Vous êtes sur la page 1sur 368

R. LE FORESTIER

LES ILLUMINÉS DE BAVIÈRE

ET

LA FRANC-MAÇONNERIE

ALLEMANDE

FORESTIER LES ILLUMINÉS DE BAVIÈRE ET LA FRANC-MAÇONNERIE ALLEMANDE SLATKINE MEGARJOTIS CiENl~VE J I) /•J REPRINTS

SLATKINE

MEGARJOTIS

CiENl~VE

J I) /•J

REPRINTS

1-\ S' 14 2

LLJ

l'fî ~

c.,

103f)744

Mel~

AVERT ISSEMENT

L'objet princ ipal de cette étude est l'histoire de l'Ordre des Ill uminés de Bavière. Les documents , impr im és ou manu scrits, sont abondants et d'une authentic ité certaine . Ils donnent des renseignem ents sfus et précis sur les

doctr ines

les poin ts essen tiels. Il en va tou t autrement pour la Franc-Maçonn erie allemande à laquelle est consacré le deuxième livre. Ce vaste champ est it peine défriché et les documents originaux sont ou extrêmement rares ou inabordabl es. Les trois chapitres qu'on lira plus loi n sont un e comp ilat ion d'ouvrages de seconde ma in et l'auteur décl'ine route responsabilité pour les erreurs qu' il-aura pu commettre à leur suite.

et les destin ées de l'a ssociat ion et permettent de mett re en lumière

intérêt, beaucoup

d'entre eux étant dépourvus de va leur ou d'originalité. Elle ferait en outre double emploi avec les références donn ées au bas des pages . On se conteptera

cl one d'in diqu e r ici les sourc es ayant une im port an ce documentaire, av ec la

rubrique sous laquelle

plus fréqu emment mises à co ntribution.

son t citées au co u rs de l'ou vrage celles qui ont été Je

Une liste complète des ou vrages cons ultés serait sans

ORDRE

DES

ILLUMINÉS

Les docummts nut nnSC1·it s se t ro u vent dans t rois dépôt~ pri ncip au x:

r (G. H. A.). Les Archives Secrètes de la Ma ison Royale de Bavière con-

wrvc nt toutes )es pièces de la procédure insti tu ée à partir de 1786 contre lt"· Il lum inés : papiers confisqués au cours des perquisi tions, procès- verbau x dt ", inter roga to ires auxquel s furent soum is les accusés et les témo ins, tllrnwir cs justifi catifs d es préve nu s, listes des suspects dressées par la police .

1 IJt H: class ification sommai re de cette masse de docum ents a été faite par

b e au co up d e piè ces n 'o nt pas é t é co t ées .

l r •t

\'1111 11 lli 11R :lii'C S c nqu C: t l.!l lt'~. ,nni s

IO

AVERTISSEME NT

Le dossier n'avait été consulté jusqu'à présent, et fort superficiellement, que

par MM. Wolfram etEngel do nt les ouvrages

sont mentio nnés plus loin.

2 (B. U. M . ). La Bibliotbèqne de l'Université de Mu nich possède les papiers

enlevés aux archives de la Loge Augusta aux Trois Couronnes de Freysin-

gen ou saisis chez le Conseiller H oheneicher de cette ville . Tous ces docu-

ments sont soigneusement classés et cotés .

de Go tha

3 (GoT HA) . L es A rcbi·vcs

de

la

L oge

E rnest

au

Compas

rô le

importan t dans l'Ordre des Illuminés, et par l'écrivain Becker . L'histoire des

pap ie rs de Bode

de Saxe- Gotha, ils fu rent, après la mo rt du duc et conformément à ses dern ières volontés, mis en dépôt aux archives del a Gra nde Loge de Stockholm qui les renvoya il y a quelques années à la Loge Ernest au Compas . Une com mi ssion nommée par le d uc actuel a tenté de trier el de classer ces papiers, ma is elle a bientô t ren on cé à poursu ivre u ne entre prise dont le

est assez curieuse . Achetés à sa veuve par le d uc Ernest II

déti ennen t les d ocume nts au trefo is possédés par Bo de, qui

joua u n

profit lui paraissait très aléatoire 1 .

Documents imprimés :

(O . S.) Eitrige Originalschriftm des Ill u minaten O r dens, we lche bei dem

gewesenen Regierungsrath Zwack durch

Landshut den I 1 und I 2 oktober 1786 vorgefunden worden. Auf hœchsten

Befeh l seiner chen, 1787.

(N. O.

natensekte

hau pt gewesenen Professer zu Ingolstadt betreffen und bei der auf dem

Baron

Churfuerstl ichen Du rchleuc ht zum Druck befoe rdert. Muen-

vorgenommene Hausvisitation zu

S.) . Nachtrag von weiteren Originalschriften, welche die Illum i-

ueberh aupt, sonderbar aber d en Stifter derselben Adam W eis-

Bassusische n Schlosz zu Sandersdorf, eine m bekan nten Illuminaten

Neste, vorge nommenen Visitation entdeckt , sofort auf Churfuerstlich hoechsten Befehl gedruckt, und zum geheimen Archiv genommen worden

sind, um solche jedermann

Zwo

Abth eilungen. Muen ch en,. 1787 .- O. S. et N . O. S . reproduisent

auf Verlangen zur Einsicht

vorlegen zu las se n.

1. Les

recherche s dans ces tro is archives on t été ren d u es possibles ct fr uctu eu ses pa t·

un e particul i~t·c r econ na is-

Bavière, M. le

In t ime

de Mun ic h,

l 'extrême obl igea n ce

sance à

Chevalier

D• J .

d e le ur s

co n servateurs.

L 'a u t e ur d oi t

bibliothèque de

l'an cien

de

Weiss ;

Directeu r des

J\1.

Archives Secrè tes de

le Consei ll er

ln Maison royale de

à

M.

le

Bœh m, à l'anc ien

Il

0' Jochnc r ct

ln

Secréta ire

Con se r vate u r de

l' Univers ité

M.

le

D• Sc hn o rr de Ca r o l s f eld et à so n Con~c r vntc u o· ~c tu cl M. le D • Geo r ges \Vo l fi';

ù

M . le C onseiller d e Ju stice 13œ tt nc r, Mn1to · c en C:luoi ~t• dt•

l n l. Ot;c I• : J' II CSt nu Co onp ns,q ui

n

bi e n voulu ad m c t to 'C un p r o fan e d a n s 111 hlhli u th~ qt H ' de ln

t ous l es do c um e tH R qu i n 'êt11i0nt (lOR IIC t· ll ~~ p1 11 l u 'IN t ' o• t ll lltÇU I IJ dq uc •.

i. OIIC c t 111 C: Itt ' O h ~''di spos ition

AVERTISSEMENT

II

Ils présen tent quelques

lacun es intentionnelles qu'il a été pos sible de comble r e n se reportant au x documents originaux.

(Echt. Ill.) . Der aechte Illuminat o der die wa h ren unverbesserten Rituale

das Noviciat, 3 den

une partie des documents co nservés

au

G.

H . A.

der

Minervalgrad, 4 den klei nen und 5 den (Francfort-s.-M.), 1788.

Illuminaten.

Enthaltend

I

die Vorbereitung, 2

grossen Illu minatengrad . Edessa

(NEUEST. ARB.). Die neues/en Arbeiten des Spartacus und

P hilo in d em

Illuminaten Orden, jetzt zum ersten Mal gedruckt und zur Beherzigung bei gegenwaertigen Zeitlaeuften herausgegeben. o. O. , 1794· (ILL. DIRIG.) . Illuminatus Dirigens oder Schottischer Ritter. Ein P enda n t zu der nicht unwichtigen Schrift : die neuesten Arbeite n des Spartacus und Philo. o. 0., I794·- Les grades contenus dans ces trois recueils ont été

co piés

fid èlement sur les documents or iginaux, ai nsi qu'il a été facile de le

co nstater en les collationnant avec les exemplaires manuscrits existant encore à Gotha.

An twort

Anford er u nge n u nd Frage n, die an ib n ergangen, seine dem Orden der Illuminate n betreffend. H annover, 1788 .

plai doyer,

donne des renseignements

du plus haut intérêt sur l'é tat d'esp rit de l'auteur et de ses collègues et su r l'histoire même de la Société.

- Mémoire justificatif d'un des pri n cipaux chefs don t quelques assertions sont sujettes à caution,

auf ve rschiedene Verbindung mit

(E NDL.

ERKL) .

-

Philo's {Knigge)

endl iche

Erklaerung und

de l'O rdre . Ce

(BAssÙs).

-

Vorstellung denen

hohen

Standesbaeuptern der Erlauchten

Republilt Graubuenden in An se hun g d es Ill um in at e norden s auf hohen Befe hl vorgeleg t von Thomas Franz Maria F reyherrn von Bassus . 1788 . - Au tre mémoire, écrit par un honnête homme et méritant tout créd it . Contient en outre des documents intéressants.

1

(WoLFRAM). -

Wo lfram: Die Illtmzinaten in Bayern tmd ihre Verfolgung.

2 . Programme J es kgl. hu manistischen Gymnasiums in Erlangen, r899,

L'auteur d e ces deux brochures a consult é les docum e nts conse rvés il

Mu nich dans les Archives. Secrètes d e l'Etat, les Ar~hives G én érales de l'Etat, les Archives de district et les papiers du conseiller d' Etat de Lippert possédés

par

r900. -

la Société H istorique de la Haute-Bavière.

(ENGEL).- Léopold Engel

: Geschichte des Illwninaten-Ordens . Ein Beit rag

7. Ur G esc hi c ht e Bayem s . Ber l in , 1906 .- C et o u vrage

histor ique au vra i sens du mot

ave c bea u cou p de

Pa r is . M . r. ngc l a en outre reproduit une bo nn e parti e d'un

prtr nn des princ ipau x ch ers de I'Ordn.:, Xavier de Zwack, mémoire aujour-

est mo ins un e étu d e

d e documen ts ex tra its

zè le d es archi ves de Munich , Berlin, D resde, Vi enn e et

mémoi re écrit

qu 'u n recueil cha otique

12

AVERT!SSEMENT

d'hui en sa

ordens.

KLENKE. - Aus einer allen Kiste. Originalbriefe, Handschriften und Documente aus dem Nachlasse eines bekannten Mannes. Leipzig, 1853. - Sous ce titre pittoresque le D' Klenke a pub lié une partie des papiers person- nels du baron de Knigge et notamment les lettres qui lui avaient été adres- sées par des contemporains notoires.

possession et intitulé Bwrkttndete Geschichte des Illuminaten-

K. GœoEKE: Knigges Leben und Schriften. Hannover, 1884.

ASTRAEA. (Revue maçonnique), Briefwecbsel von Knigge mit Grewe und R ichers: xvi, 1852 . GEIGER: Bayerische Briefe ( Forschungen zur Kultu r und Literaturge - schichte Bayems, 1897).

Du MouLIN EcKART : A ttS den Papieren eines Illttminaten. (Ibid. 1895 .) -

Avec citations des dépêches de Chalgrin et de Montezan, ambassadeurs de France à Munich, (Archives du Ministère des Affaires Etrangères à Paris) et d'après la Beurkundete Geschichte citée plus haut.

H ARTMANN : Professor Adam Weishaupl zu I ngolstadt und sein Illumina-

tismtls. (Aitbayerische Monatsschrift, Heft 2-3 .) R. KErL : Wietzer Freunde. Beitrrege zur Geschichte de r deutschen Literatur und des geistigen Lebens in Œsterreicb, 1888. - Reproduit des lettres écha ngées par des Illuminés viennois.

A.

K LEINSCHMIDT: Karl Theodor,Friedrichzu Salmund Fr. X. von Zwack

(Neue

Heidelberger Jahrbuech er, 1897).

(ABAFI): Geschichte der Freima.urerei itl Œsterreicb-Ungarn, 5 vol., 1890-

1899 · -

Contient de no mb re ux renseignements sur l'histoire de l'Illumi-

nisme en Autriche-Hongrie.

W ILH. KELLER : Geschichte des eklektischen Freima.urerbundes. Giessen, r867.

- Histoire documentaire d'un Système maçonnique qui doit en partie sa naissa nce à l'O rd re des Illu minés t .

(BIEDERMANN). K. Biedermann: Deutschland im achtzehnten Jahrhundert,

4 vol., 188o.

PERTHES: Das deutsche Staatsleben vor der 'R_,evoltttioll. 1845 . Politische

Deutschland zttr Zeit der franzœsischen Herrschaft.

Zt1staende tt. Personen

in

1862.

(ScHLOSSER). F . C . Schlosser: Geschichte des achtzehnten Jahrhtl.nderts " · des neunzelmten bis zt~m Stur z des franzœsischm J(aise rreicbs mit besonderer Ruecksi cbt arif geistige Bildung, 8 vol., 1879.

•. Les ouvrngcs de Weishnu pt, polémiques ou doctrinnux, dont plusieu rs contiennent des

do cum cn1s ct d es

re nseign eme nts sur l'histoire de son Ordre, so nt ci tés en leur p loce.

l'histoire de son Ordre, so nt ci tés en leur p loce. du FRONTISPICE Verbessertes System

du

FRONTISPICE

Verbessertes System der llluminaten,

Frankfurr & Leipzig, 1788.

AVERTISSEMENT

IJ

(WENCK). W. Wenck: Dwtschla11d vor hzmdert Jabrcn. Politische Mei- nzmgm 1~. Stimmzmgen bei A11brucb der RtvOlutiOIIS{eit, 2 vol., r887 .

C es cinq ouvrages généraux s'appuient su r une abondante documentation et sont une mine fort riche de petits faits caractéristiques.

FRANC-MAÇONNERIE

(Hon. d. F

. M. r 86 5) : Allge 111eines

Hnrzdbucb der

Freimaurerei. 3 vo l.,

Lcipsig, r 863- r8 65 . ( Hoa. d. F. M. 1901). Allgclllcines

Handbuc/; der

Freùnaurerei . 2

vol. ,

Lcipsig, I 900 -I 90 I.

Ces deux nouvelles éditions de la vieille Encyclopédie Maçonnique de

Lenning ont

travaux récents les erreurs de l'édition précédente, elle a fâcheusement res-

treint la partie documentaire, qui est t rès riche chez son aînée . Les deux

recueils ont été

entendus quand il n'est pas don né d'autres références.

largement mis à contribution et doivent toujours être sous-

chacune des mérites différents . Si la seconde rectifie grâce aux

(NE TTELI!LAOT): von.Ne ttelbladt : Geschicbte freimaurerischer Systeme. r 836.

Matûtscript fzter Brueder . -Ou vrage des tiné aux Frères du Rite de Zinnen - dorf, a été retiré du commerce et n'est accessible, du moins en principe, qu'aux Francs-Maço ns. Cette histoir e de la Franc-Maçonnerie allemande doit ètre considérée à un double point de vue. To ut ce que l'auteur dit à l'éloge du Rite et de son fondateu r est négligeable, mais l' historique des Systèmes maçon- niqu es rivaux es t de la p lus h aute valeur, car Nette l blad t s'appuie sur une documentation abondante et fait preuve d'une certaine impartialité. Débar- rasse de ses éléments apologétiques, son livre serait un des meilleurs ouvrages sur la Franc-Maçonnerie au xvm• siècle. T HORY: Acta Lato11wrttm. Paris, r8r 5. -Thory, bibliothécaire à vie du Rite Écossais Philosophique, a fait imprimer sous ce titre une partie des docu- ments contenus dans les archives de ce Rite.

J. G . FINOEL:

1905 .

Schriften ueber Freitntl!lrerei, 4 vo l., 7• édit ion , Leipzig,

R. TA UTE : Ma urerische Bt~echerkunde.Eitl W egweiser durch die Literatur der

Freimaurereimit literarisch-kritischm N otizen Leipzig, I

de la riche bibliothèque appartenant à la Loge Charles

A. W o LFSTJEG : Bibliographie der frei maurerischen

886 .- Catalogue annoté aux Trois Ormes à Ulm.

Litcratnr, 19 II .

LIVRE

L'Ordre

PREMIER

des

Illuminés

CHAPITRE PREMIER

Le fondateur et la

fondation de l'Ordre

1tl jm11esse de Weishaupt. - L'enseignement religieux des ] émites bavarois et lc1 bibliothèque d'Ickstatt . - L'Université d'Ingolstadt en 1772 . - Démllés dt· Weishat~pt avec ses co!Ugttes. - Brouille de Weis!Jaupt et d'lckstatt. - lso/emmt de Weishaupt. - Plans de défense et de conquête. - Souvmin de 1'11ntiquité. -E nthousiasme passager inspiré par la Franc-Maçonnerie. - J:Essai sur le Mérite de Abt. - La Loge alchimiste de BttrghatHen. - Fon- datio'n de l'Ordre des Perjectibilistes ott Illuminés.

répandit dans la pe tite ville univer-

'lllti rc d'Ingolstadt en Bavière que M. le professeur Weishaupt était père d'un g ar çon , ses collègues pure nt pr éd i re a u nouve~u-né l es plu s brilla ntes

quelque goû t pour l'étude. Le

drMinéesacadémiques s'il montrait plus tard

professeur Weishaupt était en effet Je pro tégé du puissant Curateur de l'Uni-

Lorsque le 6 févr ier 1748 le bruit se

'

,.,,ité, le baron d'Ickstatt,

conseiller intime

en

exercice,

administ rateur

du

1 tibuna l Provincial Libre d'Hirschberg, vice-prés ident du Conseil Privé

de

I'Fil'ctcurde Bavière. Westphalien de naissance, Jean-Georges Weishaupt avait

t'-11~étudiant puis répétiteur de droit

l\tvnit cu po ur élève. Il avait épousé par la s ui te une nièce d e Mme Ic ks t a tt ' t ·.on oncle par alliance l'avait fait venir à Ingol~_tadt et ·nommer par décret

chaire d'I nsti-

lllltons Impériales et de Droit Criminel. C'était d'ailleurs un fort médiocre l''ol(·s\I.!Ur, mais on savait que le Curateur s'e ntendait à pousser les membres ol 1· ·,a r:lllr ill c c t nul ne doutait qu 'i l ne reportât su r l e fils un e bonne partie

à l'Université de Wurtzbourg où Ickstatt

/ du 1•1oc tobre 1746, à l'âge de vingt-n euf ans, titulai re de la

I6

LE

fONDATE UR

ET

LA

1:0~DATION DE t 'ORD RE

de l'affectio n qu'il témoignait au père . Elle se manifesta bientôt d'une façon éclatante : le baron d'Ick srat t daigna tenir lui- même su r les fonts baptismaux

le jeune Jean Adam \\leishaupt 1 .

imposait à Ickstatt cessèrent

Les devoirs

que

cette paternité mystique

assez vite d'être platoniques, Georges \V eis haupt étant mort en septembre 175 3

à Heiligenthal près \Vurtzbourg où il était allé passer les vacances avec sa

famille 1 . I ckstatt s'occ u pa de son filleul e t lui fi t obtenir tro is a n s p lus tard une bourse au collège des Jésuites d'Ingolstadt. Adam Vleishaupt se

d istingua par seri appl ication, et sa mémoire complaisante exécuta avec succts

les tours de force aussi ext raord in aires qu'inutiles où trio mphait l'ense igne- ment mécanique des Pères bavarois . Sorti du collège à quinze ans il entra immédiatement :\ l'Unive rsité et se fit inscrire à la faculté de Droit. Il s'y montra étudiant laborieux et assidu, mais l'étude des Pandectes n'absorba pas tout so n temps ct il fit de longues séances dans la bibliot hèque d' Ickstatt .

avidité avaie nt pour le jeu ne

étudiant l'attrait du fruit défendu et firent sur son esprit une profonde im-

Les livres qu'ell e renfe rmait et qu' il lut avec

pression. Comme beaucoup d'Alle mands des hautes classes à ce tte époque, Ickstatt collectionnait les ouvrages français où s'étalait l'incrédulité comba- tive du parti philosophique et que la censure consignait à la porre de la bibliothèque u niversitaire 3 . Pour résister à de telles lectures il eût fallu à cet

enfant de quinze ans une do n né

pa r les Jésuites d' In go lstadt ne l'avai t pas armé. Certes We ish aupt

n'ava it naturellement aucune tendance au mysticisme spiritualiste, mais ses anciens maîtres n'avaient non plus rien fa it pour l'amener à sentir la bea uté

d~ l' id éa l c hrétie n et leur système pédagog ique, si défectueux en génér al, l'était particulièrement dans cette branche de leur enseignement, pourtant la plus importa nte à leurs yeux. Ici , i1 au ra it faHu s'adresser su rtout à l'imagination et au cœur, ils faisaient appel uniquement à la m~moire et

ne visa ient à obtenir par un dressage mé t bod,.iq ue qu'une dévot io n mac h i- nale sans force et sans vie .

(( Nous étions·astreints, il est vrai, racontait plus tard Weishaupt, à de fré · quentes confessions, nous devions ass ister régulièrement au culte div in et fai re nos dévotions aux Saintsparticl;llièrement vénérés par la Compagnie. Mais à cela

se réduisait l'enseignement religie u x. Les Jésuites voulaie nt par l'éclat

par l' habitude, par le d ressage du corps· et de l'espr it, et non par des :lrgll- ments, se rendre si complètement maîtres des jeunes cervc:mx qu'ils n'eu sse nt plus besoin dans la suite, au moment où ils· se rai e n t arrivés :'l l:t m:ttmité , de raisons plus solides . Notre se ul ens e i g n e m e nt (r e li g i e u x ) wn :, bl.litùr~

solide foi chrétienne dont l'enseig nement religieux

extérieur,

:Îtl·r

1.

Wolfnun, 1, fi . - ~. l •: n /{t· l , •:.~

1,

\\"ollnw1 1 l , H.

/

LI::

FONDATEUR

ET

LA . FONDAT ION

D E L.OR D RE

' 7

machinalement par cœur tous les vendred i s un passage d~ not re Canisius 1 .

éta ie nt dist ribués à la fi n de l'an née o n en donna i t un à

celui qui avait, lors de l'examen, fourni les preuves les plus évidentes de son

cons is[aient ces preuves: << Nous

devions attendre e n rangs , le plus sou ve n t dans l' ordre alph abé ti que, à la

porte de la pièce où siégeaient les trois juges chargés d'examin er la profon- deur et la solid ité de notre foi. A u n sig nal donné, le premier de la fil e entrait et il devait non pas répondre :i une 9-uestion sur la foi, mais résoudre

exemp l e réciter sa n s h ésita -

tion le Pater Noster en comm enç an t par la fin, ou dire combien de fois se trouvait « et 11 ou (( cum 1> dans le pre mi er cha p it re. Ou bien J'on no us

di s.1it deux ou tro is mots er nous devions cont inu er imm éd iate ment et

Quand

no~ts. av ion s répo ndu l'u n après l'autre aux questions posées par ce tribu nal

n:l 1g Jeux, le préfet paraissait à la porte et lisait les nom s de ce ux qui avaient

rt:so lu leur énigme. Ceux-ci restaient alors sur les rangs et recom mença.ient

re ligio n jusqu'à ce qu' il n'y elit plu s qu'un seu l vainqueur couronne 3 1>

Les chrétiens ain si formés é ta ient dialt.:ctique passionnl:!e ou rai lleuse des profo ndément Weishaupt. I nqu ie t et

d?nt il attendait des éclaircissements sat isfaisa nt s, mais les réponses de ses d1rccteurs de conscience lui parurent si. plates, si creuses, si peu concor-

ma l préparés pour rés ister à la

Elle troubla

découragé il ex·posa ses doutes â ceux

leur concou rs de qui remportait la

Quand l es prix:

instructio n chrét ienne !J> . Et voic i en quoi

u ne é ni gme tirée d e Omisius. 11 n ous fall ai t par

cela autan t de fois que ces mots reparaissaient. dan s le chapitre

bie n

philosophes irrél igieux.

1. l) icrrc C u1is o u ~nnisius {von der Hondt) de Nimègue en Hollande, su rn om mé Je

"nouvel ap,ôt~e de J ,\!lemagne •· fut un des mi ssionnaires les pl us actifs du ·e une ~lrdre d~s Jesunes. En\'oyé pa r Lo yo la A Ingolsta dt en •5.~gs ur la demande de n':r 1

JHu~~ Y ,!.onder un _gym n a~~· i~ av~it contrib~é ~à établir solidement. son Ordre en Bn~~i~er::

catéchisme : « Petri Ca nisii S.

bré\·iaire populaire aussi

_

Ju Nl lltcn

sc ll C lt C cr

J.

t~;pnndu parmt les catholtques que l ' était

Il t~d•gca en

1

Summa

(llouhmc~ : Les

t 5_:>4 s u r l_m~·ttauon du

m

do_ctnnœ

J ésuites,

ro t Ferdinand un

une

sorte

de

chr~sttanre », qui devint

traduction 5 7 }.

l e catéchisme de Luthe r pa rmi l es

O .

i\lonod, t o5 - wg;

L ipows ky :

Ge ~r.o~cstn~h.

B aycrn, 1, 55,

~· W~ishaupt Nachtr.og zur R echt f enigung meiner Absichten,

:1. l btd.,

11 .

t S. Les déclarations de

Weishaupt sont confirmées par Rothfischer dn

Jlv rcynru e n 1]52 : •'011 del' Umwet;lichki'it lie,· schol!'lstischeu Art -ustlldiere/1 349. ns Lun

;s

c tv;;d;

•t~~co ntenu da n s le IL\'r C c n tter ou dnns une partie de celui-ci. 11 leu!" f:tu t en ~éciter

uu pn s~ngc en omettant l e mot «et » o u bien tout es les conjonctions, con tinu e r auta nt •ltllul.• que le mot« Deus» revient d ans le passage désigné prononcer ce mot ou 1

t

J• 1 u•.nes posent les questions les plus absurdes et sou,·ent leS plus g;ot esques sur le c

.n u ~~ ~~~~ Les é i Cves ~oiv ent .•lire

• • t.; ,. ,: ct'

p t w exemple combien de fois l e mot

et ., ou

ccue r~citnti~n. doit ~tre si sùre que celui qu i 1 6 e trompe d'une sylla~t~s:e;~

l•\pl'ltu Jlc rd le pnx. ()Cne pnr ~luckl_1ohn; Vortrt~ej(etm.f .A.tif~·aet;e, 3 1 t ). Boehm er d it

pour les enfants confiés à leurs soins des

<~c s _p riCr cs r éguliè re s, des examens de conscience ré u -

• l u ru~u. c6 té . : ~ L es

1 .èr e s ~o n s 1dénuent que

mct!• oc ll quc:.,

:u:c

' ILuh,;l!,;~,:" rcht:~t

llt11.,, Il cH confc~lllOl!llrcH ul lèl"cS, lll SSlStltl h:C n !e; ulii:rc i1 lu messe ct aux exercices domi~li­

•·W\ ti iHicut bcnut:~lllP [lltl~ lmponnnt~ que l' en s ciJ.; Il cmcnt de ln reli g ion ( I. e., :IlS).

,

rS

LE

FONOA'fEU R ET LA

FONDATION

U.E

L 'OIWRE

Jantes qu'elles augmentèrent la répugnance que lui inspirait maintenant œ

qu'o n lui avai t présenté au collège comme des véritc:!s. Il tomba dans un sce pticisme radi cal. L'histoire juive lui paraissait la plus insupportab le des r h apsodies et le mot mème Je Bi ble lui semblait ridicule. Les Éc ri t ures l u i inspiraient un e aversion co mparable à celle qu' il co nserva toute sa vie pour les œuvres de Cicéro n qui lui rappelaient trop vivement les heures de classe

toute

où il avait pâli sur les tirades de

fraiche rêvai t de faire des prosélytes et il

l'orateur ro main.

Son

ir ré lig iosité

se disait q ue, nouvellem ent afhanchi

des croyances

trad itionnelles,

il avait le

de voir de tirer les autres de l'e rreur

où ils étaient

encore plongés

1

Tout en caressant ce noble projet, il politique, l'histoire, la philosophie et

baient sous la main 2 Il était stimulé par le besoin de gagner sa vie autant q ue par la soif de

qui lui tom-

étudiait avec zèle le dro it, l'économi e

dévo rait tous les livn::s

science. Sa mère et lui n'avaient pour vivre que 300 florins de revenus per- sonnels, et, quand la bourse qui lui ayait été: ac.:ordée à l'Université lui fut

ret irée à

ht fin de 1766 pou r un e raison r estée inconnue, il fut obligé de solli -

citer un secou rs, n'ayan t pas de quoi s'acheter les livres nécessai res à ses

études :l . En fin le 9 août 1768 il reçut un diplôme

conçu en termes fort élogieux. Nommé bientôt après Repetitor Publicus il t!otrai t en 1772 da ns le corps uni versitai re avec le titre d'Assis tant de la

chaire de jurisprudence 1 .

ava nceme nt,

de D octor

utriusque

juris,

fillt:ul et

protégé d'lcbtatt auqud

il

devait son rapide

'vVeishaupt savait q ui! serait mal

qui n'avaient pas oublié la lutte autrefois soutenue conLre son patron. En 1746l'Électeur constatant que l'Un iversité d'I ngo lstadt, célèbre à !'~poque de ht Contre- Réforme et r2putée alors comme foyer de la science théologique dan~l'Allemagne catholique, était tombée dans une profonde décadence et que l'enseignement du droi t et de la médecine y était particulièrement négligé, avait entrepris de la réformer. IckstatJ lui avait paru désigné pour moderniser cette institution endormie dans une tntdition deux fo is séculaire .

accueilli par ceux de ses nouveam: collègues

Fils d'un forgero n, étudiant à Mayence, sold<!-t à 18 ans dans. l'a rmée

fran-

.:aise pui s dans l'année autr ichie nn e, lckstatt redeven u étudiant avait

visité

Îa H~llande, Londr es , l'Irlande et l'Écosse, il av a it été à Ma r bourg l e di sciple

eut housiaste de Christian Wo lf et avait reçu, à Mayence,~e grade de docteur en d roit. Professeur de droit publ ic allemand et de droit des gens à l'Un iver-

1. Weishaupt: Nachtrag zur Rech tf. m. Abs . 17-1 8 .

2

. Wolfram, 1, 8. -

3. -

Supp li que de M"'' Wcishuupt nu Co nse il ler !m im e de Li ppcn.

,\!" c hive s d e lu Soci cté Hist or i que'

de ;-lun idr . Cit é p u r En s c l.

~-Il· - + W o l fram , 1, \J·

LE

FONDATEUR ET

LA

FONDATION

DE

L'ORDRE

··ltt' de Wurtzbourg, il s'était vu appeler en 1741 à Mun ich par l'Électeur

( .h.u•lcs -Al be rt comme

1>nu~œ poste de co nfian ce 1l11 confesseu r du prince, le

t.IL·~ s humani t ai r es . Max -J oseph dev e nu Électe u r l' av a i t fai t b aron d ' Em pire

tll mème temps que Christian Wolf et l'avait pris pour

vigoureusement à

l'•vuvre . Il créa des cha ires de dro it publ ic et d'économ ie politique dont il

•w chargea en person ne et appela à d'autres Universités de nouveaux profes- w•u·s, par mi lesquels le père d'Adam Weishaupt . Ces réfor mes et l'e sprit qui les i nspirait sou levèren t une opposi tion violente

d.tn :. le pa rti clérica l et surtou t chez les Jésuites qu i considéraient Ingo lstad t 1tlltlmC une de leurs. meilleures places fortes dans l'Allemagne du sud. h.1 hlis dans cette ville depu is le 7 ju illet r 556 après une pre mière tentati ve

l'en se i- chaires

rh- théologie et de philosophie avaient été occupées par des membres de

l'! lrdrc. Celles de droit et de médecine n'ava ient été jusqu'au xvm • siècle

lir lru ct ueuse fai te en 15 48 , ils ava ient peu à peu m is la main sur tout ~:m·m ent . Les p rofesseurs susp e cts d'h é rési e avai e nt é t é é l iminés . L es

précepte u r de son fil s ainé le prince Max-Joseph.

il avait su combatt re victorieusement l'influence jésuit e Stadler, et ouv rir l'esp rit de so n élève aux

l 'Unive r si t é d' I ngolsta d t

se

conseiller. Ickstatt

mi t

111r 11t m é

Cu rateur de

Pères de Jésus avaient fondé un

t:\' llllla se et en 15 78 un séminaire gratui t 1 Dispensateu rs des places, ils

rl 1•.posa ient de toutes les fonda t ions pieu ses éta blies au cours de ces deu x dr\ b par les particuliers et les ducs de Bavière. Leur seul collège posséd ait

11 Ingolstadt

lr'•,u itcs et leurs part isans n 'é ta ient pas d'humeur à r e nd re sa n s coup fér i r une

ii H'l\.' resse possédée depu is si long tem ps. Le C urateur se trouv a bie n tôt en li ll le avec la Facu lté de théo logie qui pr étendait conserve r so n droit de cens ure ·oui lcs livres employés à l'Un ivers ité et prohiber l' usage de tout ouv rage

liquide de plus de trois mill ions de florins~. Les

, e~nfi6cs qu'à de

zélés catholiques . Les

un

revenu

Il on cat hol ique . Son do ye n vou l u t fo rc er Ickstatt à apporter de

si nombreuses

rrnrccti ons au co urs de droi t public q u'il ava it fait aut refois

à Max-Joseph

rl qu'il désirait maintenant donner à l'impression, qu'il dut renoncer à le

l oliiC éditer . La Faculté de t héologie réclama de Max-Joseph

rh ·.on privilège, Ickstatt ayant acheté à Leipzig des ouvrages protestants pour hi bl iothè ~ ue u niversita ir e . Le Curateur prou v a que les l ivres incriminés

11.licnt admis dans les Universités catholiques de Mayence, Wurtzbourg, ll.unb crg eL Fu lda e t l'Électeur lui donna raison . Les en n emis d'Ickstatt n-e ••t' lni ssi:rent pas d écourager par cet éche.: ; ils continuèrent à lui faire une 1:11vrn.: sans merci, l'accusan t d'introdui re e n contrebande de s l ivres impies et rl 1• sc per me tt re dan s ses conve rsatio n s pri vées et à sa. table , où il r ecevait

!.1

la confirmation

1.

ll oc lll ll cl' / . c., 105-1 12. -

2.

l bid . , ·20o.

20 LE FON DATEU R ET

L A

FON DATION

DE L 'ORDRE

des étudi ants com me pensi onnair es, d es attaques scand aleuses co ntre la

doyen de la Faculté de théologie fu lmina en chaire cont re les

' sav:nts q ui propageaie nt le luthér ianisme et se perm it des all usio ns fort clai res aux propos tenus à la table d' Ickstatt. Celu i-ci fit dresser procès-ve rbal du sermo n et réclama satisfaction au près de l'Électe ur au q uel la Fac ulté de

reliaio n . Le

théo logie fit parvenir de son côté un mémo ire énumérant ses g ri efs contre le

Curateu r. La faculté triomph a d'abord : lckstatt fu t invité à sc justifier

accusati o ns portées contre lui, et l' Électeur, en décidant que les liv res protestants seraien t excl us de l'Universi té, reconnut aux théolog iens le droit d'exercer une censu re rigoureuse sur les ouvrages mis en tre les mains des étudi ants.

Pourtant I ckstatt fin it pa r l'e mpo rter après avoir obte nu une audience de l' Électeu r. Le doyen du t fa ire ame nde hono ra ble devant le Sénat asse m blé, l'e mplo i des livres protestants traitant de jurisprud ence et d'éco no mie po litique fut aut orisé tant q ue les professeurs n'au raien t pas rédigé des recueils

la ce nsure serai t exercée d' un e

façon moi ns étroite. Cet arrê t mit fin aux host ilités ouvertes; Ickstatt pour-

jusqu'e n 1765

partir de cette

an née il eû t cessé de séjou rne r régulièrement à Ingolstad t il consen·a la hau te

des

à l' usage des étudiants et

il fu t ente ndu que

suivit ses cou rs sans inciden t

et

bie n qu

mai n su r l'Universi té t.

Mais si

ses ennemis vaincus

avaient renoncé à l'attaquer en

face, ils

n'ava ien t pas accep té le u r défaite et ses clients leur ét ai en t suspects . Ir ritable

c t o r gueilleux, tout gonflé - de ses succès scolaires et de ~~ hardiesse de ~es o pini o ns, W eishau pt n'était pas disp osé à se mon~rercon cthant, Son << Pnn- cipium Solemne », où sous prétexte de défendre l'utilité du « J us_Commune», il ;\ttaqu ait violemm ent les adversaires de cette branche du dro1t, souleva les clameurs de tous ceux qu i se sentirent visés et son protecteur d ut avouer

que si le jeune prof~sseur avait raison dans le fond il s'était montré, u n peu tro p mo r d an t d ans l a forme~ . L es m arq u es écl a tan t es d e la faveur d l ckstatt

aug mentèrent le dépit

d'abord que, suppléant du professeur en t itre Stuter, il ne tou cherai t p~s d'émoluments fixes et ne pourrait assister aux séances du Sénat ou Conseil des p r o f esse u rs d e l 'U ni vers i té . P ourta nt a u b o ut d e q u elq u es n:o i s il f~t au tor isé par Je Cura teu r no n seuleme nt à faire des cours rel?'ll lters ma1s t: n core à siége r avec voix _dél i b.éra tivc dan s le Consei l de la Faculté d e dro it

fut introduit officiellement le

24

traire du Curateur

ho mme de 24 ans qui ve nait, au gran d scandal e de ses coll ègues , de pu blie r

ac te arb i- un jeune

et avec voix consultative da ns le Sénat où il

des enn emis de W eis haupt. Il avai t été conve nu

juill et I 772 . La Facul té de d roit pro tes ta sahs succès con tre cet

et

contre la sit ua tion exceptionnelle fai te

à

1 . Kluckhoh11 1. c. , 313·343 ; Wolfram,

1,6·7·

2

Lettre d'lcks~a tt il Lori d u ;6

juil l et

1772.Cité pur E n gc l , 3z.

 

LE

FONDATEUR

ET LA

FONDATION

DE L 1 01WI\E

21

1111

opuscule

il

parl ait avec enthousiasme des principes du

droit des ge ns

l'tnft-•,sé par les

protestan ts H ugo Groti us, Leibniz et Wolf et

trouvait qu'on

tll,ll h.1it à I ngolstadt trop d'importance au jus pa trium 1 • l.t· con fli t devin t aigu quand l'an née sui va n te, l'o rd re des J ésu ites ayant ,·1, ·.up primé p ar C léme nt XI V, o n app rit que la cha ir e de dro i t can o n qu'i ls

'"'" pnit:nt depuis 90 ans avai t été promi se à Weishau pt . Les me mbres de la 1 ""'P:tgnie dissoute restaient encore maîtres de la Faculté de théologie, car

hntlt' de.: pro fesseurs qua lifiés pour cet enseigneme nt , l ckstat t avait été forcé

dt

d ~t •ll l' t u n g rand n o mbr e d e p r o f esse u rs d e l' Un i v ersi t é p rotes ta c o ntre l a ""lllination de \Veishaupt. L'l gue rre se ralluma entre le Curareuret les oppo-

l'Électeur de l'insu bordin atio n des professeurs ; d e

l1 111 dné trois t itulaires de cha ires it la Faculté de droi t ad ressèrent e n ha ut lt t 11 llll tllémoire i ls accusaient lcks r att d'avoir nom m é Weishau pt u n ique-

l ui - mê m e d e for m er un e

111 lit Hl avec \>Vcinbach, neveu d' l ckstatt, et le Cura t eur en perso nn e 2 La caisse dt l'Un iversité refusa it de payer le no u veau professeur et préte nd ait que son 11.lllt'llH:nt devait être prélevé sur les revenus de I'Albertinum, ancien sémi- ll.l ll t' jésuite, dévolus à l'Université depu is la suppression de la Co mpagnie. 1'.1d n1Ïu istrateur de l'Albertin u m s'obstinait à ne paye r que les professeurs l~'''ll itcs ct re n voyait à la caisse de l'Un i versi t é les pr o f esse ur s l aïques

"" mmcnt nommés : Sch midt, Scho ll inger et Weishaupt . Les ex-jésui tes .tll ll rn: ti c n t l'ad m i ni stra t e ur dan s sa r~s istance, s'effo r ça i e nt de co n server

exclusif des revenus de leur ancien collège et faisaient courir le brui r

'l'" Wc.:ish au pt é tai t un li bre penseu r, par ce qu'il co mmenta it d an s lt , nu vrages du j u riste protestant Rautenstrauch a. \>Veishaupt, lassé

1111'1 ct: qui lu i était dft sans arriver à vaincre la mauvaise volonté des co mp- t.d•lt": t:t de ceux qu i les encou rageaient en sous-ma in dans leur résistance,

lllll'•';tit par déclarer qu'il suspendra it ses cou rs si on ne le payait pas 1 , et il

,,

,

laisser da n s leurs chaires. Ils trouvèrent des alliés dans la Facu lté de

1111'• : lckstatt se plaignit à

'"' 111 p~ rce q u 'il était son

fille ul ,

et We i sh a u pt

l11·

1gc

ses co ur s de récla-

où l'ava it précédé un e cÏ1a ude reco mm an· Co n seille r des Mines Lori la situ ation qui

l ttt (·t~it f aite à l'U n ivers ité~. L ori anc i e n , é l ève d' I cks t a t t, ava i t dû, en 175 2 ,

pou r avo ir co m battu avec

•l.111111t

,,. dt'·r id ai t à pa rtir pour Mun ich,

d' lc kstatt, pour exposer a u

tl t,11ulo nn cr sa ch aire à l'U n iversi té d'I ngols tadt

!tnp de fougue juvénile le parti des Jésuites. Il était à Mu ni ch le chef du l't'Il l groupe de li bérnux bavarois qui avait avec beauco up de di fficult és créé

1

1'1.11111 :

Geschichtt

J l' llt ll \1 , 1 ('. , 572-

der Ludwi g

Maximiliaus Uui versitael h1 I ugolstad t, Sg7 . -

1 l.t·llrc de Wcishnut>t à Lori nu 3 janvier 1774· Cité par Engel, 34. 1 ••tt !t' d e \V eishaupt il Lo ri du 2 janvier 1774. Cité par Engtl, 33. IL • tue d' l ckslllll il L ori, 3 j unvicr ' 77 <1 · C i té pur En gc l, 34.

22

LE

FONDATEUR

ET

LA

FONDATION

DE

t'ORDRE

en 1759 l'Académie des Sciences, citadelle du pa rti philoso phi que !, et devait

être nommé en

préso mp tif d'Ickstatt 2 . La bienveillance que Lori témoigna au protégé d'Ickstatt er à la vic tim e des intr igues cléricales tou rn a la tête au jeune professeur. Ses re lations avec so n par rain s'étaie nt beaucoup refroidies de puis qu'i l avai t refusé en 1773 un parti que lui proposait Icksratt et fai t un mariage désapprouvé par lui 3 Il cr ut trouver en Lori un protecteur plus puissant et moins autoritaire. Son ambition était insatiable. Professeur en titre à 25 ans, doyen de la Faculté de

1775 codirecteur de l'Université d'I ngolstadt er successe ur

droit à 27, il avait fait, grâce à la protection d'lc kstatt, une carr ière rapide m;tis

chercha d'abord à se

pousser aux dépens de ses collègues en informant Lori « in secreto » de ce qu i laissait à dé sirer aussi bien dans le corps universitaire qu e Jans sa propre

il estimait sa situation

encore inférieure à son mérite . Il

Faculrt!. A

l'en croire les professeurs de droit étaien t ou des paresseux

ou des

in capables,

malheure4x dans leur façon d'en seigner et n'ayant aucu n succès

auprès

des

étudiants. Sa soll icitud e toucha nte pour le bien de l'Un iversité le

portait à s'occuper aussi de la Faculté de philosophie. Il s'éronnait de l'obsti- nation que mettait le professeur Steinberger à ne pas \'Ouloir commenter les ouvrages du philosophe Feder dans so n cours de logique et l'accusait de rec hercher avec ardeur les tit res et les em plois, bien que re ndant peu de ser- vices . Il s'égayai t sur le compte du professeur Schlegel, pitoyable professe ur d'esthétique, comme le prouvaient déjà extérieurement so n visage, son main- tien et sa démarche. Aprèss'être liv ré à ce jeu demass ,tcre, Weishaupt « dont

la science et la patrie se partageaient au secours de sa Fac ult é,« qui était d e

pour l'année suivante, e n sa person ne, un bon professetlr de dro it ci\'il. Su r les

\'i\·es instances des l:mdian ts, qui reprochaien t au paresseux vVeinbach de ne pa s étud ier les Pand ec tes inscrites au programme, il lui avait proposé de fa ire ce cou rs à sa place, ma is \V einbacb avait eu la mesq\l iner ie de refuser« proba- blement pa n:e qu'il · ne vo ulait pas renoncer à l'argent que le cours lui rap- po rtait >>. Pourtant \Veishaupt ne voya it pas d'autre combinaison possible p.trce que les t:trangers, «n'ayant aucune confia nce dans la valeur de tous ses autres collègues>>, vou lai e nt absolument , l' avoir pour professeur. Il proposait donc de faire l'ann~esuiva nte un troisième cours ou de Pandectes ou de droit

deux matières qui attiraient il rappelait qu'il comptait à

pub lic, «car à so n avis il était nécessai re que ces le plus les étrangers fusse nt bien enseignées>> et

l'âme» s'offrait modestement pour veni r toutes la pire in do ce ndo >> , en lui donnant

1

G. Goebel:

Au(aeuge del'

.tufkl .tel' llll g

i11

3:17·332.- 2. Klu~khohn, 1. c., 333.

3.

Po piers de

L o o· i, n 'H:1. Ci t é pnr

En ~c l , 211-~ 1.

Altbi(I' CI'II,,

9~·102·; Klu c kh o hn ,

I. e· .,

LE

FO!>IDATEUR

ET LA

FONDATION

DE

t'OitDRE

23

•.nn co urs de droit naturel I 50

r1 d'autres officiers l , T out en déblaté ran t dans son rapport secret contre les moines profes- .nu s à l' Université, afin de flatter l'anticléricalisme de Lori, Weishaupt se

l.tpprochait de ses anci ens en nemis les ex-Jés uites er liait pa rtie avec le

avait

\1111\'Cnt donné beaucoup de tablatu re à Icksta tt. Weishaupt in trig uai t pour 1)111' Stadler fût nommé vice- chancelie r par l'évêque d'Eic hstaedt, chancelier dr· I'Uni\'ersité :1, et ne faisait pas mystère de son alliance avec la cam,arilla l'''~ llite :r . Fort de cet appui et compta nt su rc elui de Lori , \V eis h aupt ne crut

ph i\ nécessaire de ménager son ancien protecteur.

lll) tl t'icux sur le

compte d'Icks tatt et de sa famille. er ju sque devant les étu -

oli.tn ts'. Quand il apprit que vVeinbach devait remplacer com me professeur

Hltd:tirc Pierre d'Isckstatt,

Il se répandait en propos

au diteu rs pa rmi lesqu els des officiers s upérieurs

;• Stad ler, pro fesseur de dogmatiq ue, homme très remuant et qui

neveu du Curateur qll i suppléait alors son oncle de Droit des ge ns et de Droit nat urel, il écrivit à

ololll '• M:s co urs d' In stitutes

l •lll«jUC le népoti sme d 'Ickstatt éta itaussifu nesre que lesJésui tes et les moines:;. 1o J,•, t.ttt, outré de la conduite de Weishaupt à so n égard, lui avait interdit sa tll.tt·,on 6 ct reprochait à Lori de l'écouter avec trop de bienveillance. Il

•l• ·man dait qu'un blâme rabatte l'orgueil de <llllf tl'lC de Stadler . « Cet homme que j'ai

mettez un terme aux

lltljll'rtine nces qu'il débite sur mon compte, sinon je laisse tour en pla n 7 . >>

cause à

\\'roio,haupt sentit qu' il éta it nécessaire d'aller plaider lui -même sa

~lt1nich. Il suspendit subi te ment ses cours avant les vacances de Pâques, 'til n', préven ir ni le recteur, qui étai t alors vVein bach, ni le Curateu r et fi t nu'lll'l' une affiche annonçant la reprise de ses leçons pour le 24 av ril. Lori

'' 111t de Weinbach une lettre de protestation contre la prétention de ce

• • hkancur >> à parle r au nom de la Facult é er demandant qu'on le répri-

111.11111\o pou r avoir qui tté sa chaire pendant la période des études, sans prendre

1'.1\'1'· de ln Facu lté. Ce tte cond ui te dés in volte était d'autant plus regre ttab le

'l' " le•, (·tudiants prenaient prétexte de l'affiche de vVeishaupt

Jl.lt,tlt rt· aux autre s cours 8 . Icksratt de son côté écrivai t le même jour à Lo ri :

cet in grat qui marcha it avec la tiré de la boue , écri vai t-il, fait

tlll't sa langue de vipère contre moi en tous lieux

pour ne plus

·

c •·1 homme

1 1t. ullt ·r !i.

M;ti~

complètement du côté de

>> Wcishaupr ne pe rdit pas son temps à Munich. Il \'it Lori et obtint

de\'ient ingrat.

insociable et se met

1

1 ••ttrt• de

\Vcishnupt à Lo ri, 7 jan,•ier >77S. G. H. /\, non coté.

• .lè \Vcinbnch à Lor i, r5avril 177S. Cité par Wolfram, 1, 11,- 3. Lettre de

111111111 ~ t.nri, dl avril rn5. Cité par\Volfram, 1, 12.- Wolf ram, 1, 12. - 5. Lenrc

6. L eure d ' l t kstatt il

!1. l.etll'e de Weinbach à Lori, 22 nnilr771. Cité

lt•lll>'

•·•~ h nup t

W

>1 •

1

1

h

L o ri , I.J nvril

177S. C it é par

~~. -

F n gel, 43.- Ib id . -

·•• 1

•'1 nv1 li 1775. Cité

"'

t ow· t. •\1 ·

-

11.

pnr En gel ,

Engcl, 4 1·

1

,,

1

1

24 LE FONDATEUR ET

LA

FONDATION

DE t'ORDRE

1 ,, 1 1 2 4 LE FONDATEUR ET LA FONDATION DE t'ORDRE LE FON DATEUR

LE FON DATEUR

ET

LA

FO~DAT!ON D E L'ORD RE

même u ne audience de l'Électe ur auquel il proposa de faire le cours d'I nsti- tutes de Weinbach 1 Il eut gain de cause. Un décret du mois· de mai le

chargeai t ad interim du cours sur les dernières I nstitutes, aux jours et heu res habituels. Pourtant il ne se t int pas pour satisfait . Il avait, il est Yrai, écr iYit-

de faire ce cours par pur patriotisme , ma is

l'Électeur lu i avai t répo ndu qu'il était déjà surchargé de besogne et qu' il

sera it indiscret d'abuse r de sa bonne volonté . ·weish aupt

éton né de ce qu' on l'obligeât

qu'il s'était enroué à crier le matin sur deux matières différentes, à s'épou-

moner encore pendant deux heu res consécutives . La faib lesse de sa consti-

tu t io n ne lu i permettait pas de supporter de telles fatigues et elles le mettraient au tombeau. Il était patriote, mais il ne voyait pas pourqu oi son patriotisme devait le conduire sans nécessité à une mort prématurée . On trouva à Munich que ce professeur si zélé était trop capricieux et il reçut l'ord re de comm encer

ses cours . Weishaupt se

le bout de l'o reille, il

éta it donc très l'ann ée et ap rès

il à Lori', proposé à l'Électe ur

dan s la saison la pl us chaud e de

soumit, mais, montran t e nfin

sollicita une augmentation de traiteme nt . Il était vrai qu'il s'étai t offert, disait-il, nuis seulemen t au cas où l'on n'a ura it pas tro uvé d'autre moyen d'a méliorer l'enseignement de la Faculté et il demandai t que son trai tement

de 9 0 0 florin s fut porté à 1 .ooo, protestant « qu' il ferait ce cours gratis s'il

avai t moins de com pétence et de

valeur éprouvée 3 >J.

Il se mble que les récri minations co ntinu elles de Weishaupt av ai ent fini par lasser Lori; d'autre part ses relati ons amicales avec le parti de Stadler

fait q u i

pa rlait dans sa chaire de l' insolence des papes vi s-a- vis des empereurs, de la

de Westphalie. Il affi r mait q ue ces

:maques l'avaient rendu malade et dema ndait à é tre dispensé des cours de dro it canon et de droit naturel si on ne lui donn ait pas des instru ctions pr écises sur ce qu' il devait dire 1 . Enfin il conti nua it la lu tte contre le Curateur et sa

d ientèle qu i ùe leur côté ne le ménageaient pas. Réélu en mars 177) doyen de

la Faculté de droit, il protestai t con tre la candidatu re de Ro hrm uller proposé

par Wei nbach parce que, prétendait-il, Rohrmulle r s'était engagé à faire g ra-

tu ite me nt le cours d' Institutes de Weinbac h 5 Une sem ai ne plus tard il reve-

nai t à la c harge et dénonça-ir Ia·fai néant ise de W einbac h q u i cherchai t, d'ap rès

l ui, à élu der les ord res de l' Électeur et à garder son t raiteme nt de r .ooo flo-

nommé Hen-

ri ns sans rien f.1ire6 . En no vembre 1775 u n étu d iant en d roit

n' avai ent pas duré longtemps. Dès 1775 il se plaig nait dans u n rappo rt au nom de la Faculté des calom ni es au xquelles était exposé un professeur

q uere ll e des in vestitures et de la paix

r. Lettre de Weishau pt il Lori, 12 mai rn5

Engel, 46.

2

.

Ibi d . -

3. Lett re

d

eWe is ha u p t à Lo r i, 17 ma i r77S. Eng~l,48 .

 

-

Prant l, /

. c.,

l, 673.

-5. Le ttre

d "

Wcis h n u p t rr

Lor i , rg rnnrs

r ;7S.

Errgel, 38.

6.

Lettr e d

e \V eis hnup t r\ Lori, l6

rn nr s rn5 . E n !(C I, 3!).

 

ninge r en ayant appelé a u conseil de disci pline de l' Université d'u n

~' ~o~ siliu m ab e un di >> q ui l ui a vait été notifié par I ckstatt, Weish a upt se JOrgnrt au professeu r qui a ppuyait la req uête, er il écrivait à ce propos:

« Peut- être son Excellence M. le Baron de Ickstatt a-t-il été mal informé et

je pu is me mettre

moi - même ac.:usé à Mu nich par Son Excellence d'être un impie, de mépriser le cle rgé et de corromp re la jeunesse ·1 . >>

d'autant mieux à la place de M. Henni nge r que j'a i été

où se trouvait vVeisbaupt était la co nséque nce de ses erreurs ses imprude nces de langage et de sc:s intrigu es . Mais il avait

une trop haute opinio n de lu i-même pour reconnaltreses tons, et son oraueil trouvai t aux i nim i tiés qu'il avait p r ovoquées une exp l ication des plus Aa tte~ses .

comme un martyr de la libre

pensée lutta nt à I ngol stadt contre les tenan ts de l'o bscurantisme et persécuté

par e~x pa r ce que cc il étai t dangereux po ur l 'homme qui pen s e et qui aime la vémé de professer le droit nature l et la philosophie pratiq ue dans toute leur étendue~. >> Son esprit inquiet s'exagérait la puissance du parti clérica l et .l'importance d' une hostilité, réelle il est vrai . mais qui n'avai t pu jusqu'alors lm porter de s coups bien sensibles J . Sa vani té refusait de reconnaitre que

De très bonne foi Weishaupt se

L'isole ment de con du ite, de

cons idéra it

pa~s~n ingratit~deil s'était aliéné le chef

e~ rl. se pe rs~adart ;u ' Ic ks t att s'était jo i nt à ses ennem i s na t urels pa r p u si lla - nunr té, sacnfiant 1ho mme assez courageux pour professer sans hîches réserves

ha rd i confesseur de

les vrais pri ncipes. Ainsi le

la vérité se trouvait seu l ù

du parti philosophique à I ngolstadt

lutter visière levée con tre la tourbe d~s bigots . Une volo nté moins bien trempée aurait laissé sombrer dans une résignation inerte ou dans la manie de la persécution ce modeste professeur d'une Université sans pr estige, perdu dans u n coi n de la Bavière, mal payé, mal vu de la ma J·orité de ses collèaues

"

mal noté par le Curateur , survei llé, sou pçon né par tous ceux que sca nda lisait le

Mais !"âme de

Weisha upt disposait de deux

rad icalisme

J

de ses opinions .

r. Papiers de Lippert. Eng ~ l, 53.

2. Zwack: Beurku11d8 e Ge.<d1icltte des 11/umiuateuordells. Engel, Sn .

auraient fai t courir les

'.ntrrgues d~s Jesu~tes sont f?rt sujet~esà caution. Il " pré rendu par exemple tPy t hagoras,

rls Hvarent é t~. p r es d;. lut f•t r e perd r e sn ch aire en '774 e t qu"ayant appris pc~Jdant le sejo ur q u ri fi t a l o r • Il Munich le complot tramé con tre f u i et l es

J>ll r hn~nrd

h58-65g ) qu

3."

Les décl~ra~ions de

Weish;tUpt sur

les dangers

que

lui

'uloumres dé buées sur son compte, il avait pu cette fois rriom phor de leur cabale en

l " •'sc •.ltu~lt ora l emen t sa défense. O r nulle part su correspondance avec Lori ne fait all u sio n

''.cet IIJC•d c n t ct ù ln justitic.lt ro n q u i lui aurait étédcmnndée.t;É Jecteur ,\ Jax-Joseph •1nillems tr·~s peu nccessible nu x Sll/lSCst ions des Jésuites.

aurait étédcmnndée.t;É Jecteur ,\ Jax-Joseph •1nillems tr·~s peu nccessible nu x Sll/lSCst ions des Jésuites.

éta it

·

I.E

FONDATEUR

ET

LA

FONDAT ION

DE

L'ORDRE

pnissan~ ressorts : la soif du prosélytis me et la volonté de puissance:

L'apostolat dont il avait autre fois rêvé dan s la bibliothèque .d'Ickstatt lut

paraissait aujourd'hu i plus nécessaire encore. Pour lutter avec succès contre

les enn em is de la R~ison ouv ran t d'autres yeux à la

fidèles, un

il lui fallait, pensait-il , prendre l'offensive. En

lu miè re il recruterai t une cohorte de

parti de plus en plus puissant sur lequel il pourrait s'a ppuye r e r il aurai t la

joie de former des di sciples atte nti fs et respectueux, de diriger, decomman der,

manœuvres

des J ésuites, en bataillant avec ses co ll ègues et le Curateur, il formait le pla n

la propagande pour hl

au x forces coalisées de la su persti ti on et

d'une associat io n d ont il se rait le chef, qui fera it de

d'ê tre ;\ son tour le maître . Tout en

fai sant ses cours, en ép iant les

rité

er la

Raison et

oppos er ait

du me nso nge les troupes de

plus e n plus nombreuses de

la libre

pe n sée et

du

prog rès. Po u r mener à

bien u ne en tr eprise dont il se prome ttait tout ce

. que la vte

semb lait lui offrir de désirable: séc urit é, sa ti sfactio n d'amour-propre, pbisi r

de commander, joie de faire triompher la \'é rit é, il était

O ù trouver des alliés qui l'aident à mener la

qui

superstition et

nssez nombreux pour constituer une arm ée redou table, assez disc rets pour ne pas é\•e iller l'attent ion d'un en nemi q u'il eût été imp ru dent d'attaquer tout d'nbo rd en face, assez habiles pour creuser une mine au pied des

remparts qu'o n ne pouvait emporter de vi\•e force ? L'histoire répondait à cette qm~stio n. Ne lui appre nait- elle pas que l es my stè res d'Eleus i s avai ent réuni en Grèce tous les esprits él evés tt q u i, tandis qu e l:t foule ignor~nte,

e ntr eten ue dan s son erreu r par un cl e rgé intéressé, sacr ifi ait :mx innom-

adora ient un Dieu unique ne

brnbles dieux d'un grossie r polythéisme dema nd a n t ni g rasses génisses, ni tale n ts

lu encore que la pui ssa nt e société secrète des Pyth ago r iciens de Crotone avait

pu pe n da nt de l ong u es ann ées gouverne r cette cité ? Ai~s i c'~ta it d~ns les

soc iétés secrè t es qu'i l l u i fall a i t c h ercher l e l evier dont 1! :l\'att besom, cnr c'est par elles que le progrès avait fait so n chemin dan s le monde et c'es~ e_n

irrésistible qu'elle est plus dtsst-

mult:e. Par un e sorte de pressentiment de gén ie il avait depuis lo ngtemps

ent revu cette vérité, avant que l'histoire e t la réflexion fu sse nt venues la

de \'Universitt:, t< à

ell es que réside une pu issance d'autant plus

seu l à

In golstadt.

lune contre

le

puissant parti

cherchait il maintenir la masse dans le s c haînes de la sott~se ct de_ la

persécutait les champions du progrès

et

de la ra1son , alliés

d'or et d'argent

11 ? N'av a it-il p~s

lui révéler . Dès I'âg~de 18 ans et encore sur

les bancs

l 'époque où la lecture assid u e des historiens g-recs et ltn_ins

une haine précoce pour toute bassesse

lu~ a" ai~ in s1~iré

et toute opp ress ton n, d ava tt devmé

comme l'homm~est fai ble en dehors de l'association, comme il est .fort

pa:

e

ll e, ct il awtit réd i gé l es s tatut s

tt

imp arfaits cr pu ~ri\s t> d' un e soc i été

qu t

LE

FONDATEUR

ET

L A

FONDAT I ON

DE

L 'ORDRE

avait pour

rassembler leu rs forces dispersées t >J.

Le hasard vou lut qu'au moment où Weishaupt vena it d'arriver à cette

sur une société sec rète contemporaine

dont il avait so u vent entendu parler. A la fin de 1774 arriva à Ingolstadt

lequel il entra en rel ations. des Univer-

qu i y florissaient.

Il

dema nda à cet étran ger des

sités protestantes et sur les sociétés secrètes d'étudiants

de

but cc

de

resser r e r

les

liens

qui

unissent l es hommes

et

:ondusion , son attention fût

attirée

un protestant originai re de Hanovre. avec

re nseig nemen ts sur

l'orga ni sation

ri vit e ntre les mains du H:m ov rien des papiers mystér ieux et ce lu i-ci lui laissa enten dre qu'il éta it affili é :\ la Franc·Maçonnerie. Co mm e il mo n trait

une gra nd e réserve sur ce sujet, Wei sh aupt, dont la cu ri osité éta it vive -

me nt évei ll ée par ses réticences,

che rcha :\

se

faire une idée du caractère

et de l'organ isation de cette société secrète

en

réuni ssa nt les

lambeaux de

confidences arrachés à son int erlocuteur et en chargeant son imagination

l'initié avait laissées dan s son

ex ista nt

cn lre la vraie et la fausse Franc-Maçonnerie et de la facilité avec laquelle

un candidat mal

~ur ce point capital. Par un raisonne men t assez singul ier il en conclut que

la Fran c·Maçon nerie authentique de vai t être quelque chose d'infiniment rnre et excellent et il se fit d'elle une idée qu i l'enthousiasma . Il ne pouvait concevoir r ien de plus parfa it. do= plus logique er de plus sage que la cons-

s'imagina qu'elle deva it choisir ses membres et les soumettre cont i nuellement ~ de sévè res

épreuves. Tout occupé de cette idée, il renonça au projet plusieurs fo is f'1mn é d e fonder l ui-m ê m e une associat io n occu l te et (( jugeant com me

ta nt d'autres pl u s commode de

lll Cttre lui -même le couvert~ >J, il résolut de se faire affilie r colite que coùte

;\ la F ranc - Maçonnerie afin de trouver d ans so n sein cc un asile po ur l'in noce nce opprimée 3 ll, Son initiateur l'ayant quitté s ur ces entre fa ites sans lui donner d'indi-

~ations plus précises, \Veishaupt écri vit à tous les endro its où il pensait lrouver des Francs-Maçons Il lbi fut répondu de Nuremberg que les frères dl• cette ville étaient disposés à l'admettre dans leur loge . Cette répo nse le 11.111spona de joie et son imagination contin uant:\ se donner carriè re , il se

de le surveil-

Hllura q ue les Francs-M aço ns d' In golstadt avaient reçu l'ordre

l l'l' cr de rendre compte de sa conduite . Il soupçon n ait rous les hommes

na·nant une vie austè re et retirée du mon de d'appartenir à la Société et

s'asseoir:\ une t<tble toute serv ie que de

titution de cette société Il avec une extrême prudence

sen•i par les circonstances pouvait être indu it en erreu r

exposé.

de combler les lacu n es qu e b discrétio n de

Il

fut

particul ièrement frappé

de la profon de différence

1 . Pythngorns,G53.- 2.

Pyth~gorn s, G.~6. -

3.

Ibid.,

65g.

LE

FONDATEUR

ET

LA

FONDATlON

DE

L'ORDRE

convaincu qu'il était minutieuseme nt

fermement persuadé qu'aucune de ses actions ne leur échappait, il cherchait

à s'acquitter de ses devoirs avec la Pourtant son exaltatio n tomba les frais d'admission dans la loge

le voyage et le séjour dans cette ville dépassaient les moyens du jeune pro-

fe sseur . Les Fran cs -M açons

difficulté l'adressèrent bien à Munich où se

obédience et qui se déclarait prête à le recevoir, mais là aussi les frai s de

réception étai ent tr op élevés pour lui. D'autre par t les livres trai tant de Franc- Maçonnerie qu'il arriva à se procurer lui causèrent une profonde déception. Il fut très désappointé d'y trouver impri més tous les grades et d'apprendre que c'étaient bie n là les grades authentiq ues. A\•ec le mystère s'évanouit le

charme qu'exerçait la ou tr e les grades qu'il

s'était formé . Il renonça donc à solliciter son admission mais la désillusion qu'il ve nait d'éprouver n'avait pas cassé les ailes it sa chimère . L'idée qu'il s'étai t faite de l'utilité que pou vait avoir une association decegenreetde tout cc que, d'après sa propre expérience, on pouvait obtenir des hommes par l'attrait du mystère, avait poussé dans son esprit des racines trop profondes Il re\'int à so n ancien projet et résolut de fonder lui-même une société secrète

observé par de· nombreux

plus grande exactitudet . assez vite et pour deux raisons.

inconnus,

D'abord

de Nuremberg joints à ceux qu'entrainaient

de Nurembe rg qu'i l mit au courant de cette

trouvait une

Loge de la même

Franc-Maçonnerie sur son imag in ation échauffée; en eut l'occasion de lire ne répondaient pas à l'idéal qu'il

2

nwdèle.

Un passage du

livre d'Abt,

CousidhnlimJS s1w le mérite) qu'i liisait alo rs po ur

préparer son cours de philosophie pratique vint, selon son expression, allurÏler

toutes les matières

« Faire le bonheur te m porel et éternel de beaucoup d'hommes , disait Ab t, trou- ve r des règles de conduite qui donnent à leur vie et à leurs actio ns une direction telle qu'ils deviennent toujours plus heureux et plus pa rfaits, faire que ces

règ les de conduite leur soient aussi fami lières que précieuses, inventer des situ a-

d'une

temps to utes les compli-

cations possibles, les cas les plus exceptionnels ainsi que les plus fréquents,

ne conçoit encore que cette tâche

inflammab les qui s'l:taient accumu lées dans son <îme 3 ,

ti ons qu i les conduisent n écessa iremen t et malgré leur résistance à ag ir

façon qui soit bonne pour tous, prévoir en même

sc

mettre à l'œuvre

alors que, pe rsonne

LE

FONDATEUR

ÈT

LA

FONDATION

DE

L'ORDRE

29

ardemme,

oh . où es t !:hom me capabl e d'un tel héroïsme? S'i l n'est plus, où se dresse 5~

pour qu e:: j':'lille

pres~erdans. mes bras la pierre insens i ble, et, en pensan t au modèle, arroser so n tma~e des l armes brûla n tes de la reconnaiss a nce t ! )) Ce pro gr amm e d'un e

statue, où gtsent les

n t a imés, à des è tres créés

déb ri s de son

sur le m "'~me m o dèl e que nous-m ê mes

mar bre?

Di tes-le-moi,

des terJTi es auss i va.gues qu'emp hat iques

em~orta le~ der m eres hésJtauons de Weishaup t . Il vou lut ê t re ce bienfaiteur

de 1~um~mté et décida de fonder un ordre qui aurait pour but de rec ueill ir

Ct d ensetgner

l~e sagesse, ~ans ~equel le fondateur admettrait sur tout de jeunes étudiants

ct l~ur.ens~t~neratt e~ toute liberté ce que la sottise . et l 'égoïsme des prêtre s avaient banm des chatres.publiques'.!.

sans retard.

pédagogte transc~~dante e.xp~sé en

en secret les v~rités scienti fi ques, qui serait une éco le sec r è te

Un e ~irconstan~e fortu ite le détermina à .se mettre à l'œu vre

Un officterdu régtment d'infanterie<< Baron Henneberg, venait de fo nder à Uurgh~usen une Loge qui pratiqu<tit l'ak:himic et qui compta bie ntôt beau-

co

u p d aJep tes. Un

de

ses étudiants soll icita Weishaupt

d'entrer

dan s cette

L~ge et son Maître

en Ch a ir e envoya . ;.). In golsta dt un

chargé d e

fatr~ ~es recr~es pan~i l:s étud iants les mi eux doués. Il arriva que le recru-

teur ~a dres sa a c~ux-1~ m ~mes su ~ les qu e l s \ Veishaupt ava it j eté l es yeux pour

~n fat r e les premtersouvners de 1 œuv r e proje t ée. D ésespéré à l'idée que des

Jeu nes

te ~ ps a la reche r che de la pierre p hil osop h ale et à des folies d e ce gen r e 1 il

mtt au courant de ses projets un étud iant en qui il avait la plus grande con-

qu'âgé seuleme nt de 1 8 ans, avait

t;éJa quelq~~ expen~nce de ce gen re d'ent reprises. Arrivé à l'Université 1année precedente,. il ava~t ~ait.partie d'une association d'étudiants en droit, fot~dée.pa~ un étudtant ongmatre de Gœtti ngu e à l'image des sociétés secrè tes qut.extstaien~ alors. dan~ nombre d'universités de l' Allemagne protesta nte.

La 1eu~e société ~tait déJà complètement organisée et ses membres songeaient

:\ se fatre confecnonner une s o rte d'unifor me pour se dist i nguer du (( vul-

fia~ce. Ce confid~n.t, Massenhausen, bien

,gens en qui il ava it mis de si grandes espéra nces allaient perd re leur

gum pcc~s )) quan.d lckstat t, ayant e u ven t d e so n existence, en avait référé c1.1 haut heu et ava tt reçu l'ordre de la dissoudre a. Ma sse nhau sen e ncourauea vtveme~t son maître à réa li ser le p la n qu'il lui e xposa. Weis hau pt rédigea oen

d'abord

toute hate l es S t~tu~s .~énéraux de l a n ouve ll e Société qu'il a ppela

puisse être accompli e, travailler de longues années, soU\'ent sans résultat, ne

((. O rd~e des Pe rt ectlbt.hstes

)) ,

mais ce nom lu i ayant paru , à ce q u' il assure,

comp ter que sm soi-même pour se redonner du cournge, triompher de ses

~top bizarre o u, ce qui

est

plus

vraisembiable, insuffisa mm ent

mystérieu x

IJropr es défai ll ances, ranimer so n ardeur, ne se laisser arrêter ni pa r les con- trar iétés n i par les dangers, ne se laisser vaincre ni pa r la lassitude ni par le

d

le cha ngea bientôt en celui d'Ord re des Illumi nés"·

 

,

décou ragement et faire tout cela uniquement pour être utile à des semb lables

1.

Pythngo ras, 657·658.- 2. 1/Jid., 664. -

3.

Ibid . , 666.

L

rns~. 6

Pythagoras, 66_7·668. -

~~~crrogntoire de

2. Zwack: Bcw ·. Gesch. Engel

Massenhausen

du

2 4 avril

17s/.

8o

G:

H.

A.

16,

_

4.

Pyt hago-

Les

Recrutement

CHAP IT RE Il

de

l 'Ordre

jusqu'en

1780

membres jo11dateurs . - A érùpagiles ou Co 11sci i. - L'a gen t r ecm twr }Ja s - smhausen . - Actii.rifé de f;Veishaupt à E ichs taedt 1!1 à Ingolstadt. - Pan•sse de .J\Ilassenhamen. - f.à t •eur grandissante de Zwack. - Eviction de Ma s- smbausen . - L' A éropngite Caton. - Effectif en jéurier 1778 . - Progris à Muuich et à Eichstaedt . - EffectJf des cinq Comma11dos eu aot1t 177 8 . - Nouveaux A réopagites . - l?ecrutemetJI en 1779·

1776. Tous h:s UH.:mbrt:!i dont

la cha.mbn: où \V t:isha upt les réunit ce

jou r mémorable. lis éta ient au no mbre de ci nq: Weishaup t qui s'était

dli! se composait p urent tenir dans

Lt nouvelle so

:iétt':

fut

fonùt':t lt: 1e r mai

donné il! no m de

g uerre de Spartacus, Mas se n ha use n qui reç ut œ lui d'A jax,

Bauhof, é tu diant en droit a ppe lé: Agathon, Merz t!tudiant en d roit nomm~ Tibè re, enfi n u n o.:rtain Suto r do nt le pseudo n y m e n'es t pas ve n u jus-

qu ' ;\ nou s er qui s e mo n t r a s i ind o l e nt par l a su it~.: que:: \ Veish a upt dut l' t:A-a.:er d~,: sa l iste 1 _ Si mod es te qu e fùt le nombre des pn:miers disciples,

ils se rrouvt:rent dt:s l'origine a voir da ns l'O rdre un e place différe n te s u ivant

que Weis hauptles avait jugés d ig nes ou no n d'un e confiance sa ns réserves.

C'est a insi que Massenha usen et Men: fur en t, jusq u'e n jan vie r 17 78, les

seuls Aréo pagit es o u Co ns.:i i 1 c'es t -à-dire

v~ritable histoire de l'Ordre , la date dateur. Merz ne joua d'abord qu' un rôle

en revanche ·Masst:nbausen

fut da ns les premiers te m ps l'ardent propagateu r de

encore

à I ngolstadt Steger, é t ud ian t en droit ba ptisé Shaftesbury, et W ill, prosec teu r d';tnatomie à l'Uni~ersit~, nommé Agrippa ~. A Mu nich où il était allé !.U i vre les cours d e l'Un iversit~, il rec ruta it en mai Xavier Zwack, un an cie n

ct le bras dro it d e son chef.

confident

qu'ils é ta ie nt se uis . à con naître la fondat ion ct le nom de so n fo n-

de sa

très efi"acé,

la Sociét~, lt:

Bau ho f,

il enrô la

H. avait d!!jà rec r uté

élève d e \Veisha up t qui se

préparait à la car rière di plomat iq ue e t qui reçut

1

. O.

S. 2o ;,.

-

~. I nt er r oga t oi r e de Mnsscnhauscn

d u 2 4 nvril

t ï87· G.

I L

A.

16.

RECRUTEMEXT

UE

t 'ORDRE JUSQU'E~

1780

JI

l1· ~ .ll ll~ téristique de D an au s 1 11 ((disposa it n e n septembre le: baron Err ljllt lk vait se rendre:\ ln go lsradt pour s'y faire recevoir dans l'Ordre ct trois

la

l1 1lt ' d~.s m t: m bres sous le car•lctér is t igu e de Clau d ius I m pera t o r ~.\~eis­

tu11i ·. plus tard,

un cousin

de

D.umu.s,

Si mon Zwack

était

inscrit

s ur

lt .ntpt ne se faisait pa.s faute d'e ntr ete n ir un s i beau ~111 k t tres , prodig1.1~1it les exhortations e t les conseils.

l>•lh 1(•., jours à notre grand

, .ll ll t· t. de

cô t~ e t apportez-mo i

zèl e, il écrivai t le tt res

travaill e

édific t: , lui ma n d ;lit-il, l e 19 septembre J . T ra -

1> Je

p e n se et

vot r e

d es

m até r i

Qu 'au~u ne p eine n e

n:t • • .\ l'~'ête, rec h t:rchez l a :ociété des

/:ure

~·~r. vous- m ême,

faites-le

On tf,

l_llcl;em éj,zer lu

caractères

d•

.llnl s,

nous

proposent d es

q u ei-

•Jll 111 1 d :~~treeu x vous platt, m ettez-lm la main au co l le t. Ce qu e vo us ne

ordonne r per

la. jeunesse . ls se f. 1 ssent

ordres

jl ttll \I L' i':

ttHt:lnm 1mperu _a Dan a us Ag at hon e t S h af t esbury

j~unes gens, ob s e r vez - les et

p a r

J 'a ut res. Il

faut

de se mê ler

à

le t fxl e),

qu'i

alors nos

si

{eu fraurais ,/ans

ca ndida ts ct attendent

l'en droit où il sc

le

pourq u oi

1 1h nt: le fcnez pas. J ésus - Christ n'a - t - il pas em·oyé se s disciple s à tr av e rs Je

\11·11ho n do it e nvoyer une liste des

jeu nes

gens

habitant

II•HI Vl ' , réd igée d'ap rès Hl .tgt · do n t ~ous pa rlez

le fo r mulaire qui lui a déj:i étt': comm u niq ué.

ne gê n e pas vos étu d es ,

je

ne

vois

pas

Si

lllntJdL· ?

Pou rqu oi J o nc vous laissera is - je tran qui ll e m en t

c hez

vous,

\"O w;

!Jill ~·tL'~

ll} O n P ierre

? Ir e e t predic:tte

E1c u r ve nia s onus tu s

spoli i s

non

IIHit ·w rc pulv ere sord idus. ''

 

'

,

Il lui signal a it d'au t res recrue s

poss i bles : le

chanoi n e Hc::rrel, un

 

ami

tlerd.1111.; l:, d eux << dia bl es d'hommes 11 qui· ne seraient pas une mauvaise

J•u~r· 1 , l'avocat Batz, juge supp léant au crim in e l, auqu el il fa isa it adress er ses · ttt np lirne n ts et le médec in Bade r, qui recevrait bientôt u ne let tre de lui;; .

1 111111 un certain Socher, dont il ente ndait parler avec

é l oges, et

qu'on

lu;

1 ~tu.litêtre u n excellen t cervea u li. Au surplus, il indiquai;: trés n ettement

.1 \ p1 x ~:t:'1 ses su bor d o nn és de que l côté ils devaient lan

m es ami s, c he rchez des jeunes oens

hh n l·ll:vés ët n on des lourda u d s c o mme ceux

f ti l '.' dn iv e n t êt r e sy n~path iques, e n tr e pr e nants , intr i g a nts e t adro i ts, parr i - ldt •'ll'~l\l.:nt l es ~remters r~çus. Q u and les R ecepti o _uvre nt tout à coup l es

\•th, il t:nn q_u tls ~perçoivent de s g ens qui nou s f assent honn e ur et qu'il s

lréquen ter . Nobi les, patentes, divites, doctos q uaerites, »

cer

l eur s fi l ets .

.\lrtt t.:;.:·vous en

quète de

Cilvalitrs ï,

qu e vous me pro p osez . ~~os

tH• 111 hl:ure ux de

·· ~~ ~~11'1 .l v ons

beso in de ge n s adroits, t ravailleurs, r i che s ,·de bonne s manières,

pnh ~ .ltlt :i 11 - >> <<P our

l e moment

nous ne

pouv ons tir er parti

qu e

d e

ce ux

•pu

'•tint:

L 0

adroits,

industrieux,

J 0 souples, 4°

sociables. S'ils

sont

1

l uh lci tc :> d'Aja.~ s ur Dunau s . -

5.

0 . S. ,

O. S.

'74·

-

i n

G . O.

fi n e.

-

5 . ,

2. O. S. , 4·-

179.

7 ·

S.,

En r , · ança i s dans l e tex t e

3. O.

,

7

3,

_

-1· En

ce

O. S .,

1 ]6,

'

- lll •t l •l •·~l~ tut i t n lor~ e n U :\\'i ~ rc l c.s noble s . - 8 . O . S ., 1]5. -

lt~Ut~~u .l u u s le tc~ t c.

J2

RECitU'fEMENT

DE

t'ORDRE

JUSQU'EN

17 80

par- dess us Je marché nobles, riches e t

p ui ss ants, tant mieux 1 J>.

cc Recher-

chez la bo n ne compagnie, liez-vous avec des

gens bien

élevés; il

le

faut

abso\umenr, in ertes an im ae. Vous ne dev '!z pas plaindre vot re pei ne Il faut pa rfo is conse ntir à fa i re l e va l et pour être un j ou r le mahre ! . l> << Au de aliquid . Faites-moi donc à Munich une acquisiti01~ 3 qui en vaille la peine. N'avez-vous aucu ne relation dans les maisons de la h aute soc iété et Danaos n'y connaît-il personne? Car, sachez-le , vous ne devez vous donner de peine que pour un v rai 11 Cava li er >J C't il faut que celui- là nous amène

e nsuite tous les autres. Flecte re si nequ eas

Supe ros , Ac hero n ta moveto. li

y a il Muni ch tant de personnes de qualité . Si j'y habita is,

avoir en peu de temps tout un chapelet 4 >>

je

voudrais

en

Pendant qu e par une correspondance

su ivie \Veishau pt

s'efforçait

d'en-

t retenir l'ardeur et de diriger le choix des adeptes de Munich, il ne restait pas lu i-m ême inactif. A Ingolstadt, où il devai t être fort prude nt, il n'avait

recruté qu'un seul membre surnomm~ Lucull us,

d'une indiscrt:tion teJle, pendant un vop .ge à Munich, qu'Ajax devait prier

son maitre

E ichstaedt, où \Veishaupt était allé passer les vacances d'autom ne et où il se

sentait mo ins sur vei llé, il Schleich dont il avait mis

des premiers magistrats de la ville, L1ng, qui fut inscrit sur la liste des

adeptes, le 16 décen1bre q76, sous le pse udonyme de Tamerlan

il se montra fort sat isfait par la suite. Il espé ra it de plus pou\·o i r ccli vrer deux

Cava liers et même des c hanoincs 8 >> . Br e f il était

Eichstaedt qu'il

plus fait

D'autre pa rt

a llait recevoir à sa table pe nd an t l' année scola ire e n m issionna ires qui par~ teraient;, leur tour la bonne parole dan s leur pays natal et il ne doutait pas que deux dece s futurs commensaux, le baron Sch rœckenstein et Hoheneicher c< ue morden t à l ' hameçon >>. Ti bère et L ucull u s devaien t également prendre

pension ,hez lui , et comme les pl us g rand s cœurs et les plus dés ireux de fa ire le bonh eur de leurs se m blab les n e so nt pas exempts des faib lesses hu main es, \Veishaupt ne 9issimulait .pas q ue la pe rspective d'avoir pl us ie urs convives à trois florins par s~maine pour le dîner et le souper, ou deux florins pour Je diner seul, ne lui était pas moins agréable que l'espé~ rance de former de n ouveaux disciples ou de raffermir le zèle des a nciens H.

qui

d'ai lleurs se

montrait

d'enjoindre à cc bavard d'êt re plus réservé à l'avenir ti . Mais à

av ai t obtenu un meilleur s uccès . Ou t re la bibliothèque à contribution 6 , il avait

u n certai n recruté un

7 et dont

éc riv ait à Ajax le

à moi se ul, pendant

ces

20 décembre vacances , qu e

si satisfa i t de son séjour à

177 6: cc vo us

J' a i tous

certa in e m e nt ense mble 9 ))

il comptai t bien transforme!' les nouveaux

pen sionn a ir es qu'il

1.

En fra nçais

O . S.,

texte . -4.

g,

0. S .,

178.-

dans le texte. -

177.

O. S., 179. S. , 169.- t5.

O.

2.

- O. S. ,

176. -

176 .-

Il, 0, s.,

17~, 182.

S., 1j'6.

-

7· O.

10 ,

5. O . Ü . S.,

3.

En

-

S., 3.

funça is da ns

le

8 . O . S., 17S. '-

IŒCIWTEMENT

DE

L'ORDRE

JUSQU'EN

1780

33

l)'aillturs il avait tn vue à Ingo lstadt même d'autres recrues : un nommé 'rem er, le baron Ecker que Luc ullus cc a v ai t en commis s ion » et qui ~.emit un e exce ll ente acquisition, l'ét udi ant en médecine Limmer « dont Il é t a i t fér u >> et l e r épé tit eur de dr o it B a i e rh ammer . Enfin il avait s i hi e n préparé Hoh eneich er qu 'i l suffir ait de lui proposer d'entrer dans l' rd.re pour qu'il s'y décidât aussitôt 1 L'année 1777 qui s'annonçai t sous de si heureux auspices ne tint pourtant pa s toutes ses promesses. Tam erlan rec ruta bien trois no uve au x adeptes à

17 juin e t O si ri sle 17 déce m bre:J .

Mni s Agathon se rendait si insupportab le par son mauvai s .caractère et son

Weishaupt devait so nger à J'exclure de l'Ordre, ainsi que était de plus en plu s m écon tent.\ . En o utre la co lonie de

Munich resta sans direction pend an t plusieurs rhois, Ajax étant revenu en

ses études à In gols tadt. Ma lg ré les se r vices q u' il de l'Ordre, dans la capitale de l' Électo ra t, \Vei shaupt

uv;tit vivement désiré l ' avoir auprès de lui pendant quelque temps <c pour pouvoir délibérer en commun sur divers objets intéressants a '' · Il espérait

Ei chstaedt: le Ta sse reçu le 3 1 m ars, Odin! le

Indi scrétion que Lu cullus dont il

,.Jn vicr 1777 po ursu ivre pouvait ren d re à la cause

d',Jillcurs qu'en pren ant pour répétiteu r Braun , c< homme très compétent >>

1\ la pl a'e de Lichtenst ein, son

dt.t it à a u cas

~o• hambre chez sa mère, e n lui faisant valoir qu 1 il pourrait ainsi le 'voir plus

où il connaî trait un logis plus à sa convenance l>, il lu i offrait une

répétit eur o rdi

na ire, Massenhausen parvien· lui imposer aucune contrainte

enr6lerle premie r 6 Aussi , <csans vouloir

lt>mmodément et s'entretenir plus sec rète ment avec lui des affaires de l'Ordre,

t' l qu 'au surplu s, avantage précieux po ur un je un e hom~ne, so n hôtesse lui

la clef de la maison 7 Enfin M. Ma ssen hause n père s'éta nt informé

chez Weishaupt, ce lui · ci poussait la. préven ance envers

Non disciple ju s qu'à lui demander ce qu'il fallait r ép ondre à son père cc parce

\ jU l!, di sa it- il, je ne sais pas s'i l vo u s sero1Î t agréab le qu'il appren ne l 'inte nt io n

prendre chez moi qu e le repas de mi di K. l> ad lim ina d ut ê tre assez long ue pu isqul! la correspon -

nil vous ê tes de

d11 prix de la pension

unfierait

~

ne

La visite d'Ajax

,hmcc entre le maitre et son lieutenant cessa pendant près de 9 mois, mais h· :.6jour de Massenha usen à I~goistadt e t ses longs entretiens avec le chef de l'Ordre n'avaient pas eu pour résultat d'entretenir sa première ardeur, ,,JI', dès que la correspondance re pre nd, nous trou vo ns Weishaupt fort uu~:co ntent de lui. Ajax retourné à Munich se la issa it c< entraîner par ses

1.

o. s. , 179·

a,

Ges tn e r , j ug e à Ei~hstaedt; cf. li artm a nn , Wd s haupt und sti i'n ll lum i nausmus dans

i llfhrrycl'i.fche

Mollat ssclu·ift , I<)OO, p. 85.

. S ., 3, S .,

3.

1· (),

178 .-

-

O. S., 1!12, 11:13 ; l nter rogntoire de Mas senhausen.

S.,

G.

O. S. ,

'79·

-

7· O.

r 82 . -

B. lbr' d .

RECRUTEMENT

DE

L'ORDRE JUSQU'EN

I780

la

continence et (( tout enivré de son amour, il oubliai t et leur œ u vre et le

mo nd e :a» . Il n'en voya it à In golstadt que des

sait Weishaupt sans nouvelles des sujets sur lesquels l'ordre avait déjà jeté les yeux : l'étudian t Michl, le commerça nt Troponegro, auquel avait été

attribué d'avance Je pseudonyme

disait mot des adeptes déjà reçus comme Claudius Im perator et Shaftesbury et il dirigeait la colonie à sa guise, c'est à dire fort négligemment 3 \Veis- haupt, irrité de sa mollesse, ne lui épargnait pas les reproches, et le mena-

çait de renoncer à poursuivre l' entreprise s'il ne s'amendait pas. ((Oh 1 Ajax,

lui écrivait- il, si notre affaire doit être conduite avec autant de nonchalance

et de torpeur, je

de Coriolan, et un certain T ite Live. Il ne

appétits charnels 1 ». Sourd aux conseils de son maître qui lui prècbait

rapports insignifiants et lais~

rentrera i dans le repos 4 ll. Cette mercuriale laissait insen-

sible l'amoureux Ajax et

mécontentement en term es encore plus véhéments : c< Je dois avouer que je ne suis pas du tout satisfait de vous. J'ai beau vous écrire sans cesse, je ne reçois pas un mot de réponse et il me semble que vous n'en faites qu 'à votre

tète

gement. Vous ne. me donnez absolument aucu n renseignement

dont nos aens se comportent

nant seul;ment des ex.cuses et des protestations de bonne volonté~ bref rien

que des mots et ras d'acres

<< j'ai quelqu'un dans mes filets ll, quand vous ne me dites pas qui? N'est-~e pas avouer implicitement : << J e n'ai pris personne, je ne fais rien et voudr.ats

pourtant laisser croire que je fais quelque chose. )) J e ne suis pas même sûr que Coriolan ait é té reçu. Je tiens toutes vos assurances. à ce ·sujet. po~r

p.troles en l'air comme le reste

absolument dé

r•\S sérit:use. Vv'eishaupt, voyant

quïl n'avait plus rien à espérer du

;\ lu i substituer Zwack dans le rôle de légat a latere. Il y