde 1976-89 Panel Firmes ?
16 Kokko & al. (2001) Uruguay 1998 Coupes Firmes ?
transversales
17 Kugler (2001) Colombie 1974-98 Panel Industrie ?
18 Berthélemy & Demurger Chine 1985- Panel Industrie +
1996
D’après Veneratti & Venables (2004)

Dans la suite du papier, nous tentons de clarifier ce débat en examinant dans


quelle mesure l’information temporelle disponible pour le Maroc [1960-2003] et la
Tunisie [1960-2003] permet de vérifier la contribution des politiques d’ouverture
internationale (commerciale et IDE) et d’éducation sur la croissance du PIB et de

13
la productivité totale des facteurs. Auparavant, nous présentons quelques
données sur l’évolution des flux d’IDE en Tunisie et au Maroc.

2. IDE en Tunisie et au Maroc.

L’IDE représente aujourd’hui pour ces deux pays une des principales sources
stables et fiables de financement de long terme. Contrairement à la baisse des
flux de capitaux au titre de l’aide publique au développement, les dernières
années ont enregistré une intensification relative des flux d’IDE. Les principaux
facteurs de croissance des IDE sont les opérations de fusion – acquisition, les
privatisations et les firmes multinationales qui cherchent à diversifier leurs sites
de production pour réduire leurs coûts totaux et augmenter leur part de marché
mondial. Les données ci-dessous (tableau n°2) présentent succinctement les
évolutions des IDE en Tunisie puis au Maroc. Ils intègrent les trois sources
précédentes à l’origine des flux d’IDE.

Tableau n°2 - Evolution des flux d’IDE (en millions de dollars US)
1990-1995 1996-2000
(moyenne (moyenne 2000 2001 2002 2003 2004
annuelle) annuelle)
Tunisi
408 506.2 752 457 821 584 639
e
Maroc 428 564 423 2808 481 2314 853
Source : Banque Mondiale (2005), Note de synthèse - Finance internationale

2.1. Evolutions des IDE en Tunisie

La dynamique d’insertion de la Tunisie à l’économie internationale s’est mise en


place dès les années soixante-dix6 suite à une évolution de la législation
concernant les IDE7 et la mise en place progressive d’incitations fiscales,
notamment la prise en charge totale ou partielle par l’Etat des cotisations
sociales pour une durée de 5 ans. Avec l’adoption du Plan d’Ajustement
Structurel (P.A.S.) en 1986, la libéralisation de l’économie tunisienne s’est
largement accrue : liberté des prix, programme de privatisation, ouverture aux
échanges, convertibilité de la monnaie et liberté de mouvement de capitaux.
Depuis la mise en place du PAS, d’autres mesures ont été décidées :
- création de zones franches en 1992 ;
- code des incitations aux investissements en 1994 ;

6
Par exemple, notons l’accord de 1969 instaurant un régime d’échanges préférentiels entre la
Tunisie et l’Union Européenne d’une durée de 5 ans suivi d’un accord de coopération en avril 1976.
7
Loi n° 72-38 de 1972, par exemple.

14
- intégration à l’OMC et adhésion à divers traités multilatéraux comme par
exemple l’accord d’association avec l’UE signé en juillet 1995.

Tableau n° 3 - Indicateurs IDE en Tunisie (1994 – 2004)


1 1 1 1 1 1 2 2 2 2 2
994 995 996 997 998 999 000 001 002 003 004
IDE/PIB (en %) 3.4 1.8 1.4 1.9 3.4 1.8 4 2.4 3.9 2.4 2.3
IDE / FBCF (%) 12.7 7.6 6.2 7.8 13.6 7 15.2 9.3 15.4 10.1 10.2
IDE / Entrées de capitaux 20.6 13.5 11.3 14.7 31.5 14.8 28.7 18.8 27.8 21.6 18.7
extérieurs
Source : Rapports annuels Banque Centrale de Tunisie.

Les réformes de libéralisation interne et de libéralisation externe ont induit des


évolutions dans les flux d’IDE. Ainsi, le mouvement d’IDE va connaître une forte
croissance à partir du début des années soixante-dix suivi d’une légère
décélération à la fin de cette décennie et d’un mouvement de reprise dès le
début des années quatre-vingts (Zouari & Sboui, 2004). Cette dernière
accélération dans les flux d’IDE s’explique en partie par la dynamique de
l’industrie textile. A compter du milieu des années quatre-vingts, les mouvements
dans les flux d’IDE seront beaucoup plus irréguliers. Au cours de deux périodes,
des hausses significatives auront lieu : en 1991 – 1992 tout d’abord en raison
d’investissements spécifiques dans la prospection pétrolière et le domaine gazier
puis en 2000 en raison de l’accroissement des investissements bénéficiant au
secteur des industries manufacturières (privatisation de deux cimenteries
acquises par des promoteurs portugais et italiens).

Bien que dotée d’un cadre administratif et législatif relativement favorable à


l’accueil de l’IDE, la Tunisie n’en reçoit qu’une part modeste. Ainsi, les records de
la part de la Tunisie dans les IDE mondiaux et celle dans les investissements des
PVD n’ont guère dépassé les valeurs respectives de 1,1% et de 3,2% enregistrées
en 1982. Par ailleurs, la part des IDE dans le PIB reste faible avec un taux moyen
de 2,5% pour la période 1994-2001. Les flux cumulés par la Tunisie demeurent
faibles comparativement aux pays du Sud-est asiatique.
La structure de l’IDE en Tunisie, caractérisée par une double concentration aussi
bien géographique que sectorielle, permet d’expliquer cette tendance.
Géographiquement, les entrées de capitaux sont essentiellement d’origine
européenne, avec une progression constante de la France et de la Grande
Bretagne, l’émergence de l’Italie, et la dégradation de la part des Pays-Bas et de
l’Espagne. Les pays arabes (notamment ceux du Golfe) occupent la deuxième

15
place. La part des Etats-Unis reste modeste et irrégulière. Au niveau sectoriel,
après avoir été l’un des premiers secteurs à attirer les IDE, depuis 1994, les
hydrocarbures sont en régression faute d’importantes potentialités en réserves.
Le reste de l’IDE est orienté vers les services (tourisme et immobiliers) et dans
une moindre mesure vers les industries manufacturières, forme recherchée d’IDE.

2.2. Evolutions des IDE au Maroc et facteurs institutionnels

Le cadre macro-économique du Maroc relativement bien maîtrisé par les


autorités publiques (en terme de croissance, d’inflation et de dette extérieure)
depuis deux décennies font que ce pays reçoit une assez bonne notation en
terme de risque-pays par les agences de notations. Ainsi, s’appuyant
essentiellement sur le programme national de privatisations lancé en 1993, le
Maroc a attiré au cours des dernières années un flux relativement conséquent et
en augmentation de capitaux étrangers (Bouoiyour, 2004). La contribution des
IDE à la formation brute de capital fixe (FBCF) s’est ainsi sensiblement améliorée,
passant d’une moyenne annuelle de 5% entre 1990 et 1995 à 17,6% entre 1999
et 2004. Les flux d’IDE varient toutefois fortement d’une année sur l’autre en
raison des difficultés du Maroc à développer une dynamique indépendante des
opérations de privatisation. A moyen terme, le tarissement progressif des
privatisations pourrait donc entraîner une baisse des flux d’IDE. Ainsi, les recettes
des investissements étrangers se sont établies selon l’Office des changes à 1,6
milliard de dollars en 2004, soit un recul de 41,8% par rapport à 2003, année
marquée par la cession de 80% du capital de la Régie des Tabacs. Au total, les
recettes des investissements étrangers ont contribué en 2004 à 3,2% du PIB et
13% de la FBCF contre respectivement 5,7% et 24,3% en 2003.

Les augmentations constatées dans les flux d’IDE ont été notamment permises
par la dynamique d’insertion à l’économie mondiale initiée au tournant des
années quatre-vingt dix. Ainsi, la convertibilité du Dirham pour le commerce
courant date de 1993 et le pays est devenu membre du GATT en 1987. En 1996,
un accord d’association a été conclu avec l’Union européenne. Entré en vigueur
en 2000, il a pour objectif l’instauration d’une zone de libre-échange à l’horizon
2012. Un accord de libre-échange a également été signé en juin 2004 avec les
Etats-Unis et devrait entrer en vigueur en 2006. Par ailleurs, le Maroc négocie
plusieurs accords commerciaux « Sud-Sud ». Un accord de libre-échange avec la
Jordanie, l’Egypte et la Tunisie a ainsi été signé en février 2004. De même, un

16
accord de libre-échange a été signé avec la Turquie en avril 2004. De plus, le
Maroc a mis en place des mesures incitatives pour attirer les flux d’IDE telles
que :
- le programme d’ajustement structurel adopté en 1983 ;
- le processus de privatisation lancé en 1989 mais dont le véritable
démarrage date de 1993. Ce processus reconduit en 1998-1999 a porté
entre 1993 et 2002 sur 62 entités représentant 40,5 Mds€.
- la Charte de l’investissement, promulguée le 8 novembre 1995 (en
remplacement du code des investissements de 1983) qui comporte des
mesures visant à réduire le coût de l’investissement et permet le libre
transfert des capitaux étrangers investis et des plus-values réalisées. La
Charte prévoit également la création de zone franche ;
- la création en 2002 des Centres régionaux d’investissement au nombre de
16. Ils sont destinés à fournir une aide à la création d’entreprises ainsi que
des aides aux investissements et la promotion des régions auprès des
investisseurs. Ces centres visent à faire de la région l’espace de promotion
de l’investissement national et international.

Historiquement, en raison de coûts du travail relativement bas, les industries


manufacturières sont le premier poste d’investissement. En effet, le Maroc a
prioritairement tenté de se spécialiser dans l’accueil des IDE liés aux activités de
sous-traitance dans les secteur du textile/habillement et de la construction
électrique et électronique voire de l’automobile. A l’heure actuelle, de plus en
plus de flux d’IDE se dirigent vers les activités de service (centre d’appel en
particulier avec plus d’une soixantaine de centre d’appel) et de tourisme en
raison de sa proximité avec l’UE.

3. IDE, capital hum ain et croissance : analyse dans les cas marocain
& tunisien.

La première partie de l'analyse empirique porte sur la période 1960-2003 pour le


Maroc et la Tunisie8. L'objectif est de déterminer des relations de causalité de
court et de long termes au sens de Granger entre le PIB, le capital humain et les
flux d’IDE. Trois méthodes différentes sont considérées : les tests de causalité, les
tests de cointégration et le modèle à correction d'erreurs. Une deuxième partie

8
Le choix des périodes est dicté par la disponibilité des données. Les données relatives aux taux
d'inscription proviennent des annuaires de l'UNESCO. Celles relatives au PIB, aux exportations et
aux importations sont issues des Statistiques Financières Internationales du FMI.

17
dans l’analyse empirique propose une évaluation de l’impact des IDE, de
l’ouverture commerciale et d’une proxy du capital humain sur la croissance de la
productivité totale des facteurs.

3.1. Liens IDE et croissance selon les niveaux de capital humain


mesurés par les taux de scolarisation

3.1.1. Les variables


Les variables utilisées sont (sous forme logarithmique) :
- LPIB : PIB ;
- LIDE : flux d’IDE ;
- LTxScol : taux de scolarisation global de la population en âge d'être
scolarisée ;
- : taux de scolarisation dans le primaire ;
LTxScol1
- : taux de scolarisation dans le secondaire ;
LTxScol2
- : taux de scolarisation dans le supérieur.
LTxScol3

L'analyse procède d'abord par la spécification des propriétés des séries


temporelles d'ouverture aux IDE et d'éducation au Maroc et en Tunisie. Ce
traitement statistique est effectué avant le passage à la formalisation des
ajustements intertemporels et la détermination de la croissance du PIB par
rapport aux variables de long terme. A cet effet, nous procédons à l'étude de la
stationnarité des séries étudiées. L'ordre d'intégration des séries va nous
permettre de rendre compte des niveaux de stationnarité des variables. Cette
première étape sert à l'estimation des relations de cointégration sur des variables
de même ordre. Elle permet, dans un second temps, en intégrant la spécification
de relations cointégrantes, d'étudier les liens de causalité entre les variables à
travers la détermination de modèles à correction d'erreurs.

3.1.2. Étude de la stationnarité des séries


L’absence de consensus sur la relation croissance / IDE et sur le rôle des IDE en
tant que catalyseur de la croissance est inhérent aux difficultés qui résultent des
facteurs spécifiques : stock technologique à disposition des pays, stock minimum
de capital humain, cadre institutionnel et régime politique, marché financiers.
Cette hétérogénéité des sentiers de croissance des économies entraîne des biais
d’endogénéité et des biais de simultanéité quant à l’appréciation du potentiel de
causalité bi-directionnelle spécifique à chaque pays. La prise en compte de
variables dépendantes et explicatives ayant des propriétés temporelles

18
différentes accroît le risque de résultats fallacieux dans les estimations (Greene,
1997).
Face à ces difficultés, nous utilisons le test mis au point par Dickey-Fuller (1979)
dans sa version initiale, DF, et dans sa version augmentée, ADF (corrigeant les
problèmes d'auto corrélation des erreurs) pour s’assurer de la stationnarité des
séries en flux et des variables de stocks utilisées. Nous présentons les résultats
des tests en envisageant un nombre de retards optimal déterminé par le critère
de Schwartz (BIC)9.
Les résultats sont consignés dans le tableau n° 1 de l'annexe 1. Ils montrent, en
comparant les valeurs calculées de la statistique F à la valeur critique au seuil de
1 % correspondant au nombre d'observations (égal à 44 dans les cas marocain et
tunisien), que l'hypothèse de nullité de la racine unitaire n'est pas rejetée
puisque aucune des variables considérées ne suit de processus intégré d'ordre 0.
La série n'étant pas stationnaire, nous avons procédé à la différenciation
première et réalisé le même test sur la nouvelle série. Les résultats montrent que
l'hypothèse de nullité de la racine unitaire est à présent rejetée et donc que
toutes les séries différenciées se révèlent être stationnaires. Les tests de
stationnarité permettent donc de retenir l'ensemble des variables pour
d'éventuelles relations de cointégration.

3.1.3. Étude des relations de cointégration


Dans la continuité des travaux d’Arestis & Demetriades (1997), nous optons pour
l’approche de cointégration pour analyser le rôle des flux d’IDE et du capital
humain dans un contexte d’un pays pris individuellement. Disposant de variables
intégrées d'ordre 1, il s'agit d'identifier des relations d'équilibre de long terme à
partir de l'estimation de relations cointégrantes liant le taux de croissance du PIB
aux variables IDE et éducation.

Nous avons consigné dans un premier temps les résultats du test de


cointégration de Johansen (1995) sur les variables LPIB, LIDE & LTxScol (tableau
n°2 de l’annexe 1). Les résultats montrent l’existence d’une relation de
cointégration dans le cas du Maroc et de la Tunisie. Dans le cas marocain, le test
de la trace fait apparaître une seule relation de cointégration alors que le test de
la valeur propre maximum donne deux relations. Nous retenons donc une relation
de cointégration pour ce pays. Dans le cas tunisien, les deux tests font apparaître
une unique relation de cointégration. Ainsi, l’interaction IDE / capital humain
9
L'utilisation du critère de AIC ne modifie pas nos résultats.

19
semble avoir un impact positif sur la croissance mais pour autant celui-ci ne
semble pas apparaître comme très significatif en tant que déterminant majeur de
l’augmentation du PIB. L’existence de relations de long terme entre le capital
humain, l’ouverture aux IDE et la croissance dans ces deux pays va nous
permettre d’introduire le terme d’erreur de ces relations de cointégration dans les
estimations des relations de causalité à la Granger (tableau 6 de l’annexe 1).

Pour affiner l’analyse, la population en âge d'être scolarisée est décomposée


selon les niveaux d'éducation primaire, secondaire et supérieure. L'idée sous-
jacente à cette décomposition est de savoir quel est le capital humain qui semble
agir le plus nettement sur la croissance économique en interaction avec l’IDE.

Les résultats consignés dans le tableau n° 3 (annexe 1) relatifs au niveau


d'éducation primaire pour les deux pays indiquent, quel que soit le test adopté,
dans le cas marocain une seule relation de cointégration et deux relations dans le
cas tunisien. C’est bien la variable de capital humain de type primaire qui semble
générer le plus de relations de causalité de court et de long terme au sein des
deux économies. D’après le tableau 7 (annexe 1) le terme d'erreur retardé ct-1
révèle que la relation de long terme des IDE et du capital humain de niveau
primaire vers le PIB est également présente. Il montre en outre la présence de
relations de long terme du taux de croissance vers les IDE dans le cas de la
Tunisie et des IDE vers le capital humain de niveau primaire dans le cas du Maroc.

Les résultats du tableau n° 4 (annexe 1) relatifs au niveau d'éducation secondaire


montrent deux relations de cointégration dans le cas tunisien et une dans le cas
marocain quel que soit le test adopté. Ce résultat semble souligner que la
croissance tunisienne est plus sensible à l’investissement en capital humain
secondaire qu’au Maroc. Ce résultat est confirmé par les régressions [1] et [5] du
tableau n° 8 puisque nous remarquons que lorsque nous combinons des relations
de court et de long terme dans les tests joints la variable de taux de scolarisation
du second degré semble jouer un rôle plus prononcé en Tunisie qu’au Maroc.

Les résultats du tableau n° 5 (annexe 1) relatifs au capital humain de troisième


degré indiquent que le niveau d'éducation post-secondaire semble ne pas jouer
un rôle différencié pour les deux économies. Ils montrent en effet l'existence de
deux relations cointégrantes au sein des deux pays. Le tableau n°9 (annexe 1)

20
permet enfin de souligner la sensibilité des régressions à la variable de taux de
scolarisation choisie. Ici encore les régressions mises en évidence ne permettent
pas de souligner de relations de long terme entre le capital humain de niveau
supérieur, le taux de croissance et les IDE au cours des quatre dernières
décennies. De même, nous dénombrons peu de relations de court terme sauf à
considérer le terme d’erreur (régressions [3] et [6], tableau 9).

Les résultats des tableaux 2, 3, 4 & 5 appuient l’idée que les deux pays ont mis
en place des mesures de politique économique d’ouverture aux IDE relativement
proches mais que les politiques éducatives semblent quant à elles jouer un rôle
différent dans les interactions qui peuvent exister entre les IDE et le stock de
capital humain. Ainsi, la relation entre la croissance et le capital humain semble
plus significative dans le cas tunisien par rapport au cas marocain.

3.1.4. Modèles à correction d’erreurs


Les résultats issus des relations de cointégration entre le taux de croissance du
PIB, les flux d’IDE et les taux de scolarisation nous permettent d'obtenir les
équations de long terme pour chacune des économies. Les modèles estimés à
correction d'erreurs (ECM) se présentent comme suit :

21
Dans le cas du Maroc :
(1) LogPIB = -1.057 + 0.094LogIDE + 1.434LogTxScol
(2) LogPIB = -2.215 +0.104LogIDE + 1.503LogTxScol1
(3) Log PIB = 1.594 + 0.055LogIDE + 0.825LogTxScol2
(4) Log PIB = 3.559 + 0.093LogIDE + 0.396LogTxScol3

Dans le cas de la Tunisie :


(5) LogPIB = -3.013 + 0.005LogIDE + 1.806LogTxScol
(6) LogPIB = -2.93 + 0.135LogIDE + 1.462LogTxScol1
(7) LogPIB = 1.505 + 0.022LogIDE + 1.419LogTxScol2
(8) LogPIB = 6.065 + 0.105LogIDE + 1.13LogTxScol3

Les résultats montrent un effet peu significatif de l'évolution des flux d’IDE et des
taux de scolarisation sur la croissance économique du Maroc et de la Tunisie. Les
équations de long terme pour chacune des deux économies démontrent un effet
faible sur le développement économique de l’IDE en interaction avec le capital
humain. Cette conclusion semble robuste puisqu’elle est confirmée avec
l’ensemble des variables de stocks de capital humain différenciés selon les
niveaux de qualification. La valeur des coefficients de régression affectés aux
variables de scolarisation diffèrent : c'est le taux de scolarisation dans le primaire
en interaction avec l’IDE qui contribue le plus à la croissance dans les deux pays.
Plus le niveau de capital humain augmente, moins la contribution de l’interaction
IDE / capital humain à la croissance du PIB est forte. On aurait pu s’attendre à ce
que les coefficients de régression de l’IDE reflètent une plus grande efficacité de
l’économie marocaine quant à son insertion dans l’économie mondiale. Or, il
s’avère que ces coefficients sont de moindre ampleur au Maroc qu’en Tunisie quel
que soit le niveau de qualification en raison de l’introduction de la variable capital
humain.

Globalement, les résultats de ces équations de long terme s’expliquent


notamment par la nature des flux d’IDE principalement axés à partir des années
quatre-vingts sur les industries manufacturières traditionnelles (habillement –
textile en particulier) où le niveau technologique reste relativement faible (Maroc
et Tunisie), sur le secteur énergétique en Tunisie et sur les activités de services
notamment touristiques. Par rapport à la spécialisation internationale, les

22
possibilités de spillovers sont donc intrinsèquement limitées.

En définitive, il semble bien que l’effet d’extension joue puisque les IDE pris
isolément contribuent positivement à la croissance mais qu’il n’y pas réellement
de processus locaux d’appropriation des externalités de connaissance. L’effet
spillover semble donc ne pas véritablement fonctionner.

23
3.2. Estimation de la croissance de la PTF au Maroc et en Tunisie

Dans cette dernière sous-section, nous nous demandons dans quelle mesure
l’ouverture commerciale et aux IDE ainsi que les variables d’éducation influent
sur la croissance de la PTF. La mesure de la croissance de la PTF est basée sur la
méthode de la comptabilité de la croissance dans laquelle, à partir d’une fonction
Cobb Douglas, la PTF est assimilée au progrès technique.

Yt = At K tα Lβt [1]

où :
- Y est le PIB réel ;
- K est le stock de capital physique ;
- L est le travail. Il est mesuré par la population économiquement active au
sens du BIT et comprend toutes les personnes des deux sexes âgées de
plus de 15 ans fournissant, durant la période de référence spécifiée, la
main-d'œuvre nécessaire à la production des biens et des services ;
- A est le terme constant et est interprété comme l’indice du niveau
technologique à la date t appelé PTF ;
- α, β représentent respectivement la part de la rémunération du capital et
du travail dans le revenu total.

La croissance de la productivité est donc donnée par l’équation suivante :


Yt K L
g PTF = −α t − β t [2]
Yt Kt Lt

Les calculs ont permis de déterminer le taux de croissance de la PTF pour le


Maroc et la Tunisie sur deux périodes : [1976-2003] et [1992-2003]. Le choix de
la première période tient compte de la disponibilité des données relative à la
qualification de la population active. Le choix de la deuxième période se justifie
par le fait que les flux d’IDE ne décollent réellement qu’à compter du début de la
décennie quatre-vingt dix.
Compte tenu de la problématique présentée dans les parties précédentes, nos
estimations porteront sur l’approximation de deux équations de croissance de la
PTF :
gtPTF =αit + β1IDEit + β2Hit + β3OPENM it +uit [3]
et

24
gtPTF
' =αit + β1IDEit + β2Hit + β3OPENX it +uit [4]

Le fait de réaliser deux estimations en distinguant les variables d’ouverture aux


importations et d’ouverture aux exportations permet de mieux saisir la capacité
d’absorption de la technologie dans l’économie domestique via le canal des IDE
et son interaction avec les importations et les exportations.
Par ailleurs, nous déterminons la proxy du stock de capital humain10 qui permette
de saisir les capacités d'adoption de la technologie étrangère, en s'inspirant des
travaux de Psacharopoulos (1993), Barro et Lee (1994), Benhabib et Spiegel
(1994) et de la méthodologie de Arriagada et Psacharopoulos (1986). Ce stock de
capital humain s'exprime de la façon suivante :

Ht =∑l it hit [5]


i

où :
- H est l'indice synthétique de la durée d'étude moyenne de la population
active. Les cycles d'études sont indexés par i et les années par t11 ;
- l i est la proportion d'actifs ayant atteint le niveau d'étude i à la période t 12
;
- Les pondérations h i affectées à l i correspondent aux durées cumulatives (en
années) du cycle d'enseignement correspondant.

La disponibilité des données nous contraint à limiter la période d’étude entre


1976 et 2003.

3.2.2. Les résultats


Les résultats consignés dans les tableaux 10 (Tunisie) & 11 (Maroc) de l’annexe 1
indiquent le rôle joué par l’éducation et l’ouverture globale sur la croissance de la
PTF. Il s’avère que les deux économies ne présentent pas de fortes sensibilités

10
L’étude des caractéristiques des séries temporelles suite à l’introduction de la variable de proxy
du capital humain indique que toutes les variables retenues pour nos estimations restent intégrées
d’ordre 1. Cette étude permet alors l’identification de relations d’équilibre de long terme entre les
variables à partir de l’estimation de relations cointégrantes. Ces procédures ont également été
appliquées pour les variables d’ouverture commerciale.
11
Nous noterons H1, la part de la population active ayant bénéficié d'une scolarisation primaire
complète ou incomplète, H2, la part de la population active ayant bénéficié d'une scolarisation
secondaire complète ou incomplète, H3, la part de la population active ayant bénéficié d'une
formation complète ou incomplète dans un établissement d'enseignement supérieur.
12
i comprend les analphabètes, les personnes ayant bénéficié d'une scolarisation primaire complète
ou incomplète, celles ayant bénéficié d'une scolarisation secondaire complète ou incomplète, celles
ayant fréquenté un établissement d'enseignement supérieur.

25
aux IDE bien qu’une certaine différenciation apparaissent.

Ainsi, les régressions menées sur l’économie tunisienne confirment l’existence


d’une relation de causalité entre les IDE et la croissance de la PTF pour la période
[1976 – 2003]. Sur cette période, c’est le capital humain ayant le degré de
qualification le plus faible qui contribue le plus fortement à la croissance de la
PTF. De plus, l’influence des IDE sur la PTF est plus forte lorsque on régresse les
variables IDE et ouverture aux exportations par rapport à la régression intégrant
la variable ouverture aux imports et ce quel que soit le niveau de qualification du
capital humain retenu. Ceci est probablement lié à la stratégie d’insertion de
l’économie tunisienne dans le division internationale du travail. Cette stratégie
consiste à chercher à jouer le rôle d’une place privilégiée de délocalisation des
activités industrielles intensives en travail pour les pays de l’UE et ce en plaçant
le secteur textile-habillement au centre de cette insertion (Ben Hamouda, 1995).
Néanmoins, il convient de noter une évolution si l’on s’intéresse à la croissance
de la PTF au cours de la sous-période [1992 – 2003]. En effet, il semble alors que
l’IDE favorise de manière moins marqué les exportations de biens intensifs en
travail peu qualifié. Ainsi, les bases qui fondaient historiquement l’insertion de
l’économie tunisienne à savoir la faiblesse des coûts salariaux et l’intensification
du travail se sont amenuisées. En effet, le mouvement d’innovation
technologique et les gains de productivité qu’il génère aux activités intensives en
travail anéantissent ces avantages comparatifs. Ainsi, le secteur textile, qui était
jadis au centre de cette stratégie d’insertion, ne reçoit à partir de 1990 qu’une
part marginale des IDE (cette part dans le total des IDE n’a été par exemple que
de 2,6% en 1994). Ceci marque le début de l’essoufflement de l’insertion
internationale de l’économie tunisienne et une réorientation vers les secteurs
énergétiques qui ont représenté environ 92% du total des IDE en 1994 et, à un
moindre degré, vers les activités touristiques. Mais, comme dans le secteur
énergétique les potentialités en réserves sont limitées et que les opportunités
d’investissement restent tributaires de l’évolution des prix au niveau
international, on observe alors un développement de l’industrie manufacturière
tel que la chimie ou la mécanique (Abdellaoui, 2004).

Les régressions relatives à l’économie marocaine montrent que les IDE n’ont pas
d’effet avéré sur la croissance de la PTF sur les deux périodes considérées [1976-
2003 & 1992-2003]. Dans les régressions qui intègrent la variable ouverture aux

26
exportations sur la période 1976-2003, alors qu’on était en droit d’attendre un
effet positif de l’IDE sur la croissance de la PTF, ce signe est négatif et ce quel
que soit le niveau de capital humain envisagé. Ceci semble confirmer le fait que
le processus d’industrialisation par la promotion des exportations demeure
fragile. Ce résultat peut trouver des éléments explicatifs dans le fait que depuis
1976 l’essentiel de la croissance des exportations marocaines repose sur l’aval
des filières textile (confection, bonneterie) mais aussi agroalimentaire. L’analyse
de la structure de l’économie marocaine entre 1974 et 2001 démontre la
consolidation des avantages comparatifs au niveau de l’aval de ces filières et un
déficit de consolidation en amont des filières d’exportation.
Néanmoins, malgré l’absence de diffusion des connaissance via le canal de
l’ouverture, les variables de capital humain (quel que soit le niveau retenu)
restent significatives quant à leur impact sur la croissance de la PTF. Une
explication possible de ce résultat peut provenir de la formation continue mis en
place par les FMN et qui sont autant de retombées positives de l’IDE sur le niveau
de capital humain. Les travaux de Nordman (1999) semblent pouvoir soutenir
cette hypothèse dans le sens où cet auteur montre la nécessité pour les
entreprises marocaines de mettre en place des plans de formation interne pour
pouvoir tirer bénéfices des spillovers de recherche et développement.

27
4. Conclusion

Les travaux théoriques sur la relation croissance / IDE mettent principalement en


évidence deux effets : un effet d’extension par lequel l’IDE augmente la dotation
de l’économie domestique en capital et un effet positif d’externalité par lequel les
connaissances liées aux transferts de technologie se diffusent. L’hétérogénéité
des études empiriques ne permet pas de conclure à un effet certain des IDE sur
la croissance via ces externalités.
L’étude empirique porte sur l’impact des flux d’IDE sur la croissance du PIB et de
la PTF au Maroc et en Tunisie. Il prend en considération l’interaction entre la
variable de capital humain désagrégée en fonction des taux et des niveaux de
qualification de la population active et l’IDE. Nos résultats montrent que pour le
Maroc et la Tunisie, les IDE ne semblent pas avoir d’effet fortement significatif sur
la croissance du PIB et la diffusion technologique. Ainsi, les spillovers
technologiques et de connaissance issus des IDE ne jouent pas vraiment leur rôle
attendu. La raison principale en est que les IDE restent relativement concentrés
tant du point de vue sectoriel que géographique. De plus, une part significative
des IDE est affectée à des programmes de conversion de la dette en
investissements et des politiques de privatisation. Ce type d’investissement ne
peut alors induire une dynamique de croissance ou des effets d’entraînement.
Ainsi, la robustesse de ces résultats mériterait d’être vérifiée en intégrant dans
les régressions une décomposition des IDE selon leur nature et objectifs.

28
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32
Annexe 1

Résultats statistiques

Tableau n° 1 : Test (DF et DFA) de racine unitaire


Retard opti- Test ADF ADF
mal Z-tests
(BIC)
Variables en
MAROC niveau
LPIB 1 -2.285 -0,760
LIDE 0 -2.207 -9,001
LTXSCOL 0 -1.782 -1,779
LTXSCOL1 3 -1.401 -5,041
LTXSCOL2 0 -2,244 3,041
LTXSCOL3 7 -2,442 5,499
Différences
premières
ΔLPIB 0 -6,158*** -41,454***
ΔLIDE 0 -7.756*** -51,588***
ΔLTXSCOL 0 -7,115*** -48, 133***
ΔLTXSCOL1 4 -3,568** 377,173
ΔLTXSCOL2 0 -6,057*** -40,665***
ΔLSTXSCOL3 0 -5,983*** -40,408***
Variables en
TUNISIE niveau
LPIB 0 -1,135 -0,46
LIDE 0 -1,442 -3,537
LTXSCOL 0 -2,393 -1,121
LTXSCOL1 0 -0,291 -0,417
LTXSCOL2 0 -8,854 -2,461
LTXSCOL3 2 -0,400 -0,396
Différences
premières
ΔLPIB 0 -7,659*** -45,764***
ΔLIDE 0 -6,303*** -36,997***
ΔLTXSCOL 0 -6,354*** -40,783***
ΔLTXSCOL1 0 -8,159*** -50,918***
ΔLTXSCOL2 0 -3,457*** -15,970
ΔLSTXSCOL3 0 -4,67*** -29,168***

33
Tableau n° 2 : Relations de cointégration entre croissance,
IDE et taux de scolarisation

Hypothèse r=0 r≤ 1 r≤ 2
λtrace90 74.29** 8.26 0.19
MAROC λmax90 66.02** 8.08** 0.19
Valeurs propres 0.769 0.164 0.004
Hypothèse r=0 r≤ 1 r≤ 2
λtrace90 83.15** 8.85 0.08
TUNISIE λmax90 74.3 8.77 0.08**
Valeurs propres 0.895 0.233 0.002
** significatif à 10 %.

Tableau n° 3 : Relations de cointégration entre croissance,


IDE et taux de scolarisation du premier degré

Hypothèse R=0 r≤ 1 r≤ 2
λtrace90 71.86** 6.13 0.11
MAROC
λmax90 65.73** 6.02 0.11
Valeurs propres 0.768 0.125 0.002
Hypothèse R=0 r≤ 1 r≤ 2
λtrace90 78.56** 10.6** 1.15
TUNISIE
λmax90 67.96** 9.45** 1.15
Valeurs propres 0.872 0.249 0.034
** significatif à 10 %.

Tableau n° 4. Relations de cointégration entre croissance,


IDE et taux de scolarisation du second degré

Hypothèse r=0 r≤ 1 r≤ 2
λtrace90 73.59** 7.23 0.01
MAROC
λmax90 66.36** 7.22 0.01
Valeurs propres 0.771 0.148 0.0002
Hypothèse r=0 R≤ 1 r≤ 2
λtrace90 91.35** 11.02* 1.06
TUNISIE *
λmax90 80.33** 9.97** 1.06
Valeurs propres 0.912 0.261 0.031
** significatif à 10 %.

Tableau n° 5 : Relations de cointégration entre croissance,


IDE et taux de scolarisation du troisième degré

Hypothèse r=0 r≤ 1 r≤ 2
λtrace90 84.47** 15.44* 0.31
MAROC *
λmax90 69.03** 15.13* 0.31
*
Valeurs propres 0.784 0.285 0.007

34
Hypothèse r=0 r≤ 1 r≤ 2
λtrace90 80.83** 11.69* 0.02
TUNISIE *
λmax90 69.14** 11.67* 0.02
*
Valeurs propres 0.877 0.298 0.000
6
** significatif à 10 %.

35
Tableau n° 6 : Test de causalité entre le taux de scolarisation
globale,
l’IDE et la croissance au Maroc et en Tunisie

Variable
s Ct-1 FLPIB FLIDE FLTxScol F1 F2 F3
Rég.
Endogèn
es
2,097
M 1 ΔLPIB [0,016] [0,04] [0,788] [0,023] [0,029] [0,014]
[0,011]
A 0,203
R 2 ΔLIDE [0,093] [0,097] [0,078] [0,03] [0,051] [0,115]
[0,586]
O
-9,396
C 3 ΔLTxScol [0,031] [0,007] [0,321] [0,049] [0,010] [0,043]
[0,044]

-2,764
T 4 ΔLPIB [0,444] [0,613] [0,555] [0,070] [0,528] [0,657]
[0,181]
U
N 0,822
5 ΔLIDE [0,067] [0,986] [0,888] [0,117] [0,492] [0,850]
I [0,389]
S
30,205
I 6 ΔLTxScol [0,593] [0,087] [0,538] [0,067] [0,124] [0,366]
[0,047]
E
Les valeurs entre crochets sont le p-values.
LTxScol : taux de scolarisation globale.
Le retard optimal estimé par l'indicateur BIC est de 3 dans chaque équation.

Tableau n° 7 : Test de causalité entre le taux de scolarisation du


primaire,
l’IDE et la croissance au Maroc et en Tunisie

Variable
s FLTxScol
Rég. Ct-1 FLPIB FLIDE F1 F2 F3
Endogèn 1
es
1,162
M 1 ΔLPIB [0,007] [0,113] [0,569] [0,002] [0,021] [0,053]
[0,003]
A 0,439
R 2 ΔLIDE [0,237] [0,928] [0,525] [0,332] [0,529] [0,451]
[0,598]
O
-1,568
C 3 ΔLTxScol1 [0,045] [0,079] [0,943] [0,084] [0,134] [0,952]
[0,626]

-0,952 [0,0968
T 4 ΔLPIB [0,028] [0,417] [0,054] [0,768] [0,339]
[0,348] ]
U
N 0,733
5 ΔLIDE [0,044] [0,985] [0,274] [0,081] [0,324] [0,211]
I [0,315]
S
8,162
I 6 ΔLTxScol1 [0,156] [0,231] [0,421] [0,173] [0,292] [0,244]
[0,165]
E
Les valeurs entre crochets sont le p-values.
LtxScol1 : taux de scolarisation du primaire.
Le retard optimal estimé par l'indicateur BIC est de 3 dans chaque équation.

36
37
Tableau n° 8 : Test de causalité entre le taux de scolarisation du
secondaire,
l’IDE et la croissance au Maroc et en Tunisie

Variable
s FLTxScol
Rég Ct-1 FLPIB FLIDE F1 F2 F3
Endogèn 2
es
1,813
M 1 ΔLPIB [0,003] [0,15] [0,598] [0,003] [0,037] [0,081]
[0,007]
A 1,395
R 2 ΔLIDE [0,841] [0,973] [0,238] [0,271] [0,133] [0,202]
[0,056]
O
-2,963
C 3 ΔLTxScol2 [0,021] [0,058] [0,855] [0,039] [0,057] [0,637]
[0,154]

2,899
T 4 ΔLPIB [0,165] [0,991] [0,181] [0,209] [0,212] [0,041]
[0,046]
U
N 1,435
5 ΔLIDE [0,456] [0,936] [0,331] [0,123] [0,102] [0,174]
I [0,034]
S
-12,904
I 6 ΔLTxScol2 [0,5] [0,489] [0,680] [0,656] [0,363] [0,519]
[0,292]
E
Les valeurs entre crochets sont le p-values.
LtxScol2 : taux de scolarisation du secondaire.
Le retard optimal estimé par l'indicateur BIC est de 3 dans chaque équation.

Tableau n° 9 : Test de causalité entre le taux de scolarisation du


supérieur,
l’IDE et la croissance au Maroc et en Tunisie

Variable
s FLTxScol
Rég. Ct-1 FLPIB FLIDE F1 F2 F3
Endogèn 3
es
2,546
1 ΔLPIB [0,157] [0,622] [0,857] [0,192] [0,678] [0,089]
M [0,169]
A -0,425
2 ΔLIDE [0,001] [0,071] [0,007] [0,001] [0,129] [0,003]
R [0,189]
O 2,162
3 ΔLTxScol3 [0,989] [0,956] [0,389] [0,328] [0,729] [0,528]
C [0,224]

-2,481
T 4 ΔLPIB [0,686] [0,952] [0,405] [0,068] [0,719] [0,560]
[0,317]
U
N 0,936
5 ΔLIDE [0,118] [0,997] [0,994] [0,174] [0,47] [0,709]
I [0,211]
S
6,163
I 6 ΔLTxScol3 [0,931] [0,961] [0,198] [0,110] [0,241] [0,300]
[0,091]
E
Les valeurs entre crochets sont le p-values.
LtxScol3 : taux de scolarisation du supérieur
Le retard optimal estimé par l'indicateur BIC est de 3 dans chaque équation.

38
Tableau n°10 : Estimation de la PTF en Tunisie (1976-2003 & 1992-
2003)

1976 - 2003
i =1 i=2 i=3
[1] [2] [3] [4] [5] [6]
C 2,527*** 1,9*** 2,396*** 2,362*** 3,252*** 3,199***
(0,457) (0.65) (0,173) (0,203) (0,218) (0,283)
0,126*** 0,162*** 0,066*** 0,061*** 0,039* 0,037
IDE
(0,44) (0,059) (0,019) (0,21) (0,026) (0,029)
0,664** 0,84* 0,55*** 0,599*** 0,365*** 0,404***
Hi
(0,381) (0,484) (0,056) (0,048) (0,053) (0,045)
0,9*** 0,233** 0,233
OPENX
(0,229) (0,123) (0,168)
0,621 a 0,217 a 0,115
OPENM
(0,441) (0,16) (0,215)
Ecart- 0,18 0,06
0,14 0,06 0,08 0,08
type
R² 0,5 0,94
0,7 0,94 0,9 0,89
ajusté
Fisher 14,6 6,4 103,95 95,37 56,27 51,38
D-W 0,43 0,31 0,62 0,61 0,33 0,29
1992 - 2003
i =1 i=2 i=3

[7] [8] [9] [10] [11] [12]

C 3.754*** 3,379*** 2,392*** 2,407*** 5,18*** 5,462***


(0,51) (0,567) (0,317) (0,4) (0,8) (1,013)
-0,165*** -0,130** 0,121*** 0,119*** 0,183*** 0,186***
IDE
(0,666) (0,067) (0,4) (0,046) (0,77) (0,074)
-1,679*** -1,689*** 1,023*** 1,148*** 1,625*** 1,754***
Hi
(0,459) (0,374) (0,16) (0,188) (0,468) (0,455)
-0,148 0,426*** 0,161
OPENX
(0,3) (0,169) (0,275)
-0,422 0,518** 0,223
OPENM
(0,328) (0,265) (0,358)
Ecart- 0,08 0,06
0,08 0,13 0,13 0,09
type
R² 0,73 0,83
0.68 0,86 0,66 0,66
ajusté
Fisher 5,64 7,05 16,22 12,88 5,1 5,14
D-W 1,64 1,74 2,54 2,1 1,66 1,71
Significatif : *** à 1 %, ** à 5 %, * à 10 %, a à 15 %.

39
Tableau n° 11 : Estimation de la PTF au Maroc (1976-2003 & 1992-
2003)

1976 - 2003
i =1 i=2 i=3
[13] [14] [15] [16] [17] [18]
C 3,168*** 2,578*** 2,832*** 2,494*** 3,506*** 3,161***
(0,208) (0,192) (0,187) (0,127) (0,155) (0,205)
-0,014** -0,009 -0,012** -0,009 -0,014** -0,008
IDE
(0,008) (0,01) (0,006) (0,007) (0,007) (0,009)
0,411*** 0,643*** 0,466*** 0,654*** 0,186*** 0,286***
Hi
(0,061) (0,068) (0,051) (0,044) (0,024) (0,027)
0,474*** 0,335*** 0,46***
OPENX
(0,11) (0,096) (0,099)
0,253* 0,277*** 0,272***
OPENM
(0,164) (0,111) (0,151)
Ecart- 0,08 0,06 0,07
0,06 0,05 0,056
type
R² 0,84 0,92 0,86
0,9 0,94 0,92
ajusté
Fisher 65,24 35,85 105,97 85,95 81,97 43,56
D-W 0,95 0,33 1,02 0,91 1,11 0,39
1992 – 2003
i =1 i=2 i=3

[19] [20] [21] [22] [23] [24]

C 2,247*** 2,278*** 2,355*** 2,303*** 2,625*** 2,694***


(0,103) (0,055) (0,209) (0,118) (0,183) (0,128)
-0,003 -0,003 0,0006 0,0003 -0,006 -0,006
IDE
(0,004) (0,003) (0,007) (0,007) (0,006) (0,006)
0,319*** 0,305*** 0,357*** 0,373*** 0,133*** 0,134***
Hi
(0,02) (0,023) (0,048) (0,064) (0,015) (0,019)
-0,048 0,056 0,1
OPENX
(0,059) (0,12) (0,1)
-0,047 0,045 0,005
OPENM
(0,047) (0,11) (0,09)
Ecart- 0,02 0,035 0,085
0,017 0,03 0,03
type
R² 0,97 0,88 0,91
0,97 0,88 0,91
ajusté
Fisher 87,65 90,93 19,04 18,89 26,64 26,62
D-W 1,33 1,48 1,28 1,24 1,67 1,66
Significatif : *** à 1 %, ** à 5 %, * à 10 %, a à 15 %.

40
Annexe 2

Sources des données


• Les données relatives au Produit Intérieur Brut, aux investissements nationaux (FBCF),
aux exportations et aux importations et aux investissements directs étrangers sont issues
des Statistiques Financières Internationales du FMI.

• Les données relatives à la population active et sa structure par niveaux d'études et de


diplômes proviennent de plusieurs sources :

- les différents recensements de population (1971, 1982 et 1994) ;


- les différentes enquêtes réalisées par la direction de la statistique : les enquêtes
annuelles sur la population active urbaine (1976-1982) et (1984-1993), l'Enquête
Nationale sur la Population et l'Emploi (ENPE, 1995) et l'Enquête Nationale sur les
Niveaux de vie des Ménages (1990/1991).

Ces données ont été complétées pour la période 1996-2000 auprès de plusieurs sources :
- Direction de la statistique du Maroc, (1999 et 2000), Rapport de Synthèse de
l'Enquête Nationale sur l'Emploi, Royaume du Maroc ;
- ILO (International Labor Organization) (1996), Yearbook of Labour Statistics, Genève.
Available at http://www.ilo.org ;
- Khrouz D., Hajji A. et Boussetta M. (2000), "The Development Research Environment
in Morocco: Situations and Prospects", in Eglad R. et Craissati D., Research for
Development in the Middle East and North Africa, The International Development
Research Center, The IDRC Publications, Ottawa, Canada ;
- Ministère de l'Enseignement Supérieur, Maroc. Available at http://www.
enssup.gov.ma/statistiques/EvoEnseig.htm ;
- Qassem S. (1998a) The Higher Education Systems in the Arab States : Development
of Science and Technology Indicators, UNESCO and ESCWA, Le Caire, Janvier ;
- Qassem S. (1998b) R&D Systems in the Arab States : Development of S&T Indicators,
UNESCO, Le Caire, Janvier ;
- Sesrtric (Centre de Recherches Statistiques, Economiques et Sociales et de Formation
pour les Pays Islamiques). Available at http:// www. Sesrtcic.org.

• La collecte des données de population active occupée a été effectuée auprès de


plusieurs sources :

- Enquête Nationale sur l'Emploi (1997 et 1999), Institut National de la Statistique,


République tunisienne ;
- Enquête Nationale Population-Emploi (1980, 1989, 1999), Institut National de la
Statistique, République tunisienne ;
- Recensement Général de la Population et des Logements (1966, 1975), Institut
National de la Statistique, République tunisienne ;
- Recensement Général de la Population et de l'Habitat (1984, 1989 et 1994), Institut
National de la Statistique, République tunisienne ;
- Enquête Nationale sur le Budget et la Consommation des Ménages (1990), Institut
National de la Statistique, République tunisienne ;
- Banque Mondiale, World Development Indicators. Available at http://www.
wbln0018.worldbank.org/mna/mena.nsf/ ;
- Barro R. et Lee J.W. (2000) : "International data on educational attainment: updates
and implications", Center for International Development, Working Paper, nº 42, Avril,
Available at http://www.worldbank.org/research/growth/
ddbarle2.htm ;
- Barro R. et Lee J.W. (1994) : "Data Set for a Panel of 138 Countries", mimeo, Harvard
University, Cambridge, Massachusetts, Janvier. Available at
http://www.nber.org/pub/barro.lee/ ;

41
- INS (Institut National de la Statistique) : http://www.ins.nat.tn ;
- ILO (International Labor Organization), 1996, Yearbook of Labour Statistics, Genève.
Available at http://www.ilo.org ;
- Qassem S. (1998a), The Higher Education Systems in the Arab States : Development
of Science and Technology Indicators, UNESCO and ESCWA, Le Caire, Janvier ;
- Qassem S. (1998b), R&D Systems in the Arab States : Development of S&T Indicators,
UNESCO, Le Caire, Janvier ;
- SESRTIC (Centre de Recherches Statistiques, Economiques et Sociales et de Formation
pour les Pays Islamiques), www. Sesrtcic.org ;
- UNESCO (1999a), Division of Statistics. Data Available at http://unescostat.
unesco.org/Index.asp. March, April, May ;
- UNESCO : www2.unesco.org/wef/countryreports/tunesia/ .

42