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Sévérien de Gabala

Six discours
sur la Création du monde

et une
Homélie sur le serpent d'Airain

Publiés dans le tome 6


des Oeuvres complètes
de
St Jean Chrysostome
(à qui elles furent longtemps attribuées)
par l'abbé Bareille

1872
En guise de présentation
Le nom de Sévérien de Gabala, lorsqu'il n'est pas ignoré, suscite la méfiance,
invite à la suspicion.
Il faut dire qu'il est principalement connu pour ses démêlés avec l'archevêque
Jean de Constantinople, St Jean Chrysostome. Il fait partie de ces gens dont
Théodoret écrivait "lorsque j'entreprends d'écrire les injustices que ce grand
homme a souffertes, je suis en quelque sorte retenu par le respect des autres
vertus de ceux qui ont commis ces injustices, et c'est ce qui m'obligera à
passer leurs noms sous silence autant qu'il me sera possible de le faire."
Cependant, puisqu'il s'agit d'homélies justement restituées à Sévérien, il
convient de présenter un peu l'homme.

Pour quelque raison, il délaissa vers 400 son obscur évêché de Gabala pour se
rendre (avec, dit-on, dans ses bagages de nombreuses homélies prêtes à être
prononcées) à Constantinople, capitale de l'empire.
Bien accueilli par l'archevêque Jean dont il sut gagner la confiance, il put
prêcher dans la Grande Eglise et devant la famille impériale.
Son accent très provincial (ce syrien ne sut jamais parler grec avec élégance)
nuisait à son éloquence, mais sa connaissance des Ecritures compensait ce
handicap : il fut un orateur apprécié du peuple et de l'empereur.
Aussi, lorsque – pour régler la succession de l'évêque Antonin d'Ephèse
accusé de simonie – Jean dût quitter Constantinople, il partit confiant,
laissant toute liberté à Sévérien de prêcher, lui "confiant" son église.
Hélas, Sévérien (qui ne se souciait peut-être pas trop de son propre diocèse)
pouvait-il comprendre le rôle de réformateur moral et religieux que s'était
assigné Jean ? Ajoutons à cela le goût de plaire, des relations difficiles avec
Sérapion, diacre de la Grande Eglise et un tempérament un peu vif, et nous
avons toutes les conditions pour que Jean, après une absence de plus de 3
mois, trouve une situation... compliquée.
C'est un incident somme toute mineur qui fit basculer cette situation à
l'équilibre de plus en plus précaire :Sérapion qui "omet" (peut-être
volontairement) de se lever en signe de respect au passage de l'évêque
Sévérien, ce dernier (dont l'humilité n'est peut-être pas la vertu première) qui
s'en émeut excessivement au point de prétendre excommunier Sérapion en
s'écriant "Si Sérapion finit ses jours en tant que chrétien, c'est que le Christ
n'est pas incarné !".
L'affaire est portée devant Jean qui trouve que, décidemment, cette fois c'en
est trop. Et l'archevêque, qui n'est pas l'homme des demi-mesures et des
compromis chasse cet hôte qui se montre par trop importun. La nouvelle fait
le tour de la ville, et déjà l'on chansonne l'évêque trop mondain qui – peut-
être – se voyait déjà archevêque.
Il faudra toute l'insistance personnelle de l'impératrice Eudoxie pour que,
dans une homélie à la rhétorique prudente, Jean invite ses paroissiens – au
nom de la paix – à recevoir à nouveau Sévérien.
De fait, cependant, la rupture est consommée.
Et Lorsque Théophile d'Alexandrie s'en prendra à Jean pour le faire déposer
au Synode du Chêne (en 403), on verra Sévérien siéger parmi les juges-
accusateurs.
Il sera encore présent comme accusateur au second Synode qui se tint à
Constantinople, et qui devait réhabiliter Chrysostome et aboutit à son exil
définitif.
Il mourut en 408, ou peu après.

Son attitude lui valut une réputation d'habile intrigant, de rancunier, de


prédicateur de talent mais sans âme et de courtisan des puissants.
Jugement dur, mais pas totalement infondé.

Son nom, couvert d'opprobre après la réhabilitation posthume de Jean


Chrysostome, posa problème aux copistes qui mirent plusieurs de ses
homélies sous le nom de... Chrysostome.
C'est donc, ironie de l'histoire, celui qu'il avait contribué à faire exiler qui
préserva les textes de Sévérien.
Les études entreprises depuis quelques siècles en occident ont permis de
restituer un certain nombre de ces écrits à son auteur.

Mais le jugement moral sur l'homme influa le jugement sur l'oeuvre. C'est
peut-être injuste.
En tous les cas, si Sévérien ne fut pas un ascète, il ne fut pas non plus
hérétique : prédicateur populaire, entré dans les bonnes grâces de l'Empereur,
il défend la foi de Nicée et combat avec ardeur les hérésies. S'il n'était pas
réputé pour son éloquence, il était jugé favorablement sur sa connaissance des
Ecritures. Cet exégète selon la stricte école antiochienne (appliquant son
exégèse littérale même aux parties poétiques de l'Ancien Testament) a une
prédilection pour la Genèse et les épîtres de saint Paul.

Dans les homélies que nous publions ci-après, ce n'est pas l'adversaire de
Chrysostome qui nous intéresse, mais l'exégète, le prédicateur qui d'ailleurs
fut si bien accueilli par Jean Chrysostome lui-même.

Albocicade, 2009

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