Vous êtes sur la page 1sur 136

GEORGES

BARBARIN

LES

REINCARNATIONS

DE

DORA

roman

G& 5'5

_ ,ÂI!I(O

••

û~~~!~~

_

•••••••••••••••••• ~

18150 Germigny

rexempt

lf!J

.m_nadoo.'

Tel: 02 48 7406

09

www.aeoraesbarbarin.com

TARIF

OUVRAGES

de Georges

BARBARIN

édités actuettement

Jan 2008

disponible

en librairie,

à l'association

,et lou famille de l'auteur

Titres

Editions ASTRA Laclé

Editions COURRIER

L'Invisible

Les Clés de la Santé Les Clés du Bonheur Editions DANGlES 1DG Diffusion

DU LIVRE

et Moi

Comment vaincre peurs et angoisses L'Optimisme Créateur La Vie commence à 50 ans Affirmez et vous Obtiendrez

G842+62

GB19

GB39

GB59

GB29+3O

GB25

GB60

GB16

GB63

GB53

GB27

GB37

GB64

GB44

GB34

GOO1

G847

GB57

GB65

GB23

GB54

GB11

GOO8

GB41

GB21

G845

G850

G833

GB31

GB13

GB38

GB58

GB7

Ref 1 Poids

10

8à15

9 9

4

Prix€

12 12 18 15 15 12 12 12 12 10 12 7 5 5 5 8 12

17,5

17,5

17,5

17,5

9

12 18 15 12 12 5

12

12

AL:AS$OClATION

Faites des Miracles

(reéditions

privées)

Demande et tu recevras car Il y a un Trésor en toi

Sois ton propre Médecin, Clé du Succès

Le Mysticisme expérimental Dieu mon copain (inédit) Le Jeu Passionnant de la Vie

le Docteur Soi Même

Calendrier

Spirituel

Comment

le PROTECTEUR

INCONNU

devint l'AMI

Vous êtes jeunes mais vous ne le savez pas Le règne de l'Amour (ex le règne de l'agneau) Le Seigneur m'a dit Comment on soulève les montagnes Sois un As

LIVRET:

La guérison

résumé du site sous plastique par la foi

FAMILLE DE L'AUTEUR

L'Après Mort Vivre avec le Divin

40 p. avec Photos

(fin de série)

grand format (ex Vivre Divinement)

Le Livre de la Mort Douce

La Nouvelle Clé

Le livre de chevet (l'ami des heures difficiles)

Je et Moi J'ai Vécu 100 Vies

Voyage

20 Histoires de Bêtes

France Fille Aînée de l'Esprit Quelques Photocopies reliées de livres épuisés (liste sur demande) * vieilles éditions dont il faut découper les reliures de pages

*

au Bout de la Raison

*

UN CATALOGUE

PLUS DETAILLE

EST DISPONIBLE -

•.

SUR DEMANDE:

-~-- - -.

TITRE

GB61GB60Age Stocknatureroman

GB20

GB21Courrier du Livre

GB11

GB45

GB49GB50GB52GBS1AstraAstraNizetNizetspirituel1sociétéAGBspirituel

spirituel

spirituel

Aubanel fDangles

GB46 Astraspirituel

GB66GB48GB41AubanelAuteursociétéspirituel

GB12DanglesPlonspirituel

GB22GB23GB24J.OlivenNiclaussociétésociété

GB26GB21DuAstraRoseauésotérique

GB33GB34GB31GB32DanglesDanQlesErmiteésotériQuespirituelspirituel

GB35GB36GB31GB38DuDuNiclausErmiteRocherRochernaturesociétéspirituel

GB13Courrier du Livre

GB18GB19GB11CourrierCalman-LevvAstraésotériQuedu Livreroman

GB39GB41GB40DangiesfAGBDervyésotériQuespirituel

spirituel

spirituel

spirituel

spirituel

Calman-Lévy spirituel

GB10GB9 d'orl AGBspirituel

GB53GB54GB55GB51GB58GB59GB56Crepin-LeblondAubanelNiclausFlammarionDuAgeNiclausRoseaud'or1société1spirituelAGBAGBspirituelromanspirituelnature

GB62GB64GB63AubanelAgeAubanelAstrald'orlAGB1IAGBAGBAGBspirituelvécuspirituel

GB14GB15GB16J.OlivenfLa SourcerieAdvarésotériqueAGBsociétéspirituel

GB30Niclaus Femme1 Astrahumourromanromannaturespirituelroman

Advar 1 J'aiésotériqueLu

ésotérique

GB65J.Meyer

AmourGB42GB43GB44NiclausNiclauset vie1sociétéAGB1 AGBsociétésociété

BazainvillePrixGB2GB3GB4GB1GB8GBSGB6FlammarionFlammarionFlammarionFlammarionde la

GB28GB29OmniumAillaud1 vécuAGB

GB25Du Roseau

GB68 AGBspirituel

GB1FlammarionEDITIONSRef

Astra Danglesspirituel

Adyar ésotérique

Adyarésotérique

spirituel

Dangles poésie

ésotérique

spirituel

1 Danglesfspirituel

GENRE

1 AGB spirituel

1 J'ai Lu spirituel

ésotérique

ésotérique

ANNEE

1926192719281931193519291936

1950194919491950

195119531951

195519551954

1951195019501950

195319541953

19461947

1963195819601961196319621959

196619641966

1956195619571955

1946

1949

1943

1943

2002

1926

1968

193819391939

19361936

1938

19471949

1937

1937

1954

19631964

1954

193919421942

194519441946

Droits de traduction,

de reproduction

et d'adaptation

réservés pour tous les pays.

© 1960 by

ERlŒST

FLAMlIARIOlf.

Printed

in France

 

Au

Paradou, le

19

Monsieur

le Juge

d'Instruction,

que

taie fait connaître en détailles circonstances matérielles du drame dont nous avons été les victimes il m'a semblé,

étant donné l'inefficacité des recherches poursuivies jus-

qu'c} ce jour, que la Justice s'égarait en ne tenant compte dans son enquete que des conjonctures positives alors

. Bien que' j'aie répondu

c} toutes

vos questions

et

qu'c} la base de tout cela existe un ensemble ments purement subjectifs.

d'événe-

J'ai donc

pensé

qu'il

était

utile

de retracer,

noir sur

blanc, les épisodes de ma propre vie pour vous permettre d'en saisir la signiJjcation implicite et le sens caché.

Je

ne

me

dissimule

pas

qu'en

dépit

de

votre

esprit

d'équité, vous serez choqué par la seule exposition des

faits telle que j'ai été conduit, c} l'entreprendre. Toutefois lorsque je vous aurai expliqué le déroulement successif

au

climat psychologique de mon enfance, puis de mon adolescence, j'ose croire que vous envisagerez le pro- blème sous une lumière différente et que vous serez amené â orienter votre quete dans une autre direction. Je dirais sur un au~re plan si je ne craignais de vous indisposer avant la lettre. Mais mon récit lui·meme se

de mes états d'Ome et que

vous

vous

serez

adapté

chargera de votre édiJjcation. Sans doute la logique, qui

est

une

qualité

de juge,

n'est

pas

traitée

dans

ce

qui

suit

avec

toute

la déférence

habituelle.

La faute

en est

C}, la logique qui n'a pu ~rouver de rationnelle explication.

6

LES

RÉINCARNATIONS

DE

DORA

de l'esprit

que requiert une conjoncture irrationnelle. Il vous appartiendra de la découvrir si vous me laites l'honneur

de lire la conlession ci-<Jprès.

vos

collègues de la magistrature, esprit droit et pondéré,

dont je m'honore d'2tre l'ami. Il se porte garant de l'authenticité des événements matériels qui s'y trouvent

décrits tout en réservant

que je

C'est, par conséquent, un autre instrument

J'ai

soumis

cette

relation

au

jugement

d'un

de

son opinion

sur l'interprétation

puis

en laire.

Je vous prie de ne voir dans mon propos que la tenta-

un peu

de

tive sincère d'un homme

de lumière

malheureux

pour jeter

dans l'obscurité.

Veuillez croire, Monsieur

haute

délérence.

le Juge, à mes sentiments

B.

V.

PRÊMIÈRE

PARTIE

DORA

CHAPITRE

PREMIER

Je me

Il

nomme

que,

parait

Bruno

tout

Vogel.

petit,

je

n.'étais

pas

un

enfant

ordinaire. D'abord j'étais né le treizième jour du mois

de novembre de l'année

indication

une

1885 et

cela

constituait

néfaste

aux

yeux

de certains.

Je

voyais

repoussant

le jour

de

sous

mœurs

et

le signe

du

nocturnes,

Scorpion,

qui

animal

pas

ce

n'e6t

. manqué

de me

faire prendre

en grippe par mes parents

s'ils se fussent

souciés

du

Zodiaque,

qui était

peut-être

loin de leurs

préoccupations.

 

la

connaissance

conscience d'exister. Ce n'est qu'après bien des mois et même des années que s'esquisse le souvenir encore flou

Je

ne

sais

pas

de

très

la

bien

Vie ni

comment

à quel

je débutai

moment

dans

précis

j'eus

 

de mes

parents.

Je me les représente

alors comme

des parties

mobiles

de

mon

décor,

plutÔt

fAcheusement

interposés

entre

mon

regard

et la lumière.

Je crois

entendre

encore

les

voix tonitruantes

dont

ils blessaient

mes oreiIles.

Ainsi

les

père

et

mère

les

mieux

intentionnés

sont-ils

pour

leur frêle progéniture semblables aux géants de Swift

panni

sa

les

LiIliputiens.

me faisait

Mon père

surtout

l'effet

de la foudre

et

8

LES

RÉINCARlIlATIONS

DE

DORA

basse caverneuse m'inspira toujours de l'effroi. J'ai peu

gardé la mémoire de ma mère qui mourut

peu de temps

après

m'avoir

mis au monde,

donc

avant

l'heure

se

cristallisent

les souvenirs.

Somme

toute,

l'un

et

l'autre

m'apparaissaient alors comme des entités nébuleuses plutôt que comme des êtres réels. Mes parents, d'origine alsacienne, étaient relativement âgés lorsque je fus conçu. Mon père avait cinquante-

cinq ans et ma mère trente.

que ce que m'en dit par la suite ma vieille Catherine, alors jeune bonne du ménage et qui ne me quitta plus jusqu'à sa mort. Mon père était receveur des Contribu- tions Indirectes et sa fonction l'obligeait à des tournées

continuelles qu'il effectuait en voiture hippomobile avec un commis principal. Etait-ce l'austérité de sa profession, J'espèce de mentalité propre aux gens dont la mission est

de

des

hommes et des choses, de sorte que j'arnvais à point

Par

bonheur, je n'en savais rien, au· commencement, t't c'est

seulement à partir de l'âge de raison que j'eus le senti- ment d'être indésirable, ce qui, après tout, ne me surprit pas autrement. Il est vrai que je gardais près de moi cette brave et bonne Catherine, qui s'attacha à moi avec

pour endosser la responsabilité

Ma venue, loin de le dérider, avait accru son horreur

misan-

thrope?

Je ne sais de cette dernière

traquer

la

fraude,

qui

En tout

rendaient

cas

il

de

mon

ne

père

Je l'ignore.

souriait

jamais.

son

humeur;

d'autant

plus

d'intérêt

et

de

tendresse

qu'elle

m'en

voyait

sevré.

Il

est

peu

probable

que

mon

père

eût

supporté

le

voisinage immédiat d'une fille aussi généreuse s'il n'avait eu besoin de ses services pour la maison et pour moi.

aux

maisons bossues et aux rues tourmentées. Pendant long- temps je n'eus d'autre horizon que ses boulevards soli- taires, son canal et ses jardins maratchers. La demeure que nous occupions était située à l'extrémité d'Un fau- bourg et le jardin, qui était grand et touffu, donnait presque immédiatement sur la campagne. Nous étions cependant entourés de maisons hautes comme la nôtre, J~quelle avait deux étages et un grenier. Le logis paternel ~tait à l'image de son possesseur. Les murs suintaient

Nous

habitions

alors

une

petite

ville

du

Berry,

l'ennui,

buées,

la tristesse.

y

laissaient

DORA

Des fenêtres,

entrer

étroite~

avare

un

jour

9

et

mal distri-

me

dont

je

contentais,

faute

de mieux.

Ce n'est

que bien

plus tard

que

je m'avisai

de l'injustice

du sort

qui

fait

naître

et

vivre certains dans des pays de fleurs et de lumière alors

que

et

dans des paysages sans joie

••

d'autres

sont

claustrés

sans douceur.

Un peu plus tard,

je fus mis à l'école

et

. guai

pas

outre

mesure.

Je

fus

un

élève

ne m'y

distin-

médiocre

.et

n'obtins guère de résultats. J'aimais l'histoire mais sans

les dates. Je ne détestais pas la géographie à condition d.'oublier les noms des lieux. L'arithmétique ne m'était pas autrement désagréable et les problèmes de robinets

façon

de

re\'êtaient

une

certaine

poésie

en

raison

de

ma

les considérer.

~Ies maîtres

portaient

sur

moi ce jugement

définitif:

-

Il est toujours

dans la lune!

 

.\·Ialgré cette

incompréhension

de mon

état

intérieur,

mon

père

en

remarquait

assez pour

condamner

l'exté-

rieur de ma jeunesse. Cet homme à l'apparence d'ordre, de tradition méticuleuse et de consigne étroite me consi- dérait comme une sorte d'anarchiste et d'illuminé. Peut-

être n'avait-il pas tout à fait tort car depuis j'ai toujours mené une existence particulière comme on le verra par la suite de cette confession. Etais-je en avance sur mon mon siècle ou le milieu dans lequel je vivais retardait-il

que si j'avais été

mon propre auteur j'aurais peut-être éprouvé le même désarroi que celui-ci.

sur l'époque? J'ai tendance à croire

JO

LES

RÉINCARNATIONS

DE

CHAPITRE II

DORA

Il est superflu

de dire

que si j'étais

entouré

de cama-

rades, je n'avais

pas d'amis.

 

de

confier

un établissement religieux. L'atmosphère différait du

l'école

Devant

la

pauvreté

pour

me

de

mes

notes,

en

on

me

retira

laïque

qualité

d'externe

~

tout au tout

en

ce

sens

qu'au

lieu

d'être

laissé

dans

l'indifférence, chaque élève était attentivement

suivi

dans son comportement de tous les jours. J'y vis d'abord une sollicitude paternelle dont. on le conçoit, j'étais

singulièrement

m'aper-

privé.

Mais

je

ne

tardai

pas

à

cevoir du caractère inquisitorial

leurs

ramener

tendances

à

tout

de

mes

martres

et

de

au

confessionnal.

Sous

ce dernier rapport, j'étais comblé. Les invocations succé-

daient

aux prières

sous une forme

d'autant

plus hors de

notre

portée

qu'elles

étaient

généralement

émises en

latin.

J'avais

alors

dix

ans

et

je

faisais

ma

sixième.

Mes

premières versions ne m'avaient sens de la latinité.

pas

encore

doué

du

Mon

caractère

se

fat

adapté

assez

volontiers

à

la

nature particulière de ce programme en dépit d'un culte excessif du formel. n existait malheureusement dans l'établissement, comme sans doute dans tous ceux du

même

déna-

si

turées,

Stéphane, l'un de mes condisciples, issu d'Alsace, comme ma famille, n'avait dès le début marqué une inclination à mon endroit. C'était un garçon grand et froid, avec

un menton volontaire,

aussi

d'origine qui l'avait sollicité ou le jeu d~s complémen-

nerveux.

genre.

un

climat

serais

indéfinissable

mes

de

suspicion.

seul

Mes gestes

et

je

étaient

me

interprétés.

trouvé

intentions

affreusement

aussi strict

que

j'étais

dispersé.

calme

que

j'étais

Est-ce la communauté

DORA

Il

ta ires ? Toujours est-il qu'il prit sans cesse

et s'interposa entre la persécution et moi. Son tempé- rament mesuré, sa physionomie grave et austère lui conféraient une autorité que les surveillants eux-mêmes subissaient. Nous pouvions rarement nQus parler à cœur ouvert car un grand principe des maisons d'éducation religieuse est d'interdire aux élèves d'être deux ou de se confiner dans la solitude, la règle exigeant la présence constante d'un troisième, destiné à surveiller les deux

premiers. Grouper deux êtres compréhensifs et de même attitude

spirituelle représente déjà une sorte de miracle et celui-ci s'était réalisé. Réunir trois êtres du même étage eGt constitué un inouï prodige. Aussi ne rencontrâmes-nous jamais le tiers idéal. Bien loin de là, il fallait nous méfier du mouton aposté dans nos parages et que nous chan- gions sans cesse pour plus de sGreté. Néanmoins nos échanges d'idées seraient devenus presque impossibles si, avec la complicité de Catherine, je n'étais parvenu au résultat que voici. Stéphane était orphelin et interne. Même durant les grandes vacances, personne ne le réclamait. Son tuteur et correspondant, officier minis- tériel qui le connaissait à peine. ne s'occupait de lui que pour régler les trimestres et pourvoir à son habille- ment. Je persuadai facilement Catherine, laquelle per-

suada

Stéphane avait sur moi une salutaire influence et m'amè- nerait à plus de sérieux. Ma bonne ne demandait pas mieux que de se prêter au jeu. Elle revint inlassablement à la charge jusqu'au jour où M. Vogel demanda lui-même

ma

défen~

moins facilement mon père, que la société de

Was. Le visage grave de mon ami et

ses

tuelle et mon père fut convaincu de son action bie~fai- sante sur son fils. Il fit une démarche auprès de l'autorité ecclésiastique et celle-ci, après adhésion du tuteur, auto- risa Stéphane à effectuer une sortie mensuelle sous la responsabilité de M. Vogel. De même il nous fut donné d'être réunis plusieurs jours à Noël et à Pâques. Je pense que mon amitié ne fut pas malfaisante pour

leur influence habi-

à

voir

Stéphane

réponses

mesurées

exercèrent

Stéphane.

En

tout

cas

l'amitié

de Stéphane fut un

immense

bienfait

pour

moi.

12

LES

RÉINCARNATIONS

DE

OORA

- Ne craignez pas, dit un jour mon père à mon ami,

de ramener ce garçon sur la terre

- Je n'y suis· que trop moi-même, monsieur, répondit Stéphane. Bruno m'apprend à voler.

- N'allez pas plus haut, proféra M. Vogel, que vingt

ou trente centimètres. C'est comme cela qu'on se casse

la figure et qu'on abime le matériel.

La vérité est que sous sa carapace de froideur,

Stéphane

cachait une âme ardente et que mes pires imaginations

ne

un

des

gens avaient été endormis, j'achetai en secret un petit livre sur l'hypnotisme et me persuadai que, moi aussi, j'avais des pouvoirs. Nous n'avions d'autre public que

Américain

suscitàient

A la

suite

dans

aucune

de je

notre

réprobation

en

séance

lui.

ne sais quelle

ville et

donnée

de

par

au cours

laquelle

OORA

13

avec plus d'effarement que nous autres. C'était la répé- tition, trait pour trait, de mon rêve et du drame que

Mon père prit notre désarroi pour

une marque excessive de sympathie et y coupa court en demandant à manger. Par la suite, Catherine, effrayée, nous adjura de renon- cer à nos expériences qui lui semblaient sentir le fagot. Bien que ne partageant pas cette manière de voir nous conçûmes quelque appréhension de notre incursion dans le mystère, car après tout nous n.'étions encore que des enfants. Il en demeura pourtant cette impression qu'il existait en moi des zones inconnues dont l'explo- ration pouvait être dangereuse étant donné notre inexpé- rience de ce temps-Ià. Stéphane m'assura que je disposais

de facultés

lopper

Celui-ci ne pouvait être Catherine et encore moins mon

père dont je présume qu'il nous eOt séparés brutalement,

je leur

avais décrit.

particulières

et m'engagea

à

ne

pas les déve·

moi-même mais à attendre

un guide expérimenté.

nous et nous

nous

prîmes,

tour

à tour,

comme

sujets

Stéphane

et

moi, s'il avait

soupçonné

la nature

de nos

d'expérience. Quand mon père était de service, la maison

distractions.

entière

était

à

nous.

Catherine

suivait nos jeux avec

Nous

gard~mes

le silence

sur

ce qui

s'était

passé et

une

admiration

craintive.

nous fîmes bien, surtout

vis-à·vis

de

nos

supérieurs

-

Est-ce bien

permis?

demandait-elle.

N'y

a-t-il pas

ecclésiastiques qui auraient vu dans notre aventure

un

quelque

diablerie

là-dedans?

 

piège du, démon.

Mais

le

sentiment

subsista

en

nous

Cela dura

jusqu'au

jour

où, étant

moi-même

endormi,

que

l'homme

ne

connaît

qu'une

région

très

petite

de

je pris, me dit-on,

une

attitude

horrifiée

et décrivis

en

l'Homme

et

que

celui-ci,

s'il

s'en

avise,

a

de

grandes

mots hachés un

accident

de

voiture

dont

j'avais

la

possibilités. Je fus certain,

à partir

de ce moment,

que

vision. C'était, parait-il, si poignant que Catherine objur-

gua Stéphane de me réveiller, ce qu'il fit presque tout 'de suite. Quand j'ouvris les yeux je fus surpris de leurs mines effarées et m'enquis du motif de leur agitation . Qu'on juge de notre surprise à tous lorsque, trois heures

plus

tard,

nous

vîmes

rentrer

mon

père

dans

un

état

inhabituel

de

désordre.

Ses

vêtements

étaient lacérés,

boueux, et il dit à Catherine

en

peu

de

mots

que

la

jument s'était emballée dans une descente et qu'au

s'était

virage elIe avait

tourné

trop

court.

Le véhicule

renversé

et le commis

principal- se plaignait

de douleurs

internes. Pour mon père, cela se bornait

à quelques

égratignures

qui

furent

pansées

aussitÔt.

Nous

nous

regardions

tous avec effroi et Catherine

virtuellement

présences

fester;

orphelin dans la vie j'étais accompagné de

mani-

invisibles

qui

ne

demandaient

'.

• •

qu'à, se

Bien que notre secret ellt été gardé et que la discrétion

de

ments et'les choses ont une aura invisible et vont toucher

les pensées des tiers

On ne peut pas dire que mon père avait des antennes car c'était une nature plutÔt élémentaire. Mais son godt de la méfiance et sa tournure mentale lui conféraient une sorte de prescience des choses qu'il appréhendait. Aucun mot, aucun acte ne l'avertit et pourtant il flaira,

les événe·

Catherine

fOt assurée,

il faut

sans

croire

notre

que

aveu.

même

LES

RÉINCARNATIONS

DE

DORA

DORA

15

semble-t-il, quelque chose. Intervint-il auprès de l'éta-

ces innombrables

coups de sonde dans l'univers

invisible

blissement ecclésiastique? Celui-ci prit-il ombrage d'une amitié qu'II n'approuvait plus? Je ne sais, mais les sorties de Was furent brusquement supprimées et nos contacts

avaient

fini par

marquer

mon

âme d'enfant.

surveillés. J'en étais encore

à

me

demander

pourquoi

 

lorsque j'appris

que

Stéphane

quittait

l'école.

Je

ne

sus

que plus tard que son tuteur

l'avait

rappelé.

Mon ami

 

n'en

pQmes échanger devant

savait

pas plus

que

moi

et

témoins

c'est

à

peine

si nous·

Nos

lèvres mèrent ne tout. dirent Je me trouvai et sans Catherine

serais résolu. La plaie de l'arrachement demeura vive ct

insensé je me

quelques

paroles.

pas grand-chose

soudainement

je

ne

sais

mais nos regards expri-

en pleine solitude

à

quel

geste

morale

longtemps

brfilante.

Ce n'est

qu'après

des

mois que

je

sentis

ma

douleur

décroître

et

s'engourdir.

 

Que

peut

faire

un

garçon

tout

seul,

sans

mère

et

presque sans père? Sans doute Catherine me prodiguait un ersatz, mais à sa manière et en raison des possibilités limitées de son esprit.

Cathe-

rine

d'ailleurs

pas ou bestiales. Son répertoire

sur

dans ses souvenirs, soit qu'elle mélangeât les récits venus de diverses sources, soit qu'elle y apportât elle-même des enrichissements. comme les grands bardes et en vertu

d'une

A des contes du Petit Poucet,

comme celui de la Chatte

légendes de divinités champêtres dont l'origine païenne était évidente ou d'enchanteurs venus en droite ligne

des histoires de chevalerie et du Graal. Elle n'hésitait pas,

en bonne chrétienne. à utiliser les anges et faisait

grande

J'appréciais

beaucoup

les légendes berrichonnes.

aux

contenait

Il

y

avait

histoires

des trésors

ne se bornait

lugubres

inédits

les fées et les lutins.

bien de la confusion

disposition

spéciale

rebattus

de son

comme

esprit.

ceux

du

Chat

dans

tous

elle

Botté et

ou encore

vivants

les foyers

mêlait

des

Blanche,

une

consommation

de chérubins

et

de séraphins.

mais dont l'ensem-

ble était créateur d'atmosphère, Il n'est pas niable que

Le tout

formait

un mélange confus

CHAPITRE III

Les lignes

qui

précèdent

étaient

indispensables

pour

préparer

cela.

ce qui va suivre

et qui serait

inexplicable

sans

J'allai

avoir

douze

ans.

J'étais

toute

sensibilité dans

une maison

lugubre.

L'amour

paternel

se bornait

à

la

joue

tendue

au

baiser

du

matin

et

du

soir.

Durant

le

jour

j'allais

au

collège

j'avais

fini

par

être demi-

pensionnaire.

Au

dîner,

je

mangeais

en face de mon

père qui lisait son journal

et ne desserrait

pas les dents.

J'étais

entre Catherine, toute bonté et faiblesse, et mon. père,

toute

m'ait jamais frappé, hors une fois. C'était quelque chose

Ce n'est pas que mon père

donc

à

peu

près

seul

dans

la sombre

demeure,

sécheresse

et sévérité.

de pire.

Il me couvrait

parfois

d'un

regard

de glace qui

me laissait

épouvanté.

Je glisse sur mes études;

elles ne furent

ni bonnes ni

mauvaises et me permettaient d'être libre les dimanches

de

ma

Mon père sévissait, durant la semaine, quelque part dans

et

pratiquement

les jeudis,

jeunesse,

A partir

je

fus

du jour

où Stéphane

livré

à

disparut

moi-même.

le canton et disparaissait presque tous les dimanches,

Ces jours-là nul n'a jamais su exactement où

il allait.

Ce qui est certain c'est que personne ne le vit

au café,

au spectacle, aux offices religieux, ni dans un lieu public quelconque. Ma bonne elle-même ignorait les destinations

et

loin en loin une propriété abandonnée de la famille qui

de

dominicales

de

mon

père

supposait

qu'il

visitait

s'appelait

le Pré Clos.

travaillait

Catherine

sans

relâche

et

ne

pouvait

me

16

LES

RÉINCARNATIONS

DE

DORA

consacrer

le

que

de son

tour

de

rares

savoir

et

instants.

D'ailleurs

j'avais

fait

encore

connaissais

ses contes

mieux

qu'elle.

Je

recherchais

les

livres

consacrés

au

merveilleux

mais n'en

avais guère

à

ma

disposition.

Je

n'en

étais que plus désireux

de pénétrer

dans les terres

inconnues. En somme, pour

un enfant

moralement

abandonné,

je

n'ai jamais manqué

de présences.

Celles qu'on

s'accorde

à considérer comme les plus réelles étaient les plus inconsistantes à mes yeux. Par contre celles qu'on tient

qui,

pour

Cela

d'ordinaire

pour

les

plus

la

illusoires

plus

grande

étaient

celles

moi,

revêtaient

authenticité.

demeurait

cependant

jour

où j'ai

vu,

de

une

vision par

le dedans

jusqu'au

mes propres

yeux,

les fées.

On

va

ont

leur valeur

et que

IX>RA

la vitre

en question

joue un rôle

de

premier

plan

dans

mon

histoire.

Bien entendu,

jusqu'au

moment

dont je parle je n'avais

hau-

teur. Le dernier rayon, qui ~tait immédiatement

dessous, était encombré d'une vieille pendule, de lampes hors d'usage, et des toiles d'araignées s'y accumulaient avec la poussière de deux générations. Il est probable que le désir de voir sur quoi donnait la vitre du placard ne m'el1t jamais effleuré, si à diverses reprises je n'avais entendu quelques lambeaux de voix féminines. ~on attention se trouva donc attirée par ce qui était derrière le carreau dormant.

jamais

eu la moindre

velléité

de me hisser

à cette

au-

La. première

fois que je perçus

un air, c'était

au cours

croire

nation

que j'ai

fait

se

fourvoie.

rêve de plus Nullement.

un

11

ou que

ne

s'agit

mon

pas

imagi-

d'une

de

semblait

la

nuit,

alors

s'y joindre

que

j'étais

me de harpe ou de piano méca-

dans

l'insomnie.

Il

un bruit

image,

en

effet,

mais

d'une

certitude,

appuyée

sur

le

nique, mais j'attribuai

ce

détail

au

rêve

ou

au

demi-

témoignage

concret

de

mes sens.

Je

les

ai vues,

enten-

sommeil.

Par la suite,

je constatai

que

les voix

étaient

dues, presque

touchées

et j'ai

savour~

leur

don gratuit.

plus

audibles

quand

le

placard

était

ouvert.

Une

fois

C'est

invraisemblable,

n'est-ce

pas 7

d'avoir

reçu

les

même,

je

montai

sur

une

chaise

pour

mieux

entendre

cadeaux

des

fées.

Et

pourtant

ce

n'est

pas

cela

qui

et c'est

ainsi

que j'eus

la certitude

d'ouïr

une

chanson

m'enivra

le

plus.

inconnue,

que

je

trouvai

fort

belle

et

qui

se

répéta

Que le lecteur

se rassure

et mette de l'ordre

dans son

plusieurs

fois.

jugement!

Mes idées ont toujours

été en parfait

équilibre

Avec l'imagination que j'ai dépeinte, je ne tardai pas

et

la suite

va le démontrer.

 

à

« cristalliser» autour de la chanteuse invisible. J'en

Mon père

avait

sa chambre

et son cabinet

au rez-de-

fis en moi-même une sorte de madone, ou un ange, selon

chaussée, qui comprenait

manger. Le premier

étage

aussi

était

un clos. Depuis la mort

salon

et

la

salle

à

de

les jours.

étrange.

tant

Bref 1 je me passionnai

pour

et

si bien

qu'un

matin

cette

découverte

je

retirai

lampes

ma mère, personne n'y mettait les pieds. Moi, je couchais

et pendules

et Ôtai le rayon du haut. Je réussis à dégager

dans une chambre du second et Catherine dans la pièce

la

tablette

du

dessous

et

à

m'y

installer.

Je n'étais

ni

voisine. J'avais un petit

mes devoirs et un grand placard pour mettre mes livres et mes cahiers. Avant moi, ce placard avait servi à entreposer les provisions et les conserves. Comme il était dans le coin le plus sombre de ma chambre, le construc-

teur

donnait

à environ cinq mètres au-dessus du sol et il était enduit

meuble de bureau pour faire

avait

sur

eu l'idée

de l'éclairer

Ce carreau

par

une

dormant

vitre

fixe qui

le dehors.

se trouvait

gros ni pesant. Je balayai les toiles poussiéreuses et

nettoyai la vitre qui faisait lucarne. En frottant un peu, le blanc qui la faisait opaque disparut. C'est à ce moment

que

j'aperçus

non

les fées,

mais

une

fée.

Elle

orné

entouré

qui

était

toute

blanche

dans

une

sorte

dans

lierre.

peplum

un jardin

C'est

Je ne saurais

de

de grandes

de

chantait

hauts

et

fleurs. Et elle marchait

murs

recouverts

je la reconnus

à

de

sa voix.

elle

intérieurement

d'une

substance

blanchâtre

qui

lui

don-

dire quel

âge elle

avait.

Pour

moi,

elle était

sans âge.

nait

l'aspect

d'\ijl

verre

dépoli.

Ou plutÔt comme

je la trouvais

belle et séduisante,

elle

On verra

que

ces

détails,

apparemment

insignifiants,

avait l'âge de mon cœur.

Ce fut pour moi quelque

ooose

18

LES

RÉINCARNATIONS

DE

DORA

DORA

19

de

miraculeux,

comme

une

ouverture

du

ciel

1>ur la

que de loin

en loin. Quand

elle survenait,

tous

les jeux

terre.

Je

redescendis

de

mon

observatoire

et

refermai

cessaient et les jeunes fées n'osaient plus rire. J'appelais

recro-

mon

âme sur cette

vision

 

intérieurement la vieille: « Carabosse)l, et me

 

A

dater

de ce jeudi,

je

me mis à guetter

l'apparition

quevillais

dans

mon

coin.

de temps

 

angélique.

Ma

fée

avait

l'air

triste

et

j'aurais

donné

Combien

cela dura-toi! ? Je serais fort

empê-

n'importe

quoi

pour

la

consoler.

Elle

chantait,

c'est

ché de le dire. Le jardin des fées a été le chef-lieu de

vrai, mais un air si mélancolique

il

me

donnait

envie

de

pleurer.

que, je ne sais pourquoi,

Je

me

disais:

« Quel

malheur

d'être

séparé

par

ce carreau

Puis,

en

petit

garçon,

je pensais qu'il

était

peut-être

défendu

de regar-

der

les

fées

et

que

si

celle-ci

m'apercevait

elle

me

transformerait

en

grenouille

ou

en

potiron.

Heureuse-

ment

mon observatoire

était à plusieurs

mètres

au-dessus

du

jardin.

sur

lequel

j'avais

vue

plongeante.

Je

ne

manquai

pas

un

seul

jour

de regarder

par

la

lucarne. Je grimpais dans

le placard

dès

le saut

du

lit.

Mais jamais

je

ne

vis

plus

de

fée

dans

la

matinée.

Pourtant

je

m'embusquais,

chaque

jeudi

et

chaque

dimanche.

Une

seule

fois,

j'aperçus

un

homme.

Je

le

pris

toujours

pour

un joué un rôle considérable

redoutable

enchanteur.

L'enchantement

3

dans ma pensée;

c'est

dans la vie.

Dès cet âge et bien que novice. je voyais déjà le dessous

des événements.

que

voir

solide

sa

conception tronquée qu'il explique l'univers, Pourquoi

ceux qui voient plus clair et plus loin seraient-ils obligés

d'attendre

leur

le

sur

la

de

nos

sens de la troisième

d'aujourd'hui.

parce qu'il en joue un non moins important

C'est ce qui manque

En toutes

choses

ils

ne

Nous

ne

sommes

même

les

six

faces

dimension.

aux

investigateurs

considèrent

pas

capables

avec

cube

est

un

au moyen

de

surface.

simultanément

d'un

L'homme

qui ne se connaît

pas lui-même et c'est

les myopes

ou les aveugles et de s'aligner

animaux,

tels

le

chien

ou

infirmité?

Certains

pigeon. disposent

d'un

odorat

ou

d'un

sens de l'orien-

tation supérieurs

à

ceux

de l'homme.

Dès que

j'ai

eu

conscience.

j'ai

joui

d'un

n:lir

spirituel.

C'était

généralement

dans

l'après-midi

que

je

voyais

apparaître

la fée.

Un

jour

j'en

vis surgir

deux

autres,

puis

une

troupe,

avec

des

rires

sans

fin.

Je

me

rends

compte maintenant

que

toutes

étaient

d'une

éclatante

jeunesse, sauf une, au regard sévère, et qui n'apparaissait

mes préoccupations enfantines. Il est possible que cette

Elle a

été

J'avais fini par connaître de vue toutes les fées, qui étaient huit en tout. Il y avait deux brunes; une rousse,

une châtaine et quatre blondes. Les unes étaient petites, d'autres moyennes, d'autres d'un abord imposant. Pres-

que toutes

vraient

blaient de grands papillons vivants. Cela aurait. pu continuer longtemps si j'avais eu de la sagesse. Mais un après-midi alors que ma fée' préférée,

la rousse, était seule, je ne résistai pas au désir d'être remarqué. Le cœur battant et avec l'appréhension que l'on devine (la première fois que l'on s'adresse à une

fée!)

penchée, se redressa, jeta un vif regard autour d'elle mais

ne me vit pas tout d'abord parce que j'étais trop haut. Elle était si jolie, avec son air étonné, que je heurtai de nouveau la vitre. Alors elle aperçut mon visage enfantin derrière la lucarne, sourit et m'envoya un baiser, A onze

Je lui

rendis

se

ans, je n'étais

période

sans

ait été brève

limite

dans

dans le temps

mon

âme

des hommes.

d'enfant.

portaient

des tissus arachnéens

qui les recou-

elles crem-

à peine.

Quand

le soleil les éclairait,

je

frappai

du

doigt

au carreau.

La fée,

qui

était

pas un séducteur

son baiser

bien

redoutable.

la vitre

cependant

à travers

et elle

sauva

dans

la

maison

comme

si elle s'envolait.

 

A dater

de là je connus

une joie indicible.

Non seule-

ment

j'avais

vu

le jardin

des

fées.

mais

encore

l'une

d'entre

elles

me

prenait

sous

sa protection.

Car

je

ne

. doutais

pas de devenir

son

favori

et

de participer

aux

charmes

de

sa

baguette,

bien

qu'à

la

vérité

je

n'aie

jamais

aperçu

la

moindre

baguette

dans

les

mains

de

ces fées-là.

 

Je restai

encore

un bon

moment

en

faction,

puis

ne

voyant

personne

sortir

de

la

maison,

je dus

reprendre

l'existence

ordinaire.

'celle-ci

me parut

infiniment

terne

.1••

20.

LES

RÉINCARNATIONS

et le repas du soir désolant.

le remarqua

et

dit

:

j'étais

DE

DORA

si agité que mon père

- Ce garçon est insupportable, Catherine. Faites-le

coucher

tout de suite. Je ne puis le voir plus longtemps.

Ma bonne

monta

avec

moi, m'aida

à me dévêtir,

me

DORA

21

à quoi

des fées. Simplement parce qu'elles ne travaillaient pas et chantaient souvent. Logique de petit garçon, sans doute, mais les fées ne sauraient être logiques, sinon elles

ne seraient pas fées. j'ai toujours pensé depuis qu'un

Vous

me

demanderez

je

voyais

que

c'étaient

borda dans mon lit avec tendresse, et pour me calmer me raconta une histoire, histoire de fées, bien entendu.

connais une

j'avais

envie

de dire

à Catherine:

« j'en

logicien qui rencontre

voir. En contemplant cette troupe gracieuse, je restai muet

une fée passe auprès d'eUe sans la

bien plus belle.»

 

de plaisir. Les fées, elles, ne demeuraient p~ muettes.

Mais je

refoulai

mon

secret.

Elles couraient, jouaient, s'embrassaient, mais la mienne

 

••

était absente. Soudain je la vis paraître et elle regarda dans ma direction. Mon cœur devenait fou. j'approchai

aucune

chance de contempler les fées. Je jetai un rapide coup

d'œil

à mon

retour

Je

alors à mon obser-

m'y attendais et savais qu'il

Le lendemain

avant

était

un

vendredi

et

je

n'avais

d'aller

à

l'école

et

en serait

vis le jardin

désert.

de même

<le classe. Je montai

cependant

vatoire, mais n'aperçus rien d'intéressant. Je comptai les

mon

les feux du soleil couchant. Ma fée me désigna du doigt

visage de la vitre. Celle-ci étajt alors frappée par

et dit quelque chose à ses compagnes. AussitÔt les regards

de toutes

les fées se tournèrent

vers

le haut.

j'essayai

de

sourire

timidement

et

les fées

se mirent

à sourire.

Et quand la mienne eut renouvelé son baiser, toutes les autres en firent autant. j'étais si bouleversé que j'omis

heures jusqu'à

la

nouvelle

trêve

scolaire

et

m'efforçai

mes précautions habituelles. Je pesai sans doute

d'un

de

ne

pas

laisser

voir

mon

impatience

par

les

tiers.

trop grand

poids

sur

l'étagère

et

celle-ci

bascula

avec

D'ordinaire quand j'entendais Catherine gravir l'escalier,

bruit.

Je sautai

à terre

et tentai

de remettre

les choses

son

pas

pesant

me

mettait

en

garde,

d'autant

qu'elle

 

en place. Catherine, attirée par le vacarme, gravit

avait l'habitude de pousser des « Jésus! Marie! )l presque

pesamment mon escalier. Je refermai en hâte le placard

à chaque

marche,

et

je

sortais

vite

du

placard.

j'étais

et dis que j'avais fait choir des livres. La bonne fiUe se

censé

faire

mes

devoirs

et

je

m'installais

à

ma

table

contenta de l'explication et je pus enfin demeurer seul.

comme un laborieux élève. Elle n'entrait pas toujours

 

Un bonheur inexplicable m'habitait. Je n'avais plus

et quand elle le faisait, se contentait sur ma tête.

de passer

sa main

rien de terrestre. Une musique chantait dans ma tête et les anges dansaient dans mon cœur.

-

Tu

travailles

trop,

disait

la brave

femme.

Ne te

Comme

Catherine,

on

le

voit,

je faisais un curieux

surmène

pas

autant.

 

mélange de christianisme et de paganisme. On avouera

Ma

dissimulation

me

pesait

alors

lourdement

et

je

que mon émotion était fondée car y eut-il plus incroya-

me sentais

intérieurement

en faute.

j'étais

ble aventure que celle-là?

de tout

révéler

à Catherine,

mais la crainte

parfois tenté de me voir

interdire

l'accès

de la lucarne

était

plus

forte

que

tout .

••

Enfin ce bienheureux

après-midi,

tant

souhaité,

amva.

 

AussitÔt après le déjeuner,

j'étais

monté

dans ma cham-

 

j'eus

beau

garder

mon

trésor

pour

moi

seul,

j'étais

bre et j'avais

bondi sur le rayon

du placard.

Aucune

fée

dénoncé

par

ma

propre

contenance.

A dater

des

appa-

n'était encore là et j'attendis

de

longues

minutes.

Puis

ritions,

je

ne

fus plus

le même. j'eus

des malaises et je

une porte

s'ouvrit

et plusieurs

fées apparurent

en même

perdis l'appétit.

Chose

plus

grave:

je

négligeais<