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LE ROMAN : VISION DE L'HOMME ET DU MONDE

Après ces années où le roman est considéré comme un genre inférieur, frivole, le XVIIIème siècle voit l'essor du roman et le XIXème son triomphe.

Dire le réel : objectif du roman L'essor du roman va de pair avec la montée de l'individualisme bourgeois. Le héros est aux prises avec la société dans la quelle il évolue, et doit faire avec ses travers et ses vices. Il reflète les liens entre société et individu. Trois types de romans apparaissent alors : « le roman d'initiation amoureuse » ; « les romans d'apprentissage » ; « les romans historiques ». Deux courants littéraires se développent, conformes à l'esthétique attachée au roman : le courant réaliste puis le courant naturaliste. Le premier est incarné par les œuvres de Balzac, Stendhal, Flaubert ; le deuxième par Maupassant et Zola.

Stendhal fonde sa fiction sur l'étude du vrai et la copie de la réalité d'après la nature. Il écrit en 1830 Le Rouge et le Noir à partir d'un fait divers. Pour lui la fiction doit reposer sur « le petit fait vrai ». Flaubert lui fait du style sa priorité. Il lit à voix haute dans son « gueuloir » les lignes qu'il vient d'écrire afin de travailler au mieux la musicalité de sa prose.

Balzac dédie le Père Goriot au naturaliste du XVIIIème siècle, Geoffroy Saint Hilaire, tandis que Zola s'appuie sur les travaux de Claude Bernard.

Maupassant dans sa préface de Pierre et Jean en 1888 écrit une sorte de manifeste du naturalisme : « Faire vrai consiste à donner l'illusion complète du vrai suivant la logique ordinaire des faits et non les transcrire servilement dans le pêle- mêle de leur succession. » Plus loin

il affirme « Ces réalistes de talent

devraient plutôt s'appeler des illusionnistes. » La volonté affichée est d'observer le réel, et de donner dans le roman, l'illusion de la réalité. Le roman devient une sorte de laboratoire des sciences humaines.

Les autres aspirations du roman

Au début du XIXème siècle c'est l'expression du sentiment personnel qui domine. Le courant romantique

a alors ses grandes figures :

Senancour avec Oberman en 1804 ; Benjamin Constant avec Adolphe en 1816 ; et Chateaubriand avec Atala en 1801 et René en 1802. Il existe bien sûr d'autres courants au XIXème sui vont à l'encontre du courant dominant : le courant fantastique a l'intuition des années

auparavant de la psychanalyse freudienne, le courant symbolique et décadent représentés par des auteurs comme Barbey d'Aurévilly, Huysmans ou Bloy.

Le roman d'apprentissage

Le roman d'apprentissage, appelé aussi roman de formation ou roman d’éducation, est un genre littéraire romanesque né en Allemagne au XVIIIe siècle (à ne pas confondre avec le roman de jeunesse). Il s'oppose cependant à la fonction première du romanesque qui est de nous transporter dans un monde de

rêve et d'évasion. On parle ainsi de

« roman initiatique » ou de « conte

initiatique ». En allemand, le roman de formation est nommé

« Bildungsroman ». Ce terme est dû au philologue allemand Johann Carl Simon Morgenstern, qui voyait dans le Bildungsroman « l'essence du roman par opposition au récit épique »1. On emploie aussi l'expression « Entwicklungsroman » (roman de développement personnel). Un roman d'apprentissage a pour thème le cheminement évolutif d'un héros, souvent jeune, jusqu'à ce qu'il atteigne l'idéal de l'homme accompli et cultivé. Le héros découvre en général un domaine particulier dans lequel il fait ses armes. Mais en réalité, c'est une conception de la vie en elle-même qu'il se forge progressivement. En effet, derrière l'apprentissage d'un domaine, le jeune héros découvre les grands événements de l'existence (la mort, l'amour, la haine, l'altérité, pour prendre quelques exemples). Ainsi, dans L'Éducation sentimentale (Flaubert, 1869), le jeune Frédéric connaît les premiers émois de l'amour : et réfléchissant sur les sentiments qu'il porte à Mme Arnoux, Frédéric se construit une idée de l'existence. Le roman d'apprentissage est un roman qui décrit la maturation du héros. Il manque d'expérience au départ et traverse des obstacles ou des épreuves afin de mûrir et d'en tirer des leçons. Si le mot « Bildungsroman » est passé tel quel dans le langage technique des études littéraires en français (et concurrence ainsi l’expression « roman de formation »), c’est en partie à cause de la polysémie difficile à traduire du mot allemand « Bildung », qui renvoie à des notions aussi proches et variées que construction, modelage, formation, éducation et culture (comme somme individuelle d’expériences et de connaissances).

Mais c’est aussi en raison du fait que les « Bildungsromane »

allemands constituent un modèle du genre et représentent dans la littérature allemande un genre littéraire à part entière, avec pour modèle historique et classique Les Années d'apprentissage de Wilhelm Meister de Johann Wolfgang von Goethe.

Caractéristiques principales

Définition générale

Un roman d'apprentissage traite de la « confrontation d'un personnage central avec différents domaines du monde». Le personnage central, le héros, suit une évolution déterminée par son rapport aux différents domaines du monde auxquels il est confronté. Le récit présente généralement la jeunesse du héros et le temps du récit s'étend sur plusieurs années, et parfois même sur plusieurs décennies. Le roman d'apprentissage présente ainsi certaines caractéristiques typiques de la biographie et de l'autobiographie.

Éducation au siècle des Lumières

Au cours de cette évolution, le concept (historique) de « formation » ou d’« éducation » joue un rôle central. Dérivé de l’Antiquité, le concept de « formation » (Bildung en allemand) signifie depuis les Lumières et l'époque du Sturm und Drang l'évolution d'un individu libéré des normes culturelles et sociales vers un état positif et supérieur. Le concept concerne aussi bien l’éducation de l’entendement que celle du caractère national. Une autre caractéristique du concept historique de « Bildung » est l’assimilation d’influences extérieures et l'épanouissement de prédispositions personnelles.

Rapport d’éducation entre l’auteur accompli, le héros et le lecteur

La « formation » n’est pas seulement au cœur du roman, elle est également destinée au lecteur. À l’instar du roman didactique des Lumières, cette volonté d’éducation du lecteur découle du « sentiment de supériorité et de l’esprit missionnaire d’un narrateur sûr de lui qui fait valoir son avance éducative sur celle de son héros et celle de son lecteur». Ce narrateur distancié et souvent ironique est donc l’élément essentiel d’une relation d’éducation qui s’établit entre lui, le héros et le lecteur.

Structure en trois parties

La structure du roman d'apprentissage est souvent tripartite, selon un schéma « Années de jeunesse » - « Années d'apprentissage » - « Années de maîtrise », comme dans Les Années d'apprentissage de Wilhelm Meister de Johann Wolfgang von Goethe, reconnu comme l'idéal et le prototype du roman d'apprentissage de langue allemande. Ce schéma tripartite n'est cependant pas représentatif de tous les romans de formation. On trouve de nombreux contre-exemples, comme le Rouge et le Noir de Stendhal, constitué de seulement deux parties.

Opposition héros-environnement

Le héros du roman d'apprentissage est tout d'abord directement confronté à son environnement. Alors qu'il est encore jeune, naïf et plein d'idéaux, il fait face à un monde hostile et réaliste qui ne correspond que très partiellement à ce qu'il en imaginait. Jacobs parle de « rupture entre une âme pleine d'idéaux et une réalité qui résiste». Les conséquences sont de l'incompréhension et du refus des deux côtés.

Appropriation d’expériences concrètes par le héros

Le rapport du héros à son

environnement déclenche son processus d'évolution et d'éducation. Dans cet environnement, le héros fait des expériences concrètes qui le font peu à peu grandir et mûrir. Il est décrit comme « entrant dans la vie avec joie, cherchant des âmes sœurs, rencontrant l'amitié et l'amour, mais bientôt confronté à la dure réalité et mûrissant au fil de ses diverses expériences de la vie».

Réconciliation avec le monde

Ce cheminement se termine par un « harmonieux état d'équilibre» avec le monde extérieur. Le « processus d'évolution l'a mis au clair avec lui- même et avec le monde». Le héros s'est ainsi réconcilié avec le monde et y prend sa place, il choisit un métier et devient un « Philistin, comme tous les autres » (Hegel p. 557 sq.). Il devient une partie de ce monde qu’au départ il méprisait.

Bilan du passé

Une autre caractéristique du roman d'apprentissage sont les « moments charnières du processus d'évolution», les regards portés par le héros sur son passé, ses réflexions. Ces moments charnières structurent le récit et contribuent à clarifier l'évolution du héros, ils distinguent les différentes étapes de cette évolution et les concluent.

Le roman d'apprentissage au xix e siècle

Le héros réfléchit sur ses expériences et en tire des conclusions sur le sens de la vie. Ses déceptions donnent lieu à des considérations complexes et approfondies de la part du narrateur (Balzac, Illusions perdues, 1837 -

1843).

Le jeune héros peut vivre des aventures similaires à celles qu'a vécues l'auteur. C'est le cas d'un certain nombre de romans autobiographiques. Ainsi, Jules

Vallès fait le récit à la première personne des expériences de jeunesse de Jacques Vingtras dans L'Enfant , Le Bachelier et L'Insurgé. Mais le récit des aventures de Jacques Vingtras (initiales J.V., comme l'auteur) sont en réalité un moyen pour Jules Vallès d'expliquer sa propre enfance, son arrivée à Paris et tout ce qui l'a amené à s'insurger.

D'une autre manière, la présence du narrateur (et derrière lui de l'auteur) peut être l'occasion d'une distanciation critique. C'est le cas, par exemple, dans L'Éducation sentimentale de Flaubert. Il est évident, mais pas explicite, que le narrateur du roman se moque du héros et de ses déboires. Que le héros se confonde ou non avec le narrateur, le roman d'apprentissage est l'occasion d'une autocritique, si les expériences du héros sont celles qu'a vécues l'auteur dans sa jeunesse, ou bien d'une satire de mœurs. Dans l'Éducation sentimentale, Flaubert montre implicitement la futilité de toute expérience et l'évanescence de la vie de personnages impuissants à tirer un réel profit de leurs parcours :

« Il voyagea. Il connut la mélancolie des paquebots, les froids réveils sous la tente, l'étourdissement des paysages et des ruines, l'amertume des sympathies interrompues. Il revint. »

Mais Flaubert parodie surtout le Romantisme et le topos de la scène de rencontre : ainsi le récit du

dernier entretien entre Frédéric et

M me Arnoux se révèle humoristique

(nombreuses exagérations) :

« Quand ils rentrèrent, M me Arnoux

ôta son chapeau. La lampe, posée sur une console, éclaira ses cheveux

blancs. Ce fut comme un heurt en pleine poitrine. »

La construction du personnage du

héros se révèle ainsi essentielle dans le roman d'apprentissage.

Outre ceux de Flaubert, les héros de Stendhal (Fabrice Del Dongo dans la Chartreuse de Parme, Julien Sorel dans le Rouge et le noir) ou de Tolstoï (Pierre à la bataille de Borodino dans Guerre et paix) sont élaborés pour être à la fois ridicules et touchants, et, derrière la moquerie, le roman d'apprentissage revêt toujours un certain caractère autobiographique.

Roman historique

Un roman historique est un roman qui prend pour toile de fond un épisode (parfois majeur) de l'Histoire, auquel il mêle généralement des événements -des personnages- réels et fictifs. Le roman historique est apparu à la fin du xvii e siècle avec comme principaux auteurs Madame de La Fayette et César Vichard de Saint- Réal. Le roman historique s'efforce d'apparaître vraisemblable en regard de la vérité historique et l'auteur s'appuie généralement sur une importante documentation. La première étude abordant le genre

est, en 1898, Le Roman historique à

l'époque romantique de Louis Maigron, qui souligne l'apport décisif des romans historiques de Walter Scott dans l'élaboration du roman moderne. En 1937 paraît le célèbre essai de sociologie littéraire de Georg Lukács : Le Roman historique.

Le roman historique, dans ce que Lukacs appelle sa « forme classique », naît au début du

XIX e siècle, au début de l’ère

industrielle, en même temps que le

capitalisme, en même temps que la bourgeoisie assied définitivement

son pouvoir.

Si le héros épique est toujours protégé par quelque dieu, le

personnage de roman, lui, s’aventure seul dans le monde et ses dangers. Il va ainsi s’éprouver, apprendre à se connaître au travers d’aventures que le héros épique ne faisait que subir passivement.

À travers des destinées individuelles (c’est en cela qu’il est roman) exemplaires, le roman historique exprime les problèmes d’une époque donnée (c’est en cela qu’il est historique) du passé. Mais comment oublier, et faire oublier le présent?

Le roman historique est donc tributaire de la relation de l’auteur à son époque, à sa société. C’est le présent qui nous fera le mieux comprendre le passé — et nous y intéresser.

Le roman historique naît de la Révolution française. Il représente l’ascension politique de la bourgeoisie.

« Révolutionnaire », il se développe

« en lutte avec le romantisme », qui

est « réactionnaire ». Il atteint son apogée avec Scott, Pouchkine et Balzac. Puis, lorsque la bourgeoisie entre dans une « période décadente », elle le prive de son

« caractère populaire ». À partir de 1848, c’est la crise du roman

bourgeois (représenté par Flaubert et Zweig). Le roman historique perd de sa vitalité comme de sa portée. Il

« dégénère ». Il ne pourra se

renouveler que dans un humanisme démocratique moderne.

Introduction au courant réaliste et naturaliste

Le courant réaliste est paradoxal car ses principaux initiateurs ont été oubliés, alors que des romanciers qui ne revendiquaient pas leur appartenance au courant ont laissé des œuvres qui illustraient parfaitement la théorie réaliste (Balzac, Stendhal, Mérimée, G. Sand, Flaubert).

La définition du mot : le mot apparaît en 1830, il est connoté de façon négative. Etre réaliste pour un artitiste c'est s'exposer à la critique. En art il désigne une déviation par rapport à la norme, aux attentes esthétiques et morales.

Il y a une ambiquité dans l'expression "roman réaliste", car comment concilier la réalité et la fiction.

Selon Louis Aragon le romancier réaliste est celui qui "réussit" ses mensonges, qui passe par la fiction pour dévoiler le monde réel.

Beaucoup d'écrivains sont classés parmi les Réalistes, mais ils sont surtout des auteurs qui échappent aux étiquettes: Stendhal est aussi considéré comme romantique, de même pour Hugo qui a traversé le siècle; Flaubert qui ne se revendique pas réaliste; Balzac devait l'être sans le savoir (puisqu'il écrit vers 1830).

Il faut donc se méfier des idées toutes faites, mais percevoir dans les oeuvres des tendances, des points communs, une même façon de voir le monde, mais pas forcément de le représenter (Stendhal s'appuie sur un fait divers pour écrire Le Rouge et le Noir, mais il n'écrit pas comme Balzac par exemple); quant à Flaubert c'est plus le style que le sujet qui l'intéresse.

Le courant naturaliste a principalement deux grands figures :

Maupassant et Zola. Les deux adoptent une même attitude :

recherche sur le terrain (à la façon du journaliste) et recherche en bibliothèque pour se documenter sur le sujet qu'ils traitent.

Certains réalistes le faisaient aussi (Flaubert avait des carnets de travail, les frères Goncourt un Journal, Hugo faisait des croquis à côté de ses notes).

Ces deux courants sont

complémentaires et proposent une fonction originale pour le roman :

étudier le monde et l'homme.

L'année 1848

L'apparition du courant réaliste est liée à la désillusion politique de 1848 : Louis Napoléon Bonaparte est élu président de la IIème République et procède à un coup d'Etat en décembre 1851 pour instaurer le régime autoritaire du Second Empire.

L'exploitation et la misère règnent en France, de même que les libertés de la presse sont réprimées. Mais cette presse fournit un témoignage social d'un autre type et inspire les écrivains réalistes qui forment le projet de tout montrer.

En même temps la France connaît une période économique très intense : c'est le temps de la création des banques (le Crédit Lyonnais, le Crédit Foncier). L'argent domine une société dont les clivages sociaux se creusent. Le baron Haussmann entame ses travaux de rénovation dans la ville de Paris pour lutter contre l'insalubrité ; les grands magasins apparaissent (le Bon Marché n 1852) ; le chemin de fer progresse dans tout le pays, autant de sujets qui inspireront les romanciers (comme Balzac qui crée le personnage du baron Nucingen, ou Zola plus tard dans la Fortune des Rougon, Au bonheur des Dames, etc).

En peinture, le réalisme consiste à représenter le misérable, qui était discrédité par le classicisme. Daumier, Millet s'attachent à la vie paysanne. Courbet expose la première fois en 1848. Il est suspecté d'idées subversives, notamment socialistes avec son tableau "les Casseurs de pierre" et "l'enterrement à Ornans" en 1850, qui donne à une simple scène de genre un grand format, et dont le

sujet reste énigmatique aux yeux des spectateurs.

En littérature, de grands bouleversements voient le jour. Guizot, en créant une école par commune en 1833, contribue à l'augmentation des lecteurs à venir ; et les journaux insèrent dès 1836 des feuilletons pour attirer un lectorat plus large.

Le travail romanesque et le travail journalistique se trouvent liés. L'écriture réaliste est influencée par le fait divers et la technique du reportage naissant.

La période de 1830-1848

Le mot "réaliste" apparaît en 1830 en peinture. Il désigne les artistes qui ne prennent plus les modèles idéaux, classiques, mais qui veulent imiter la Nature. Ils ne retiennent que le pittoresque au détriment du Beau.

En littérature la date fondatrice est 1829, année de la parution des Chouans d'Honoré de Balzac.

Le projet de la Comédie humaine de Balzac :

L'ensemble contient 91 romans achevés rédigés entre 1826 et 1850.

Répartis en différentes études (Etudes analytiques, Etudes philosophiques, Etudes de mœurs) les romans représentent toutes les classes sociales, hormis la classe ouvrière, que Zola étudiera plus tard.

Dans son Avant-Props à la Comédie en 1842, Balzac présente son projet :

il veut concurrencer Buffon, le naturaliste, dans son étude de l'animal appliquée à l'homme. Il veut « faire concurrence à l'Etat civil » ; Balzac montre les mutations dans la société française : déclin de l'aristocratie et de ses valeurs, au profit de la bourgeoisie d'affaires montante.

L'argent devient le thème romanesque par excellence, et permet l'apparition de nouveaux « types » sociaux. Rastignac incarne l'ambitieux, Grandet le bourgeois avare, Nucingen le banquier.

Balzac montre qu'il faut dépasser l'ambition de copier le réel, qu'il faut le transfigurer et le symboliser. Pour lui le roman est « un miroir concentrique où suivant sa fantaisie, l'univers se réfléchit. » La qualité fondamentale de l'écrivain est celle de « l'observation-expérimentation » qui est « un « don de seconde vue » car elle permet de « deviner la vérité de toutes les situations. » (Préface de la Peau de Chagrin).

Le cas de Stendhal :

La préoccupation principale de Stendhal est la vérité. Il peint d'après nature des événements qu'il emprunte à la vie réelle, aux fait divers. Le sous-titre du Rouge et le Noir est Chronique de 1830, le roman présente le tableau de la société française, de ses différentes classes sociales, et des moeurs sous les dernières années de la Restauration. Lucien Leuwen met en scène le triomphe de la riche bourgeoisie sous Louis-Philippe, et la Chartreuse de Parme présente la vie d'intrigues dans une petite cour italienne vers 1820.

Quant à son style, Stendhal a une obsession : bannir les effusions romantiques à la Chateaubriand qu’il traitait de "charlatanisme". Il recherche la sécheresse du Code civil; Une phrase résume bien la personnalité de l'écrivain, à rapprocher des préoccupations réalistes: "Je n'ai qu'un seul moyen d'empêcher mon imagination de me jouer des tours, c'est de marcher droit à l'objet."

La période de 1848-1865

Le mouvement réaliste à proprement parler est créé par deux écrivains Champfleury et Duranty en 1856- 1857, qui théorise le projet du mouvement. Le sujet dépasse selon eux l'intérêt porté au style. Le roman se voit assigner une fonction essentiellement éducative.

Flaubert lui prône le style avant tout. Il relisait ses textes à haute voix dans son « gueuloir », qu'il évoquait dans ses lettres à Louise Collet : « Le style est à lui tout seul une manière absolue de voir les choses. » avec Madame Bovary Flaubert est condamné en 1857 pour offense aux bonnes mœurs. L'histoire d'une femme insatisfaisante de la vie qu'elle mène, deux fois adultère qui finit par se suicider n'est pas du goût de la morale bourgeoise du moment. Or Flaubert n'avait pas les intentions du courant réaliste : faire un roman éducatif. Pour lui le réalisme est la négation du Beau. L'écrivain avouait d'ailleurs : « Il y a en moi, littérairement parlant, deux bonhommes distincts : un qui est épris de gueulades, de lyrisme, de grands vols d'aigle, de toutes les sonorités de la phrase et des sommets de l'idée ; un autre qui creuse et qui fouille le vrai tant qu'il peut, qui aime accuser le petit fait aussi puissamment que le grand, qui voudrait faire sentir presque matériellement les choses qu'il produit. »

Georges Sand, quant à elle, dans la Petite Fadette ou la Mare au diable, peint la vie champêtre et ne s'interdit pas l'imagination et le romanesque.

De fait aucune œuvre importante n'est issue de ce courant. Mais il a permis à plusieurs grands écrivains de s'exprimer.

Le courant naturaliste est le prolongement naturel du courant réaliste. Les écrivains appartenant à

ce courant se revendiquent de leurs aînés "réalistes".

Les années 1865-1870

Il existe une génération intermédiaire entre celle des réalistes et celle des naturalistes.

Si l'on se réfère strictement aux dates Flaubert, qui fait paraître l'Education Sentimentale, livre phare de toute une génération, en 1869. De fait on retrouve cet auteur dans les deux courants littéraires (ou dans aucun, ce qui revient au même, puisque Flaubert ne s'est jamais revendiqué d'un mouvement précis.)

Moins sujet à discutions, les frères Goncourt publient Germinie Lacerteux en 1864, qui est le premier roman jamais écrit sur le peuple.

Thérèse Raquin est écrit en 1867 et fait connaître son jeune auteur, Emile Zola. L'année suivante, Zola défend dans l'article "Edouard Manet" de l'Evénement Illustré, le tableau d'Edouard Manet, Olympia, présentant une femme nue, mais coiffée pour sortir, le regard accrochant celui du spectateur, allongée sur un lit, comme en attente. Au fond une servante noire apporte un bouquet. Le sujet (une courtisane et non une déesse, plus classique), le traitement (réaliste, sans fard) provoquent le scandale et le dégout excessif des spectateurs et critiques heurtés dans leurs valeurs bourgeoises. Zola ne perd pas l'occasion de stigmatiser l'hypocrisie de ces amateurs d'art, mais surtout il revendique sa propre approche de l'art : "Ah! nous n'avons plus les beaux corps de femmes, puissants et forts, que copiaient les peintres du XVème siècle, et lorsque nos artistes nous donnent des Vénus, ils corrigent la nature, ils mentent. Edouard Manet s'est demandé pourquoi mentir, pourquoi ne pas dire la vérité." 10 mai 1868.

En parallèle Claude Bernard présente son Introduction à la médecine expérimentale. L'approche scientifique des faits humains sera la méthode appliquée par les écrivains à venir.

Les années 1870 à 1902

Le premier volume des Rougon- Macquart, la Fortune des Rougon, paraît en 1871. Le projet de Zola est d'étudier le destin des membres d'une famille sous le second Empire. Chaque être est le résultat de "la lente succession des accidents nerveux et sanguins qui se déclarent dans une race" (Préface de la Fortune des Rougon). Ainsi chacun va réagir selon son milieu, bourgeois ou populaire, et son tempérament, fruit de son hérédité. Zola annonce : "J'analyserai à la fois la somme des volonté de chacun de ses membres et la poussée générale de l'ensemble." Dans cette optique, la Fortune des Rougon "doit s'appeler de son nom scientifique :

les Origines."

L'argent est l'un des ressorts dramatiques principaux de l'intrigue et sert de base à l'autopsie de la classe bourgeoise.

En 1877 l'Assommoir assure à son auteur un succès retentissant. La déchéance de la petite blanchisseuse parisienne, Gervaise, de son mari, Coupeau, alcoolique invétéré, et de son amant, Lantier, marque les esprits qui suivent avec passion la fatalité de l'hérédité.

L'Age d'or du naturaliste se situe autour des années 1880 : Alphonse Daudet, Maupassant, Zola et ses invités aux soirées de Médan, montrent leur attachement à la médecine, à la physiologie at à la psychopathologie. Les dérèglements de la vie psychique, l'hypnose, les tares familiales alimentent leurs oeuvres qui donnent une vision sombre du monde et des hommes,

frappés par le déterminisme. Nul ne semble pouvoir échapper à son destin, inscrit dans ses gènes, dirons-nous maintenant.

Emile Zola expose sa théorie dans le Roman expérimental en 1880 :

"Nous montrons le mécanisme de l'utile et du nuisible, nous dégageons

le déterminisme des phénomènes

humains et sociaux, pour qu'on puisse un jour dominer et diriger ces phénomènes. En un mot, nous travaillons avec tout le siècle à la grande oeuvre qui est la conquête de

la nature, la puissance de l'homme

décuplée."

A cette vision rationaliste,

directement influencée par le positivisme ambiant (foi absolue dans la science) s'opposent avec virulence des écrivains qui se revendiquent du spiritualisme tels que Villiers de l'Isle Adam avec son Eve Future, Barbey d'Aurévilly ou Léon Bloy. Ce courant appelé aussi décadent produit des oeuvres d'une force poétique rare.

1902 est l'année de la mort d'Emile Zola, et marque la fin d'un courant littéraire, qui inspirera néanmoins la génération des écrivains suivants.

L'esthétique du courant réaliste

Avant tout, ces auteurs ont un point commun : s'éloigner des excès romantiques.

Des constantes sont à noter : un

style efficace, un vocabulaire précis

et documenté, des descriptions qui

reposent sur des recherches souvent

scientifiques et savantes, une intrigue sobre, des portraits de personnages qui représentent des « types ».

Le roman réaliste a une vertu pédagogique : le narrateur utilise la troisième personne, il adopte le point de vue omniscient et se permet des interventions dans son récit pour créer une certaine complicité avec le lecteur.

De fait la description n'est jamais gratuite, elle est symbolique et le personnage a une fiche d'identité très précise. Chez Balzac il faut étudier les lieux en rapport avec les personnages car il étudie l'homme selon les circonstances et le milieu dans lequel il évolue.

Résumé des mots d'ordre du réalisme

-Il faut préférer le réel au romanesque

-Le romancier doit être objectif

-Il doit avoir recours à une documentation qui légitime l'authenticité de l'œuvre

-La science est considérée comme une méthode d'approche

-L'écriture réaliste valorise les descriptions et l'adoption du point de vue omniscient

Balzac et Stendhal se sont attachés à

la poésie du quotidien. Si

l'imaginaire est décrié, la recherche

du Beau n'est pas oubliée.