OCTOBRE 2013 / n°189 / 1,70 €

PRÉSENTS ET ACTIFS
Alors que s'accentuent les tensions entre EÉLV et ses partenaires au gouvernement, que de façon récurrente dans nos rangs se pose la question de notre participation à ce gouvernement, les résultats d'un sondage BVA sur les rapports entre Europe-Écologie Les Verts et le PS (21 septembre 2013) montrent ce qui suit : 7 sympathisants de gauche sur 10 estiment que les écologistes peuvent rester au gouvernement, et une majorité de Français continue d'affirmer que nous pouvons très bien y demeurer sans être d'accord sur tout. Cette opinion est tout autant partagée par les sympathisants socialistes (77 %) que par les sympathisants Verts (78 %). La loi ALUR, avec le plafonnement des loyers et la garantie universelle des loyers (GUL), la TVA à 5 % pour les rénovations énergétiques, la loi sur la transparence bancaire, le maintien de l’interdiction des cultures OGM, celle du bisphénol A dans les conditionnements à vocation alimentaire, la loi sur les lanceurs d’alerte, la réaffirmation de l'interdiction de l’exploitation des gaz de schiste, etc. : tout cela, c'est le résultat de l'action des élus et des ministres écologistes. Loin des toutes dernières querelles nationales, les militant(e)s et élu(e)s EÉLV franc-comtois œuvrent aussi, avec humilité, à la construction au quotidien d'une société au service de l'humain et de la préservation des ressources naturelles. Sans relâche, nous dénoncerons les attaques contre les Droits de l'Homme et la dangereuse stigmatisation d'une partie des êtres humains qui peuplent notre pays. L'opposition à la reconduite aux frontières, la dénonciation de l'accueil dans des conditions déplorables des populations en errance, à la recherche d'un toit, d'un simple toit, mobiliseront toujours notre énergie. Nous serons aussi présents le 19 octobre à Saint-Claude pour la 2e édition de la Journée mondiale contre le fracking, auprès des collectifs franc-comtois et Nord-Rhône-Alpes, afin de dire notre opposition à l'exploitation des gaz de schiste. Nous espérons beaucoup de monde à nos congrès (régional et national décentralisé) des 16 et 17 novembre 2013, à Besançon, afin de définir collectivement les orientations de notre parti et élire celles et ceux qui les mettront en œuvre.

Brigitte Monnet Cosecrétaire régionale

Sommaire
P1 : Edito : Présents et actifs P2 : Vuillafans : la fête du bio P3 : Lettre à un ami, Albert Jacquard P5 : Le Mont d’Or : massacre annoncé P7: Marie Odile Mainguet, une Verte au CG 39 P8 : Le problème migratoire à Besançon P9 : Communiqué de presse sur les expulsions P11 : Les écolos contre le lobby bancaire P12 : Impuissance et discrédit P14 : Handicap et sexualité P16 : Destination Québec P17 : Votations helvètes P19 : Sciences et écologie P21 : Contournement de Lons -le-Saunier P22 :Quel automne à Sarajevo? P23 : Téléphonie P24 : Gaz de schiste: appel à manifester P25: Echotidiens

Vuillafans

LA FÊTE DU BIO ENDEUILLÉE PAR LA MORT D'ALBERT JACQUARD
Il devait être présent à l'inauguration de la Fête du Bio, à Vuillafans : Albert Jacquard est mort quelques jours plus tôt. Très peinés par cette disparition, le maire de Vuillafans, Célestin Cataneo, et les organisateurs ont rendu hommage, au moment de l'inauguration, au grand humaniste.

Débat sur les gaz de schiste
Le dimanche après-midi, une quarantaine de personnes se sont retrouvées dans une salle de l'école communale pour écouter Eva Lacoste, journaliste à Galias et à la revue Les Zindignés, parler de ce dossier. Peut-être est-il nécessaire de rappeler que si, dans les gisements conventionnels de gaz, , les hydrocarbures sont concentrés dans des réservoirs, dans les gaz de schistes ils sont dispersés, à très faible concentration, dans toute l'épaisseur de la roche-mère. Sans fracturation de celle-ci, il est donc totalement impossible de les récupérer. Contrairement à ce que certains laissent entendre, il n'y a pas d'alternative à la fracturation hydraulique, qui consiste à provoquer des fissures dans la roche en injectant de l'eau sous pression, additionnée de sable et de solvants. Après avoir évoqué les risques de pollution de l'eau par les produits injectés dans le sous-sol et par les boues de forage, Eva Lacoste a surtout parlé de la bataille juridique : - les manœuvres actuelles du lobby pétrolier pour faire invalider la loi de juillet 2011, qui interdit la fracturation hydraulique ; - la bataille des associations pour démontrer que la préservation du secret sur les substances utilisées dans la fracturation hydraulique est incompatible avec la législation sur l'environnement ; - les dangers du traité transatlantique de libreéchange, qui pourrait permettre aux sociétés pétrolières de s'affranchir des législations nationales. À la fin, les militants locaux ont rappelé que la Franche-Comté était directement concernée par le sujet avec les demandes de forage de Pontarlier, de Lons-le-Saunier et des Moussières.

Une centaine d'exposants

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C'est l'association « Terres » qui a organisé la dixième édition de cette manifestation intitulée «Les Bio'jours », les 14 et 15 septembre, pour la première fois dans la vallée de la Loue. La fête du bio se tiendra désormais alternativement à Lure et dans la « petite cité comtoise de caractère ». Au menu du week-end, dans les rues du village, des fruits et légumes bio, du vin bio, du pain bio… mais aussi de l'artisanat, des animations, un bal folk le samedi soir et des conférences. Et une fréquentation quelque peu perturbée par la pluie, surtout le samedi. Il est intéressant de rappeler tout l'intérêt de l'agriculture biologique, qui produit une nourriture saine, sans polluer, sans porter atteinte à la biodiversité. Soutenir, encourager cette forme d'agriculture, c'est important pour les militants de l'écologie et on a pu voir le dimanche Éric Alauzet, député EÉLV, s'entretenir avec les exposants et les visiteurs des difficultés et des succès du secteur. En matière de développement de l'agriculture biologique, le Grenelle de l'Environnement fixait des objectifs qui ne sont pas du tout respectés et la réforme de la PAC fait toujours la part belle à l'agriculture dite « conventionnelle », celle qui utilise massivement les engrais et les pesticides.

Gérard Mamet

Lettre à un ami

CHER MONSIEUR JACQUARD
N'étant pas un membre, même éloigné, de votre famille, j'ai peu de légitimité pour commenter votre œuvre, au lendemain de votre décès. Cependant, pour vous avoir rencontré quelques fois au cours des dernières années, je ne doute pas que vous sauriez prouver que nous partageons vous et moi, et avec plus de sept milliards d'autres humains, la même panoplie de gènes (à quelques détails près), un destin commun à la surface de la planète Terre et la volonté d'œuvrer pour le bonheur et le bien-être de chacun et de tous. Notre première rencontre remonte à l'été 1993. Vous aviez alors 67ans et moi 36. Je vous ai découvert dans une liste de bouquins à lire impérativement à l'entrée dans une formation d'éducateur à l'environnement. Instituteur de base et naturaliste de terrain, peu versé dans la littérature savante, je n'avais alors jamais entendu parler du scientifique reconnu et de l'homme d'action que vous étiez déjà. Grâce à mes formateurs, j'ai donc lu, ou plutôt dévoré, Voici le temps du monde fini. Et, enthousiaste, j'ai enchaîné avec Cinq milliards d’hommes dans un vaisseau. J'étais conquis par votre humanisme lumineux, étayé sur des fondements scientifiques solides. eux ! Par conséquent, mon vrai être, il n'est pas en moi, il est dans les contacts que j'ai. On existe que par les échanges ! » L'enseignant et éducateur de base que j'étais a également beaucoup apprécié l'échange suivant. Sylvain Augier : « Vous remettez en cause les principes essentiels de l'éducation, du savoir, de la course à la victoire, puisqu'on cherche à faire des enfants de petits gagnants, dans notre fameuse société de gagnants... » Vous : « Mais c'est horrible ! Réfléchissez ! Qu'est-ce que ça veut dire, "être un gagnant ?" Ça veut dire "un futur perdant" ; ça veut dire "un fabriquant de perdants" dans l'instantané ! C'est pas sérieux ! Écoutez : moi, je pense que ma vie est quelque chose de précieux. Eh ! bien, je ne veux pas la perdre à petit feu en voulant être un gagnant, alors que j'aurais pu la perdre d'un seul coup dans un accident ! » À l'écoute de ces sages réflexions, j'ai fini par me sentir en lien avec vous. Je suis devenu un compagnon, à la fois lointain par mon destin individuel si différent du vôtre, et proche par les convictions et les aspirations. Si bien que je contribue à partager et à transmettre certaines de nos valeurs partagées : d'ailleurs, mes enfants ne m'ont pas rendu vos livres que je leur ai prêtés. Peut-être les ontils proposés, à leur tour, à de bons amis ?

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Notre deuxième rencontre eut lieu quelques mois plus tard, en janvier 1994. Vous vous êtes soumis à
l'exercice de l'entretien radiophonique, sur France Inter, avec Sylvain Augier. Convaincu par mes modestes lectures (votre bibliographie est considérable !), je guettais l'émission avec impatience, une cassette magnétique vierge prête à immortaliser vos propos. Lors de cette rencontre audio, j'ai été séduit par la présence de votre voix, par l'intelligence et l'énergie qui émanent de votre personne. Comme vous avez le sens de la formule, il n'est pas difficile de retrouver de nombreuses citations de vous. Moi, j'ai retenu ces quelques extraits : « Je suis une merveille, il faut que chacun le sache ! Et que chacun puisse le dire ! Je suis une merveille, je ne vais quand même pas passer mon temps à le démontrer : je le sais ! Je suis une merveille parce que je suis un homme, j'appartiens à l'espèce humaine !... Vous savez, nous sommes en train de vivre une humanité grotesque ! » Et encore : « Il se trouve que j'ai rencontré un certain nombre de gens avec qui j'ai pu tisser des liens. C'est grâce à ces gens que l'on devient soi-même. Et, au fond, je ne suis pas "Je", je suis les liens que j'ai avec

Notre troisième rencontre, ce fut à l'occasion
du baptême du collège de Lure (Haute-Saône), auquel vous avez prêté votre nom en 2010. J'ai fait partie de la multitude de personnes qui vous ont accueilli avec sympathie, vous ont serré la main, vous ont tiré le portrait...

Peu importe : le culte de la personnalité n'est pas votre truc ! Mais ça m'a fait plaisir de croiser Albert Jacquard en chair et en os. Depuis longtemps, je n'avais plus besoin d'être convaincu de votre grandeur d'âme et de la valeur de vos idées. Parmi vos engagements, la plupart des gens vous connaissaient pour votre militantisme admirable en faveur des plus défavorisés, en association avec l'abbé Pierre, vos coups de gueule à la télé au titre du DAL (Droit au logement). Je témoigne que ce jour -là, Albert Jacquard prêtait son nom à un petit collège de province, non pour sa gloriole personnelle, mais pour honorer un lieu où l'on tisse des liens, pour transmettre des connaissances et permettre aux uns et aux autres de se construire. Je vous remercie pour tout ce que vous m'avez apporté, Monsieur Jacquard. En grande partie grâce à vous, je me suis fait une petite idée de la « vie éternelle ». C'est, à mon avis, pour le moins, la continuité des souvenirs, connaissances ou valeurs qu'on a transmis non seulement à ses proches, mais aussi à tous les autres humains rencontrés au cours d'une vie, qui garderont le meilleur pour le transmettre à leur tour. Aussi, je forme le vœu que les expériences et les valeurs que vous avez enrichies par votre travail et par votre engagement poursuivent longtemps leur bonhomme de chemin, au fil des générations actuelles et futures.

Veuillez recevoir, cher professeur, l'expression de mes salutations amicales et respectueuses .

Jean-Louis Dubois
Dampierre-sur-Linotte, le 12 septembre 2013

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Note : Albert Jacquard (né à Lyon le 23 décembre 1925 et mort à Paris le 11 septembre 2013) est un chercheur et essayiste français. Spécialiste de génétique des populations, il a été directeur de recherches à l'Institut national d'Études démographiques et membre du Comité consultatif national d'Éthique. Conférencier et auteur de nombreux ouvrages de vulgarisation scientifique, il tient un discours humaniste destiné à favoriser l’évolution de la conscience collective. Président d'honneur de l’association Droit au logement et du Comité radicalement anticorrida, il est aussi membre du comité de parrainage de la Coordination française pour la décennie de la culture de paix et de non -violence. Il anime durant neuf ans, de septembre 2001 à juillet 2010, une chronique radiophonique quotidienne sur France Culture. Il est également connu pour ses engagements citoyens, parmi lesquels la défense du concept de la décroissance soutenable, le soutien aux mouvements du logiciel libre, à la langue internationale espéranto, aux laissés-pourcompte et à l'environnement.

EÉLV salue la mémoire d'Albert Jacquard
Europe Écologie Les Verts a appris avec tristesse la mort d’Albert Jacquard, grand esprit scientifique et infatigable militant de la dignité humaine. Albert Jacquard avait apporté son soutien à de nombreux combats, notamment aux côtés des sans-papiers et des mal logés, combats au cours desquels les militants écologistes avaient pu rencontrer la force de ses convictions et de sa volonté autant que la générosité de son regard sur le monde. Il avait été, en 1999, candidat aux élections européennes sur la liste écologiste conduite par Dany Cohn-Bendit. Albert Jacquard savait expliquer combien une économie orientée par la seule recherche du profit à court terme et de la croissance matérielle comme horizon ne pouvaient conduire qu’à la violence, la pauvreté et l’épuisement des ressources. Il partageait avec les écologistes l’impératif de prendre soin du monde, d’y défendre pour tout le monde un droit inaliénable à une vie bonne. Europe Écologie Les Verts salue avec une profonde gratitude la mémoire d’Albert Jacquard, compagnon de l’entière humanité.

Paris, le 12 septembre 2013.

Mont d'Or

CHRONIQUE D'UN MASSACRE ANNONCÉ
Depuis des mois, on voit passer sur la liste comtoise d'EÉLV (franche-comte-info@listes.eelv.fr) des alertes concernant le sommet du Mont d’Or. Pour ceux qui ne sont pas abonnés à cette liste ou qui n’ont pas forcément suivi toute l’affaire, il m’a semblé intéressant de reprendre toutes les données connues. fabrique de la neige, dite « de culture » ou artificielle – selon la manière dont on voit les choses -, avec des canons à neige. (Certains voudraient qu’on dise désormais « enneigeurs ». C’est plus noble. On pense moins à la guerre ou à l’industrie qui est derrière. Mais l’activité est la même.).

Les problèmes qui en découlent La quantité d’eau : Il faut 1 m³ d’eau
pour fabriquer 2 m³ de neige, ce qui, pour un hectare de neige fabriquée sur une épaisseur moyenne de 60 cm, nécessite 4 000 m³ d’eau, soit un peu moins de deux piscines olympiques à l’hectare ! Et cette demande augmente avec le nombre d’installations qui se déploient et le manteau de neige fabriqué qui lui aussi s’épaissit. Pour le Mont d’Or, la seule possibilité d’avoir de l’eau en quantité passe par la construction d’une retenue

Situation géographique du Mont d’Or :
Le Mont d'Or est un sommet du massif du Jura, dans le département du Doubs, à environ 20 kilomètres au sud de Pontarlier et proche de la frontière suisse. Il s'élève 1 463 m d'altitude, ce qui en fait le point culminant du département du Doubs.

Intérêt économique :
Le Mont d'Or est rattaché à la commune de Métabief, la plus importante station de sports d’hiver du Haut-Doubs, composée de six villages au pied du mont, avec un domaine de : - 40 km de pistes de ski de descente en continu entre 900 et 1 420 m d'altitude, 2 pistes noires, 11 rouges, 8 bleues et 5 vertes, toutes reliées entre elles ; - des pistes de courses de traîneaux à chiens; - 120 km de pistes de ski de fond sur le passage de la Grande traversée du Jura (GTJ), un itinéraire de ski de fond d'environ 200 km de pistes tracées, balisées, soigneusement entretenues pour sillonner le massif du Jura, du nord au sud ; - 55 km de pistes balisées pour des randonnées pédestres en raquettes à neige.

collinaire, c'est-à-dire une sorte de barrage d’altitude.
Autrement dit, un petit lac creusé dans la montagne, totalement étanchéifié par des bâches et destiné à accumuler de l’eau pendant toute la belle saison pour la restituer de novembre à la fin de la saison de ski (mars), si besoin. Ce qui n’empêche pas de la remplir plusieurs fois en hiver, quand elle est vide. Pour ce faire, les exploitants doivent respecter des réglementations, et notamment ne pas pomper dans un torrent en dessous d’un débit (dit réservé), qui permet à la faune et la flore de subsister. Mais le contrôle est impossible à mettre en place. Une retenue de ce type est en grande partie approvisionnée par de l’eau potable ou par des torrents d’altitude, captés à cet effet. Pour celle du Mont d’Or, il est prévu de créer une réserve d’eau artificielle de 2,2 hectares, d’une hauteur de 12 m, faite de 400 mètres de digues, étanchéifiée par une bâche plastique, au col du Morond. L’eau sera pompée 550 mètres plus bas, dans un petit cours d’eau (la Jougnena) sur l’autre versant du Mont d’Or (coté Piquemiette), à l’aide d’une pompe remontant 180 m3 d’eau par heure. Imaginez toutes les tranchées qui devront être creusées pour faire passer les conduites ! Trois remplissages pour la saison seront nécessaires. De plus, la Jougnena connaît des étiages hivernaux prononcés. S'ajoute à cela que le fait de garder l’eau dans un réservoir va provoquer une perte par évaporation de

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Mais où est donc le problème ?
Le souci réside dans le déficit d’enneigement qui se produit de plus en plus fréquemment, probablement lié au dérèglement climatique. La neige n’est pas toujours au rendez-vous des vacanciers ou des organisateurs de compétitions, à des dates bien précises, ce qui fait le désespoir de tous ceux qui en vivent.

LA solution : la neige artificielle !
A partir d’eau sous pression et d’air comprimé, et par temps froid (température inférieure à 0°C) on

l’eau prélevée pouvant s’élever jusqu’à 30 % - quantité qui ne rejoindra pas les eaux souterraines. Cela entraînera une pollution diffuse : la neige artificielle importe sur les sols de montagnes non seulement une eau de médiocre qualité car stagnante, mais aussi des adjuvants (ajoutés à l’eau pour favoriser sa transformation en neige), lesquels sont toxiques !

thermiques fossiles sont fortement sollicités. La production de neige artificielle contribue donc inévitablement au réchauffement climatique, alors qu’elle a pour but d’y remédier : un réel cercle vicieux.

Le coût
Ce projet est porté par le syndicat mixte du Mont d’Or, financé en grande partie par les fonds publics (le Conseil général du Doubs et le Conseil régional). Il est déjà question de 9 millions d’euros pour la seule réserve d’eau. Pour le reste, je n’ai pas réussi à obtenir d’autres informations. Au moment où le lecteur lit ces lignes, il doit penser que c’est ahurissant de consacrer autant d’argent à un projet qui n’est pas pérenne dans le temps, consacré uniquement aux touristes de la neige, pendant que lui est obligé de se serrer la ceinture pour payer ses impôts... dont une partie ira dans ce projet insensé !

L’érosion des sols va s’accélérer, liée à la différence de densité : alors que la neige naturelle est légère (entre 50 et 100 kg/m³), la neige de culture est cinq à dix fois plus dense (400 à 500 kg/m³). Sur le sol, la neige de culture reste plus longtemps et entraîne plus d’érosion.

On portera atteinte à la faune, à la flore et au milieu naturel en général. Ces grands travaux
vont donner lieu, notamment, à la réalisation de tranchées profondes et d’enfouissement de kilomètres de canalisations, à des drainages, des décapages de la couverture végétale et des sols, des remblais, des damages… sans compter le passage d’innombrables engins de chantier… Cela va directement détruire une partie de la biodiversité animale et végétale, ainsi que les habitats de ces espèces – certaines ayant d’ailleurs le statut d’espèces protégées. La faune sera perturbée par le bruit et le dérangement. Quant aux espèces dites communes, à force d'être bousculées, elles vont elles aussi finir par se raréfier.

Les autres solutions
Puisque le climat se réchauffe, il est évident que l’on ira moins skier sur le Mont d’Or. D'où la nécessité de développer d’autres sports, comme la randonnée, le VTT, les parcours naturalistes visant à découvrir la faune et la flore, des parcours « santé », etc. Quoi qu’il en soit, il est nécessaire de conserver un caractère familial à cet environnement fragile qui ne peut que souffrir du tourisme de masse. En attendant, les travaux ont débuté. Un collectif citoyen Mouthe Mont d’Or s’est créé. Mais il peine à se faire connaître et, pour l’instant, on n’assiste pas à une mobilisation massive des Franc-Comtois, qui ne sont pas franchement informés de ce qui se passe. Même chez nous, les Verts (mis à part nos amis du Haut-Doubs qui ont publié un communiqué sur le site d’EÉLV-FC et dont je salue la ténacité), on ne se bouge pas beaucoup, force est de le constater. Nos élus écologistes au Conseil régional se sont fermement positionnés contre ce projet, mais ils n’ont pas été suivis. Nous sommes allés à La Planche-des-Belles-Filles et à Notre-Dame-des-Landes. Pourquoi pas au Mont d’Or cette fois-ci? Peut-on envisager un blocage du projet grâce à une mobilisation plus importante ? Il nous revient d’agir, et vite ! (1)

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Une aberration !
Ce projet est incohérent face au bouleversement climatique en cours. Le Mont d’Or se situe en moyenne montagne, c’est-à-dire une zone où, dans un avenir plus ou moins proche, l'enneigement sera limité. Le réchauffement climatique permettra de moins en moins la production de neige artificielle, qui nécessite des températures suffisamment basses pour être fabriquée. En outre, ce réchauffement s’accompagne d’une baisse de la ressource aquatique. Mieux vaut donc réserver l'eau aux usages essentiels, plutôt que de la consommer par une utilisation qui n'est en aucun cas indispensable. Ajoutons qu’en hiver, période de forte consommation d’énergie, les moyens de production

Suzy Antoine
(1) Sources de documentation : - la CPEPESC, Commission de Protection des Eaux, du Patrimoine, de l’Environnement, du Sous-sol et des Chiroptères , - le communiqué des élus Verts du Conseil régional de Franche-Comté au sujet du Mont d’Or, - les messages diffusés sur le net.

Marie-Odile Mainguet

UNE VERTE AU CG 39
Le décès d’André Lamy, conseiller général PC du canton de Voiteur, a laissé un grand vide. Profondément honnête, très impliqué dans la vie locale, il prenait à cœur son action au sein du Conseil général du Jura. Il avait choisi de faire alliance avec EELV en choisissant comme suppléante Marie-Odile Mainguet : très active pendant la campagne, celle-ci avait largement participé à son élection. Marie-Odile lui succède donc et devient ainsi la première et la seule conseillère générale EELV du Jura. Fortement impliquée localement à Montain, où elle réside, Marie-Odile est aussi une bénévole active au sein d'Artisans du Monde et du CPIE de la Bresse du Jura dont elle est présidente. mais qu'il la souhaite... «vert pastel ». Danielle Brulebois (première vice-présidente PS) précise qu'elle se réjouit de voir arriver une femme.

Après cette journée, Marie-Odile compte beaucoup pour s'en sortir sur le soutien du groupe local
de Lons. Le gros du travail va se faire en commissions. L'opposition frontale n'est pas dans ses pratiques : sa posture sera plutôt dans le registre «prudence, candeur et conviction». Elle a envie d’être constructive, de travailler et d’essayer de faire bouger les lignes. Pas de déclaration intempestive à l’extérieur. Elle s’appuiera notamment sur l'analyse développée par Michel Rocard et Pierre Larrouturou dans leur livre La gauche n’a plus droit à l’erreur. Christophe Perny et la majorité socialiste ont proposé, en remplacement d’André Lamy à la vice-présidence, Michel Giniès, CG de Damparis, chargé des transports... et plus particulièrement de l'aéroport de Dole dont il est un des plus ardents supporters ! Marie-Odile participera aux commissions Economie et nouvelles technologies, Tourisme, Infrastructures routières (à laquelle sont rattachés les déplacements doux). Nous serons aux cotés de Marie-Odile. Nous la soutiendrons autant que nous le pourrons, mais finalement, c'est elle qui sera au charbon.

De fait, elle appartient à la majorité actuelle, dont la règle a été
clairement explicitée par Christophe Perny, président PS du CG 39 : « Vous succédez à André Lamy, qui était un membre loyal de la majorité départementale : je ne doute pas que vous le serez également. » Cette menace à peine voilée n'augure pas des lendemains qui chantent. Christophe Perny – c'est notoire - s'en vantait jusqu'à présent auprès de qui voulait l'entendre : il était satisfait qu'aucun écolo ne fasse partie du CG 39. Le temps des roses est-il fini pour le président ? Probablement pas. Mais ce qui est sûr, c'est que pour Marie-Odile, la tâche sera rude ; nous savons qu'elle tiendra bon la barre et qu'elle saura affirmer ses différences sur des sujets épineux, comme l'aéroport de Dole. Plusieurs amis étaient présents lors de son intronisation le 18 septembre (1), dont les deux sœurs d’André Lamy, ce que Marie-Odile a beaucoup apprécié. Tout d’abord, un grand moment d’émotion et de sobriété: hommage à son prédécesseur. Ensuite, elle s’est dite étonnée du comportement de certains élus : le ping -pong verbal quasi permanent entre Jean Burdeyron, conseiller général UMP de Moirans, et Christophe Perny ; l'absence de beaucoup d'élus de droite ; un manque de rigueur impressionnant (les élus vont et viennent, sortent, reviennent) … La droite, en la personne de Jean Burdeyron, invite Marie-Odile à travailler avec elle sur les sujets environnementaux, précisant qu'il y a des convergences sur un certain nombre de questions ; Franck David, CG de Rochefort-sur-Nenon, précise qu'il est content de voir arriver une « verte »,

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Véronique Guislain

http://www.dailymotion.com/video/x14vv1f_conseilgeneral-session-publique-du-18septembre-2013_news, ou en lien direct sur le site du CG39.

Le « problème » migratoire

DÉSINFORMATION MÉDIATIQUE À BESANÇON
Vous aurez sans doute lu dans L'Est républicain en juillet (Droit d'asile : une association défend une famille qui ne trouve pas d'hébergement, Les Roms sont discriminés) et dans La Presse bisontine de septembre (L'immigration : quelle réponse face à l'urgence ? suivi de Un bidonville au centre de Besançon) des propos rapportés sur le fait migratoire qui le rendent problématique en flirtant avec la thématique douteuse de l'insécurité. Ces articles font des amalgames graves, qui constituent une réelle désinformation. En effet, il plane sur ces écrits l'impression d'illégalité de la présence des demandeurs d'asile sur le territoire, alors que ces personnes fuient des situations difficiles et que le droit d'asile est encore un droit en France. Un certain bon sens voudrait qu'au niveau international, on travaille à améliorer les situations sur place pour qu'ils ne fuient plus de chez eux. Mais que fait on ? n'applique plus le droit, et que c'est la solidarité militante qui prend le relais, face à ce désengagement. (C'est donc cette solidarité militante, à travers le Collectif « À la rue ! », qui a procuré des tentes aux « campeurs » de Besançon. 2- Les Roms, quant à eux, ne sont pas a priori des demandeurs d'asile, mais en majorité des Bulgares ou des Roumains, membres de l'Union européenne. Or les ressortissants de ces deux pays n'ont pas accès au travail en France à cause de « mesures transitoires » restrictives qui restent en vigueur jusqu'à la fin de cette année ; mises en place sous Sarkozy, elles n'ont pas été supprimées par le gouvernement actuel. Alors, Roms ou non, ils errent ou cherchent du boulot (à travers le statut d'auto entrepreneur par exemple). Sans travail, ils restent au maximum 90 jours en France, comme la loi le leur permet, puis y reviennent. 3- Certains Roms peuvent pourtant venir de pays qui n'appartiennent pas à l'UE et, dans ce cas, devenir demandeurs d'asile, comme les ressortissant de Bosnie ou surtout, à Besançon, du Kosovo. Mais les Kosovars ne sont pas tous des Roms, car le Kosovo est multiethnique. Ce n'est donc pas en tant que Roms qu'il doivent être considérés, mais en tant que ressortissants du Kosovo, pays au statut indéterminé en marge de l'Europe : c'est le cas des personnes qui sont sous les tentes. Parler de Roms à propos de migrants irréguliers ou de demandeurs d'asile est donc une forme de discrimination envers une population sur laquelle les idées toutes faites ont la vie dure. Les propos de Dominique Voynet, sur France Inter, le 24 septembre, ont été clairs sur ce sujet face aux discours idéologiques très caricaturaux d'un Valls ou d'un Lellouche. À Besançon, quand les Kosovars arrivent, ils s'adressent à la PADA (Plate-forme d'accueil), rue Gambetta, pour déposer leur demande d’asile. Cette plate forme, chargée de préparer leur demande et de les accompagner dans leurs démarches à la préfecture, n’assure pas l’hébergement et les adresse directement au SAAS (Service d’Accueil et d’Accompagnement Social), service dépendant du CCAS (Centre Communal d'Action Sociale), donc de la ville, qui s'empresse de leur signer un « refus de prise en charge » et de les mettre à la rue.

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Dessin publié avec l’aimable autorisation de Charlie Hebdo

Que faut-il préciser pour qu'on s'y retrouve dans les faits ?
Contrairement à ce qui est écrit : 1- Les demandeurs d'asile se sont pas en situation irrégulière en France et ceux qui sont sous les tentes en contrebas de la Tour Carrée à Besançon (22 tentes aujourd'hui, soit environ 50 personnes dont 9 enfants) non plus. En tant que demandeurs d'asile, ils ont des papiers durant tout le temps du traitement de leur dossier. Le problème est celui de l'hébergement, qui devrait être assuré par la Préfecture durant cette procédure assez longue. Force est de constater qu'à Besançon comme dans d'autres villes de France, comme ClermontFerrand ou Saint-Brieuc, l'État n'assure plus sa tâche,

Ainsi, si ces personnes sont laissées en déshérence, elles sont toutefois tout à fait connues des services de la Ville comme de la Préfecture. Que signifie alors cette précision de La Presse bisontine annonçant que « les services sociaux [de la Ville] vont d’ici peu engager un recensement des Roms », puisque lesdits services les connaissent déjà tous ? Ils sont en effet Bulgares ou Roumains, donc citoyens de l'UE, ou Kosovars, hors de l'UE, et reçoivent régulièrement du SAAS des « refus de prise en charge ». Qu’ils soient Roms ou pas n’a aucune incidence sur leur demande d’asile. Pourquoi recenser les Roms en tant que tels? Il y a parmi ces personnes des enfants, des personnes âgées et des adultes isolés, et l'hiver va arriver. Le « refus de prise en charge » permet au Collectif « À la rue !» d'avoir recours au tribunal administratif qui, grâce à la procédure de « référé liberté », statue sous 48 heures dès qu'il est saisi et peut enjoindre la Préfecture de loger les personnes concernées dans les 6 jours qui suivent son ordonnance, sous peine d'une astreinte de 50 euros par jour de retard. Le TA ne se prononce en général positivement qu'en faveur des familles ayant de jeunes enfants et la Préfecture met souvent plusieurs semaines pour réagir : une famille ayant eu gain de cause au TA le 6 août a été hébergée le 13 septembre, soit au bout de 5 semaines !...

Au moment où j'écris ces lignes, j'apprends qu'une famille avec 3 enfants, dont un épileptique, est arrivée au campement avec un « refus de prise en charge » du SAAS, et qu'aujourd'hui (24 septembre), les urgences pédiatriques de l'hôpital ont refusé d'examiner l'enfant ayant besoin de médicaments. C'est une première scandaleuse, qui nous oblige à procéder autrement pour obtenir le certificat médical nécessaire pour préparer le recours au TA ainsi que les médicaments. Ainsi naissent les « bidonvilles du centre ville » de Besançon, par manque de lieu d'hébergement et de volonté politique envers des demandeurs d'asile, venus d'un pays, Lle Kosovo, qui ne sera vraiment indépendant que lorsque sa population dans toute sa diversité pourra y vivre en paix, ce qui implique le « droit à vivre libre dans un État de droit », ce qui n'est pas le cas, les pays d'Europe fermant les yeux sur le fait qu'une élite mafieuse y est arrivée au pouvoir. Peut-on encore s'étonner de voir ce pays se vider de sa population ? Ainsi y a-t-il des Kosovars demandeurs d'asile à Besançon. Le collectif « À la rue !» de Besançon (1) demande l'application du droit français, rien que du droit, afin que les personnes en bénéficiant obtiennent un hébergement digne et décent où elles pourront vivre, de jour comme de nuit, et préparer dans les meilleures conditions leur dossier de demande d'asile. En Franche-Comté, de nombreux collectifs sont confrontés à des situations similaires et à des cas d'expulsion, et il faudra que l'on puisse développer une action commune (2).

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Thierry Lebeaupin
(1) Ce collectif est géré par le CDDLE (13 E rue Brûlard, à Besançon). Nous acceptons les dons ou le soutien actif de toute bonne volonté, car nous sommes peu nombreux. (2) Tout cela me rappelle la chanson de Jacques Dutronc, Madame l'existence : « Je voudrais m'acheter— De la liberté—Et puis un peu—De fraternité—On n'a pas ce genre d'articles—Vous vous trompez de boutique—Ici c'est pas la République... »

Dessin publié avec l’aimable autorisation de Laurent Salles

Communiqué de presse

EXPULSIONS : ÇA SUFFIT !
Manuel Valls, ministre de l’Intérieur, déclarait récemment sur France Inter : « Il faut laisser la philosophie et les idéologies pour aller à l’efficacité. » Cette invitation à renoncer à penser, à faire fi de toute référence à des valeurs, semble particulièrement prise au sérieux en Franche-Comté. En effet, les expulsions de familles demandeuses d’asile ou en situation irrégulière se multiplient dans des conditions que tout républicain ne peut que réprouver. Deux exemples : la famille Etemovic, à Belfort, empêchée d’exercer son droit de recours auprès de la Commission nationale du Droit d’Asile et contrainte de se cacher, et donc de déscolariser ses enfants ; et la famille Ramadani, à Montbéliard, à qui un retour au Kosovo ferait courir un risque de persécution mortel. De plus, deux des enfants souffrent de pathologies qui ne pourront être soignées dans leur pays. Plus d’une centaine de familles ont été broyées depuis le début de l’année par la machine d’État, qui semble encore plus « performante » et sans âme que du temps des Besson et Hortefeux de sinistre mémoire. Nous pensons à tous les fonctionnaires et travailleurs sociaux en conflit éthique, tiraillés entre leur sens du service public fondé sur les valeurs de la République— « Tous les hommes naissent libres et égaux en dignité et droit. » - le respect de nos engagements internationaux, l’intérêt supérieur de l’enfant et les directives de leur hiérarchie. EÉLV soutient et soutiendra tous ceux et celles qui tenteront d’une manière ou d’une autre d’être le grain de sable qui grippe la machine. Nous invitons tous ceux et celles qui partagent notre indignation à rejoindre les « cercles de silence » et les mobilisations de RESF (Réseau Éducation sans Frontières), qui se tiennent régulièrement dans les principales villes deFranche-Comté. La France se grandirait à redevenir le pays des Droits de l’Homme en fondant sa politique d’immigration sur la justice et la solidarité.

Brigitte Monnet et Bernard Lachambre
Cosecrétaires EÉLV – FC

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Karine, Pascal, Éric et les autres

LES ÉCOLOS CONTRE LE LOBBY BANCAIRE
« Ou bien nous remettons la finance sous contrôle, ou la finance asservira définitivement la société. » (Philippe Lambert, député Vert européen) La chaîne de télévision Arte se distingue une nouvelle fois par la qualité de ses émissions. Après le documentaire sur les paradis fiscaux, elle est revenue le 24 septembre, à 20 h 50, avec Jeux de pouvoirs, sur les coulisses des débats parlementaires autour de la loi bancaire. On y a vu et entendu Éric Alauzet efficace et déterminé à lutter contre les paradis fiscaux, mais aussi la députée PS Karine Berger et le député Vert européen Philippe Lambert se battre contre la finance. On a pu aussi se rendre compte du rôle trouble joué par le ministre des Finances, qui apparaît si « perméable » aux arguments du lobby bancaire. salariés, le chiffre d'affaires, les bénéfices et les impôts !... On ne peut que saluer le travail et la ténacité d'Éric dans cette action pour le « droit de savoir » des citoyens. En effet, la transparence rendrait beaucoup plus difficile le recours aux paradis fiscaux pour échapper à l'impôt.

Pourquoi cette frilosité de Moscovici ?
L'émission programmée juste après, Goldman Sachs, la banque qui dirige le monde, avait quelque chose d'effrayant. Une banque tentaculaire, à 700 milliards d'euros d'actifs (deux fois le budget de la France), 30 000 salariés, qui se prend même parfois pour Dieu... et qui met le monde entier en coupe réglée. Un PDG à 50 millions d'euros de salaire annuel. Une banque qui « offre » ses services à un État comme la Grèce, tout en spéculant pour le mettre en faillite. Une banque qui a des « correspondants », que l'on retrouve aussi bien au sein de l'administration américaine qu'au FMI, comme premier ministre en Italie (Mario Monti), à la présidence de la Commission Européenne (Romano Prodi) ou à la direction de la Banque Centrale Européenne (Mario Draghi). Au moment de son intronisation, ce dernier a refusé de répondre à Pascal Canfin, alors député européen EÉLV, sur ses liaisons dangereuses avec Goldman Sachs.

Bravo et merci, Éric !
Finalement, ce sont les députés qui ont pris au sérieux la phrase de campagne de François Hollande : « Mon adversaire, c'est la finance ». Les dessous des débats sur la loi bancaire mettent en lumière le travail de deux parlementaires : Karine Berger (PS), qui fait de la séparation des activités bancaires son cheval de bataille, et Éric Alauzet (EELV), qui veut arriver à la transparence bancaire, comme moyen de lutte contre les paradis fiscaux.

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Ariane Obolensky, Directrice Générale de la Fédération bancaire, qui représente le lobby bancaire C'est un combat épique, presque cornélien, puisqu'ils doivent se battre non seulement contre les intérêts des banques, qui veulent pouvoir continuer de faire leurs « petites affaires » comme elles l'entendent, avec le moins de règles possibles, mais aussi contre le ministre des Finances, Pierre Moscovici, si facilement convaincu par les banquiers qu'il faut préserver la confidentialité et le secret des affaires. C'est tout de même incroyable qu'il faille se battre de cette façon pour obtenir des banques qu'elles publient, pour chacune de leurs filiales, les effectifs de La stratégie de Goldman Sachs consiste à créer un formidable réseau d'influence sur les cinq continents. L'émission d'Arte décrit les allers et retours entre la banque et les administrations européennes et américaines. Elle montre une armée d'anciens hauts fonctionnaires au service d'une oligarchie, d'une caste, mêlant financiers, économistes et hommes politiques. Il est d'autant plus difficile de comprendre pourquoi Pierre Moscovici a fait preuve d'une telle frilosité pour mettre de l'ordre dans cette mafia financière...

Gérard Mamet

Impuissance...

… ET DISCRÉDIT
On vit une époque formidable : un été ensoleillé, un début d'automne qui lui ressemble, un gouvernement de gôche volontaire qui nous a concocté une loi de finance ébouriffante, une promesse d'avenir, un magistral projet de transition écologique. Cerise sur le gâteau : notre parti tient une forme olympique à la veille de son Congrès, lors duquel la richesse et la profusion des idées s'allieront forcément à la modestie des ambitions individuelles. Que demander de plus ? Le nirvana n'est plus très loin pour le militant « de base ». Non, je n'ai pas fumé la moquette, ni tout autre produit dont les vapeurs vous transportent allègrement vers des mondes fantasques et lointains si proches du paradis Vert : j'ai juste voulu, un court instant, prendre nos désirs pour des réalités. Et malheureusement, ce qui m'assaille aujourd'hui ne relève plus du doute ou de l'impatience, mais de la désillusion : une confrontation douloureuse à une forme d'impuissance politique propre à laminer les fondements mêmes de l'engagement. Alors pourquoi vais-je payer encore plus ? Parce que la TVA va augmenter pour financer le CICE (Crédit d'Impôt Compétitivité Emploi), argent redonné aux entreprises sans discernement, sans contrepartie, sans contrôle. Je vais payer plus parce que tout d'un coup, je deviens « bénéficiaire » d'une niche fiscale de 183 € (même pas un demi mois de loyer d'un studio) pour un fils étudiant ! Et si encore ces 183 € - qui sont effectivement injustes pour ceux qui ne peuvent faire des déductions faute d'être imposables - servaient à alimenter un fond pour les 19 % d’étudiants qui n'ont pas de complémentaire santé ! Que nenni, le déficit vous dis-je !

Et encore, je devrais me montrer satisfait
d'avoir échappé à une hausse de la CSG au profit d'une hausse de la cotisation vieillesse (ce n'est pas un impôt mais une contribution sociale, nuance), qui n'accompagne en aucun cas la refondation nécessaire des régimes de retraites. Le gouvernement joue l'embrouille, discute pause pour masquer la faiblesse de ses ambitions (être un bon élève européen) et ses renoncements. On le sait désormais, il n'y aura pas d'ambitieuse réforme de la fiscalité (impôts, travail, écologie), faute de courage politique. Et on continuera d'observer, comme le fait Thomas Piketty (Libération du 24 septembre) que les rendements du capital sont largement supérieurs à la croissance, à l'évolution des salaires, et qu'il vaut mieux être rentier que salarié. Ou, comme le fait l'INSEE, que les inégalités sociales se creusent. Est-ce pour cela qu'on a voté ? Est-ce pour cela que nous soutenons ce gouvernement ? Et pour couronner le tout, par une subtile distillation médiatique du président de la République, les écologistes se retrouvent réduits à une caricature, adeptes de taxes en tout genre, fervents défenseurs de l'écologie punitive. Nous voilà ridiculisés, décrédibilisés, réduits à travers nos aboiements furtifs à la sauvegarde de deux portefeuilles ; or si on ne peut nier le travail de ceux qui les occupent, il n'inverse tout de même pas le bilan de ce gouvernement.

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Comme tout citoyen, j'ai vu mes impôts augmenter cette année. À cette augmentation, il y avait une
raison forte, normale : la refiscalisation des heures supplémentaires. Une autre (le gel du barème) m’apparaît plus discutable, mais bon... L'année prochaine, comme d'autres, je vais contribuer un peu plus. Et le problème aujourd’hui n'est en aucun cas de discuter le fondement même de l'impôt, mais de savoir pourquoi je le paye, au service de quelle politique. Or ce budget 2014 tel qu'il a été présenté ce 25 septembre n'a qu'une seule logique : réduire le déficit. Non que cet objectif ne doive pas être pris en compte, mais dégage-t-il à lui seul une vision d'avenir ? Dans ce cadre, les timides éléments en matière de fiscalité écologique ne marquent en aucun cas une réorientation de la politique, un engagement dans la transition, pas plus que les annonces lors de la conférence environnementale.

Dessin publié avec l’aimable autorisation de Laurent Salles

Nous voilà discrédités. Il n'est qu'à lire de semaine en semaine un journal comme

Le Canard enchaîné, qu'on ne peut suspecter d'être antiécolo, bien au contraire, mais qui ne manque jamais de brocarder nos petits arrangements, lesquels ont la couleur et le goût amer de la trahison, trahison d'un idéal, d'une volonté. Et comme toujours, nous sommes très forts pour alimenter cette chronique du discrédit : par des rodomontades sans lendemain ou par des manœuvres d'appareil qui aboutissent non seulement à écarter un secrétaire national fragilisé par un ultimatum infantile (retenez-moi ou je fais un malheur !) et par ses atermoiements quant à un choix clair entre le secrétariat et les élections européennes, mais également (c'est le comble !) à nous annoncer le nom de sa remplaçante avant même la tenue du Congrès ! Chapeau bas ! On pensait avoir touché le fond, mais là, on atteint une capacité peu commune d'autodestruction, et sans fracturation hydraulique !

Nous sommes bel et bien dans une forme d'impuissance politique, tant du fait d'une sorte d'incapacité de l’appareil du PS à penser différemment, à aller au-delà de l'adoption d’un vocabulaire vidé de son sens, que de nos propres errements dramatiques. À croire que l'écologie politique était finalement soluble dans la social-démocratie. En écrivant cela, j'ai bien conscience d'un propos potentiellement démobilisateur à l'aube de campagnes difficiles en mars et en mai prochain. J'entends ceux qui ne veulent pas en rester à ce constat presque défaitiste et qui demeurent attentifs aux convergences sur le terrain avec des militants du PS, voire du Front de Gauche. Ils ont probablement raison. Ce n'est pas incompatible avec une certaine lucidité.

Même si on ne peut être totalement dupe
d'une certaine mise en scène pour une sortie tonitruante, même si on ne partage pas certaines de ses postures, comment ne pas comprendre le départ de Noël Mamère ? Comment ne pas y lire le symptôme d'une déliquescence du mouvement, qui laisse les militants et les élus désappointés, découragés, abattus ?

Michel Boutanquoi

13 Dessinateurs ...
Depuis des années, avec l’autorisation de l’équipe de Charb, La Feuille Verte illustre ses pages de dessins parus les semaines précédentes dans Charlie Hebdo. A partir de ce numéro, nous vous proposons aussi ceux que nous offre

Laurent Salles, dessinateur à L’Alsace et au Pays de Franche-Comté, que nous remercions très sincèrement.

Pas de bras, pas de chocolat ?

HANDICAP ET SEXUALITÉ : ON PEUT ENFIN EN PARLER
Chez Europe Écologie Les Verts, s’il y a des sujets qui font consensus - le développement durable, la lutte contre le nucléaire et les gaz de schiste, l’agriculture biologique -, il en est d’autres qui font débat, comme la sexualité des personnes handicapées. En fait, pendant longtemps, ce fut même un nonsujet. C'est le livre de Marcel Nuss, paru il y a dix ans (1), qui a mis en lumière cette demande des personnes handicapées en grande dépendance. Cette question interpelle aussi les parents, les soignants, les institutions. À partir de ces questionnements, « Femme pour le dire, Femme pour agir »,(2) une association de femmes handicapées, citoyennes et engagées dans la vie publique, a organisé à Paris, le 22 juin 2013, une journée intitulée « Corps sexué et handicap ». Le débat s'est poursuivi au cours des Journées d’été d'EÉLV à Marseille. calendrier... Pour une personne en grande dépendance, le corps n’est plus un outil en propre. Il est manipulé, mobilisé, déplacé par des mains étrangères, qui s’occupent du moi intime. S’ensuit une sorte de « décorporation », une image de soi pertubée. L'apprentissage de l’intime est difficile. Il faut s’approprier son corps, sa sensualité. Et comment aimer quand même son corps lorsque celui-ci n’est pas dans les canons de la beauté ? Comment passer par-dessus les anomalies d’un corps singulier ou abîmé, comment être un corps attractif pour l’autre dans un monde normé et « validiste » ? Comment être un corps ou l’habiter lorsqu’il a des difficultés à se mouvoir ?

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Malgré les difficultés, joyeuse et inventive

une

sexualité

Sexualité des handicapés, des spécificités à respecter
Parler de sexualité des handicapés peut paraître incongru, voire subversif. En effet, la personne handicapée est d’abord vue et renvoyée à son handicap avant d’être perçue comme une personne. Dans une société comme la nôtre, très normative, où le « validisme » est la norme, le handicap est encore caché, mis à l’écart, exclu de l’espace public. Et lorsqu’on évoque la question sexuelle, c’est toujours en négatif : grossesse dangereuse, risque de transmission d'une maladie héréditaire, incapacité supposée à élever un enfant, etc. Un handicapé n'est pas sensé avoir du désir. On n'envisage pas la sexualité comme une découverte du corps, une relation à l’autre, une histoire d’amour. Dans certaines institutions, contrairement à ce qui se passe chez les valides, les chambres sont encore interdites pendant la journée. Même pour un couple de handicapés peu autonomes vivant en appartement, ce n'est pas simple. Les infirmières sont là quotidiennement pour les soins ; elles leur font prendre leur douche. Dans un témoignage, elles disent : « On vous donne cinq minutes, monsieur et madame. » Et elles cochent la date sur un

Pourtant les médecins et soignants le constatent : « Les personnes handicapées ont une imagination débordante pour vivre leur sexualité, qui ferait rêver bien des valides. » En effet, les personnes handicapées ont une sexualité qui procède des codes, des vécus de leur corps et de leur esprit. La langue des signes pour parler de sexualité, par exemple, utilisée par les personnes sourdes et malentendantes, est une belle illustration de cette inventivité. Mais pour sortir le handicap de la misère affective, il faut inventer d’autres codes, des lieux de rencontre, et c’est le sens de la loi de 2005 (loi n° 2005 -102 du 11 février 2005 pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées), qui veut ouvrir l’espace public à tous. Au-delà de la relation sexuelle, il y a déjà demande de relation. Que ce soit dans les institutions ou dans l’espace public, il faut pouvoir rencontrer l’autre. On voit aussi émerger des associations où les soignants prennent en compte un meilleur rapport au corps par les massages, les baignades, des actions qui accompagnent la personne dans sa globalité.

La délicate question des assistants sexuels
La demande est venue surtout de certains hommes lourdement handicapés, mais aussi des familles, des soignants et de certaines associations. Le premier problème est législatif : en France, une relation sexuelle contre rémunération est assimilée à de la prostitution. Il faudrait donc changer la loi. La Suisse autorise les assistants sexuels, mais la loi est très contraignante pour ces professionnels : les assistants sexuels sont des personnes en couple, formées. Les relations sont très codifiées : pas de pénétration, pas de baiser. On peut se demander aussi si ce n'est pas une sexualité au rabais, sans le plaisir de la rencontre, sans aventure amoureuse, une simple prestation marchande. En réduisant la problématique de la sexualité des personnes handicapées aux assistants sexuels, la société ne se débarrasse-t-elle pas du problème en donnant une réponse unique à une question globale et complexe ?

L’importance du respect de l'intimité
Maudy Piot (3), présidente de l’association « Femme pour le dire, Femme pour agir » travaille beaucoup sur la citoyenneté des personnes handicapées. En effet, la plupart sont capables de réfléchir par elles-mêmes à leurs besoins et d’apporter des réponses à ces questions. Et la société aurait donc le devoir de mettre en place les solutions pour que les personnes handicapées puissent vivre leur vie sexuelle - comme leur vie tout court - dans de bonnes conditions. Une des questions importantes est celle du respect de l'intimité. Sébastien et Sabine, Grenoblois lourdement handicapés, couple de longue date, ont apporté leur témoignage : les soignants sont souvent trop intrusifs, ils ont comme un droit d'ingérence dans l'espace intime des handicapés et peuvent ainsi manquer de tact à leur égard. En France, seul un handicapé sur 8 l’est à la naissance, les 7 autres sont devenus handicapés au cours de leur vie. Pourtant, pour les valides, les personnes handicapées, ce sont toujours les autres. La maladie ou le handicap sont systématiquement cachés, comme le sont les personnes malades ou handicapées. Même le Conseil Fédéral d'EÉLV, ne respecte pas en son sein les 8 % de personnes handicapées de la société française. Où sont la représentativité, les droits à l’action politique de ces citoyens militants ? Certes, il y a des avancées, la société accepte enfin le débat et les personnes handicapées veulent jouer un rôle citoyen actif en agissant sur leur propre vie. En institution aussi, cette question n’est plus tabou. Pourtant, cela reste toujours une question qui passe après les autres. Dans les mentalités aussi, les choses changent. Parler de sexualité est toujours difficile, de droits et de visibilité des personnes handicapées, aussi. Alors, lorsque les deux problématiques se rencontrent, les freins sont multiples. Mais grâce à la combativité et à la volonté des personnes handicapées de vouloir peser sur la société, le débat est enfin ouvert.

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Certaines associations refusent totalement cette solution. Elles mettent en avant le danger de la marchandisation du corps, de sa consommation. Elles expliquent que ce serait encore une autre forme de ghettoïsation des personnes handicapées, les laissant chez elles en leur fournissant un service marchand. La société se dédouanerait en oubliant les besoins essentiels de toute personne : vivre dans une société ouverte à tous et être décideur de sa propre vie. Le Conseil national d’Éthique a répondu aussi à la question en disant que la base de la relation amoureuse ou sexuelle doit être gratuite. Si la commission Handicap d'EÉLV travaille sur le sujet, la commission Féminisme est totalement en désaccord avec cette proposition. Comme 90 % des demandes émanent des hommes, ce seraient donc les femmes qui fourniraient ce service. Et l’on constate dans les pays qui l’autorisent que c’est rarement une vocation, mais que ce service est rendu par des personnes en situation financière difficile. Handicap physique ou mental contre handicap social ?

Marie-Claire Thomas

(1) Je veux faire l'amour - Handicap, sexualité, liberté, Éd. Autrement, 12,00 €. (2) www.femmespourledire.asso.fr (3) Maudy Piot est psychanaliste. Elle a coordonné plusieurs livres, dont Handicap, estime de soi, regard des autres et Femmes handicapées, citoyennes avant tout.

Tabernacle !

DESTINATION QUÉBEC
Du 1er septembre au 12 octobre, j'effectue un stage, dans le cadre du programme du CAP-FQ (voir plus loin), dont les Jeunes Écologistes sont membres, au sein du cabinet du ministre de la justice du Québec, M. Bertrand Saint-Arnaud, ce qui me permet d'observer, d'analyser et de comprendre les pulsions politiques de la Belle-Province. Durant un mois et demi, il sera question de poutine (un plat québécois aussi délicieux que... calorique), de baleines, d'été indien et de caribous, mais surtout de politique. En quelques lignes, je vous propose de partager de mon humble aventure afin de nous enrichir collectivement de cette expérience, de provoquer le débat et d'attirer l'attention de vos esprits curieux. Avant de livrer quelques détails et mes impressions de mes deux premières semaines québécoises, il est nécessaire de présenter en quelques phrases le CAP-FQ. Dernière ce sigle mystérieux se cache une association créée il y a plus de 15 ans et visant à mettre en relation des jeunes militants politiques québécois et français afin de renforcer les liens entre la Nouvelle France et le vieux continent. Le Comité d'Action politique France-Québec envoie chaque année 8 jeunes politiques français outreAtlantique, dans le but d'y effectuer une mission d'un mois et demi au sein de cabinets ou de bureaux politiques québécois. Pour la première fois, les Jeunes Écologistes participent à l'aventure (on sous-estime toujours les avantages d'avoir un groupe parlementaire à l'Assemblée nationale !). Cette participation se concrétise d'une part en rencontrant les stagiaires québécois lors de leur passage en France, et d'autre part en envoyant des Français au Québec. J'ai le plaisir et l'honneur d'avoir été sélectionné pour le millésime 2013, qui se compose également de trois MJS, deux Jeunes Populaires et un JRG. sont organisées en commun pour nous faire découvrir le Québec et plus particulièrement ses institutions et son organisation politique au-delà des clivages partisans traditionnels. Le but est de nous offrir le panorama le plus large possible pour voir plus loin, nous ouvrir et comprendre la vie politique locale sans arrière-pensées partisanes. Cet exercice se révèle très enrichissant et nous permet d'avoir de nombreux débats entre nous dans un climat d'écoute, de respect et sans trop de chicanes. À plus d'un titre, la présence des Jeunes Écologistes au sein de ce collectif s'avère justifiée, permettant de faire entendre la petite musique écologiste outreAtlantique. Alors que 7% du PIB canadien dépendent de l'exploitation des sables bitumineux, cette mission représente une belle opportunité pour découvrir et soutenir les forces écologistes en présence dans le débat politique québécois, à l'instar du Parti Vert de Québec et de Québec Solidaire (cela fera l'objet d'un article spécifique dans la prochaine Feuille Verte).

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Une province qui se voit pays !
De Montréal à Québec, en passant par Lac-Mégantic, Ottawa et Chicoutimi, je tente d'appréhender les contrastes de cette Belle Province canadienne, qui se voit pays. Il est bien là, l'enjeu politique principal et structurant de la vie politique québécoise. Entre héritage français et us et coutumes britanniques, sur les bords du Saint-Laurent, il n'est guère question d'évoquer le clivage droite-gauche (sauf pour donner quelques repères à des Français un peu perdus), le curseur de la vie politique étant celui de la souveraineté.

Pluralité et cohabitation
La pluralité d'opinions au sein de la délégation française est une des raisons d'existence de ce programme d'échanges. Le premier enjeu est alors de pouvoir faire cohabiter pendant ces six semaines des gens qui, a priori, ne se rejoignent que très peu sur le papier, mais qui ont comme caractéristiques communes d'être jeunes et engagés en politique. De nombreuses activités

À plus d'un titre, l'utilisation systématique de cette notion de souveraineté peut surprendre. Il faut comprendre que le désir de liberté et d'indépendance a grandement marqué l'histoire du Québec. Tel un petit village d'irréductibles qui résiste encore et toujours à l'envahisseur, une partie de la classe politique québécoise souhaite une rupture avec le régime d'Ottawa pour prendre en main son destin et répondre aux aspirations des seuls Québécois. L'aspiration à l'indépendance est la synthèse entre un enracinement historique et la volonté d'exister en tant qu'État-nation sur le plan international. Chez ces héritiers de René Lévesque, cette vision est particulièrement visible actuellement au Québec en raison de l'arrivée au pouvoir, depuis un an, du Parti Québécois, qui a fait campagne autour du slogan « La souveraineté pour tous ! » Le gouvernement minoritaire dirigé par Pauline Marois place le désir de souveraineté au cœur de son action.

Comme on dit ici, « à tantôt » pour de nouvelles aventures sur fond de débat sur la Charte des valeurs québécoises, de campagne électorale dans les municipalités, de bières et de baleines. En attendant, tâchez d'écouter la chanson des Cow-Boys fringants, Lettre à René Levesque, en écho au paragraphe précédent.

Anthony Poulin

Votations helvètes

HISTOIRES D'ARMÉE, DE VOILE ET... DE SAUCISSES
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Une fois encore, nos voisins suisses ont eu le loisir, dimanche 22 septembre, de se prononcer sur la vie de leur pays à l'occasion de plusieurs « votations », les unes fédérales, les autres cantonales ou locales. La participation a été de quelque 46 % au niveau fédéral.

Les Suisses ont accepté à 60 % la révision de la
loi sur les épidémies (la quasi-totalité des partis, dont les Verts, étaient pour), dans laquelle les opposants voient surtout un pas en direction de la vaccination obligatoire (1). À près de 56 %, ils ont voté pour la libéralisation des heures d'ouverture des « shops » des stations service

(les Verts, le PS et deux partis chrétiens appelaient à voter contre). Les partisans de cette libéralisation prétendaient lutter contre une « absurdité bureaucratique » (les rayons des « shops » ne seront désormais plus bâchés la nuit), ses adversaires (l'Alliance du dimanche, regroupant essentiellement les syndicats) y voyaient un pas supplémentaire dans le démantèlement de la loi sur le travail et l'extension du culte de la consommation. Le quotidien Le Courrier estime que l'initiative « n'est que le début d'une longue liste d'attaques contre le droit du travail », lesquelles « font passer les envies des consommateurs avant les droits des travailleurs » (2).

À ce sujet, je dois dire que la campagne d'affichage des pro -libéralisation avait quelque chose d'assez surréaliste pour le touriste débarquant en Helvétie : « Bratwürste legalisieren ! », « Légaliser les saucisses à rôtir ! » (Cf. photos prises en août du côté de Bienne / Biel) : je dois à la vérité d'avouer que je n'ai pas compris tout de suite où voulaient en venir ces « légalisateurs » de saucisses…

À noter que les Verts défendent l'idée d'un service civil qui ne soit plus, comme aujourd'hui, couplé au service militaire obligatoire ; ils le veulent ouvert, sur une base volontaire, aux femmes comme aux hommes, aux étrangers comme aux nationaux. Signalons que, comme par hasard, les « Verts libéraux », qui avaient appelé à voter oui à la première de ces trois votations, ont préconisé, pour les deux autres, des votes opposés à ceux défendus par les Verts… En outre, le Tessin (Suisse italophone) a été le premier canton à se prononcer en votation populaire sur une interdiction du voile intégral (niqab, burqa...) dans les lieux publics : les deux tiers des Tessinois ont approuvé cette interdiction (qui ressemble fort à celle, controversée, adoptée chez nous sous le quinquennat de Sarkozy), qui pourrait très vite faire école au niveau national. Comme chez nous, le débat fait rage entre partisans et adversaires : après la fameuse votation sur l'interdiction des minarets, ce vote, qui marque un nouveau succès de l'UDC (extrême droite), fait s'imposer les notions les plus confuses et les plus fumeuses (islamophobie, etc.). Le député Vert Ueli Leuenberger parle quant à lui d’une «campagne idéologique et irrationnelle sur un sujet inexistant». Terminons sur une note positive : les Zurichois ont refusé (de justesse, mais refusé quand même) la construction d'un nouveau stade entièrement consacré au foot... et tout aussi entièrement financé par les contribuables de la première ville de Suisse. Vive Zurich, vive les Zurichois !

Les Suisses ont enfin refusé à plus de 73 % l'abrogation du service militaire obligatoire proposée par

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une « initiative populaire » lancée par le Groupe Suisse sans Armée (GSsA), qui n'en était pas à sa première tentative, et soutenue uniquement (pour ce qui est des partis politiques) par les Verts, le PS et le petit Parti chrétiensocial. L'armée de milice a encore de beaux jours devant elle, et les Suisses semblent toujours penser que « l'armée fera de toi un homme, mon fils! »...

Gérard Roy

(1) À l'encontre de son parti, notre ami Pierre Santschi estime que « le bon sens a été battu par les pharmas et les technocrates ». N'ayant pas suivi l'affaire d'assez près, je me garderai bien de prendre position... (2) « Le Suisse préfère sauver sa fringale de saucisses plutôt que les conditions de travail de sa vendeuse », résume une « tweeteuse ».

Science et écologie

CHLORDÉCONE, ART NUCLÉAIRE, CORBEAUX ÉCOLOS ET CHOCOLAT
Cette rubrique a pour ambition de proposer un regard critique sur l'actualité scientifique, en montrant tantôt les dangers, tantôt les espoirs suscités par les recherches et les découvertes. Cette information peut parfois inspirer les propositions des écologistes. Les références sont données pour ceux qui voudraient approfondir les questions traitées. DOM-TOM, réalise le score remarquable de 51 % aux élections européennes en Guadeloupe... sans être élu, compte tenu du mode de scrutin !

2. Neuvième Concours Génération Développement durable

1. Les Antilles malades du chlordécone
Le chlordécone est un pesticide ultra toxique massivement utilisé dans les bananeraies des Antilles, entre 1981 et 1993, contre un champignon et un insecte. Dès 1975, de graves troubles neurologiques sont constatés chez les ouvriers qui fabriquent le produit en Virginie. L'usine ferme et le produit est interdit aux États-Unis. Pourtant, en 1981, les lobbies agrochimiques et les « députés-bananes » des Antilles obtiennent une dérogation pour l'utilisation du chlordécone en Guadeloupe et en Martinique après le passage de deux cyclones qui ont favorisé les maladies. Il sera utilisé jusqu'en 1993 et les derniers stocks ne seront saisis qu'en 2002. Aujourd'hui, un quart de la surface agricole de la Guadeloupe et de la Martinique est contaminé et une partie du rivage est interdite de pêche, plongeant les communautés rurales du littoral dans le désarroi. (Alternatives Économiques n° 327, septembre 2013, pp.38-40)

La revue La Recherche et l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie ont décerné en juin les trois prix pour l'année 2013 :

Prix Senior : la Rice Box, une serre destinée au
Cambodge, conçue pour cultiver du riz en dépensant le moins d'eau et d'énergie possible. Le système récupère une partie de l'eau infiltrée, fonctionne avec des panneaux solaires et est partagé en 4 compartiments pour pratiquer la rotation des cultures.

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Prix junior : des deux-roues électriques plus puissants et plus autonomes, des vélos et des tricycles équipés de batteries lithium-polymère rechargeables en une heure, qui disposent d'une autonomie de 180 km. L'engin coûterait un peu plus de 1 000 € et roulerait 1 000 km pour seulement 1 €.

Prix spécial : des corbeaux écolos. On apprend à des corvidés (corbeaux, pies et corneilles) à rapporter des déchets abandonnés dans des endroits difficiles d'accès jusqu'à une machine qui les détecte et les stocke et qui distribue à l'oiseau de la nourriture en récompense. Les recherches en éthologie ont montré, en effet, que les corvidés avaient d'étonnantes capacités d'apprentissage. (La Recherche n° 479, septembre 2013, pp. 64 à 66)

Commentaire : Cet exemple montre une fois de
plus l'attitude irresponsable de certains milieux économiques et la complaisance de nombreux élus par rapport à l'utilisation des pesticides. À souligner : le rôle très important joué par l'avocat Harry Durimel, militant Vert de longue date, pour dénoncer le scandale du chlordécone. En 2007, en riposte à son action pour faire reconnaître les conséquences tragiques du produit, il est convoqué devant un tribunal pour violation du secret de l'instruction. Harry, tête de liste Europe Écologie en 2009 pour les

Commentaire : Cette année, 254 étudiants
ont déposé une soixantaine de projets sur le thème « Quelles solutions pour améliorer notre impact environnemental ? » Le plus surprenant est sans doute l'idée de faire ramasser des déchets par des oiseaux. Voilà des perspectives autrement plus enthousiasmantes pour les jeunes diplômés que d'aller se vendre aux banques et aux établissements financiers. Oui, mais pour ça, il n'y a pas d'argent et pas de postes !

3. L'art du nucléaire

Une chercheuse de Cambridge, Adriana Buitrago-Lopez, a voulu en savoir plus. Sur une population de plus de 100 000 personnes, elle a constaté une baisse significative des maladies coronariennes, du diabète et des AVC chez ceux qui consomment beaucoup de chocolat. Ces bénéfices seraient dus à la présence de polyphénols dans les fèves de cacao et, dans une moindre mesure, d'autres substances comme la caféine, la théobromine et le magnésium. Attention ! c'est la poudre de cacao qui est riche en polyphénols. Le chocolat noir en contient déjà 2,5 fois moins, le chocolat au lait et les barres chocolatés respectivement 5 et 10 fois moins. (Pour la Science n° 431, septembre 2013, p. 18)

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Dans un livre sur le point de paraître (1), la sociologue Sezin Topçu retrace et décortique l'histoire de la France nucléaire. On y retrouve donc le plan Messmer, les manifestations de Creys-Malville, les catastrophes de Tchernobyl et Fukushima. La chercheuse analyse particulièrement le secret, « consubstantiel » à la chose nucléaire. Elle explique aussi comment une partie de la critique scientifique et syndicale a été récupérée, non seulement pour un meilleur contrôle du risque, mais aussi « pour reconstruire de nouvelles légitimités pour l'énergie nucléaire ». (La Recherche n° 479, sept. 2013, pp. 60 à 63)

Commentaire : Pour une fois que la gourmandise serait bénéfique pour la santé … Mais il faut faire attention de ne pas exagérer : le chocolat est aussi riche en sucre et en graisses. Une consommation excessive risque d'abîmer les dents et de provoquer un surpoids.

Commentaire : L'article comprend des extraits
du livre. L'un d'eux parle d'un chercheur, Patrick Petitjean, que nous avions fait venir à Montbéliard en mai 1986, juste après l'accident de Tchernobyl, et qui nous avait expliqué avoir détecté à Strasbourg, dès le 29 avril, des doses élevées d'iode 131. Prévenus par lui, les journaux avait refusé de publier les mesures, parce que celles-ci n'étaient pas confirmées officiellement. Après le passage du nuage et à cause de ce silence coupable, de grandes quantités de fruits et légumes contaminés ont été consommées en France, contrairement à ce qui s'est passé en Allemagne, où les mêmes produits contaminés ont été interdits.

Gérard Mamet

(1) La France nucléaire (Seuil)

4. Le chocolat est-il bon pour la santé ?
Depuis longtemps, on avait constaté que des Indiens Kuna d'Amérique du Sud, qui consomment 5 tasses de chocolat par jour, ne souffrent pas de maladies cardiovasculaires.

Contournement de Lons-le-Saunier

QUELLE ZONE D’ACTIVITÉ ?
Le président du Conseil général du Jura avance sur son projet de zone d’activité (dite du Rocher) près du futur contournement routier de Lons-le-Saunier. Certains de ses arguments ne manquent pas d’intérêt : toute infrastructure routière attire de l’activité et du déplacement d’activité, 400 emplois seront créés (mais des nouveaux ou des reconversions ?), la réalisation sera concentrée sur une surface limitée, le projet se veut exemplaire en matière de qualité architecturale, d’intégration urbanistique et de développement durable. D’autres aspects sont plus critiquables : 25 % des achats en alimentaire échapperaient au bassin de vie, on « habille » écologiquement (une toiture végétale) un projet écologiquement contre nature écologique (une zone commerciale), on crée un lac artificiel avec tous les bouleversements environnementaux que cela engendre, on sacrifie des surfaces agricoles dont on a tant besoin… On ne peut pas enlever au président du CG jurassien son volontarisme pour accompagner et anticiper l’ouverture du contournement. Sur un territoire où l’habitude est de voir des élus atones, c’est plutôt réconfortant ! Mais la nouvelle mouture du projet n’est pourtant que l’habillage de l’ancien (présenté au printemps), un habillage à la sauce écologique. En fait, le projet reste le même : une grande surface commerciale accompagnée d’une galerie marchande, une zone de loisirs avec une piste de bicross, des équipements sportifs, une salle de spectacle et un plan d’eau, où les Lédoniens pourraient pratiquer des activés nautiques. Ce projet relève d’une vision passéiste du développement et l’enrobage écologique n’y fera rien ! Le concept sur le fond reste le même et me semble bien dépassé à l’heure où la sobriété énergétique devient un élément majeur de notre activité humaine. Sans être un ayatollah de l’écologie, je suis perplexe devant cette « nécessité » de continuer à créer de l’activité aux dépens de celle déjà existante : quel sens cela a-t-il de créer 400 emplois ici pour les retirer làbas ? Si la création d’un nouveau complexe crée indubitablement de l’emploi lors dans sa phase de mise en œuvre, elle demande aussi des moyens et de l’énergie que nous pourrions utiliser dans des causes plus prioritaires et qui seraient également génératrices d’emplois : la transition énergétique avec son lot de rénovations de logements, l’adaptation aux besoins réels en matière de mobilité, la création d’activités agricoles pour nourrir la population du bassin lédonien… Quelle cohérence à créer un centre d’activité à forte connotation environnementale, mais situé à quelque 6 km du centre ville de Lons-le-Saunier, ce qui obligerait chaque consommateur à utiliser sa voiture pour rapporter le contenu de son caddie, grossissant ainsi le flot d’automobiles qui pervertissent chaque jour les faubourgs de la ville préfecture ? Oui, il est indispensable, comme le fait le président du Conseil général du Jura, d’anticiper et d’organiser l’activité le long du contournement de Lons-le-Saunier. Mais pas à n’importe quel prix ! Ce qu'il faut, c'est jouer un coup d’avance, celui qui nous emmène à 20 ans, celui qui projette notre environnement dans 20 ans, celui qui est guidé par nos convictions écologiques et par les nécessités de notre époque. La sobriété énergétique et financière implique des réalisations indispensables et prioritaires, tournées vers le mieux-être de nos concitoyens : les circuits courts, les déplacements doux, le rapprochement domiciletravail. Le projet actuel n’intègre pas cette vision innovante, d’avenir. Sur l’aire du Rocher, l’attractivité de la voie rapide est incontournable. Les besoins se feront sentir : un service hôtelier, des garagistes et des stations d’essence ou d’électricité, une aire de repos, un point de vente de produits « made in Jura »… Mais l’activité d’avenir sur notre bassin, comme ailleurs, celle qui créera les vrais emplois et gardera les jeunes sur notre territoire, ce n’est pas la grande distribution, mais les activités liées aux technologies numériques, à celles nécessaires à la transition énergétique (le transport, le solaire, la biomasse, le vent…), l’agriculture de proximité (une pépinière d’entreprises agricoles en lien avec le lycée agricole, par exemple)... Le débat est ouvert, les écologistes sont prêts à y participer !

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André Barbarin

Après le printemps bosnien...

… QUEL AUTOMNE À SARAJEVO ?
Il y a trois mois, La Feuille Verte (1) vous entretenait d'un possible « printemps bosnien » (2), qui prenait alors la forme d'une « bebolucija » (révolution des bébés) sarajevienne. Où en est la Bosnie-Herzégovine un trimestre plus tard ?

Un espoir : le recensement
Est-ce à dire que la Bosnie – où la crise politique s'accompagne d'une situation économique désastreuse – est désespérément vouée à rester sous la coupe de mafias et de lobbys (celui par exemple des vétérans de guerre) confortablement installés dans la rente de situation que leur ont offerte en décembre 1995 les accords de Dayton ? Tâchons quand même de faire preuve d'un peu d'optimisme : c'est un recensement qui va peut-être nous remonter le moral. En effet, le premier recensement organisé en Bosnie-Herzégovine depuis 1991 (donc avant la guerre ayant abouti à la dislocation de l'ex-Yougoslavie) et maintes fois reporté sous les prétextes les plus divers va enfin se dérouler en ce mois d'octobre. Or, dans ce pays où l'appartenance ethnico-religieuse, fût-elle totalement artificielle et fantasmée, est soigneusement entretenue par ceux qui en tirent profit, la perspective de voir un grand nombre de citoyens se déclarer non pas « bosniaques », « croates » ou « serbes », mais « bosniens » (ou, si l'on préfère, « bosnoherzégoviniens ») donne des sueurs froides aux nationalistes de tout bord. Sans compter que ce recensement mettrait en évidence, de façon difficilement contestable, les conséquences du « nettoyage ethnique » de 1992-95. C'est sans doute de l'humour noir : Milorad Dodik, président de la Republika Srpska, fait mine de se réjouir de ce qu'on connaisse enfin l'ampleur du « génocide »... contre les Serbes !

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Eh ! bien, pour pas mal de commentateurs locaux (mais en connaissez-vous, des commentateurs non locaux de ce qui se passe là-bas ?), elle s'est tout simplement « fourvoyée ». Ce qui était au départ un mouvement citoyen, que ses participants avaient à cœur de tenir éloigné des logiques politico-ethniques ayant mené le pays à la catastrophe que l'on sait, s'est peu à peu laissé phagocyter par des formations (souvent marginales, mais actives) aux buts bien éloignés de ceux de la bebolucija. Et il semble que celle-ci soit maintenant contrôlée, ou en voie de l'être, par des groupes nationalistes, qui font par exemple chanter à la foule une version non officielle et pro-bosniaque de l'hymne national bosnien. Voilà qui ne peut que réjouir les crapules politicardes de la Republika Srpska (l'une des deux « entités » de la Bosnie postDayton), que ces dérives nationalistes confortent dans leur position et dans leur volonté d'aboutir tôt ou tard à une scission complète du pays. Explication d'un observateur local : « Toute résistance de masse a besoin d'un objectif politique, mais aussi de logistique, d'organisation et d'une discipline de fer. Sinon, elle devient un ensemble confus d'individus. » Et de conclure : « La révolution a dévoré ses enfants. »

Croix et croissant complices

Tout l'été, les Bosniens ont été soumis à une intense propagande les invitant à « bien » répondre aux questionnaires. Seuls les naïfs s'étonneront d'apprendre que, côté croate, c'est l'Église catholique qui a mené le bal, invitant ses ouailles à bien cocher les cases « croate » et « catholique ». Des documents ont été distribués dans les boîtes aux lettres de Tuzla... sur lesquels étaient déjà cochées les « bonnes » cases (« bosniaque », « islam », « langue maternelle bosniaque ») ! (3)

Dans ces conditions, il faut espérer qu'une sorte de sursaut citoyen, comme celui qui a fait se lever au printemps la bébé-révolution, incitera le plus grand nombre possible de Bosniens à se déclarer « ostali », c'est-à-dire « autres », c'est-à-dire ne faisant pas partie de (ou ne se reconnaissant pas dans) l'une des trois communautés « constitutives » du pays. On peut toujours rêver. Après tout, pour préparer l'événement au niveau national, des recensements pilotes se sont déroulés fin 2012 dans certaines parties du pays : plus de 35 % des sondés se sont déclarés bosno-herzégoviniens ! (4)

(1) N° 187, juillet-août 2013, pp. 15-17. (2) Et non « bosniaque », comme je l'ai bêtement écrit alors même que j'expliquais en note la différence ! (3) Rappelons qu'il n'existe pas plus de langue bosniaque que de langue serbe ou croate ; à l'époque yougoslave, on parlait le « serbo-croate », et les gens ne se sont pas mis tout d'un coup à s'exprimer différemment selon le côté des frontières où ils se trouvent. Mais tout est fait aujourd'hui pour exacerber les différences réelles, mais minimes, existant entre les parlers régionaux. (4) Encore un exemple récent des incroyables difficultés inhérentes à la situation de quasi-apartheid créée par Dayton : les enfants d'une centaine de familles de Konjevic Polje, près de Srebrenica, boycottent l'école pour obtenir des autorités de la Republika Srpska le respect de l’accord signé en 2002 entre les ministères de l’Éducation de la Fédération et de la RS. Cet accord stipulait que les élèves des minorités réciproques (Bosniaques en RS et Bosno-serbes en Fédération) ont le droit d’avoir des cours dans leur propre version (latin ou cyrillique) et des cours d’histoire différents de ceux de la majorité

Gérard Roy

Téléphonie mobile

UN RAPPORT DE PLUS...
Après les cinq journées d’échange autour de la table du Grenelle des ondes en 2009, il avait été décidé d'expérimenter l’abaissement des niveaux d’exposition aux rayonnements des antennes relais. Le rapport de synthèse de ce travail vient d’être publié; parmi ses conclusions figurent les points suivants. Il est tout à fait possible de diminuer les seuils d'exposition sur les zones les plus exposées sans diminuer la couverture, tout en étant vigilant à ne pas exposer fortement de nouveaux lieux riverains. Il est possible de limiter les niveaux de seuil à 0,6 V/m (recommandation scientifique internationale, alors qu'actuellement le niveau appliqué en France varie de 28 à 61 V/m !), mais cela implique de multiplier par 3 le nombre d'antennes moins puissantes. L'installation de la 4G (4e génération de téléphonie mobile, offrant le haut débit sur smartphones et tablettes) augmente le niveau d'exposition de la population. Les opérateurs ont longtemps nié cette réalité de la physique ; pourtant, en ajoutant une nouvelle bande de fréquences dans l'environnement, le niveau global d'exposition ne peut qu'augmenter, même si les champs ne s'additionnent pas. Fallait-il autant de temps et d'argent pour reconnaître ce principe physique évident ? Et maintenant qu'on a montré que la Terre est ronde, on fait quoi ? (1)

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Catherine Gouhier
Secrétaire Générale du CRIIREM (Centre de Recherche et d’Information Indépendant sur les Rayonnements Electromagnétiques - 1921, rue Thales de Milet - 72000 Le Mans contact@criirem.org – tél : 02 43 21 18 69 – www.criirem.org) (1) Note de François Vetter : Il appartient aux politiques de prendre leurs responsabilités face à cette bombe à retardement sanitaire. Si EÉLV ne s'empare pas de ce problème, qui le fera ? Nous pouvons agir nationalement, mais aussi localement, en faisant pression pour que la puissance des antennes soit progressivement ramenée aux 0,6 V/m préconisés. Pour de plus amples informations, contacter le CRIIREM.

Gaz de schiste

APPEL À MANIFESTER
à tous les contacts du Collectif « Non aux forages d'hydrocarbures Haut-Jura »
Bonjour, Les collectifs francs-comtois et rhône-alpins organisent une manifestation suprarégionale, samedi 19 octobre, à Saint-Claude, à l'occasion de la 2e journée internationale contre la fracturation hydraulique. Ce jour-là, des citoyens du Jura, du Doubs, de l'Ain, du Rhône, des Savoie, d'Isère, de Suisse convergeront vers le Haut-Jura pour afficher leur opposition aux forages pétroliers et au gaz de schiste : ce sera l'un des seuls rendez-vous en France.

Le programme :
En matinée : stands d'information sur la place du 9 Avril 1944 10h : conférence de Thomas Porcher, docteur en économie à l'université Paris I Panthéon-Sorbonne, spécialiste du pétrole et auteur du livre "Le mirage du Gaz de schiste". 14h30 (et des brouettes) : départ de la manifestation 17h-17h30 : fin de la manifestation Soirée conviviale : musique, soupe citoyenne, soirée slam..

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Comment nous aider dans la réussite de cet événement?
- faites tourner cette invitation - venez en famille - préparez des drapeaux, des panneaux. Venez acheter les drapeaux, les badges, les autocollants du collectif. Ils sont disponibles : - chez Zadig à St Claude (03 84 45 15 01) - chez Pascale B.Laperrière à Laisia aux Molunes (03 84 41 61 42) - aux Trésors de Pan à St Lupicin (06 16 44 46 55) - chez Lauriane Schoff à Prénovel de Bise (06 87 27 86 42) -chez Florence Gentner à Désertin (03 84 42 41 81)

Hébergement militant
Ceux qui ont des lits de disponibles pour accueillir vendredi 18 et/ou samedi 19 des manifestants venant de loin peuvent le faire savoir à Sylvie et Michel: chagnard.michel@laposte.net ou 06 47 51 30 71 ).

Appel aux bénévoles
On aura besoin de monde : - pour coller les affiches - monter les chapiteaux le samedi matin, les démonter en soirée - éplucher les légumes de la soupe vendredi soir, la servir après la manifestation - assurer la sécurité du cortège

Covoiturage
Vous pouvez laisser vos offres de trajet sur: http://agenda.covoiturage.fr//autre/13906-globalfracking-2-manifestation-a-saint-claude

Éphéméride

ÉCHOTIDIENS
Novembre 1995 - octobre 2013 : presque 18 ans de Feuille Verte, 190 numéros (eh ! oui, ce n°189 devrait s'appeler
190... si l'on n'avait pas omis d'appeler 1er le... premier !) et presque autant de mensuels Émois. Presque autant car, comme vous l'avez peut-être noté, il leur est arrivé de se défiler quelques fois ces derniers temps. Manque d'inspiration ? Flemme aggravée ? Retard à l'allumage ? Un peu de tout ça, mais aussi - depuis le temps - une certaine lassitude et la très nette sensation de me répéter... Plutôt qu'envoyer balader brutalement lesdits Émois, j'aimerais essayer (je dis bien « essayer ») - au moins provisoirement - de les remplacer par une sorte d'éphéméride, m'imposant de repérer quotidiennement au moins une information, sérieuse ou légère, et d'y mettre un (si possible très court) grain de sel. Naturellement, cela me ferait plaisir d'avoir quelques « retours » - fussent-ils impitoyables...

23.08. - Poutine interdit toute manifestation durant les JO de Sotchi. Ça risque pas de démotiver les sportifs ?

30.08. - Mort du poète irlandais Seamus Heaney, Prix Nobel de littérature en 1995. Déjà, les poètes, on s'en fout, alors irlandais, tu parles ! 31.08. - Le Sarkoboy Boris Boillon, exambassadeur de la Sarkozie en Tunisie, épinglé en partance pour Bruxelles avec une valise bourrée de billets. Il allait acheter les bijoux de la Castafiore.

Dessin publié avec l’aimable autorisation de Charlie Hebdo

01.09. - Morano dénonce les attaques « ad hominem » d'Harlem Désir, qui s'en est pris à « l'esprit munichois » de la droite. Ad hominem, elle sait pas ce que ça veut dire, mais elle trouve ça joli dans une phrase.

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24.08. - 8 militants anti-corrida blessés à Rion-desLandes. Encore un bled de ploucs à éviter pour les vacances. 25.08. - Pas dégueu, ce chanturgue rapporté d'Auvergne. Faudra que je l'essaie avec un coq au vin.

02.09. - Record historique au mercato d'été : des transferts de footeux pour 764 millions d'euros. Ils en pensent quoi, ces niaiseux de supporters ? 03.09. - Fidel Castro s'est pendu.(*) 04.09. - L'écrivaine indienne Sushmita Banerjee
assassinée par des talibans en Afghanistan. Elle les avait peut-être un peu agacés, non ?

26.08. - La fille du sanguinaire caïd sicilien
Toto Riina se dit fière d'un père qui lui faisait faire sa prière « pour remercier Jésus ». Il avait quand même des bons côtés, Toto.

05.09. - Le footeux Ribery « espère que la routourne va vite tourner ». Je rêve d'un couple MoranoRibéry.

27.08. - Le patron d'un restaurant tué par balles. À
Marseille ? Non, au Cannet : perdu !

06.09. - Une entreprise chinoise achète l'américain Smithfield, détenteur de Cochonou et Justin Bridou. On pourra désormais acheter du Médorou et du Justin Bridé.

28.08. - Le tueur de Fort Hood (13 soldats assassinés en novembre 2009), ex-psychiatre de l'armée américaine, condamné à mort. Déjà, les psychiatres, je m'en méfie ; mais alors, dans l'armée, et américaine en plus !...

29.08. - Lapsus du candidat SPD aux élections allemandes, qui parle des Verts, au lieu de Die Linke, comme d'alliés sur lesquels on ne peut pas compter. Y a des lapsus révélateurs.

07.09. - Tokyo préférée à Madrid et Istanbul
pour les JO de 2020. Heureux Espagnols ! Veinards de Turcs !

08.09. - Copé : « Cette fois, c'est fait ! » 11 millions
d'euros récoltés par le Sarkothon : je me doutais bien qu'il fallait être con pour être à l'UMP, mais à ce point...!

18.09. - Un promoteur immobilier tué par balles. À
Marseille ? Non, à Ajaccio : encore perdu !

19.09. - François Fillon donne du « Cher Vladimir »
à Poutine. Droite pourrie, c'est un pléonasme, non ?

09.09. - Peillon présente sa Charte de la laïcité. C'est peut-être tout ce qui surnagera dans l'océan de nullité où patauge le PS. 10.09. - 155 000 ? 370 000 ? Peu de monde en
tout cas dans la rue pour défiler contre le projet de réforme des retraites (1 à 3 millions en 2010). C'est plus facile de gueuler chacun dans son coin.

20.09. - Dans le Tessin, un chasseur se tue avec
son fusil. Y a des maladroits en Suisse aussi.

11.09. - Le pape écrit aux « non-croyants » pour
leur proposer de « faire un bout de chemin ensemble ». Euh ! Non, merci, François, t'es gentil, mais sans moi...

12.09. - Mort du généticien Albert Jacquard. Comme disait Coluche, pourquoi c'est toujours des gens qu'on connaît qui meurent ? 13.09. - Carnet blanc : naissance d'un petit
Gustave. Vous vous en fichez ? Moi aussi, mais j'ai rien trouvé d'autre.

Dessin publié avec l’aimable autorisation de Charlie Hebdo

21.09. Rassemblement anti-chasse à Paris : 300 ?
400 ? 500 manifestants ? En tout cas, pas beaucoup. Et pas un lapin parmi eux !

14.09. - À la fin de la Techno Parade, on chante
La Marseillaise. Jeunes cons !

15.09. - Le socialiste Edi Rama, artiste peintre et

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ancien maire de Tirana, investi chef du gouvernement albanais. Quoi ? Artiste ET socialiste ?!

22.09. - Pascal Durand « ne sollicitera pas le renouvellement de son mandat » à la tête d'EÉLV. C'est comme ça qu'on dit « est viré » en novlangue.

16.09. - Première de Jusqu'ici tout va bien sur F2.
Pauvre Sophia Aram, c'est pas dans une galère qu'elle est allée se fourrer, c'est dans le Costa Concordia ou un sousmarin russe !

Gérard Roy

17.09. - Début à Lille de l'université d'été
« Alzheimer, éthique et société ». J'y serais bien allé, mais je ne me rappelle plus où est Lille. (*) Ah ! on me signale à l'instant qu'il s'agit d'Ariel Castro, le « tortionnaire de Cleveland », condamné il y a deux jours à la prison à vie.

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