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Discussion et réflexion sur divers aspects du judo par Ronald Désormeaux

JUDO RON 17 : DIVERSES PERSONNALITÉS AU JUDO

Dans l’univers du judo, qui de nous n’a jamais entendu parler de Kano, Nagaoka, Oda,
Yamashita, Mifune, Isogai, Kotani, Daigo, Kawaishi, Douillet ou encore Gill ? Ces gens
et des milliers d’autres judokas peuvent être identifié par leur personnalité qui les a
démarquée des autres ou par l’apport qu’ils ont eu dans le monde du judo. Créateurs,
pionniers, professeurs émérites, compétiteurs hors pairs, administrateurs ou chercheurs,
nombreux sont ceux et celles qui nous ont permis de s’identifier à eux, de tenter de les
émuler ou encore de porter jugement sur leur attitude, comportement et contribution.

Quelle influence et quel impacte ces gens-là ont-ils réussi à propager dans notre façon de
pratiquer notre judo et notre façon de faire? Dans le texte qui suit, nous tenterons de
découvrir à quel point notre personnalité se transforme et nous rend à la fois uniques et
semblables aux autres. Que ce soit par nos antécédents biologiques, nos divers degrés
d’expérience, notre culture ou autres; nous percevons le monde du judo et agissons
différemment les uns des autres. Dans son ensemble, notre comportement est aussi
influencé et devient semblable à celui de ceux qui nous ont précédé où que nous côtoyons
encore. Notre façon de penser, de jouer, d’agir, de composer avec le stress, de se détendre
sont des activités en mutation constante selon le niveau de maturité atteint, notre rôle au
sein de la communauté et notre culture en général.

Dans notre sphère du judo, nous sommes constamment exposé à de multiples zones
d’influence : les instructions des professeurs, les conseils des entraîneurs, le déroulement
des sessions de formation, l’intensité des pratiques, les expériences de compétitions, le
côtoiement avec les collègues, les parents, amis etc. Le judo, en plus d’être un système
d’éducation physique et une pratique moderne des arts martiaux anciens, est aussi une
école de formation du caractère. On peut affirmer qu’une personnalité Judo prend forme
petit à petit au cours de notre cheminement. Albert Einstein le physicien a apporté une
mise en garde à propos du développement de l’homme qu’il nous faut retenir :

« Il ne suffit pas d’apprendre à l’homme une spécialité.


Il importe qu’il acquiert un sentiment, un sens pratique de ce qui vaut la peine d’être
entrepris, de ce qui est beau, de ce qui est moralement droit.

Sinon, il ressemble davantage, avec ses connaissances professionnelles,


à un chien savant plus tôt qu’à une créature harmonieusement développée.

Il doit apprendre à comprendre les motivations des hommes, leurs


chimères et leurs angoisses pour déterminer son rôle exact vis-à-vis des proches
et de la société. »
Discussion et réflexion sur divers aspects du judo par Ronald Désormeaux

C’est souvent dans le Shai que les personnalités sont les plus diverses et visibles. C’est en
regardant le déroulement des combats, que nous recherchons et exprimons les
caractéristiques les plus populaires pour identifier les différences et les similarités entre
les combattants. Celui-ci est un meneur, agressif, créateur, spontané, pratique, lent,
talentueux, passionné, responsable; l’autre est perfectionniste, un technicien supérieur, un
candidat fort, malléable, peureux etc. Ce sont là des qualificatifs uniques et limités. Ils
représentent l’ensemble d’une personnalité mais ne sont pas exclusifs de d’autres
éléments que nous pouvons emprunter pour compléter notre image. Examinons donc le
processus du Shai.

Le Shiai est plus qu’une rencontre amicale entre deux opposants. Si on s’en tien à son
étymologie, le mot signifie rencontre ou croisée avec la mort. Heureusement que l’épopée
des Samurais est chose du passé. Nous sommes mieux de le considérer comme étant un
combat décisif où l’un des combattant connaîtra la victoire tandis que l’autre subira la
défaite. Le vainqueur témoignera t’il une certaine humilité dans sa gloire ou deviendra t’il
arrogant envers le vaincu? Peut-être faut-il se souvenir ici des enseignements du maître
Zen Shiba Yoshimasa qui vécu durant les années 1349-1410 et qui s’appliquent encore
aujourd’hui :

« Vous devez toujours conserver votre objectivité et regarder les événements


positivement. Soyez fier de ce que vous pouvez réaliser. Demeurez juste et
compréhensif même si vous aspirer à atteindre un niveau supérieur. Faites de votre
mieux pour aider les autres à grandir et ce durant toute votre vie. »

Le véritable guerrier, dit-on encore de nos jours, est celui ou celle qui fait de son action
quotidienne, l’occasion d’un cheminement conscient et d’une croissance continue. C’est
celui qui a pu saisir et gérer ses énergies et s’harmoniser avec son environnement. C’est
aussi celui qui a su développer l’art de vivre au quotidien tout en propageant l’action
juste. C’est ainsi que les anciens prêchaient de demeurer sincère dans nos actions et
pensées afin de connaître l’harmonie avec son entourage. Le maître Kano quand à lui, a
mis l’emphase sur l’emploie intelligente de nos forces pour mieux servir la société.

Retournons donc au Shiai. Avant de s’engager dans un Shiai, une préparation minutieuse
est nécessaire. Une analyse de la situation doit se préparer par le recensement de
renseignements utiles au combat et par l’évaluation juste de ceux qui deviendront des
opposants en temps opportuns. Si l’un des combattant peut réussir à mieux connaître la
personnalité de l’autre avant d’engager le combat, il se dotera d’un avantage sérieux car il
pourra découvrir comment l’autre pense et agi dans différentes situations et il pourra
mieux travailler ses stratégies. Une fois toutes les composantes comprises et assimilées,
il lui faudra laisser aller son imagination et créer librement des initiatives d’attaques et
des ripostes.
Discussion et réflexion sur divers aspects du judo par Ronald Désormeaux

Il faut se rappeler que les gladiateurs d’autrefois cherchaient des styles personnalisés, ils
étaient orientés vers des objectifs précis avec lesquels ils pouvaient mesurer et évaluer
leur succès ou leur défaite. Ils travaillent constamment à perfectionner leurs gestes, le
maniement de leurs armes et à étudier les adversaires potentiels. Ils cherchaient à
économiser les gestes offensifs et défensifs et s’attardaient à développer des techniques à
la fois précises et meurtrières. Leur satisfaction personnelle s’exprimait dans leur
réussite totale et leur survivance.

Il en était de même pour la caste des Samurais japonais au 16ième siècle qui suivait la voie
du guerrier Bushido encore imprégnée des principales vertus du confucianisme
représentées par le respect, l’éthique, la justice, le savoir, la bienveillance et la fidélité.
Grâce à la tradition dans les arts martiaux, nous avons hérité en quelque sorte, par
l’entremise du Ju Jutsu et du Judo, de ces régimes d’entraînement très sérieux.

« Bushido c’est l’action de mourir pour les autres. »


Yamamoto Tsunetomo 1659-1719

Prenons comme exemple les systèmes d’entraînement de l’élite compétitif d’aujourd’hui


qui ont prouvés leur efficacité au cours des dernières décennies de compétition. On y voit
à prime abord, un haut niveau de sentiment d’appartenance des équipes nationales. Le
prestige et la satisfaction de performer dans les hauts niveaux attirent de plus en plus de
nombre croissant de judoka qui sont dépistés par plusieurs organisations régionales et
nationales et regroupés dans des centres de formation bien équipés en formateurs
multidisciplinaires et avec du matériel de qualité.

Au sein de classes nombreuses, les athlètes de toutes sortes apprennent d’abord les
techniques fondamentales pour comprendre les principes de base. Celles-ci sont suivies
par l’étude de techniques spécifiques adaptées aux styles et personnalités de chacun. Des
techniques dérivatives en enchaînement et en récupération sont offertes pour corriger les
faiblesses et des technique complémentaires servent à évaluer et renforcir l’effort
personnel.

Le haut niveau de performance exige un comportement de champion semblable à celui


des gladiateurs et Samurais d’autrefois. Aujourd’hui, les principales raisons d’une défaite
en combat sont : une préparation insuffisante, la peur de l’opposant, une mauvaise
évaluation de l’opposant et ou une surestimation de ses capacités. Parmi les facteurs
déterminants nous retrouvons, le manque de précision technique, un style de combat non
flexible, un répertoire technique insuffisant et un état mental trop passif.

Quel genre de personnalité peut survivre à de telles demandes? Considérant que la


compétition judo rencontre le premier des trois buts du judo, celui de développer
l’efficacité en combat dit : Shobu Ho. Le Shiai touche aussi le deuxième élément, celui
de promouvoir l’éducation physique ou Tai Iku Ho et, il devrait en principe, rejoindre le
troisième principe, celui d’éduquer moralement ou Shushin Ho ou la formation du
caractère.
Discussion et réflexion sur divers aspects du judo par Ronald Désormeaux

Quelle transformation de caractère le compétiteur subira t’il ? On dit que les


personnalités de chacun sont les éléments stables que l’on retrouve dans la conduite
normale des personnes, c’est ce qui les différencie des autres. Ça commence à bas âge et
se poursuit tout au long de notre vie. Tantôt nous prenons modèles tirés de personnages
anciens ou sur d’autres qui nous entourent. On tente sans cesse de les imiter ou tirer le
meilleur possible pour nous satisfaire à l’occasion. De telles conditions psychologiques
seront ensuite assimilées et s’affirmeront dans l’élaboration de notre personnalité.

Chaque compétiteur et judoka sont la fois semblables aux autres de son groupe et
différents d’eux par le caractère unique de ses expériences vécues et sa singularité. Notre
personnalité semble se développer et se modifier avec notre développement physique, les
influences du milieu et nos expériences de vie.

C’est un peu le résultat d’un mélange biologique et social que le judoka acquiert au cours
de sa vie et son entraînement au judo. Les pairs, les maîtres, les collègues, les amis et
opposants nous offrent tous des dispositions à imiter ou à rejeter. Notre personnalité est
en changement continue comme tout ce qui nous entoure d’ailleurs.

On peut compter différents stages de comportement ou des personnalités changeantes à


titre de judoka.

À nos débuts, nous sommes d’abord le judoka agressif souvent identifié par son
comportement hostile voir même destructeur envers ses adversaires. Il s’affirme
vigoureusement, se gonfle d’en le but de s’imposer et de démontrer sa supériorité. Il ne
fuit pas les occasions de défis ni les difficultés. C’est souvent une qualité associée au
courage avec laquelle il peut obtenir une satisfaction de ses besoins primaires. Ce genre
d’agressivité est souvent reliée à un certain niveau d’insatisfaction, de frustration et se
manifeste souvent par des états coléreux. Ce type de judoka à tendance à dévoiler sa force
inutilement.

Nous évoluons vers un deuxième type de judoka qui travaille intelligemment et qui
comprend vite sa relation dans un couple engagé au combat. Il s’adapte vite aux
circonstances variées qui se dessinent devant lui. Il est à l’aise dans des conditions
conflictuelles et peut initier assez facilement des manœuvres de réussite. Il emploie
souvent la force mais cherche surtout l’agilité de s’engager et de se dégager aux bons
moments. On lui attribue une certaine intelligence abstraite ou conceptuelle qui est
caractérisée par sa facilité à détecter et à utiliser les signes et les symboles qui lui sont
transmis par l’adversaire. Il est aussi doté d’une intelligence pratique qui lui permet de
composer avec différents adversaires et des situations variées. Enfin il devient plus social
et réussi à comprendre le comportement de ses adversaires afin de mieux s’y adapter. Il
devient un judoka plus rusé.
Discussion et réflexion sur divers aspects du judo par Ronald Désormeaux

Un troisième stage de transformation nous conduit au judoka que l’on classifie de bon
technicien. C’est lui qui prend l’initiative et attaque de tous bords et tous cotés avec des
techniques variées. Possédant une bonne vitesse de déplacement et variété de technique
en profondeur, il ne relâche pas à poursuivre son adversaire. Les combinaisons,
enchaînements et contres se succèdent pour assurer l’attrition chez son adversaire au
risque de trop se compromettre et dépenser inutilement ses énergies.

Au quatrième volet, nous percevons le judoka qui mûri et qui acquiert une plus grande
expérience en combat. Celui-ci démontre sans doute une personnalité plus réservée et il
est plus perceptif des faiblesses chez l’opposant. Il aura tendance à moins s’affoler devant
les attaques adverses. On dit de lui qu’il affiche un esprit calme : Heisei et qu’il est
attentif Yujinbukai hoho aux signes de faiblesses de l’adversaire et qu’il saura s’imposer
avec méthode en temps opportun.

Enfin, on peut classer le judoka supérieur comme étant celui qui a atteint les maîtrises
physique, mentale et technique (Shin Gi Tai). Il se présente comme étant un judoka sûr
de lui-même et non complaisant devant son adversaire. Il possède une détermination de
vaincre Kokoro qu’on appelle généralise souvent avec l’expression Seishin ou l’esprit
d’ouverture à partir duquel tout est possible. Contenu dans sa supériorité, l, on retrouve la
conservation de l’esprit du débutant où il demeure toujours prêt à faire de nouvelles
connaissances, expériences et découvertes.

Notre judoka s’est donc transformé au cours de son entraînement. Sa personnalité s’est
modifiée avec ce qu’il a appris et expérimenté. Dans les temps reculé, il en était de
même. L’esprit chevaleresque et l’éducation martiale Bu Iku étaient enseignés de pair. La
formation du caractère suivait son cours Seishin Kyoiku. L’élève était introduit aux
principes fondamentaux par le maître qui le conviait à la réflexion constante. L’élève se
perfectionnait et acquérait des spécialités techniques qui le démarquaient comme
individu. Arrivé à la maîtrise, il y avait la séparation d’avec le maître pour lui donner la
liberté d’explorer et créer à nouveau un continuum technique qui devait servir la
génération suivante.

Ce cheminement, encore possible de nos jours, semble indiquer que plus nous pratiquons
sérieusement le judo, plus nous deviendrons habiles et de meilleurs techniciens.

« Il n’existe pas d’arme plus précise que l’esprit.


Même la meilleure’épée lui est inférieure. »
Hirayama Heigen, 1759-1828

Bonne réflexion
27 juillet 09