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PRODUCTION DE CONNECTEURS PAR LES ENFANTS GABONAIS AGES DE 4 ANS A 6 ANS

Flora NTSAME-MBA 1 Université Omar Bongo de Libreville

Résumé

Cette recherche porte sur l’utilisation des connecteurs par de jeunes enfants gabonais âgés de 4 à 6 ans. Deux situations de communications différentes ont été proposées aux enfants. Dans la première, le modèle contextuel proposé par French et Nelson (1985) a permis aux enfants de produire un discours en évoquant une situation familière. La deuxième situation de communication a amené l’enfant à produire le discours à partir d’un support concret (images d’un récit sans parole). A tous les âges, on retrouve une différence significative entre les deux types de situations communicatives, avec une grande utilisation de connecteurs dans la situation qui permet aux enfants de se représenter mentalement ce qu’ils ont vécu afin de le raconter. En outre, on observe une augmentation régulière du nombre de connecteurs aux différents âges, ainsi qu’une grande utilisation de connecteurs de relations temporelles.

Mots clés

Acquisition du langage, connecteurs, représentation mentale, description de référent.

Abstract

The aim of this research is to study the use of relational terms by young children of Gabon, from four to six years of age. Two different situations of communication have been proposed to children. In the first, contextual model proposed by French and Nelson (1985) have allowed children to produce a speech by the invocation of a familiar situation. The second situation of communication enables the child to produce a speech from a concrete base (images of recital without words). At all ages, we found a significant difference between the two kind of communicative situations, with a great use of relational terms in the situation which permit children to represent mentally what they have undergone in order to tell more about it. In addition, we observe an regular increasing of the number of relational terms in different ages, and also a big utilisation of relational terms of temporal relations.

Key words

Language acquisition, relational terms, mental representation, description of reference.

Introduction

Produire un discours est une activité qui se réalise en vue d’un certain objectif, c’est un processus complexe dans la mesure où il n’a pas seulement pour objet de donner un ensemble d’informations que l’auditeur doit chercher à ajuster les unes aux autres pour reconstituer la représentation de départ ; il constitue en revanche un parcours finalisé visant à agir d’une certaine manière sur l’auditeur (sur ses attitudes, ses croyances, son comportement, etc). Autrement dit, un discours a toujours plus ou moins une fonction argumentative (Caron, 1997). Et, cette fonction ne relève pas seulement du contenu du discours, mais aussi et surtout des moyens linguistiques qu’il utilise.

1 Flora Ntsame – Mba, Assistant à l’Université OMAR BONGO, est titulaire d’un doctorat en Sciences Humaines, option Psychologie du Développement et Cognitive. B.P 1881, Libreville (Gabon) ; e-mail : floramba2003@yahoo.fr.

Ce sont ces moyens linguistiques, et en particulier les connecteurs, qui constituent l’intérêt du présent travail. En effet, l’étude des moyens linguistiques utilisés dans le cheminement du discours constitue un thème de recherche important en Psychologie. L’un des exemples les plus intéressant de ces "opérateurs discursifs" est celui du paradigme des connecteurs dont la fonction est de marquer les enchaînements des énoncés (Caron-Pargue et Caron, 1989). En effet, c’est la catégorie de moyens linguistiques la plus étudiée par les chercheurs en Amérique et en Europe . En revanche, c’est un aspect du discours encore très peu abordé par les psychologues et psycholinguistes gabonais. Plusieurs définitions sont avancées au sujet de la notion de connecteurs. D’après Moeschler, J., Reboul, A., Luscher, J.M., Yayez, J (1994), les connecteurs interviennent dans l’interprétation de la bonne compréhension de l’énoncé. Pour Jean Caron (1987), les connecteurs constituent une "catégorie d’instruments linguistiques assurant une fonction essentielle dans l’enchaînement des énoncés et dans la logique naturelle du discours". Quant à Michelle Kail (1983), elle affirme que les connecteurs sont des "éléments linguistiques assurant une régulation du système des relations causales constituant la situation communicative ou discursive". On peut également signaler que d’après Fayol (1985), les connecteurs sont les marques utilisées pour signaler le degré de liaison entre des propositions successives. De ces différentes approches de la notion de connecteurs, nous retenons l’idée de marqueurs linguistiques assurant un rôle privilégié dans l’enchaînement des énoncés et dans la régulation du discours. Ces marques sont vues selon l’acception de Bronckart (1983) comme des "moyens d’organiser notre connaissance du monde en bloc plus étendu d’informations intereliées et d’exprimer des distinctions qualitatives concernant la nature des relations". Isabelle Maillochon (1989), a pu montrer que les connecteurs (mais, parce que, si, quand …) servent d’étayage au fil du discours et jouent un rôle dans la communication pour aider l’interlocuteur à construire une représentation correcte de ce que le locuteur (enfant ou adulte) veut lui faire comprendre. Mais la polysémie de ces termes invite à se garder de toute interprétation en termes d’opérations logiques (assimilant "si" à l’implication, "et" à la conjonction, etc.). Afin de rendre compte de cette polysémie fréquente des termes, Caron (1988) propose d’interpréter ces phénomènes en distinguant d’une part les "effets de sens" divers auxquels un mot peut donner lieu selon les contextes et, d’autre part, le "schéma de sens" propre au mot, qui en constitue la valeur sémantique invariante. Enfin, Fayol (1985) indique que l’utilisation des connecteurs exige trois conditions :

- Un certain nombre de relations sémantiques indispensables à l’établissement de la cohérence des textes doivent être disponibles ou construites.

- La connaissance qu’a le sujet d’un ensemble organisé de termes par lesquels il fait son choix en fonction de ce qu’il veut exprimer.

- L’existence des critères de correspondances signifiant / signifié.

De nombreux auteurs (Fayol, 1985 ; Bronckart , 1984; French et Nelson, 1985; Isabelle Maillochon , 1989) soulignent que l’apparition ou non de certains connecteurs est liée au contexte dans lequel est produit le discours. French et Nelson (1985) affirment que l’acquisition des connecteurs par l’enfant ne peut être conçue comme une maîtrise progressive des différentes composantes sémantiques, mais elle est plutôt liée au contexte. En effet, c’est dans des contextes particuliers qu’on découvre d’abord l’utilisation et la compréhension des connecteurs. Le modèle contextuel proposé par French et Nelson (1985) dans leur ouvrage "Young Children’s knowledge of relational terms" consistait en des descriptions d’événements par les enfants quand on leur demandait de raconter ce qui se passe quand ils sont engagés dans une activité particulière comme celle "de faire un gâteau" par exemple. Ils observent, contrairement à la plupart des travaux qui montraient que les enfants avant 8 ans ne pouvaient pas correctement utiliser les connecteurs, que les enfants les utilisent si c’est dans un contexte bien précis.

L’objectif du présent travail est d’étudier la production de connecteurs par des enfants gabonais âgés de 4 à 6 ans. Pour ce faire, nous nous sommes appuyés sur le modèle contextuel proposé par French et Nelson en 1985. Nous cherchons à savoir, si les résultats obtenus par ces deux auteurs en langue anglaise, puis par des enfants français avec Isabelle Maillochon (1989) peuvent être transposables aux productions d’enfants gabonais scolarisés à Libreville et communiquant majoritairement en langue française ; le français étant la langue utilisée à l’école au Gabon et très souvent dans le milieu familial. Outre l’épreuve de French et Nelson, nous avons fait passer aux mêmes enfants une épreuve de récit sur image qui va nous permettre de comparer les productions des enfants dans deux conditions différentes. Notre recherche est menée dans deux directions :

- Une analyse quantitative de la production de connecteurs dans les deux conditions proposées aux enfants ; ainsi qu’une analyse quantitative des productions des filles comparées à celles des garçons. Nous pensons qu’il y aurait une différence entre les sexes. En effet, les données de la psychologie différentielle du langage soulignent qu’il se dégage une tendance majoritaire : lorsqu’une différence des moyennes apparaît, elle s’établit plus souvent en faveur des filles. - Une analyse quantitative des principales relations exprimées par les enfants à l’aide des connecteurs dits "régulateurs". Nous avons retenu cette catégorie de connecteurs parce qu’ils expriment des relations fonctionnelles entre les éléments du discours alors que les connecteurs "additifs" permettent simplement de juxtaposer les éléments du discours. Nous pensons que cette catégorie de connecteurs "régulateurs" serait moins utilisée par les enfants, car plus complexe, d’où l’intérêt d’étudier les types de relations que les enfants peuvent exprimer à travers ces connecteurs "régulateurs".

Hypothèses

Nous émettons les hypothèses suivantes :

On pourrait observer une augmentation de la proportion de connecteurs à travers les différents

âges.

Il y aurait une différence entre les sexes dans le sens d’une plus grande utilisation de connecteurs chez les filles On pourrait observer une utilisation plus importante de connecteurs dans un certain contexte, celui de l’évocation de situations connues sans support matériel. Il y aurait une utilisation moins importante des connecteurs "régulateurs" par rapport aux connecteurs "additifs" chez les enfants. Méthode

Sujets

18 enfants gabonais âgés de 4 ans à 6 ans ont participé à l’expérience. Ces enfants étaient répartis en 3 groupes de 6 sujets ayant respectivement pour âge moyen : 4 ans 5 mois (4 ans 1 mois – 4 ans 9 mois) ; 5 ans 6 mois (5 ans 1 mois- 5 ans 11 mois) et 6 ans 4 mois (6 ans 8 mois- 6 ans 8 mois). Ces enfants proviennent d’un établissement privé de Libreville ; il s’agit de l’école maternelle et primaire "le Guide de nos enfants" situé au quartier Nzeng – Ayong à Libreville. Les enfants avaient un niveau scolaire normal, c’est – à- dire que ceux âgés de 4 ans étaient inscrits en moyenne section, ceux de 5 ans en grande section et ceux de 6 ans au cours préparatoire. Il y avait le même nombre de fille et de garçon dans les trois groupes d’âges et tous les enfants avaient le français comme langue principale à la maison comme à l’école.

Matériel

Le matériel concernait dans un premier temps des cartes numérotées de 1 à 4 sur lesquelles étaient marquée une activité familière pour l’enfant. Contrairement à l’expérience de French et Nelson où les enfants avaient à répondre à 6 questions familières différentes, notre expérience, a porté sur 4 questions que nous avons adapté à la réalité de l’enfant. Pour la condition image, nous avons choisi les images utilisées par Isabelle Maillochon dans son mémoire de maîtrise. Nous avons cependant réduit le nombre d’images en passant de 9 images à 5 images. Ces images racontent une histoire avec trois personnages : une poupée, une petite fille et une souris. Ces images ont été présentées successivement à l’enfant.

Procédure

Nous avons fait passer deux entretiens à chaque enfant dont l’un portait sur les "évènements familiers" et l’autre sur la condition "image". Nous avons fait passer les deux entretiens l’un après l’autre. Les productions des enfants étaient directement enregistrées sur magnétophone et elles ont été retranscrites par la suite. Au début de chaque entretien, nous leur expliquions clairement et simplement ce qu’ils avaient à faire et nous nous assurions à chaque fois qu’ils avaient compris la question.

Evénement familier

En adaptant le paradigme de French et Nelson (1985), on invitait l’enfant à choisir une des quatre cartes comportant une question ayant trait à quatre événements familiers différents. L’adaptation nous a amenée à ne retenir que certains types de questions (par exemple, il est plus naturel de demander à un jeune gabonais, ce qu’il fait quand il revient de l’école que ce qu’il fait à l’arrivée de l’été). Les questions se présentaient comme suit : comment ça se passe quand :

- tu t’habilles le matin ?

- tu vas à un anniversaire ?

- tu reviens de l’école ?

- tu pars au marché ou au magasin (Mbolo, Cécado, libanais) avec papa ou maman ?

Après avoir choisi l’une des cartes nous posions à l’enfant la question inscrite sur la carte. En cas d’hésitation, nous leur posions d’autres questions :

C’est tout ce qui arrive ? Rien d’autre n’arrive ? On pouvait aussi reprendre la question en totalité, ou en partie. Et pour s’assurer de la fin de la réponse de l’enfant, on lui demandait s’il avait fini. L’entretien se poursuivait ensuite jusqu’à la dernière carte. Image

Nous avons repris les images utilisées par Isabelle Maillochon dans son mémoire de maîtrise en réduisant le nombre d’images (nous avons retenu 5 images au lieu de 9). Voici une description sommaire de l’action évoquée par les images :

Image 1 : la petite fille assise sur un tabouret s’occupe de sa poupée posée sur ses genoux. Des vêtements de poupée sont éparpillés sur le sol. Au premier plan, une souris regarde la scène une patte à la bouche. Image 2 : la petite fille couche la poupée dans un berceau, la souris rit. Image 3 : la souris glisse la poupée sous une armoire.

Image 4 : la souris, sur le berceau, semble s’apprêter à se coucher. Image 5 : la souris, dort paisiblement dans le berceau, la petite fille, penchée vers elle, lève les bras ouvre la bouche, écarquille les yeux Nous avons donc présenté aux enfants les images une par une en annonçant le numéro de l’image. On leur demandait de raconter ce qui se passait sur l’image. En cas d’hésitation ou de silence, on posait à l’enfant les questions suivantes :

Il n y a rien d’autre sur l’image ? Qu’est ce que tu vois d’autre ? Résultats Analyse globale des résultats L’analyse des données a porté sur les principales variables étudiées : il s’agit du nombre moyen de connecteurs par âge, par condition et en fonction du sexe des sujets. Nous nous sommes également intéressé aux relations que les connecteurs "régulateurs" permettent d’exprimer. Nous avons ainsi procédé à une analyse de variance (ANOVA) sur le nombre moyen de connecteurs produits par sexe et par âge. Pour chaque enfant, nous avons calculé ce rapport considéré comme un score. L’analyse de variance a été faite selon le plan expérimental suivant : S6 (A3 * B2) * C2, où A est le facteur âge à 3 modalités (4, 5, et 6 ans) ; B est le facteur sexe à 2 modalités (garçon ou fille) et C est le contexte dans lequel est produit le discours ("évènements familiers" et "images").

Figure 1 : nombre moyen de connecteurs, par âge pour les deux épreuves

35 32,83 30 26,65 25 20 15 14,16 10 5 0 4 ans 5 ans
35
32,83
30
26,65
25
20
15
14,16
10
5
0
4 ans
5 ans
6 ans
moyenne

âge

Le nombre de connecteurs croit régulièrement avec l’âge. Cette augmentation est significative (F(2,15)= 11,33 ; p< .002). Comme prédit, on observe une croissance importante de la proportion de connecteurs entre 4 ans et 6 ans. A 4 ans, la proportion de connecteurs est de 19%, à 5 ans, elle est de 36% suivi de 44% à 6 ans. On peut également noter que l’augmentation du nombre de connecteurs est plus importante entre 4 ans et 5 ans. Ce qui suggère que plus les enfants avancent en âge, plus ils mobilisent des moyens linguistiques pour se faire comprendre de l’interlocuteur.

Figure 2 : nombre moyen de connecteurs, par âge et par sexe pour les deux épreuves

40 30 20 10 0 4 ans 5 ans 6 ans âge G F moyenne
40
30
20
10
0
4 ans
5 ans
6 ans
âge
G
F
moyenne

La différence entre fille et garçon est marginalement significative (F(1, 18)= 0,48 ; P=.051. Cette différence est en faveur des filles avec une utilisation de connecteurs légèrement plus importante pour ce groupe. Cette différence est surtout marquée à 5 ans.

Figure 3 : nombre moyen de connecteurs, par âge et par épreuve

 
 

moyenne

4 ans

6 ans

moyenne 4 ans 6 ans
moyenne 4 ans 6 ans
moyenne 4 ans 6 ans
 
    moyenne 4 ans 6 ans  
    moyenne 4 ans 6 ans  
    moyenne 4 ans 6 ans  
évènements familiers image

évènements familiers

image

On constate une utilisation importante de connecteurs dans la condition "évènements familiers" aux différents âges. Cette différence est significative (F(1, 15)= 16,58 ; p<.001). En effet, on remarque qu’à 4 ans la condition "événements familiers" a une proportion de connecteurs plus importante que la condition "image" (82% contre 18%) ; à 5 ans on obtient 80% de connecteurs dans la condition "évènements familiers" contre 20% seulement dans la condition "image". Enfin, à 6 ans, la différence tend à diminuer avec 75% de connecteurs dans la condition "événements familiers" contre 25% dans la condition "image". En somme, l’analyse quantitative de la production des connecteurs, par les enfants révèle une augmentation avec l’âge du nombre de connecteurs utilisés pour décrire ce qui se passe dans les situations familières ainsi que pour raconter un récit à partir d’images. Nous constatons également une différence entre les productions des filles et des garçons mais cette différence est juste significative. Enfin, nous observons une utilisation très importante des connecteurs dans la condition "évènements familiers". Cette différence entre les deux conditions tend à diminuer avec l’âge. Analyse quantitative des connecteurs "régulateurs" Cette deuxième analyse a porté sur les connecteurs "régulateurs" qui expriment des relations fonctionnelles entre les éléments du discours. Nous avons choisi ces connecteurs car nous pensons que leur utilisation peut s’avérer plus complexe que l’utilisation des connecteurs "additifs" qui indiquent une

démarcation entre les éléments du discours à l’exemple de "et" et de "et puis"… Nous pensons que l’apparition de ces connecteurs va varier selon les différents âges.

Tableau 1 : proportion de connecteurs "régulateurs" et "additifs"

Age

4 ans

5 ans

6 ans

Connecteurs additifs

62%

59%

54%

Connecteurs régulateurs

38%

41%

46%

On remarque une utilisation moins importante de connecteurs "régulateurs" à tous les âges. On note toutefois une croissance de la proportion de ces connecteurs "régulateurs" entre 4 ans et 6 ans. A partir des discours des enfants, une classification des différentes relations exprimées par les enfants, à l’aide de connecteurs "régulateurs" a été faite. Nous avons distingué :

Les connecteurs qui expriment des relations temporelles entre évènements ; c’est le cas de "quand", ou de "d’abord".

" Quand je pars au marché avec ma maman, on achète les bonbons…" " Quand l’école est finie je pars à la maison"… (garçon, 5 ans )

Les connecteurs qui expriment des relations causales à l’exemple de "parce que", "comme", "puisque"…

"Quand j’arrive à la maison, je mange parce que j’ai faim…"

"La petite fille crie, puisque la souris est dans le lit…" (fille, 6 ans) Les connecteurs qui expriment les relations logiques à l’exemple de "si", "donc". "Ma mère m’achète une robe mais elle est rose…" (fille, 6 ans). "Donc la souris est dans le lit de la poupée…" (garçon, 5 ans).

(fille, 6 ans)

(fille, 4 ans).

Tableau

2 :

Répartition

du

type

de

relations

exprimées

à

travers

 

les connecteurs "régulateurs".

 
 

Ages

4 ans

5 ans

6 ans

total

 

Connecteurs

de

 

17

 

34

44

95

relations temporelles

   

Connecteurs relations causales

de

 

8

 

18

26

52

Connecteurs

de

 

7

 

13

21

41

relation logique

   

On observe que les trois types de relation ont une croissance régulière de 4 ans à 6 ans. Le nombre de connecteurs exprimant des relations temporelles double entre 4 ans et 5 ans. Pour ce qui est des connecteurs exprimant des relations causales, on note également une croissance importante entre 4 ans et 5 ans. Enfin, on peut noter une augmentation régulière entre 4 ans et 6 ans pour ce qui est des connecteurs logiques. On observe toutefois que presque la moitié des occurrences des enfants expriment des relations temporelles à tous les âges.

Discussion

Les résultats que nous avons présentés, visaient à mettre en évidence la capacité des jeunes enfants gabonais à utiliser les connecteurs dans le discours. Le model contextuel de French et Nelson sur lequel nous nous sommes appuyés pour cette recherche stipule que les enfants utilisent beaucoup plus les connecteurs dans un contexte précis, celui de l'évocation de situation familière. Nous avons par la suite comparé cette condition " évènements familiers " à une condition dans laquelle les enfants sont amenés à raconter un récit à partir d’images. Enfin, nous avons considéré quantitativement les différentes relations exprimées par les connecteurs dits "régulateurs". Les résultats montrent une croissance du nombre de connecteurs avec l’âge ainsi qu’une proportion plus importante de connecteurs dans la condition "évènements familiers". Ce résultat peut s’expliquer par le fait que l’enfant se trouve dans deux situations de communication bien différentes. Dans la situation "évènements familiers", l’enfant doit fournir à l’interlocuteur des informations que celui-ci ne possède pas. Alors que, dans la condition "image", les informations demandées à l’enfant sont connues de l’interlocuteur. Ce qui amène l’enfant à mobiliser davantage ses ressources linguistiques dans la situation de communication réelle qui est celle de raconter ce qui se passe dans les situations familières. L’absence de support concret, lors de l’épreuve "évènements familiers" oblige l’enfant à se représenter mentalement ce qu’il a vécu afin de pouvoir le raconter. Si l’on se rapporte aux descriptions d’Ehrlich (1984), sur la représentation sémantique, on peut expliquer le phénomène de la manière suivante :

l’enfant se représente une partie de la situation évoquée ce qui est assez facile pour lui car les situations proposées sont toutes vécues de façon habituelle elles sont donc bien connues. Il utilise ses représentations de différents éléments connus, comme une base à son discours, ceci avec plus ou moins d’interférence, d’association et de généralisation. Dans l’épreuve "image" l’enfant a directement la représentation visuelle de ce qu’il doit décrire. Il doit ainsi décoder les informations visuelles, les trier, les rattacher à ses connaissances lexicales afin de produire un discours. Ce qui peut expliquer, l’apparition moins importante de connecteurs dans cette épreuve. En effet, dans la situation référent présent qui est celle de la description des images, l’enfant a beaucoup moins besoin d’organiser son discours ce qui n’est pas le cas dans la condition "évènements familiers" ou le référent est absent. L’analyse des relations exprimées par les enfants à l’aide des connecteurs régulateurs, révèle trois principales relations : temporelle, causale et logique avec une plus grande utilisation des connecteurs de relations temporelles. Ces connecteurs permettent en effet, de faire des associations de représentation, à la fois parce qu’ils laissent le temps de réfléchir sans perdre le fils du discours et parce qu’ils expriment une relation sémantique temporelle ou causale entre les différents éléments rapportés. En définitive, nous pouvons noter que les jeunes enfants gabonais ont une production importante de connecteurs dans leur discours. Cette utilisation est beaucoup plus marquée, lorsqu’il s’agit pour l’enfant de décrire des situations qui lui sont familières. Ce résultat va dans le même sens que les observations de French et Nelson (1985), et de Isabelle Maillochon (1989). Enfin, il est à noter que la technique de French et Nelson permet effectivement d’approcher de plus près l’apparition des compétences linguistiques du jeune enfant. Car elle met l’enfant dans une situation de communication réelle. Il serait toutefois, intéressant d’aborder une étude qualitative des différents connecteurs en analysant les différents contextes d’apparitions des principaux connecteurs.

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