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DICTIONNAIRE

DI

RAISONNÉ

L'ARCHITECTURE

FRANÇAISE

DU

XI'

AU

XV!'

SIÈCLE

 

VII

Droits de traductloa

et de reproducllon réservé»

DICTIONNAIRERAISONNÉ

DE

L'ARCHITECTURE

DU

FRANÇAISE

XIe AU

XVIe SIÈCLE

PAR

E. VIOLLET-

ARCHITECTE

LE

- DUC

TOME

SEPTIÈME

LIBRAIRIES

5,

PARIS

- IMPRIMERIES

EUE

TTfrE MAISON

MOBEL

SAINT- BENOIT, 5

RÉUNIES

DICTIONNAIRE RAISONNÉ

DK

L'ARCHITECTURE

FRANÇAISE

DU XT AU XVIe SIÈCLE

PALAIS,s. m. C'est la maison royale ou suzeraine, le lieu où le suze-

rain rend la justice. Aussi ce qui distingue particulièrement le palais, c'est la éas«7/jMe,la grande salle qui toujours en l'ail la partie princi-

pale. Le Palais, au moyen à^e, est, a dater des Carlovingieiis, placé

dans la capitale du suzerain, c'est sa résidencejusque vers le xi\c sie- cle. Cependantles rois mérovingiens ont possèdedes palais dans les campagijesou a proximité «lesville-. Iles premiers palaisel.iieiil a peu près élevéssur le modèledes nï(<r gallo-romaines,quelquefoismême dansles restes de cesétablissements.Lesp;dai- de Yerberie, de l'.om- piègne, de Chelles,de Noisy, de Braisne, d'Atligiiy, n'étaient que de

véritables

villa'.

«L'habitation royale n'avait rien de l'aspect militaire deschâteaux

«du moyenâge: c'était un vastebâtiment entouré de portiques d'ar-

" chitecture romaine, quelquefois construit en bois poli avec soin et

«orné de sculptures qui ne manquaient pas d'élégance. Autour du

« principal corps de logis se trouvaient disposés,par ordre, les loge-

- menls des ofticiers du palais, suit barbares, soit

romains

d'origine,

« et ceux deschefsde bandequi, selon la coutume germanique, s'é-

«"taient mis avec leurs guerriers dans lu truste du roi, c'est-à-dire, MJUS

un engagementspécial de vasselageet de fidélité. D'autres maisons - de moindre apparenceétaient occupéespar un grand nombre de fa- " milles qui exerçaient,hommeset femmes,toutes sortes de métiers

«

» La plupart de ces familles étaient gauloises,néessur la portion du * sol que le roi s'était adjugécomme part de conquête, ou transpor-

vn.

-

1

[ PALAIS]

-

2 -

< féesviolemmentde quelquesvillesvoisinespourcoloniserle do-

" maineroyal; mai- si l'on enjuge par la physionomiedesnomspro-

«près,il y avaitaussiparmiellesdesGermainset d'autresbarbares «<dont lespèresétaientvenusenGaule,commeouvriersou gensde

. service,a la suite desbandesconquérantes.D'ailleurs,quelle que

" tut leur origine, ou leur genred'industrie, cesfamillesétaient pla-

" réesau mêmeranget désignéesparlemêmenom,parcelui de h.les

"" en languetudesque,et en languelatine par celui defîscalins,c'esl-

« à-dire attachées au fisc. Des bâtiments d'exploitation agricole, des <.haras, des étables, des bergeries et des granges, les masures des cultivateurs et les cabane- des M-rfsdu domainecomplétaient le vil-

<"lage rnyal. qui ressemblaitparfaitement,quoique sur une plus

grandeéchelle,auxvillagesdel'ancienneGermanie1

» Deshaies

vives,desmurs depierres sèches,des fossés,entouraient cet ensemble

et tonnaient quelquefois plusieurs enceintes, suivant

l'usagedes peuple* i|u Nord. L'aivhileclure des bâtiments participait de-,diversesinfluences sous lesquelles on les avait élevés: c'était un mélangede Iradilioiis gallo-romaineset de constructions de bois éle-

de hàtimeiiK

vées avec un certain art, peintes de couleurs brillantes.

des hangar>. des celliers énormes, contenaient des provisions amas-

séespendantplusieursmois, et que les princes barbaresvenaientcon- sommer a\ec leurs leudes. Lorsque tout était vide, ils se transpor-

laienl

des

grandes furets, retentissaient des cris des chasseurs et du fracas d'or-

gies qui se pruluii^eaient souvent pendant plusieurs

Des granges,

dans un autre domaine.

Ces palais,

bâtis

sur la lisière

jours.

Les Carlo-

\ indiens conservèn-nt encore cet usage de vivre dans les palais de cam-

pagne. et Charlemagneen possédait un grand nombre -'. Mais alors la vie en commun était remplacéepar une sorte d'étiquette; les palais ressemblaientdavantagea une cour; de beauxjardins lesentouraient, cultives avec soin ; les enceintesétaient mieux marquées. Toutefois la grande salle, la basilique, formait toujours la partie principale du do- maine. Voici fig. 1) un aperçu de l'ensemble de ces palais carlovin- giens. Charlemagneavait fait entièrement rebâtir le palais de Verberie, près de Compiègne.Il en restait encore de nombreux fragments dans le dernier siècle, si l'on en croit le P. Carlier3. D'après cet auteur, Charlemagneaurait bâti la tour du Pnedium,c'est-à-direle donjon do-

minant

le domaine,

tour

dont

les soubassements

étaient

encore

visi-

blesdesontemps.Il auraitfait construirele principal corpsde logis

1 /,v il i/.-s/ciuyis-mérovingiens,par AugustinThierry, récit 1".

' CharliMiia/ii" avaitaussides palaisdansdes villes, celui d'Aix entreautres,qui

c | ->.iit pour

très-beau.

" Karles ne torna pas i Saint-Pullc

inn lir

" N'an Sunl'.iLii- |.li'iiiiT, <|ifu ili- marbrebis. "

(La Chantondts Saxons,cli. L.)

1Ili-t itnduchédeValois,parleP.Carlier,prieurd'Andrezy,1761,t. F,liv Jl,p jfjg

-

'6

[

VALAIS]

«édificeimmense», ainsiquela chapelledu palais,qui, « conservait encorele nomdechapelleCharlemagneau xivesiècle.»

« Ce palais, dit le V. Carlier, tenait a plusieurs dépendances,qui formaient comme autant de châteaux particuliers, dont chacun

avait sadestination

Le palaisdeVerberie avait sonaspectau midi ;

les édifices qui le composaients'étendaientde l'occident à l'orient,

sur une ligne de 240toises. Un corps de logis très-vaste,où se te- naient les assembléesgénérales,les parlements, les conseils, etc., mallobergium', terminait à l'occident cette étenduede bâtiments, de même que la chapelleù l'orient. La chapelle et la salle d'assemblée formaient comme deux ailes, qui accompagnaientune longue suite

d'éditices de différentes formes et de différentes grandeurs. Au centre

de toute cette étendue paraissaitun magnifique corps de logis d'une

hauteur excessive,composé de deux grands étages

notices, ajoute Carlier, de quelquesrestesde l'ancien palais et d'un

J'ai tiré ces

1Mallobergium,malbergium,maisondesplaids, lieu où l'on rendait la justice. (Voje*

du Gange,

[ PALAIS]

- 4

-

«titre durègnedeFrançoisIer,quipermetla démolitiondesdiffé-

"

rentespartiesde cepalais.Cespartiesde bâtimentavaientétém-

«cendiéessous le règne infortuné de CharlesVI, un >iècle aupara-

<" \;mt.

»

Cene fut qu'aprèsles invasionsdesNormandsque cesrésidences

se convertirent en forteresses,et constituèrent les premiers châteaux

frodaux. iVoy. CHATEAU.)

La résidencedes rois de France, dansl'île de la Cité, à Paris, était

désigné*tesousle nomdu Palaispar excelllence,tandis qu'on disait le

château du Louvre, le château de Vincennes. Tous les seigneurs suze-

rains possédaientun palaisdans la capitale de leur seigneurie.A Troyesétait !""palaisdescomtesde Champagne,à Poitiers celui des

comtes de Poitiers, à Dijon celui des ducs de Bourgogne. Cependant,

à dater du xr

siècle,conformément aux habitudes des seigneurs du

moyenà^e,h-palaisétait ou fortifié ou entouréd'une enceinte for- litiée; maisgénéralementil occupaitune surfaceplusétenduequeles châteauxrie campagne,secomposaitde servicesplus variés,et lais- ^aitquelques-unesdesesdépendancesaccessiblesau public. Il enétait demêmepourlesrésidencesurbainesdesévèques,qui prenaientaussi le nomde palais,et qui n'étaientpasabsolumentferméesau public»

conum1le châteauféodal. Plusieursde nos anciens,palais épiscopaux de France conservent ainsi des servitudes qui datent de plusieurs siècles.Les cours, plaids, parlements, les tribunaux de l'officialité, se tenaient dansles palais du suzerainou de l'évèque : il était donc né- cessairede permettre au public de s'y rendre en maintes occasions. La partie essentielle du palais est toujours la grande salle, vaste es- pacecouvert qui servait à tenir les cours plénières, dans laquelle on convoquait les vassaux,on donnait desbanquets et des fêtes. De lon- guesgaleries accompagnaienttoujours la grande salle ; elles servaient

depromenoirs.Puisvenaitla chapelle,assezvastepour contenir une

nombreuseassistance; puis les appartements du seigneur, les loge- ments des familiers, le trésor, le dépôt des chartes ; puis enfin les bâtiments pour les hommes d'armes, des cuisines, des celliers, des

magasins,des prisons,desécuries,des préaux,et presquetoujours

un jardin. Une tour principale ou donjon couronnait cette réunion

de bâtiments, disposésd'ailleurs irrégulièrement et

besoins.

suivant les

La plupartdecespalaisn'avaientpasété bâtis d'un seuljet, mais

s'étaientaccruspeuà peu,enraisondela richesseoudel'importance

des seigneursauxquelsils servaientde résidence. Le palais des rois à Paris, dans lequel ces souverains tinrent leur

cour,depuisles Capétiensjusqu'àCharlesV, présentaitainsi,aucom-

mencementduxnesiècle,uneréuniondebâtimentsdontlesplusan- ciens remontaient à l'époque desaint Louis, et lesderniers dataient du règne dePhilippe le Bel. Desfouilles récemmentfaites dans l'enceinte du palais de Paris ont mis au jour quelques restes de constructions

- 5 -

[ PALAIS]

gallo-romaines, notamment du côté de la rue de la Barillerie ; mais dans

l'ensemble desbâtiments il ne reste rien d'apparentqui soit antérieur au règne de Louis IX. Depuis CharlesV, le Palais fut exclusivement affectéau servicede la justice, et les rois ne l'habitèrent plus. Ce suu- verain y fit faire quelques travaux intérieurs, ainsi que Louis XI;

mais Louis XII l'augmenta en construisant

le bâtiment

destiné

à

la

chambredescomptes,et qui setrouvait occuper,placede la Sainte- Chapelle,l'emplacementaffectéaujourd'huià l'hôtel du préfetde po-

lice. Nous donnons(fig. -2)\P plan du Palais de Paris à rez-de-chaus- sée,tel qu'il existait au commencementdu xvi" siècle.

Des constructions

de saint Louis,

il

ne restait plus alors, comme

aujourd'hui encore,que la Sainte-ChapelleA, le enrp-<de bâtiment 1$ compris entre les deux tours du quai de l'Horloge, cl la loiir carrée

du coin G, dont les substructions

paraissent même appartenir

à une

époqueplus ancienne. Le bâtiment D, affectéaux cuisines, est un peu

postérieur au règne de saint Louis.

Peut-être

l'enceinte

E, avec le>

portes F, qui existaientsur la rue de la Barillerie, et qui, au xiv' siècle,

donnaient encore sur un fossé, avaient-elles été élevées par Louis IX,

ainsi quele donjon G, dit

tour deMontgomery', et qui subsistajusque

siècle'2?

vers

le milieu

du

dernier

Philippe le Bel fit construire les galeries H, la grande salle I, les portiques K et le logis L, « tres-sumpleuxet magnifiques ouvrages »,

dit Gorrozet3, qui les a encore vus tout entiers, bâtis sous la direction

de « messireEnguerrand de Marigny, comte de Longueville et géné-

« rai des finances, et voyez (ajoute le même auteur) quels hommes on

«employoit jadis à tels étatsplustost que desaffamez,et des hommes «qui ne demandentque piller l'argent du prince. » Enguerrand de Marigny n'en fut pasmoins pendu, commechacun sait, ce qui enlève quelque choseau sens moral de la remarque du bon Parisien Cor-

rozet.

Les bâtiment* de la chambredescomptes, commencéspar Louis XI et achevéespar Louis XII, étaient en M. En N, était une poterne avec tournelles, dont nous avons encore vu les restes intéressants il y a quatre ans. Cette poterne et l'enceinte 0, avecquais, dataient du

xive siècle. Quant à l'enceinte

E', ses traces étaient visibles

dans des

maisonsparticulières avant la construction du bâtiment actuel de la police correctionnelle, ainsi que le constate un plan relevé avec le plus grand soin par M. Berty, et accompagnéde renseignementsbien

1 Ce fut dans cette tour que Montgomery fut

à

Henri

11.

1 Ainsi que le constatent deux dessins fort

enfermé après le tournoi qui fut si fatal

curieux, représentant les démolitions du

Palaisavantla constructionde la façadeactuelle sur la cour du May.Ces dessin?,qui

appartenaient à M. Lassus,ont été lithographies pour faire partie d'une monographie du

Palaisqui n'a pasété publiée. 1 AntiquitésdeParis

[

PALAlbJ

G -

précieux1.EnPétaitunechapelleplacéesouslevocabledesaintMi

»Voy.VffisJ.topogr.etarchéofdel'âne.Paris,parMMA.LenoireU. BwtyiTeuille.V).

- 7

-

[ PALAIS]

chel, en H le pont aux Changeurs,et en S le pont aux Meuniers, ou l<î Grand-Pont.En T, le jardin, les treilles du roi, séparé d'une petite île (île auxVaches)par un brasdela Seine.Là était le bâtiment desétuves. De ce vasteensemblede logis et monuments, il reste encore aujour- d'hui : la Sainte-Chapelle,privée seulementde son annexeV à trois étages,servant de sacristie et de trésor des chartes; le rez-de-chaus- séede la grande salle,tel quele donne notre plan; une partie notable

despartiesK; la partie'intérieuredu bâtimentdescuisineset de la

salle B, ainsi que les quatre tours sur le quai de l'Horloge; le logis L

dans toute sa hauteur. C'était dans la cour X qu'était planté le may.

Cette réunion de monuments, tous d'une bonne architecture,

tait au centre de la Cité l'aspect le plus saisissant. Nous avons essayé d'en donner une idée dans la vue cavalière (tig. 3j prise de la pointe de I ile en aval '. Les étrangers qui visitaient la capitale s'emei \eillaionl.

fort de la beauté des bâtiments du Palais,principalement de l'effet de

présen-

la cour du May, qui,

Barillerie, présentait une réunion d'édifices plantés de la manière la

plus piltoresque. Le grand perron, qui donnait au premier ela^e de la

en entrant parla porte donnant sur la rue de la

galerie d'Enguerrand ; celui de droite, qui moulait sur la (errasse communiquant à la grande salle; les parois de celle-ci avec ses fenê- tres à meneaux ; le gros donjon de Montgomery, dont la toiture parais-

sait au-dessusdes combles de la grande galerie, la Sainte-Chapelle

avec son trésor, formaient réellement un bel ensemble, quoique peu symétrique. Si l'on tournait à gauche vers la chapelle Saint-Michel,

on découvrait la façadeélégantede la Chambredes comptes avecson gracieuxescalier couvert, puis l'escalier de la Sainte-Chapellebâti par

Louis XII, puis le gros donjon relégué au fond de la cour. En longeant la Chambre des comptes, on passait dans les jardins du Palais, et Ton voyait se développer la façade mouvementée du logis, dont il reste en-

core aujourd'hui loule une portion. A chaque pas, c'était un aspect

nouveau, une surprise, et la variété de toutes

tribuait à augmenter leur étendue. Il y a bien loin de ce palaisaux

bâtissesglacialeset ennuyeusespar leur

sommes habitués depuis le grand siècle.

ces constructions

con-

monotonie, auxquelles nous

C'est dans ce palais que Charles V recul et logea l'empereur

CharlesIV, probablementdansdes bâtiments qui occupaient l'empla-

cementaffectéplus tard à la Chambre des comptes

« roy lever l'empereur, à tout sa chayere, et, contremont les degré/. «porter en sa chambre (l'empereur était goutteux;, et aloit le roy,

<«Lors, tist le

' Vnvez le graml plan de Paris à vol

d'oiseau, par Mérian, et la tapisserie île l'Hùlt-l

il'.'ville; la Topographiede la Gaule,par Mérian; Livre troisième dp lu Cosmogr.utn- i-erselle,SébastienMunsteret Belleforest,1665;le plan de Gomboust;l'Suvre d'Israël S\l\estre; la Topographiede la France,Bibl. nat ; l'Suvre de Pérellc (vuedu pont lu Change); \'Ilist. pittor. duPalaisde.Justice,parSauvanet Schmit, IH-J.j; l'Itinéraire arch. <lefarts, par M. le baronde Guilhermy.

[ PALAIS]

-

8 -

c,d'uncosté,i-tmenoitle roydeslloiuniainsà sasénestremain,et

i

it

"

«s

rLJ!^^:"--"-*'"I

« ainssy le convoyaen sa chambrede bois d'Irlande, qui regarde sus « les jardins et vers la saincte Chapelle, qu'il avoit fait richement ap-

«pareiller,et toutes les autres chambresderrière,laissapour Tern-

[ l'ALAlSJ

et son filz ; et il fu logiés es chambreset galatois que son

- y

-

« père le roy Jehan fist

faire

'.

»

II estcertainquecespalais,cesgrandesrésidencesseigneuriales,au

moyen Age,s'élevaientsuccessivement.Suivantune habitudeque nous voyonsencore observéeen Orient, chaque prince ajoutait aux bâti- ments qu'il trouvait debout, un logis, une salle, suivant h-s goût?,ou les besoins du moment. 11n'y avait pas de piojvt d'ensemble suivi méthodiquement, exécuté par fractions, et, loin de se conformer à une disposition unique, les seigneurs qui faisaient ajouter quelque logis à la demeure de leurs prédécesseurs,prétendaient donner à

l'Suvre

nouvelle un caractère particulier;

ils marquaient

ainsi leur

passage,laissaient l'empreinte de leur époqueen bâtissant un logis tout neuf, suivantle goût du jour, plutôt que d'approprier d'anciens bâtiments. Os n''sidfiirt'> pn'M-ntent donc de la variété non-seule- ment dans les parties qui les composent,mais aussientre elles, et si leur programmeestle même,la manièredont il a été interprété diffère/ danschaqueprovince. Ici la chapelleprend une importance considé- rable, là elle se réduit aux proportions d'un oratoire. Dans tel palais, le donjon est un ouvragede défenseimportant ; dans tel autre, il ne

consiste qu'en une bâtisse un peu plus épaisse et un peu plus élevée

que le reste du logis. Seule la grand salle occupe toujours une vaste/ surface,car c'est là une partie essentielle,c'est le signe de la juridic-

tion

seigneuriale,

le lieu

des grandes

assemblées ; comme dans b-s-

châteaux, elle possède un large perron et s'élève sur des celliers voû-

tés. A Troyes,par exemple,le palaisdescomtesde Champagne,accolé

àl'égliseSaint-Etienne,qui lui servaitde chapelle,n'avait,relative-

ment à l'édifice religieux, qu'une étendue assezmédiocre ; sesloge- ments étaient peu nombreux, mais la grand salle avait 52 mètres de

longueur sur 20 mètres environ de largeur. Une tour

carrée, accolée-

au tlanc nord de l'église et dépendant de celle-ci, servait de trésor et de donjon. Les pièces destinées à l'habitation, renfermées dans un premier étagesur rez-de-chausséevoûté, étaient placéesen enfilade- sur l'un des lianes de la grand salle et devant l'église du côté ouest; elles donnaient sur un bras de la Seine. Un jardin du côté du midi et une place du côté septentrional bornaient le palais; c'était sur cette

placeque s'étendaitle large perron servantd'entréeprincipale à la

grand salle2.Du reste, le palaisde Troyes cessad'être la demeure des comtes de Champagnedès 1220; ceux-ci préférèrent établir leur rési-

dence

à Provins.

Le palaisdes comtes de Poitiers est un de ceux qui, en France, ont conservepeut-être les plus beauxrestes. Bâti sur desruines romaines par les Carlovingiens,puis détruit à plusieurs reprises, il fut réédifié

1ChristinedePisan,leLivredesfaictsetbonnesmeursdusageroyCharles,chap.xxsvrii. 1"Voyezle plandecepalaisdansle Voyagearchéol.dansle départementde l'Aube*

par A. F. Arnaud(I837j. Cepalaisest entièrementrasé.

vu.

-

2

'

P\L\1S]

-

-

parGuillaumele GrandaucommencementduMesiècle;decette

reconstructionil ne reste rien. On attribue à GuyGeoffroy,1

"Guillaume,la constructiondela grandsallequenousvoyonsaujour- d'hui: mai-cettesalleprésentanttouslescaractèresde l'architecture civiledelatindu xucsiècle,etGuyGeoffroyétantmorten 1086,il faut

lui trouverun autre fondateur.Le palaisde Poitiersfut brûlé en 1346 par les Anglais,puis réparé en 13!i:>parJean,ducde Berryet comte de Poitou. Ceprince,frèredu roi CharlesV. tit rebâtir le pignonde la

grand

salle, décore d'une immense cheminée (voy. CIIKMIMÔI-:,fig. '.»

et l(i , et le donjonqui existeencore,quoiquetrès-mutilé,et qui sert

aujourd'hui de cour d'assises'. Cette magnifique construction se com-

posed'un groscorpsde logisbarlong,à trois étagesvoûtés,flanqué de quatre tours rondesaux angleset couronnéde mâchicoulis,cré-

neaux

et

combles.

Nousdonnons tig. \) le plandespartiesencoreexistantesdu palais

4*

de Poitiers. En A est la grand salle,

enl! ledonjon.D'autreslogisexis-

taient en C,mais il n'en reste plus

que quelques traces. La muraille

de la ville gallo-romaine passait

en

R

et

servait

de

soubassement

à la grand salle,dont l'entrée était

en D. Une déviation

de voie

pu-

blique, ou peut-être l'orientation,

avait dû faire planter le

donjon

debiais,ainsiquel'indiquele plan.

Ce donjon du palais affecte une

disposition particulière qui n'est

point

celle

que

nous

observons

dansles donjons de châteaux,les- quels ne présentent qu'une tour

ou

un

amas de

logis

fortement

défenduspar desouvragesimpor-

tants, comme l'est, par exemple,

celui

Le donjon

du château de Pierrefonds.

du Palais de Poitiers

est à lui seul un petit château,

possédant une grand salle à cha- que étage et des chambres dans

lestours.Il affecteuneapparence

de forteresse, mais il n'est réelle-

entquungroslogiséclairépardelargesbaieset n'étaitnullement

proprealadéfense;il serapprochedel'architecturecivile,etlestours, ' «C'estlà,ditM.r.h.deChergê,danssonr.nideduvoyageuraPoitiers,quese

. iruuvelatourhistoriquedeMaubeigeonIMall.h^j,audiencesenlieuxcouverts,Mallo-

-

I

1

-

les mâchicoulis, ne sont là qu'un appareil féodal'.

[ PALAIS]

Nous donnons

(fig.S uneélévationdu donjondu palaisde Poitiers,faite sur l'un

despetitscôtés. Aujourd'hui les constructionsdes tours sontdéra- séesau niveauN; cependantles seizestatuesont étéconservéessur

leurs culs-de-lampe, quoique fort mutilées. Cesstatues surit revêtues

de l'habit

civil

du commencement

du

xv' siècle.

L'artiste

a-t-il

voulu

représenterles comtesdu Poitou?C'estcequ'il estdifficile de savoir.

(Juoi qu'il en soit, elles sont d'un beautravail. La coupe lrans\ersale du donjon, faite sur la ligne BGdu plan (fi},'.6), montre lesdeux salles inférieures, avecleurs voûtes reposant sur une épinede trois piliers, puis le secondétagene formant plus qu'une grand salle >anspiliers.

ku-dessus setrouvent le galetas et les chemins de

ronde desservant

les mâchicoulis. Un escalier à vis compris dans une tour carrée, autrefois englobée dans les logis bâtis entre ce donjon et la grand salle, permet d'arriver aux trois étagespar un couloir détourné, ainsi

que l'indique

le plan.

Les palais des seigneurs suzerains laïques forment au milieu des

villes où ils sont situés une sorte d'oppidum, de lieu à la fois fortifié

et

sacré,comme était l'acropole des villes grecques,('/est dans le palais

suzerain que sont conservées les reliques les plus précieuses et les plus

vénérées parle peuple;

c'est là que sont déposés les chartes, les tré-

sors ; c'est là que se tiennent les coursplénières, que siègentles parle- ments, que se passent les fêtes à l'occasion du mariagedes princes, des traités. Quant aux palais desévèques,ils ont un autre caractère

qui mérite de fixer

nagedes cathédrales(ce qui est naturel/, ils sont presque toujouis

bâtis le long des murailles ou sur les murailles mêmes de la cité, et peuvent contribuer à leur défense au besoin. Ce fait est trop général

pour qu'il n'ait pasune origine commune.En premier lieu, il prouve- lait ceci : c'est que le> evêchesse sont établis, primitivement, sur quelque castellumtenant auxmurs desvilles gallo-romaines; en second lieu, que la construction de ces palais à dû précéder la construction des cathédraleset déterminer leur emplacement.En effet, on ne s'ex- pliquerait pascomment la plupart de nos plus anciennescathédrales,

l'attention desarchéologues.Situés dans le voisi-

«bergium),lieuoù,dèsl'origine,et sousChai-lnu^m',l'uivuttenuesle* audiencespu-

«bliqueset renduela justice, et dont relevèrentdi-piii>tous les fiefs capitauxde la pro-

«vince

Cefut dansle palaisdePoitiersquele dauphin,lïls deFrance,fut proclamé

" roi sousle nom deCharlesVII (oct. 1422);ce fut là enruiv que lut interrogée,par les " docteursles plushabiles,Jeanned'Are, la Pucelle(marsU"29j; ce fut là que s'assem- " blèrentles parlementsde Paris et de Bordeaux,au momentoù la France presque

«entière était anglaise

» Si un monument est historique, c'est bien celui-là.

1 En effet, les saillies des ornements entourant les fenêtres, les statues décorant les cjlindres des tours, auraient jti'né beaucouple service des mâchicoulis, si l'on eût voulu

en faire usageen cas d'attaque. M. de Mèiindol

a bien voulu nous communiquer l'excel-

lenttravail qu'il a fait

sur le palaisde Poitiers,et c'estd'aprèssesrelevéstrès-exactsqu^

nos dessins

ont

été

réduits.

l

PALAIS]

- 12 -

rebâtiesplusieursfois,toujourssurle mêmeemplacement,depuisles

vu' et vin' siècles,cellesdeParis,deMeaux,de Bourges,d'Amiens,de

m -J laT

Soissons,de Beauvais,de Laon, de Senlis,de Noyon, de Langres.

d'Auxerre,duMans,d'Evreux,deNarbonne,d'Alby,d'Angoulême,de

Poitiers, de Carcassonne,de Limoges, et tant d'autres, s'élèventplutôt

L PALAISJ

près des anciensremparts qu'au milieu même de l'enceinte des cités. Les villes gallo-romainespossédaient,ou un capitule, ou au moins un

13 -

castellum,le long d'un desfronts des remparts, commesont encorenos

citadellesmodernes;c'est au milieudececapitolegallo-romain,ou dansun decesréduitsvoisinsdesremparts,ques'implantentlespre-

miersévêchés.N'oublionspasqu'àla fin duM"siècle,«lesévèques

fiaientleschefsnaturelsdesvilles; qu'ilsadministraientle peuple

[ PALAIS]

-

H-

dansl'intérieurdechaquecité; qu'ilslereprésentaientauprèsdes

barbares; qu'ilsétaientsesmagistratsendedans,sesprotecteursau

dehors

*.

»

Lepalaisépiscopalbâti,la cathédrales'élèveàcôté; et chaquefois

quelacathédraleserebâtitàneuf,il estrarequele palaisépiscopalne soitpointreconstruitenmêmetemps.Or il nousrestequelquesplans

d'évéchésdu \ue siècleet mêmedu xie.Cesplansprésententunedis-

positionà peu prèsuniforme: une grandsalle,une chapelle,une

tour ou donjon, desdépendancesmixtes entre le palaiset la cathé-

fir.vle,etdeslogisqui, probablement,avaientpeud'importance,puis- qu'onn'entrouvepasde traces.Le signereprésentatifdu pouvoir

épiscopal,à la foisreligieuxet civil dansles premierssièclesdumoyen

;V-if.c'est la grand salle, curie canonique et civile, au besoin forte-

resse,qui devientplustard l'ofticialilé etla sallesynodale.L'évêchéde Paris,reconstruitparl'évêqueMauricedeSully,vers 11GO,conservait

encore ce caractère; il ne faisait d'ailleurs que remplacer un palais plus ancien dont les fondations, découvertes par nous en 1843 et 1816, peuvent passerpour une structure gallo-romaine.C'étaiHa résidencedont parle Grégoire de Tours, et qui existait de son temps. Dans la chapelle palatine épiscopale, dont nous avons vu encore les restes en 1830,on lisait cette inscription rapportéeparle P. Dubreul- : « fftee basilica(la chapelle) cunsecratnesta Domi.noMauritio Parisiensi episco/jo,in honorebeat/rMmHP,beatorummartynun Dionysii, Vincentii, .Wnitritii,tt «iiiiiiinii sonr-tortim.» Or, ce palais reconstruit par Maurice

de Sully se conduisait

d'une grand salle, avec bâtiments

tenant

au

chSur de la cathédrale,qu'il réédiliait en même temps, et d'une cha- jM'He.Deslogement^privés du prélat, nulle trace. Voici (fig. 7) le pian du rez-de-chaussrr de ce palais epismpal du xile siècle. En A était la chapelle,en B, le donjon, en G la grand salle,qui alors ne s'étendait pas au delà du mur pignon D. Le cha-ur de la cathédrale,

rebàli par .Mauricede Sully, est en E; la salle F servait de trésor

au

premier étage, avec escalier de communication entre le palais et le

cbii-ur,et de sacristieau rez-de-chaussée.La grand salleau premier étageformait un seulvaisseauvoûté.Ici la muraille gallo-romainede

la cité passeen M, sous la cathédraleet au delà de son abside, et en creusant les fondations de la nouvelle sacristie, nous avonsretrouvé une substruction de la même époqueen G et en P. Il semblerait donc

quelesévèquesde Parisavaientprofitéd'un saillantformépar les défensesdela cité,d'une-odedecastv/lum,poury enfermerle palais

épiscopal.Lemur méridionaldela grandsalleétait mêmebâti sur les

fondementsdel'enceintegallo-romaine,etfut encorecréneléparMau- ricede Sully.Alors,dit le P.Dubreul,«l'evesqueet lessiensalloient

«delagrandesalleà lagrandeéglise<lacathédrale)parunegallerie

1Guizot,Hixt.delu ,-i,'iln,,ii.enFrance,MU'leçon. ' LeThéâtredesaiiti'jiiitv*deParis,,101:2,p 43.

- 15 -

[ PALAIS]

«(l'aileF),laquellemessieurslesPoncherssuccesseursevesques(du

siècle;ontdepuisquittéeauxchanoinesqui y mettentlesreliques

7

"

« et les plus beauxornemens.DepuismessirePierre d'Orgemont(com-

« mencemenldu xvesiècle),fit baslir le secondcorpsd'hostel qui a

<"veuë tant sur le jardin que sur le lieu dict (c'est le bâtiment H).

|î PALAIS]

-

16 -

«LongtempsaprèsmessireEstiennedePoncher(commencementdu

«XVIesiècle),centdeuxièmeevesquedeParis,lit (édifierlebastiment «joignantle vieil,lequelestvisàvis de l'église,où està présentla

«geolleet autresdemeures(c'estle corpsde logisdoubléen K). Mes-

« sire François de Poncher, son neveuet successeur,fit bastir le troi-

« sièmecorpsd'hostel,qui estderrièrela chapelle(c'estle logisL). En «ce lieu auparavantestoientles écurieset quelquesmaisonnettesoù

« demeuroient les quatre chanoinesde la bassechapelle

» La cha-

pelleavaiten effet,deuxétages,commecelle de Meaux,et plus tard

celle de Reims. Les constructions

0 dataient

seulement

du xvne siècle,

et en H étaient des logis qui furent cédésà l'Hôtel-Dieu. Le pont aux

DoublesS fut élevéplus tard, aprèstous cesbâtiments.Les évèques de Paris n'avaientpasque cespalaisne renfermantpendantplusieurs sièclesqu'unegrandesalle.Huguesde Besancon,en 1326,avait son

hôtel

rue

des Amandiers.

Guillaume

de Chanac, son

successeur,

lo-

geait dansla rue de Bièvre, et donna -on logis pour la fondation du collège de Chanacou de Saint-Michel. Pierre d (Irgemont, qui bâtit l'annexe K a la grand salle du palais épiscopal,hérita de l'hôtel des Tournelles qui appartenaitau chancelier d'Orgemont, son père, et le vendit au duc de Berry, dont il était le chancelier. Girard de Montagne

avait

une

maison

rue

des

Marmouset-

et une

autre

rue

Saint-André-

des-Ars '

Le

long

de la rivière

et

derrière

l'abside

de

la

cathédrale

s'étendaient des jardins qui touchaient au cloître du chapitre bâti

vers Je nord-est. La grand salle crénelée du x/r -ircle, avec son annexe élevée par Pierre d'Orgemont au commencement du xvesiècle, son donjon et sa chapelle à deux étages, avaient fort grand air du côte

de la rivière, ainsi que le fait voir la perspective (tig. 8

prise du

point V-, avant les adjonctions 0 et la construction du pont aux

Doubles.

Tu despalais episcopauxles plus anciens, celui d'Angers, construit

vers la lin du xie siècle, conserve encore sa grand salle romane d'un

beauslvle voy.SALLE),et des dépendancesassezconsidérablesqui datentde la mêmeépoque.Destravaux récents,dirigés par l'archi- tectediocésain,M. Joly Leterme.ont fait reparaîtreune partie des

logement- entourant celle grand -allé1*,qui est mise en communica-

tion directeavecle brasdecroixnorddela cathédrale.Onremarque

mêmecertaine-portions de murs de ce palaisqui ont tout à fait le

1 Sauvai, livr.

VII.

" V,,v.-zla tapisserie,|c l'Hùteldeville; le Pl.mdeGomboust;le prandPlandeParis

à vold'oiseau,de M^iui,; 1rsVUe<d'IsraëlSylvestre,celledePérelle;le Plandela Cité

de J'abbéDelagrive;les planset coupesdéposésauxArchivesnationales,et dont

. A.Borlya eu ruMi-.Miu-ede nouscommuniquerdescalques;unegravuredu parvis

Notre-Dame,par L \an Merlcn,qui montrele i oiimnnementdu bâtimentH

Voyezdansle tomeII il.?1M/"c/iid'rturech-iltetdomestiquedeMM.Verdictet Cat-

tois, page-2d\,le plan du palai- épi-eupal.

-

17

[

PALAIS1

caractèredela structuregallo-romainedesbas temps,et qui pour-

raient bien avoir appartenu,ainsi que l'observe M. le docteur C;illois,

à la demeurequel'ancienmaire du palaisde Neuslrie,Kainfroy, au-

rait faitconstruireàAngers,sur l'emplacementdu capitule.Alev.Vhé

de Meaux,il existeunechapelleà deux,étages,de la secondemoitié du xnesiècle,ayantles plus grandsrapports aveccelle de l'ancien évèchéde Paris.,et l'étageintérieur de la grand salle. Ce rez-de-

vii.

-

3

[ VALAIS]

-

18-

chaussée,commeceluidelagrandsalledupalaisépiscopaldeParis, secomposededeuxnefsvoûtées.LepalaisdeMeauxestégalement bâtia proximitédesrempartsgallo-romains.ASoissons,l'évéchére-

posesurunepartiedelamurailleantique,maisdesconstructionsde

l'ancienpalais,il ne restequ'unetourelledu commencementdu

xm siècleetquelque-,siibslructiousdelà mêmeépoque.A Béarnais,

le palais épiscopal joignait

l'ancienne

fortitication

ro-

maine, et une tourelle datant

même

du xnie siècle flanquait

le

vieux

mur

romain

'.

A

|

i

|

,'

Reims, l'étage inférieur de la grand salle date du com-

mencement

du

xive siècle,

et la chapelle à deux étages,

du milieu du xme siècle (voy.

CHAPELLE).A Auxerre,

l'un

de> pignons de la grande

salle existe encore,

et date

 

- *-

»

du

milieu

du

xme

siècle,

.

"

*

\

commelechSurdelacathé-

.

*"

\

drale; une galeriedu xne

>iecle repose

min de la ville gallo-romaine.

A Rouen, on trouve

sur

l'ancien

égale-

ment

des

restes

assez

consi-

el les bâtiments

emirounants

dérables

du

xiue

siècle,

et

notamment l'un despignons

de

la grand

salle. A Laon,

l'assemblage des bâtiments de l'évéché (aujourd'hui pa-

lais de justice) est des plus

intéressants

à

étudier.

Ce

" palaisfut' reconstruitaprès

l'incendie

de 111:2, qui

dé-

truisit

l'ancienne

cathédrale

En ett'et, on retrouve

dans l'évéché

de Laoïi despartiesde bâtiments qui appartiennent au style de la pre- mière moitié du xue siècle, notamment la chapelle A tig. !»)et les r«ti-psde lo^i-, B. Quant u la grand salle G, élevée sur un rez-de- rli.ms-.eedoublé d'un portique du côté de la cathédrale, sa construc- li"" ('-l due ., |e\eque Garnier (12-i.j. La grand salle s'éclaire sur la courOel MU-l,t campagne.Le portique intérieur fut remanié à une

Celte t

mi'.-ll

>

en .; ". Voy.l'Arciiit. cir. et dom. de MM.Verdieret Gallois»

_

19 -

[ PALAIS]

époqueanciennedéjà.Lesarcsfurentreconstruits,lesappuisdesfe-

nêtresbaissés;on ala preuvede ce remaniementen observantl'ar- cadeuniquede retour E dont la courbureet l'ornementationprimi- tivessontconservées.L'aspectdecegrandcorpsde logis, sur l'exté-

térieur, devait être fort beauavant les mutilations qui en ont altéré le caractère.Cette façade,qui domine la muraille de la ville passantpa- rallèlement à quelquesmètres de sa base, est flanquée de trois tou- relles portéessur descontre-forts, et entre lesquelless'ouvrent les fe-

nêtresdela grandsalleau premierétage.Le couronnement,autrefois crénelé,pouvaitau besoin servirde secondedéfensepar-dessusles

remparts de la cité, dominant un escarpementabrupt. Voici (tig. 10) une vue de cette façade,extérieure prise du point P. Au xvesiècle, les évèqucsde Laon (voy. le plan, fig. 9) élevèrent les deux corps de logis F et G. Une porte fortifiée était ouverte en K. Le portique occupant une moitié de la longueur de la grand salle du côté de la cour donne à ce palais épiscopalune physionomie par- ticulière. Cette galerie, exposéeau midi sur un plateau où la tempé-

rature est habituellement froide, servait de promenoir, et contribuait

à l'agrément de l'habitation. Le palaisépiscopalde Laon, commeceux que nous venons de décrire précédemment,n'en était pas moins un

lieu fortifié

très-bien situé, facile à garder et àdéfendre.

Nous voyons

que le palais archiépiscopal de Narbonne,dans le Languedoc, bien que rebâti à la fin du xnesiècle et pendant le xiv", est encore une vé- rilable place forte élevéeprobablementsur l'emplacementdu capitole de la ville romaine. C'estaprèsle palaisdespapes,en France,la con- struction la plus importante qui nous reste des nombreuses rési-

dencesoccupéespar lesprincesdel'Église.

Le palais archiépiscopalde Narbonne est réuni à la cathédrale ac- tuelle, fondée en 12~2,par un cloître bâti par l'archevêquePierre de la Jugée,dansla secondemoitié du xn" siècle.Déjà,en 1308,la grosse tour carrée du palais, servant de donjon, avait été construite par l'ar-

chevêque Gilles. Pierre de la Jugée éleva entre le cloître et cette tour

îles bâtimentsconsidérablesqui subsistent encore en grande,partie, et qui comprennent plusieurs tours rondes, des logis, une grand salle et une autre tour carrée formant pendantavecle donjon. Cepen-

dant, au milieu de ces constructions du xive siècle, on retrouve encore

une tour romane fort ancienne,et une belle porte du commencement

du

xne siècle.

Lesarchevêquesde Narbonnefurent, il estvrai, pendantune partie du moyenâge,desseigneurspuissants,et leur palaisacquit,dès le

xiesiècle, une importance en rapport avecleur fortune. En 1096,l'ar- chevêqueDalmatiusprit le titre de primat desGaules.La ville de Nar- bonne avait d'ailleurs conservé en partie, comme beaucoup de villes

du Midi, sonadministrationmunicipaleromaine.

La commune possédait jusqu'au xnesiècle des conseillers qui pre- naient le litre de nobilesviri ou probi domines.Alors on les appelacon-

[

PALAIS]

-

20 -

suis,ouplutôtcossouls.Cettemmuunetil en 110Gun traitéde oom- inerceavecla républiquedeGènes,etplustardavecPisé,Marseille, Rhodes,<"!<".En 1212.ArmandAmalarir.légatdupapeetarchevêque

'

deNarbonne,sedéclaraduc,etle vicomtelui rendithommage.Alors la ville était sousla juridictionde trois seigneurs,l'archevêque,Ifi

vicomteet l'abbéde Saint-Paul; en 1232,cestrois personnagescon-

firmèrentlesfranchisesetcoutumesde la commune.Cependant,en

1234,les consu'sde Narhonneinvoquentle secoursdes consulsde

-

21

[ PALAIS]

Nîmescontre l'archevêque,et en 1255lesmagistrats municipaux ordon- in'iit que les coutumes de la ville seront traduites du latin en roman,

afin de les mettre à lu portée

de tous. Les vicomtes, moins puissants

que les archevêques,inclinent à protéger lesprérogativesdesNarbon-

nais, et c'est en présence de cette lutte

croissante

contre le pouvoir

des seigneurs archevêques,que Gilles Ascelin construit, en 1318,

l'énorme tour encore intacte aujourd'hui, et que ses successeurs font,. de leur résidence, un véritable château-fort, se reliant à la cathédrale

fortifiée

elle-même

'.

Cemélanged'architecture militaire, religieuse et civile, fait donc tlu palaisarchiépiscopalde Narbonneun édifice des plus intéressants a connaître. Disonsd'abord qu'il ne faut paschercher là desinfluences de l'art italien du xrvcsiècle; cet édifice est bien français, et plutôt français septentrional que languedocien. Ses combles étaient aigus, ainsi que le prouvent plusieurs despignons existants; la construction desvoûtes,les sectionsdes piles, le cloître et ses détails, la forme des /mètres, les dispositions défensives,et jusqu'à l'appareil, appartien- nent à l'architecture du domaine royal ; et le palais archiépiscopalde .Narbonneest d'autant plus curieux à étudier, qu'il dut servir de point de départ pour construire le palais des papesà Avignon, dont nous

nous occuperons tout à l'heure.

Voici (fig. 11)le plan du palais des archevêquesde Narbonne,à rez-

de-chaussée. En A, est la cathédrale, commencée, comme nous l'avons

dit, en 1272,sur un plan français(voy. CATHÉDRALE,fig. W . t'nc place fort ancienne2,et qui, très-vraisemblablement,occupe l'emplacement du forum et de la ville romaine, est en B. Les fondations du capitole antique commandèrentles dispositions des bâtiments,qui se contour-

nent en partant de l'angle G jusqu'à la cathédrale. En D, e>t une tour romane, et en E, des bâtiments dont quelques parties appartiennent

au xnesiècle.La grosse tour carrée, bâtie par Gilles Ascelin en 1318,

est en F. Elle est plantée sur la place, en face de la tour

du vicomte,

beaucoupplus basse; elle dominait par conséquent la tour du sei- gneur laïque et le canal se reliant au port, lequel passe à 10 mètres environ du point G. De la place B au cloître G, le terrain s'élève de .")mètres environ. Onentrait dansla cour H du palais, en passantsous

un arc I, en prenant une rue K bordée de bâtiments

fortifiés,

et

en

franchissant le grand porche voûté L. En 0, était la salle des gardes,

communiquant

au rez-de-chaussée de la tour

dite Saint-Martial,

U,

par un emmarchementintérieur. Toutes cesdispositions sont à peu près intactes. En passantde la rue K, sous une arcade P fortifiée, on arrive à un degré Q qui monte au cloître, lequel communique à la ca- thédrale par une porte R.

1 Nous devoni ces renseignements historiques à M. Tournai, conservateur du Musé»

de Narbonne.

[

PALAIS]

-

22 -

DelacourH,endescendantledegréS,terminéparuncielouvert

S' et prenantàgaucheunsouterrainpassantsouslegrandlogisV,

onarrivailàunepoterneT.donnantdansunfosséquiséparaittout

le frontabd'unjardin,fui-maniouvrageavancé.Leprand!<" «V est,

à rez-de-chaussée,occupé par des celliers disposés sous la grand

salle.De la cour H, on montait aux appartementspar un escalierX, détruit aujourd'hui '. En (/, d\ étaient des portiques, et en Z un bâti- ment en retraite qui réunissait la grossetour à la tour Saint-Martial. Cette dernière partie, dont on ne voyait que des fragments en 1H47,

1Cet escalierfut détruit vers 1620,et remplacéparun bel escalierplacédansla tour Y. C'estde 16iOà 1634que furent élevéesde nouvellesfaçadesdans la cour, et quefurent arrangésles grandsappartementsactuellementoccupésen partiepar le muséede la ville.

Nous avons retrouvé

les traces des fondations

de l'escalier

X-

-

23 -

[ PALAISJ

enclavéedansdesconstructionsbeaucoupplus rérentes,a été rasée pourfaire placeaunouveaubâtimentde l'Hôtel de ville. Mais ayant

«>léchargéde diriger cette dernière construction, nous avonspu con-

staterla dispositiondesgrandscontre-fortsavecmâchicoulisM, etdu petit corpsdegardeN avecsa poternen. Lesbâtimentsp, dits de la

Madeleine,sont les plus anciens. Ils se composentd'un rez-de-chaus- séevoûté et d'une grande salle t, égalementvoûtée, sous une belle chapelledisposéeau premier étage; cette salle t communiquait avec le passagedit de l'Ancre ' par deuxportes VV. Cesportes VV devaient permettre au public d'entrer dansla salle t, qui servait de chapelle

basse. Une cour de communs était disposé»'»-n/// avec un petit logis /" fortifié. L'enceinte de l'archevêché allait se joindre à celle de la

cathédralepar un mur f, égalementfortifié. En <y,estune grande salle capitulaire. L'absidede la cathédrale continuait les défenses de ce ci'ilé/"par une suite de tourelles créneléesréunies par desarcs sur- montésde créneaux,ainsi que les couronnements des chapelles. ('.»" palais présentait donc un ensemblede défensesformidables dominées

formant saillie.

par l'énorme tour carréeF,

Examinons maintenant le plan du premier étage de ce palais (fig. 12 .

L'escalier

salle V, possédant une vaste cheminée dont on voit encore les traces

à l'extérieur.

X permettait

d'arriver

directement

de la

cour à la grand

Cette grand

salle était éclairée par de hautes fenètr»'s

terminées de tiers-point, et couverte au moyen d'arcs plein cintre, portant un solivageau-dessusduquel était un étagelambrissédonnant sur le crénelageextérieur. De la grand salle on pouvait arriver à tous

les appartements. Des escaliers à vis permettaient

de descendre au

rez-de-chausséesur plusieurs points, ou de monter aux étages supé-

rieurs. On voit qu'on ne pouvait entrer dans la salle octogonale

de la

tour carrée que par un passagedétourné, et de cette salle octogonale on descendaitpar une trappe dansla sallecirculaire du rez-de-chaus-

sée, laquelle servait de chartre ou de cachot.

De larges mâchicoulis

s'ouvrant au second étage,à la hauteur du crénelage,défendaient le front «ô.Ici on reconnaît l'utilité des passagespratiqués en I et en P,

sur les deux arcades franchissant

la rue

K ; ils établissaient

une com-

munication entre le logis L et celui T de la Madeleine, et entre la tour Saint-Martial U et la chapelle M. Le cloître, couvert en terrasse, don-

nait unepromenaded'où l'on pouvait jouir de la vue étrangement pit- toresque de tous ces grands bâtiments se découpant les uns sur les autres, surmontésd'un côté par la grosse tour carrée, de l'autre, par

l'abside

colossale

de la cathédrale.

Cesconstructions sont élevéesen belles pierres de Sijean et de Bé-

ziers ; elles couvrent

une surface de 4,000 mètres environ, déduction

faite des cours : et malgré les nombreuses mutilations qu'elles ont

1 Ondésignaitainsi ce passage,parceque sousl'arcade I, était suspendueune ancre, .commesi^nedesdroits que les archevêquespondaient sur le port de Narbonne.

[ PALAIS]

2i

-

subies,bienquedescouverturesplatesmodernesetsanscaract

Rienlremplacélesanciennestoituresà pentesrapides,bienque

«aionrtionsmisérablesoul'abandonaientdétruitplusieursdeleurs

parti.-,Ifsplusintéressantes,ellesnelaissentpasd'enimposerpur

leur grandeuret Irur puissance.

Nous donnons fig. 13 une vue cavalièrede ce palais, prise du côté <!r la grosse tour carrée (voy. CLOITRE,SALLE,TOUR).Mais ce palais des archevêquesde Xarbonneest un pauvre logis, si on le compare au palaisdespapesà Avignon. 11est nécessaire,pour faire comprendre l'importance de cette résidencedes souverainspontifes, de donner un historique sommaire de leur séjour dansle comtat Tenaissin. Au xmesiècle, le rocher d'Avignon, sur lequel devait s'élever le pa-

lais despapes,était partie en pâturages,partie couvert d'habitations dominéesparl'ancienchâteauou palaisdu podestat,non loin duquel

-

25 -

[ PALAISI

lrvaitceluidel'évèque'. Decesconstructionsantérieuresauséjour

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des pontifes, l'église Notre-Dame des Doms, servant de cathédrale, existe seuleaujourd'hui.

1 «Hem civitas (Avenionis;habetpaluum quod est juxtà cimeteriumSanctiBenedicti " usqueadrupemcastncumpertinentiissuis usquead Rhodanumet usquead domosque

vu.

-

4

l

PALAIS]

-

26 -

LepapeClémentV vintàAvignonen1308,ethabitalecouventdes

FrèresprêcheursDominicains).ClémentV était BertranddeGrotte, archevêquedeBordeaux;ceprélatpassaitpour êtrel'ennemidu roi

deFrance,Philippele Bel.Ceprinceeutaveclui uneentrevue: «Arche- «"vêque,lui dit-il, je puis te faire papesi je veux,pourvuque tu pro-

« mettes de m'octroyer

tomba à sesgenoux, et

six grâces que je te demanderai. » Bertrand lui répondit : « Monseigneur, c'est à présent

queje vois quevousm'aimezplus qu'hommequi vive,et que vous

<<voulez me rendre le bien pour le mal. Commandezetj'obéirai. »Ber-

trand de Grotte fut élu, et vint s'établir en France à Avignon.

Jean XXII habita le palais, alors situé sur l'emplacement du palais actuel des papes(1316). ('.e-t Armand de Via, son neveu, évêque d'Avignon, qui, n'ayant

point de palais,achetale terrain où fut bâti l'archevêché,aujourd'hui .occupépar le petit séminaire.JeanXXII, voulant agrandirle palais

qu'il habitait,tit démolirlaparoissedeSaint-Etienne,qu'iltransféra

à la chapelle Sainte-Madeleine. lietioit XII, en 1336,fit démolir du palais tout ce que son prédé- cesseuravait fait construire, et d'aprèsles plans de l'architecte Pierre nbreri '. tit bâtir la partie septentrionale du palais apostolique, qu'il termina parla tour de Trouillas. Sousce pontife, la chambre aposto- lique acheta le palais qu'avait fait bâtir Armand de Via pour servir

d'habitation

aux évèques d'Avignon.

Clément VI tit construire la façade

méridionale du palais despapeset les enceintesdu midi qui, dansla

suite,

servirent

à contenir

l'arsenal.

C'est en

1347 seulement que la ville d'Avignon et lecomtat Venaissin

devinrent la propriété des papes. Avignon appartenait à Jeanne de Naples,qui était comtessede Provenceen même temps que reine des

Deux-Siciles.ChasséedeNaplescommesoupçonnéedecomplicitéavec

les assassinsde son mari, André de Hongrie, Jeanneseréfugia en Pro-

\ejjce, et vint sejeter aux pieds de ClémentVI. Lorsqu'ellequitta AvignonpourretournerdanssesÉtatsd'Italie,elleétait déclaréeinno-

cente du crime dont la voix publique l'accusait ; elle était munie d'une

dispensepourépousersoncousinLouisdeTarente,leprincipalinsti-

gateurdel'assassinatd'André.Avignonet lecomtatVenaissinappar-

tenaientaupape.Cettecessionavaitétéstipuléeau prix de80,000flo-

rins.

InnocentIV achevala partie méridionaleet la grandechapelle

supérieure.UrbainV tit tailler dans le roc l'emplacementde la cour

«possidenturproHuguncBertrandoetsicutprotenditurusqueadstareBertrandiHugonis

«etusqueadcimeterrumecdesieBéateMarieetusquead ecclesiambéateMariedeCastro.»

i'Bibl.d'Avignon,fondsRequien,cartul.desstatuts.Invent,desbiensdeJarépnbl.d'Avignon

f.iiten1-234parle podestatParcevaldeDoria.j- CommuniquéparM.Achard,archiviste

<fc la préfecture

de Vaucluse.

1OuPierreObrier,selonlesAnnalesfFAi'ignan,t. III. -

Manuscritdonnéaumusée

-d'AvignonparM.Kequien;comm.paiM.Achard,archivistedela préfecture.

-

27 -

principaledu palais,et y fil creuserun puifs;il

[ PALAIS]

fit construire l'aile

orientale donnant sur des jardins, et ajouta une septième tour, dite desAnges, aux six déjà bâties. GrégoireXI part pour Romeen 1376,et meurt en 1378.Àin-^ile palais d'Avignon a été le siège de la papautéde 1316à 1376,pendantsoixante ans,soussix papes.La papautéétait alorsfrançaise,élueprincipalement parmi les prélatsgasconset limousins. Les papesfrançais.inMallèrent

des candidats

de leur

choix

au sein

du sacré collège,

et

main-

tinrent leur prédominancependant la durée du séjour despapesà Avi-

gnon. 11ne faut pasoublier ce fait,

tout à l'heure, une influence sur la construction du palais des papes

d'Avignon.

Les antipapes,ClémentVII et Benoit XIII, occupèrent le palaisd'Avi- gnon de 1379à 1403(mars). BenoîtXIII fut assiégédans le palais par le maréchal Boucicaut, le

qui eut, comme nous le verrons

8 septembre1398;le siègefut convertienblocusjusqu'aprèsle départ

de ce pontife, en 1403.Roderic de Luna, neveu de Benoit XIII, fat de nouveauassiégé,ou plutôt bloqué, par les légats du pape de Romeet par Charlesde Poitiers, envoyé par le roi de Franceen 1409.Il évacua le palais, ainsi que le château d'Oppède,par capitulation en date du

22 novembre

1411.

Lecardinallégat(cardinaldeClermont)fit bâtir en1513l'appartement

appeléla Mirande,regardant le midi, et la galeriecouverte qui mettait

en communication

ces appartements

avec les tours

donnant

sur

le

jardin : c'était là que les vice-légatsrecevaientleurs visites.

On a tenu dans le palais d'Avignon six conclaves :

Celui pour l'élection deBenoit XII, en 1333:de ClémentVI. t-n 1342:

d'Innocent VI, en 1352: d'Urbain V, en 1362: de Grégoire XI. t-n 1370,

et

de Benoît

XIII,

en

1394.

A la suite d'un contlit qui eut lieu entre les gensdu pape cl ceux du duc de Gréquy,ambassadeurde Louis XIV prèsle saint-siège, lessatis- factions demandéesà la cour de Rome paraissantinsuffisantes, le roi de Francefit occuper Avignon par sestroupes, et menaçale souverain pontife d'envoyer un régiment à Rome (1662).Le général Bonaparte, par le traité de Tolentino, obtint la cessiondesRomagneset du comtat

d'Avignon.

Ainsi, en soixante années,les papesfirent bâtir non-seulement cette

résidence, dont la masseformidable

couvre une surface de 6400 mètres

environ,maisencoretoutel'enceintedelaville, dontle développement

est

de 4800 mètres.

En 1378, un incendie détruisit presquetous les combles du palais

despapes'. En 1413,la grand salle du Consistoire,le quartier des

' Onvoitencoreaujourd'huiles tracesde ce sinistredanslespartiessupérieuresde

l'édifice«L'an1378,à l'heuredu trépasdupapeGrégoireXI à Rome,selonlesvieux

«documentsde Provence,le palaisd'.Vvignons'embrasapsr telleIVreur,qu'il nefut a-

[ PALAIS]

-

28 -

cuisines etcelui dela sommelleriefurent consumésmalgré la diligence

de Marc,neveudu papeJean\\I1I, etqui commandaitalorsdanscette

Aille1.

Lesdocument-étendusque M. Achard,archivistede la préfecture

d.' Vaucluse. a bien voulu réunir

pour nous, avec un empre»ement

dont mm- ne -aurionstrop le remercier,ne donnentque lenom d'un

architecte

(lui-

la cnn>lruction

de celte

Suvre

colossale : c'est un

certainPierre nbreri ouPierreObrier. Obrerin'estguèreun nomitalien;

maiscequi l'est encoremoins,c'estle monumentlui-même.L'archi-

tecture italienne du xi\e siècle, soil qiu- mm- la prenions dansle sud ou dansle nord de la Péninsule,ne rappelle en rien celle du palaisdes

papes.Depuisla tour de Trouillasjusqu'àcelledesAnges,danstoute

l'étendue de cesbâtiments, du nord au sud, de l'est àl'ouest, la construc-

tion, lesprofils, les section-depile-, le- voûte-,le-baies,les défenses, appartiennentà l'architecturefrançaisedu Midi, à cettearchitecture

gothique, qui -<"debarra-se dil'ticilement de certaines traditions ro-

manes. L'ornemeiil.ifion.

très-sobre d'ailleurs, rappelle celle delà cathé-

drale de Narbonnedan-cespartieshautes,qui datentducommencement

du \iV

siècle. Or. la cathédrale

de Narbonne

e>l hruvre

d'un

architecte

français, le mêmepeut-être qui bâtit celle de Clermont en Auvergne. et celle deLimoges,ainsi que peut le faire supposerla parfaite confor- mité de ces (roi- plan-. Le- soûl- détail>du palaisd'Avignon, qui sont évidemmentde provenanceitalienne, ce sont les peintures attribuées a (iiotio et a Simon Memmi ou à sesélèves-. N'oublions pas d'ailleurs que Clément Y, qui le premier établit le siège apostolique à Avignon, était Bertrand de Grotte, né à Yillandrau, près de Bordeaux; que .JeanXXII. son successeur,était Jacques d'Euse, né à Cahors; que Jie/joji MI r/;ijf Jacques Fournier, né a Saverdun,au comté de Foix; que Clément VI était Pierre Hoger, né au château de Maumont, dan*

ledioce-edeLimoges;qu'InnocentVI était Etienned'Albert,néprès

de Pompadour,au diocèsede Limoges; qu'Urbain Y était Guillaume

Grimoald,ne à Grisac,dansle Gévaudan,diocèsede Mende,et que

Grégoire M, neveudu pape Clément VI, était, comme son oncle, né

à Maumont,au diocèsede Limoges.Quecespapes,qui firent entrer

dansle sacrécollègeun grandnombredeprélatsfrançais,etparticu-

lièrement desGasconset des Limousins, eussent fait venir des archi-

«maisau pouvoirdeshommes,quelsecoursquidetouteparty arrivât,de l'étcindreni

narrêter,quela plusgrandepartiedecegrandet superbeédificenefût arsedévoréeet « miseenconsommationpar lesflammes,ainsiquej'en ai moi-mêmeencorevu lesmar- '<queset vestigesdanscettefière et hautainemassedepierres.» (Nostradamus,Hmt.de

t'nirence,

p. 4oT.i

1Journald un habitanttl'Anqnon,citépar Gaufridi(Hist.deProvence). * II est bon dooserverici queGiottoétait mort à l'époqueoù s'élevaitle palaisdes

papes.Lesseulespeinturesqu'onpourraitlui attribuersontcellesqu'onvoyait,il y a

quelquesannées,sousle porchedeNotre-DamedesDoms.Maisquandellesfurentfaites,

les papesn'étaientpasà Avignon.

_

59 -

[ PALAIS~J

tecfesitalienspourbâtir leurpalais,cecin'estguèrevraisemblable;

mais les eussent-ilsfait venir,qu'il seraitimpossibletoutefoisde ne

pointconsidérerlesconstructionsdupalaisdespapesd'Avignoncomme appartenantàl'architecturedesprovincesméridionalesdela France.

Nousinsistonssur cepoint, parcequec'estun préjugécommunément établique le palaisde* papesestune de cesconstruction-grandioses appartenantauxartsde l'Italie. A celteépoque,au xivesiècle,le guiïl

de l'arcliiteclnre

italienne

Hutte indécis

entre

les traditions

antique.

et les influences de France e! d'Allemagne, et ce n'est pas pur la gran-

deur et lu franchise qu'il se distingue. Les papes établis en France,

possesseursd'unrichecomtat,réunissantdesressourcessonsidérables,

vivant relativement dansun état de pan profonde, sortis tous de ces

diocèses du Midi,

alors si riches en monuments,

ont fait il Avignon

une

(ruvre absolument française, bien supérieure eoimne cuneeplion

d'ensemble, comme grandeur et comme goût, à ce qu'alors

en Italie. Examinons maintenant ce vasteédifice dans Imite- se- parlies.

on élevait

Nousdevonsprendre le palais des papes à Avignon, tel qu'il existait ;i la fin du xi\e siècle,c'est-à-dire aprèsles constructions,-iifre>-i\e^ faites depuis Clément V jusqu'à firégoire XI, car il serait difficile de

donner les transformations

des divers services qui le composent, et

de montrer, par exemple, le palais bàli par Jean XXII. Cesimmense-

bâtiments

s'élèvent

sur

la déclivité

méridionale

du

rocher

des

Duin-,

à l'opposite du Rhône; de telle sorte que le re/.-de-chausséede la parlie voisine de l'église Notre-Dame, qui est la plus ancienne, se ' trouve au niveau du premier étagede la partie des bâtiments élevés

en dernier lieu, du <ôte sud, par Urbain Y. Si donc non-Iracon- le plan du rez-de-ehaussèe du palais des papes, vers sapartie inférieure, nous tombons en pleine roche, en nous avançant vers le nord tig. 1\ .

L'entrée d'honneur A s'ouvre sur une esplanadedominant ton- le-

alenlours, et autrefois divisée en plusieurs bailles, avec courtines,

et porles. Cette entrée A est défendue par deux herses, de- vantaux et

un double mâchicoulis. En avant, donnant sur l'esplanade,l'ouvrage avancéfut remplacéauxvnesiècle par un mur de contre-garde crénelé. Sousle vestibule d'entrée, à droite, estla porte s'ouvrant dansun va-le corps de garde B, voûté. Delà cour d'honneur Con peut se diriger sur tous les points du palais. Du vestibule D on monte aux étages supé- rieurs par un large et bel escalier à deux rampes, ou bien on entre

dans la grande salle basseE et sou annexe F, ou encore dans la salle G.

Parle passageH, on descendà l'esplanadeorientaleI. ou l'on pénètre

danslessallesK, souslatourL etsonannexe/. Parlepetit passage11

détourné,on s'introduitdanslagrandsalleM, laquelleservaitdeposte

et communiquait aux défensessupérieures par un escalierP. En R, est une poterne défenduepar un mâchicoulis intérieur, une her-e et des

vantaux.En S, estunesecondepoternedéfenduepar de- mâchicoulis et uneherse; enT, un degréqui monteaurez-de-chausséedela parlie du palaisbâtie sur le rocherà un niveauplus élevéque le sol de la

tour

PALM?

-

30

-

courd'honneur.Lapartit-laplusanciennedupalais,latourdeTrouillas,

iMii^tt^fiS^ÉWI

1 /

L

4

i

_

31

[ PALAIS]

toursdupalais: c'estledonjon,dontnousnevoyonsici quelessoubas-

sements.Un escalierX, desservantceltepartie desbâtiments, descend

jusqu'ausol del'esplanadeI, et donneentréesur le mur de défenseZ

garni de mâchicoulis et d'un chemin deronde. EnN, adosséà ce mur,

est

un

fournil.

Tout ce rez-de-chaussée

est voûté

et construit

de manière

a délit-î-

le lemps et la main deshommes. Ducorps de gardeB on monte par un escalier à vis auxdéfensessupérieuresdela porte principale A. Un autre escalierQ monte aux appartementsdonnant sur l'esplanade.

Ainsiqu'on peut If iermniaitre, la dispositiondu rez-de-chaussée

estbonne, en ce que, de la cour d'honneur, on arrive directement

à tous lespoints du palais.Observonsaussique les deuxpoternes R. S,

sont percéesdansdesrentrants,.bien masquéeset défendue-*;qui- 1rs front- -ont llanqué>.et quelesarchitectesont profité de la disposition naturelle du rocher pour établir leurs bâtiments. Des jardins s'éten- daient du côté du sud, sur une sorte de promontoire que forme la

colline.

D'un côté (vers le nord), le rocher

des Doms est à pic sur le

Rhône, et était de plus défendu par un fort (le fort Saint-Martin). De

l'autre (vers le sudj, il s'implantait

au centre de la ville, et la coupait

pour ainsi dire en deux parts. Vers l'ouest, les bailles s'étendaient jusqu'au palaisépiscopal,étaient arrêtéespar le rempart de la ville, qui descendaitjusqu'aux bords du Rhône et se reliait au fort Saint- Martin '. Desrampesménagéesle long de cefort descendaientjusqu'à la porte ou chàtelet donnant entréesur le pont Saint-Bénézet,qui tra- versait le Rhône fvoy. PUXT. Vers l'est, l'escarpement est abrupt et domine les rues de la cité. L'assiette de ce palais était donc merveil- leusementchoisie pour tenir la ville soussadépendanceou protection, pour surveiller les rives du fleuveprécisément au point où il forme un coude assezbrusque, pour être en communication avecle mur d'en-

ceinte,

et pour sortir, au besoin, de la cité sans être vu.

Afin de ne pas multiplier les figures, nous présentons le plan du palais despapesà rez-de-chausséepour la partie la plus élevée, et au premier étagepour la partie située au-dessusdesbâtiments entourant

la cour d'honneur. Par le fait, le niveau du rez-de-chaussée des bâti-

ments supérieurscorrespond au niveau d'un étageentresolé, disposé

en partie sur le plan delà figure 14.

En A (fig. 13), est l'église Notre-Damedes Doms, rétablie dans sa forme première et avant l'adjonction des chapelles qui ont altéré le

plandecebelédifice.Élevéependantlexnesiècle,l'égliseNôtre-Daim-

desDoms,aujourd'huiencorecathédraled'Avignon,fut conservéepar

les papes, et c'est dans son voisinage que les pontifes élevèrent les premières constructions de leurs palais, entre autresles tours B et les corps de logis b. S'avançantpeuà peu vers le sud et suivantla déclivité

du rocher,lespapesfermèrentd'abordla cour C,entouréed'un large

1 Cefou l'ut détruit, en l*wO,par l'explosionde la poudrièrequ'il contenait.

-

32

-

portique avecétageau-dessus,puis la cour d'honneur D. Il est à remar-

-

33 -

[ PALAIS]

quer qu'enélevantchaquetour et chaquecorpsde logis, on les forti- fiait, pour mettretoujoursles portions terminéesdu palaisà l'abri d'uneattaque.Ainsi,le bâtimentE,parexemple,étaitdéfendupardes

mâchicoulis en e,parcequ'au moment de saconstruction, il avait vue

directe sur les dehors, la cour d'honneur D et la grande salle G ayant

été construites en dernier lieu, ainsi que la tour H. SousUrbain V, les appartementsdu papese trouvaient au premier étage,autour de la cour d'honneur. Une grandesalle 'la salle G) entiè-

rement voûtée, servait de chapelle. Ces voûtes étaient couvertes de

belles peintures dont il ne reste plus que des fragments. L'escalier d'honneur I donnait entrée dans cette chapelle et dans les apparte-

ments des corps de logis à l'occident

vice longe les pièces de l'aile occidentale, est desservi par l'escalier K,

communique a la porterie et avecdéfensessupérieures par les vis L,

aboutit au-dessus de la poterne P, et met l'aile, occidentale en commu-

nication avec le logis E. Un crénelage

les chambres de l'aile occidentale, au niveau du premier étage, sur le dehors. En F, étaient placées, au premier étage, les grandes cuisines '.

La salle des festins étaient au-dessusde la salle b, et se trouvait sépa-

rée des galeries du cloître par une cour très-étroite et très-longue ; on

observeraque des mâchicoulisdéfendent le pied des.quatre bâtiments

qui

et au levant. Un couloir

de ser-

avec larges mâchicoulis bordait

entourent

ce cloître.

Des cloisons,

dont nous n'avons pas tenu

compte dan.r 'e plan, parce qu'elles ont été changéesplusieurs fois de place,divisaient les logis qui entourent le cloître et laissaient des couloirs de service. Ce vaste palais était donc très-habitable, toutes les piècesétant éclairéesau moins d'un côté. Onremarqueraaussique dans l'épaisseurdes murs des tours notamment, sont pratiqués des couloirs de service et des escaliers qui mettaient en communication lesdivers étagesentre eux, et pouvaient au besoinfaciliter la défense. Une élévation prise sur toute l'étendue de la face occidentale fait sai- sir l'ensemble de ce majestueux palais (fig. 16) qui domine la ville d'Avignon, le cours du Rhôneet les campagnesenvironnantes.11élait autrefois richement décoréde peintures à l'intérieur-. Maisdeuxincen- dies, l'abandon et le vandalisme,ont détruit la plus grande partie des décorations. Quelques plafonds assez richement peints datent du

xvie siècle. L'emmarchement du

et sordide, était fait de marbre ou de pierre polie, ses voûtes étaient

grand escalier, aujourd'hui délabré

peintes. La chapelleétait des plus splendides et contenait des monu-

mentsprécieux: c'estdanscevaisseauquefurentdéposéslestrophée-

envoyésau pape en 1340,par le roi de Castille, à la suite de la victoire

de Tarifa.

1 Cesontcescuisinesqu'onmontrecommeétantunesalle d'exécutionà huis clos et une

chambre

de

torture.

1 11ne restede cespeiiitiin-sque destracesdansla grandechapelle,et dansdeuxdes

salles de la tour dite aujourd'hui de la Justice, M

f

PALAIS|

Les deux tourelles qui surmontent la porte d'entrée en forme d'ê-

-

34 -

chaugui-Uesnefurentdémoliesqu'en1749,parceque(ditunrapport

-

33

-

L

du sieurThibaut,ingénieur,endatedu 29 marsde la mêmeannée; <»llesmenavaienlruine; un tableaudéposédanslabibliothèqued'Avi-

gnonet plusieursgravuresnousen ont conservéla forme.Quantaux

couronnementsdes tours, notammentceuxde la tour de Trouillas, ils

ne turent complètementdétruits qu'aucommencementde cesiècle,

et sont égalementreprésentésdansles tableauxet gravuresdu

xvnesiècle.Le palaisdes papespossèdesept tours, qui sont 1° la

tour de Trouillas,

2° de la Gâche1, 3° de Saint-Jean, 4° de Saint-Lau-

rent, .Vde la Cloche, <i"desAnges-, 7 de l'Estrapade. Les légatshabitèrent le palaisd'Avignon, après le départ de l'anti-

papeBenoitXIII, ety tirent quelquestravaux,entreantresle cardinal

d'Armagnac,en l.'jG'J; mais cette vastehabitation était fort délabrée et

commele dit Ch.de Brosses,pendant le dernier

siècle.Aujourd'hui, c'est à grand'peinequ'on peut reconnaître les dis-

« tort mal logeable

positionsintérieuresàtraverslesplanchersetlescloisonsqui coupent

les étages,pour loger de la troupe3.

Ce dernier exemple indique, comme les précédents, que la question

de symétrie n'était point soulevée lorsqu'il s'agissait de bâtir des palais pendant le moyen âge. (in cherchait à placer les services sui-

vant le terrain

ou l'orientation

la plu* favorable, suivant le* besoins,

et l'on donnait à chaquecorps de logis la forme, l'apparence qui con-

venaient

à sa destination.

Tous les palais épiscopaux n'avaient pas en France cet aspect de forteresse. Le palais archiépiscopal de Rouen, le palais épiscopal

d'Kvreux, celui de Beauvais, rebâtis presque entièrement au xve siècle,

ressemblaientfort à des hôtels princiers s'ouvrant sur les dehors par de larges fenêtres, et ne possédantplus de tours de défense.Quant aux rois de France, à daterde la fin du xvesiècle,lorsqu'ils résidaient dansles villes, ils habitaient des hôtels. A Paris, le roi possédait plu- sieurs hôtels, et dansla plupart des bonnesvilles on avait le logis du roi, qui souventn'était qu'une résidence très-modeste. Les châteaux furent préférés, on y jouissait d'une plus grande liberté. Les troubles

qui remplirentlacapitalependantunegrandepartiedu xvcsiècleenga-

gèrent les souverainsà ne plus se fier qu'à de bonnesmurailles à dis-

tance

de

la ville.

Les châteaux du Louvre, de la Bastille, de Vincennes, ceux des bords de la Loire, devinrent la résidence habituelle des rois de France.

depuis les guerres de l'indépendancejusqu'au règne de François 1er.

1 ('

-nom

lui venait de ce qu'elleservait de guette.Du haut de la tour de la

l,i plusvoisinedela faradede Notre-DamedesDomset la plus élevée,voyezsur la fur.i.l,-"

mi donnait, à >onde trompe; le signal du couvre-feu, on avertissait les habitants en cas

d'iin'i'ndie

ou d'alarme.

'- C'estla tour situéeentre la porte et la grandechapelle(voyezla façade). LVmpereurNapoléonIII avaitdonnél'ordre, lors de sonpassageà Avignon,en 18tîO, de bâtir une casernedans la ville, afin de pouvoir débarrasseret réparerce magnifique

palais.La casernea étébâtie,maisle palaisn'enestpasmoinsoccupépar la troii|>.-.

[ PALISSADEJ

-

36 -

Lesgrandsvassauxsuivirentencelal'exempledu souverain,etpréfé-

raient leurs châteauxà leurs résidencesurbaines, et le nom de palais ;in\ bafimciiK occupespar les parlements.

PALIER,s. m. Hf}.'» ménagéfntre les volées d'un escalier(voy.

PALISSADE,s.f. (palis,plastis,pel,peuspicois}.Enceinteforméede

pieuxliclio fii In if rt aiguisésà leur partie supérieure. beaucoupdebourgades,devillagf-.fl d'habitationsrurales,manoirs, ^r.-u^'f. etc., nVlaienl, pendant!""n><>\>>uà-f, fermésque de palis- >ades.Lesdépendancesdeschâteaux,basses-cours,jardins,garennes,

n'avaient souventd'autre déffii-f

qu'une pali-sade avechaie vive.

,

L.'i

,. Fu

M li

inult

l'-iiii

fors

il'- nviioviviU

li

estons

et

>\<-pU-' -\-

durs

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fer.'i-

'

:

N.' rpiu't /.mi

Fossés,ne unir- rntui-, il'yii'

r.i-ti.m-,

t.nit

-"it clos de palis, ii-, no plas'-i- "

11f t.lit d'usageausside planter despalissadesan pied des remparts ville N.df manière ii laisser entre la muraille et l'enceinte de pif ux un e-paceM'rvaiil di- cbouin df ronde, de lice, ainsi qu'alors on appe- lait ces f-paffs. l'.'flail un moyen d'empêcher les assaillantsde saper le pied ilf* ivnip.ii-N, l(trs([u'il n'y avait pasde fossés,de prolonger la ilfirn-r. t-f df permettre aux assiégésde faire des sorties. Lorsqu'une troupe investissait un diàlfau ou une ville fortifiée, il y avait d'abord

df furieux combatslivrés pour s'emparerdespalissadeset deslices,

atindepouvoirattacherh-"*mineursauxmurs,ou faireapprocherles

galeries et tours roulantes.

V|">rtezmoi cetpel dontce!chastelestclos;

«Comainz Tareztolli, ainz sarezà repos3.»

aLi bu* .( Hi.Tluiiiinult bien asseuré,

«Monsteroil a bien clos, enforchié è fermé.

I'

pel à hérichon,

de mur

è de

foss-- "

1>"i poent pel ne mur remeindre5. »

Cesouvragesdeboisautourdesplacesavaientsouventunegrande importance; ilsformaientdevéritablesbarbacanes,oudéfendaientde

«Li Romansd'Mucaiidre: CombatA Perdicaset d'Akin.Édit.deStutt-ard,1846,

IL

140.

3Ibid. : Messageà Darius,p. 251.

' Le RomandeRou, vers 2600.

" Ibid.,

'

Ibid.,

vers '26-28. vers 7351

_ ;H -

[ PANDEBOISJ

longuescaponnières.Lesassiégésfaisaientdumieuxqu'ilspouvaient pour les conserver,car ces palissadesforçaientles assaillantsà

""tendreleur contrevallation,permettaientl'entrée des secours et

desprovisions,et rendaientla défenseduhautdesrempartsplus

efficaceen cequ'elledérouvraitun champplus étendu.(Voy.ARCHI

TECTURE

MILITAIRE,

PANDEBOIS,s. m. Ouvragedecharpenterie,composéde sablières hauteset basses,de poteaux,de déchargeset de tournisses,formant

de véritables murs de bois, soit sur la face des habitations, soit dans les intérieurs, et servant alors de murs de refend. Aujourd'hui, eu

France, il estinterdit de placer despansde bois sur la voie publique, dansles grandes villes, afin d'éviter la communication du feu d'un côté d'une rue à l'autre. Par la même raison, il n'est paspermis d'éle- ver desmurs mitoyens en pansde Dois.Mais jusqu'au dernier siècle, l'usage des pans de bois, dans les villes du Nord particulièrement, était très-fréquent.L'article MAISONsignaleun certain nombre d habi- tationsdont les murs de face sont composésen tout ou partie de pan> de bois très-heureusement combinés. Ce moyen avait l'avantagede

permettredessuperpositionsd étagesen encorbellement , un passageassezlarge sur la voie publique et de gagner de la place dansles étagessupérieurs.Il était économiqueet sain,car, à épaisseur

égale, un pan de bois garantit mieux les habitants d'une maison des

afin

de laisser

variations de la température extérieure qu'un mur de brique ou de

pierre. Il n'est pas de construction

à la fois plus solide, plu> durable

et plus légère. Aussi emploie-t-on encore habituellement les pans

de bois dans les intérieurs des cours ; seulement, au lieu de les laisser

apparents,commecela se pratiquait toujours pendant le moyen âge, on les couvre d'un enduit, qui ne tarde guère à échaufferles bois et à les pourrir; mais on simuleainsi une construction de pierre ou tout

au moins

de moellon

enduit.

Onne saurait donner le nom de pan de bois aux empilages horizon-

tauxde troncsd'arbreséquarris; cettesortedestructuren'appartient pasà l'art du charpentier;on ne la voit employéeque chezcertains

peuples, et jamais elle ne fut admise sur le territoire de la France, à dater de l'époque gallo-romaine. Les Gaulois, au dire de César,

élevaientquelquesconstructions,notammentdes murs c'e défense, au moyendelongrinesde boisalternéesavecdespierres rf destra-

verses; maisil neparaîtpasquecetteméthodeait étéemployéepen- dantlemoyenâge,etellen'aaucunrapportaveccequenousappelons

un pan de bois.

Le pande bois,par la combinaisondesassemblages,exigeen effet desconnaissancesétenduesdéjàde l'art du charpentier,et ne seren-

contreque chezlespopulationsqui ont longtempspratiquécetart difficile.Les Romainsétaientd'habilescharpentiers,et savaienten

peudetempséleverdesouvragesdeboisd'unegrandeimportance.

M.

Employantde-boiscourtscommeplusmaniables,il lesassemblaient

solidement,et pnuvaientau besoins'éleverà de grandeshauteurs1. Le* peuple-,du Nord, et particulièrementdes Normands,excellents charpentier*,mêlèrent a ces traditions antiquesde nouveauxélé-

ment-, comme par exemple lemploi des bois de grandes longueurs et de* boi- combe-;,-i fréquemment usités dans la charpenterie na- vale: ils adoptèrentcertainsassemblagesdont les coupesont unepui*- sanceextraordinaire, comme pour résilier aux chocs et aux ébranle- ments auxquelssont soumi- le- na\ire-, et jamais ils n'eurent recours au ter pour relier leur- ouvragesde bois. Prodiguesd'une matière qui n'était pas rare sur le sol des Gaules, le- architecte* romans, lorsqu'ils élevaientdespansde bois, laissaient

peu de placeaux remplissage-,et -e servaientvolontiers de pièce-. sinon Ires-épaisses,au moin- très-larges,débitéesdansdes troncs

énorme*, et formant par leur

n'axant jjiiere d'espace* vide- cuire elles que le- baies nécessaires

assemblageune lourde membrure,

éclairer

les

intérieurs.

L'a**emblagea mi-bois fortement chevillé était un de ceux qu'on employait le plus souventa ces époquesreculées. Oncomposait ainsi de \erilaliles panneauxrigides qui entraient t-n rainure dans les sa- blière* hautes et basses.Rarement, à cette époque, plaçait-on des poteauxcoi-mer- aux angle*, et les pans de bois étaient pris entre les deuxjambes-éirières de murs de maçonnerie qui formaient pignons latéralement ; en un mot, le pan de bois de face d'une maison n'était qu'une devanturerehau*-ee de couleurs brillantes cernées de larges

traits noirs. Bien entendu, ces constructions,

antérieures au xui* siècle,

ont depuis longtemps disparu, et c'est à peine si, dans quelques an- cienne- villes françaises,on en trouvait des debri* il y a une trentaine

d'années ; encore fallait-il

les chercher sous des lattis récents, ou les

recueillir

pendant des démolitions. C'est ainsi que nous avonspu,

en 1834.dessiner à Dreux, pendant qu'on la jetait bas, les fragments d'une maison de bois qui paraissait dater du milieu du xu* siècle. Cette maison, exhausséeau xve siècle, ne se composait primitivement que d'un rez-de-chaussée,d'un premier étage en encorbellement et d'un galetas.L'ancien comble, disposé avec égout sur la rue, n'exis-

tait plus,et l'étagedu galetasavaitété surmontéd'un hautpignonde boisrecouvertdebardeaux.Desfenêtresanciennes,il ne restait que

le- linteauxavecentaillesintérieures,indiquantlepassage,àmi-bois,

des pieds-droits.

Voici (fig. 1;unevuede cecurieuxpande bois,comprisentre deux

1Les charpentiersitaliens,notammentà Rome,ont conservéles traditionsantiques,

cl

i-l.-M'iitaujourd'hui,en quelquesheures,deséchafaudsau moyendechevronscourts

et

d'un faibleéquarrissage.Il estimpossiblede nepasreconnaîtreentreceséchafaïul-

vt

IMScharpentesfiguréessur.lesbas-reliefsde la colonneTr.ijancun: parfaiteidentité

moyens.

de

- 39 -

[ PANDEBOIS1

mu: - fonnanl It'-leavecencorbellements. Les sablières basseset bautes,

i

lespoteaux,étaientdesboisdeseptpoucesenviron(19centimètres);

t

PANLE BOIS]

-

40 -

les/ambagesdesfenèlie,.de>boi-<dei:>+ 18cenlimèlres.Lecintre- delaporteM-composaitdedeuxgrosmorceauxdecharpenteassemblés

à mi-bois entre eux et avec les deux

jambages. Les solives des plan-

chers reposaient, comme les sa- Mières bassesdespansde bois, sur

les mur- latéraux et sur une poutre posée, parallèlement à ces murs,

environ

au

milieu

de

la

façade.

Toute (r||e charpente était coupée ,i\ec soin. ornée de quelques mou-

lures très-simples et de gravures

_

L

«l'un laible

creux. On voyait,

sous

les appuis des fenêtres des galetas,

restes de panneaux épais égale-

ment décorés par de>gravures.La

figure

ce

p ni de Imi- . elle indique le poteau

-2 présente

la coupe

de

intermédiaire

du rez-de-chaussée et portant, au moyen d un lien B, la poutre trans-

versale C.laquelle soulaged'autant la portée de la sablière basseD du pan de Imis supérieur. Au-dessus

de ce lien B se dresse

A, renforçant la face

le poteau E

jusque dessousla sablière hauteF,

portant

\ rivale

cette

lien

mité

une autre poutre

sous

comble.

est

G irans-

de

L'about

poutre

soulagé par un

H reçoit

l'extré-

et les blochetsK.

I. Une semelle

des chevrons

La poulie

tenon

dans

L s'assemble par

un

le poteau

E, lequel,

sous cet assemblage,possède un repos M (voy. le détail 0). Cette poutre est de plus portée par une décharge P, dont le pied est as-

semblé à tenon dans la première

solive R du plancher du premier étage. La vue (fig. 1<fait voir com- ment les faces du pan de bois reportant les pesanteurssur le po- li'.ni intermédiaire et sur les murs latéraux, au moyen de décharges

courbes,

le-,quelles s'assemblent sou^ les sablières et dans les extré-

mile- des linteaux

èvide-, de-, fenêtres.

Lafigureij ferasaisirles

^-sdespoteletsformantjambage*

-

41 -

[ PANDE BOIS ;

des fenêtres, et des déchargescourbes. Nous montrons le linteau A d'une de ces fenêtresà l'intérieur. Les potelets intermédiaires B, for- mant meneaux,s'assemblentà mi-bois dansces linteaux, et portent, à leur extrémité supérieure />,un tenon qui entre dansune mortaisec,

ménagéesousla sablière. Une petite languette e s'embrève en outre dansle linteau, et empêchecelui-ci de désaffleurerle poteau.Les lin-

teaux A possèdent eux-mêmes des languettes f

sous les sablièresen g. La coupe C donne le géométral de ces assemblages,l'intérieur du pan de bois étant en h. Le potelet G, formant jambage, s'assemble de même à mi-bois dans l'extrémité

qui s'embrèvent

du linteau, et porte son tenon i tombant dans une mortaise./; mais la déchargeE porte une coupe biaise /, qui bute le linteau, et un tenon

m qui s'engagedans la mortaise n. Ce tenon forme aussi languette

s'embrevantdansl'extrémité du linteau en p.

Les assemblagesde cette charpenterappellent ceux employés dans

la menuiserie, et ceux aussi adoptés pour les constructions navales.

vu.

-

6

'*:>-

La main-d'Suvre est considérable,comme danstoute structure primi-

tive; maison observeraque lesferrementsne sontadmisnulle part. D'ailleur»le cubede boisemployéesténorme,eu égardà la petitedi- mensionde cepande bois de l'ace; les remplissagesen maçonnerie ou en torchisà peuprèsnuls.Au xmesiècledéjà,on élevaitdespans

de bois beaucoupplus légers, mieux combiné»,danslesquelsla main- d'Suvre était économisée,cl qui présentaient une parfaite solidité. Souvent.a celle époque,les solivesdes planchersportent sur les pans de bois de face,et servent a les relier avecles pansde bois intérieurs

[

PANDE BOIS]

-

de

retend.

Noustraçons (fig. 4 un de ces pansde bois, qui appartient, autant

qu'on peutenjuger parles profils, à la fin du xmcsiècle'. Ici pasde murs pignonsde maçonnerie,commedansl'exempleprécédent; la

construction

e-,1entièrement

de charpente, et les mitoyennetés

sont

de»pansde boiscomposésde sablières,de poteaux,de déchargeset

de tonrnis»es.Les deux étagesde pans de bois de face sont posésen

encorbellement

l'un sur l'autre, ainsi que l'indique

le profil A. Les po-

teaux d'angle et d'axe de la façade]! ont -2~2et :1\ centimètres d'équar- rissage; ion» le- autres, ainsi que les sablièreset solives, n'ont que

17 a 19centimètres. Les solives ('. des planchers

posant

sur

les sa-

blière» haute» assemblées sur la tète des poteaux, sont soulagées par de, -mi-sets et liens D à l'intérieur et a l'extérieur, et peuvent ainsi

recevoir a leur extrémité la sablièrebassede l'étage au-dessus. Ces solives étant espacéesde près d'un mètre, elles reçoivent de plus fai- ble- -olives, ou plutôt de- lambourde-, sur lesquelles sont posés les

bardeaux avec entrevous, aire et carrelage. Le roulement

boi- est maintenu par des décharges E assez fortes, et des croix de

du

pan de

Saint-André sous les appuis de- fenêtres. Un détail (fig. 5) explique I assemblagedessablièresa sur les poteaux b, des goussetset liens c, soit dans ces poteaux, soit dans les solives e. Onvoit en g comment

s'embrèvenl les sablières basses h aux abouts des solives, et comment

entre chacunede ces solives on a posédes entre-toises moulurées i.

Le tracéperspectif/"montre

Tune des solives désassemblée avec ses

mortaises; le traceperspectif/ figurele linteau m de la porte et son assemblageavecle poteau/),formantjambage.Quantau tracé géo- metralB, il expliquel'assemblagemarquéd'un b dansla figure 4. Cepande boisestbien tracé: les bois sont parfaitementéquarris, les mouluresnettementcoupées,les assemblagesfaits avecsoin. Il était,bien entendu,apparent; les remplissagesétaient hourdésen

mortier

et petit moellon enduits.

Nousavonssignaléailleurs2l'habiletédes charpentiersdu moyen

âge, principalement pendant les xme,xivc et xvesiècles.Il ne faudrait

pascroirequelesconstructionssebornaientalorsàemployerlespans

1 D'une mai-un de Chùteaudun.

[

PANDE BOIS

"

"*L>jois pour les maisonsde bourgeois: le pan de bois était, au <-<m-

f

PANDEBOI>1

-

'*'* -

traire,un^eim-deconstructionfréquemmentadopté,mêmedansl.-s édificespublics,lespalaisetchâteaux.Dansbeaucoupderésiden<v> seigneuriales,leslogisavaientàl'intérieur,ouenguisedemursde refend,despansdebois.Nousavonssouventconstatélaprésencede

i"!"-uu\r,i-i""- di' r]i;iijirnlerie, détruits par des incendies, dans des châteauxd'une certaine importance. On employait aussi les pans de bois comme moyen provisoire de clore des édifices qu'on n'avait pas le temps d'achever, ou dont la construction demeurait suspendue-

43

I rANDEDOIS]

C'estainsiqu'onvoit,ausommetdumurseptentrionaldela cathé-

draled'Amiens,unpignonenpandeboisquidateduxiveriècle.

Danscertainescontréesoù le boisétait abondantet la pierre rare,

on bâtissaitmêmedeséglisestoutentièresde bois.Ouvoit encore

6

dans un desfaubourgsde la ville de Troyes' une chapelle,placée

sous le vocablede saint Gilles, qui est bâtie en pans de bois et date

de la secondemoitié duxivesiècle.Cetédifice,auqueldesadjonctions plusrécentesont enlevéune partie de son caractère,se composait d'uneseulenef, encoreentière aujourd'hui,terminéeparune abside à quatrepans.Nousdonnons(tig. 6) en A le plan,et en B la coupe

' Faubourg Cronceus.

^ PA'.iDE BOISJ

-

iO -

transversaledela chapellede Saint-Gilles1.Toutle systèmeeonsMr enune suitedepoteauxun partravéeet à chaqueangle)reposant surunesablièrebasseetportantdesfermes; unesablièrehauterelie

le sommet, et deux cour- d'entretoises, avecdès écharpeset potelel- maintiennent ]«"dévers. Les entraits et poinçons de la charpente sont

apparents;ccll.'-ri estlambrissée.Uneflèchedontl'amorceesttracée

en I) couronne le comble sur la troisième travée, plus étroite que les

.

'

'

autres. La ti-nre 7 donne enA le détail ^eométral de l'assemblagedes poteaux dan- les entraits avecle^ liens double- qui les soulagent, et en B le trace perspectifd'unedestravées a l'intérieur, avecla fenêtre,

la sablière

haute

et

l'entretoise

haute

moulurées.

On voit

comme,

dan- cet humble édifice, la charpente e-t traitée avec soin, comment

la décorationne-l, a tout prendre,que l'apparencede la structure.

Sur ces boi-, point d enduit

-ur

latli-

simulant

une construction

de

pierre; au--i ces charpentes lais-ee- a l'air libre sur deux faces M-

sontc(»n-ei\éexplu- de (jualie -iecles.Un observeraque les liens <:

ti

7 si,ut bien moins destinés à -oublier

le- eiitniits des fermes

qu'àarrêter le deversdespans de bois. Ils tiennent lieu d'équerres,

petit

M- Mil'"!

cdilke.

sain d- fi"<,,"-, a bien v:>ulu nous fournir

les dessins de ce

-

4/

-

[ l'ANDULOISJ

degoussetsqui empêchenttout le systèmede secoucher,soitd'un

côté,

soit

de

l'autre.

Lesboisemployésdansles pansdebois, à dater du xiu8siècle, ne sont jamaisd'un fort équarrissaye;ils sont sainset choisisparmi des arbresqui n'étaientpastrop vieux.Cesontpresquetoujoursde- bois

de brin, c'est-à-dire équarris sur un seultronc, d'un assezfaible dia-

mètreparconséquent.Ce»bonnestraditionss'étaientconservéesjus-

qu'aucommencementdu xvu"siècle,puisquele traité de Malhurin

Jousseen fait mention '; et en effet il existe encore quelques pan»de hoi»de celte époquequi sont bien taillés et façonnésde bois choisis.

(l'est principalementdanslesprovincesdel'Est, en serapprochant

du Khin, qu'on trouve des rotes de constructions en pans de bois d'une grandedimension. Strasbourga conservejusque dans ces der- nier» temps des maisonsde bois plus grandes d'échelle que la plu- part de celles <|iiel'on voyait dans nos villes du domaine royal. A liiinstance,il existedesédificespublics considérablesen pansde bois. Beaucoupde ces maisons de Strasbourg, qui datent de la fin du

\ive siècle et du

xv',

étaient

munies

de

brelèches

aux

angles;

elle-

étaient vastes et hautes. Voici comment sont généralement combinés

les pansde bois de face avecbrelèches aux angles(jig. 8). La face de

la

la bretèche forme avec la face de la maison un angle de 4.V

\o\.

première enrayureA, prise au niveauo). En B, est un poteau cornier qui monte de fond, depuis la sablière basseS jusqu à la sablière su-

poteau C, milieu de l,i

périeure S'. A ce poteau cornier est accolé le

lace de la bretèche. Les poteaux d'angle Ede la bretèche sont cornier-

et reposentsur les solivesbV dont le porte a faux est soulagepar les

liens e. Au niveau de chaque plancher la breleclie

est reliée à la con-

struction principale par le solivage(voy. la secondeenrayure D. prise

au niveau d'}. Les tètes des poteaux corniers de bretèche E reçoivent

les deux chapeauxhorizontaux // dans lesquels s'assemblent les sa- blières g (voy. le plan F de la dernière enrayure, pris au niveauf). Un petit appentisde madriers recouvertsd'ardoiseou d'essente,et posés sur les coyaux/, garantit la partie inférieure de la bretèche et sert d'abri. Cette sorte de construction donnait beaucoup d'agrément aux maisons,en ce qu'elle permettait de voir à couvert dansla longueur de la rue. Les pans de bois latéraux portaient les poutres transversales »urlesquellesreposaientles solivesdesplanchers.Celles-ciretenaient

ainsile déversdu pandeboisdeface,leursaboutsétantengagésentre deuxsablièresou colombelles,commeon appelaitalorscespièceshori-

zontales.

L'assemblagedespoteaux C, milieux desfaces des bretèchescontre

lesgrandspoteauxcorniersB,mérited'êtredétaillé.Le poteaucornier

B montant de fond i^tig.9j est largement chanfreiné sur sonarête for-

LeTiéâtredel'art ducharpentier,enrichidediversesfujuresavecl'interprétation

i, fdict et dressepar Matlninn Joussede la Flèche, 1627.

( PANDEBOIS]

O'O

at l'angleexterne,commeil es!indiquéen 0. Un reposP sur cette

f PANDEBOIS]

arête est ménagédansla masse,sous le chanfrein, qui a comme lar- la largeur de l'une des fare>du poteaude milieu Gdelabretèche.

-

il» -

Sur cereposP estposéeàcul la chandelleM dont les deuxlanguettes

11viennent s'assembler dans les deux mortaises du poteau cornier.

Sur cette chandelle un blochet N s'assemble à tenon et mortaise, et est

maintenu en outre par un tenon n tombant dans la mortaise ri.

blochet N reçoit, dansune mortaisee, le tenon e'du poteau C,et dans

Ce

(\cu\

mortaises

latérales

les

tenons

des entretoises

S. Le blochet

N

en outre la petite contre-fiche formant appentis.Desprisonniers

vu.

-

7

[

l'AKVfs|