Une fidélité épinglée é é

« Le pr rincipe de la monarchie (… se corromp encore plus lorsque m …) pt s, l'honneur a été mis en contradiction avec les honn neurs, et que l'on peut e être à la fois êtr couvert d'in e re nfamie et de dignités » u s h Montesquieu, L'esprit des lois, tome 1, livre VIII, chapitre VII

L’affaire e entendu Servite de l’Et L est ue. eur tat, l’homm était u symbole de la me un e monarc chie républicaine. Cou uvert de dig gnités, il ét pourtan tout sauf digne. Art tait nt tisan de la colla aboration f française à la politiq que d’exte ermination des juifs mais auss de la si répress sion sangla ante des ma anifestations anticolo oniales pen ndant la guerre d’Algé érie, il a, sa vie d durant, arboré des sig gnes de mé érite. Et par les plus éminents Fait troub rmi s s. blant : à 96 ans sentant la mort venir, le v s, voilà qui prétendait partir ave une pr ec récieuse distinct tion -celle de la légion d’honneur- au fo ond de la t tombe. Co omme pour mieux conjure le sort qu avait flétri cet honneur public par une dé er ui égradation civique… Emporter s décorat E sa tion dans l mort es un geste qui peut intriguer. Surtout la st e après la condamn a nation en novembre 1 1999 pour port illégal de décorat p tion. En 20 005, une nouvelle sanction tombait à la suite de la publica e ation dans un magazine d’une photo de p n a Légion d’ho onneur... Pourquoi P l’ancien ministre arborant la croix de commandeur de la L s’accrocher de la sorte à un honneur perdu ? De raisons peuvent e rendre compte. n eux s en c L’une q tient au statut de la décor qui ration, l’au utre qui dé écoule d’un héritage culturel n spécifiq quement fr rançais. Le statut : da une so e ans ociété où la grandeur sociale passe de a r

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plus en plus par la fortune ou la médiatisation, la distinction de la Légion se pose comme une « sanction » alternative, celle d’une reconnaissance d’Etat à laquelle est associé l’hommage de la nation. D’où son éclat. Rappelons-le : depuis 1963, la Légion d’honneur, réservée aux « mérites éminents », est la plus recherchée des grandeurs d’Etat tandis que, plus accessible, l’Ordre national du mérite, créé par le Général de Gaulle le 3 décembre 1963, récompense les « mérites distingués ». Un héritage culturel : l’octroi d’une décoration d’Etat n’est-elle pas en France le gage d’une forme sécularisée, à défaut d’être accomplie, de rédemption ? La clef de cette justice distributive consiste, après tout, à accorder des « signes » de considération en récompense d’un mérite. Plus encore : à faire miroiter, par cette considération même, une forme de salut dont la notion d’ « ordre » ou d’ « exemplarité » entretient la flamme. Consacrer la « valeur » d’un individu en comparant et hiérarchisant ses chances d’accéder à une sorte d’immortalité, n’est-ce pas là une façon de croire à l’existence d’un jugement dernier ? Mieux : d’accréditer la croyance en un tribunal de l’histoire. Une sanctification laïque qui, elle aussi, apporterait comme une absolution préventive. En un mot, permettrait de sauver son âme. L’idée pourra surprendre. Et pourtant. A l’instar de l'ancienne noblesse de robe, les fonctionnaires travaillent en France à partir d'un idéal largement héroïque. L’attachement aux « prérogatives d'honneur » ? Il favorise dans ce pays un sentiment du devoir appréhendé sous la forme d'une vocation au mérite. On pourrait parler d'une forme de hiérocratie, voire d'un esclavage sans maître… En tout cas, -et l’exemple de Maurice Papon le rappelle-, la distribution des honneurs n’a rien ici d’anecdotique. Elle inspire ce qu’il faut bien appeler une déférence honorifique. Instrument d’émulation, celle-ci se déploie au nom d’un souci de reconnaissance qui peut aller jusqu’à l’espoir d’une redemptio d’Etat. Dans « l’affaire » Papon, il y a plus. Ne l’oublions pas : le véritable bénéficiaire d’une décoration, ce n’est pas celui qui l’a reçue. Les honneurs ont été décernés. Et par d’autres hommes. Des juges aujourd’hui sans juge... Les distinctions honorifiques forment une technique de gouvernement. D’autant que la justice des décorés reste contrôlée par une juridiction spécifique, à savoir le Conseil de l’Ordre. La notification des peines infligées à ces « manquements à l’honneur » ? Elle était jadis apportée au domicile de l’intéressé par un huissier. Une mesure destinée à exposer publiquement l’humiliation de ce qui était bel et bien une déchéance. Il fallait, disait-on, maintenir à la Légion d’honneur le prestige sans lequel elle ne pourrait exercer une « utile influence ».
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Qu’importe alors l’humiliation d’un seul pourvu que l’honneur du corps entier reste sauf. D’où les « retranchements » récents : du général Paul Aussaresses, condamné pour apologie de la torture et exclu de la Légion d’honneur par un décret présidentiel du 14 juin 2005 à Fernand Blanc, ancien président de la Chambre de commerce et d'industrie de Lyon et ex-conseiller municipal (RPR) de la ville, déchu de l'Ordre national du Mérite comme de l'Ordre de la Légion d’honneur après avoir fauché cinq pompiers de Loriol sur l'autoroute en 2002, en passant par Alfred Sirven, condamné en novembre 2003 à cinq ans de prison dans l'affaire Elf : lui aussi sera déchu de l'Ordre de la Légion d’honneur et privé de sa Médaille militaire… Indépendante de l’action pénale, dans sa durée et dans son exercice, cette action disciplinaire se définit comme le correctif du caractère viager de la distinction en régime démocratique. Permettre contre les « indignes » les sanctions de la privation définitive ou tout au moins de la censure et de la suspension : c’est depuis l’abandon par la Légion d’honneur du serment (abrogé par le décret du 5 septembre 1870) une façon d’exercer un « pouvoir». Membre de l’Institut, ancien président de section du Conseil d’Etat, Léon Aucoc avait défini autrefois l’étendue de cette justice honorifique : « Plus cette marque de distinction élève (les décorés) au-dessus de leurs concitoyens, plus ils sont tenus de donner dans leur conduite l’exemple de la correction, de la droiture, de la loyauté, plus il importe que les membres devenus indignes par une défaillance de porter le signe de l’honneur soient retranchés de la corporation dont ils compromettent le prestige ». La « qualité » de membre de la Légion d’honneur ? Elle est réputée se perdre « par les mêmes causes que celles qui font perdre la qualité de citoyen français ». Concrètement, un Français qui, après avoir été décoré pour des services rendus à sa patrie changeait de nationalité, n’avait plus de titres à conserver sa décoration. C’est finalement ce régime juridictionnel qui a condamné Papon. Comme c’est la croyance présente au cœur d’une telle institution, celle d’une rédemption d’Etat, qui poussa l’ancien fonctionnaire à défier ses anciens juges. En somme, à en appeler à un autre tribunal contre celui, proprement humain, qui l’avait déclaré « indigne »… indigne de la haute distinction dont toute sa vie il s’était prévalu. OLIVIER IHL

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