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ened Du mythe a Vhypothése, de V’hérésie a V’enquéte... Ces dossiers qui suggeérent la REINCARNATION | le Dr Ian Stevenson Directeur du Département de A [Université de Virgin Un reportage de Joél André Contestées, la perception extra-sensorielle, la psychokinése et autres facultés Psi ? Presque admi- ses, dirait-on plut6t en comparant le statut qu’elles ont acquis en recherche expérimentale & celui des deux questions terminales de la parapsychologie : la survivance et la réincarnation. Curieusement, Vauthenticité des phénoménes Psi risque de constituer U obstacle majeur, sinon défi- 75 nitif, une éventuelle probation de la « vie aprés la mort » et/ou de la « renaissance dans un nou- veau corps ». Nombre de parapsychologues attribuent en effet les données positives a l'appui de la survivance (contacts médiumniques avec 'au-delé, signaux « adressés » par les décédés @ leurs proches, etc...) soit @ de pures rémanences psychiques imprégnant le milieu physique ou l'incons- cient collectif, soit & leur extraction par perception extra-sensorielle : télépathie, clairvoyance, psy’ chométrie. Méme lorsque la « présence » d'un disparu est signée par des effets physiques (polter- geist), Uhypothése de psychokinése inconsciente de la part d'un des membres vivants de la famille suffit @ discréditer la réalité d’une intervention « depuis l'au-dela ». Que dire alors de la « réincarnation » ? Non seulement V'idée heurte profondément les convictions scientifiques actuelles mais elle va & Cencontre des présupposés religieux du monde occidental. Surmonterait-on ces deux oppositions majeures que l'on aurait encore bien du mal @ prendre au sérieux la phénoménologie réincarnationniste telle que la distille une certaine littérature : récits de «vies antérieures » imprégnés d'une imagerie simpliste et saturés d’anachronismes flagrants, vo- cations paranoiaques @ faire revivre telle personnalité illustre (les rieurs ont alors beau jeu de re censer les multiples « réincarnations » de Marie-Antoinette ou de Napoléon), existences revécues sous hypnose et pour ainsi dire « é la chaine » : au Canada, les professionnels du genre ou « réin- carnautons» font ainsi « régresser » jusqu’é 2 000 personnes en une méme séance |... Bref, de quoi décourager les chercheurs sérieux de s'exposer sur ce sujet a la défiance du grand public et aux ri- sées du monde universitaire. Le Dr Ian Stevenson, professeur de psychiatrie @ l'Université de Virginie, a pourtant décidé de passer outre. Depuis plus de vingt ans, il parcourt le monde pour reeueillir ce qu'il appelle prudem- ‘ment « des cas suggérant la réincarnation ». Pour parer aux difficultés que nous venons de rappe- ler, il élimine d'emblée les récits d'adultes, trop bien construits et invérifiables. I leur préfére les allégations spontanées d’ enfants en bas age qui n'ont eu ni le temps, ni les moyens (sans parler des motivations) pour « inventer » le théme central de leurs dires : @ savoir qu’ils sont la « continua- tion » d'une personnalité précédente, morte quelques mois ou quelques années auparavant. On verra par ce qui suit comment de tels récits peuvent étre minuticusement contrélés et en quoi, tou- tes hypothéses partielles étant par ailleurs exclues (fraude, cryptomnésie, hérédité, télépathie, clairvoyance, médiummité, etc...) la meilleure hypothése d’ensemble reste celle de la réincarnation. C'est d'ailleurs la conclusion du trés sérieux et trés officiel « Journal of the American Medical As- sociation » : « Au sujet de la réincarnation, Stevenson a rassemblé soigneusement et sans parti: pris une série de cas détaillés... Les faits rapportés s'expliquent difficilement par toute autre hypo- thése que celle de la réincarnation ». Le grand mérite du Dr Stevenson, outre la rigueur des comptes rendus et des méthodes d’enquéte, est de n'avoir pas hésité & discuter en profondeur les hypothéses parapsychologiques. Pour chacun des cas, non content de montrer la non-consistance des objections normales (fraude, eryptomnésie, mémoire génétique), il analyse en détail l'éventualité d’informations paranormales et leur peu de retentissement sur la validité d’ensemble du dossier étudié. Les travaux du Pr Stevenson remettent en question deux dogmes sacro-saints des sciences humai nes : U'influence exclusive de I'héritage génétique et du milieu familial/culturel dans la constitution de la personnalité humaine. Sir Cyril Burt, généticien réputé, démontrait il y a quelques années que Uintelligence d'un sujet dépend exclusivement de son potentiel génétique. On vient de s'aperce- voir que ses résultats étaient truqués. B.F. Skinner, chef de l'école néo-behaviouriste aux U.S.A-y voulut prouver la toute-puissance du milieu environnant en placant sa fille 4gée de quelques mois dans une cage de verre « d température et humidité constante » (sic). Elle en sortit schizophréne & Tage de quatre ans et Vest encore. A la lumiére de ces deux exemples, les recherches du Pr Stevenson prennent un caractére d’ huma nité presque rassurant. Et qui pourrait encore juger aberrante une perspective qui se propose, se- lon Stevenson lui-méme, de compléter notre connaissance de la personnalité humaine et de contri- buer a «la présomption qu’au moins une partie de nous-méme survit a la mort » ? 76 Cc ntttsy Joél André : Professeur Stevenson, en quoi vos recherches sur la réincarnation sont-elles liées @ votre formation de psychiatre ? Pr Stevens ‘est une remise en cause des théories orthodoxes de la personnalité en psy- chiatrie, Cette derniére prétend expliquer V'indi- vidu sur la seule base de son acquis génétique et de Pinfluence du milieu familial et culturel. Or certains faits résistent a une telle conception. La génétique nexplique pas toutes Jes marques de naissance. toutes les anomalies congénitales. Le milieu environnant n’explique pas tous les com- portements Q.— Nous reviendrons sur le probléme des mar- ques de naissance. Quels sont, sur le plan com- Pportemental, Jes attitudes qui vous semblent re- lever davantage de Uhypothése ré- incarnationniste que de la piychiatrie classi- que? R. - Elles sont assez nombreus un cas répandu, celui des phol fants, je ne crois pas que l'on puisse résoudre le probléme uniquement en termes d’expériences traumatiques survenues depuis la naissance Gertaines phobies trés précoces me paraissent motivées par des faits antérieurs a la concep- tion . Pour prendre chez. les en- Un des cas que jai étudié est celui d’une fillette de Sri Lanka qui témoignait a la fois d'une grande ayersion pour Peau et d'une frayeur in- tense ala vue des autocars. Dés qu'elle put par- ler, elle raconta comment, « dans une vie pré- cédente », elle avait reculé précipitamment au passage d'un autocar, était tombée dans un champ inondé et s’était noyée Q. ~ Comment faire la part de Vimagination in- fantile et d’éventuelles réminiscences de vies an- térieures ? R.- Par la vérification minutieuse de chaque détail d’un cas. Mais on tient déja un bon lorsque les affirmations ou le comportement de enfant se distinguent nettement de ce qu’il a pu voir ou entendre dans son entourage immédiat. J'ai parlé d'une phobie de eau, mais il existe des phobies plus spécifiques, celles des armes, par exemple. Or l'étude des cas authentiques montrent toujours une corrélation étroite entre le type d’armes redouté par enfant et le réle ¢ arme du méme genre dans le meurtre e personne dont il prétend étre la ré- on, Par ailleurs je pense que la théorie peut expliquer certaines dif- mbres d'une méme famille, Notamment le eas oti de vrais jumeaux. qui sont censés étre strictement identiques sur le plan génétique, présentent des differences inex- plicables d’apparence ou de comportement. Je connais aussi des sujets, aux yeux trés clairs dans des familles dont tous les membres ont les yeux foncés, sans que les lois de la génétique {impact de fa those réineamnationniste on psychiatio, si elle venait 2 dire admise, serait considerable. Les phables, identifications et fiaationsinfantiles, que la psychanalyse seforce d exp quer par des Ainsi Shamiinie, une fllette de Sri Lanka, manifesta wes tOt une dun village voisin noyée dans un champ inondé pour avoir vaulu fviter"un autecar gui passat rapidement sur une route etote wpathese de la eéincarnation permet également de rendre mpte des dilferences de comportement ene jumeaux Ici deux jumelios angleses, Gillan et Jennifer Pollock. Les épaux Pollock as leurs doux files tees dans un acedent de la route aM plus tard naissaiant (es jules, auxquelles les parents at do tour vie a fon tant gue premisres enfants des Pol lack Tune ye a six ang autre & celle Qu avait onze ans {faites jumelies ant un imaortement diferent. Is in beaucoup plus more et |