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1 er janvier 1998

1 janvier 1998 Dans la matinée du jeudi 1er janvier 1998, solennité de la Très Sainte

Dans la matinée du jeudi 1er janvier 1998, solennité de la Très Sainte Mère de Dieu et XXXIe Journée mondiale de la Paix, le Pape Jean-Paul II a présidé une concélébration eucharistique dans la basilique Saint-Pierre. Au cours de la cérémonie, il a prononcé l'homélie suivante :

1. « Quand vint la plénitude du

temps...

» (cf. Gal 4, 4). Ces

paroles de la lettre de saint Paul aux Galates correspondent parfaitement au caractère de la célébration d'aujourd'hui. Nous sommes au début de l'Année nouvelle. Selon le calendrier civil, c'est aujourd'hui le premier jour de l'Année 1998 ; selon le calendrier liturgique, nous célébrons la solennité de la Très Sainte Vierge, Mère de Dieu.

A partir de la tradition chrétienne, s'est diffusé dans le monde l'usage de compter les années depuis la naissance du Christ. En ce jour, la dimension laïque et ecclésiale se rencontrent donc en une fête. Tandis que l'Église célèbre l'Octave du Noël du Seigneur, le monde civil fête le premier jour d'une nouvelle année solaire. Précisément ainsi, d'année en année, se manifeste progressivement cette « plénitude du temps » dont parle l'Apôtre : il s'agit d'une période qui avance au cours des siècles et des millénaires de façon progressive et qui aura son accomplissement définitif à la fin du monde.

2. Nous célébrons l'Octave du Noël du Seigneur. Pendant huit jours nous avons revécu dans la liturgie le grand événement de la

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naissance de Jésus, en suivant le récit qui nous est offert par les Évangiles. Aujourd'hui, saint Luc nous repropose la scène de Noël à Bethléem dans ses traits essentiels. En effet, le récit d'aujourd'hui est plus synthétique que celui qui a été proclamé lors de la nuit de Noël’ Il confirme et, d'une certaine façon, complète le texte de l'Épître aux

Galates. L'Apôtre écrit : « ...

quand

vint la plénitude du temps, Dieu afin de nous conférer l'adoption

envoya son Fils, né d'une femme

, filiale. Et la preuve que vous êtes des fils, c'est que Dieu a envoyé dans nos cœurs l'Esprit de son Fils qui crie : Abba, Père ! Aussi n'es- tu plus esclave mais fils ; fils, et donc héritier de par Dieu » (Gal 4,

...

4-7).

Ce texte merveilleux de saint Paul exprime parfaitement ce que l'on peut définir comme « la théologie du Noël du Seigneur ». C'est une théologie semblable à celle proposée par l'évangéliste Jean qui,

dans le Prologue du quatrième Évangile, écrit : « Et le Verbe s'est fait

chair et il a habité parmi nous

à tous ceux qui l'ont accueilli, il a

... donné pouvoir de devenir enfants de Dieu » (Jn 1, 14.12). Saint Paul exprime la même vérité mais, nous pouvons dire que d'une certaine façon il la complète. Telle est la grande annonce qui retentit dans la liturgie d'aujourd'hui : l'homme devient fils adoptif de Dieu grâce à la naissance de ce même Fils de Dieu. L'homme reçoit cette filiation par l’œuvre de l'Esprit Saint. l'Esprit du Fils., que Dieu a envoyé dans nos cœurs. C'est grâce au don de l'Esprit Saint. que. nous pouvons dire : Abba, Père ! Saint Paul cherche ainsi à expliquer en quoi consiste et comment s'exprime notre filiation adoptive par rapport à Dieu.

3. Aidés par saint Paul et par l'Apôtre Jean dans notre réflexion théologique sur le Noël du Seigneur, nous comprenons mieux pourquoi nous avons l'habitude de compter les années à partir de la naissance du Christ. L'histoire s'articule en siècles et en millénaires « avant » et « après » le Christ, car l'événement de Bethléem représente la mesure fondamentale du temps humain. La naissance de Jésus est le centre du temps. La Nuit Sainte est devenue le point

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de référence essentiel pour les années, les siècles et les millénaires aux cours desquels s'accomplit l'action salvifique de Dieu.

La venue du Christ dans le monde est importante du point de vue de l'histoire de l'homme, mais elle est encore plus importante du point de vue du salut de l'homme. Jésus de Nazareth a accepté de se soumettre à la limitation du temps et il l'a ouvert une fois pour toutes à la perspective de l'éternité. A travers sa vie, et particulièrement à travers sa mort et sa résurrection,.le Christ a révélé sans équivoque que l'homme n'est pas une existence « orientée vers la mort » et destinée à prendre fin en elle. L'homme existe non pas « pour la mort », mais « pour l'immortalité ». Grâce à la liturgie d'aujourd'hui, cette vérité fondamentale sur le destin éternel de l'homme est reproposée au début de chaque Année nouvelle. Ainsi, la valeur et la juste dimension de chaque époque sont mises en lumière, ainsi que celles du temps qui s'écoule de façon inexorable.

4. Dans cette perspective de la valeur et du sens du temps humain, sur laquelle se projette la lumière de la foi, l'Église place le début de la nouvelle Année sous le signe de la prière pour la paix. Alors que je souhaite que toute l'humanité puisse marcher de façon plus décidée et unanime sur les voies de la justice et de la réconciliation, je suis heureux de saluer MM. les Ambassadeurs près le Saint-Siège présents à cette célébration solennelle. J'adresse une pensée cordiale au cher Card. Roger Etchegaray, Président du Conseil pontifical « Justice et Paix », ainsi qu'à tous les collaborateurs de ce dicastère, à qui est confiée la tâche spécifique de témoigner de la préoccupation du Pape et du Siège apostolique face aux différentes situations de conflit et de guerre, ainsi que de la sollicitude constante que l'Église nourrit pour la construction d'un monde plus juste et fraternel’

Dans le Message pour la Journée mondiale de la Paix de cette année, j'ai voulu m'arrêter sur un thème qui m'est particulièrement cher : le lien étroit qui unit. la. promotion de la justice et la construction de la paix. En effet,. comme l'exprime le thème choisi

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pour cette journée. « De la justice de chacun naît la paix pour tous ». En m'adressant aux chefs d'État et à toutes les personnes de bonne volonté, j'ai souligné la façon dont la recherche de la paix ne peut faire abstraction de l'engagement pour l'accomplissement de la justice. Il s'agit d'une responsabilité à laquelle personne ne peut se soustraire. « Justice et paix ne sont pas des concepts abstraits ou des idéaux lointains ; ce sont des valeurs inscrites, comme un patrimoine commun, dans le cœur de chaque personne. Individus, familles, communautés, nations, tous sont appelés à vivre dans la justice et à œuvrer pour la paix. Personne ne peut se dispenser de cette responsabilité » (n. 1). Que la Très Sainte Vierge, que nous invoquons en ce premier jour de l'année sous le titre de « Mère de Dieu », pose son regard plein d'amour sur le monde entier. Grâce à son intercession maternelle que les hommes de tous les continents puissent se sentir davantage frères et ouvrir leur cœur à l'accueil de son Fils Jésus. Le Christ est la paix authentique qui réconcilie l'homme avec l'homme et toute l'humanité avec Dieu.

5. « Que Dieu nous bénisse par la lumière de son visage » (Psaume responsorial). L'histoire du salut est rythmée par la bénédiction de Dieu sur la création, sur. l'humanité,. sur. le. peuple. des croyants. Cette bénédiction est sans cesse reprise et confirmée dans l'accomplissement des événements salvifiques. Dès le Livre de la Genèse nous voyons comment Dieu, à mesure que se succèdent les jours de la création, bénit tout ce qu'il a créé. Il bénit de façon particulière l'homme fait à sa propre image et ressemblance (cf. Gn 1, 1-2, 4).

Aujourd'hui, premier jour de l'année, la liturgie renouvelle d'une certaine façon la bénédiction du Créateur qui marque dès le début l'histoire de l'homme, en reprenant les paroles de Moïse :

« Que Yahvé te bénisse et te garde ! Que Yahvé fasse pour toi rayonner son visage et te fasse grâce ! Que Yahvé te découvre sa face et t'apporte la paix » (Nb 6, 24-26).

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C'est une bénédiction pour l'année qui commence ainsi que pour nous, qui nous apprêtons à vivre une autre période de temps, don précieux de Dieu. L'Église, en s'identifiant presque avec la main providentielle de Dieu le Père, inaugure cette nouvelle Année par une bénédiction spéciale, adressée à chaque personne. Elle nous dit : Que le Seigneur te bénisse et te garde !

Oui, que Dieu comble nos jours de fruits de bien. Qu'il accorde au monde entier de vivre dans la justice et dans la paix !

Amen !

6 janvier 1998

Dans

la

matinée

du

mardi

6

janvier

1998,

solennité

de

l'Épiphanie du Seigneur, le Pape Jean-Paul II a présidé une

concélébration eucharistique solennelle dans la basilique vaticane,

au cours de laquelle il a conféré l'ordination épiscopale à neuf

prêtres.

Au

cours

de

la

l'homélie suivante :

cérémonie,

le

Saint-Père

prononçait

1. » Surge, illuminare Ierusalem, quia venit lumen tuum » (Is 60, 1).

Jérusalem, accueilles la Lumière ! Accueilles Celui qui est la

Lumière : « Dieu, né de Dieu, lumière, né de la lumière

Engendré,

... non pas créé, de même nature que le Père, par lui tout a été fait. Pour nous les hommes, et pour notre salut, il descendit du ciel’ Par l'Esprit Saint, il a pris chair de la Vierge Marie, et s'est fait homme » (Credo). Jérusalem, accueilles cette Lumière !

Cette « lumière luit dans les ténèbres » (Jn 1, 5) et les hommes la voient déjà de loin. Voilà, ils sont partis pour un voyage. En suivant l'étoile, ils vont vers cette Lumière, qui s'est manifestée dans le Christ. Ils marchent, ils cherchent la route, ils la demandent. Ils arrivent à la cour d'Hérode. Ils demandent où est né le roi des Juifs :

« Nous avons vu son astre et sommes venus lui rendre hommage » (Mt 2, 2).

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2. Jérusalem, protège ta Lumière ! Celui qui est né à Bethléem est en danger. Hérode, ayant entendu qu'un roi était né, pense immédiatement à la façon d'éliminer celui qu'il considère comme un concurrent au trône. Mais Jésus est sauvé de cette menace et s'enfuit avec sa famille en Égypte, loin de la main meurtrière du roi. Il reviendra ensuite à Nazareth et, à trente ans, il commencera à enseigner. Alors, tous sauront que la Lumière est venue dans le monde et l'on verra également que « les siens ne l'ont pas accueilli » (Jn 1, 11).

Jérusalem, tu n'a pas défendu la Lumière du monde. Tu as préparé au Christ une mort ignominieuse. Il a été crucifié, puis décroché de la croix et déposé dans la tombe. Après le coucher du soleil, le patibulum crucis est resté sur le Golgotha. Jérusalem, tu n'as pas défendu ta Lumière. « La lumière luit dans les ténèbres, mais les ténèbres ne l'ont pas saisie » (Jn 1, 5). Mais voilà cependant que le troisième jour, le Christ est ressuscité ! Les ténèbres de la mort ne l'ont pas retenu.

Surge, illuminare Ierusalem. Jérusalem, tu nais avec Celui qui est revenu du sépulcre. Accueilles le Roi ressuscité, qui est venu annoncer le Royaume de Dieu et qui l'a fondé sur la terre de façon admirable !

3. Jérusalem, partage ta Lumière ! Partage

avec

tous

les

hommes cette Lumière qui luit dans les ténèbres. Adresse cette invitation à tous ; sois pour toute l'humanité l'étoile qui lui indique la route vers un nouveau millénaire chrétien, comme elle guida autrefois les trois Rois Mages d'Orient vers la cabane de Bethléem. Invite toutes les personnes, afin que « les nations [marchent] à ta lumière et les rois à ta clarté naissante » (Is 60, 3). Partage la lumière ! Cette lumière qui brilla en toi, partage-la avec tous les hommes, avec toutes les nations de la terre.

Très

chers

frères

qui

recevez

aujourd'hui l'ordination

épiscopale, c'est dans cette perspective que je m'adresse à vous :

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soyez des ministres fidèles de la nouvelle évangélisation, qui diffuse la lumière du Christ dans le monde.

Toi, Mgr Mario Francesco Pompedda, qui es au service du Saint-Siège depuis tant d'années, continue à accomplir avec cette compétence qui te caractérise la tâche de Doyen du Tribunal de la Rote romaine, en te consacrant avec un esprit pastoral à l'application de la justice canonique.

Toi, Mgr Marco Dino Brogi, assume avec confiance tes nouveaux devoirs de Nonce apostolique et de Délégué apostolique, respectivement au Soudan et en Somalie et sois le témoin de la sollicitude du Pape envers ces Églises qui, non sans difficultés et angoisses, annoncent le Christ et son Évangile.

C'est à toi, Mgr. Peter. Kwaku Atuahene qu'est confiée la mission d'apporter la lumière du Christ dans le diocèse ghanais de Goaso, dont tu es le premier Évêque.

Toi, Mgr Filippo Strofaldi, tu l'apporteras pour ta part dans le diocèse italien d'Ischia.

Et

toi,

Mgr Wiktor Skworc, tu la diffuseras dans celui

de

Tarnów, en Pologne.

 

L'Église

t'appelle,

Mgr

Franco

Dalla

Valle,

à

diffuser

la

lumière de l'Évangile en tant que premier Évêque de Juína, au Brésil’

Quant à toi, Mgr Angelito R. Lampon, elle t'invite à accomplir ta vocation missionnaire à Jolo, aux Philippines, comme successeur de ton confrère, le regretté Mgr Benjamin de Jésus, sauvagement assassiné, il y a onze mois, près de la cathédrale.

Toi, Mgr Tomislav Koljatic Maroevic, tu collaboreras à la mission pastorale de l'Archevêque de Concepción, au Chili, comme son Auxiliaire.

Et toi, Mgr Francesco Saverio Salerno, en tant que Secrétaire de la Préfecture des Affaires économiques du Saint-Siège, tu

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poursuivras ton travail domaine administratif.

au service du Siège apostolique dans le

Très chers amis, j'embrasse chacun de vous affectueusement, en vous assurant de mon souvenir dans la prière et en vous donnant une bénédiction spéciale ; puisse-t-elle toujours vous accompagner dans votre service ecclésial’

4. Jérusalem, voici venu le jour de ton épiphanie ! Les Rois Mages d'Orient, qui les premiers ont reconnu ta Lumière, t'offrent, à toi, le Rédempteur du monde, leurs dons. Ils les présentent à Toi qui es Dieu, né de Dieu, Lumière, né de la Lumière, vrai Dieu, né du vrai Dieu, engendré et non pas créé, de même nature que le Père ; à Toi par qui tout a été fait ; à Toi qui par l'Esprit Saint as pris chair de la Vierge Marie et t'es fait homme.

C'est précisément Toi que les yeux des Rois Mages ont vu. C'est Toi encore que nos yeux voient aujourd'hui, alors qu'ils fixent le « misterium » de la sainte Épiphanie. « Surge, illuminare Ierusalem, quia venit lumen tuum » (Is 60

1).

Amen ! 11 janvier 1998 Dans la matinée du dimanche 11 janvier 1998, le Pape Jean- Paul II a administré, dans la Chapelle Sixtine, le Sacrement du Baptême à dix-neuf nouveau-nés de quatre pays différents. Au cours de la cérémonie, le Saint-Père prononçait l'homélie suivante :

1. « Tu es mon fils ; moi, aujourd'hui, je t'ai engendré » (Lc 3,

22).

A

travers

ces

paroles,

qui

ont

retenti

dans

la

liturgie

d'aujourd'hui, le Père montre son Fils aux hommes et en révèle la

mission de consacré de Dieu, de Messie.

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A Noël, nous avons contemplé avec émerveillement et une joie profonde l'apparition de la « grâce de Dieu, source de salut pour tous les hommes » (Tt 2, 11), une grâce qui a pris les traits de l'Enfant Jésus, Fils de Dieu, né homme de la Vierge Marie par l’œuvre de l'Esprit Saint. Et nous avons ensuite découvert les premières manifestations du Christ, « lumière véritable qui éclaire tout

homme » (Jn 1, 9), qui a tout d'abord brillé pour les pasteurs au cours de la nuit sainte, puis pour les Rois. Mages,. prémisses. des. peuples appelés à la foi, qui ont suivi la lumière de l'étoile qu'ils avaient

aperçue dans. le. ciel’ et. qui. sont l'Enfant nouveau-né (cf. Mt 2, 2).

..

venus

..

à Bethléem pour adorer

Au Jourdain, en même temps que la manifestation de Jésus, est également offerte la première manifestation de la nature trinitaire de Dieu : Jésus, révélé par le Père comme son Fils bien-aimé, et l'Esprit Saint qui descend et demeure sur lui.

2. Très chers frères et sœurs ! Aujourd'hui j'ai à nouveau la joie d'accueillir plusieurs nouveau-nés, afin de leur administrer le sacrement du Baptême. Cette année, il s'agit de dix petits garçons et de neuf petites filles, originaires d'Italie, du Brésil, du Mexique et de Pologne.

Très chers parents, parrains et marraines, je vous adresse un salut cordial et mes vives félicitations. Vous savez que ce Sacrement, institué par le Christ ressuscité (cf. Mt 28, 18-19) est le premier de l'initiation chrétienne et qu'il constitue comme la porte d'entrée dans la vie de l'Esprit. A travers lui, le baptisé est consacré par le Père dans l'Esprit Saint, à l'image du Christ, Homme nouveau, et il devient membre de l'Église, son Corps mystique.

Le Baptême est appelé « bain de la régénération et de la rénovation en l'Esprit Saint » (Tt 3, 5), naissance de l'eau et de l'Esprit, sans laquelle personne « ne peut entrer dans le Royaume de Dieu » (Jn 3, 5). Il est également appelé illumination, car ceux qui le reçoivent « sont illuminés dans l'esprit » (Saint Justin, Apologia, I 61, 12 : PG 6, 344).

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« Le Baptême. selon saint Grégoire de Nazianze. est le plus

beau et le plus merveilleux des dons de Dieu

Nous l'appelons

... don, car il est donné à ceux qui n'apportent rien ; grâce, car il est également accordé aux coupables ; baptême, car le péché est effacé par l'eau ; onction, car il est sacré et royal (et tels sont ceux qui sont oints) ; illumination, car il s'agit d'une lumière fulgurante ; vêtement, car il couvre notre honte ; bain, car il nous lave ; sceau, car il nous préserve et représente le signe de la Seigneurie de Dieu » (Discours, 40, 3-4 : PG 36, 361C).

...

3. Je pose avec satisfaction mon regard sur ces enfants, auxquels est conféré aujourd'hui le sacrement du Baptême, ici dans la Chapelle Sixtine. Leur appartenance à la communauté chrétienne de différents pays met en lumière l'universalité de l'appel à la foi.

Ils sont, comme le dit encore saint Augustin, « les nouveaux

enfants de l'Église ; grâce du Père, fécondité de la Mère, un bourgeon

pieux, un nouvel essaim, la fleur de notre cœur couronne » (Discours, VIII, 1, 4 : PL 46, 838).

...

ma

joie

et

ma

La célébration d'aujourd'hui nous invite tous à repenser aux engagements pris lors du Baptême, à renouveler notre décision de garder toujours vive la flamme de la foi, pour devenir toujours davantage les fils bien-aimés du Père.

C'est en particulier à vous, chers parents, que je m'adresse :

avec le soutien de la communauté chrétienne et avec l'aide des parrains et des marraines, vous éduquerez vos enfants à la foi et vous les guiderez sur le chemin vers la plénitude de la maturité chrétienne. Que la Sainte Famille de Nazareth vous assiste toujours dans cette Très-Haute mission.

4. Nous adressons notre invocation à l'Esprit Saint, à qui est consacrée cette deuxième année de préparation au Jubilé de l'An 2000. De même qu'il descendit sur Jésus au fleuve Jourdain, il se pose aujourd'hui sur chacun de ces enfants et il les conduit, grâce à sa lumière et à sa force, à revivre les étapes de la vie du Christ.

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Nous confions ces nouveau-nés et leurs proches à Marie, Sanctuaire de l'Esprit Saint. Qu'ils soient capables d'écouter et de suivre la Parole du Seigneur ; nourris du Pain eucharistique, qu'ils sachent aimer Dieu et leur prochain comme le divin Maître nous l'a enseigné et qu'ils deviennent ainsi les héritiers du Royaume des cieux.

22 janvier 1998

La famille, cellule stabilité

de base de la société et garantie de sa

Dans la matinée du jeudi 22 janvier 1998, le Pape Jean-Paul II a présidé une Célébration eucharistique sur le terrain de sport de l'Institut supérieur de Culture physique « Manoel Fajardo » de Santa Clara. Plus de 120,000 fidèles ont participé à la célébration, qui avait pour thème : « Les valeurs chrétiennes de la familles dans la société cubaine ». Après le salut de S.Exc. Mgr Fernando Prego Casal, Évêque de Santa Clara, le Saint-Père a prononcé l'homélie suivante :

1. » Que ces paroles que je te dicte aujourd'hui restent dans ton cœur ! Tu les répéteras à tes fils, tu les leur diras aussi bien assis dans ta maison que marchant sur la route » (Dt 6, 6-7). Nous sommes réunis sur le terrain de sport de l'Institut supérieur de Culture physique « Manoel Fajardo », transformé aujourd'hui en un immense temple à ciel ouvert. Au cours de cette rencontre, nous désirons rendre grâce à Dieu pour le grand don de la famille.

Dès la première page de la Bible, l'auteur sacré nous présente cette institution : « Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa » (Gn 1, 27). Dans ce sens, les personnes humaines, dans leur diversité sexuelle sont, comme Dieu lui-même et par sa volonté, source de vie : « Soyez féconds, multipliez » (Gn 1, 28). La famille est donc appelée à coopérer au plan de Dieu et à son œuvre de création à travers l'alliance d'amour sponsal entre l'homme et la femme ; comme nous le dira saint Paul,

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cette alliance est également le signe de l'union du Christ avec son Église (cf. Ep 5, 32).

2. Chers frères et sœurs : je suis heureux de saluer avec une grande affection Mgr Fernando Prego Casal, Évêque de Santa Clara, Messieurs les Cardinaux et les autres évêques, les prêtres et les diacres, les membres des communautés religieuses ainsi que vous tous, fidèles laïcs. Je désire également adresser un salut respectueux aux représentants des Autorités civiles. Mes paroles s'adressent en particulier aux familles ici présentes, qui désirent proclamer leur ferme intention de réaliser dans leur vie le projet salvifique du Seigneur.

3. L'institution familiale à Cuba est dépositaire du riche patrimoine de vertus qui distingue les familles créoles des temps passés, dont les membres s'engagèrent avec tant de force dans les divers domaines de la vie sociale et forgèrent le pays sans reculer devant les sacrifices et l'adversité. Ces familles, solidement fondées sur les principes chrétiens, ainsi que sur leur sens de solidarité familiale et sur le respect pour la vie, furent d'authentiques communautés d'affection réciproque, de joie et de fête, de confiance et de sécurité, et de réconciliation sereine. Elles se distinguèrent également. comme de nombreux foyers aujourd'hui. par leur unité, le profond respect pour les anciens, le sens profond des responsabilités, le respect sincère de l'autorité paternelle et maternelle, la joie et l'optimisme, dans la pauvreté comme dans la richesse, le désir de lutter pour un monde meilleur et surtout la grande foi et la confiance en Dieu.

Aujourd'hui, les familles de Cuba doivent affronter elles aussi les défis que tant d'autres familles dans le monde supportent actuellement. Nombreux sont les membres de ces familles qui ont lutté et consacré leur vie à la conquête d'une existence meilleure, dans laquelle les droits humains fondamentaux sont garantis : travail, nourriture, santé, éducation, sécurité sociale, participation sociale, liberté d'association et liberté de choisir sa vocation. La famille,

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cellule de base de la société et garantie de sa stabilité, ressent toutefois les crises qui peuvent frapper la société elle-même. C'est ce qui arrive lorsque les époux vivent dans des systèmes économiques ou culturels qui, sous l'apparence trompeuse de la liberté et du progrès, promeuvent ou défendent même une mentalité anti-nataliste, poussant de cette façon les conjoints à recourir à des méthodes de contrôle de la natalité qui ne sont pas conformes à la dignité humaine. On en arrive même à l'avortement, qui est toujours, outre un crime abominable (cf. Gaudium et spes, n. 51), un appauvrissement absurde de la personne et de la société elle-même. Face à cela, l'Église enseigne que Dieu a confié aux hommes la mission de transmettre la vie d'une façon digne de l'homme, fruit de la responsabilité et de l'amour entre les conjoints.

La maternité est parfois présentée comme un pas en arrière ou comme une limitation de la liberté de la femme, déformant ainsi sa véritable nature et sa dignité. Les enfants sont présentés non pas comme ce qu'ils sont. un grand don de Dieu., mais comme quelque chose contre lequel il faut se défendre. La situation sociale présente dans ce pays bien-aimé a également entraîné de nombreuses difficultés quant à la stabilité familiale : les carences matérielles,. lorsque les salaires ne sont pas suffisants ou lorsque le pouvoir d'achat est très limité, les insatisfactions d'ordre idéologique, l'attraction exercée par la société de consommation. Ces difficultés, ajoutées à d'autres mesures relatives à l'emploi ou à d'autres domaines, ont engendré un problème qui dure depuis des années à Cuba : la séparation forcée des familles au sein du pays et l'émigration, qui a déchiré des familles entières, semant la douleur dans une grande partie de la population. Les familles font l'expérience pas toujours acceptée et parfois traumatisante de la séparation des enfants et de la substitution du rôle des parents, en raison des études poursuivies loin de la famille lors de l'adolescence, dans des situations qui ont pour triste conséquence la prolifération de la promiscuité, l'appauvrissement éthique, la vulgarité, les rapports pré-matrimoniaux à un jeune âge, et le recours facile à l'avortement.

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Tout cela laisse des marques profondes et négatives sur la jeunesse, qui est appelée à incarner les valeurs morales authentiques pour la consolidation d'une société meilleure.

4. Le chemin permettant de vaincre ces maux n'est autre que Jésus-Christ, sa doctrine et son exemple d'amour total qui nous sauve. Aucune idéologie ne peut remplacer sa sagesse infinie et son pouvoir. C'est pourquoi il est nécessaire de retrouver les valeurs religieuses dans le domaine familial et social, en promouvant la pratique des vertus qui caractérisent les origines de la Nation cubaine, dans le processus d'édification de son avenir « avec tous et pour le bien de tous », comme le demandait José Martí. La famille, l'école et l'Église doivent former une communauté éducative où les fils de Cuba puissent « croître en humanité ». N'ayez pas peur, ouvrez les familles et les écoles aux valeurs de l'Évangile de Jésus- Christ, qui ne représentent un danger pour aucun projet social.

5. » L'Ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit :.Lève-toi, prends avec toi l'enfant et sa mère. » (Mt 2, 13). La Parole révélée nous montre que Jésus a voulu protéger la famille et la préserver de tout danger. C'est pourquoi l'Église, animée et illuminée par l'Esprit Saint, cherche à défendre et à proposer à ses fils et à tous les hommes de bonne volonté la vérité sur les valeurs fondamentales du mariage chrétien et de la famille. De la même façon, elle proclame comme devoir incontournable la sainteté de ce sacrement et ses exigences morales pour sauvegarder la dignité de chaque personne humaine.

Le mariage, avec son caractère d'union exclusive et permanente, est sacré car il trouve son origine en Dieu. En recevant le sacrement du mariage, les chrétiens participent au dessein créateur de Dieu et reçoivent les grâces dont ils ont besoin pour accomplir leur mission, pour éduquer et former les enfants et répondre à l'appel de la sainteté. Il s'agit d'une union qui diffère de tout autre type d'union humaine, car elle est fondée sur le dévouement et sur l'acceptation réciproque des conjoints en vue de devenir « une seule

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chair » (Gn 2, 24), vivant dans une communauté de vie et d'amour dont la vocation est celle d'être un « sanctuaire de la vie » (cf. Évangelium vitae, n. 59). A travers leur union fidèle et persévérante, les conjoints contribuent au bien de l'institution familiale et démontrent que l'homme et la femme ont la capacité de se donner pour toujours l'un à l'autre, sans que ce don volontaire et éternel ne les prive de leur liberté, car dans le mariage, chaque personnalité doit restée inchangée et développer la grande loi de l'amour : se donner l'un à l'autre pour se consacrer ensemble au devoir que Dieu leur confie. Si la personne humaine est le centre de toute institution sociale, alors la famille, premier lieu de socialisation, doit être une communauté de personnes libres et responsables en qui le mariage se réalise comme un projet d'amour qui tend sans cesse vers la perfection, qui apporte vitalité et dynamisme à la société civile.

6. Dans la vie matrimoniale, le service à la vie ne se limite pas à la conception, mais se prolonge dans l'éducation des nouvelles générations. Les parents, ayant donné la vie à leurs enfants, ont le devoir important de les éduquer, et par conséquent, doivent être reconnus comme les premiers et principaux éducateurs de leurs enfants. Ce devoir éducatif est si important que lorsqu'il vient à manquer, il peut difficilement être remplacé (cf. Gravissimum educationis, n. 3). Il s'agit d'un devoir et d'un droit irremplaçable et inaliénable. Il est vrai que dans le domaine éducatif, l'autorité publique a des droits et des devoirs, car elle doit servir le bien commun ; toutefois, cela ne lui confère pas le droit de se substituer aux parents. C'est pourquoi les parents, sans attendre que d'autres les substituent dans ce qui est leur responsabilité, doivent pouvoir choisir pour leurs enfants la méthode pédagogique, les contenus éthiques et civils et l'inspiration religieuse auxquels ils désirent les former de façon intégrale. N'attendez pas que l'on vous donne tout. Assumez votre mission éducative, en cherchant et en créant les espaces et les moyens adaptés dans la société civile.

Il faut en outre offrir aux familles une maison digne et un foyer uni, de façon à ce qu'elles puissent recevoir et transmettre une

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éducation morale et créer un environnement propice pour cultiver les idéaux élevés et pour vivre la foi.

7. Chers frères et surs, chers époux et parents, chers enfants :

j'ai voulu rappeler certains aspects essentiels du projet de Dieu sur le

mariage et sur la famille pour vous aider à vivre avec générosité et dévouement ce chemin de sainteté auxquels un grand nombre d'entre vous sont appelés. Accueillez avec amour la Parole du Seigneur proclamée au cours de cette Eucharistie. Dans le Psaume responsorial, nous avons écouté : « Heureux tous ceux qui craignent

Yahvé et marchent dans ses voies ! [

...

]

Tes fils : des plants d'olivier

à l'entour de la table [

]

Voilà de quels biens sera béni l'homme qui

... craint Yahvé » (Ps 127, 1.3.4.).

La vocation à la vie matrimoniale et familiale, inspirée par la Parole de Dieu, selon le modèle de la Sainte Famille de Nazareth, est grande. Bien-aimés Cubains : soyez fidèles à la Parole divine et à ce modèle ! Chers maris et épouses, pères et mères, familles du noble

pays de Cuba : conservez dans votre vie ce modèle sublime, aidés par la grâce qui vous a été accordée dans le sacrement du mariage ! Que Dieu, Père, Fils et Esprit Saint, demeure dans vos foyers domestiques ! Ainsi, les familles catholiques de Cuba contribueront de façon décisive à la grande cause divine du salut de l'homme sur cette terre bénie qu'est votre Patrie et votre Nation. Cuba, prends soin de tes familles afin que ton cœur demeure sain !

Que la Virgen de la Caridad del Cobre, Mère de tous les Cubains, Mère de la Famille de Nazareth, intercède pour toutes les familles de Cuba afin que, renouvelées, vivifiées et aidées dans leurs difficultés, elles vivent dans la sérénité et la paix, elles surmontent les problèmes et les difficultés, et que tous leurs membres obtiennent le salut qui vient de Jésus-Christ, Seigneur de l'histoire et de l'humanité ! A lui gloire et puissance pour les siècles des siècles. Amen.

Je désire répéter les paroles de votre poète José Martí : dans le processus de construction de son avenir « avec tous et pour le bien de

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tous », la famille, l'école et l'Église doivent former une communauté éducative où les enfants de Cuba puissent « croître en humanité ».

Au terme de la Célébration eucharistique, le Pape s'est adressé aux pèlerins présents à travers les paroles suivantes :

J'ai eu la joie de célébrer la première Sainte Messe à Cuba, ici, à Santa Clara, au cours de laquelle nous étions placés sous le regard de l'image de la « Virgen de la Caridad ». Nous nous sommes réunis comme une grande famille, l'Église, formée par tant de familles qui sont de petites Églises. Dieu est grand et vous savez qu'il est également vôtre. L'image de cette Assemblée est très belle, et sa beauté s'accroît lorsque l'on voit que le lien qui nous unit est la foi. Apportez mon salut à tous et sachez que dans vos foyers domestiques, outre le souvenir de cette belle célébration, il y a l'affection et l'amour du Pape. Saint Joseph, patron des familles et sainte Claire, qui donne son nom à cette ville, seront contents de vous et intercèderont auprès du Seigneur.

Que Dieu vous bénisse tous.

23 janvier 1998

Dans la matinée du vendredi 23 janvier 1998, le Pape Jean- Paul II a présidé sur la Place « Ignacio Agramonte », à Camag üey, une célébration eucharistique ayant pour thème : « Les jeunes, promoteurs des valeurs humaines à la lumière du message évangélique ». Au début de la Sainte Messe, à laquelle participaient des milliers de jeunes Cubains, l'Évêque de Camagüey, S.Exc. Mgr Adolfo Rodríguez Herrara, a adressé un salut au Saint-Père. Au terme de la célébration, Jean-Paul II a béni les Croix que les jeunes Cubains avaient apportées. Nous publions ci-dessous l'homélie prononcée par le Saint-Père au cours de la cérémonie :

« Ne te laisse pas vaincre par le mal, sois vainqueur du mal par le bien » (Rm 12, 21). Les jeunes Cubains se réunissent aujourd'hui autour du Pape pour célébrer leur foi et écouter la Parole de Dieu, qui est le chemin pour se soustraire aux forces du mal et aux ténèbres et

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se revêtir ainsi des armes de la lumière pour faire le bien. C'est pourquoi je suis heureux de vous rencontrer tous sur cette grande place, où se renouvellera sur l'autel le sacrifice de Jésus-Christ. Ce lieu, qui porte le nom d'Ignacio Agramonte, « El Bayardo », nous rappelle un héros aimé de tous qui, mu par la foi chrétienne, incarna les valeurs qui caractérisent les hommes et les femmes de bonne volonté : la rectitude, l'authenticité, la fidélité, l'amour pour la justice.

Il fut un bon mari et un bon père de famille, un bon ami, un défenseur de la dignité humaine face à l'esclavage.

2. Je désire avant tout saluer avec affection Mgr Adolfo Rodriguez Herrera, pasteur de cette Église diocésaine, son Évêque auxiliaire, Mgr Juan García Rodríguez, ainsi que les autres évêques et prêtres présents, qui à travers leur œuvre pastorale animent et conduisent les. jeunes. Cubains. au. Christ,. le Rédempteur, l'ami qui est toujours présent. La rencontre avec Lui conduit à la conversion et à la joie personnelle qui fait s'exclamer, comme les disciples après la résurrection : « Nous avons vu le Seigneur ! » (Jn 20, 24). Je salue également les représentants des Autorités civiles qui ont voulu assister à cette Sainte Messe et je les remercie pour leur collaboration à cette cérémonie, dont les principaux invités sont les jeunes.

Je m'adresse

de

tout cœur

à vous,

chers jeunes Cubains,

espérance de l'Église et de la patrie, en vous présentant le Christ afin que vous le reconnaissiez et que vous le suiviez en pleine conscience. Il vous donne la vie, vous indique la voie, vous ouvre à la vérité en vous encourageant à marcher ensemble. et. solidairement,. dans. le bonheur et dans la paix, comme membres vivants de son Corps mystique qui est l'Église.

3. « Comment, jeune, garder pur son chemin ? A observer ta parole » (Ps 119, 9). Le Psaume nous apporte la réponse à la question que tout jeune doit se poser pour vivre une vie digne et convenable, propre à sa condition. C'est pourquoi l'unique voie est Jésus. Les dons que vous avez reçus du Seigneur et qui conduisent au dévouement, à l'amour authentique et à la générosité fructifient

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lorsque l'on vit non seulement de ce qui est matériel et temporel, mais « de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Mt 4, 4). C'est pourquoi, chers jeunes, je vous exhorte à être sensibles à l'amour du Christ, dans la conscience de ce qu'Il a fait pour vous et pour toute l'humanité, pour les hommes et les femmes de tout temps. En vous sentant aimés par Lui, vous pourrez aimer véritablement. En faisant l'expérience d'une communion intime de vie avec Lui, qui est accompagnée de la réception de son Corps, de l'écoute de sa Parole, de la joie de son pardon et de sa miséricorde, vous pourrez l'imiter, menant ainsi, comme l'enseigne le Psalmiste, « une vie pure ».

Que signifie mener une vie pure ? Cela veut dire vivre sa vie selon les normes morales de l'Évangile proposées par l'Église. Aujourd'hui, malheureusement, pour beaucoup, il est facile de tomber dans un relativisme moral et dans un manque d'identité, dont souffrent tant de jeunes, victimes de modèles culturels dépourvus de sens ou d'idéologies qui n'offrent aucune norme morale élevée et précise. Ce relativisme moral engendre l'égoïsme, la division, la marginalisation, la discrimination, la peur et la méfiance envers les

autres. De plus, lorsqu'un jeune vit « à sa façon », il idéalise ce qui est étranger, il se laisse séduire par le matérialisme effréné, il perd ses racines et aspire à la fuite. C'est ainsi que le vide produit par ces comportements explique de nombreux maux qui menacent les jeunes : l'alcoolisme, la sexualité mal vécue, la prostitution qui se cache derrière diverses raisons,. et dont les causes ne sont pas toujours uniquement personnelles, les motivations fondées sur le plaisir ou sur des comportements égoïstes, sur l'opportunisme, sur le manque de projet sérieux de vie qui ne laisse aucune place à un mariage stable, ainsi que le refus de toute autorité légitime, le désir de fuir ou d'émigrer, se soustrayant à l'engagement et à la responsabilité pour se réfugier dans un monde faux qui a pour fondements l'aliénation et le déracinement.

Face à cette situation,

le jeune chrétien

qui aspire à mener

« une vie pure », à la foi solide, sait qu'il est appelé et choisi par le Christ pour vivre dans la liberté authentique des fils de Dieu, qui

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comporte de nombreux défis. C'est pourquoi, en accueillant la grâce qu'il reçoit des sacrements, il sait qu'il doit témoigner du Christ à travers son effort constant pour mener une vie droite et fidèle à Lui.

La foi et le comportement moral sont unis. En effet, le don reçu nous conduit à une conversion permanente pour imiter le Christ et recevoir les promesses divines. Les chrétiens, pour respecter les valeurs fondamentales qui caractérisent une vie pure, doivent parfois subir, même de façon héroïque, la marginalisation ou la persécution, car cette option morale est contraire aux comportements du monde. Ce témoignage de la Croix du Christ dans la vie quotidienne constitue également une semence sure et féconde de nouveaux chrétien. Une vie pleinement humaine et engagée aux côtés du Christ a ce prix de générosité et de don.

Chers jeunes, le témoignage chrétien, la « vie digne » aux yeux de Dieu a ce prix. Qui n'est pas prêt à le payer ressentira un vide existentiel et le manque d'un projet digne et assumé de façon responsable avec toutes les conséquences qu'il comporte. L'Église a le devoir d'apporter une formation morale, civile et religieuse qui aide les jeunes Cubains à croître dans les valeurs humaines et chrétiennes, sans peur et en persévérant dans une œuvre d'éducation qui exige le temps, les moyens et les institutions qui sont propres à cette semence de vertu et de spiritualité pour le bien de l'Église et de la nation.

4. « Bon Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? » (Mc 10, 17). Dans l'Évangile que nous venons d'écouter, un jeune homme demande à Jésus ce qu'il doit « faire », et le Maître, plein d'amour, lui répond en lui disant ce qu'il doit « être ». Ce jeune prétend avoir respecté les normes et Jésus lui répond qu'il doit tout abandonné et le suivre. Cela radicalise et rend les valeurs authentiques et permet au jeune de se réaliser comme personne et comme chrétien. La clé de cette réalisation est la fidélité, présentée par saint Paul, dans la première lecture, comme une caractéristique de notre identité chrétienne.

20

Tel est le chemin de la fidélité tracé par saint Paul : « Celui qui

préside,

avec

diligence

[

...

]

Que

l'amour

fraternel

vous

lie

d'affection entre vous [

...

]

avec la joie de l'espérance [

...

]

avides de

donner l'hospitalité

[

...

]

Bénissez

[

...

]

Pleins

d'une

égale

complaisance pour tous, sans vous complaire dans l'orgueil, attirés

plutôt par ce qui est humble, ne vous complaisez pas dans votre

propre sagesse. Sans rendre à personne le mal pour le mal [

...

] ne te

laisse pas vaincre par le mal, sois vainqueur du mal par le bien ».

(Rm. 12, 8-21) ..

Chers jeunes, croyants ou non-croyants, accueillez

l'appel à être vertueux. Cela veut dire que vous devez avoir une force

intérieure, avoir une grandeur d'âme, être riches des sentiments les

meilleurs, courageux dans la vérité, audacieux dans la liberté,

invincibles dans l'espérance. Le bonheur s'obtient à partir du

sacrifice. Ne cherchez pas au dehors ce que vous pouvez trouver en

vous. N'attendez pas des autres ce dont vous êtes capables et que

vous êtes appelés à être et à faire. Ne reportez pas à demain

l'édification d'une société nouvelle, dans laquelle les signes les plus

nobles ne soient pas frustrés et dans laquelle vous puissiez être les

protagonistes de votre histoire.

Rappelez-vous que la personne humaine et le respect pour elle

sont la voie vers un monde nouveau. Le monde et l'homme étouffent

s'ils ne s'ouvrent pas à Jésus-Christ. Ouvrez-lui votre cœur et

commencez ainsi une vie nouvelle qui soit conforme à Dieu et

réponde à vos aspirations légitimes de vérité, de bonté et de beauté.

Que Cuba éduque ses jeunes dans la vertu et dans la liberté, afin que

le pays puisse connaître un avenir de véritable développement

humain intégral dans un climat de paix durable !

Chers jeunes catholiques : tout ceci est un programme de vie

personnelle et sociale fondé sur la charité, sur l'humilité et sur le

sacrifice, qui a comme raison ultime de « servir le Seigneur » ; je

vous souhaite de connaître la joie de pouvoir le réaliser. Les efforts

qui s'accomplissent déjà dans le secteur de la pastorale des jeunes

doivent viser à réaliser ce programme de vie. Pour vous aider, je

vous laisse également un Message écrit, dans l'espoir qu'il parvienne

21

à tous les jeunes Cubains, qui représentent l'avenir de l'Église et de la

patrie. Un avenir qui commence déjà dans le présent et qui sera

heureux s'il est fondé sur le développement intégral de chacun, qui ne

peut être atteint sans le Christ, en marge du Christ, ou pire encore,

contre le Christ. C'est pourquoi, comme je l'ai dit au début de mon

Pontificat et comme j'ai voulu le répéter à mon arrivée à Cuba :

« N'ayez pas peur d'ouvrir votre cœur au Christ ». Je vous laisse avec

une grande affection cette formule et cette exhortation, en vous

demandant de les transmettre, avec courage et ardeur apostolique,

aux autres jeunes Cubains. Que Dieu tout-puissant et la Très Sainte

« Virgen de la Caridad del Cobre » vous aide à répondre

généreusement à cet appel !

Au terme de l'homélie, le Pape a ajouté les paroles suivantes :

Nous allons célébrer maintenant le sacrifice du Christ. Le

Christ sera présent, le même Christ qui fixa un jour son regard sur un

jeune homme et l'aima. C'est ce que chacun et chacune de vous doit

vivre aujourd'hui ; le Christ présent qui vous voit et vous aime. Le

Christ voit, le Christ sait ce qu'il y a en chacun de nous. Il sait qu'il

nous aime. Loué soit Jésus-Christ.

Avant de donner sa Bénédiction, le Pape s'est adressé aux

fidèles présents :

Merci beaucoup pour avoir ouvert les portes de vos maisons. Je

vous porte tous dans mon cœur et je prie chaque jour pour vous.

Merci beaucoup pour être venus ici si nombreux, malgré le soleil

brûlant. On le voit, on le sent, le soleil est là ! C'est le soleil de la vie,

et ainsi il nous rappelle Jésus-Christ, qui donne la véritable vie et qui

la donne en abondance. La célébration d'aujourd'hui a été festive et

joyeuse. Les jeunes ont apporté leur joie, leur dynamisme en

s'approchant de l'autel du Seigneur, à Dieu qui réjouit la jeunesse. En

quittant ce lieu pour rencontrer d'autres frères, reconnaissant pour

l'invitation de rester à Camagüey, je désire vous répéter que le Christ

voit chacun de vous, qu'il vous voit et qu'il vous aime. C'est

22

pourquoi, n'ayez pas peur de lui ouvrir les portes de votre cœur. Que

cela soit le programme de la jeunesse cubaine !

24 janvier 1998

Dans la matinée du samedi 24 janvier 1998, le Pape Jean-Paul

II a célébré sur la Place « Antonio Maceo » de Santiago de Cuba,

une Célébration eucharistique au cours de laquelle la « Virgen de la

Caridad del Cobre », Patronne de Cuba, a été couronnée. La Sainte

Messe, qui avait pour thème : « La présence de la bienheureuse

Vierge Marie dans l'histoire de la nation cubaine », et à laquelle

participaient plus de cinq cent mille fidèles, a été introduite par

S.Exc. Mgr Pedro Claro Meurice Estíu, Archévêque de Santiago de

Cuba. Nous publions cidessous l'homélie prononcée par le Saint-

Père :

1. « Heureux le peuple dont Yahvé est le Dieu » (Ps 33 [32],

12). Avec le Psalmiste, nous avons chanté que la joie accompagne le

peuple dont le Seigneur est Dieu. Il y a plus de cinq cents ans,

lorsque la Croix du Christ arriva sur cette île, apportant avec elle le

message salvifique, commença un processus qui, nourri par la foi

chrétienne, a forgé les traits caractéristiques de cette nation. Parmi

ses hommes illustres figurent le soldat qui fut le premier catéchiste et

missionnaire de Macaca ; le premier Maître cubain que fut le P.

Miguel de Velázquez ; le prêtre Esteban Salas, père de la musique

cubaine ; l'éminent habitant de Bayamo Carlos Manuel de Céspedes,

Père de la Patrie, qui, prostré aux pieds de la « Virgen de la

Caridad », commença sa lutte pour la liberté et l'indépendance de

Cuba ; Antonio de la Caridad Maceo y Grajales, dont la statue

domine la place qui abrite aujourd'hui notre célébration, et dont sa

mère lui demanda devant le crucifix de se consacrer jusqu'au bout à

la liberté de Cuba. A côté d'eux, beaucoup d'autres hommes et

femmes illustres, mus par leur foi inébranlable en Dieu, choisirent la

voie de la liberté et de la justice comme fondement de la dignité de

leur peuple.

23

2. Je suis heureux de me trouver aujourd'hui dans cet

archidiocèse si éminent, qui a compté parmi ses pasteurs saint

Antoine María Claret. J'adresse avant tout un salut cordial à Mgr

Pedro Meurice Estíu, Archévêque de Santiago de Cuba et Primat de

cette nation, ainsi qu'aux autres cardinaux, évêques, prêtres et diacres

engagés dans la diffusion du Royaume de Dieu sur cette terre. Je

salue en outre les personnes consacrées et tous les fidèles ici

présents. Je désire adresser également un salut respectueux au Vice-

président du Conseil d'État et au Ministre, M. Raúl Castro, ainsi

qu'aux représentants des autres Autorités civiles qui ont voulu

participer à cette Sainte Messe, et je les remercie.pour.la coop ération

qu'ils ont apportée à son organisation.

3. Au cours de cette célébration, nous couronnerons l'image de

la « Virgen de la Caridad del Cobre ». De son sanctuaire, non loin

d'ici, la Reine et Mère de tous les Cubains. sans distinction de race,

d'opinion politique ou d'idéologie. guide et soutient, comme par le

passé, les pas de ses fils sur le chemin vers la Patrie céleste et les

encourage à vivre de façon à ce que dans la société règnent toujours

les valeurs morales authentiques, qui constituent le riche patrimoine

spirituel hérité de leurs ancêtres. Comme le fit sa cousine Élisabeth,

nous nous adressons à Elle pour lui dire : « Bienheureuse celle qui a

cru en l'accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du

Seigneur » (Lc 1, 45). Ces paroles renferment le secret du véritable

bonheur des personnes et des peuples : croire et proclamer que le

Seigneur a fait des merveilles pour nous et que sa miséricorde touche

tous ceux qui lui sont fidèles, de génération en génération. Cette

conviction est la force qui anime les hommes et les femmes qui,

même au prix de sacrifices, se dévouent de façon désintéressée au

service des autres.

L'exemple de la disponibilité de Marie nous indique la voie à

parcourir. Avec elle, l'Église accomplit sa vocation et sa mission,

annonçant Jésus-Christ, exhortant à faire ce qu'Il nous dit et

construisant également la fraternité universelle dans laquelle chaque

homme peut invoquer Dieu comme son Père.

24

4. Comme la Vierge Marie, l'Église est la Mère et la Maîtresse

à la suite du Christ, lumière pour ses peuples et dispensatrice de la

miséricorde divine. En tant que communauté de baptisés, elle est

également un lieu de pardon, de paix et de réconciliation ; elle ouvre

ses bras à tous les hommes pour leur annoncer le véritable Dieu. En

servant la foi des hommes et des femmes de ce pays bien-aimé,

l'Église les aide à progresser sur le chemin du bien. Les œuvres

d'évangélisation qui ont lieu dans les divers milieux, comme par

exemple les missions dans les quartiers et villages sans église,

doivent être organisées et promues pour pouvoir se développer. et.

servir non seulement les catholiques, mais tout le peuple cubain, afin

qu'il connaisse Jésus et qu'il l'aime. L'histoire enseigne que sans foi,

la vertu disparaît, les valeurs morales s'obscurcissent, la vérité ne

resplendit pas, la vie perd sa signification transcendantale et même le

service à la nation cesse d'être animé par les motivations les plus

profondes. A ce propos, Antonio Maceo, le grand patriote de la

région orientale, disait : « Celui qui n'aime pas Dieu n'aime pas sa

patrie ».

L'Église appelle chacun à incarner la foi dans sa vie, en tant

que meilleur chemin pour le développement intégral de l'être humain,

créé à l'image et à la ressemblance de Dieu, et pour obtenir la

véritable liberté, qui inclut la reconnaissance des droits humains et la

justice sociale. A cet égard, les laïcs catholiques, en sauvegardant

leur identité pour pouvoir être le « sel et le levain » dans la société

dont ils font partie, ont le devoir et le droit de participer au débat

public en ayant d'égales chances et dans une attitude de dialogue et

de réconciliation. De même, le bien d'une nation doit être promu et

recherché par les citoyens eux-mêmes, à travers des moyens

pacifiques et progressifs. De cette façon, chaque personne, jouissant

de la liberté d'expression, du pouvoir d'initiative et de proposition au

sein de la société civile, et de la juste liberté d'association, pourra

collaborer de façon efficace à la recherche du bien commun.

L'Église, plongée dans la société, ne recherche aucune forme

de pouvoir politique pour accomplir sa mission, mais veut être un

25

germe fécond de bien commun à travers sa présence dans les

structures sociales. Elle vise en premier lieu à la personne humaine et

à la communauté dans laquelle elle vit, sachant que sa première voie

est l'homme concret avec ses besoins et ses aspirations. Tout ce que

l'Église réclame pour elle, elle le met au service de l'homme et de la

société. En effet, le Christ lui a confié le devoir d'apporter son

message à tous les peuples, et pour accomplir sa mission, elle a

besoin d'un espace de liberté et de moyens suffisants. En défendant

sa liberté, l'Église défend celle de chaque personne, des familles, des

diverses organisations sociales, réalités vivantes qui ont droit à un

domaine propre d'autonomie et de souveraineté (cf. Centesimus

annus, n. 45). Dans ce sens, « les chrétiens et les communautés

chrétiennes sont profondément intégrés à la vie de leurs peuples, et

ils sont des signes évangéliques par la fidélité à leur patrie, à leur

peuple, à la culture nationale, tout en gardant la liberté que le Christ

leur a acquise [

...

]

L'Église est appelée à rendre son témoignage au

Christ en prenant des positions courageuses et prophétiques face à la

corruption du pouvoir politique ou économique ; en ne recherchant ni

la gloire ni les biens matériels ; en utilisant ce qu'elle possède pour

servir les plus pauvres, et en imitant la simplicité de la vie du

Christ » (Redemptoris missio, n. 43). Il s'agit d'un enseignement

constant et permanent du Magistère social, de ce que l'on appelle la

Doctrine sociale de l'Église.

5. En rappelant ces aspects de la mission de l'Église, nous

rendons grâce à Dieu, qui nous a appelés à en faire partie. La Vierge

Marie occupe une place particulière dans l'Église. Le couronnement

de la vénérable image de la « Virgen de la Caridad del Cobre » en est

l'expression. L'histoire cubaine est constellée de signes merveilleux

d'amour envers sa Patronne, aux pieds de laquelle les figures des

humbles natifs, deux indios et un mulâtre, symbolisent la riche

pluralité de ce peuple. El Cobre, où se trouve son sanctuaire, fut le

premier lieu de Cuba où les esclaves conquirent leur liberté.

Bien-aimés fidèles, n'oubliez jamais les grands événements liés

à votre Reine et Mère. Avec le baldaquin de l'autel majeur, Céspedes

26

confectionna le drapeau cubain et alla se prosterner aux pieds de la

Vierge avant de commencer sa lutte pour la liberté. Les courageux

soldats cubains, les mabises, portaient sur la poitrine la médaille et la

« mesure » de son image bénie. Le premier acte de Cuba libre eut

lieu en 1898 lorsque les troupes du général Calixto García se

prosternèrent aux pieds de la « Virgen de la Caridad » lors d'une

Messe solennelle pour la « Déclaration mambisa d'indépendance du

peuple cubain ». Les divers pèlerinages que l'image a accomplis dans

les villages de l'île, témoin des aspirations et des espérances, des

joies et des souffrances de tous ses fils, ont toujours été des

manifestations de foi et d'amour.

De ce lieu, je désire envoyer mon salut également aux fils de

Cuba dans le monde et qui vénèrent la « Virgen de la Caridad » ;

avec tous leurs frères qui vivent sur cette belle terre, je les place sous

sa protection maternelle, en lui demandant, à Elle, Mère

bienveillante de tous, de réunir ses fils au moyen de la réconciliation

et de la fraternité.

6. Aujourd'hui, en poursuivant cette glorieuse tradition d'amour

envers la Mère commune, avant de procéder à son couronnement, je

désire m'adresser à Elle et l'invoquer avec vous tous :

Virgen de la Caridad del Cobre Patronne de Cuba !

Que Dieu te garde, Marie, pleine de grâce !

Tu es la Fille bien-aimée du Père,

La Mère du Christ, notre Dieu,

le Temple vivant de l'Esprit Saint.

Tu portes dans ton nom, Virgen de la Caridad,

la mémoire du Dieu qui est Amour,

le souvenir du nouveau commandement de Jésus,

l'évocation de l'Esprit Saint :

27

amour versé dans nos cœurs,

feu de charité envoyé lors de la Pentecôte sur l'Église,

don de la pleine liberté des fils de Dieu.

Tu es bénie entre toutes les femmes

et Jésus, le fruit de tes entrailles, est béni !

Tu es venue visiter notre peuple

et tu as voulu rester parmi nous

comme Mère et Notre-Dame de Cuba,

au cours de son pèlerinage

le long des chemins de l'histoire.

Ton nom et ton image sont gravés

dans l'esprit et dans le cœur de tous les Cubains,

à l'intérieur et à l'extérieur de la patrie,

comme signe d'espérance et centre de communion fraternelle.

Sainte Marie, Mère de Dieu et notre Mère !

Prie pour nous auprès de ton fils Jésus-Christ,

intercède pour nous de ton cœur maternel,

inondé de la charité de l'Esprit.

Approfondis notre foi, ravive l'espérance,

augmente et renforce l'amour en nous.

Soutiens nos familles,

protège les jeunes et les enfants,

réconforte ceux qui souffrent.

Sois la Mère des fidèles et des Pasteurs de l'Église,

28

modèle et étoile de la nouvelle évangélisation.

Mère de la Réconciliation !

Réunis ton peuple dispersé dans le monde.

Fais de la nation cubaine une famille de frères et de sœurs

afin que ce peuple ouvre grand

son esprit, son cœur et sa vie au Christ,

unique Sauveur et Rédempteur

qui vit et règne avec le Père et l'Esprit Saint,

pour les siècles des siècles.

Amen.

Au

terme

de

la

Sainte

Messe,

le

Saint-Père

a

annoncé

l'érection du nouveau diocèse de Guantánamo-Baracoa :

J'ai eu la joie de célébrer avec vous tous la Sainte Messe sur

cette Place dédiée à Antonio Maceo. A travers votre présence ici,

vous avez également apporté un témoignage visible de la

persévérance et de la croissance de l'Église sur cette belle terre, qui

expriment sa riche vitalité. A ce propos, je suis heureux de vous

communiquer que pour faciliter l'action de l'Église à Cuba, j'ai décidé

d'ériger le diocèse de Guantánamo-Baracoa, en nommant comme

premier Évêque Mgr Carlos Jesús Patricio Baladrón Valdés, jusqu'à

présent Évêques auxiliaire de La Havane.

Je désire encourager les prêtres et les fidèles de la nouvelle

circonscription ecclésiastique à s'engager à édifier, comme pierres

vivantes autour de leur Pasteur, cette Église particulière qui naît

aujourd'hui. Cher Monseigneur Baladrón, apprécie à sa juste valeur

la grande importance de la mission qui t'est confiée aujourd'hui et

annonce de toutes tes forces la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ à ses

diocésains, les invitant à l'Eucharistie et aux autres Sacrements, pour

29

croître

ainsi

dans

la

sainteté

et

dans

la

justice en présence du

Seigneur.

 

Avant de donner sa Bénédiction apostolique, le Saint-Père a

adressé les paroles suivantes aux fidèles présents :

Je désire rendre grâce pour cette chaleur, la chaleur du temps,

mais également la chaleur humaine, la chaleur des cœurs. A ce

peuple, à cette Église si chaleureuse, je désire offrir la Bénédiction

finale de la Messe.

25 janvier 1998

Dans la matinée du dimanche 25 janvier 1998, des centaines

de milliers de fidèles provenant de toute l'île ont afflué sur la Place

de la Révolution « José Mart í » de La Havane pour participer à la

Concélébration eucharistique solennelle présidée par Jean-Paul II

sur le thème : « La nouvelle évangélisation et la mission des laïcs

dans l'Église au seuil du troisième millénaire chrétien ». Au début de

la Sainte Messe, S.Em. le Cardinal Jaime Lucas Ortega y Alamino,

Archévêque de San Cristóbal de La Havane, a adressé un hommage

au Saint-Père. Nous publions ci-dessous l'homélie prononcée par le

Saint-Père à cette occasion :

1. « Ce jour est saint pour Yahvé votre Dieu ! Ne soyez pas

tristes, ne pleurez pas ! » (Ne 8, 9). C'est avec une grande joie que je

préside la Sainte Messe sur cette Place « José Martí », en ce

dimanche, jour du Seigneur, qui doit être consacré au repos, à la

prière et à la vie en famille. La Parole de Dieu nous exhorte à croître

dans la foi et à célébrer la présence du Ressuscité parmi nous, car

« nous tous avons été baptisés en

un seul corps

[

...

]

et tous nous

avons été abreuvés d'un seul Esprit » (1 Co 12, 13), le corps

mystique du Christ qu'est l'Église. Jésus-Christ unit tous les baptisés.

C'est de Lui que naît l'amour fraternel entre les catholiques cubains,

et entre ceux qui vivent dans tout autre lieu, car ils sont « le Corps du

Christ et membres chacun pour sa part » (1 Co 12, 27). L'Église qui

30

est à Cuba n'est donc pas seule, ni isolée, mais au contraire fait partie

de l'Église universelle présente dans le monde entier.

  • 2. Je salue avec affection le Cardinal Jaime Ortega, Pasteur de

cet archidiocèse, et je le remercie pour les aimables paroles avec

lesquelles il m'a présenté, au début de cette célébration, les réalités et

les aspirations qui caractérisent la vie de cette communauté

ecclésiale. Je salue également Messieurs les Cardinaux ici présents,

provenant de divers lieux, ainsi que tous mes frères évêques de Cuba

et d'autres pays qui ont voulu participer à cette célébration solennelle.

Je salue cordialement les prêtres, les religieux et les religieuses, ainsi

que les fidèles réunis en si grand nombre. J'assure chacun de vous de

mon affection et de ma proximité dans le Seigneur. Je salue avec

respect le Président, M. Fidel Castro Ruz, qui a voulu participer à

cette Sainte Messe.

Je remercie également de leur présence les Autorités civiles qui

ont voulu être ici aujourd'hui et je leur suis reconnaissant pour la

collaboration qu'elles ont apportée.

  • 3. « L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a consacré

par l'onction, pour annoncer la bonne nouvelle » (Lc 4, 18). Chaque

ministre de Dieu doit faire siennes dans sa vie ces paroles prononcées

par Jésus de Nazareth. C'est pourquoi, me trouvant ici parmi vous, je

veux vous apporter la Bonne Nouvelle de l'espérance en Dieu. En

tant que serviteur de l'Évangile, je vous apporte ce message d'amour

et de solidarité que Jésus-Christ, à travers sa venue, offre aux

hommes de tout temps. Il ne s'agit ni d'une idéologie, ni d'un système

économique ou politique nouveau, mais d'un chemin de paix, de

justice et de véritable liberté.

  • 4. Les systèmes idéologiques et économiques qui se sont

succédé au cours des derniers siècles ont souvent encouragé

l'affrontement comme méthode, car leurs programmes contenaient

les germes de l'opposition et de la désunion. Cela a profondément

conditionné la conception de l'homme et les rapports avec les autres.

Certains de ces systèmes ont prétendu également réduire la religion à

31

la sphère purement individuelle, la dépouillant de toute influence ou

caractère social’ Dans ce sens, il est bon de rappeler qu'un État

moderne ne peut faire de l'athéisme ou de la religion l'un de ses

systèmes politiques. L'État, loin de tout fanatisme ou sécularisme

extrême, doit promouvoir un climat social serein et une législation

adaptée, qui permette à chaque personne et à chaque confession

religieuse de vivre sa foi librement, de l'exprimer dans les domaines

de la vie publique et de pouvoir compter sur les moyens et les

espaces suffisants pour offrir à la vie de la nation ses richesses

spirituelles, morales et civiles.

D'autre part, dans différents lieux se développe une forme de

néolibéralisme capitaliste qui conditionne la personne humaine et

soumet le développement des peuples aux forces aveugles du march

é, dans laquelle les centres de pouvoir exercent un poids

insupportable sur les peuples les plus défavorisés. C'est ainsi que

souvent, des programmes économiques insoutenables sont imposés

aux nations comme conditions pour recevoir de nouvelles aides. On

assiste de cette façon, dans la communauté des nations, à

l'enrichissement excessif d'un petit nombre au prix de

l'appauvrissement croissant d'un grand nombre, de telle sorte que les

plus riches deviennent toujours plus riches et que les plus pauvres

deviennent toujours plus pauvres.

5. Très chers frères : l'Église est maîtresse en humanité. C'est

pourquoi, face à ces systèmes, elle propose la culture de l'amour et

de la vie, en restituant à l'humanité l'espérance et le pouvoir

transformateur de l'amour, vécu dans l'unité voulue par le Christ.

C'est pourquoi il est nécessaire de parcourir un chemin de

réconciliation, de dialogue et d'accueil fraternel du prochain, quel

qu'il soit. L'on peut dire que c'est cela l'Évangile social de l'Église.

En portant à terme sa mission, l'Église propose au monde une

justice nouvelle, la justice du Royaume de Dieu (cf. Mt 6, 33). En

diverses occasions, j'ai fait référence aux thèmes sociaux. Il est

nécessaire de continuer à en parler aussi longtemps qu'il y aura, aussi

32

petites soient-elles, des injustices, dans le monde car dans le cas

contraire, l'Église ne serait pas fidèle à la mission qui lui a été

confiée par Jésus-Christ. L'enjeu en est l'homme, la personne en chair

et en os. Même si les temps et les circonstances changent, il y a

toujours des personnes qui ont besoin de la voix de l'Église pour que

l'on reconnaisse leurs angoisses, leurs douleurs et leurs peines. Ceux

qui se trouvent dans des situations semblables peuvent être sûrs qu'ils

ne seront pas déçus, car l'Église est avec eux et le Pape embrasse

avec le cœur et avec ses paroles d'encouragement tous ceux qui

subissent des injustices.

De longs applaudissements ont interrompu le Saint-Père qui a

ajouté :

Je ne suis pas contre les applaudissements, car lorsque vous

applaudissez, le Pape peut se reposer un peu.

...

puis il poursuivait ...

Les enseignements de Jésus conservent toute leur vigueur au

seuil de l'An 2000. Ils sont valables pour vous tous, mes chers frères.

Dans la recherche de la justice du Royaume, nous ne pouvons pas

nous arrêter face aux difficultés et aux incompréhensions. Si

l'invitation du maître à la justice, au service et à l'amour est accueilli

comme Bonne Nouvelle, alors le cœur s'élargit, les critères se

transforment et la culture de l'amour et de la vie naît. Tel est le grand

changement que la société attend et dont elle a besoin ; il ne pourra

être atteint que si a lieu auparavant la conversion du cœur de chacun,

comme condition aux changements nécessaires des structures de la

société.

6. « L'Esprit du Seigneur [

...

]

m'a envoyé annoncer aux captifs

la délivrance [

...

]

renvoyer en liberté les opprimés » (Lc 4, 18). La

Bonne Nouvelle de Jésus doit être accompagnée par une annonce de

liberté, fondée sur les bases solides de la vérité : « Si vous demeurez

dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples, et vous connaîtrez

la vérité et la vérité vous libérera » (Jn 8, 31-32). La vérité à laquelle

33

se réfère Jésus n'est pas seulement la compréhension intellectuelle de

la réalité, mais plutôt la vérité sur l'homme et sa condition

transcendante, sur ses droits et ses devoirs, sur sa grandeur et ses

limites. C'est la même vérité que celle que Jésus proclama à travers

sa vie, qu'il réaffirma devant Pilate et, à travers son silence, face à

Hérode ; c'est la même vérité qui le conduisit à la croix salvifique et

à la glorieuse résurrection.

La liberté qui n'est pas fondée sur la vérité conditionne

l'homme au point de le rendre parfois objet plutôt que sujet du

contexte social, culturel, économique et politique, le privant presque

totalement d'initiatives quant à son développement personnel’

D'autres fois, cette liberté est de type individualiste et, ne tenant pas

compte de la liberté des autres, renferme l'homme sur son propre

égoïsme. La conquête de la liberté dans la responsabilité représente

un devoir incontournable pour chaque personne. Pour les chrétiens,

la liberté des fils de Dieu n'est pas seulement un don et un devoir ;

son obtention implique également un témoignage inestimable et une

contribution authentique dans le processus de libération de tout le

genre humain. Cette libération ne se limite pas aux aspects sociaux

et politiques, mais atteint sa plénitude dans l'exercice de la liberté de

conscience, base et fondement des autres droits humains.

De la foule s'est élevée alors une invocation :. « Le. Pape. vit.

et veut que nous soyons tous libres ! », En réponse Jean-Paul II a

ajouté :

Oui, il vit avec cette liberté grâce à laquelle le Christ vous a

libérés.

...

le

Saint-Père poursuivait

...

Pour de nombreux systèmes politiques et économiques en

vigueur aujourd'hui, le défi le plus grand continue à être celui de

conjuguer liberté et justice sociale, liberté et solidarité, sans

qu'aucune d'elles ne soit reléguée à un niveau inférieur. Ainsi, la

Doctrine sociale de l'Église constitue un effort de réflexion et une

34

proposition qui tente d'éclairer et de concilier les rapports entre les

droits inaliénables de chaque homme et les exigences sociales, de

façon à ce que la personne réalise ses aspirations les plus profondes

et accède à une pleine réalisation selon sa condition de fils de Dieu et

de citoyen. Par conséquent, les laïcs catholiques doivent contribuer à

cette réalisation à travers l'application des enseignements sociaux de

l'Église dans les divers milieux, ouverts à tous les hommes de bonne

volonté.

7. Dans l'Évangile proclamé aujourd'hui, la justice apparaît

intimement liée à la vérité. C'est ce que l'on observe également dans

la pensée lucide des pères de la patrie. Le Serviteur de Dieu, le Père

Félix Varela, animé par la foi chrétienne et par la fidélité au

ministère sacerdotal, plaça dans le cœur du peuple cubain les

semences de la justice et de la liberté qu'il rêvait de voir fleurir sur la

terre cubaine libre et indépendante.

La doctrine de José Martí sur l'amour entre tous les hommes a

des racines profondément évangéliques, dépassant ainsi le faux

conflit entre la foi en Dieu et l'amour et le service à la patrie. Martí

écrivait : « Pure, désintéressée, persécutée, martyrisée, poétique et

simple, la religion du Nazaréen a séduit tous les hommes honnêtes

[

...

]

Tout peuple a besoin d'être religieux. Il doit l'être non seulement

dans son essence, mais également dans son utilité [

...

]

Un peuple qui

n'est pas religieux est destiné à mourir car rien n'alimente la vertu en

lui. Les injustices humaines la méprisent ; il est nécessaire que la

justice céleste la garantisse ».

Comme vous le savez, Cuba possède une âme chrétienne, et

cela l'a conduit à avoir une vocation universelle. Appelé à vaincre

l'isolement, Cuba doit s'ouvrir au monde et le monde doit se

rapprocher de Cuba, de son peuple et de ses fils, qui en constituent

sans aucun doute la richesse la plus grande. L'heure est arrivée

d'entreprendre de nouveaux chemins que la période de renouveau

que nous vivons exige, à la veille du troisième millénaire de l'ère

chrétienne !

35

8.

Très chers frères : Dieu a comblé ce peuple d'authentiques

formateurs de la conscience nationale, représentants clairs et fermes

de la foi chrétienne, qui représente le soutien le plus adapté de la

vertu et de l'amour. Aujourd'hui, les évêques, avec les prêtres, les

personnes consacrées et les fidèles laïcs, s'efforcent de bâtir des ponts

pour rapprocher les esprits et les cœurs, encourageant et consolidant

la paix, préparant la civilisation de l'amour et de la justice. Je suis

ici parmi vous en tant que messager de la vérité et de l'espérance.

C'est pourquoi je désire répéter mon appel à vous laisser illuminer

par Jésus-Christ, à accepter sans réserve la splendeur de sa vérité,

afin que tous puissent suivre le chemin de l'unité à travers l'amour et

la solidarité, en évitant l'exclusion, l'isolement et l'opposition, qui

sont contraires à la volonté du Dieu-Amour.

Que l'Esprit Saint illumine à travers ses dons ceux qui exercent

diverses responsabilités à l'égard de ce peuple que je porte dans mon

cœur. Que la « Virgen de la Caridad del Cobre », Reine de Cuba,

obtienne pour ses fils les dons de la paix, du progrès et du bonheur.

Ce vent aujourd'hui est très significatif, car il symbolise l'Esprit

Saint. « Spiritus spirat ubi vult, Spiritus vult spirare in Cuba ». Les

dernières paroles sont en langue latine car Cuba appartient également

à la tradition latine. Amérique latine, Cuba latin, langue latine !

« Spiritus spirat ubi vult et vult Cubam ». Au revoir.

02 février 1998

Dans la soirée du lundi 2 février 1998, Fête de la Présentation

du Seigneur au Temple et IIe Journée mondiale de la Vie consacrée,

le Pape Jean-Paul II a présidé une concélébration eucharistique

dans la basilique Saint-Pierre. Au cours de la cérémonie, le Saint-

Père a prononcé l'homélie suivante :

  • 1. Lumen ad revelationem gentium ! « Lumière pour éclairer

les nations » (Lc 2, 32).

Ces paroles retentissent dans le temple de Jérusalem, tandis que

Marie et Joseph, quarante jours après la naissance de Jésus,

36

s'apprêtent à le « présenter au Seigneur » (Lc 2, 22). L'évangéliste

Luc, soulignant le contraste entre l'initiative modeste et humble des

deux parents et la gloire de l'événement, perçu par Syméon et Anne,

semble vouloir suggérer que le temple lui-même attend la venue de

l'Enfant. En effet, dans l'attitude prophétique des deux vieillards, c'est

toute l'Ancienne Alliance qui exprime la joie de la rencontre avec le

Rédempteur.

Tous deux dans l'attente du Messie, tous deux inspirés par

l'Esprit Saint, Syméon et Anne se rendent au temple alors que Marie

et Joseph, en obéissance à la prescription de la Loi, y conduisent

Jésus. A la vue de l'Enfant, ils ont l'intuition que c'est précisément

Lui l'Attendu, et Syméon, presque en extase, proclame :

« Maintenant, Souverain Maître tu peux, selon ta parole, laisser ton

serviteur s'en aller en paix ; car mes yeux ont vu ton salut, que tu as

préparé à la face de tous les peuples, lumière pour éclairer les nations

et gloire de ton peuple Israël » (Lc 2, 29-32).

  • 2. Lumen ad revelationem gentium !

Syméon, l'homme de l'Ancienne Alliance, l'homme du temple

de Jérusalem, exprime à travers ses paroles inspirées la conviction

que cette Lumière est non seulement destinée à Israël, mais

également aux païens et à tous les peuples de la terre. Avec lui, la

« vieillesse » du monde accueille entre ses bras la splendeur de la

« jeunesse » éternelle de Dieu. Cependant, en arrière-plan se profile

déjà l'ombre de la Croix, car les ténèbres refuseront cette Lumière.

En effet, s'adressant à Marie qui introduit dans le temple l'Agneau du

sacrifice, Syméon prophétise : « Vois ! Cet enfant doit amener la

chute et le relèvement d'un grand nombre en Israël ; il doit être un

signe en butte à la contradiction,

..

et toi-même, une épée te

transpercera l'âme. afin que se révèlent les pensées intimes de bien

des cœurs » (Lc 2, 34-35).

  • 3. Lumen ad revelationem gentium !

37

Les paroles du cantique de Syméon retentissent dans de

nombreux temples de la Nouvelle Alliance, où les disciples du Christ

terminent chaque soir la prière liturgique des Heures par la récitation

de Complies. C'est ainsi que l'Église, peuple de la Nouvelle Alliance,

accueille presque la dernière parole de l'Ancienne Alliance et

proclame l'accomplissement de la promesse divine, en annonçant que

la « lumière pour éclairer les nations » s'est diffusée sur toute la terre

et est partout présente dans l'œuvre rédemptrice du Christ.

En même temps que le cantique de Syméon, la liturgie des

Heures nous invite à répéter les dernières paroles prononcées par le

Christ sur la croix : In manus tuas, Domine, commendo spiritum

meum. « Père, en tes mains je remets mon esprit » (cf. Lc 23, 46). Il

nous invite également à contempler avec émerveillement et

reconnaissance l'action salvifique du Christ, « lumière qui éclaire les

nations », à l'égard de l'humanité : Redemisti nos, Domine, Deus

veritatis. « Tu nous as rachetés, Seigneur, Dieu de vérité ».

L'Église annonce ainsi que s'est accomplie la rédemption du

monde, attendue par les prophètes et annoncée par Syméon dans le

temple de Jérusalem.

4. Lumen ad revelationem gentium !

Aujourd'hui, nous aussi, avec les cierges allumés, nous allons à

la rencontre de Celui qui est « la Lumière du monde » et nous

l'accueillons dans son Église avec tout l'élan de notre foi baptismale.

La « rencontre » ultime et définitive avec le Seigneur dans son

Royaume est promise à ceux qui professent sincèrement cette foi.

Dans la tradition polonaise, ainsi que dans celle d'autres nations, ces

cierges bénis ont une signification particulière car, une fois emportés

à la maison, ils sont allumés dans les moments des dangers, au cours

des orages et des cataclysmes, pour manifester que l'on se remet,

ainsi que sa famille et ce que l'on possède, à la protection divine.

Voilà pourquoi, en polonais, ces cierges s'appellent « gromnice »,

c'est-à-dire cierges qui éloignent la foudre et qui protègent contre le

38

mal, et cette fête prend le nom de Chandeleur (littéralement : Sainte

Marie des Cierges [« gromnice »]).

La coutume de placer un cierge, béni ce jour-là, entre les mains

d'un chrétien sur son lit de mort, afin que soient illuminés les derniers

pas de son chemin vers l'éternité, est encore plus éloquente. Par ce

geste, l'on entend affirmer que le mourant, en suivant la lumière de la

foi, attend d'entrer dans les demeures éternelles, où l'on n'a plus

« besoin de lampe ou de soleil pour s'éclairer, car le Seigneur

répandra sur lui sa lumière » (cf. Ap 22, 5).

Le Psaume responsorial qui suit fait allusion à cette entrée ans

le Royaume de la lumière : « Portes, levez vos frontons, / élevez-

vous,.portails antiques, / qu'il entre, le roi de gloire » (Ps 24/23, 7).

Ce sont des paroles qui font directement référence à Jésus-

Christ, qui entre dans le temple de l'Ancienne Alliance, porté dans les

bras de ses parents ; mais par analogie, nous pouvons les appliquer à

chaque croyant qui franchit le seuil de l'éternité, porté dans les bras

de l'Église. Les croyants accompagnent son ultime passage en priant :

« Que resplendisse sur lui la lumière éternelle ! », afin que les anges

et les saints l'accueillent et que le Christ, Rédempteur de l'homme,

l'enveloppe de sa lumière éternelle.

5. Très chers frères et sœurs ! Nous célébrons aujourd'hui la

deuxième Journée de la Vie consacrée, qui entend susciter dans

l'Église une attention renouvelée pour le don de la vie consacrée.

Chers religieux et religieuses, chers membres des Instituts séculiers

et des Sociétés de Vie apostolique, le Seigneur vous a appelés à sa

suite de façon plus intime et particulière ! A notre époque, dominée

par le sécularisme et par le matérialisme, vous représentez à travers

votre don total et définitif au Christ, le signe d'une vie différente de

la logique du monde, car elle est radicalement inspirée par l'Évangile

et projetée vers les réalités futures. Demeurez toujours fidèles à votre

vocation particulière !

39

Je voudrais aujourd'hui vous renouveler l'expression de mon

affection et de mon estime. Je salue tout d'abord le Cardinal Edoardo

Martínez Somalo, Préfet de la Congrégation pour les Instituts de Vie

consacrée et les Sociétés de Vie apostolique, qui préside cette

célébration eucharistique. Je salue également les membres de ce

dicastère et ceux qui œuvrent au service de la vie consacrée. Je pense

en particulier à vous, jeunes aspirants à la vie consacrée, à vous,

hommes et femmes déjà profès dans les diverses Congrégations

religieuses et dans les Instituts séculiers, à vous qui, en raison de

l'âge avancé ou de la maladie, êtes appelés à offrir la précieuse

contribution de votre souffrance à la cause de l'évangélisation. Je

répète à tous : « Vous savez en qui vous avez mis votre foi (cf. 2 Tm

1, 12) : donnez-lui tout !

...

Vivez la fidélité à votre engagement

envers Dieu, en vous édifiant et en vous soutenant mutuellement ...

N'oubliez jamais que vous, tout particulièrement, vous pouvez et

vous devez dire non seulement que vous êtes du Christ, mais que

vous êtes devenus le Christ. » (Exhort. apos. Vita consecrata, n.

109).

Les cierges allumés, portés par chacun de vous au cours de la

première partie de cette célébration solennelle, manifestent l'attente

vigilante du Seigneur, qui doit caractériser la vie de chaque croyant

et en particulier de ceux que le Seigneur appelle à une mission

particulière dans l'Église. Ils sont un appel puissant à témoigner du

Christ au monde, la lumière sans crépuscule : « Ainsi votre lumière

doit-elle briller devant les hommes afin qu'ils voient vos bonnes

œuvres et glorifient votre père qui est dans les cieux » (Mt 5, 16).

Très chers frères et sœurs, que votre fidélité totale au Christ

pauvre, chaste et obéissant soit pour ceux que vous rencontrez une

source de lumière et d'espérance.

Que Marie, Celle qui a accompli la volonté du Père, prête à

l'obéissance, courageuse dans la pauvreté, accueillante dans la

virginité féconde, obtienne de Jésus que « ceux qui ont reçu le don de

le suivre dans la vie consacrée sachent lui rendre témoignage par une

40

existence. transfigurée,

..

en. avançant joyeusement, avec tous leurs

autres frères et sœurs, vers la patrie céleste et la lumière sans

crépuscule » (ibid., n. 112).

Amen !

08 février 1998

Dans la matinée du dimanche 8 février 1998, le Pape Jean-

Paul II s'est rendu en visite pastorale dans la paroisse romaine de

l'Enfant-Jésus, à Saccopastore. Au cours de la Sainte Messe pour.

les. fidèles. du. quartier,. le. Saint-Père a prononcé l'homélie

suivante :

1. « Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu

prendras » (Lc 5, 10).

Aujourd'hui, le passage de l'Évangile nous raconte la vocation

de Simon-Pierre et des premiers Apôtres. Après avoir parlé à la

foule, de la barque de Simon, Jésus leur demande de prendre à.

nouveau. le. large pour la pêche. Pierre réplique, en exposant les

difficultés rencontrées durant la nuit précédente, au cours de laquelle,

bien qu'ayant beaucoup peiné, il n'a rien rapporté. Toutefois, il croit à

la parole du Seigneur et il accomplit son premier acte de confiance

en Lui : « Sur ta parole, je vais lâcher les filets » (Lc 5, 5).

Le prodige qui s'ensuit de la pêche miraculeuse est un signe

éloquent de la puissance divine de Jésus et, dans le même temps, il

préannonce la mission qui sera confiée au Pêcheur de Galilée, qui est

celle de guider la barque de l'Église à travers les flots de l'histoire et

de rassembler, grâce à la force de l'Évangile, une multitude infinie

d'hommes et de femmes provenant de toutes les parties du globe.

L'appel de Pierre et des premiers Apôtres est l'œuvre de

l'initiative gratuite de Dieu, à laquelle répond la libre adhésion de

l'homme. Ce dialogue d'amour avec le Seigneur aide l'être humain à

prendre conscience de ses limites et, dans le même temps, de la

puissance de la grâce de Dieu, qui purifie et qui renouvelle l'esprit et

41

le cœur : « Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu

prendras ». Le succès final de la mission est garanti par l'assistance

divine. C'est Dieu qui conduit toute chose à son plein

accomplissement. A nous, il nous est demandé d'avoir confiance en

Lui et d'adhérer docilement à sa volonté.

  • 2. Sois sans crainte ! Que de fois le Seigneur nous répète-t-il

cette invitation. Aujourd'hui, en particulier, à une époque marquée

par de profondes incertitudes et peurs, cette parole retentit comme

une exhortation à se fier à Dieu, à tourner le regard vers Lui. Lui, qui

guide le destin de l'histoire par la force de son Esprit, ne nous

abandonne pas dans l'épreuve et rend fermes nos pas dans la foi.

Très chers frères et sœurs, laissez cette conviction intime

imprégner votre existence. Dieu appelle chaque croyant à Le suivre ;

il lui demande de devenir le coopérateur de son projet salvifique.

Comme Simon-Pierre, nous aussi, nous pouvons proclamer : « Sur ta

parole, je vais lâcher les filets ». Sur ta parole ! Sa parole est

l'Évangile, message éternel de salut qui, écouté et vécu, transforme

l'existence. Le jour de notre Baptême nous a été communiquée cette

« heureuse annonce », que nous devons approfondir personnellement

et dont nous devons témoigner avec courage.

La Mission dans la ville, qui est désormais au cœur de sa

célébration, exige de tous les chrétiens de proclamer l'Évangile à

travers la parole, mais surtout à travers une vie cohérente. Dans cette

entreprise apostolique extraordinaire, sentez-vous sans cesse

soutenus par Celui qui est le premier missionnaire, envoyé par le

Père dans le monde : Jésus-Christ notre Seigneur.

  • 3. Très chers frères et sœurs de la paroisse de l'Enfant-Jésus, à

Saccopastore ! Je suis très heureux de me trouver parmi vous

aujourd'hui et de visiter votre belle église. J'adresse mon salut

affectueux à tous : au Cardinal-Vicaire, à l'Évêque auxiliaire du

Secteur, à votre jeune curé, Dom Antonino De Siati, et aux prêtres

qui sont ses collaborateurs, aux Sœurs de la Charité de « Santa

Giovanna Antida », qui vivent en contact étroit avec les activités

42

paroissiales et qui prêtent un généreux service aux nombreuses

personnes âgées et aux malades de la communauté. En outre, je salue

ceux qui participent plus directement à la vie de la paroisse et aux

nombreux groupes de formation, de service et d'apostolat, en

adressant une pensée particulière aux personnes et aux familles

d'origine philippine, qui se réunissent ici chaque semaine depuis

quelques temps pour célébrer la liturgie du dimanche.

Je sais que votre communauté compte de nombreuses

personnes âgées. C'est à elles en particulier, ainsi qu'à toutes les

personnes âgées de Rome, que j'adresse ma pensée affectueuse et une

invitation cordiale à la prière constante et confiante pour leurs

besoins et pour la bonne issue de la Mission dans la ville. Très chers

frères et sœurs, que votre témoignage de foi soit pour tous, mais plus

particulièrement pour les jeunes, un exemple de la façon d'accueillir

le Christ dans sa vie.

Je me réjouis avec les collaborateurs, les religieux et les laïcs,

des initiatives de charité et à caractère social promues par la

paroisse. La solidarité concrète que vous manifestez à l'égard de ceux

qui se trouvent dans le besoin, que ce soit dans votre quartier ou loin

d'ici, vous fait honneur. Je fais référence aux diverses initiatives de

charité que vous avez réalisées, telles que le soutien à une. léproserie.

en. Afrique. centrale, l'aide aux populations victimes du tremblement

de terre dans les régions du centre de l'Italie et le jumelage avec

l'Institut « Lido dei Pini ». Poursuivez cet effort, dans l'Esprit du

Verbe de Dieu qui, en s'incarnant, est venu à la rencontre de tous et a

apporté le salut à chacun.

4. Votre Communauté, qui s'élève près d'une sinuosité de

l'Aniene, située dans la zone appelée Saccopastore, comprend un

grand nombre de personnes. A cet endroit, jusque dans les années

trente, les pasteurs venaient des Abruzze pour passer les mois d'hiver

avec leurs troupeaux. Plus tard, à la suite de l'installation progressive

de nombreuses familles, commença l'activité liturgique. dans. une.

petite ..

chapelle. consacrée à l'Enfant-Jésus, qui constitua le premier

43

lieu de culte et de rassemblement de la zone. Le titre de cette

chapelle, choisi par la population d'alors, en référence à

l'inauguration qui avait eu lieu la veille de Noël 1952, fut transféré

ensuite à la paroisse, érigée juridiquement en 1957. Ici, plusieurs

prêtres ont œuvré avec un grand zèle, et parmi eux, je voudrais

rappeler le premier curé, Mgr Giuseppe Simonazzi, dont la mémoire

est encore vive.

Le nom de votre paroisse fait référence au mystère du Verbe

incarné, à Dieu, qui est venu habiter parmi nous pour sauver et

racheter tout l'homme et tous les hommes : ceux d'hier, ceux

d'aujourd'hui et les générations futures. C'est le mystère de

l'assomption du temps humain dans la dimension divine, qui est

transcendante et éternelle. C'est également le contenu du Jubilé de

l'An 2000. Jésus, Dieu fait homme, est l'unique Sauveur. C'est vers

Lui que nous tournons notre regard, alors que nous approchons de la

date historique du début du troisième millénaire. Je vous exhorte à

vous y préparer avec cette disposition intérieure propre à l'événement

jubilaire.

5. « Me voici, envoie-moi » ! (Is 6, 8). Le récit de la vocation

d'Isaïe, que nous avons écouté dans la première Lecture, souligne la

prompte réponse du Prophète à l'appel du Seigneur. Après avoir

contemplé la sainteté de Dieu et avoir pris conscience de l'infidélité

du peuple, Isaïe se prépare à la grave mission de rappeler le peuple

d'Israël aux grands engagements de l'alliance en vue de la venue du

Messie.

Comme pour le Prophète Isaïe, proclamer le salut comporte

pour chaque croyant de redécouvrir tout d'abord la sainteté de Dieu.

Celui qui rencontre un chrétien, doit pouvoir apercevoir en lui,

malgré les inévitables faiblesses humaines, le visage du Très-Haut.

Que la Vierge, demeure de l'Esprit Saint, obtienne pour nous le

don d'une adhésion constante à l'appel divin. Qu'elle nous obtienne

en particulier d'avoir. confiance. en. Lui. en

..

toute circonstance, afin

que nous puissions collaborer en tout à son œuvre de salut.

44

Amen !

15 février 1998

Dans la matinée du dimanche 15 février 1998, le Pape Jean-

Paul II s'est rendu en visite pastorale dans la paroisse romaine des

Saints Cyrille et Méthode. Au cours de la Messe pour les fidèles du

quartier, le Saint-Père a prononcé l'homélie suivante :

1. « Allez dans le monde entier, proclamez l'Évangile à toute la

création » (Mc 16, 15). Avant de retourner au Père, Jésus confie aux

Apôtres le mandat de poursuivre sa mission sur la terre, en annonçant

le salut au monde entier. Cette tâche, qui caractérise l'Église, Peuple

de Dieu en marche vers la patrie céleste, s'exprime dans la pluralité

des ministères et des charismes dont le Christ l'enrichit. Pasteurs et

confesseurs de la foi, vierges et martyrs, prêtres et laïcs, saints et

saintes de chaque époque contribuent avec efficacité à diffuser

l'Évangile dans tous les lieux de la terre.

Les saints Cyrille et Méthode ont mené cette œuvre à bien.

Originaires de Thessalonique et témoins intrépides de l'Évangile, ils

ont été les premiers chefs, pourrions-nous dire, du groupe nombreux

d'apôtres qui ont œuvré activement au service du Christ au sein des.

peuples. slaves ..

Votre paroisse s'honore d'avoir comme protecteurs

particuliers ces deux grands saints, co-patrons de l'Europe. Leur

exemple est plus que jamais significatif pour nous également. En

effet, comme je l'ai souligné dans l'Encyclique Slavorum apostoli,

« on peut même dire que leur souvenir est devenu particulièrement

vivant et actuel à notre époque » (n. 1).

Bien qu'ayant la possibilité d'entreprendre de brillantes

carrières politiques, ces deux frères se consacrèrent totalement au

Seigneur. A la demande du prince Rastislav de la Grande Moravie à

l'empereur Michel III, ils furent envoyés pour annoncer la foi

chrétienne aux peuples d'Europe centrale dans leur. propre. langue ..

Ils. consacrèrent ainsi leur vie à cette tâche, affrontant de nombreuses

difficultés et souffrances, des persécutions et la prison, et devenant

45

tous deux des exemples

lumineux de dévouement à la cause du

Christ et d'amour fraternel envers leurs frères assoiffés de vérité

évangélique.

2. Les paroles de l'Apôtre Paul que nous venons d'écouter

s'appliquent bien à eux : « Malheur à moi si je n'annonçais pas

l'Évangile ! » (1 Co 9, 16). En ouvrant. son. âme. aux. chrétiens. de

Corinthe, l'Apôtre exprime la conscience de la nécessité et de

l'urgence de l'annonce évangélique. Il la ressent comme un grand

don, mais également comme un engagement incontournable : un

véritable « devoir » (cf. Ibid.), dont il est responsable en communion

avec les autres Apôtres. Se faisant « tout à tous, afin d'en sauver à

tous prix quelques-uns » (ibid., n. 22), il nous montre com ment

chaque évangélisateur doit apprendre à s'adapter au langage de ses

auditeurs, pour entrer en harmonie profonde avec eux.

C'est. ce qu'ont accompli de façon admirable les deux saints

que nous fêtons aujourd'hui : toute leur mission a visé à « incarner »

la Parole de Dieu dans la langue et dans la culture slave. C'est. à. eux.

que. l'on. doit la transcription des textes sacrés et liturgiques en

langue paléoslave, grâce à un nouvel alphabet. Pour conserver une

solide communion ecclésiale, ils vinrent à Rome et obtinrent

l'approbation du Pape Adrien II. Ce fut précisément à Rome que, le

14 février 869, Cyrille mourut, alors que Méthode, consacré Évêque

pour le territoire de l'ancien diocèse de Pannonie et nommé Légat

pontifical pour les peuples slaves, poursuivit la tâche missionnaire

qu'il avait entreprise avec son frère.

Nous rendons grâce à Dieu pour ces deux saints, Cyrille et

Méthode, qui ont été des hérauts pleins de sagesse de l'Évangile en

Europe. Ils continuent aujourd'hui encore à enseigner aux

évangélisateurs de notre époque le courage de l'annonce et l'attitude

nécessaire pour inculturer la foi.

3. Très chers frères et sœurs de la paroisse des saints Cyrille et

Méthode ! Je suis heureux de me trouver aujourd'hui parmi vous pour

célébrer la fête patronale de votre communauté. Je salue

46

cordialement le Cardinal Vicaire, l'Évêque auxiliaire, Mgr Clemente

Riva, votre curé, Dom Giuseppe Trappolini, ainsi que ses proches

collaborateurs dans l'animation pastorale de la paroisse. Mon salut

affectueux s'étend également à vous tous, qui participez à cette

Eucharistie, en adressant une pensée particulière à ceux qui. malades,

personnes âgées et tous ceux qui n'ont pas la possibilité de sortir de

chez eux pour venir à l'église. s'unissent à notre célébration festive à

travers la radio et la télévision.

Votre communauté, qui est jeune, a reçu dans un délai

relativement bref le don de cette nouvelle église. Il y a environ trois

ans, sur la place Saint-Pierre, j'ai eu moi-même la joie de bénir la

première pierre de votre église qui, appartenant au projet « cinquante

églises pour la Rome de l'An 2000 », a été rapidement construite et

consacrée le 8 novembre dernier par le Cardinal-Vicaire. Cet

ensemble paroissial constitue à présent pour la zone d'Acilia, appelée

Dragoncello, l'unique centre de rassemblement religieux et social

ouvert aux nombreuses jeunes familles qui habitent le quartier.

Alors que je rends grâce au Seigneur avec vous pour ce que

vous avez réalisé jusqu'à présent, je voudrais profiter de ma. visite.

d'aujourd'hui. pour. vous exhorter à croître toujours davantage dans

un généreux service apostolique, en vous souciant en particulier de la

formation chrétienne de vos enfants et de vos jeunes. Au cours des

cinq premières années de vie de la communauté, environ quatre cents

enfants ont reçu le Baptême. Cela signifie que dans un proche avenir,

cette paroisse verra la présence de nombreux enfants et jeunes. Chers

frères et sœurs, c'est à vous qu'il revient de préparer un terrain

propice à une croissance saine et sereine de ces enfants

..

Vous

pourrez mener cette mission à bien en vous laissant guider par la

Parole de Dieu et en ayant toujours le souci d'offrir un témoignage de

foi et de charité cohérent.

4. La Mission dans la ville, qui est célébrée dans cette paroisse

comme dans les autres paroisses de Rome, vous offre la possibilité

d'un renouveau spirituel et apostolique. Très chers amis, ne vous

47

contentez pas de vous sentir satisfaits entre les murs de l'église et des

locaux paroissiaux, même s'ils sont neufs et beaux, mais sortez pour

aller à la rencontre des gens qui n'y viennent pas. Tous attendent une

annonce renouvelée de Jésus-Christ, Celui qui seul peut sauver

l'homme. Beaucoup de personnes sont venues dans ce quartier

d'autres parties de la ville. Il s'agit souvent de jeunes couples, venus

habiter ici après leur mariage. Faites en sorte que le changement de

milieu ne les désoriente pas, provoquant chez eux un éloignement

néfaste de la vie ecclésiale et sacramentelle. En revanche, soyez pour

eux une communauté capable de les accueillir et d'en favoriser

l'intégration harmonieuse.

Dans ce but, soyez disponibles pour rencontrer les familles, en

leur offrant votre amitié, en partageant avec eux la joie de la foi. La

Mission dans la ville, à travers les réunions dans les divers centres

d'écoute, sera très utile pour cela. Cet engagement de solidarité et

d'accueil au service de l'Évangile doit devenir un style de vie

quotidienne, pour que ne cessent jamais la prière commune, la

réflexion sur l'Évangile et le soutien réciproque.

Mais toute cette œuvre apostolique passionnante. et urgente ne

peut être efficace que si elle est soutenue par des temps de prière, en

particulier d'arrêt prolongé devant l'Eucharistie. Je sais que dans cette

paroisse, grâce à la présence des Sœurs missionnaires de la Charité,

l'adoration eucharistique quotidienne est assurée. Comme il serait

beau que dans chaque paroisse, l'Adoration eucharistique s'intensifie

en préparation au grand Jubilé de l'An 2000, qui sera une année

intensément eucharistique, puisque dans l'Urbs se déroulera le

Congrès eucharistique international sur le thème : « Jésus-Christ

unique Sauveur du monde, pain pour la vie nouvelle ».

5. « Tous les confins de la terre ont vu le salut de notre Dieu »

(Is 52, 10). Comme nous l'avons écouté dans la première lecture, le

prophète Isaïe préannonce l'universalité du salut, offert à tous les

peuples sans distinction de race, de langue et de culture. Chaque

croyant est appelé, selon ses propres possibilités et responsabilités, à

48

participer à la grande mission évangélisatrice. Tel est l'engagement

qui, ici aussi, dans votre paroisse, doit être suivi avec persévérance et

fidélité, afin que l'Évangile entre dans chaque maison, dans les

familles et dans les divers milieux où se déroule la vie quotidienne.

Que l'Esprit du Seigneur vous illumine et vous soutienne dans

cette œuvre apostolique qui demande votre engagement.

Très chers frères et sœurs, prions ensemble, afin que les valeurs

de l'Évangile, en particulier celles qui concernent les domaines de la

vie et de la famille fondée sur le mariage, soient défendues et

partagées. Prions pour les jeunes, pour qu'ils trouvent dans l'amour

du Seigneur la force de résister aux tentations et aux dangers qui les

menacent. Prions pour que tous les hommes de bonne volonté

s'engagent à édifier une société qui soit davantage en harmonie avec

le message évangélique.

Je confie votre communauté à la protection céleste de Marie et

des saints frères de Thessalonique, ainsi que le chemin des peuples

slaves et l'avenir de l'Europe entière. Saints Cyrille et Méthode,

Apôtres des peuples slaves et co-patrons de l'Europe, priez pour

nous !

Amen !

22 février 1998

Le dimanche 22 février 1998, en la solennité de la Chaire de

Pierre, le Pape Jean-Paul II a présidé sur le parvis de la Basilique

Saint-Pierre une célébration eucharistique à l'occasion de la remise

de l'anneau aux nouveaux Cardinaux. Au cours de la cérémonie, le

Saint-Père a prononcé l'homélie suivante :

1. « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église » (Mt

16, 18). Les paroles du Christ à l'Apôtre Pierre à Césarée de Philippe

illustrent bien les éléments fondamentaux de la célébration

d'aujourd'hui. Tout d'abord, la fête de la Chaire de Saint Pierre

représente un anniversaire ô combien significatif pour cette

49

Basilique, cœur du monde catholique et but quotidien de nombreux

pèlerins. De plus, la remise de l'Anneau aux nouveaux Cardinaux

créés au cours du Consistoire Ordinaire public, que j'ai eu la joie de

tenir hier, enrichit cette liturgie d'un sens ecclésial supplémentaire.

Le passage évangélique présente Pierre qui, poussé par une

inspiration divine, manifeste sa pleine adhésion à Jésus, Messie

promis et Fils de Dieu. En réponse à la profession de foi claire que

Pierre fait également au nom des autres Apôtres, le Christ révèle la

mission qu'il entend lui confier, celle d'être la « pierre » sur laquelle

est bâti l'édifice spirituel de l'Église tout entier.

« Tu es Pierre ! ». Le ministère, confié à Pierre et à ses

successeurs, d'être la pierre solide sur laquelle repose la

Communauté ecclésiale, représente la garantie de l'unité de l'Église,

il est la préservation de l'intégrité du dépôt de la foi et le fondement

de la communion de toutes les composantes du Peuple de Dieu. La

fête liturgique d'aujourd'hui représente donc une invitation à réfléchir

sur le « service pétrinien » de l'Évêque de Rome à l'égard de l'Église

universelle. Les Cardinaux, qui constituent le « Sénat » de l'Église et

qui sont les premiers collaborateurs du Pape dans le service pastoral

universel, sont unis de façon particulière à la Chaire de Pierre.

C'est pourquoi il est tout à fait providentiel que nous célébrions

aujourd'hui la fête de la Chaire de Pierre et l'élargissement du

Collège cardinalice avec la nomination de vingt nouveaux membres,

des prélats qui ont démontré leur

sagesse et leur profond esprit de communion avec le Siège

apostolique, dans leur service généreux et fidèle à la Communauté

ecclésiale. Nous les confions tous au Seigneur dans la prière, afin que

leur témoignage évangélique continue d'être un exemple lumineux

pour tout le Peuple de Dieu.

2. Chacun d'entre eux a certainement entendu, comme si elles

lui étaient adressées personnellement, les paroles de l'Apôtre Pierre :

« Les anciens qui sont parmi vous, je les exhorte, moi, ancien comme

50

eux, témoin des souffrances du Christ et qui dois participer à la

gloire qui va être révélée : Paissez le troupeau de Dieu qui vous est

confié » (1 P, 5, 1-2).

Les « anciens », les prêtres de l'Église, ne peuvent manquer

d'être des pasteurs zélés et attentifs du « troupeau de Dieu ». Voilà

l'état d'esprit dans lequel, au cours de cette circonstance solennelle, le

Successeur de Pierre s'apprête à remettre aux nouveaux Cardinaux

l'Anneau cardinalice, signe du lien sponsal particulier qui les unit

désormais à l'Église de Rome, qui préside dans la charité. C'est à

vous, chers et vénérés Frères, qu'est confiée la mission, dans une

étroite communion d'esprit et d'intentions avec le Pape, d'être les

témoins des souffrances qu'aujourd'hui encore, le Christ affronte

dans son Corps mystique ; en même temps, vous êtes appel és à

proclamer à travers votre parole et votre vie l'espérance qui ne déçoit

pas.

Provenant de treize nations différentes de divers continents,

vous êtes aujourd'hui incardinés dans l'Église de Rome. De cette

façon a lieu un échange sublime de dons entre l'Église qui est dans

cette Ville et les Églises en pèlerinage dans les diverses parties du

monde. Vous offrez à l'Église de Rome la variété des charismes et la

richesse spirituelle de vos Communautés chrétiennes, vénérables par

leur tradition antique ou admirables par la fraîcheur et la vitalité de

leurs énergies. L'Église de Pierre et de Paul, quant à elle, exprime de

façon lumineuse le visage de sa catholicité, étendant sa sollicitude

pastorale aux Communautés chrétiennes du monde entier à travers le

service ecclésial qualifié des pasteurs appelés à la dignité et à la

responsabilité cardinalice. De cette façon, comme l'a dit le Pape Paul

VI à l'occasion du Consistoire au cours duquel je fus moi-même

élevé à. la. pourpre,. le. Collège. cardinalice constitue comme le

« Presbyterium de l'Orbe » (Homélie pour la remise de l'Anneau

cardinalice, 29 juin 1967 : Insegnamenti, V [1967], 352).

3. « Paissez le troupeau de Dieu [

...

]

en devenant les modèles

du troupeau » (1 P 5, 2-3). En faisant partie de cet éminent Sénat

51

ecclésial, vous tous, vénérés Frères, assumez la responsabilité de

Pasteurs de l'Église à un titre nouveau et plus élevé. Ce n'est pas

seulement la fonction d'élire le Pape qui vous est confiée, mais

également celle de partager avec lui la sollicitude pour le peuple

chrétien tout entier. Vous êtes déjà dignes d'éloges en vertu de

l'œuvre généreuse et diligente que vous accomplissez à travers votre

ministère épiscopal dans d'illustres diocèses de tant de parties du

monde, ou à travers votre dévouement au service du Siège

apostolique dans des fonctions diverses et délicates.

La nouvelle dignité à laquelle vous êtes maintenant appelés à

travers la nomination cardinalice, veut être un signe de

reconnaissance pour votre travail incessant dans le champ de Dieu et

rendre honneur aux Communautés et aux Nations dont vous

provenez et dont vous êtes les dignes représentants dans l'Église.

Dans le même temps, elle vous investit de responsabilités nouvelles

et plus importantes, exigeant de vous une disponibilité

supplémentaire pour le Christ et pour tout son Corps mystique.

Ce nouvel enracinement dans le Christ et dans l'Église vous

engage à un service plus courageux de l'Évangile et à un dévouement

sans réserve à vos frères. Il exige également de vous une totale

disponibilité, jusqu'à l'effusion de sang, comme le symbolise bien la

couleur pourpre de votre vêtement cardinalice. « Usque ad sanguinis

effusionem ...

». Cette disponibilité radicale à donner sa vie pour le

Christ est nourrie constamment par une foi solide et humble. Soyez

conscients de la mission que le Seigneur vous confie aujourd'hui !

Reposez-vous sur Lui ! Dieu est fidèle à ses promesses. œuvrez

toujours pour Lui, certains que, comme le dit l'Apôtre Pierre,

« quand paraîtra le Chef des pasteurs, vous recevrez la couronne de

gloire qui ne se flétrit pas » (1 P 5, 4).

4. « C'est moi qui ferai paître mes

brebis [

...

]

je chercherai

celle qui est perdue, je ramènerai celle qui est égarée » (Ez 34, 15-

16). Ne vous laissez pas abattre par les difficultés inévitables de la

vie ! Le prophète Ézéchiel, comme nous l'avons entendu lors de la

52

première Lecture, nous assure que le Seigneur lui-même prend soin

de son peuple. Vous êtes appelés à devenir les signes visibles de cette

sollicitude de Dieu pour son héritage, en imitant le Christ Bon

Pasteur, qui réunit autour de lui en un unique troupeau l'humanité

dispersée par le péché.

Et comment ne pas souligner que le devoir de paître le

troupeau du Christ vous est confié à un moment particulier de

l'histoire de l'Église et de l'humanit é ? Nous vivons actuellement un

passage historique du second au troisième millénaire, dont nous

voyons désormais l'aube s'approcher à grands pas : nous nous

acheminons vers le grand Jubilé de l'An 2000. Dans chaque partie du

monde se multiplient les initiatives apostoliques et missionnaires

pour faire de ce rendez-vous une occasion de renouveau intérieur

pour tous les croyants. Puisse cette étape historique marquer un

printemps extraordinaire d'espérance pour les croyants et pour toute

l'humanité !

5. Confions ces vœux à la Vierge Marie, toujours présente dans

la Communauté chrétienne depuis ses origines tandis que, recueillie

en prière ou occupée à proclamer l'Évangile à tous, elle attend et

prépare la venue du Christ, Seigneur de l'Histoire. A Elle, confions

votre nouveau service ecclésial, vénérés Frères, dans la perspective

du grand événement jubilaire ; plaçons entre ses mains maternelles,

les attentes et les espérances de chaque croyant et de l'humanité tout

entière.

Amen !

25 février 1998

Dans l'après-midi du mercredi 25 février 1998, le Pape Jean-

Paul II a présidé la célébration pénitentielle du Mercredi des

Cendres dans la Basilique romaine de « Santa Sabina all'Aventino »,

inaugurant ainsi le début du Carême. Nous publions ci-dessous

l'homélie prononcée par le Saint-Père à cette occasion :

53

1.

« ...

Revenez

à

moi de

tout votre cœur, dans le jeûne,

les

pleurs et les cris de deuil [

...

]

Revenez à Yahvé votre Dieu » (Jl 2, 12-

13).

Avec les paroles de l'antique prophète, la Liturgie des Cendres

d'aujourd'hui, précédée de la procession pénitentielle, nous introduit

dans le Carême, temps de grâce et de régénération spirituelle.

« Revenez ...

convertissez-vous ». Au début des quarante jours, ces

rappels pressants visent à établir un dialogue particulier entre Dieu et

l'homme. Face au Seigneur qui invite à la conversion, l'homme fait

sienne la prière de David, en confessant humblement ses péchés :

« Pitié pour moi, Dieu, en ta bonté ;

en ta grande tendresse efface mon péché,

lave-moi tout entier de mon mal

et de ma faute purifie-moi.

Car mon péché, moi, je le connais,

ma faute est devant moi sans relâche ;

contre toi, toi seul, j'ai péché,

ce qui est coupable à tes yeux, je l'ai fait [

...

].

Détourne ta face de mes fautes,

et tout mon mal, efface-le » (Ps 51 [50], 3-6.11).

2. Le Psalmiste ne se limite pas à confesser ses fautes et à en

demander la rémission ; il attend surtout de la bonté du Seigneur le

renouveau intérieur : « Dieu, crée pour moi un cœur pur, restaure en

ma poitrine un esprit ferme » (Ps 50 [51], 12). Illuminé par l'Esprit

sur la puissance dévastatrice du péché, il demande à devenir une

créature nouvelle, à être, en un certain sens, nouvellement créé.

Voilà, c'est ici que réside la grâce de la rédemption ! Face au

péché qui souille le cœur de l'homme, le Seigneur s'incline sur sa

créature pour rétablir le dialogue salvifique et lui ouvrir de nouvelles

54

perspectives de vie et d'espérance. C'est en particulier lors du temps

de Carême que l'Église approfondit ce mystère de salut.

Au pécheur qui s'interroge sur sa situation et sur la possibilité

d'obtenir encore la miséricorde de Dieu, la Liturgie répond

aujourd'hui avec les paroles de l'Apôtre, tirées de la seconde Épître

aux Corinthiens : « Celui qui n'avait pas connu le péché, il l'a fait

péché pour nous, afin qu'en lui, nous devenions justice de Dieu » (5,

21). Dans le Christ est proclamé et offert aux croyants l'amour sans

limite du Père céleste pour chaque homme.

 

3.

L'écho de ce qu'Isaïe annonçait de loin à propos du Serviteur

du Seigneur retentit ici : « Tous, comme des moutons, nous étions

errants, chacun suivant son propre chemin, et Yahvé a fait retomber

sur lui nos fautes à tous » (Is 53, 6).

 
 

Dieu exauce les invocations des pécheurs qui, avec David,

supplient : « Dieu, crée pour moi un cœur pur ». Jésus, le serviteur

qui souffre, prend sur ses épaules la Croix, qui représente le poids de

tous les péchés de l'humanité, et s'achemine vers le Calvaire pour

accomplir. par. sa. mort. l'œuvre. de rédemption. Jésus crucifié est

l'icône de la miséricorde infinie de Dieu pour chaque homme.

 
 

Pour nous rappeler que « dans ses blessures, nous trouvons la

guérison » (Is 53, 5), et pour susciter en nous l'horreur du péché,

l'Église nous invite a faire souvent, lors du Carême, la pratique

pieuse de la Via Crucis. Pour nous, ici à Rome, celle du Vendredi

Saint au Colisée revêt une grande importance, car c'est l'occasion de

toucher du doigt la vérité puissante de la rédemption à travers la

Croix, en reparcourant en esprit les pas des premiers martyrs de

l'Urbs.

 
 

4.

« Détourne ta face de mes fautes, et tout mon mal, efface-le

[

]

d'un cœur brisé, broyé, Dieu, tu n'as point de mépris » (Ps 51

[50],

 

11.19).

Comme

cette

invocation

quadragésimale

est

émouvante !

 

55

L'homme créé par Dieu à son image et ressemblance

proclame : « Contre toi, toi seul, j'ai péché, ce qui est coupable à tes

yeux, je l'ai fait » (Ps 51 [50], 6). Illuminé par la grâce de ce temps

de pénitence, il ressent le poids du mal commis et comprend que seul

Dieu peut le libérer. Il prononce alors du plus profond de sa misère

l'exclamation de David : « Lave-moi tout entier de mon mal et de ma

faute purifie-moi. Car mon péché, moi, je le connais, ma faute est

devant moi sans relâche ». Opprimé par le péché, il conjure la

miséricorde de Dieu, fait appel à sa fidélité à l'alliance et lui demande

de réaliser sa promesse : « Tout mon mal, efface-le » (Ps 50 [51], 11).

Au début du Carême, prions afin d'accueillir au cours du temps

« favorable » de ces quarante jours, l'invitation de l'Église à la

conversion. Prions afin que, lors de cet itinéraire vers la Pâque, se

renouvelle dans l'Église et dans l'humanité le souvenir du dialogue

salvifique entre Dieu et l'homme que la Liturgie du Mercredi des

Cendres nous présente.

Prions afin que les cœurs s'ouvrent au dialogue avec Dieu. Il a

pour chacun une parole particulière de pardon et de salut. Que

chaque cœur s'ouvre à l'écoute de Dieu, pour redécouvrir dans sa

parole les raisons de l'espérance qui ne déçoit pas.

Amen !

02 mars 1998

Dans la matinée du dimanche 2 mars 1998, le Pape Jean-Paul

II s'est rendu en visite pastorale dans la paroisse romaine

« Sant'Agapito ». Au cours de la Messe pour les fidèles du quartier,

le Saint-Père a prononcé l'homélie suivante :

1.

« Jésus [

...

]

mené par l'Esprit à travers le désert durant

quarante jours [fut] tenté par le diable » (Lc 4, 1-2).

Avant de commencer son activité publique, Jésus, sous

l'impulsion de l'Esprit Saint, se retire dans le désert pendant quarante

jours. Là, comme nous le lisons aujourd'hui dans l'Évangile, il est

56

mis à l'épreuve

par

le

diable,

qui

le

soumet à

trois

tentations

fréquentes dans la vie de chaque homme : la volupté des biens

matériels, la séduction du pouvoir humain et la présomption de

soumettre Dieu à ses propres intérêts.

La lutte victorieuse de Jésus contre le tentateur ne se termine

pas après les jours passés dans le désert, mais elle se poursuit au

cours des années de sa vie publique et atteint son sommet lors des

événements dramatiques de Pâques. C'est précisément à travers la

mort sur la Croix que le Rédempteur triomphe définitivement sur le

mal, libérant l'humanité du péché et la réconciliant avec Dieu. Dès le

début, l'évangéliste Luc semble déjà vouloir préannoncer

l'accomplissement du salut sur le Golgotha. En effet, il conclut le

récit des tentations en citant la ville de Jérusalem, où sera

précisément scellée la victoire pascale de Jésus.

La scène des tentations du Christ dans le désert se renouvelle

chaque année, au début du Carême. La liturgie invite les croyants à

entrer avec Jésus dans le désert et à le suivre au cours de l'itinéraire

pénitentiel caractéristique de ce temps quadragésimal, qui a

commencé mercredi dernier par le rite austère des Cendres.

2. « En effet, si tes lèvres confessent que Jésus est Seigneur, et

si ton cœur croit que Dieu l'a ressuscité des morts, tu seras sauvé »

(Rm 10, 9). Les paroles de l'Apôtre Paul, que nous venons d'écouter,

illustrent bien le style et les modalités de notre pèlerinage

quadragésimal’ Qu'est-ce que la pénitence, sinon un retour humble et

sincère aux sources de la foi, en repoussant promptement. la.

tentation. et. le péché et en intensifiant l'intimité de prière avec le

Seigneur ?

En effet, seul le Christ peut libérer l'homme de ce qui le rend

esclave du mal et de l'égoïsme : de la recherche convulsive des biens

matériels, de la soif de pouvoir et de domination sur les autres et sur

les choses, de l'illusion du succès facile, de la frénésie de la

consommation et de l'hédonisme qui, en définitive, avilissent l'être

humain.

57

Très chers frères et sœurs, voilà ce que le Seigneur nous

demande clairement pour entrer dans le climat authentique du

Carême. Il désire que, dans le désert de ces quarante jours, nous

apprenions à affronter l'ennemi de nos âmes à la lumière de la Parole

de salut. L'Esprit Saint, à qui est consacrée de manière particulière

cette deuxième année de préparation au grand Jubilé de l'An 2000,

rend notre prière vivante, car nous sommes prêts à affronter avec

courage la lutte incessante pour vaincre le mal par le bien.

3. Très chers fidèles de la paroisse de « Sant'Agapito » ! Je suis

heureux de me trouver parmi vous aujourd'hui, alors que la grande

Mission dans la ville en préparation à l'événement jubilaire bat

désormais son plein. Il s'agit, comme j'ai également eu l'occasion de

le dire jeudi dernier lors de la rencontre avec les prêtres de Rome,

d'une initiative pastorale providentielle qui prépare notre diocèse à

franchir le seuil du nouveau millénaire entièrement renouvelé. Rome

possède une mission particulière à remplir, car elle est appelée à

accueillir les pèlerins qui viendront du monde entier pour le grand

Jubilé de l'An 2000. C'est pourquoi il est nécessaire que le

témoignage de sa foi dans le Ressuscité, Rédempteur de l'homme et

Seigneur de l'histoire, soit toujours plus joyeux et exemplaire. Il est

important que les Romains reçoivent des croyants l'annonce et le

témoignage de l'Évangile de l'espérance et de la solidarité. Très chers

frères et sœurs de cette paroisse, vous devez vous sentir les

évangélisateurs courageux des personnes qui vivent dans ce quartier.

4. J'adresse à tous mon salut cordial, à commencer par le

Cardinal-Vicaire et par le Vice-gérant. Je salue ensuite Dom Isidoro

Del Lungo, votre pasteur zélé depuis 1977, mais qui est présent dans

la paroisse depuis désormais trente ans, le Vicaire paroissial et les

autres collaborateurs. J'adresse une pensée particulière aux

associations qui œuvrent dans ce quartier, ainsi qu'aux Frères de la

Charité de Mère Teresa de Calcutta et aux volontaires qui s'occupent

de la « Casa Serena », un centre d'accueil digne d'éloges pour les

personnes en difficulté.

58

Beaucoup d'entre vous se souviennent des origines de la

paroisse, instituée il y a quarante ans dans une zone proche du

« borghetto Prenestino », un village de masures créé en 1934, qui

s'étendit de façon abusive après la guerre et qui fut démoli en 1980.

Après avoir débuté dans des locaux modestes, la vie paroissiale s'est

ensuite déplacée et ce jusqu'à nos jours, dans un hangar destiné aux

célébrations liturgiques. Entre temps, un second hangar a été

construit qui, le dimanche aux heures de plus grande affluence, fait

office de lieu de culte supplémentaire.

Des difficultés compréhensibles ne manquèrent pas au début,

mais par la suite, la carence même de véritables structures pastorales

a fini, pourrions-nous dire de façon providentielle, par favoriser. un.

climat. de. plus. grande cohésion dans la communauté, notamment

parce que le nombre d'habitants n'a pas augmenté au fil du temps. Je

voudrais adresser un salut affectueux à chaque personne qui vit dans

votre quartier : à ceux qui fréquentent régulièrement la paroisse et à

ceux qui, en revanche, se sont éloignés de la foi ; aux personnes

seules et âgées, qui constituent une large part de votre communauté,

aux malades et à ceux qui traversent des difficultés particulières, aux

enfants, aux jeunes et aux familles.

Je sais qu'une expérience ecclésiale, celle du Renouveau dans

l'Esprit Saint, a marqué de façon positive la vie de la paroisse. Je

rends grâce au Seigneur pour tous ceux qui, soutenus par ce chemin

spirituel particulier, se sont rapprochés de la foi et de l'Église.

J'étends ma pensée aux Groupes de prière de Padre Pio et aux autres

mouvements et groupes paroissiaux. Que chacun trouve toujours une

place dans votre Communauté chrétienne, et que, dans le partage des

charismes propres à chaque expérience spirituelle, vous ayez toujours

à cœur de cultiver cet accueil réciproque harmonieux, indispensable

à une action évangélisatrice fraternelle.

5. « Nous avons fait appel à Yahvé [

...

]

Yahvé entendit notre

voix » (Dt 26, 7). La profession de foi du peuple d'Israël, racontée

dans la première Lecture, présente l'élément fondamental sur lequel

59

toute la tradition de l'Ancien Testament est centrée : la libération de

l'esclavage d'Égypte et la naissance du peuple élu.

La. Pâque. de. l'Ancienne. Alliance constitue la préparation et

l'annonce de la Pâque définitive, dans laquelle sera immolé l'Agneau

qui enlève le péché du monde.

Très

chers

frères

et

sœurs,

au

début de l'itinéraire

quadragésimal, nous retournons aux racines de notre foi, pour nous

préparer à travers la prière, la pénitence, le jeûne et la charité

réciproque, à participer avec un cœur intérieurement renouvelé à la

Pâque du Christ.

Que la Très Sainte Vierge nous aide, en ce Carême, à partager

avec de dignes fruits de conversion le chemin du Christ, allant du

désert des tentations à Jérusalem, pour célébrer avec lui la Pâque de

notre rédemption.

08 mars 1998

Dans la matinée du dimanche 8 mars 1998, fête de la

Transfiguration, le Pape Jean-Paul II s'est rendu en visite dans la

paroisse romaine de « Sant'Achille ». Au cours de la Messe célébrée

pour les fidèles du quartier, le Saint-Père a prononcé l'homélie

suivante :

1. « Celui-ci est mon Fils, l'Élu, écoutez-le » (Lc 9, 35). En ce

deuxième dimanche de Carême, la liturgie nous invite à méditer sur

le récit suggestif de la Transfiguration de Jésus. Dans la solitude du

Mont Thabor, en présence de Pierre, Jacques et Jean, uniques

témoins privilégiés de cet événement important, Jésus est revêtu,

également extérieurement, de la gloire de Fils de Dieu qui lui

appartient. Son visage devient lumineux, ses vêtements éblouissants.

Moïse et Élie apparaissent, qui parlent avec lui au sujet de

l'accomplissement de sa mission terrestre, destinée à se conclure à

Jérusalem par la mort sur la Croix et la résurrection.

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Au cours de la Transfiguration est rendue visible pendant un

instant la lumière divine qui sera pleinement révélée lors du Mystère

pascal’ L'Évangéliste Luc souligne que ce fait extraordinaire a lieu

précisément dans un contexte de prière. « Tandis qu'il priait », le

visage de Jésus changea d'aspect (cf. Lc 9, 29). A l'exemple du

Christ, la communauté chrétienne tout entière est invitée à vivre dans

un esprit de prière et de pénitence l'itinéraire quadragésimal, pour se

préparer dès à présent à accueillir la lumière divine qui resplendira à

Pâques.

2. Dans la seconde Lecture, tirée de la Lettre de Paul aux

Philippiens, un pressant appel à la conversion nous est adressé :

« Fixez vos regards sur ceux qui se conduisent comme vous en avez

en nous un exemple » (3, 17). A travers ces paroles, l'Apôtre propose

son expérience personnelle, pour aider les fidèles de Philippes à

surmonter le climat de relâchement et de désengagement qui se

diffusait dans cette communauté qui lui était si chère.

Ici, le ton devient particulièrement profond et touchant. Saint

Paul s'adresse à ses chrétiens de Philippes « avec les larmes aux

yeux » pour les mettre en garde contre ceux qui « se conduisent en

ennemis de la croix du Christ », car ils « n'apprécient que les choses

de la terre » (Ibid., 3, 18-19). Aux difficultés de cette communauté

fondée par lui, il oppose l'image de sa vie, consacrée sans réserve à la

cause du Christ et à l'annonce de l'Évangile.

Comment ne pas noter, à ce propos, l'actualité de l'exhortation

de l'Apôtre, qui retentit en ce dimanche de Carême, tandis que nous

sommes entrés désormais dans la phase centrale de la Mission dans

la ville ? Cette importante initiative pastorale en préparation au

Jubilé, engage toutes les composantes de l'Église qui est à Rome et,

dans le même temps, représente une occasion ô combien favorable

pour aider les habitants de la ville à redécouvrir les valeurs de

l'esprit, à approfondir l'amour pour le Christ et à accueillir la « Bonne

Nouvelle » qui est le salut de l'homme dans sa plénitude.

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3. Très chers frères et sœurs de la paroisse « Sant'Achille » ! Je

suis heureux d'être ici avec vous aujourd'hui et de célébrer

l'Eucharistie dans votre Église. Ma visite dans votre paroisse a lieu

précisément au moment où tout le diocèse de Rome est engagé dans

la Mission dans la ville au niveau territorial, à travers la visite aux

familles et les centres d'écoute de l'Évangile dans les agglomérations.

Je suis avec une attention particulière cette grande entreprise

apostolique, qui a pour but de prédisposer le cœur des Romains à

accueillir la grâce du Jubilé. Je désire encourager les missionnaires,

hommes et femmes, qui, ces jours-ci, rendent visite aux familles et

c'est précisément à eux que je rappelle en particulier ce que j'ai écrit

en termes plus généraux dans la Lettre apostolique Tertio millennio

adveniente : « L'Esprit est aussi pour notre époque l'agent principal

de la nouvelle évangélisation » (n. 45). Que face aux difficultés

éventuelles que rencontre ce travail missionnaire,. croisse. en.

chacun. la conscience de l'action de l'Esprit Saint, qui nous

accompagne et « construit le Royaume de Dieu au cours de l'histoire

et prépare sa pleine manifestation en Jésus-Christ, en animant les

hommes de l'intérieur et en faisant croître dans la vie des hommes les

germes du salut définitif qui adviendra à la nuit des temps » (Ibid.).

4. Très chers amis, j'adresse à tous un salut affectueux, en

commençant par le Cardinal-Vicaire et par l'Évêque Auxiliaire du

secteur. Je salue également cordialement votre curé actif, le Père

Giuseppe Ferdinandi et les chers religieux du Troisième Ordre

régulier de Saint François qui sont ses collaborateurs, les diacres

permanents, les ministres extraordinaires de l'Eucharistie, qui se

prodiguent tant pour la visite aux malades, leur apportant chaque

dimanche la Sainte communion, ainsi que les membres des

nombreux groupes et regroupements ecclésiaux présents dans la

paroisse.

Votre

communauté

est

également

caractérisée

par

un

engagement généreux et actif des laïcs, en particulier dans les

secteurs du service

aux plus faibles

et dans diverses initiatives

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spirituelles et culturelles. Je me réjouis de cette vitalité apostolique et

missionnaire et je souhaite que cette tension évangélique croisse

toujours plus.

En. ce. moment. privilégié. de. grâce constitué par la Mission

dans la Ville, je vous invite tous, très chers fidèles de la Paroisse

« Sant'Achille », à intensifier votre effort en vue de diffuser la Parole

salvifique parmi les habitants de Rome, à travers le dialogue avec les

personnes et les familles, en valorisant les centres d'écoute de

l'Évangile dans les maisons, et la célébration quotidienne de la Parole

de Dieu. En outre, unissez à l'annonce de l'Évangile un témoignage

concret de la charité, qui devient solidarité et partage, en particulier

avec les plus indigents.

Je sais que vous œuvrez déjà dans ce sens, en cherchant à

renforcer des formes de volontariat spontané pour les transformer en

initiatives de solidarité plus stables et mieux organisées. Je vous

encourage volontiers à poursuivre sur cette voie, en étudiant et en

réalisant des formes courageuses et qualifiées de service à vos frères,

en identifiant dans ce but les types de pauvreté, anciens et nouveaux,

présents également dans cette zone. Il s'agit d'accompagner des

mères célibataires et tant de personnes seules et âgées du quartier ; il

est nécessaire de prendre soin des malades et des personnes qui

souffrent ; il faut faire preuve de compréhension et d'accueil à l'égard

des immigrés et des nomades, pour communiquer à tous le réconfort

de la présence du Seigneur et la proximité solidaire de la

communauté chrétienne.

5. Un soin attentif doit être porté aux familles, en particulier à

celles qui, pour diverses raisons, ne réussissent plus à vivre

pleinement l'amour conjugal’ C'est une mission difficile, je le sais,

mais ô combien importante et urgente ! Il est tout aussi urgent et

important de savoir approcher les jeunes pour leur transmettre

l'Évangile du Christ et la confiance dans la vie. Soyez conscients que

tout effort accompli dans ces deux domaines fondamentaux de la

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pastorale, étroitement liés entre eux, apporte une contribution

précieuse à la nouvelle évangélisation.

Votre Communauté est confiée à la protection céleste de saint

Achille, en mémoire du saint Patron de mon vénéré Prédécesseur Pie

XI, qui se fit le promoteur à Rome de la construction de cinquante

nouvelles paroisses et apporta un élan puissant, dans toute l'Italie à

l'Action catholique. Que le souvenir de ce Pontife de notre temps, qui

a tant œuvré pour la promotion du laïcat chrétien, encourage un

apostolat fort et généreux, apte à renouveler avec le levain

évangélique notre société au seuil du troisième millénaire.

6. Que sur cet itinéraire apostolique nous soutienne la

conscience que Dieu est fidèle. Dans la première Lecture, nous avons

écouté le récit de l'alliance stipulée par Dieu avec Abraham. A la

promesse divine d'une descendance, Abraham répond « espérant

contre toute espérance » (Rm 4, 18) ; pour cela, il devient. père. dans.

la. foi. de. tous. les croyants. « Abram crut en Yahvé, qui le lui

compta comme justice » (Gn 15, 6). L'alliance avec les souches du

peuple élu est ensuite renouvelée dans la grande Alliance du Sinaï.

Celle-ci trouve ensuite son accomplissement définitif dans la

Nouvelle Alliance, conclue par Dieu avec l'humanité tout entière,

non pas à travers le sang des animaux, mais dans celui de son Fils

même fait Homme,. qui. offre. sa vie pour la rédemption du monde.

Que Marie, qui comme Abraham, croyait. contre toute

espérance, nous aide à reconnaître en Jésus le Fils de Dieu et le

Seigneur de notre vie. Confions-lui le Carême et la Mission dans la

ville, afin qu'ils représentent des moments privilégiés de grâce et

qu'ils apportent des fruits abondants de bien non seulement pour la

communauté chrétienne, mais pour tous les habitants de Rome.

15 mars 1998

Dans la matinée du dimanche 15 mars 1998, le Pape Jean-

Paul II a présidé dans la Basilique Saint-Pierre une cérémonie de

béatification au cours de laquelle il a élevé aux honneurs des autels

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trois Serviteurs de Dieu : le Bulgare Vincenzo Eugenio Bossilkov

c.p., Évêque et martyr (1900-1952) ; l'Italienne Brigida di Gesù

Morello, religieuse fondatrice des Sœurs Ursulines de Marie

Immaculée (1610-1679) ; l'Espagnole María del Carmen Sallés y

Barangueras, vierge fondatrice des Religieuses Conceptionnistes

Missionnaires de l'Enseignement (1848-1911). Au cours de la

cérémonie de béatification, le Saint-Père a prononcé l'homélie

suivante :

1. « Dieu l'appela du milieu du buisson. Moïse, Moïse. dit-il, et

il répondit :.Me voici. » (Ex 3, 4).

Dans la première Lecture, nous avons écouté le récit de la

vocation de Moïse. Dieu révèle à Moïse son nom : « Je suis celui qui

est » (Es 3, 14), afin qu'il le communique au peuple d'Israël’ C'est

ainsi que s'instaure un rapport particulier de confiance et de

familiarité entre Dieu et son envoyé. Celui-ci est investi de l'autorité

de médiateur entre le peuple et son Seigneur. En vertu de cette

responsabilité, il deviendra l'instrument de Dieu pour libérer Israël de

l'esclavage d'Égypte. A travers son œuvre, c'est Yahvé lui-même qui

conduira le peuple pendant quarante ans dans le désert jusqu'à la terre

promise, et qui conclura la grande Alliance du Sinaï avec lui.

L'histoire de la vocation de Moïse démontre clairement que

l'appel à la communion avec Dieu, et donc à la sainteté, est une

condition nécessaire pour toute mission particulière en faveur de la

communauté et au service des frères.

L'initiative divine, qui appelle une personne à la sainteté et lui

confie une mission particulière au service de son prochain, resplendit

de façon lumineuse dans l'expérience spirituelle des trois nouveaux

Serviteurs de Dieu, que j'ai aujourd'hui la joie d'élever aux honneurs

des autels : Vincenzo Eugenio Bossilkov, évêque et martyr, Brigida

di Gesù Morello, religieuse et fondatrice des Sœurs Ursulines de

Marie Immaculée, María del Carmen Sallés y Barangueras, vierge et

fondatrice des Religieuses Conceptionnistes Missionnaires de

l'Enseignement.

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2. « Ils buvaient à un rocher spirituel qui les accompagnait, et

ce rocher, c'était le Christ » (1 Co 10, 4). L'Évêque martyr Vincenzo

Eugenio Bossilkov s'est abreuvé au rocher spirituel qu'est le Christ.

En suivant fidèlement le charisme du fondateur de sa Congrégation,

saint Paul de la Croix, il a cultivé intensément la spiritualité de la

Passion. De plus, il s'est consacré sans réserve au service pastoral de

la communauté chrétienne qui lui était confiée, en affrontant sans

hésitation l'épreuve suprême du martyre.

[en bulgare]

Mgr Bossilkov est devenu ainsi une gloire éclatante de l'Église

dans sa Patrie. Témoin intrépide de la Croix du Christ, il fait partie

des innombrables victimes que le communisme athée a sacrifiées, en

Bulgarie et ailleurs, au cours de son programme d'anéantissement de

l'Église. Au cours de cette période de dure persécution, de

nombreuses personnes se sont tournées vers lui et ont puisé dans

l'exemple de son courage la force de rester fidèles à l'Évangile

jusqu'au bout. En ce jour de fête pour la nation bulgare, je suis

heureux de rendre hommage à tous ceux qui, comme Mgr Bossilkov,

ont payé de leur vie l'adhésion sans réserve à la foi reçue dans le

baptême.

[en italien]

Mgr Bossilkov a su unir de façon admirable

sa mission de

prêtre et d'évêque à une intense vie spirituelle et une attention

constante aux exigences de ses frères. Aujourd'hui, il se propose à

nous comme figure éminente de l'Église catholique qui est en

Bulgarie, non seulement en raison de sa vaste culture, mais

également en raison de son constant souci œcuménique et de sa

fidélité héroïque au Siège de Pierre.

Lorsque l'hostilité au régime communiste contre l'Église se fit

plus décisive et menaçante, le Bienheureux Bossilkov voulut

demeurer près de son peuple, tout en sachant que cela mettait sa vie

en péril’ Il ne craignit pas d'affronter la tempête de la persécution.

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