Vous êtes sur la page 1sur 0

Université d’Artois – Faculté EGASS – L1 S2 SEG & AES Année Universitaire 2011 - 2012

Economie d’entreprise Cours d’Eric Dehay

L’entreprise, unité économique de la répartition

La création de valeur ajoutée

Chiffre d’affaires + Production stockée + Production immobilisée = Production
Chiffre d’affaires
+ Production stockée
+ Production immobilisée
= Production

La valeur ajoutée représente la richesse créée par l’entreprise grâce à ses opérations d’exploitation. Elle correspond à la différence entre la valeur de ce que l’entreprise produit et la valeur de ce qu’elle a utilisé pour pouvoir produire (la consommation intermédiaire). On s’intéresse d’abord à la définition des éléments qui composent cette valeur ajoutée et à son calcul dans l’entreprise.

Chiffre d’affaires et production

(a) Le chiffre d'affaires d’une entreprise représente le montant des affaires réalisées

avec les clients dans l'exercice de l’activité professionnelle courante.

  • - Il est évalué, pour un exercice donné, à partir des quantités vendues et des prix de

ventes hors taxes.

  • - Il se calcule alors en faisant la somme de l'ensemble des factures et avoirs (document émis par un vendeur, reconnaissant une dette à un acheteur) émis.

(b) Le chiffre d’affaires correspond donc à la production vendue de l’entreprise. On peut remarquer qu’il constitue seulement un élément de la valeur totale de la production :

  • - La « production stockée », évaluée au prix de revient, représente l'accroissement de

stocks de produits finis ou en cours de production (elle n’existe pas pour les activités de services).

  • - La « production immobilisée », évaluée elle aussi au prix de revient, représente les travaux faits par l'entreprise pour elle-même (par exemple, la construction par les

salariés eux-mêmes d’un bâtiment pour l’entreprise).

© Eric Dehay

1

Université d’Artois – Faculté EGASS – L1 S2 SEG & AES Année Universitaire 2011 - 2012

Economie d’entreprise Cours d’Eric Dehay

C’est la valeur totale de la « production » qui constitue la base du calcul de la valeur ajoutée.

  • (c) Cette notion de production n’a de sens que pour les entreprises qui fabrique des

biens ou fournissent des services. Elle ne s’applique pas à l’activité de négoce qui consiste uniquement à acheter des biens pour les revendre sans transformation. Pour évaluer cette activité de revente, on calcule la « marge commerciale » :

Ventes des marchandises – Achats des marchandises + Variations des stocks de marchandises = Marge commerciale
Ventes des marchandises
– Achats des marchandises
+ Variations des stocks de marchandises
= Marge commerciale
Marge commerciale
+ Production
– Consommation intermédiaire
= Valeur ajoutée

Calcul et utilité de la valeur ajoutée

  • (a) On obtient la valeur ajoutée de la façon suivante :

  • (b) La consommation intermédiaire peut se décomposer en deux catégories d’éléments.

  • (i) « La consommation de matières » représente les matières premières que l'entreprise a

transformées pour réaliser sa production (la betterave par exemple dans la production du sucre). (ii) « La consommation de biens et services en provenance de tiers » correspond aux

autres charges externes. Il s’agit de dépenses diverses, par exemple des achats de

...

),

des

matières et de fournitures non stockables (énergie, fournitures administratives

loyers, des travaux d’entretien, des frais de publicité ou de transport, des frais postaux, …

  • (c) On considère généralement la valeur ajoutée comme un indicateur de la taille de

l’entreprise, notamment parce qu’elle permet des comparaisons entre entreprises de secteurs différents. Elle peut également intervenir dans le calcul d’un certain nombre de

© Eric Dehay

2

Université d’Artois – Faculté EGASS – L1 S2 SEG & AES Année Universitaire 2011 - 2012

Economie d’entreprise Cours d’Eric Dehay

ratios de performance comme, par exemple, le taux de valeur ajoutée qui donne une indication de « l’efficacité économique » de l’entreprise en mesurant sa capacité à créer de la richesse :

Valeur ajoutée

Production

Université d’Artois – Faculté EGASS – L1 S2 SEG & AES Année Universitaire 2011 - 2012
Salaire net
Salaire net

Cotisations salariales

La distribution de revenus

Une grande partie de la valeur ajoutée est distribuée par l’entreprise à d’autres agents économiques et constituera un revenu, notamment pour :

  • - les ménages à travers la rémunération des salariés ou la distribution de dividendes,

  • - les administrations publiques (Etat, collectivités locales, Sécurité Sociale) à travers les impôts et cotisations sociales,

  • - d’autres entreprises, et notamment les banques, à travers la distribution de dividendes ou le paiement d’intérêt.

La rémunération des salariés

  • (a) La « rémunération des salariés » correspond à l’ensemble des paiements en espèces

et en nature que les employeurs versent à leurs salariés en contrepartie du travail accompli par ces derniers.

  • - Elle est un élément de revenu pour les salariés (qui considèrent des montants nets). Elle est un coût pour les entreprises (qui considèrent des montants bruts).

  • - De ce dernier point de vue, elle se compose à la fois des charges salariales au sens strict mais aussi d’un certain nombre d’autres éléments.

    • (b) Les charges salariales se composent des éléments suivants :

 

Salaire brut

Cotisations patronales

  • A verser aux salariés

  • A verser aux organismes

collecteurs.

© Eric Dehay

3

Université d’Artois – Faculté EGASS – L1 S2 SEG & AES Année Universitaire 2011 - 2012

Economie d’entreprise Cours d’Eric Dehay

(i) Le salaire brut correspond à l'intégralité des sommes perçues par le salarié au titre de son contrat de travail, avant toute déduction de cotisations obligatoires. Il résulte d’une négociation libre entre le salarié et l’employeur. Cette négociation est cependant encadrée :

  • - par la loi (et notamment le Code du Travail) avec, par exemple, l’existence d’un salaire minimum ou l’encadrement des heures supplémentaires,

Université d’Artois – Faculté EGASS – L1 S2 SEG & AES Année Universitaire 2011 - 2012
  • - par les conventions collectives de la branche d’activité de l’entreprise (accord relatif

aux conditions de travail ou aux garanties sociales signé entre les représentants des salariés et les organisations patronales) : les conventions collectives font, en général, dépendre le salaire brut d’un indice de base qui prend notamment en compte la qualification ou l’ancienneté ; sur la base de cet indice, le salaire brut individuel peut alors être fonction du temps de travail, du rendement (par pièces fabriquées par exemple) ou du mérite (évaluation par la hiérarchie par exemple).

(ii) Les cotisations patronales représentent la part des cotisations sociales calculée sur les salaires bruts et versée par l’employeur aux organismes collecteurs. Elles concernent principalement la participation des employeurs :

  • - à la sécurité sociale (assurance maladie, assurance vieillesse, allocations familiales,

accidents de travail),

  • - à l’assurance chômage,

  • - à une retraite complémentaire,

  • - à divers éléments comme la participation à la formation ou la construction logement.

(iii) Les cotisations salariales représentent la part des cotisations sociales due par le salarié et prélevée par l’employeur sur son salaire brut pour être ensuite reversée aux

organismes de recouvrement. Elles concernent principalement :

  • - les prélèvements pour le paiement de la CSG (contribution sociale généralisée) et de la

CRDS (contribution au remboursement de la dette sociale),

  • - le financement de la sécurité sociale (assurances maladie et vieillesse),

  • - le financement de l’assurance chômage et d’une retraite complémentaire.

© Eric Dehay

4

Université d’Artois – Faculté EGASS – L1 S2 SEG & AES Année Universitaire 2011 - 2012

Economie d’entreprise Cours d’Eric Dehay

(c) Outre les charges salariales, la rémunération des salariés peut notamment intégrer également les éléments suivants.

(i) Les avantages en nature (par exemple, des voyages gratuits pour le personnel de sociétés de transport), les primes individuelles ou collectives (de productivité, de risque, de panier, …) ou certaines libéralités (« dons » en cas d’événement familial par exemple) sont des éléments divers qui, selon les entreprises et les situations, complètent les revenus des salariés.

Université d’Artois – Faculté EGASS – L1 S2 SEG & AES Année Universitaire 2011 - 2012

(ii) La participation des salariés aux résultats de l’entreprise constitue un élément de rémunération particulièrement encadré par la loi.

  • - Le principe est le suivant. En fonction de ses résultats, l’entreprise constitue une

« réserve de participation » qui va être répartie entre les salariés selon les modalités de l’accord collectif. Les sommes sont placées et ne sont pas disponibles pour le bénéficiaire avant au moins 5 ans sauf cas particuliers (mariage, naissance, …).

  • - On parle de sommes versées au titre de « la participation ou de l’intéressement » (la première est obligatoire dans les entreprises de plus de 50 salariés, le second est facultatif).

(iii) Les salariés peuvent également parfois bénéficier de rémunérations via des éléments qui leur permettent de prendre des participations dans le capital de l’entreprise.

  • - Le « plan d’épargne entreprise » permet aux salariés, grâce à des versements

volontaires et à l’abondement de l’employeur, de se constituer un portefeuille de valeurs

mobilières et de détenir des actions ou obligations de l’entreprise.

  • - Les « stocks options » sont des contrats qui donnent le droit à certains salariés

d’acheter à terme des actions de l’entreprise à un prix avantageux fixé à l’avance.

Les impôts versés à l’Etat et aux collectivités locales

Lorsqu’on enlève la rémunération des salariés à la valeur ajoutée, on obtient le résultat d’exploitation. Ce résultat est répartit entre les autres agents ayant mis à disposition de l’entreprise les moyens qui lui ont permis de produire. Parmi ces agents, on trouve

© Eric Dehay

5

Université d’Artois – Faculté EGASS – L1 S2 SEG & AES Année Universitaire 2011 - 2012

Economie d’entreprise Cours d’Eric Dehay

l’Etat et les collectivités locales qui, s’ils n’apportent pas de fonds à l’entreprise, mettent à sa disposition des infrastructures (moyens de communication par exemple). On peut classer les impôts auxquels sont soumises les entreprises en deux grandes catégories.

Université d’Artois – Faculté EGASS – L1 S2 SEG & AES Année Universitaire 2011 - 2012

(i) Certains impôts portent sur l’activité de l’entreprise, c’est-à-dire sur certains moyens

de production ou sur le résultat de la production. Par exemple :

  • - La « contribution économique territoriale » (qui a remplacé la « taxe professionnelle »

en 2010) est due, par certaines entreprises, à la fois sur les biens immobiliers dont elles sont propriétaires et sur leur valeur ajoutée.

  • - La « taxe d'apprentissage » est due principalement par les entreprises employant des salariés et exerçant une activité commerciale, industrielle ou artisanale. Son montant est

calculé sur la base des salaires versés. Elle a pour but de financer le développement des formations technologiques et professionnelles.

  • - La « taxe sur les véhicules des sociétés » est une taxe annuelle due par toutes les sociétés possédant ou utilisant des voitures particulières. Le montant est déterminé en

fonction des émissions de CO2, de la puissance fiscale et du nombre de véhicule.

(ii) D’autres impôts concernent les résultats de l’entreprise. Ils peuvent être directement

payés par celle-ci ou via l’impôt sur le revenu des personnes physiques. Par exemple :

  • - « L'impôt sur les sociétés » taxe les bénéfices de certaines entreprises en tant que

personnes morales (par exemple, les sociétés anonymes) c’est-à-dire l'enrichissement de l'entreprise au cours d'un exercice comptable (qui prend en compte les opérations de toutes natures effectuées par l’entreprise, soit non seulement le résultat d’exploitation mais aussi, par exemple, les produits financiers ou les plus-values réalisées sur la

cession d'actifs).

  • - Les « Bénéfices Industriels et Commerciaux » concernent les bénéfices réalisés par les

personnes physiques qui exercent une profession commerciale, industrielle ou artisanale (exploitants individuels notamment). Ils sont alors intégrés au revenu imposable et sont pris en compte dans le calcul de l’impôt sur le revenu des personnes physiques.

© Eric Dehay

6

Université d’Artois – Faculté EGASS – L1 S2 SEG & AES Année Universitaire 2011 - 2012

Economie d’entreprise Cours d’Eric Dehay

Les exemples cités précédemment représentent les principaux impôts payés par les entreprises. Outre ces exemples, les professionnels peuvent être concernés des impôts de différents types (sur certaines installations, sur les bénéfices agricoles, …).

Intérêts et dividendes

Université d’Artois – Faculté EGASS – L1 S2 SEG & AES Année Universitaire 2011 - 2012

La dernière catégorie d’agents qui reçoivent une partie de la valeur ajoutée est constituée par les pourvoyeurs de fonds de l’entreprise. Ils peuvent être classés en deux catégories qui correspondent à ce qu’on appelle « la structure financière » de l’entreprise. La structure financière désigne la combinaison de dettes et de capitaux propres auxquels l'entreprise a recours pour son financement.

(i) La dette d'une entreprise représente l'argent mis à sa disposition par des personnes ou des organisations (les créanciers qui sont principalement des banques) contre le versement futur d’intérêts et le remboursement de la somme prêtée. Sauf cas très rares, il y a toujours une date de remboursement, même lointaine. Elle est déterminée à l’avance par contrat, comme le montant des intérêts. Ces intérêts ne sont pas directement dépendants des résultats de l'entreprise : sauf cas extrêmes (la disparition de l’entreprise notamment), les créanciers toucheront les mêmes sommes qu’il y ait des bénéfices ou pas. En contrepartie du fait que les créanciers ne supportent pas directement les risques liés à l’activité de l’entreprise, ils n’ont pas de droit de propriété sur celle-ci (ils détiennent un « titre de créance » et pas un « titre de propriété »). Ils ne participent donc pas à la gestion de l'entreprise (ils ne peuvent pas exercer de droit de décision sur son fonctionnement ou son organisation).

(ii) La capitaux propres d'une entreprise représente l'argent apporté par les actionnaires (notamment à la constitution de la société) ou l’argent laissés à la disposition de la société en tant que bénéfices non distribués. Ils ne font pas l’objet d’aucun remboursement, quelle que soit l’échéance. La seule façon pour l’actionnaire de récupérer l’argent apporté est de céder ses droits à un nouvel actionnaire (vendre ses actions). En contrepartie de l’apport de capitaux, les actionnaires reçoivent une rémunération qui dépend des résultats de l’entreprise : on parle de dividendes. Ils

© Eric Dehay

7

Université d’Artois – Faculté EGASS – L1 S2 SEG & AES Année Universitaire 2011 - 2012

Economie d’entreprise Cours d’Eric Dehay

n’existent pas si les résultats sont mauvais. En contrepartie du fait qu’ils supportent directement les risques liés à l’activité de l’entreprise, les actionnaires en sont les propriétaires (l’action est un « titre de propriété »). Ce sont donc eux qui sont les détenteurs ultimes du droit de décision sur son fonctionnement, son organisation ou sa gestion. Ils exercent notamment ce droit par leur participation au conseil d’administration de l’entreprise.

Université d’Artois – Faculté EGASS – L1 S2 SEG & AES Année Universitaire 2011 - 2012

Finalement, la valeur ajoutée de l’entreprise est répartie entre les salariés (rémunérations), les administrations publiques (impôts et cotisations sociales), les créanciers (intérêts), les actionnaires (dividendes) et l’entreprise elle-même. De la valeur ajoutée, il reste ainsi à l’entreprise deux éléments qui pourront éventuellement être consacrés à l’autofinancement : la valeur mise de côté pour compenser la dépréciation des équipements (amortissement) et, parfois, une partie du bénéfice si celui-ci n’a pas été distribué intégralement aux propriétaires.

Les parties prenantes de l’entreprise

La distribution de la valeur ajoutée fait apparaître l’entreprise comme une unité de répartition de la richesse et plus uniquement comme une unité de production. La notion de « parties prenantes » de l’entreprise permet de mieux appréhender cette fonction. Les « parties prenantes » sont, en effet, l’ensemble des agents qui contribuent volontairement ou non à la capacité de créer de la valeur et à l’activité de l’entreprise et qui sont ses bénéficiaires potentiels ou en supportent les risques.

Classifications des parties prenantes

(a) Pour différencier les nombreux acteurs de l’environnement de l’entreprise, on peut distinguer :

- Les parties prenantes primaires qui sont celles ayant une relation directe et formalisée avec l’entreprise. Selon les cas, il peut s’agir des actionnaires, des salariés, des clients, des fournisseurs, des prêteurs, ...

© Eric Dehay

8

Université d’Artois – Faculté EGASS – L1 S2 SEG & AES Année Universitaire 2011 - 2012

Economie d’entreprise Cours d’Eric Dehay

  • - Les parties prenantes secondaires qui sont sans lien juridique ou économique avec

l’entreprise mais qui peuvent en influencer le fonctionnement. Selon les cas, il peut

s’agir des médias, des groupes de pression (associations de consommateur), des concurrents, …

Université d’Artois – Faculté EGASS – L1 S2 SEG & AES Année Universitaire 2011 - 2012

Pour établir un classement assez proche des parties prenantes, on parlera également de « parties prenantes directes » ou de « parties prenantes indirectes ».

(b) On peut également faire la différence entre les deux éléments suivants :

  • - Les parties prenantes internes qui sont les agents qui participent à la création de valeur

de l’entreprise tout en se trouvant à l’intérieur de celle-ci (en premier lieu, les dirigeants et les salariés).

  • - Les parties prenantes externes qui sont les agents ayant un intérêt associé la création

de valeur par l’entreprise tout en se trouvant à l’extérieur de celle-ci, c’est-à-dire en

étant une entité juridiquement différente (actionnaires, clients, fournisseurs, banques, administrations, citoyens, …).

(c) Le tableau suivant montre, par exemple, la façon donc le groupe de distribution Carrefour décrit lui-même ses parties prenantes sur la base d’une distinction primaire/secondaire ou directe/indirecte :

© Eric Dehay

9

Université d’Artois – Faculté EGASS – L1 S2 SEG & AES Année Universitaire 2011 - 2012

Economie d’entreprise Cours d’Eric Dehay

Parties prenantes et répartition de la richesse créée

(a) Quelle que soit la classification retenue, on remarque qu’on peut concevoir les entités ayant un intérêt dans le fonctionnement de l’entreprise dans un sens strict (les parties prenantes internes par exemple) ou dans un sens plus large (des parties prenantes externes sans aucun lien formel avec l’entreprise par exemple). Il en résulte des perspectives différentes sur la répartition de la valeur créée dans l’entreprise. Celle-ci doit-elle être gérée dans l’intérêt des parties prenantes considérée dans un sens strict ou dans un sens large ?

Université d’Artois – Faculté EGASS – L1 S2 SEG & AES Année Universitaire 2011 - 2012

(i) Dans le sens le plus strict, on peut considérer que l’objectif prioritaire doit être de rétribuer les propriétaires de l’entreprise dans la mesure où ce sont eux qui ont supporté le risque lié à son activité en apportant les capitaux propres. La création de richesse dans l’entreprise correspond alors à la distribution de dividendes ou l’augmentation de la valeur des actions sur le marché des titres. On parle de création de « valeur actionnariale ».

(ii) Dans un sens plus large, on peut considérer que la création de valeur dans l’entreprise est plus forte lorsque ses bénéficiaires sont multiples. Par exemple, la satisfaction des besoins des salariés peut permettre d’obtenir une production de plus grande qualité ou la satisfaction des clients peut permettre d’assurer une existence à plus long terme de l’entreprise. La création de richesse dans l’entreprise correspond alors aux notions d’intéressement, de stabilité d’emploi ou de qualité de service. On parle de création de valeur partenariale, de capital humain ou de capital client.

(iii) Dans un sens encore plus large, on peut considérer qu’à long terme, la création de valeur dans l’entreprise ne peut se faire qu’en respectant les règles de droit ou en prenant en compte l’environnement social ou naturel de l’activité. Par exemple, les entreprises se désengageant d’un bassin d’emploi risquent de perdre des clients dans ce bassin. La création de richesse dans l’entreprise correspond alors à l’intégration de préoccupations sociales ou environnementales dans la définition de ses objectifs. On parle de « responsabilité sociale ou environnementale » de l’entreprise.

© Eric Dehay

10

Université d’Artois – Faculté EGASS – L1 S2 SEG & AES Année Universitaire 2011 - 2012

Economie d’entreprise Cours d’Eric Dehay

(b) Ces perspectives sont interdépendantes. Il faut des actionnaires disposés à continuer à financer l’entreprise pour créer durablement de la valeur et pouvoir bien rémunérer les salariés, produire des biens et services de qualité et respecter l’environnement. Il faut aussi des salariés bien rémunérés et des clients satisfaits pour créer durablement de la valeur et pouvoir bien rémunérer les actionnaires.

Université d’Artois – Faculté EGASS – L1 S2 SEG & AES Année Universitaire 2011 - 2012

(c) A court terme, elles font néanmoins souvent l’objet d’arbitrages. Par exemple, une entreprise se préoccupera peu des problèmes environnementaux pour obtenir un résultat d’exploitation suffisant. Il est préférable néanmoins que l’entreprise ne fasse pas ces arbitrages par défaut. Pour éviter cela, elle devra s’efforcer de bien connaître ses parties prenantes et de dialoguer avec elles afin que les choix dans la répartition de la richesse ne rendent pas difficile la création de celle-ci au prochain cycle d’exploitation. C’est ce que font certaines grandes entreprises en mettant en place des études de satisfaction clients, des systèmes d’écoute du personnel, des réunions d’actionnaires, des rencontres avec les fournisseurs, des consultations avec les riverains, …

Pour aller plus loin sur ces questions de mesure et de répartition de la richesse créée dans l’entreprise, nous mettrons l’accent dans la suite du cours sur son financement puis sa gouvernance (plutôt que sur les questions d’organisation ou de stratégie de production évoquées dans la première partie de ce chapitre).

© Eric Dehay

11