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Les nouvelles technologies du lien social Thème

Sommaire
G Groupe Centrale actualités 2

GGG Editorial
G Par Pierre MOSCOVICI 4
G Remerciements 4

GGG Dossier : Les nouvelles technologies


du lien social
I- Une transformation sociétale irréversible
G Le nouveau pouvoir des conversations
Luc Bretones et Stéphane Dieutre 5 Revue publiée par
G Les influences entre Internet et la société
l’Association des Ingénieurs
de l’Ecole Centrale Marseille
David Fayon 6
G Si je n’engage pas de conversations, je n’existe pas ! 38 rue Joliot Curie
Corinne Denis 8 Technopôle de Château-Gombert
G Connectez-vous à la grande conversation du Web ! 13013 MARSEILLE
Tél : 04 91 05 45 48 - Fax : 04 91 05 45 49
Philippe Pinault 9
secretariat@centraliens-marseille.fr
G Le Web, créateur de lien social http://centraliens-marseille.fr
Vianney Meunier 10
II- La fin de l’adolescence du web et de la petite enfance du mobile Comité de rédaction :
Olivier SAUVAGE
G L'avenir de la technologie, c'est "pas de technologie" ! Luc BRETONES
Christophe Agnus 12 Julien LAGIER
G Vidéo n’est plus synonyme de télévision ! Raoul MOREL A L’HUISSIER
Secrétaire de la rédaction :
Martin Rogard 14 Valérie KENSEY
G Rich-media et web-TV se généralisent
Jean-Louis Bénard 16 Commission Paritaire 1108G88559
ISSN : 1959 - 0458
G Web 2.0, Génération Y et Entreprise 2.0 : une révolution
des usages Publicité : SEFE
Frédéric Cavazza 17 1, voie Félix Eboué
94000 CRETEIL
G Internet devient la norme Tél : 01 48 98 16 73 - Fax : 01 48 98 38 70
Pierre Kosciusko-Morizet 18 sefe5@hotmail.fr
III- Un monde d'ubiquité et de connexion permanente Impression : HORIZON
G Le Web 2.0, c’est dépassé ! Parc d’Activités de la Plaine de Jouques
200, avenue de Coulin
Rafi Haladjian 20 13420 GEMENOS
IV- La France dans la course Tél : 04 42 32 75 32 - Fax : 04 42 32 07 19
G Internet est une chance pour la France Mise en page : OPTION+
Giuseppe de Martino 22 450, chemin des Lavandes
G Le plan France Numérique 2012 : les élus doivent Les Bastides
34190 LAROQUE
prendre des initiatives ! - Franck Suplisson 24 Tél/Fax : 04 67 73 42 27
option.plus@wanadoo.fr
Nous remercions David Bourgeois (96), Guillaume Brocail (97), Philippe Germanaz (02), Création pages Groupe Centrale :
Damien Letexier (06), Vianney Meunier (02), Emmanuel Naudin (04), Michel Reignier (96), Stoof - Graphiste Freelance
Eric Vandewalle (96) qui nous ont aidé à la réalisation de ce numéro. st2of@free.fr

Le prochain numéro de la revue aura pour thème : La chimie face aux défis du siècle.
Rejoignez l’équipe organisatrice auprès du secretariat@centraliens-marseille.fr
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N° 6 - juin-juillet 2009
Éditorial Thème

Enjeux et usages des nouvelles


technologies dans la vie publique
Le politique s'est longtemps désintéressé des nouvelles technologies, citoyen change de rôle : il n’est plus seulement « consulté », selon les
à la fois pour des raisons sociologiques – les élus, pas toujours très au procédures de « démocratie participative » traditionnelles, il est car-
fait des dernières innovations techniques, préférant souvent les relations rément « missionné » pour participer à la rénovation et à l’innovation.
interpersonnelles, le contact direct et traditionnel avec les militants et les Retenons trois initiatives :
administrés – et logistiques, les appareils administratifs des partis ayant
- Le site Data.gov tout d’abord, réunit sur un même site Internet l'ensem-
mis un certain temps à adopter les nouveaux outils de communication déjà
ble des informations et des bases de données aujourd’hui éclatées et
répandus dans le monde du travail.
dispersées dans les différents départements, agences et bureaux du
Mais cette attitude apparaît de plus en plus injustifiée, et surtout inte- gouvernement fédéral. On y trouve par exemple – au hasard – une base
nable. Les exemples qui soulignent à la fois l’intérêt réel des citoyens pour de données mise à jour chaque mois depuis 1987 par le « Bureau of
les nouvelles technologies, et la puissance de ces outils, se multiplient. Transportation Statistics » décrivant les causes de retards des vols
En France, la loi « hadopi » a marqué l’irruption du monde du net dans aériens intérieurs, les aéroports et les compagnies concernés. Le site pré-
l’agenda politique. A l’occasion d’une émission relativement confidentielle, cise qu’il revient aux citoyens de suggérer les applications et les usa-
« Parlons net » , j’ai évoqué, au détour d’une phrase, la possible, proba- ges qui peuvent être faits de la masse d’informations ainsi rassemblées.
ble, entrée de Claude Allègre au gouvernement. Ce qui avait été men-
tionné de manière informelle, presque comme une boutade, a dans les - « Open Government Dialogue » est un site Internet qui organise une
heures qui ont suivi pris une ampleur médiatique surprenante et déclen- consultation publique en trois étapes sur la modernisation de l'adminis-
ché un « buzz » relativement inattendu tration – un des thèmes phares de la campagne du Président américain
: foire aux idées, discussion sur le fond, et dernière étape, en mode wiki,
Cet évènement s’inscrit dans la continuité d’un processus qui, depuis qui doit aboutir à la corédaction du mode opératoire d'application des
quelques années, bouleverse les cadres de la politique, en modifiant la idées retenues et validées.
relation du citoyen à l’homme politique et l’élu. On est ainsi passé d’une
relation principalement « descendante » (dont le Général Charles de - Le Département d'Etat enfin, a invité en mai les citoyens à jouer les
Gaulle est l’archétype) à une relation bijective (expérimentée notam- ambassadeurs pour le compte des Etats-Unis, via une réflexion sur la
ment par Ségolène Royal), voire triangulaire (portée notamment par "public diplomacy 2.0". Les "citoyens ambassadeurs" sont appelés à
Barack Obama). prendre part aux efforts diplomatiques de l'Amérique là où ils se trou-
vent dans le monde ou sur le web, comme jadis on dépêchait les missi
Rien ne serait moins opportun que de sous-estimer le changement qui dominici aux marges de l’empire. Cette démarche témoigne de la prise
s’opère dans la relation entre le politique et les nouvelles technologies. de conscience par un département pas toujours réactif du rôle straté-
L’homme politique n’est plus dans une tour de verre, sa parole, son gique que joue l'espace public numérique dans l’information et la cris-
expression ne sont plus sacralisées. Pendant longtemps, l’objectif de com- tallisation d’une partie de l’opinion publique internationale.
munication d’un grand élu était de publier une tribune dans Le Monde ;
aujourd’hui Barack Obama multiplie les vidéos courtes (5 minutes), Je n’ai pas la prétention de me compter parmi les pionniers politiques des
mises en ligne sur YouTube – la « weekly address » qu’il a expérimentée nouvelles technologies. J’ai pu être auparavant réticent ; j’en suis aujour-
dès janvier 2009 – pour privilégier une plus grande réactivité, une plus d’hui un partisan convaincu. Pour le politique, les nouvelles technologies
grande proximité aussi avec le citoyen, quitte à perdre en solennité. représentent une opportunité formidable tout à la fois pour comprendre,
convaincre et travailler.
Dans ce domaine, dans d’autres aussi, nous avons beaucoup à appren-
dre de l’approche des nouvelles technologies élaborée par le Président Reste qu’il ne faut pas confondre le fond et la forme, et que le net ne
américain. Je retiens à titre personnel du parcours exceptionnel du remplace pas la politique. Donner la parole et une forme de pouvoir de
Président américain deux éléments : décision aux citoyens – le fameux thème de l’ « empowerment » si cher
à Obama – n’exonère pas l’homme politique de ses responsabilités. Son
- Tout d’abord, nous avons probablement en France une leçon à rete-
rôle peut évoluer, subir une inflexion, se réorienter ; mais sa mission fon-
nir en matière de maîtrise de la communication politique. En mettant
sur pied le premier réseau social « politique » (mybarackobama.com), il damentale demeure de proposer une orientation politique et stratégique
a démontré qu’il comprenait parfaitement les mécanismes d’appropria- globale. Soyons lucides sur la puissance, les potentialités, mais aussi les
tion / diffusion / viralité qui sont au cœur même d’Internet. Dans un pays dangers inhérents à cette ouverture du net : le web est aussi le lieu de
de près de 10 millions de km2, qu’il est pratiquement impossible de toutes les rumeurs, de tous les fantasmes, de toutes les dérives et tou-
sillonner en personne, il a su créer une relation quasi directe avec des tes les calomnies, dues au manque de références, de contrôle des sour-
millions de citoyens. C’est un succès majeur, dont nous devons nous inspi- ces, à la plasticité des usages et du langage. Barack Obama a su prou-
rer ici. ver, de manière éclatante, qu’Internet est un outil fantastique pour mieux
comprendre, mieux expliquer, mieux organiser, et rapprocher le politique
- Plus globalement, il a compris ce qu’Internet changeait en termes de du citoyen. Encore faut-il en comprendre les codes et les limites. I
gouvernance. Le Président américain ne se contente pas d’utiliser
Internet, il intègre véritablement les nouvelles technologies à ses poli- Pierre Moscovici
tiques publiques. Dans son schéma « d’empowerment » du citoyen, le (Juin 2009)

Remerciements
Bernard Vittrant a décidé cette année de ne pas se représenter à la tête de notre Association. Comme cela a
été fait au Conseil d’Administration du 25 avril 2009, le nouveau Président Julien Lagier tient à remercier
Bernard Vittrant pour les actions qu’il a conduites depuis cinq ans, tant au Comex où il a œuvré avec efficacité
pour la création de Centrale Marseille Alumni que pour son action depuis deux ans en tant que Président.
Tous les administrateurs, dont Jacques Dorne, s’associent aux remerciements faits à Bernard Vittrant pour son
action passée, notamment lors de la création de Centrale Marseille, ayant abouti en un temps record au rayon-
nement de l’AIECM dans la communauté centralienne. Bernard Vittrant reste administrateur et pourra nous appor-
ter tous les conseils qu’il souhaitera sur les nombreux dossiers que nous avons et aurons à traiter.I
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Les Cahiers de Centrale Marseille Alumni
Les nouvelles technologies du lien social Thème

I- Une transformation sociétale irréversible I

Le nouveau pouvoir des conversations


Nous vivons une époque fascinante. Avec Internet, Pendant des millénaires, l’humanité a fondé son dévelop-
révolutions technologique et sociétale se croisent et pement sur les conversations, les échanges directs entre
se répondent. Des lames de fond sont en marche. êtres humains au sein de petits groupes. Les conversations
étaient à diffusion lente. Ouvrant une nouvelle ère, le
Et, pour la première fois dans l’histoire, l’humanité « broadcast » des mass media a monopolisé la parole et
laisse une empreinte à la fois sensible et factuelle s’est imposé par sa verticalité. Le diktat du journal de 20
de sa marche vers l’avenir sur un média participa- heures et de la publicité en ont été les purs produits.
tif, et non hiérarchisé. Le futur s’écrit à livre ouvert. L’émergence de nouveaux leaders d’opinion (entraînant
des communautés ou mobilisant sur des causes un réseau
D’où la nécessité de tenter d’interpréter micro et
mondial plat et maillé), de médias participatifs et de gigan-
macro-tendances pour décrypter la matrice de ce tesques espaces de dialogues communautaires, est la
monde qui s’invente, sous nos yeux, en temps réel. caractéristique du nouvel âge conversationnel.
Alors que notre société connaît des ruptures sans précé- En 1999 déjà, Rick Levine, Christopher Locke, Doc Searls
dent, son miroir technologique géant agit comme un bras et David Weinberger écrivaient dans “The Cluetrain
de levier phénoménal. Et l’émergence du nouveau pou- Manifesto” : « les marchés sont désormais des réseaux
voir des conversations est sans doute l’un des constats d'individus connectés les uns aux autres, rendus ainsi plus
les plus importants à faire. intelligents, et profondément unis dans un dialogue. Les
Chaque « connecté » peut aujourd’hui éprouver le vertige marchés sont des conversations ! ».
de pouvoir dire son mot sur tout, comme de connaître le Cette vision nous éblouissait à l’époque ; elle est devenue
point de vue de chacun. Sur Internet, les contributeurs réalité : bientôt 200 millions de blogs dont une estimation
sont à égalité : un blog personnel peut égaler en influence à plus de 70 millions pour la Chine uniquement, des forums
un puissant site institutionnel d’entreprise. et wikis sur tous les sujets, 4 milliards d’articles sur l’en-
cyclopédie participative Wikipedia, un partage fluide des
Renouant avec les idéaux démocratiques, ce nouveau para-
photos, vidéos (1 milliard de vidéos vues par jour sur
digme rassemble aussi bien individualistes libertaires en YouTube) et autres supports multimédia, avec fonctions
conflit avec l’autorité, que promoteurs de nouvelles solida- de géolocalisation et commentaires, des réseaux sociaux
rités ou encore libéraux soucieux de transparence des professionnels, d’amis (50 milliards de pages vues par
institutions et des marchés, unis dans le projet d’une mois sur MySpace), généralistes, verticaux, des chats,
révolution internet au service des individus, des initiatives twitts et autres messageries instantanées permettant une
collectives et des libertés. connexion permanente à ses réseaux, des univers virtuels
Or, dans le même temps, de nouvelles dynamiques socio- et de jeux en forte progression.
logiques s’affirment qui s’emparent de cette nouvelle pos- On le voit, les outils d’expression individuelle et de mobi-
sibilité de converser : montée en puissance des commu- lisation collective sont là. Le contexte socioculturel est
nautés, défiance à l’égard des médias, des pouvoirs publics, favorable. Les nouvelles générations sont « digital natives »
des entreprises et des marques, critique des excès du et adeptes de la multi-consommation médiatique (multi-
capitalisme financier, défense du pouvoir d’achat et du tasking). La presse quotidienne nationale payante s’effon-
développement durable. dre, la télé ne fait plus son « show collectif live » que sur
le sport (coupe du monde de rugby) et un débat « Sarkozy
Les nouvelles pratiques citoyennes des internautes trou-
– Royal ». Les chiffres Audimat du 20 heures s’effritent.
vent écho dans la vie politique. L’initiative populaire – uti-
lisée en Suisse et dans certains Etats des Etats-Unis et per- A contrario, un blogueur seul peut aujourd’hui interpeller
mettant à un groupe de citoyens d’obtenir par pétition sérieusement une marque, une personnalité, un média. Jeff
l’organisation d’un vote au parlement ou un référendum sur Jarvis, ancien critique TV et blogueur reconnu, s’est
un projet de loi, une révision constitutionnelle ou une exprimé en lettre ouverte pendant plusieurs mois sur le
demande d’abrogation de loi – progresse et est inscrite service consommateur, déplorable selon lui, de la firme
dans l’article 11 de la Constitution française depuis le 23 Dell avant d’obtenir une réponse et un dialogue direct avec
juillet 2008. Un projet européen prévoyait qu’une pétition le CEO, Mickaël Dell. L’affaire a terni l’image de marque de
signée par un million de citoyens européens pourrait être la société. Dans un autre genre, une vidéo postée sur
présentée devant la Commission Européenne. Internet montrant comment ouvrir un antivol Kensington
en quelques secondes avec un simple rouleau de papier toi-
Nous assistons simultanément au développement rapide lette, rappelle cruellement que la marque ne vit que par ses
d’un troc planétaire qui fait une bonne place à la conver- consommateurs.
sation : les échanges C2C (customer to customer), ventes
Chacun peut faire cette expérience au quotidien : 30% des
directes entre particuliers, à prix fixe ou aux enchères.
100 premières réponses obtenues en cherchant une
Comme l’a mis en évidence le cabinet Think-Out, nous marque sur Google sont des messages émis par des
sommes entrés dans le troisième âge conversationnel, consommateurs. Les « consommacteurs » ont pris les
celui des conversations numériques. clefs, et ils ne sont pas prêts de les rendre !
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N° 6 - juin-juillet 2009
Les nouvelles technologies du lien social Thème
Les marques ne peuvent donc plus ignorer les conversa- cision de ces interactions en chaîne, leur force, sont étu-
I tions en cours sous peine de réactions trop lentes ou trop
« corporate ». Les mouvements communautaires sont
diées de plus en plus finement. Le système « who’s hot »
– widget d’Alenty.com – permet par exemple aux blogueurs
rapides, le bouche-à-oreille marche à fond, et l’agilité est de gagner en notoriété, de découvrir l'audience de leur blog
de mise. Ce n’est plus seulement un sujet de communica- et de faire connaissance avec leurs visiteurs. Chaque
tion mais aussi de marketing. Les entreprises qui écoutent, contenu est mesuré en audience au millimètre – une ban-
ou donnent la parole, gagnent en temps, en acceptation et nière de pub vue à moitié quelques secondes ne sera pas
en efficacité. comptée de la même manière que si elle est en plein écran
Plusieurs approches peuvent être utilisées pour écouter, – et l’on peut imaginer un web qui fasse ressortir avec
participer ou organiser ces conversations et aller au-delà précision – police de texte proportionnelle à la notoriété par
des services web 2.0 – jeux, vidéos, cours en ligne, conseils exemple – les éléments les plus consultés. D’autres sys-
vidéo – déjà proposés par exemples par des marques tèmes tels que Digg (vote sur la qualité des contenus) ou
comme Pampers, Nestlé, Blédina ou Nivea sur la cible del.icio.us (social bookmarking) contribuent à qualifier l’in-
des jeunes mères, ou Honda qui a revu la conception de ses formation pour que le meilleur émerge. C’est dire l’ex-
mini-vans en y associant des mères de famille. traordinaire capacité d’intelligence collective qu’offrent
déjà ces réseaux de conversation.
Ainsi, les premières plateformes de conversations d’entre-
prises exploitent le potentiel de bonnes idées et de rebonds La mesure du retour sur investissements est d’autant plus
des écosystèmes business. Que ce soit en mode intranet importante que ces derniers explosent. La marque Coca-
dans un ministère, dans le cadre de la préparation d’un Cola voit par exemple son budget média multiplié par 2,5
forum économique pour le premier assureur espagnol sur Internet en un an à 25%, avec notamment Happiness
Vida Caixa1 ou encore dans une démarche de co-innovation Factory 2, sa fameuse campagne événementielle 2007.
et feedback avec ses clients à la SNCF2, l’instinct de conver- Mais on ne contrôle pas une conversation, on y participe !
sation est mis à contribution d’une démarche de progrès Et l’on peut se dire que si un réseau humain se renforce au
collective. Selon Olivier Ricard, concepteur du service travers d’une marque, elle se différenciera de façon déci-
TalkSpirit, « les conversations offrent aux entreprises de sive.
nouvelles opportunités puissantes d’associer leurs clients
Ce type d’enjeu est nouveau, difficile à appréhender et
à leurs réflexions pour mieux développer leur business ».
demande assurément une stratégie et des acteurs spéci-
Mais le modèle de fédération des commentaires spéci- fiques au sein de l’entreprise. Quels sont les lieux de
fiques à un produit, un service ou une marque sur un ter- conversation ? Faut-il en créer d’autres, des spécifiques ?
rain neutre fonctionne également très bien. Tripadvisor Où sont les benchmarks et que font-ils ? Enfin, quelles sont
est un exemple vertical réussi dans le secteur des presta- les postures à adopter ? Et pour quel résultat ?
tions de voyage. Getsatisfaction, généraliste, propose même
Autant de questions qui finiront par faire passer les
en marque blanche un service web de self care par la
marques de la grande consommation à la grande conver-
conversation pouvant si besoin intégrer les échanges trou-
sation ! I
vés sur Twitter.
Bien sûr, écouter ne suffit pas. La création « disruptive » Luc BRETONES (96)
sera toujours nécessaire. Ce n’est pas Steve Jobs qui nous
Représentant Institut G9+
contredira. Et dans ce cas, le buzz de l’innovation vaut tou-
et co-animateur Essec Business & Technologie
tes les campagnes marketing. Mais comme nous le mon-
et Centrale Marseille IT,
tre le site Eyeka, les internautes savent aussi produire des
idées pour les marques. Stéphane DIEUTRE
Finalement, rien n’arrête les conversations. Elles se flui- Directeur Associé de Think-Out
difient, s’agrègent, font progresser la pertinence, l’intelli- (études marketing et consulting)
gence et réchauffent un média technologique froid. La pré-

1 - http://www.forocomisionescontrol.net/
2 - http://www.tgvlab.com

Les influences entre Internet et la société


L’individualisation de notre société et la primauté le. Internet et plus généralement les NTIC ont des
de l’ego cohabitent avec une intelligence collecti- impacts considérables sur la société. Mondes phy-
ve et collaborative permise avec Internet où cha- sique et virtuel s’interpénètrent et des habitudes
cun consacre du temps - ou du moins est sensible observées dans le monde virtuel ont des impacts
- à des causes qui concernent un grand nombre dans le monde physique et vice versa.
d’individus (par exemple le développement dura-
Les changements qu’Internet apporte à la société
ble).
Internet redistribue les pouvoirs et plus particulièrement
Avec Internet, il devient nécessaire de maîtriser le avec le Web 2.0 où les relations deviennent de m à n per-
temps, l’espace, les contenus, les supports, la sonnes sur les différents outils (blogs, wikis, réseaux
mémoire, les liens et les parcours. Plus globale- sociaux, etc.). Le principe d’égal à égal que l’on connaît
ment, la maîtrise de l’information devient crucia- dans les réseaux P2P se retrouve dans la société avec la
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Les Cahiers de Centrale Marseille Alumni
Les nouvelles technologies du lien social Thème
tendance à l’aplatissement et au décloisonnement des tre à certains politiques de collecter des informations uti-
structures hiérarchiques, au travail en mode projet dans
l’entreprise. Des communautés d’intérêts au sein des
les pour leur action (de même pour le top management en
entreprise sur les intranets et outils 2.0 qui se développent
I
entreprises et organisations avec des buts communs appa- encore timidement). Déceler des signaux faibles peut se
raissent. Les approches descendante et hiérarchique sont révéler un précieux allié pour anticiper les tendances
toujours valables mais les effets se combinent avec la cul- émergentes et influer la prise de décision.
ture projet.
Le cycle de la version bêta perpétuelle (par exemple
Des rencontres virtuelles faites sur les réseaux sociaux Wikipédia ou Google) pousse certains cadres à sans cesse
peuvent déboucher sur des rencontres dans le monde phy- améliorer leurs rapports. Les entreprises sont de plus
sique. Les réseaux sociaux développent l’envie de faire du tentées de faire appel, grâce à Internet, à des contributions
networking et de maintenir un lien avec ses relations. Par extérieures avec le crowdsourcing2.
exemple, dire ce que l’on est en train de faire, afficher des
informations sur son Wall sur Facebook. Les réseaux Des forums des utilisateurs voient le jour avec des problè-
sociaux et les moteurs de recherche peuvent aussi permet- mes exprimés par les clients et la communauté des utili-
tre de retrouver des personnes perdues de vue dans le sateurs y répond. Free avec www.aduf.org ou Apple se sont
monde physique. ainsi adaptés aux nouvelles pratiques autour de l’échange
de leurs clients qui s’expriment pour canaliser les problè-
Des comportements constatés sur le Web ont des impacts
mes et éviter que leur mécontentement soit incontrôlable.
sur la façon d’agir en société. Les outils génèrent des
Des économies sur le SAV de l’enseigne en découlent.
réflexes conditionnés. On constate les syndromes du « T’es
où ? » avec les téléphones portables et du « Qu’est-ce que Les services autour du Web 2.0 évoluent très vite. Si une
tu fais ? » avec le micro-blogging, Twitter et certains entreprise ne prend pas le virage suffisamment tôt, elle est
réseaux sociaux. Le copier-coller (Word) et le double-clic vite éclipsée. La génération Y, en particulier, est une clien-
(souris) modifient également nos comportements en tèle infidèle, adepte du zapping. Des mouvements de masse
société avec la réutilisation de travaux précédents et la véri- sont rapides. Et un outil peut vite être délaissé pour un
fication/validation de certaines actions. autre (par exemple MySpace devenu « has-been »). La
La recommandation est importante dans l’acte d’achat, communication est abrégée et va à l’essentiel (emploi
qui plus est si elle émane non d’un canal publicitaire mais massif des abréviations notamment pour l'écriture des
d’un internaute consommateur. Des études estiment qu’un SMS et des méls) et les dictionnaires traduisent ces évo-
internaute sur deux est influencé dans les commentaires lutions avec l’intégration de nouveaux mots de geeks3 dans
qu’il peut lire (TripAdvisor pour les voyages ou Amazon leurs nouvelles éditions.
pour les produits culturels par exemple). Les achats peu-
vent aussi bien se matérialiser sur Internet que dans une Conclusion
enseigne physique après collecte d’informations sur le Les frontières entre la vie professionnelle et la vie person-
Web. Avec la longue traîne, l’ensemble des titres devient nelle ainsi qu’entre le monde physique et le monde virtuel
accessible et l’internaute peut trouver exactement ce qu’il s’estompent.
cherche ou presque. Il peut même aller jusqu’à fabriquer
Il devient nécessaire d’avoir une culture générale numé-
les objets qu’il souhaite à la demande (Myfab) ou les créer
rique et des méthodes et outils pour maîtriser l’informa-
(CrowdSpirit) ou donner vie à des idées (Ponoko) grâce à
tion dénichée sur le Web et ainsi avoir un jugement critique
la communauté des internautes. Il s’agit d’un nouveau
sur l’information trouvée dans le flot informationnel que
marketing collaboratif où il est possible de commerciali-
constitue le Web et ce d’autant plus que les résultats qui
ser des services rêvés. Plus généralement, les outils sont
arrivent en premières positions de Google ne sont pas for-
utilisés selon les besoins et il en va de même avec les
cément les plus pertinents mais les plus populaires. Dans
logiciels avec l’essor du SaaS1 en devenir.
ce contexte, il est capital de garder un bon équilibre entre
À partir d’articles publiés sur le Web, le journal Vendredi, vie physique et vie virtuelle pour ne pas devenir cyberdé-
disponible en kiosque, est réalisé. pendant ni rester en marge des évolutions numériques de
notre société.I
La société évolue avec Internet
Les médias traditionnels sont en perte de vitesse. La presse David FAYON
décline ses titres sur Internet et on y voit apparaître une
(ENST, ENSPTT, IAE de Paris)
forme de journalisme citoyen. Toutefois, parmi les blo-
gueurs, on retrouve des journalistes. Notons que, sur les est expert NTIC. Il s'attache à la révolu-
sujets de société, l’agenda reste déterminé par les médias. tion numérique sous ses trois compo-
Et les internautes (par exemple sur Agoravox ou rue89) se santes interdépendantes : technique,
positionnent généralement sur les sujets définis par l’a- organisationnelle et humaine. Membre
genda médiatique. de Renaissance numérique et d'ISOC France, il est auteur
de "Clés pour Internet" et "Web 2.0 et au-delà",
L’influence sur le Web a remplacé l’autorité ce qui néces-
Economica.
site de faire du buzz et de le maîtriser. Dans la société, ceci
se retrouve en politique où les discours de fond sont habi- Son blog : http://livres-internet-web.over-blog.com
lement supplantés par ce que les citoyens préfèrent enten- Son site : http://david.fayon.free.fr
dre. Surveiller ce qui se dit (blogs, forums) peut permet-
1 - Le Software as a Service (SaaS) est une technologie consistant à fournir des services ou des logiciels informatiques par le biais du Web et non plus dans le
cadre d'une application de bureau ou client-serveur. Ce concept, apparu au début des années 2000, prend la suite de celui d'application service provider (ASP).
2 - Néologisme conçu en 2006 par Jeff Howe et Mark Robinson, rédacteurs à Wired magazine, le crowdsourcing consiste à utiliser la créativité, l'intelligence et le
savoir-faire d'un grand nombre d'internautes, et ce, au moindre coût.
3 - Geeks ou nerd : termes anglosaxons désignant des passionnés de technologies de l’information au sens technique du terme.

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N° 6 - juin-juillet 2009
Les nouvelles technologies du lien social Thème

I Si je n’engage pas de conversations,


je n’existe pas !
Hier, notre activité se résumait à créer puis à diffuser de
Corinne DENIS l’information, de l’expertise que les gens achetaient en
Directrice des éditions numériques kiosque. Aujourd’hui, nous travaillons avec la blogosphère.
Groupe Express-Roularta Nous donnons la parole aux blogueurs qui deviennent de
Le groupe multimedia belge l’Express véritables éditeurs de contenu, suivant une charte de bonne
Roularta1 est composé de plusieurs conduite édictée par mes services. Telle Géraldine Dormoy,
pôles : déco (Côté Sud, Est-Ouest, animatrice du blog Café Mode sur la plateforme l’Express
Maisons de France…), news (L’Express…), Eco Styles, très influente sur sa communauté.
(l’Expansion, l’Entreprise, Mieux vivre votre argent…), Les journalistes doivent comprendre qu’ils ne sont plus uni-
Culture (Classica, Lire, Studio Ciné Live…), Féminin-peo- quement des diffuseurs d’information. Ils deviennent des
ple (Point de vue…), Etudiants (l’Etudiant, Transfac). animateurs, des débatteurs d’actualités. Ils doivent porter
Corinne DENIS dirige la Business Unit activités numé- leur communauté, la faire vivre. Ainsi, ils lisent les com-
riques de la filiale française du groupe. Cette entité, qui mentaires suscités par leurs articles et participent à la
regroupe 45 personnes, gère à la fois les sites des conversation en prolongeant le débat. Ils peuvent égale-
marques papier et un portail Internet dédié aux activités ment inciter les internautes les plus pertinents à s’inscrire
numériques. Ce portail est décomposé en 3 pôles : News- sur l’Express Styles pour y ouvrir un blog, un peu à l’ima-
Culture, Economie et Femmes. ge de la plateforme Mediapart fondée par Edwy Plenel.
L’Express est très actif dans l’animation des conversa-
AIECM – Le Web révolutionne le monde de l’information. tions. En ce moment, nous construisons une nouvelle com-
Quelle réponse les groupes de presse préparent-ils munauté autour de la Culture. Les internautes peuvent
pour continuer d’exister ?
s’inscrire sur notre plateforme, échanger un peu comme
La première version du site de l’Express a été créée en 1994 sur Facebook, et publier des notes et des commentaires.
sur Compuserve, une plateforme payante. C’était le pre- Ils peuvent même décider de virer l’animateur ! Enfin, les
mier site d’information français ! Les sites des divers grou- internautes peuvent également acquérir des droits d’ani-
pes de presse, comme celui de l’Expansion, ont fusionné au mation sur des domaines secondaires.
fur et à mesure de leur entrée dans le groupe l’Express.
Les groupes de presse vivent actuellement une véritable AIECM – Que pensez-vous des réseaux sociaux ? Les
mutation. Pour la réussir, outre votre capacité à convain- utilisez-vous dans votre vie professionnelle ?
cre et embarquer dans votre vision ceux qui font du papier, Les journalistes aiment beaucoup ces outils. Christophe
il vous faut le soutien des marques. Barbier2 anime un groupe Facebook. Je suis présente sur
L’activité Internet doit être originale, ne pas se réduire à Facebook, LinkedIn et Viadeo.
mettre en ligne les articles de la presse papier. Nos lecteurs Les réseaux sociaux sont des outils formidables pour récu-
nous formulent des demandes spécifiques sur le web. Ils pérer de l’information, mener un début d’enquête. Car
veulent de l’actu chaude, une mise en ligne immédiate de malgré tous les efforts que nous pouvons déployer, plus
l’information, mais aussi des débats, du recul, de l’analyse personne ne maîtrise son image numérique !
et du décryptage de l’actualité. Les internautes attendent
de nos portails Internet une véritable différenciation. Les journalistes entretiennent une veille permanente sur
ces outils. Ils twittent3 l’actualité en temps réel, utilisent
Nous avons développé une marque à part entière sur ce les réseaux sociaux pour garder le contact avec leurs
nouveau support. Nous nous servons de l’information pro- confrères ou encore s’en servent comme d’un CV pour
duite par le groupe. Mais pas uniquement. Nous produisons trouver des piges.
notre propre information à l’aide d’une équipe de journa-
listes et des internautes. Nous organisons des conversa- AIECM – Et la vidéo ?
tions, créant ainsi de la proximité avec nos lecteurs en
leur donnant la parole. Enfin, nous avons créé des services Nous produisons environ 60 vidéos par mois. On pourrait
dédiés, comme l’aide à la création d’entreprise, la mise en en produire beaucoup plus, mais ça coûte très cher ! Il vous
relation avec des experts… faut des équipes de tournage, de montage, du matériel…
La rentabilité est très difficile à atteindre sur ce support.
AIECM – Comment organisez-vous les conversations C’est pourquoi nous développons actuellement des tech-
sur vos portails ? niques de production de vidéos low cost. Nous avons éga-
Si je n’engage pas de conversations, je suis un simple site lement développé un partenariat avec DailyMotion. I
compagnon, pas un site Internet et je n’existe pas ! Interview réalisée par David BOURGEOIS (96)

1 - L’Express Roularta édite des magazines, des journaux de petites annonces et des journaux gratuits, possède des chaînes de télévision et de radio, organise des
salons et distribue des produits dérivés.
2 - Directeur de la rédaction de LExpress.fr
3 - Usage d'un outil de réseau social et de microblogage qui permet à l'utilisateur de signaler à son réseau « ce qu'il est en train de faire ».
8
Les Cahiers de Centrale Marseille Alumni
Les nouvelles technologies du lien social Thème

Connectez-vous I
à la grande conversation du Web !
sites Internet. L’interactivité était assez limitée. Pour en
Philippe PINAULT arriver à la prédiction des auteurs de la référence du Web,
Président-Fondateur de blogSpirit nous sommes passés en dix ans par quatre étapes de
maturation.
Philippe est un serial entrepreneur. Ce
trentenaire pressé et décidé fourmille 1 - Entre 1999 et 2003, c’est l’ignorance. Personne ne croit
d’idées. Ce qui lui manque le plus ? Du en cette thèse.
temps pour les développer toutes ! 2 - En 2004, le NON fait place à la curiosité. Les premiers
Philippe crée sa première société en 1999, alors qu’il est blogs apparaissent, répondant à un enjeu sociétal pour
encore étudiant en seconde année aux Mines d’Alès. l’internaute qui a besoin d’exister et de maintenir le contact
Malheureusement, le marché encore balbutiant du com- avec son réseau. Ce nouveau mode de communication
merce en ligne, la visibilité réduite et les coûts importants prend comme un feu de paille. Les ados se l’approprient
conduiront cette première aventure BtoC1 à l’échec. pour faire de leur journal intime leur vitrine sur la toile.
Qu’importe ! Philippe, en bon entrepreneur, ne se résigne Skyblog surfe sur la vague et devient très populaire auprès
pas. Entré en Mastère entrepreneur à HEC, il fonde en de cette tranche de population.
2001 sa seconde société, Mandarina. A la conquête cette 3 - En 2006, l’intérêt gagne. On ne peut plus ignorer ce
fois du marché BtoB2, il se spécialise dans la vente de qu’on dit de nous sur Internet. Cette mode des blogs trans-
logiciels de commerce électronique (boutiques en ligne) formée en véritable lame de fond mérite qu’on s’y intéresse.
et le développement d’outils de gestion de back-office sur Tout le monde veut comprendre. De grandes études sont
mesure dans des domaines aussi divers que les confiées aux agences de communication et de publicité. L’e-
Ressources Humaines (gestion de CV) ou encore la GED3. réputation7 est née ! Les marques veulent savoir ce qui se
Il mène en parallèle une évangélisation du Web dans les dit sur elles, qui parle ; elles veulent tracer toutes les
écoles de commerce françaises. conversations, positives et négatives.
En 2004, il effectue un benchmark international de ce 4 - 2009 est l’année de l’action. L’accélération des change-
qui émerge. Trois services retiennent son attention : les ments de mentalité se fait sentir depuis le début de cette
réseaux sociaux, les blogs et le partage de vidéos. Il année. Tout le monde veut se connecter à la grande conver-
décide de reprendre HautetFort et crée en octobre 2004, sation du Web.
avec son associé Olivier Ricard, la plateforme de blogs en Cette accélération récente appelle deux stratégies. Vous
marque blanche blogSpirit. pouvez décider d’aller là où sont les communautés, c’est-
Fort de son back-office de gestion de la plateforme conçu à-dire sur les plateformes de réseaux sociaux. Et mener
sur mesure pour les community mana- une campagne de Relations Publiques en ligne, faire du
buzz-marketing8… Seul hic : le Web est un véritable chaos,
gers4, blogSpirit a convaincu une soixan-
totalement déstructuré. Si vous souhaitez repérer les dix
taine de clients prestigieux.
bloggers qui comptent pour votre marque, je vous conseille
de les attirer chez vous et de vous impliquer. Choisissez une
AIECM - Quel est le modèle économique de blogSpirit ? plateforme que vous animez, donnez des outils à vos
Nous avons démarré blogSpirit avec un capital de 16 000 € ambassadeurs pour qu’ils vous représentent, qu’ils parlent
en 2004. Bénéficiaire depuis sa création, la société est de votre marque. Offrez aux internautes la possibilité de
autofinancée. noter les billets publiés. Préférez enfin une plateforme
disposant d’un back-office solide vous offrant maîtrise,
Aujourd’hui, blogSpirit réalise près de deux millions d’eu-
compréhension et animation.
ros de chiffre d’affaires, grâce à la vente de licences, sous
forme d’abonnement en mode SaaS5, et de services d’in-
AIECM - Que sera le Web dans dix ans ?
tégration clé en main.
En 2015, l’actuelle génération Y9 arrivera aux responsabi-
AIECM - Pouvez-vous nous décrire votre vision de lités. Une génération sensible à ces sujets, qui a grandi avec
l’Internet ? les réseaux sociaux Facebook et autres Twitter10 ou
En 1999, The ClueTrain Manifesto6 décrivait déjà le Web Seesmic11. Une génération qui fera du Web une immense
comme une immense conversation. Il aura toutefois fallu conversation globale.I
dix ans pour en arriver là ! Souvenez-vous des premiers Interview réalisée par David BOURGEOIS (96)

1- BtoC = Business to Customer, activité à destination des particuliers Locke, Doc Searls, et David Weinberger.
2- BtoB = Business to Business, activité à destination des professionnels 7 - E-réputation = réputation en ligne, sur Internet
3- GED = Gestion Electronique de Documents 8 - Buzz-marketing : Le buzz (anglicisme de bourdonnement) est une tech-
4- community manager = gestionnaire de communauté nique marketing consistant, comme son nom l'indique, à faire du bruit
5- Le Software as a Service (SaaS) est une technologie consistant à fournir autour d'un nouveau produit ou d'une offre. Proche du marketing viral, il
des services ou des logiciels informatiques par le biais du Web et non en diffère par la maîtrise du contenu (message publicitaire).
plus dans le cadre d'une application de bureau ou client-serveur. Ce 9 - Les Anglo-Saxons l’appellent Youth Generation, c’est-à-dire les jeunes
concept, apparu au début des années 2000, prend la suite de celui d'ap- actifs de moins de 30 ans.
plication service provider (ASP). 10 - Service de réseau social et de microblogging.
6 - Manifeste regroupant 95 thèses, écrit par Rick Levine, Christopher 11 - Service de blogs vidéos lancé par Loïc Le Meur en 2007.
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N° 6 - juin-juillet 2009
Les nouvelles technologies du lien social Thème

I Le Web qui crée du lien social : les


exemples de Last.fm et Hospitality Club

De nos jours, quand on parle de Web 2.0, la pre- serveur pour établir un profil d’écoute musical. A mesure
mière idée qui surgit est celle des réseaux sociaux que l’auditeur écoute des morceaux sur son ordinateur et
à usage personnel ou professionnel. Toutefois, la que son profil s’étoffe, un algorithme d’intelligence collec-
palette s’étend lorsqu’on imagine l’ensemble des tive permet de proposer à cet auditeur des morceaux cor-
services offerts par Internet et orientés utilisa- respondants à ses goûts musicaux lui permettant ainsi de
teur. Voici la présentation de deux de ces sites découvrir des artistes méconnus car peu médiatisés ou des
pourvoyeurs de lien social et qui ont innové sur la titres inconnus d’un artiste qu’il apprécie.
base de services préalables au Web tout en se ser- Mais la dimension sociale de cette radio d’un genre nou-
vant des outils mis à leur disposition par les nou- veau prend tout son sens avec la création de communau-
velles technologies. tés : chacun peut entrer en contact avec des voisins défi-
Depuis Edison et la RTF, la radio a bien évolué. Les moyens nis comme « des auditeurs ayant des goûts musicaux
d’écouter de la musique chez soi ou en nomade ont changé. similaires aux siens », ou de faire partager à ses « amis »
On parle aujourd’hui beaucoup du streaming et les radios choisis, certaines découvertes musicales.
web se sont multipliées, offrant une myriade de choix aux L’interactivité est massivement utilisée sur last.fm puisque
utilisateurs. Mais qu’il s’agisse de la radio traditionnelle ou les utilisateurs peuvent commenter les morceaux, se les
des radios web, les choix de programmation sont toujours recommander entre eux, annoncer leur participation à des
laissés à des équipes qui les déterminent sur la base de cri- concerts dans une ville où l’artiste se produit et écrire les
tères forcément subjectifs : popularité d’un titre ou d’un biographies d’artistes grâce à la méthode collaborative
artiste, politique musicale de la station, accords avec cer- du Wiki, popularisée par Wikipedia. La communauté
tains labels… On est toujours dans une logique de diffusion dépasse sa dimension virtuelle lorsque des groupes de
univoque, où un petit nombre de personnes décide de la voisins se retrouvent pour un concert dans la vraie vie,
musique qui sera écoutée par un grand nombre d’audi- faisant connaissance, pouvant devenir vrais amis, prolon-
teurs. Ces dernières années, un nouveau type de radio a fait geant les conversations qu’ils ont pu avoir en ligne. C’est
son apparition, il s’agit des services de radio personnali- ainsi que, partant d’un site de radio web, les liens sociaux
sables et communautaires. Le site last.fm en fait partie. entre les individus se développent autour de goûts musi-
caux et d’intérêts communs.
Avec last.fm, on aborde un niveau de personnalisation très
fin puisqu’il n’existe plus une radio mais autant de radios Voici donc un exemple de service communautaire totale-
que d’auditeurs. Fondée par Felix Miller et Martin Stiksel ment personnalisable qui permet, à la fois aux passionnés
au début des années 2000, la radio innove véritablement de musique de découvrir de nouveaux artistes et aux sim-
lorsqu’elle incorpore la technologie de l’audioscrobbling ples auditeurs curieux, de faire de nouvelles connaissan-
inventée par Richard Jones dans sa chambre d’étudiant aux ces.
Etats-Unis. Cette technologie repose sur une reconnais- Dans le même esprit, un site internet de partage d’héber-
sance d’un flux musical écouté, que ce soit sur la version gement a vu le jour à la fin des années 90. Veit Kühne, un
flash du site last.fm ou dans le logiciel client installé chez internaute allemand engagé, a vu l’intérêt que pourraient
l’auditeur ou même, et c’est là tout son intérêt, dans le tirer d’Internet des voyageurs répartis à travers le monde.
baladeur numérique ou le lecteur multimédia de son choix. Il s’agissait « de mettre en relation des personnes avides
Chaque morceau écouté pendant suffisamment de temps de rencontres et de découvertes » pour trouver des héber-
est « scrobblé », c’est-à-dire que les informations le concer- gements gratuits et il a fondé le site Hospitality Club. Le
nant (Artiste, Titre, Album, Pochette…) et celles concernant concept de ce site est simple : je planifie un voyage au
l’utilisateur enregistré sur last.fm sont récupérées par le Vietnam. Je vais donc rechercher ceux qui, parmi les uti-
lisateurs inscrits dans ce pays, sont susceptibles de m’ac-
cueillir et je vais leur adresser un message en leur deman-
dant s’ils peuvent m’offrir un toit pour la période
considérée. En retour, lorsque des voyageurs visiteront
ma ville, je leur offrirai le même service. L’idée de récipro-
cité est simple mais encore fallait-il la mettre en œuvre. Le
site est donc formé d’une grande communauté d’utilisa-
teurs enregistrés dans différents pays qui utilisent la mes-
sagerie, le chat, les forums pour échanger et se contacter
lorsqu’ils ont besoin d’être hébergés quelque part dans le
monde.
Outre son intérêt économique manifeste pour les voya-
geurs à petit budget, ce site permet surtout de rencontrer
des personnes de cultures et d’environnements extrême-
ment variés et de partager l’espace de quelques jours des
L Felix Miller, Martin Stiksel et Richard Jones, fondateurs de conversations passionnées et des points de vue sur le
Last.fm. monde.
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Les Cahiers de Centrale Marseille Alumni
Les nouvelles technologies du lien social Thème
Ce concept s’étant développé par le bouche-à-oreille, la Bien entendu, Hospitality Club fait un usage important des
communauté des membres d’Hospitality Club organise
régulièrement des rassemblements dans certaines villes
contenus utilisateurs : profils des membres, groupes,
forum, commentaires sur les autres membres, la com- I
afin qu’accueillants et accueillis se rencontrent et échan- munauté s’enrichit de ses membres chaque jour un peu
gent sur les pays visités. plus et fonctionne finalement bien. Couch Surfing attein-
Pour ses fondateurs, le concept de confiance était fonda- dra 1 million de membres en mars 2009. « Mais ces sites
mental à l’origine. Il s’agit d’accueillir quelqu’un dont on restent très ancrés dans une technologie 1.0. Ils n’ont pas
ignore tout au départ. Pour cela, un système de recomman- franchi de cap majeur » nous rappelle Jean-Louis Pagès.
dations a été mis en place afin de permettre aux membres Des sites comme WAYN ou le récent site brésilien Yowtrip
d’indiquer s’ils font confiance à telle personne, s’ils ont été sont plus avancés sur ce point. WAYN n’offre d’ailleurs
son hôte ou son invité et de laisser un commentaire. Ainsi, pas que l’hospitalité mais également un réseau social de
lors d’une nouvelle demande, un hôte peut aller vérifier le plusieurs millions de membres.
sérieux d’une personne sur le site. Pour Jean-Louis Pagès, « le Web 2.0 marque une véritable
Nous avons également posé la question à Jean-Louis révolution sociétale dans la façon de voyager. Dans un avenir
Pagès, co-auteur avec Jean-Yves Hégron d’un ouvrage sur proche, on peut imaginer qu’il n’y aura plus besoin de prépa-
les nouvelles formes de voyage : Voyager presque gratuit. Il rer autant son voyage en amont pour trouver un hôte. Via les
s’est penché sur les sites comme Hospitality Club ou Couch terminaux portables, le voyageur sera géo-localisable et
Surfing. Selon lui, « ces sites ne sont que la continuité d’une pourra trouver dans un rayon de quelques kilomètres où qu’il
cinquantaine d’autres et ont tous pour but de mettre en rela- se trouve, les hôtes disposant d’une place disponible et les
tion des voyageurs. On peut citer Pasporta Servo qui réunit les prévenir directement ».
Espérantistes du monde entier ou encore WAYN, acronyme de Aujourd’hui, Hospitality Club et autres émules n’ont pas de
« Where are you now ? », qui regroupe quelque 15 millions de but lucratif. Des volontaires animent donc la communauté.
membres et dont un Marseillais, Jérôme Touzé, est à l’ori- Chez Hospitality Club, chacun est responsable d’un aspect
gine ». Cependant, pour Jean-Louis Pagès, le passage du du site en particulier et de ses relations avec l’extérieur. On
papier à l’internet « s’est accompagné d’une perte en ligne peut s’interroger sur la pérennité de sites qui n’offrent
idéologique au cours du temps. Les communautés qui exis- pas de business models pour durer. Couch surfing qui
taient avant l’arrivée de ces sites étaient basées sur des demande une donation pour accéder à certaines fonction-
convictions idéologiques fortes : pacifistes, écologistes et le nalités et être un membre « vérifié » a fait montre d’un
terme de «communauté» prenait vraiment son sens : Cercle modèle économique plus entrepreneurial. Et ceci fonc-
des cyclistes, communauté homosexuelle… Tous avaient des tionne. D’après Jean-Louis Pagès, « ces sites ont encore des
points communs entre eux avant le goût du voyage ». Le site chances d’exister s’ils développent des technologies perfor-
Servas France, par exemple, abrite notamment une com- mantes et novatrices. L’idéologie n’a pas besoin d’être le
munauté de pacifistes. « Aujourd’hui, des gens qui sont atti- ciment de ces communautés. En revanche, pour les sites
rés par un site comme Couch Surfing (CS) recherchent plus dont le but premier n’est pas la recherche de voyages à bas
une solution d’hébergement économique. Et si CS connaît coût mais de permettre aux gens de se retrouver autour d’au-
du succès aujourd’hui, c’est grâce à son côté très corporate tres centres d’intérêt, ces sites-là n’ont pas vocation à dispa-
à l’instar des grandes entreprises américaines » nous raître. L’important est d’avoir de la biodiversité dans un
indique-t-il. réseau conclut-il et on a parfois plus de diversité dans un
réseau d’une centaine de membres que dans un hub de 15
millions. C’est cette biodiversité qui va subsister ».
Finalement, l’expérience Hospitality Club nous montre
qu’après plusieurs années, la communauté continue d’exis-
ter et croît même régulièrement. Ceci pose donc la ques-
tion de la viabilité de communautés qui ne sont pas guidées
par le profit mais par une expérience humaine de partage
et de solidarité. Les contours du web social sont dès lors
bien définis.I

Vianney MEUNIER (02)


Vice-Président Développement
International de l'AI ECM
Project manager à Air Liquide
L Jean-Louis Pages,
co-auteur du livre vianney.meunier@centraliens-marseille.fr
« Voyager presque gratuit ».

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N° 6 - juin-juillet 2009
Les nouvelles technologies du lien social Thème

II II- La fin de l’adolescence du web


et de la petite enfance du mobile
L'avenir de la technologie,
c'est "pas de technologie" !
En 1999-2000, les investissements dans Amazon étaient
Christophe AGNUS jugés comme pure folie. Le fait qu’une société aussi inno-
Fondateur, CEO de Nautilus Medias, vante reste 4 ans sans générer de bénéfice créait l’émoi.
entreprise plurimédia. Mais combien savent qu’une célèbre marque de maga-
sins, Le Printemps, a mis 11 ans pour son ROI2?
Rédacteur en chef du magazine
Nautilus. Ancien fondateur, Président, Il fallait donc y croire contre tout le monde dans les années
CEO de Transfert SA, rédacteur en chef 90. Rafi Haladjian, Patrick Robin et Xavier Niel ont fait de
du magazine Transfert et Transfert.net l’argent dans les services minitel et ce sont ces entrepre-
(Best French Media Web Site Award in neurs qui ont financé le lancement des premières offres
2000 and 2001), ancien rédacteur principal pour le maga- Internet grand public.
zine L'Express, co-fondateur de l'édition en ligne de
L'Express en 1995. AIECM - Comment analysez-vous l’évolution du rapport
des marques à l’Internet ?
AIECM - Pouvez-vous nous décrire votre découverte Je prendrai un exemple significatif qui illustre le boulever-
d’internet, l’époque pourtant récente à laquelle les sement qu’Internet a provoqué dans ce domaine : Nike
sceptiques étaient légion ? investissait dans les années 90 20% de son budget de
promo dans la création et 80% dans la diffusion. Aujour-
Je me souviens très bien des années 1992-94. A cette
d’hui, c’est l’inverse. Ils lancent leur film et laissent les gens
période, j’accédais au réseau en mode shell – en code -
le diffuser par viralité. Ils ont radicalement changé leur
pour faire du goffer, du ftp ; c’était avant Mozaïc. On payait
structure de coûts et testent largement les films.
100 francs l’heure de connexion par crédit de 10 heures !
J’ai encore en tête mon retour des USA en 91 avec un Je l’ai appliqué une fois à mon magazine de mer
modem à 2400 bauds dans mes bagages ! Deux fois plus « Nautilus ». Ce sont les internautes qui ont choisi la cou-
rapide que le minitel. verture entre 5 propositions mises en ligne.
Pensez, pour l’anecdote, que j’ai été l’un des 5 premiers Il n’y a pas une grande marque qui n’utilise aujourd’hui la
abonnés français à Internet grand public, via FranceNet à viralité, les réseaux sociaux. Il n’y a plus de certitude, plus
l’époque. C’était le 12 juin 1994. La photo des cinq premiers de « pape de la communication ». Les labos sont partout !
abonnés est passée récemment dans Paris Match, quand Avant, les communicants mettaient des sommes énormes
ils ont fait un dossier sur les 20 dernières années. dans des campagnes, puis allumaient un cierge en espé-
FranceNet s’est lancée avec un kit à 1440 bauds. Les socié- rant que cela marche. Nous vivons actuellement en flux
tés WorldNet, Oléane et Imaginet se sont lancées au même tendu avec une analyse permanente de la performance.
moment. Second Life est à ce titre un bon labo d’essai pour voir ce
J’ai créé « Transfert », un magazine en ligne qui traitait de qui a du succès avant de généraliser.
l’évolution de la société par le prisme des nouvelles tech- Mais la plupart des entreprises et des marques utilisent
nologies. La page d’accueil du site ne devait pas dépasser mal le potentiel d’Internet. Si vous allez jusqu’au bout de
70Ko. Tous nos contenus étaient « pesés » en regard des la logique web2, vous acceptez les critiques, et donc pas
débits accessibles par les internautes (débit de 56k). forcément celles qui sont positives...
En 1994, Internet était perçu comme un truc de nerds1, Cela demande du courage et de l’implication. C’est la rai-
d’Américains, et la plupart des observateurs disaient « cela son pour laquelle les marques choisissent souvent des
ne viendra jamais chez nous... ». dispositifs qui ne permettent pas une véritable conversa-
En 1995-96, les premières vraies propositions d’e-com- tion et des réponses ouvertes. Certaines au contraire, déci-
merce sont apparues sur Internet. Les gens ont juré pen- dent de le faire et l’assument. Ces dernières sont encore
dant longtemps que jamais ils n’achèteraient sur le net. minoritaires.
En 1995, alors que j’étais reporter pour L’Express, nous En effet, la nature des sociétés commerciales n’est pas de
avions obtenu 30 abonnements Compuserve gratuits pour s’exposer mais de s’imposer !
les journalistes. Nous n’étions arrivés à en distribuer que Un exemple : on a ainsi vu fleurir le concept
12 ! Cela n’intéressait pas grand monde. Le terme d’« Evénement », décliné en « livre événement », « disque
« JAMAIS », je l’entendais en permanence, et dès que quel- événement », « film événement ». Ces lancements sont
qu’un le prononçait, je répondais : « notez bien ce qu’il vient appuyés par des financements très importants. Et tout
de dire » ! obstacle à leurs succès est farouchement combattu. Lors
Concernant Internet, on ne dit pas « jamais » mais plutôt de la sortie du film Germinal de Claude Berry, Gérard
« pas aujourd’hui, mais demain je ne sais pas... ». Lefort, journaliste à Libération, a sorti un papier qui disait
12
Les Cahiers de Centrale Marseille Alumni
Les nouvelles technologies du lien social Thème
en substance « on n’a pas aimé le film ». Claude Berry, très qui me posait à Roissy, une dame voulait savoir si elle
en colère, a menacé de procès.
Un exemple contraire me semble être celui d’Edouard
arriverait à rejoindre Orly en 45 minutes : j’ai consulté
Sytadin, le réseau routier était au vert alors je lui ai dit que
II
Leclerc qui accepte l’échange car il a confiance dans sa dia- oui contrairement au jugement de nos voisins. Avec l’I-
lectique personnelle. Il est très fort car il y arrive. Ce n’est phone, je n’ai pas l’impression d’aller sur le net. L’avenir de
la technologie, c’est « pas de technologie » !
pas la majorité.
Enfin, j’ajouterai que l’anonymat de l’Internet est violent ; AIECM - Le mobile va t-il tout balayer ?
une violence démesurée par rapport à la vie réelle. Les Non. Nous disposons de trois écrans : Télévision,
commentaires écrits dépassent souvent les pensées. C’est, Ordinateur et Mobile. Selon notre position, nous utilisons
je pense, la raison principale qui amène les marques à l’outil le plus pratique. Le plus de l’I-phone et les raisons
modérer largement leurs conversations. 95% des sites de la révolution qu’il préfigure sont la simplicité et la
d’entreprises sont modérés a priori. Le web2 ne devrait pas richesse d’usage. Dit autrement, le style d’usage de l’I-
l’être. phone marque le début d’une nouvelle ère.
AIECM - Parlez-nous de votre vision du futur des servi- Beaucoup essaient de le reproduire. Le Nokia 95, par exem-
ces web. ple, disposait des mêmes fonctionnalités mais rien n’était
intuitif. L’I-phone est moins efficace, moins performant,
Nous vivons actuellement l’adolescence du web et la petite
mais orienté usage ; « il fait tout mal, mais il fait tout, et
enfance du mobile. L’essentiel est à venir. Nous enten-
c’est très simple ! ».
dons d’ailleurs les mêmes arguments contre le mobile
que contre Internet par le passé. Je considère le mobile L’âge adulte des services web et des technologies relatives
comme l’ « ultimate device ». Et en la matière, l’I-phone en (dont les terminaux) sera marqué par la simplicité de l’in-
a révolutionné l’usage. teraction, l’absence de problèmes technologiques à l’inter-
action.
Quand un utilisateur de téléphone va une fois sur Google
mobile, un utilisateur de Smartphone y va trois fois et un Lorsque vous utilisez votre réfrigérateur, votre four à
utilisateur d’I-phone cent fois ! micro-ondes, vous n’avez pas l’impression de faire un acte
technologique.
L’I-phone n’est pas un téléphone. C’est le prolongement de
poche de son environnement virtuel. L’ordinateur de bord du film « 2001, l’Odyssée de l’espace »
parle. Un rêve, porté notamment par Nathan Myhrvold
Je fais tout avec mon I-phone : des photos, mon réveil, mon
quand il dirigeait la recherche de Microsoft, consiste à
agenda, la reconnaissance des musiques que j’aime avec
supprimer le clavier qui est tout sauf naturel. Dans ce type
le petit programme « shazam3 » , la lecture de livres, de
de vision, la technologie disparaît derrière l’usage. Imaginez
journaux, la consultation des vélibs libres, etc. C’est mon
dire « courriel pour telle personne » pour envoyer un mes-
couteau suisse électronique. Le week-end dernier, ma
sage avant de le dicter. L’âge IT adulte sera celui de la flui-
femme me demande de chercher un niveau pour mesurer
dité.I
la pose rectiligne d’un tableau au mur... bien sûr, je sors
mon I-phone et l’utilise comme un niveau au centième de Interview réalisée par Luc BRETONES (96)
degré près avec le programme correspondant. Dans l’avion & Emmanuel NAUDIN (04)

1 - Nerds ou geeks : termes anglosaxons désignant des passionnés de technologies de l’information au sens technique du terme.
2 - ROI, retour sur investissement
3 - Shazam reconnaît les morceaux de musique dont j’enregistre un extrait lorsque je l’entends.

13
N° 6 - juin-juillet 2009
Les nouvelles technologies du lien social Thème

II Notre objectif : fournir à l’utilisateur une


demi-heure de vidéo intéressante par jour

enlever à tout moment). Ce qui compte, c’est l’engage-


Martin ROGARD ment des utilisateurs.
Directeur France de Dailymotion Cette stratégie porte ses fruits puisque près d’un blog
français sur deux dispose du player4 Dailymotion ! Si on
Martin a démarré sa carrière à 19 ans comme directeur
accumule les visiteurs du site www.dailymotion.com et les
créatif de la société Vibes.
vidéos intégrées aux blogs via notre player, nous totalisons
En 2003, il devient le responsable du portail du pôle plus de 900 millions de vidéos vues chaque mois.
Culture et Education du Ministère de la Culture et met en
place les chantiers numériques. AIECM – Quels types de contenus diffusez-vous sur vos
pages thématiques ?
Il prend la direction France de Dailymotion début 2008.
Nous suivons la théorie de destruction créatrice de
Schumpeter5. Nous agrégeons une partie des contenus
AIECM – Le parcours de Martin Rogard non diffusés à la télévision. Savez-vous que 97% de la pro-
Martin fait partie de la génération Y1. Rien dans son appa- duction audio-visuelle professionnelle n’est pas retrans-
rence ne permet de l’identifier comme le patron. Il nous mise ? On peut résumer la télévision à une centaine de
reçoit dans son bureau, dans lequel trône, comme aban- chaînes qui émettent 24h/24. Cette capacité est très insuf-
donnée, une veste de costume prête à l’emploi en cas de fisante pour diffuser l’ensemble des courts métrages, les
rendez-vous impromptu. clips, les productions d’entreprise, de colloques, etc…
Ce talentueux dirigeant, né en 1980, a démarré sa car- Dans ce contexte, nous nous attachons à préserver la légi-
rière à 19 ans comme directeur créatif de la société Vibes2 timité du partenaire en diffusant leurs contenus, les chaî-
et son célèbre jeu persistant massivement multi-joueurs nes de télé des fédérations sportives s’adressent directe-
Mankind. Il y fait ses armes de manager. En 2003, il rejoint ment à leur réseau de licenciés. Nous avons conclu des
le Ministère de la Culture, devenant le responsable du por- partenariats avec la Fédération Française de Voile, ou
tail du pôle Culture et Education. encore la Fédération Française de Basketball. Ces fédéra-
tions diffusent les vidéos de toutes les ligues à l’aide de
Au cabinet du Ministre Renaud Donnedieu de Vabres, il notre technologie de production à bas coût. Nous répon-
travaille sur les sujets concernant la création numérique, dons à une quête de sens : aller directement du producteur
met en place les chantiers numériques, portail Internet de contenu au consommateur, avec si possible, une logique
d’accès aux ressources patrimoniales de la base de don- d’espaces verticaux thématiques pour améliorer la perfor-
nées du Ministère de la Culture et des musées. mance publicitaire.
Il participe également à la mise en place de la loi DADVSI Quand des groupes média non vidéos comme France Inter,
de 2006 sur les droits d’auteur, libérant les fameux DRM3 le groupe Prisma Presse ou encore Télé Loisirs, passent
et permettant l’interopérabilité. sur Dailymotion, nous élargissons notre audience. Une
Il rejoint Dailymotion en juillet 2007, d’abord comme application directe des principes de la loi de Metcalfe6.
Directeur des Contenus. Il est nommé Directeur France le Puis, nous nous efforçons d’attirer les internautes vers
1er janvier 2008. nos autres chaînes thématiques.

AIECM – Quelle est la stratégie actuelle de Dailymotion ? AIECM – Quel est le modèle économique de Dailymotion ?
Nous souhaitons ajouter de la valeur aux contenus que Notre modèle est 100% gratuit pour l’utilisateur. Nous
nous diffusons. Autrement dit, nous passons d’un service finançons nos besoins de développement grâce à la pub,
qui permet de transformer un fichier vidéo en flash, à un placée à côté (pavés classiques), à l’intérieur (pre-roll7,
média qui offre à ses utilisateurs et partenaires des outils
et moyens humains de mise en valeur. Vous remarquerez
que Youtube et Dailymotion ont été créés à 15 jours d’in-
tervalle, suite à la sortie de la dernière technologie de
Flash. Par ailleurs, Youtube appartient à Google. Notre
réponse ne peut donc pas être seulement technique. La
simple recherche parmi des millions de contenus n’est
pas suffisante.
Nous cherchons des partenaires pour nous alimenter en
vidéo et co-construire des mises en page thématiques
(musique, sport, actus…). Dailymotion reste ouvert aux
contributions, mais aussi aux notes, aux commentaires.
Nous mettons en avant les meilleures vidéos en page d’ac-
cueil de chaque thème. Nous fidélisons une forte com-
munauté de partenaires, les motion makers, en leur four-
nissant des outils. Ils mettent leurs contenus en ligne et L De gauche à droite : Emmanuel Naudin (04), Martin
gardent la main en permanence dessus (ils peuvent les Rogard, Luc Bretones (96), Eric Vandewalle (96)
14
Les Cahiers de Centrale Marseille Alumni
Les nouvelles technologies du lien social Thème
instream8) des vidéos que nous diffusons, ou via l’insertion Dailymotion établit également des contrats de diffusion
de logos sur lesquels les internautes peuvent être invités
à cliquer pour visiter le site web associé ou entrer leurs
directement avec les ayant-droits, les éditeurs ou les socié-
tés de production propriétaires des contenus, ou encore la II
coordonnées. Nous valorisons ainsi l’engagement de nos SACEM12, la SACD13 ou la SCAM14.
partenaires auprès des annonceurs.
Grâce à cette organisation, Dailymotion connaît de moins
Nous avons signé 1098 contrats de partenariats en 2008, en moins de procès. Par ailleurs, tous les procès ont
sur lesquels nous partageons les revenus de publicité sur confirmé la qualité d’hébergeur du site Dailymotion, un sta-
la base d’un calcul factuel et précis. tut particulier qui n’impose pas de vérifier la mise en ligne
Notre modèle est pérenne. En effet, 90% de la croissance a priori des contenus mais demande aux hébergeurs de
du marché de la pub des 5 prochaines années aura lieu sur retirer promptement toute œuvre protégée signalée.
Internet. Et au sein de ce marché, la vidéo est de loin le sec-
teur qui connaît la croissance la plus forte. Toutefois, les AIECM – Dailymotion est un acteur de poids du web 2.0.
attentes de nos annonceurs évoluent. Ils n’achètent plus Mais utilisez-vous les technologies propres au réseau
des utilisateurs uniques ou un nombre de pages vues, mondial interactif au sein de Dailymotion ?
mais des engagements. En 2009, nous valoriserons le Nous pratiquons à la fois le Top-Down et le Bottom-Up.
temps d’exposition des internautes, à la minute près, grâce Nous animons la communauté des motion makers, qui par-
à la technologie d’Alenty qui chronomètre la durée d’affi- ticipent à la création de contenus. Nous avons également
chage de la pub sur chaque page vue. Ainsi, les bandeaux déployé un wiki en interne pour établir les spécifications
de bas de page ne sont comptabilisés que lorsque l’inter- des nouvelles fonctionnalités, et donner accès à l’informa-
naute fait défiler sa page jusqu’à l’affichage complet du tion à tous nos collaborateurs en même temps.
bandeau.
Dans le monde 2.0, l’expertise est recentrée sur l’individu,
Nous recevons environ 15 000 vidéos par jour, mais plus
qui s’inscrit dans un graphe social et véhicule l’information
que la quantité, ce que nous visons est de fournir 30 minu-
en l’enrichissant. Le Web 2.0 apporte une dimension sup-
tes de vidéos intéressantes par jour à nos utilisateurs. Cet
plémentaire aux contenus que nous publions sur la toile :
élément mesuré grâce à des outils comme ceux de Nielsen
représente un message très porteur pour les annonceurs. la qualification par des acteurs de notre réseau social.
Nous parlons alors de recommandation et de réputation.
AIECM – Quels outils avez-vous mis en place pour Lorsque vous diffusez une vidéo de façon anonyme sur
contrôler les vidéos que vous diffusez ? Dailymotion, vous avez peu de chance d’attirer du monde.
Mais lorsque vous publiez une vidéo dans Facebook, vous
Dailymotion opère sous le régime juridique, maintenant la recommandez à vos amis. On ajoute de la valeur en dis-
reconnu par tous, de la Loi de Confiance dans l’Economie
tribuant un contenu avec un avis à certaines branches de
Numérique (LCEN). Cette loi précise notre responsabilité
son réseau social.
d’hébergeur. Les internautes nous signalent grâce au bou-
ton figurant sous chaque vidéo celles avec un contenu AIECM – Quelles sont les tendances lourdes du Web 2.0 ?
qu’ils considèrent comme illicite ou contraire à nos condi-
tions générales d’utilisation (pornographie, incitation à la J’en vois deux. La première concerne l’UGC15. Nous allons
haine raciale ou violence…). Ces signalements sont traités vers un dialogue entre les contenus professionnels et ama-
par une équipe dédiée 24h/24, 7 j/7, et les contenus mani- teurs, vers l’agrégation et la syndication de contenus.
festement illicites sont retirés de notre plateforme, décou- La seconde tendance concerne le DRM. Tous les appareils
rageant ainsi leurs auteurs de renouveler l’expérience. fonctionneront bientôt en IP16. Les internautes consomme-
La question des droits d’auteurs est plus délicate. Les ront l’Internet à la demande, via leur téléphone mobile ou
internautes ne déclarent pas les contenus soumis aux via la télévision connectée en WiFi au réseau mondial.
droits d’auteurs car le partage fait partie de leur culture et Nous devrions assister à l’explosion du streaming. Nokia,
ne les choque pas. Cependant, nous avons décidé de met- qui anticipe largement ce mouvement, est d’ailleurs la
tre en place de façon volontaire des technologies efficaces société qui prend le plus d’accréditations au MIDEM17 ! Le
de reconnaissance de contenus. Les équipes Dailymotion DRM, contrôle du passage d’un fichier sur un lecteur, sera
réalisent ainsi un fingerprint9 des contenus mis en ligne par bientôt devenu totalement obsolète. En effet, pourquoi
les internautes et les motion makers, puis les comparent posséder un fichier quand je peux l’écouter ou le voir quand
aux empreintes déposées par les ayant-droits des conte- je veux et gratuitement en streaming sur le Net ? I
nus protégés par des droits d’auteur dans la base
« Signature » de l’INA10 ou dans celle de la société Audible Interview réalisée par David Bourgeois (96),
Magic11. Si la comparaison est positive, Dailymotion empê- Luc Bretones (96), Emmanuel Naudin (04)
che la mise en ligne de la vidéo correspondante. et Eric Vandewalle (96)

1 - Les Anglo-Saxons l’appellent Youth Generation, c’est-à-dire les jeunes 8 - Stream = flux vidéo.
actifs de moins de 30 ans. 9 - Fingerprint = empreinte électronique unique, sous forme de fichier de
2 - Le studio Vibes a été racheté en 2002 par O2OE (Hong Kong), qui assure petite taille.
encore aujourd'hui l'exploitation du jeu. 10 - INA = Institut National de l’Audiovisuel.
3 - DRM = Digital Rights Management, Gestion des Droits d’Auteur en fran- 11 - La société Audible Magic propose des outils de marquage des bandes
çais. son.
4 - Player = lecteur intégré aux pages du blog ou du site Web. 12 - SACEM = Société des Auteurs, Compositeurs et Editeurs de Musique.
5 - Economiste austro-hongrois de la fin du XIXe siècle qui liait la disparition 13 - SACD = Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques.
de sociétés anciennes avec l’arrivée de nouveaux acteurs innovants et 14 - SCAM = Société Civile des Auteurs Multimedia.
plus performants.
15 - UGC = User Generated Content ou le contenu généré par les utilisateurs
6 - La loi dit que plus il y a d'utilisateurs dans un réseau, plus ce réseau d’un site.
aura de la valeur.
16 - IP = Internet Protocol.
7 - Pre-roll = message de 10 à 20 secondes avant la vidéo.
17 - MIDEM = Marché International du Disque et de l’Edition Musicale.
15
N° 6 - juin-juillet 2009
Les nouvelles technologies du lien social Thème

II
Rich-media et web-TV se généralisent

Leur activité d’édition est focalisée sur une plateforme


Jean-Louis BÉNARD (ECP 94) web-TV de gestion de contenus vidéos. Ils ont à la fois une
approche dite « top-down » de publication de contenus,
Président-Fondateur de Brainsonic
comme la TV du RC Lens ; mais aussi une approche « bot-
Jean-Louis Bénard est un entrepreneur- tom-up » de partage de contenus vidéo, slides, photos.
né. Dès sa sortie de Centrale Paris, sa Ainsi, Brainsonic aide l’un des leaders de la grande distri-
passion pour les services Internet l’a- bution dans la construction de ses rayons par le partage de
mène à fonder une société de service photos entre chefs de rayon mais également un construc-
nommée FRA, avec deux camarades. A
teur automobile sur des projets de force de vente par le par-
cette époque, l’Internet était essentiellement résumé à du
texte et l’apparition de l’image était marquante. Comme tage de connaissance. Un autre exemple, ce sont les com-
le dit Jean-Louis Bénard : « j’ai démarré tôt, trop tôt mentaires partagés entre cinéphiles sur la plateforme
d’une certaine manière ». Finalement, il considère que UGC ou encore la webtv du Téléthon.
c’est cette arrivée de l’image qui a accéléré le succès AI ECM : Quelle est votre vision du web 2.0 et de son mar-
d’Internet. En revanche, le manque de formation business ché ?
à Centrale Paris lui fait rencontrer quelques difficultés sur
le démarrage. Entre 1997 et 2000, FRA connaît une crois- JLB : Le web 2.0 est constitué d’un aspect technologique,
sance importante, passant de 4 personnes à 100 per- les interfaces riches, et d’un aspect social de partage.
sonnes. Il revend sa société à Business interactif (dé- Néanmoins, j’aperçois plus de consommateurs de conte-
sormais intégrée au groupe Publicis) en 2001, dont il nus que de vrai partage de publications originales. Cela
devient le CTO (Directeur Technique).
s’explique facilement par le coût de la production vidéo.
On a fait croire aux gens que c’était gratuit et simple, et
En 2003, la passion de l’entreprenariat le rattrape,
on les a habitués à cette idée. Ce faisant, on a tué la pos-
Internet se transforme toujours plus vite avec l’appari-
sibilité d’offres payantes pour encore quelques années.
tion de la vidéo et des contenus, il crée Brainsonic,
La gratuité actuelle est assurée par les liquidités offertes
convaincu de la convergence image-vidéo.
par les fonds d’investissement. Pour combien de temps
encore ? You Tube n’est pas encore rentable !
AI ECM : Présentez-nous Brainsonic, son business
La crise économique actuelle montre que la réalité éco-
model et ses activités.
nomique de ce marché n’est pas toujours proche des pro-
Brainsonic emploie actuellement 80 personnes à Paris et pos de certains « influenceurs » et remet en cause cer-
une cinquantaine de sous-traitants en Europe, en Algérie, taines promesses du web 2.0. Ce n’est peut-être pas l’El-
et en Tunisie. dorado que l’on espérait ! Il faut savoir que le marché de
En 2003, malgré la forte vague du marché B2C de la vidéo la vidéo sur Internet est de l’ordre de 70 millions d’euros.
en ligne, le business model restait difficile à appréhender. Bref un marché en forte croissance, mais encore petit.
En effet, c’est un modèle risqué et l’idée de perdre de l’ar-
gent ne plaît pas du tout à Jean-Louis Bénard. Depuis AI ECM : Comment Brainsonic se différencie de ses
l’origine Brainsonic s’oriente donc vers les marchés B2B concurrents ?
/ B2B2C. JLB : Notre capacité de production à des coûts profitables
s’explique par de forts investissements dans notre systè-
A ce jour, la société est toujours rentable avec une forte
me d’information et par une organisation très agile et
croissance. En 2008, elle a réalisé des opérations de crois-
très adaptable aux évolutions du marché.
sance externe pour renforcer sa position en achetant
notamment Slideo (plateforme UGC1 2.0), Kalitic (moteur Le nerf de la guerre, c’est le système d’information et le
de recherche vidéo) et OnePoint TV (video marketing). nôtre est en appui de notre métier en fluidifiant les
échanges. Il est composé d’applications de CRM, de pla-
Brainsonic se concentre autour de deux activités : la pro- nification de production, de reporting et monitoring qui
duction de contenus rich-media2 et l’édition de logiciels en nous aident à avoir une approche industrielle tout en
mode SAAS3. Jean-Louis Bénard a finalement appliqué intégrant de nouvelles acquisitions.
une philosophie de production industrialisée à ce domaine,
ce qui lui permet de valoriser les coûts de diffusion et une Chez Brainsonic, la hiérarchie est minimale, le manage-
des raisons de la rentabilité de son entreprise. ment est à plat et nous sommes organisés en mode pro-
jet. C’est finalement une pyramide inversée qui laisse la
Brainsonic produit 700 vidéos par mois, 1000 avec OnePoint place à l’initiative individuelle.I
TV. L’organisation de leur production est très industrielle,
ce qui leur a permis de faire baisser les coûts unitaires. Pour pouvoir approfondir cet entretien sachez que :
Cette capacité unique en Europe de production les amène Jean-Louis Bénard est co-auteur de l’Extrem Programming.
à couvrir, par exemple, les Tech Days de Microsoft. Il est aussi Professeur à Centrale Paris.

Interview réalisée par Luc Bretones (96),


1 - Contenus mêlant de la video et des slides avec une interaction des individus. Emmanuel Naudin (04) et Eric Vandewalle (96)
2 - User Generated Content.
16 3 - Software as a Service.

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Les nouvelles technologies du lien social Thème

Web 2.0, Génération Y et Entreprise 2.0 : II


une révolution des usages
Autant de choses qu’on n’attendait pas, il n’y a pas si long-
Frédéric CAVAZZA temps, de l’usage qu’on pouvait faire d’un ordinateur en
Consultant général et de l’Internet en particulier.
et auteur de :
http://www.fredcavazza.net AIECM : Que peuvent tirer les entreprises comme ensei-
et http://www.entreprise20.fr/ gnement de ces nouveaux comportements, en particu-
lier dans la mise en place d’outils collaboratifs pour ces
nouveaux ou futurs employés ?
AIECM : Frédéric, en quelques mots, pourriez-vous FC : Il faut, je crois, comprendre que ces jeunes de la
nous préciser votre parcours ? génération Y n’ont pas la culture de la « grande informa-
FC : J’exerce depuis douze ans de manière profession- tique », de l’ordinateur et de la technique sous-jacente. Par
nelle dans le monde de l’internet, que ce soit au travers d’a- contre, ils compensent énormément par la pratique.
gences ou maintenant en tant que consultant indépendant Regardez la plate-forme MySpace par exemple : ce n’est
auprès d’entreprises. Mon background est plutôt fonction- pas très ergonomique ni facile à utiliser et, pourtant, les uti-
nel et marketing que technique ; je m’intéresse avant tout lisateurs de la plate-forme ont appris à compenser ces
aux usages que l’on peut faire d’Internet et moins à la défauts pour en faire le meilleur usage.
technologie en tant que telle. En revanche, même si certains maîtrisent ces outils et
ces pratiques, ils ne sont malheureusement pas directe-
AIECM : Pourriez-vous nous dire en quoi se caractérise ment transposables dans le monde de l’entreprise.
le web 2.0 et ce qu’il a apporté ? Aujourd’hui, dans une entreprise, la résistance au change-
FC : Tout d’abord, je suis contre l’idée d’opposer le web et ment n’est pas forcément là où on l’attend. Il n’y a pas -
le web 2.0. Pour moi, il ne s’agit que d’une continuité du comme on pourrait le penser - une différenciation marquée
développement et de la croissance de l’Internet. Il y a plus des comportements en fonction de l’âge. En effet, les sala-
de dix ans que je partage de l’information avec une com- riés les plus anciens ont pour la plupart connu l’arrivée de
munauté de gens sur Internet. A l’époque, il s’agissait de l’ordinateur. Ils ont vécu les difficultés générées par ces
SixDegrees, un outil qui a précédé les LinkedIn et Facebook nouveaux outils dans l’entreprise et dans les faits. Force est
de 1997 à 2001. Il a été vendu par son fondateur en 2000 de constater qu’ils sont plutôt ouverts à leur utilisation.
avec ses plus de 1 million d’utilisateurs pour 125 millions Cette résistance au changement se ressent moins au
de dollars et a disparu avec l'explosion de la bulle Internet. niveau des utilisateurs qu’au niveau des DSI1. Essen-
Les outils étaient peut-être différents mais l’usage était le tiellement parce que la gestion d’un système d’information
même : développer son réseau, échanger, lire et partager d’entreprise est lourde et coûteuse. Et l’attitude qui prime
facilement de l’information en utilisant un simple naviga- aujourd’hui est plutôt celle qui consiste à dire : « J’ai une
teur Internet. messagerie et un système de fichiers partagés qui fonction-
nent, pourquoi en changer ? ».
AIECM : Je suis d’accord avec vous. Encore un peu plus
tôt, quand j’étais étudiant à l’école, nous utilisions en Il faut également tenir compte des organisations et des
effet déjà le réseau universitaire pour échanger de l’in- comportements dans l’entreprise qui ne sont pas homogè-
formation et partager avec une communauté de gens, nes. Par exemple, l’usage des outils collaboratifs n’est
avec des techniques qui paraissent maintenant rudi- pas du tout le même si on s’adresse aux commerciaux ou
mentaires. Mais peut-être peut-on parler d’une accélé- si on demande l’avis du service juridique.
ration récente grâce à l’émergence de nouveaux outils ? L’enjeu est donc de développer et de reconnaître la capa-
FC : En effet, on peut parler d’une accélération avec le cité à trouver et à utiliser l’information plutôt que de pos-
développement d’outils comme les blogs ou Facebook, qui séder de l’information en tant que telle ; mais cela revient
ont rapidement su toucher un large public grâce à leur sim- à faire évoluer la culture, ce qui est bien plus complexe fina-
plicité d’utilisation, qui ont fait passer la publication de lement que faire évoluer le système d’information vers
contenu sur Internet des mains des experts aux mains du des outils collaboratifs ou web 2.0.
grand public. Ils ont également mis l’accent sur le dévelop- Autrement dit, l’entreprise 2.0 ne se résume pas à un
pement de fonctions communautaires. Ce phénomène a été inventaire d’outils web 2.0. Il faut également envisager
largement amplifié lorsque les médias grand public se sérieusement le changement culturel et organisationnel
sont intéressés au sujet et ont relayé la notion de web 2.0. qui va avec. Entreprise 2.0 = Collaborateurs 2.0 = RH 2.0 I

AIECM : Comment voyez-vous cette évolution ?


Pour en savoir plus,
FC : L’évolution est avant tout dans les attentes. Si un
lisez le blog de Frédéric sur l’entreprise 2.0 :
jeune, dit de la génération Y, achète aujourd’hui un ordina-
http://www.entreprise20.fr/
teur, il va vouloir faire du blog, de la messagerie instanta-
née avec ses amis, échanger des photos et des vidéos. Interview réalisée par Michel REIGNIER (96)

1 - Directions des Systèmes d'Information


17
N° 6 - juin-juillet 2009
Les nouvelles technologies du lien social Thème

II
Internet devient la norme

AI ECM - Quel est le business model de PriceMinister ?


Pierre KOSCIUSKO-MORIZET
La mise en vente est gratuite, nous prenons une commis-
Président-Fondateur de PriceMinister sion de l’ordre de 10% à la vente de l’objet. Nous offrons
à nos clients une assurance client qui les assure de ne pas
être floués lors d’une transaction. Une autre source de
revenus est pour nous la publicité qui est possible grâce à
nos 2 millions de visites par jour en France.

Pierre crée sa première société à 21 ans. Avec un père dans Notre métier d’intermédiaire, sans logistique ni entrepôt,
l’administration et une mère professeur, il ne disposait nous permet de limiter nos coûts. La rentabilité est donc
bonne.
pourtant d’aucune empreinte génétique le prédestinant à
cette carrière de bâtisseur d’entreprises à succès. Ce goût
AI ECM - Comment avez-vous découvert l’Internet ?
pour l’entreprenariat lui est venu lors d’un stage effectué
au Vietnam, entre la seconde et la troisième année de son J’ai commencé avec Internet au Vietnam pour rester en
contact avec la famille, puis aux Etats-Unis au moment
cursus HEC.
même de la bulle Internet à la fin des années 90. A l’époque
Après son admission à la majeure HEC entrepreneur en j’ai trouvé aisément et rapidement mon appartement ainsi
1998, une de ses missions d’étudiant fut de créer une que ma voiture sur la toile. A cette période, les USA étaient
entreprise. 6 semaines plus tard, il fonde sa première un vrai laboratoire de la lame de fond qui allait s’abattre sur
boîte… pour de vrai ! La société s’appelle Visualis, elle dis- le monde entier.
tribue des boîtiers de comptage de clients dans les maga- Ce que fait Internet, c’est de mettre les gens en relation.
sins et les centres commerciaux pour estimer le nombre Yahoo ! à ses débuts était centré sur cet objectif d’aider les
de caisses à implanter. Un problème d’approvisionnement gens à trouver ce qu’ils cherchaient sur la toile. Les sites
le contraindra à fermer cette jeune société au bout de 9 d’achat/vente, de rencontres, de réseaux sociaux… sont
mois. tous au service de la mise en relation. C’est la beauté
Qu’importe, ce jeune créateur s’expatrie aux Etats-Unis. Il d’Internet.
travaille une année durant au développement de l’activité Mais attention, je ne suis pas un geek, un fou de l’Internet.
Internet d’une banque américaine spécialisée dans le cré- La preuve, j’ai utilisé le même Palm Pilot entre 2000 et
dit à la consommation. 2007 ! Je lis mes emails sur mon téléphone seulement
Il revient en France en 2000, pour y créer PriceMinister, depuis peu !
s’inspirant d’un site américain, half.com. Pourquoi en
AI ECM - Que pensez-vous des sites de réseaux sociaux ?
France ? Pour des raisons culturelles, tout simplement ! Et
Que vous apportent-ils sur le plan professionnel ?
pourtant, trouver des investisseurs pour monter un projet
dans l’Internet ne fut pas chose facile. Les fonds français Les réseaux sociaux mélangent vie professionnelle et vie
personnelle. Le problème avec ces sites, c’est qu’une fois
ne croyaient pas du tout aux sociétés Internet à l’époque.
inscrit, vous ne maîtrisez plus votre image. Je n’ai pas
AI ECM - Parlez-nous de PriceMinister, ses chiffres, sa très envie que mes photos personnelles se retrouvent sur
Internet. Je préfère de loin les réseaux sociaux réels aux
stratégie.
réseaux sociaux virtuels !
PriceMinister emploie actuellement 200 personnes, dont
70 ingénieurs. C’est un savant mélange entre geeks et Je suis totalement absent de Facebook et de Viadeo.
non geeks. Nos collaborateurs sont orientés tantôt utilisa- LinkedIn ne m’apporte guère que des contacts de gens
qui veulent me vendre des produits. MySpace est un peu dif-
teurs, tantôt marques, ou encore business et parfois
férent. C’est un réseau à part, qui regroupe pas mal d’in-
techno. Cette diversité donne un site convivial et équilibré.
terprètes et de compositeurs. Il se trouve que j’ai une vraie
Le groupe PriceMinister, c’est également 3 autres sites, passion pour la musique et MySpace est très ancré dans ce
rachetés en 2007 : domaine.
• A Vendre / A Louer
AI ECM - Comment imaginez-vous le web de demain ?
• Planetanoo.com La France compte plus de la moitié de ses foyers connec-
• Voyager moins cher tés depuis 2008. La bascule vient d’être franchie.
Aujourd’hui ne pas être connecté est minoritaire! Internet
• Et aussi un site automobile : PriceMinister Auto
devient donc un média de masse avec une caractéristique
PriceMinister se développe rapidement. Nous sommes nouvelle : c’est la permanence. On peut se connecter quand
aujourd’hui le deuxième site de e-commerce en France on le souhaite. La machine est en route et n’est pas près
derrière eBay. Nous serons premier en 2010 ! de s’arrêter. Si l’on suit les principes de la loi de Metcalfe1,

18
Les Cahiers de Centrale Marseille Alumni
Les nouvelles technologies du lien social Thème
l’expansion devrait continuer en s’accélérant. Le marché acheteurs/vendeurs. Le succès de PriceMinister réside
Internet, hier marginal, attire de plus en plus d’acteurs du
commerce traditionnel, drainant toujours plus d’acheteurs
dans l’achat-vente à un tiers de confiance. L’acheteur a la
garantie d’acheter un bon produit et le vendeur est sûr d’ê-
II
vers le e-commerce. Petit à petit, Internet devient la norme. tre payé.
D’un autre côté, on tend à être connecté partout et tout le
AI ECM - Vous êtes également co-président fondateur
temps. En Wifi, en 3G, au bureau et même en vacances. Les
de l’ASIC3. Parlez-nous de cette association
sites web 2.0 vont grossir plus vite que les autres grâce à
l’effet de réseau2. L’ASIC regroupe les acteurs du web 2.0 et vise à promou-
voir le "nouvel" Internet par du lobbying auprès des poli-
PriceMinister grossit plus vite que les autres grâce à son
tiques. Elle a été lancée en décembre 2007 par AOL,
système de recommandation des produits ainsi que des
Dailymotion, Google, PriceMinister et Yahoo ! MySpace,
Facebook, Microsoft, SkyRock et Wikipedia ont rejoint le
mouvement. D’autres suivront bientôt. Nous nous considé-
rons comme un lobby du Web 2.0 dans le sens où nous
intervenons publiquement et auprès des parlementaires
lorsque certaines lois nous semblent ne pas aller dans le
bon sens de notre point de vue.
Notre premier dossier fut la loi visant à taxer les services
Internet. Nous avons réussi à bloquer le projet de loi visant
à taxer la publicité sur Internet. En effet, une telle taxe
aurait simplement convaincu ce business à se délocaliser
au Luxembourg. Heureusement, nous avons réussi à
démontrer que cette loi aurait été une erreur.I

Interview réalisée par David Bourgeois (96),


L De gauche à droite : David Bourgeois, Emmanuel Luc Bretones (96), Emmanuel Naudin (04)
Naudin, Pierre Kosciusko-Morizet, Eric Vandewalle. et Eric Vandewalle (96)

1 - La loi dit que plus il y a d'utilisateurs dans un réseau, plus ce réseau aura de la valeur.
2 - Les sites web 2.0 se distinguent des sites traditionnels par leur dimension sociale. Les utilisateurs connectés peuvent recommander un produit et/ou un tiers
acheteur/vendeur.
3 - Association des Services Internet Communautaires http://www.lasic.fr/

19
N° 6 - juin-juillet 2009
Les nouvelles technologies du lien social Thème

III III- Un monde d'ubiquité


et de connexion permanente

Le Web 2.0, c’est dépassé ! Place à


l’Internet dans les objets communicants
Rafi HALADJIAN
Créateur de FranceNet en 1994,
premier opérateur internet en France,
puis d’Ozone et Violet.
Après avoir créé plus d’une dizaine d’en-
treprises dans le domaine des services
télématiques dès l’époque des premiers
balbutiements du Minitel en 1983, Rafi Haladjian a fondé
en juin 1994, FranceNet, tout premier opérateur Internet
en France. Son intuition d’alors était que l’Internet, réseau
encore confidentiel à l’époque, allait « dans le sens de
l’histoire ». FranceNet devint Fluxus en 2000 et fut cédé
à BT (British Telecom) en 2001. Rafi Haladjian a quitté l’en-
treprise en avril 2003. Quelques semaines plus tard, en
juin de la même année, il crée Ozone et Violet, étape sui-
vante de la grande aventure de la connectivité qu’il pour-
suit depuis vingt ans. Ozone, premier opérateur du
Réseau Pervasif1 déploie notamment à Paris et dans
AIECM – Quel est le business model de Violet ?
d’autres villes d’Europe un réseau basé sur la technolo-
gie sans fil. OzoneParis propose un accès à l’Internet Violet développe 2 business :
sans fil aux particuliers comme aux entreprises. Cet • Une activité de retailer : la fabrication et la vente
accès utilisable de façon fixe comme en situation de d’objets communicants, comme nabaztag:tag,
mobilité permet d’exploiter l’ensemble des ressources de mir:ror3 ou encore dal:dal4. Une activité BtoC per-
l’Internet. Ozone a été vendu à Neuf Cegetel en juin 2007, mettant aux acheteurs de s’ouvrir vers le monde.
afin que Rafi Haladjian puisse se consacrer pleinement au
• Et une activité BtoB vente de services. Nous déve-
développement à l’international de Violet.
loppons des solutions technologiques et d’infras-
tructures pour rendre les produits communicants,
AIECM – Parlez-nous des objets interactifs que vous en partenariat avec des industriels ou des agences
avez créés en relation avec le client final, comme par exemple
L’Internet ne se réduit pas au Web. Il fournit une connexion les machines à café, les sèche-cheveux connectés
à un réseau. Un réseau qui peut servir à plein de choses, via bluetooth ou wifi ou encore d’autres objets, iner-
tes5 ceux-là, connectés via RFID.
un peu à l’image de l’énergie électrique qui a d’abord per-
mis de fournir la lumière, puis d’utiliser le chauffage, le fer Notre business model repose sur notre activité d’opérateur
à repasser, la machine à laver, la télévision ! d’objets communicants, vivant 24h/24, se comportant de
manière spontanée. Les objets n’étant pas dotés de capa-
Je fais du Web depuis 1994, avec Olivier2. L’Internet a beau- cités de calcul comme les ordinateurs, nous facturons à nos
coup évolué depuis ses débuts, le Web 1.0, puis le Web 2.0 clients une redevance selon le nombre d’objets intercon-
qui rend l’utilisateur acteur du Web. La prochaine étape, nectés.
c’est d’amener Internet dans les objets qui nous entourent.
Se passer de l’écran. Car il y a une vie après le PC ! AIECM – Utilisez-vous personnellement et/ou profes-
sionnellement les réseaux sociaux ?
Nous avons créé nabaztag (lapin en arménien, ndlr) dans cet
J’étais accro à Facebook jusque l’an dernier. Puis ça m’a
esprit. Nabaztag est destiné aux personnes qui veulent passé. Je collectionne les contacts sur les réseaux sociaux
interagir sans écran. Simplement à l’aide de la parole et du (Facebook et LinkedIn) mais cela ne m’a rien apporté sur
geste. Donnez un ordre à nabaztag, il l’exécutera ! un plan professionnel !
La prochaine étape sera franchie avec l’aide de la techno- Lorsque je veux communiquer, je m’adresse aux médias
logie RFID. Nous pourrons alors créer des interactions traditionnels. La télévision touche des milliards de gens, les
tangibles avec d’autres objets pour prolonger les actions journaux sont lus par des millions de lecteurs tous les
vers des services Web, comme par exemple ouvrir un livre jours. La notoriété de Violet et de ses objets communicants
s’est faite sans les réseaux sociaux.
pour le faire parler !
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Les Cahiers de Centrale Marseille Alumni
Les nouvelles technologies du lien social Thème
Et je préfère les relations physiques aux discussions virtuel- Nos objets vous permettent une synchronisation perma-
les. Je vais vous conter une anecdote vécue il y a quelque
temps. Dans un bus de l’aéroport de Roissy CDG, j’étais
nente avec votre tribu à l’aide de la parole ou de gestes,
sans interrompre la tâche à laquelle vous êtes affairé.
III
assis à côté d’une personne plongée dans le manuel de
nabaztag. Nous avons engagé la conversation. Cet homme, Vous êtes connecté en permanence sans vous en rendre
qui travaille chez Dreamworks, m’a ouvert les portes de sa compte. Avec nos objets, Internet fait partie de votre vie !
société !
AIECM – Que proposeriez-vous si vous étiez invité à des
AIECM – Comment les objets créés par Violet interagis-
assises NTIC ?
sent-ils avec les réseaux sociaux ?
En mettant à jour votre profil sur Facebook ou Twitter, Je suggérerais de travailler sur l’utilisation d’Internet au
vous produisez en temps réel des informations peu intéres- travers d’objets car c’est une technologie émergente. Le
santes, mais qui font plaisir à ceux qui les reçoivent. Ce que Web 2.0, c’est déjà has-been.I
le Web 2.0 a apporté à nabaztag, c’est le côté « snack
média », le média qui se consomme ! Interview réalisée par David Bourgeois (96)

1 - Néologisme technologique du monde de l'informatique en réseau d'objets, le terme réseau pervasif est une traduction littérale de pervasive network, c’est-à-
dire un réseau pénétrant ou infiltrant (notion de perméabilité).
2 - Olivier Mével, cofondateur de la société Violet avec Rafi Haladjian et co-fondateur en 1995 de l’agence web BaBeL
3 - mir:ror = miroir connecté à Internet pour nous faciliter la vie.
4 - dal:dal = lampe connectée à Internet et qui, par son code couleur, indique différents états.
5 - inertes signifie non alimentés en courant.

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N° 6 - juin-juillet 2009
Les nouvelles technologies du lien social Thème

IV IV- La France dans la course


On n’imaginait pas que nos services permettraient de tels usages !
Internet est une chance pour la France
Les fournisseurs de « tuyaux » ont pour mission de don-
Giuseppe DE MARTINO ner la meilleure qualité de service pour les fournisseurs de
Directeur juridique et réglementaire contenu.
chez Dailymotion, Didier Lombard a dit un jour : « Pourquoi les Cadillac rou-
Président de l'ASIC.
lent-elles sur les autoroutes françaises ? »
Formation de juriste
en propriété intellectuelle. Je pense qu’Internet est une véritable chance pour la
A travaillé à la direction juridique France.
d’AOL France sur la « règle de droit ». Nous sommes au service des intérêts des communautés.
Président de l’AFA1 de 2004 à 2007.
AIECM – Parlez-nous de l’évolution des comportements
D’origine italienne, Giuseppe De Martino reçoit une for- avec le Web 2.0
mation de juriste en propriété intellectuelle à Assas et à
la Sorbonne et débute sa carrière à Rome dans un cabi- Tout d’abord, il y a un changement de comportement de l’in-
net d’avocats sur la chaîne des droits (cinéma). Ensuite, ternaute qui devient actif. L’utilisateur a une liberté d’agir
il va vivre une expérience intellectuelle unique à travers et on constate un éparpillement de l’audience. Comme
Skyrock puis Arte en 1994 en tant que responsable de la Martin4 vous l’a dit, 5 millions de vidéos sont vues sur les
production et de l’édition vidéo et papier dans un premier 10 millions en ligne chez Dailymotion.
temps puis internet en 1995. Et ensuite, on aperçoit une évolution des modes et des
En 1999, Giuseppe De Martino est appelé à la direction tendances, amplifiée par la facilité d’échanger avec des
juridique d’AOL France où il travaille sur la « règle de internautes. Par exemple, sur Dailymotion, nous avons vu
droit ». En effet, la nouvelle génération de médias bous- naître des phénomènes comme la Tektonic, le Booty
cule le carcan de règles définies dans l’univers du cinéma, Shaking ou le concours de la descente de Pastis. On n’ima-
de la radio et de la télévision. Internet n’est pas une zone ginait pas que nos services permettraient de tels usages !
de non-droit mais une zone soumise à de nombreuses Dans ce cas, le Web 2.0 met à disposition des technologies
règles ; la problématique est de savoir choisir la bonne. pour développer la créativité sans notion de création de
Par ailleurs, Giuseppe De Martino est président de l’AFA valeur. Pour certaines, ces évolutions sont de vraies révo-
de 2004 à 2007 et travaille par exemple sur la protection lutions d’usage du service. En politique, Dailymotion est uti-
de l’enfance et des données ; il a mis en place un méca- lisé pour des débats entre partis.
nisme d’« approche graduée » avec l’industrie du cinéma. Enfin, plus qu’un rôle de producteur ou prescripteur, le Web
Suite à la fusion AOL et Time Warner, la stratégie du 2.0 est un agrégateur, il permet de rassembler les niches.
groupe Time Warner Inc. devient opaque et Giuseppe De La multitude des contenus et interactions proposés de
Martino décide de quitter AOL en 2007 pour rejoindre l’offre produit du volume donc le succès. La multitude est
Dailymotion qui a besoin d’un nouveau management ; il la part de rêve et l’offre est la force. On peut facilement
occupe le poste de Directeur juridique et réglementaire. comparer ces offres du Web 2.0 à celle de Canal Satellite
qui fédère de nombreuses niches d’utilisateurs autour
L'Acsel défend les intérêts des marchands, le Geste ceux d’une offre à large choix.
des éditeurs et l'AFA ceux des FAI. Afin de défendre les
intérêts des acteurs pure players2 de l’internet, il crée Pour information, sur Dailymotion, toutes les catégories :
l’ASIC3 en 2007 et la co-préside avec Pierre Kosciusko- les hommes et les femmes, les jeunes et les vieux, … sont
Morizet, PDG de Price Minister. des utilisateurs ; par contre, les producteurs sont en majo-
rité les jeunes hommes.
AIECM – Parlez-nous de la composition et des objectifs AIECM – Quelle est la position de l’ASIC sur la législa-
de l’ASIC tion des services Web 2.0 ?
A l’origine, l’ASIC est composée de Dailymotion, Price Nous faisons face à deux syndromes en France.
Minister et Google. Nous avons été rejoints ensuite par
Yahoo, AOL et nous sommes une quinzaine de membres Premièrement, nous avons le syndrome d’Astérix : on veut
aujourd’hui. eBay devrait nous rejoindre rapidement. imposer nos solutions françaises (locales) comme globa-
les. Contrairement à de nombreux pays, l’état français a la
L’élément déclencheur de cette association fut l’histoire volonté de maîtriser le Web. Par exemple, l’ASIC combat le
Neuf-Cegetel qui a bloqué la diffusion du site Dailymotion. projet de taxation des services Internet et la régulation
Pour cela, nous (Dailymotion) avons mis un message sur des programmes avec le CA. L’ASIC n’existe qu’en France
le site, indiquant d’appeler la hotline de Neuf-Cegetel qui car c’est le seul pays où le besoin de défense des services
sauta rapidement sous le nombre d’appels. Ce fut une Internet s’est fait ressentir !
première publique en Europe.
Deuxièmement, nous avons le syndrome de Poulidor : on
L’ASIC est basée sur le principe de la Net Neutrality qui n’aime pas le succès et on met des bâtons dans les roues
rejoint le principe d’Internet ouvert mis en avant par Google. de ceux qui réussissent. Devant le succès de Price Minister
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Les nouvelles technologies du lien social Thème
et Dailymotion, l’ASIC combat ce syndrome et montre Néanmoins, l’ASIC a d’excellents rapports avec certains
encore une fois l’Internet comme une chance de dévelop-
pement pour la France. Malheureusement, ce n’est pas une
élus, notamment avec Eric Besson, et nous sommes tristes
de son départ du Secrétariat d’Etat au développement
IV
priorité pour le gouvernement. Pas d’aides publiques ni de numérique. L’ASIC a même proposé quelques noms à ce
remerciements mais que des taxations ! On demande à poste, comme Bruno Retaillau, mais de Villiers a refusé.
l’Internet de financer la télévision publique ! Nathalie Kosciusko-Morizet fut choisie par défaut à ce
ministère.
Pour se rendre compte de la différence d’intérêt, nous
voyons les Etats-Unis avec Barack Obama qui diffuse de
AIECM – Qui, en politique, souhaiteriez-vous voir pour le
nombreuses propositions sur Internet, et la France avec
développement du numérique ? Et quelles mesures
Devedjian propose une mesure, celle d’équiper les TGV de
souhaiteriez-vous voir prises ?
WiFi…
Nous verrions bien Thierry Solère (Maire-adjoint UMP de
AIECM – Quelles sont les actions de l’ASIC dans ce Boulogne-Billancourt) qui a une grande maîtrise du sujet
contexte ? des nouvelles technologies. Egalement, Emmanuel Gabla
du CSA.
Nous faisons de la pédagogie, nous expliquons le numé-
rique. L’ASIC est en réactif plus qu’en prospective. Nous poursui-
vons sur la position d’Eric Besson au niveau du gouverne-
L’argument du gouvernement pour justifier sa volonté de
ment et du Président de la République. Le Premier Ministre
contrôle et de taxation est que l’arrêt de la publicité sur la
est très intéressé par ce sujet (ndlr : loi Fillon) mais il n’a
télévision provoque une migration des investisseurs publi-
plus le temps de s’y investir.
citaires vers l’Internet. C’est faux, les investisseurs écono-
misent ! Encore une fois, Internet ne doit pas être vu comme une
vache à lait mais comme une chance, le gouvernement
L’ASIC représente 3 000 salariés, c’est peu à l’échelle de la
doit la saisir ! Aux Etats-Unis, Barack Obama l’a compris
France mais certains chantages sont écoutés. Par exem-
et voit Internet comme un vrai relais de croissance.I
ple, nous avons menacé de déménager à l’étranger. Le
gouvernement a été sensible à l’image que cela renverrait, Interview réalisée par
celle d’un frein au développement. Emmanuel Naudin (04) et Eric Vandewalle (96)

1- Association des Fournisseurs d'Accès Internet.


2- Acteurs de l'internet qui utilisent les infrastructures pour diffuser des contenus et interagir avec les internautes.
3- Association des Services Internet Communautaires
4- Martin Rogard : Directeur France de Dailymotion

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N° 6 - juin-juillet 2009
Les nouvelles technologies du lien social Thème

IV
Le plan France Numérique 2012 :
les élus doivent prendre des initiatives !
Internet est devenu un media à part entière grâce à son
Franck SUPPLISSON audience. La publicité sur Internet a d’ores et déjà dépassé
Père du plan France Numérique 2012 en volume le hors media et la radio. Eric Besson l’a très
Elu au Conseil Régional du Centre. rapidement compris lors de sa prise de fonction. Déjà en
Polytechnicien, énarque 2008, lorsqu’il voulait communiquer, il faisait du « bruit »
et inspecteur des finances. sur Internet.
Des débuts au Ministère des Finances
Ce n’est pas le cas des Maires de nos 36 000 communes,
dirigé par Nicolas Sarkozy, conseiller au
pôle Industrie dans le cabinet de Patrick Devedjian, il dont l’âge moyen atteint 63 ans. Je vous laisse compter le
participe aux négociations de l’OMC sur les télécoms, nombre d’entre eux qui n’ont pas grandi avec cet outil…
l’audiovisuel et l’Internet (Accord Général sur le
Commerce et les Services), rejoint Eric Besson, au secré- AIECM – Que proposerait l’élu régional que vous êtes
tariat d’Etat chargé du développement de l'économie pour améliorer le quotidien des usagers ?
numérique. Le 15 janvier 2009, il suit Eric Besson dans ses Les élus doivent prendre des initiatives !
nouvelles fonctions de Ministre de l'Immigration, de
l'Intégration, de l'Identité nationale et du Développement Le Plan Numérique 2012 propose plus de 150 actions,
solidaire en tant que directeur de cabinet adjoint. allant du déploiement de la fibre optique au soutien des
sociétés innovantes du domaine. La Région doit mettre
AIECM – Vous avez participé au Dividende Numérique. ses moyens en œuvre pour coordonner les démarches
Pouvez-vous nous en détailler les apports ? locales, à l’image de ce qui se fait dans le département des
Historiquement, les fréquences ont été attribuées au fur et Hauts de Seine . La Région doit agir pour généraliser ce
à mesure des besoins. Ainsi, Radio Londres a bénéficié genre d’opération aux autres départements de la région,
d’une fréquence très basse. La télévision analogique, puis dans le but de réduire toujours plus la fracture numé-
les télécoms se sont vu attribuer des fréquences toujours rique.
plus élevées. Malheureusement, les fréquences les plus Les sites Internet des régions doivent également devenir
élevées sont aussi les plus mauvaises en qualité (mauvaise interactifs. Ils devraient intégrer de nouveaux services tels
pénétration des murs). Les télécoms, arrivées en dernier, le covoiturage ou l’achat de titres de transport régionaux,
se sont vu attribuer les fréquences les plus hautes alors le maintien à domicile, l’assistance médicale… Le champ
qu’ils en font un usage très dynamique, voire intensif ! des possibles est immense.
Ainsi, la technologie qui demande le plus de qualité avait
les fréquences les plus mauvaises. Savez-vous que voyages-sncf.com, le premier site de e-
commerce en France, est né d’une initiative publique ? La
Tout est parti d’un constat simple lors de la Conférence Région doit favoriser ce type d’action qui permettra à la
Mondiale des Radiocommunications de Genève en novem-
France de devenir une nation leader dans le domaine du
bre 2007 : l’usage des mobiles augmente de près de 40%
numérique ! Tous les métiers peuvent être traités, de la for-
chaque année. Ils sont très consommateurs de nouvelles
mation professionnelle à la santé.
bandes de fréquences, pour la voix, la data, la 2G, la 3G, la
Télévision Mobile Personnelle... De son côté, l’audiovisuel Je vous livre deux exemples concrets.
analogique par broadcasting va disparaître en 2011. Le Une société des Alpes Maritimes a mis au point un procédé
Dividende Numérique, rétablit une logique d’efficacité en de contact rapide sur les problèmes de santé des person-
réattribuant les basses fréquences, les meilleures, aux
nes âgées. En cas de problème, elles appuient sur un bou-
télécoms.
ton de la commande de la télévision et entrent en contact
La France et la Suède ont été les premiers pays euro- avec une infirmière spécialement formée, à l’aide d’une
péens à adopter ce plan. Logique pour ces deux Etats à l’in- webcam installée sur le poste de télévision. En fonction du
dustrie télécom puissante, Alcatel en France et Ericsson en degré d’urgence de la maladie, l’infirmière oriente la
Suède. patiente vers le service adéquat, le médecin local, l’hôpi-
tal, le SAMU ou les pompiers. Une manière simple et effi-
AIECM – Force est de constater que les élus français ont cace pour répondre à l’engorgement des urgences des
pris beaucoup de retard dans la mise en place de servi- hôpitaux !
ces Internet en faveur de leurs administrés. Quelle en
est la raison d’après vous ? Dans un tout autre domaine, les transports, surtout en
La France est en retard sur la question des usages de région parisienne, sont un souci quotidien. Chaque matin,
l’Internet. Les Français se passionnent pour les infras- l’automobiliste parisien se pose la question s’il doit pren-
tructures. Ils s’intéressent très peu aux services. Souvenez- dre le périphérique ou un autre chemin. On pourrait ima-
vous du succès médiatique du Pont de Millau ! giner un réseau de webcams installées aux points névral-
giques du périphérique, diffusant des images que chacun
Les dirigeants politiques de notre pays n’ont pas mesuré pourrait consulter sur son téléphone portable.I
l’impact d’Internet, qui s’est développé de façon considé-
rable ces dix dernières années. 43% des foyers français Interview réalisée par
étaient connectés en haut débit en 2007 (source Eurostat). David Bourgeois (96) et Eric Vandewalle (96).
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