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T able ronde discours histoire-langue

avec

Antoine Culioli, Jean-Pierre Faye, Jacques Ranciere, Elisabeth Roudinesco

Michel

PECHEUX

 
 

Je

vous

propose

d'entrer

dans

le débat

 

par

une

question

sur

Ia matéria-

lité

: on

pourrait

dire

que

le mot

« matérialité

», conjoint

à celui

de discours,

peut

aller

vers

I'idée

que

le discursif

produirait

de

Ia matérialité

 

; Ia position-

limite

sur

ce

point

serait

de

dire

:

«

il

n'y

 

a

de

matiere

que

de

discours

»,

idée

que

I'on

a presque

entendue

hier

sous

Ia forme

« le discours

est

produc-

teur

de

réel

». Mais

on

peut

soutenir

une

autre

position,

selon

laquelle,

 

s'il

y

a

matérialité

du

discours,

c'est

 

parce

que

les

discours

sont

pris

dans

Ia

matérialité

historique,

au

sens

ou

il

y

a

des

effets

de

détermination

 

de

Ia

structure

historique

le discursif.

 

Est-ce

que

ce partage

vous

parait

refléter

les questions

actuelles

sur sUr le discours

?

Jean-Pierre

FA YE

 
 

On

a,

au

moins

apparemment,

une

bonne

antithese.

Je

dois

dire

pour-

tant

que

je

récuse

cette

mise

en

scene

de positions

antithétiques,

car

je pense

qu'il

n'y

a

pas

d'intérêt

épistémologique

 

à

partir

du

fait

du

discours

sans

qu'au

préalable

on

ait

constitué

le discours

 

comme

expérience

soei ale.

Nous

sommes

sur

un

terrain

ou

le rapport

social

est,

d'entrée

de

jeu,

langage.

 

Ce

que

Marx

souligne

d'ailleurs,

en

insistant

 

sur

te

fait

de

Ia

transformation

:

Ia

transformation

 

en

valeur

est

ce

processus

fondamental

qui

est

lié

au

lan-

gage.

A

partir

 

de

cet

espace,

on

a affaire

à

un

probleme

clef

: eomment

 

se

passe,

dans

I'histoire,

Ia transformation

 

en

valeu r « comme

langage

»

?

«

So

gut

wie

die

Sprache

»1.

Cette

question

dessine

tout

autrement

les

antino-

mies

posées.

Hors

de

eette

question

il

n'y

a

aucun

sens

à

traiter

isolément

(1) MARX, K., Das Kapita!, I, Kap. I, B, 4 (Dietz Verlag, Berlin, p. 79-80).

,\

"I

1

\.

.')

, i.

1/11

1111" chainc discursive, un document, c'est-à-dire un fragment de matérialité :

<I" Ia matiere Danton

signifiante, écrite ou orale, un discours de Robespierre ou de

En

ce qui concerne

Ia Révolution

française,

cette

matiere

signifiante

est énoncée sur le terrain du rapport social qui est déterminé par ce moment

ou le vocable « lutte de classes»

A partir

fragment signifiant sur le réel social et politique.

du jour », au moment étudié en particulier par Jacques GUilhaumou2, ou

de ce

émerge,

ce qui n'est

pas sans importance.

c'est

est

I'effet

« à I'ordre

de ce terrain,

le probleme

qui va nous

intéresser,

La terreur

I'abre Royer énonce fin d'aoOt 1793.

I'expression

« Ia Terreur

mise à I'ordre

du jour

»,

à

Ia

Par

ailleurs,

à

I'autre

bout

de

Ia chaine

idéologique,

on

trouve

un

179

le cas de Robespierre,

tion de Ia peine de mort (alors que

on peut dire que son projet sémantique, c'est I'aboli-

le projet corrélatif des fascistes sera son

, rétablissement) ; Robespierre va le redire au moment même ou il demande

,

I

Ia mort

syntaxis

du

Roi.

La syntaxe

de son discours

».

est ainsi une

mise en place

de Ia

de Ia Terreur sémantique

«

droit

»

-

de

Ia tête

pas

en

au détriment

En

Ia Gironde

refuser

du

de ce qu'il en sait et en signifie lui-même

face

-

de

lui,

certains

de ses_adversaires

du

un défi

les têtes qui vont s'enchafner,

: Si vous commencez

La Terreur

est en train

de construire

exception

». Nous sommes

i au

\

~

niveau

« côté

à

on

sa syntaxe, cette syntaxe qui est une stratégie. Alors que Robespierre deman-

dait seulement à propos

tout pnls d'un problême théorique, qui a préoccupé Ia discussion linguisti-

lui lancent

du roi, vous allez voir toutes

demander

ne pourra

d'autres.

roi « une cruelle

certain

train

Adolf

de dire

une : « La Révolution

Hitler

dans

brasserie

de Munich

le 9 novembre

1923. En

Nationale

est commencée

». Ouel est I'effet

que; Ia sémantique n'est pas Ia structure syntaxique profonde. 11 y a d'une

part cette syntaxe

de

Ia

Terreur

et d'autre

part

cette

sémantique

abolition-

de cet

énoncé

sur

le réel, surtout

quand

on sait qu'à

ce moment-Ià

il n'y

a

niste de Ia peine de morto Pour comprendre Ia Révolution française, il faut

.pas

de

Révolution

nationale

du

tout,

puisque

tout

se termine,

pour

tout

rentrer dans ce paradoxe à partir de Ia matérialité du discours.

La perspective

le monde,

au commissariat

?

Ia plus riche

dans

ce genre

de travail,

c'est

celle

qui

dégage

les niveaux

de

 

Mon

hypothése,

c'est

de

prendre

au

mot

les chaines

d'énoncés,

et

~ríçia~e~--,~ursdifférences

et leurs rapports

internes.

 

pas seulement au s~l1s d'une théorie del'éno_~ciation, mais comml!.narration,

   

comme rapport dê ce qui se passe~ 11 'Y'-a"une contraction narrative d<llls_le

Michel

PECHEUX

moindre

des propos

: par

exemple

un

discêlurs- de

Robespierre

qui évoque

 

Sparte, Rome ou les

Gracques.

Un énoncé

narratif

ne cesse

de rapporter,

Je voudrais

ajouter

une remarque

à

ce

qui vient

d'être

dit

: à partir

du

de

.'

s~ rapporter,

curvité

se forme,

1923, on

va en

il.est

rapport

de tlllle sorte

voir les effets

du

.-

que

rapporflout'un-éhamp-maténéi

.<

I'énonciation

hitlérienne

de-ais- du 9 novembre

simplement

en janvier

1933. C)s!setteJntri-

~ation

de rappor~narratifs

àyartir

dequelques_

nar~~~s

.il1_~t~~~~~_guÜa

.c9J}~tr~ire un

c~.~_rnPsimsc~~~~_e~

~aill_de!~~~i~l_e~

sur

le réel social,

de

redessin-er-sans

cessé" dês

rapports

de position,

compiexes

et

changeants,

qui placent

le porte-parole,

tel que

I'entend

Bernard

Conein.

Tantôt

comme

porte-parole d'une secte raciste, d'un groupuscule enkysté dans I'idéologie

de I'extrême

droite

vatisme

de

dans le conser-

I'extrême-droite

; tantôt

; tantôt

comme

porte-parole de Ia droite C'est(JaTc~qu'il

de

Ia gauche

comme

porte-parole

comme

de Ia droite,

y

a tout

qui se donne

ce dépl!.c

efJ]eat

narratif dans ces rapports de position, que l'effet"Ritle-;::-ãiJlie-ü d'être un

couac, comme en 1923, devient une masse redoutable d'effets matériels

au

seuil

de

I'année

1933

; ceci

sans

qu'il

soit

nécessaire

d'évoquer

en

lui

un « génie démagogique

», etc

 
 

\I existe

par

ailleurs

dans

ces

exemples

un

décalage

entre

le niveau

sémantique et Ia « syntaxis 1>, I'enchainement

du

discours.

Si I'on

prend

(2) « La formation d'un mot d'ordre

~iscptembre

: Ia mise à f'ordre du jour de Ia Terreur (13 juillet-

1193)

» Révoltes

logiques.

moment ou on parle du langage comme production de valeur et qu'on déve-

loppe

évidence

échapper

cette

métaphore,

peut-on

à

une

question

il n'est

qui

a

de

toute

qu'elle

un fonctionnement

politique,

mais dont

pas évident

ait un sens linguistique ou discursif : Ia question de Ia fausse-monnaie.

 

Y

a-t-il des fausses monnaies ? Comment circuleraient

ces fausses

monnaies

?

On

retrouve

cette

question

dans

le travail

de Jacques

Ranciére

«

de

Pelloutier

à Hitler

» (Révoltes

logiques,

N° 4, 1977). Une partie

du mouve-

ment ouvrier français au nom de ses propres valeurs, des valeurs de Ia tradi-

tion

côté

s'est

avec tout ce que cette expression suppose. De ces moments de bascule, qu'est-

française et de nécessités historiques à perpétuer et à sauver,

ouvriêre

trouvée

progressivement

basculer

du

«

mau vais côté

»,

mauvais

ce que les historiens

ont

à dire

?

Dans

les traditions

historiques,

marxistes

 

ou non,

il y

a une

difficulté

concernant

le

langage.

Pour

un

historien,

il

y

ales

processus

historiques

« réels

»,

et

le reste,

c'est

des mots.

Y a-t·il une nécessité,

dans

une

analyse

matérialiste du réel des processus historiques à être aveugle sUr les modalités matérielles d'existence des discours ?

Enfin,

j'ai une

derniere

question,

sur les positions

de Ia linguistique

et

celles

de Ia psychanalyse,

concernant

Ia trahison.

Si on

associe

autour

de ce

mot

de

« trahison

»,

on dit

et on entend

« se trahir

»

au sens

de

« faire

le

contraire

de ce qu 'on croyait

faire

»

((

être

trahi

par ses propres

mots

»)

ou

bien

« laisser

voir

ce qu'on

fait

vraiment

». Ou'est-ce

que

ça

suppose

du

180

point de vue linguistique, qu'on

puisse ainsi (Ie sachant

ou pas) passer d'une

posítion à

une autre

?

Et

du

point

de vue de Ia psychanalyse,

qu'est-ce

que

ça signifie

que

Ia trahison

passe

ainsi

essentiellement

à travers

des mots

?

Jacques RANCIERE

Deux mots introductifs,

puisque

tu

te réferes

à

un

article

qui est pour

moi un peu vieux, à propos

du theme

de Ia trahison

et de I'efficace

des mots.

D'abord,

en

ce

qui

eoneerne

I'effieace

des

mots,

quelque

ehose

me

gêne chez

plutôt

Jean·Pierre

dans ce qu'il

Faye,

non

pas dans

son

I'exemple

tres

en dito Si I'on prend

intéressant

travail,

mais

de I'article de « Pelloutier

à Hitler

»

il

y

a

un

lexique

anarcho-syndicaliste

qui

va fournir

matériel

à

auto-justifieation

de

Ia fraetion

des

syndicalistes

qui avec tout

un

tas

de

nuances

se met

au serviee

<:leVichy,

ou franehement

de I'Allemagne.

Effec-·

,c'""

~ement,

catióii; -on 'assiste- à 'Un 'certãín

servir

mêmes

on peut

phrases

décrire ce p~o~e~~us à travers ~=:.~pt~.11 y a auto-intoxi-

affolement

dês -mots ; les mêmes

mots et tes

peuvent

à ce retournement.

Lorsque

j'avais écrit cet

article,

le point

central

était

une citatioll

d'un journal collaborationniste,

une

phrase

extraite

d'une

pétition

de

typographes

nantais

de

1830-40

sur les

rapports

à établir

entre

patrons

et

ouvriers

: f'idée

de Ia révolution

comme

rapport

années

d'égalité

entre

patrons

et ouvriers,

1830-1840.

11 fallait

repenser

toute

c'est un grand de

une

masse

theme

ouvrier des

discours

ouvriers

de cette

époque,

que

(avais

interprétés

quelques

années

auparavant

eomme

lipiens

faire

de

(Lipl.

« coller

position

mais

»

par

un

qui

même

renvoie

aussi

au

discours

pétiniste.

On

peut

possibte

donc

de prises

de

diseours

à

des

avec toutes

sortes

C'est

une

de stratégies,

maniere

rapport

événements.

181

étaient déjà allés du côté du patronat moderniste, planiste, rattrapent discours anarcho-syndicaliste. Ces gens ne sont pas portés par un mouvement

le

de

perversion,

de

gangrene

intérieure.

11

y a bien des manieres

pour décrire

un

processus

d'adhésion

à une idéologie

: ce

qui

me gene c'est

de le penser,

de le produ ire, sous Ia forme d'une physique de I'idéologie, décrivant des

processus de langage qui, effectivement,

production

ont

une

sorte

d'efficace

comme

le

matérielle

de ce processus

d'adhésion.

Je trouve

à ce propos

rapport

de

Jean-Pierre

Faye

au discours

de

Ia Terreur

un

peu

embarrassé.

11

y

a dans

tout

un

discours

actuel

sur

Ia Terreur,

une

maniere

de

rendre

immédiatement opératoire un ensemble de discours. Jean-Pierre Faye s'en

est tiré d'une certaine maniere, en disant, (je caricature)

de Ia Terreur et une sémantique. Robespierre fait Ia Terreur en voulant I'abo-

Iition de Ia peine de morto Là je ressens malgré tout I'éeho d'un vieux discours

du genre

ça se termine, mais tant que tous les ennemis n'auront

pour que

: il y a une

syntaxe

: « nous

ne voulons pas Ia guerre mais

», « nous sommes

pas été abattus

».

Bernard

CONEIN

te

même statut du point de vue de Ia matérialité discursive.

Les cas cités par Jean-Pierre Fave, aussi bien te cas de Robespierre que celui d'Hitler, sont des exemples d'énoncés qui n'ont pas de « domaine de mémoire », ce sont des cas d'émergence de discours. Or le cas cité par Jacques

des

Ranciere

syndiealistes collaborateurs suppose un domaine de mémoire, le eorporatisme anarcho-syndicaliste ou syndicaliste-révolutionnaire de Ia fin du XIXe siecle

Les deux corps d'exemples

qui ont été présentés

n'ont

pas du tout

est tout

autre,

puisqu'it

s'agit

d'un

cas de répétition

: I'exemple

décrire

un processus.

Ce qui me gêne dans ce que dit Jean-Pierre

Faye, c'est

en France. 11 n'v a pas de domaine de mémoire dans les exemples de Jean-

qu'il

tend

à produire

en même

temps

que cette description,

une idéologie de

Pierre Faye, car il n'y a pas d'antériorité au discours de Ia Terreur, com me

cette

description,

une espece de modele, ou ce qu'i! décrit (ces jeux de

_ il.n~'y,

a_~s

d'antériorité_au

terme

« totalitaire

»

avant

Ia formation

des

langages, ces déplacements) constituerait une espece de physique, une physi- :que de I'idéologie. A travers des métaphores militaires, topologiques ou

arithmétiques,

il _y

a_quelque-chose.deJ:ordre-d'uO!LdélJ1()f1~t~!io~,

_ci:une

phvsique

d'un

effet.des

mot~.

--

Pour

cet

article,

«

de

Pelloutier

à

Hitler

»,

on

peut

emplover

cette

description,

mais c'est

une

interprétation

parmi d'autres

; ce

qu'a

fait Jean-

Pierre

Faye

est aussi une description

parmi

d'autres_ J'ai

suivi le fil rouge de

ce discours anarcho-svndicaliste et de ses transformations. Q.n peutaussL faire I'histoire de cette période d'autre maniere : il y a des aSPElcts.g~ej~1li sacrifiés completement : on peut montrer que ce n'est pas.n:irT)poI!e qui.•_9 ui utilise le discours anarcho-svndicaliste au service de t'ordrenouveilLJ ÕU de,la collaboration, que c'est une catégorie tres déterminée de gens qui déjà étaient liés à une fraction de Ia droite, du patronat, à travers des themes planistes.

Done

Ia rencontre

de choses completement différentes : des gens qui

discours

fascistç.·t

nazi.

L'exe~eleci~é~lJar_~acque_~

Ranciere

est un exem-

pie

de

répétiti-

-j'énoncés,

car

il s'agit

d'une

sortende.{:ommémoratiôn

d'un

passé ouvrier

par les svndicalistes

vychistes

; même s'il y a partiellement

transformati()nd'énoncé,

cela reste un exempte

de répéiition.

Jean-Pierre

FA YE

1\ faut essaver effectivement de saisir les points d'émergence ; mais ce

qui

est

important

ce sont les traversées longues de Ia mémoire dans le long

terme.

-,

Non seulement

il y

a dix

ans entre

1923

et 1933, mais ces dix ans.sup,

posent 150 ans d'histoire post-révolutionnaire, post-Révolution française. Le

mouvement allemand est un contre-mouvement, il se donne comme le « con- tre-mouvement » des « idées de 1789 }). Mais dans eertaines descriptions, ee contre·mouvement fait face au mouvement révolutionnaire - dans Ia figure du « fer à cheval ».

1f17

Soit

un autre

exemple

: le discours

({hébertiste

)}, si ce mot

a un senso

Hébert redevient tout à coup contemporain au milieu du XIXe siecle, quand

parart en 1859 un petit livre de Charles Brunet, qui passe d'abord inaperçu. Ensuite un certain nombre d'étudiants du Ouartier latin pensent et parlent

le langage hébertiste, ils préparent un

serait le 355e au moins) et, tels Raoul Rigault, Eugene Vermeersch, Maxime

du Pere Duchesne, nO x (ce

numéro

Vuillaume,

une sorte de mise en fiction

ils vont se retrouver

contemporains

de I'histoire.

d'un certain

langage, à travers

183

;

et c'est

plus

C'est par I'analyse de ce proces de circulation des énoncés qu'on peut tenter de reconstruire une sorte d'économíe narratíve de Ia fausse-monnaie. Mais il

bien

de base Ia

le plus conservateur du monde ».

déterminés.

finalement

simple

l-es propositions

le Führer

:

«

Je

nous

donnent

une série

d'équivalences

qui finira par énoncer

Ia proposition

suis le révolutionnaire

faudra se demander comment cette fausse monnaie dans le langage produit

Ankur-

des effets

belung, le « miracle II de Schacht - comment il va faire ({démarrer » "écono-

sur

le réel économique.

Si I'on essaie d'explorer

Ia fameuse

Pour

({ métaphore

répondre

»

: dire

à Michel

que

telle

Pécheux

et Jacques Ranciere sur le terme de

description

est

({ métaphorique

» est exact

mie allemande

manivelle que

sous le regne d'Hitler

cela

- Mais par Ia relation

on constate

que ce n'est pas avec une

se fait

entre une série de procédés

dans

le cas

du

({fer à cheval

» idéologique

de 1930-32.

Mais ce qui importe,

économiques

et une fausse

({narration

I) des données

et des enjeux

: on peut

c'est

d'une

objet chez les native-speakers, les locuteurs ({autochtones ». Uy ~ des sortes

d'({ indigenes

ils sont.

son

le boa ba

que

ces

métaphores

sobre

soient

celles

des native-speakers,

chercher

d

c'est

approche

'_~

"_-:-_

du point

de vue épistémologique

.

_,

qu'il

nous

o-

_'0

faut

aller

que de prendre

là ou

» de I'idéologie,

0_'

"

'--

.

-.--,

Ce que je me suis efforcé

de faire,

c'est de capter ces énoncés

métaphoriques

comme ils ont été prononcés, sans leur substituer des métaphores impro-visées

qui ne soit Ras_~~,~ap_h!Jr.ique.Nous

n'avons

des sans-

des

on a des i~dicãtlOns

-ãu-·secohôaegré : on utilise des métaphores topographiques, présentées dans les énoncés eux-mêmes, et qui nous donnent des rapports de rapports. Quand les Néo-conservateurs (Ies Jung-Konservative) allemands (à I'extrême-droite de Ia droite allemande) nous disent que les Nationaux-révolutionnaires sont une sorte de ({gauche » (de Ia droite) il faut écouter ce type d'énoncés, par ce qu'ils nous instruisent sur certaines relations dans les rapports de position. L'emploi, par les Nationaux-révolutionnaires, d'un vocabulaire ({de classe» est un bon exemple, de ce point de vue, de fausse-monnaie. 11 existe un livre

publié

des

ou

-lI,· dans lequel parlent Hébert

ou arbitraires.

jamais

Anaxagoras

li, n'y

~gasº-ulll.s~!lption

social

de

le rapport

Chaumette

({en-persOllne

à I'Hôtel

Ville au milieu

du peuple

culottes. Nous avons afiaire,.toujours,

métaphore;:-O~parle

en ter~es

à desciloineLsignifianti!s

t~p-;graphiques,

.et

à

vers

Ia fin

des années

1920,

qui est

uri condensé

de I'idéologie

Nationaux-révolutionnaires, un livre de Ia contre-révolution manifeste, mais

qui nous réserve des surprises, des son titre : Ich klage an

Les textes de Ia chancellerie

s'appelle Klassenjustiz, ({justice de classe lI

!({J'accuse ! lI).

les plus radicaux

du

IIle

Reich,

sont ceux de Martin Bormann, futur chef

et de Joseph

Goebbels.

Un de leurs textes

11 accuse Ia justice de Ia Républi-

que de Weimar

d'être

une({ justice

de classe».

11

est

évident

qu'entendre

parler

de

({ justice

de classe

II dans

un

tel contexte

laisse une étrange

gêne

et amene

à regarder

de plus

preso Ainsi

Gari Schmitt

(ami d'Ernst

Jünger,

qui

pour

sa

part

est

présent

dans

le volume

en

question)

va énoncer

de

toutes

autres

propositions

dans

un

autre

lieu,

celui

de l'Association

des

Intérêts

de Ia Westphalie,

des propriétaires

du charbon

et de I'acier.

11 y dira

Ia nécessité urgente d'une ({économie saine dans un état fort lI, c'est-à-dire

d'un État total - d'un Totale Staat. 11 va donc s'agir pour lui de ({conserver révolutionnairement » (ce qui signifie violemment) des intérêts économiques

y observer comment tout cela finit par s'inscrire dans le réel de Ia machine

économique

allemande.

On

feint

de

raconter

le Sofort-Programme

et

ses

«

Logements

sociaux

11,

et

on

inscrit

en

sous-main

Ia charne

d'écritures

bancaires qui mettent en route le réarmement secret par I'entremise d'une entreprise-fiction, d'une Scheinfirma : Ia Mefo

Alaín

LECOMTE

J'aimerais poser une question aux participants de cette table ronde

relativement à ce qui, dans plusieurs interventions comme absence de métalangage. En particulier,

»

et

radical e d'un énoncé ou d'un nom qui serait le

chose d'extérieur à lui et qui

générale de Ia représentation, y compris Ia représentation formelle ou mathé- matique de quelque chose, en I'occurrence du fonctionnement de Ia langue

et du discours. Je poserai en particulier cette question à Antoine Culioli dans

Ia mesure ou cette position critique vis-à-vis de Ia représentation me parart contradictoire avec un certain usage du mot « formalisation II en linguistique. Comment saisir, dans ce qui ne saurait être autre chose qu'un fait de discours, même s'il est mathématique. le rapport entre le discours et un hypothétique extérieur à lu i, qui s'y manifesterait sous I'aspect de notions telles que, par exemple, situation d'énonciation ou sujet d'énonciation ?

du colloque, a été désigné dans ma communication,

« I'énoncé

dit ce qu'il

dit

sous Ia forme de I'exclusion

pur représentant de quelque

c'était ce que j'avais essayé de dire sous Ia forme:

en

même

temps

({ dit

qu 'il

le dit

11, et aussi

le désigne

l.

l Cela me parart poser Ia question

Jean-Jacques

COURTlNE

La discussion

a été centrée

jusqu 'à présent

sur Ia question

historique

et

on

a oublié

Ia langue.

II faudrait

recentrer

le débat de ce point

de vue. Ouand

on

dit

: « circulation

des mots,

des énoncés,

des formules,

des discours

11,

quand

on parle

d'effets

latéraux.

de

rapport

de

narration

à

narration,

de

métaphore,

on_ toucheà

des

questions

de

langue.

J'aimerais

demande r à

Antoin'eCulioli

sous

quelles

formes

selon

lui un

Iinguiste

peut

réagir

aux

problemes

que

pose Ia constitution

historique de I'énoncé telle que les histo-

l11tJ

ricns I'cnvisagent, lui demander comment ces questions travaillent dans Ia

linguistique

cela ouvre peut-être

trois

possibilités

de réponse.

qui sont par-

tois avancées

:

- une non-réponse

comme une confirmation

: I'impossibilité

d'en dire quoi que ce soit, ce qui viendrait

de Ia langue ;

de Ia c1ôture de Ia problématique

-

quelque

chose

de I'ordre

du bris de Ia théorie

 

linguistique,

de son éclate-

ment

dês

que

de

tels

problêmes

se

posent

à

I'intérieur

d'elle-même ;

-

Ia possibilité

de faire

fonctionner

Ia Iinguistique

comme

métaphore

de Ia

circulation

discursive,

le Iinguiste

risquant

fort

dans

ce cas

d'y

perdre

son

185

A

propos

de

Ia métaphore

de

Ia circulation,

I'ennui

c'est

que

cela

semble indiquer

-

c'est

le cas également

de Ia métaphore

du jeu d·échec.

qui

n'est

les rêgles

sont

cer

pas ce qu'on

sont

posés,

a fait

de mieux -

qu'une

fois que les piêces

On

instaure

sont

que

les décors

là et

données.

ça plus que les gens qui vont prendre

éventuellement.

OrJJ.éI

~ifficul):~

va fonctionner.

Ia scêne,

Ia parole.

c·est

que.

on n'attend

improviser

pronon-

au fur

les textes.

~_!~ltSU

c'est·à-dire

[e-que

que

.nous_ulÍ.nonlt-QlJs

no~s sOfllmes

nous-cons1~lJ.i.~~~_u.r1

de

en mêm.e temp~_efl_Jrain

e.space.énonc

iati f,

pgserJesrêgles

d~ jeu. lI,váfa\loir que I'autre s'ajuste,.I1PlJ§

ajlJ.s!E!L9_u~~!_~e_geJ.e_f<lire,

objeto

pour

que

touTcelapüissê

fonctionner

11 ~e

semble

que

três

souvent

I.e.s

spécialistes d'analyse

du

discours

font

PeU

çlécãs.jusiern~nt.dEl

cettem~·

Antaine

CULlOLl

térialité

même

de

I'activité

énonciative.

rapportée

à

ces

opérations

techni-

 

ques que I'on peut reconstruire,

à partir

de textes

qui sont

forcément

dans

1I faut

linguistique.

dissiper

un premier

malentendu

11me semble

que si on prend

concernant

au sérieux

ce qu'on

le terme

par de « matéria-

entend

une langue donnée.

langage,

Je

dans

le

langage.

ne connais

pas de

textes

Je

ne

connais

que

des

qui

soient

textes

qui

écrits

sont

dans

écrits

un

en

lité », le terme de « discours », j'avoue que je ne sais pas trop quoi en dire

français.

en japonais.

etc.

 

sinon que le linguiste

n'a pas à s'accaparer

le discours, ni d'ailleurs le langage

ai\leurs.

pour

répondre

en partie

à

Ia question

d'Alain

Lecomte,

en tant qu'objet d·étude.~~i.s_cequipeut,être

distingue le linguiste. c'est

matéria-

les langues.

lI.y

aune.

Par le problême

de Ia formalisation

est un problême qui se pose pour le linguiste,

qu~~º-cçupe~ Ia relil!l911entreJe langage et

car il doit

à

un

moment

donné

construire

 

un

discours

cohérent,

qui

ne

.!i!~_~u sen.s.oÜ on'n'e

peut

pas faire comme

si les langues n'existaient

pas et

peut être herméneutique, ce qui

reviendrait

à

dire

:

«

je

suis

à

I'intérieur

comm~eusi le recoursau

terme

d'activité

de langage suffisait

à régler le pro·

du

langage,

puisque

je

pari e une

langue

; donc

par une sorte

d'observation

blême (

).

introspective. phénoménologique, de ce qui m'arrive, je vais pouvoir recons·

eu

jusqu'à présent de distinction entre énonciateur et locuteur. C'est-à-dire que

I! y

a

par

ailleurs

une

autre

questiono

11me semble

qu'il

n'y

a pas

derriêre

des

termes

com me sujet,

porte-parole.

on confond

I'énonciateur et

le locuteur.

 

1I y a également

sur le terme

d'énonciation

une tres

grande

ambigui·té.

Três

souvent

Ia situation

d'énonciation

est

considérée

dans

Ia conception

tituer les opérations de langage }).Je crois que cette position n'est pas tenable

que

témoignage. O'un autre côté, dans Ia position d'extériorité ou se trouve un

logicien qui veut construire

vais choisir comme catégorie, comme opération importante, celle-ci et ce\le· là }). Tous les logiciens se sont pratiquement cassés Ia figure sur un problême

« je

d'un point de vue scientifique.

même

si cela

a un

grand

on

intérêt

en tant

un systême

formei.

ne peut

pas dire

:

empirique d'une situation qui serait historiquement

descriptible.

A

ce

mo-

três simple et fondamental pour les langues naturelles, celui de Ia détermina·

ment-Ià.

te

terme

de

situation

d'énonciation

est une

maniêre

d'essayer

de

tion

(de I'article

défini,

par exemple).

récupérer

tout

ce

qui

est

du

domaine

empirique,

le vécu.

I'expérience

On rejoint

alors

les questions

croisées

d'Alain

Lecomte

et Jean·Jacques

on met tout

cela dans le terme

de « situation

d'énonciation

».

Courtine : le problême pour lelinguiste confronté

au discours

ne me semble

11 existe

aussi

une

autre

confusion

: celle

qui

est

souvent

faite

entre

pas de choisir entre I'impossibilité, I'éclatement de Ia linguistique, ou Ia lin-

I'événement

 

phénoménal

-

à supposer

qu'on

y

ait

accês

-

et I'événement

guistique comme pure métaphore de Ia circulation. II s'agit pour lui de

construit.

Je

maintiens

que

lorsqu'on

s'occupe

de

problêmes

d'activité

construire un systême de représentation qui force Ia linguistique à se poser

énonciative,

on

doit,

en tant

que

linguiste.

travailler

à I'intérieur

d'un

cadre

Ia question de I'articulation avec d'autres domaines. sans se cantonner dans

de réflexion

qui

cherche

à

avoir

des

rêgles d'homogénéité.

 

et.

parce qu'on

une espêce de pseudo-autonomie.

Je maintiens

que le langage et le discours

travaille dans des domaines hétérogênes. se donner des rêgles de passages. J'ai cherché à faire Ia distinction entre événement phénoménal et événement construit en parlant d'un côté de valeurs référentielles, et de référent de

I·autre

de ces agencements de marqueurs d'opérations que sont les énoncés. les

énoncés

le

référent. se présente comme le réel extérieur, auquel éventuellement on pourrait avoir accês.

~~9ccupe

étant

des valeurs

théoriques.

référentieUes_cAIÇ.l.!.@~~~_à_partir

O'un

autre

côté.

Ia référence

ou

des construits

ne sont pas du ressort

faut donc que le discours que va tenir le linguiste puisse s'articuler ave c le

discours

des linguistes,

unique

ne sont

pas

etc.

leur

propriété.

I1

que pourra

Mais je voudrais

tenir I'historien,

le psychanalyste.

point

soulever un autre

qui me parart

obscur

à propos

des analyses

de discours

: on ne s'est jamais préoccupé

de savoir comment.

à

travers

les discours.

se constitue

I'interdiscours

qui

fait

que,

à certains

mo·

ments,

on

a

des

lambeaux

de discours

qui vont

rester,

qui

vont

jouer

un

 

lf.l6

187

certain

rôle,

alors

 

que

tout

le reste

va pratiquement

être éliminé.

Comment

 

Jacques

RANCIERE

 

se fait

ce processus

? 11me semble

que

c'est

extrêmement

 

important.

 
 

Encore

un

point

 

: comment

I'historien

 

s'y

prend-il

 

lorsqu'il

a affaire

à

Qu'est-ce

que

tu veux

savoir

au juste

?

 

~'

ceux

qui

ne parlent

pas

?

 

Bernard

CONEIN

 
 

Elísabeth

ROUDINESCO

 
 

Une

réponse

à Ia question

 

posée

par

Antoine

Culioli.

 
 

J'ai

envie

de répondre

à

Ia fois

à cette

derniêre

question

et à Ia question

 
 

de

Ia trahison

 

par

un

détour,

et

un

peu

autrement.

Ce qui

a été

dit

lã m'évo-

 

Jacques

RANCIERE

 

que

quelque

chose

que

j'ai

constaté

 

à

propos

de

I'histoire

du

mouvement

 

psychanalytique

 

en

France.

C'est

une

histoire

secrête,

 

on

ne

peut

pas

faire

Sur

le problême

de

ce

que

fait

un

historien

par

rapport

 

à ceux

qui

ne

parler

les

gens

là-dessus.

Donc

à

propos

 

de

cette

question

des

gens

qui

ne

parlent

pas

et

à

ceux

qui

n'écrivent

pas,

je

dirai

premiêrement

 

que

je

ne

parlent

pas,

il

y

a

aussi

les

gens

qui

ne

parlent

pas

parce

qu'ils

ont

peur

de

suis

pas

historien

et

deuxiêmement

que

I'historien

s'occupe

 

un

peu

trop

 

.1

~

parler.

Si

on

veut

interroger

 

des

témoins

 

de

cette

histoire

de

maniêre

 

trElS

frénétiquement

 

de

«

faire

parler

»,

d'ou

Ia

rencontre

avec

le

problême

du

 

simple,

on

a

I'impression

qu'i1s

ne

disent

pas

ce

qu'ils

 

pensent.

En

voulant

porte-parole.

D'ou

aussi

les

interrogations

sur

I'espace

privilégié

accordé

au

chercher

des

archives

non

écrites,

par

exemple

pour

faire

raconter

un

paint

porte-parole,

dans

une

certaine

visée

Iiant

celui-ci

à

Ia

construction

des

précis

de

I'histoire

 

analytique,

iI

est

absolument

impossible

de

se

passe r de

 

mnts

d'ordre.

P'Jurquoi

est-C'~ finalement

un

domaine

privilégié

pour

ceux

témoignages

 

oraux,

parce

que

sinon

I'histoire

sera

racontée

de façon

unilatéra-

qui

veulent

lier

linguistique

et

histoire

?

le à travers

une

analyse

des

textes,

des

idées

et

des

doctrines,

en

n'obtenant

 

Pour

moi

je

discerne

deux

choses,

qui

sont

en rapport

avec

cette

obses-

rien

sur

Ia formation

des

analystes,

qui,

 

elle,

s'est

justement

effectuée