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Isabelle Baszanger Peneff Jean, L'hôpital en urgence. Etude par observation participante. In: Revue française de

Peneff Jean, L'hôpital en urgence. Etude par observation participante.

In: Revue française de sociologie. 1993, 34-1. pp. 162-164.

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Baszanger Isabelle. Peneff Jean, L'hôpital en urgence. Etude par observation participante. In: Revue française de sociologie. 1993, 34-1. pp. 162-164.

1993, 34-1. pp. 162-164. http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rfsoc_0035-2969_1993_num_34_1_4236

Revue française de sociologie

travail fermé très typique. Ajoutons que le livre est agréable à lire par sa clarté et la qualité de son écriture.

Marnix Dressen LERPSO-CNAM, Paris

Peneff (Jean). - L'hôpital en ur

observation

participante. Paris, Métailié (Leçons de choses), 1992, 260 p., 99 FF.

gence.

Etude par

Le livre de Jean Peneff vient combler un manque dans la littérature sociologi quefrançaise en offrant une étude monog

raphique

hôpital de l'Ouest de la France. S'ins- crivant dans la tradition du fieldwork américain, suivant plus particulièrement les grilles d'observation formulées par la

tradition de Chicago, l'auteur a travaillé pendant une année comme brancardier bénévole. De cette période prolongée d'observation participante, il a tiré les données empiriques d'une riche monog raphie qui prend légitimement place dans la gamme des monographies amér icaines qui va d'Howard Becker et Re née Fox à Eliot Freidson et Charles Bosk en passant par Rose Coser, Anselm Strauss et Erving Goffman. L'auteur r evendique explicitement cette filiation :

« L'observation à l'hôpital progresse par l'exploitation d'un patrimoine d'idées établies sur les mêmes bases et s'ap- puyant sur des principes comparables.

Cette continuité dans

echerche

livre ne présenteront pas une théorie nouvelle, pas plus que des interpréta tionsglobalisantes en termes de struc

du service des urgences d'un

une ligne

de

r

explique que les analyses de ce

ture,

de

système

logique,

de

lois »

(p.

14). Il ne faudrait cependant pas en

conclure que Peneff se place exclusive mentdans une perspective de sociologie médicale, il en appelle au contraire r

ésolument

tionset des professions». En fait son

«à la sociologie des organisa

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hypothèse - moins originale qu'il n'y paraît puisqu'elle suit la logique qui fonde la sociologie interactionniste des professions et occupations - est que « le

travail hospitalier n'(est) pas spécifique et qu'il (peut) se comparer à bien d'au tres» (p. 217). Cela explique qu'on

trouve tout au

comparaisons avec d'autres institutions

comme l'usine ou la police et d'autres groupes comme les O.S. et les cadres subalternes.

C'est donc outillé des techniques d'observation édictées par Everett Hughes et prolongées par Schatzman et Strauss, des connaissances cumulées i des recherches américaines sur les

ssues hôpitaux et des études françaises sur le travail (notamment Crozier, Sainsaulieu et Robert Linhart) que Peneff déploie ses «deux objectifs prioritaires»: «La description du contenu réel du travail et les organisations diverses et implicites de la coopération entre agents pour a tteindre les objectifs qu'on leur fixe mais qu'ils réaménagent avec l'accord ou non de l'encadrement» (p. 11). Le livre est

organisé d'une façon désormais classi quedans les études monographiques de sociologie du travail : après avoir pré

senté

«conditions de travail», puis de «l'or

long de l'ouvrage des

les

lieux,

il

traite d'abord des

ganisation

du travail » et de « la division

du travail

et la division

des emplois »,

pour conclure avec «les rapports d'aut orité ». La position de brancardier, choi sie par Peneff, oriente fortement ses observations sur le travail des aides- soignants, des agents de service et des infirmières ; le travail des médecins, lui, restera moins «visible» - l'auteur pense d'ailleurs rétablir ainsi une sorte d'équil ibreface aux présentations dissymétri quesdes rapports (du Conseil économique et social par exemple) et des informations télévisées ou de la presse quotidienne et des périodiques. C'est précisément dans cette description du travail des catégories les moins connues du monde hospitalier que Pe neff excelle, et une des forces du livre

est

de nous

entraîner loin des

stéréo

types sur l'accueil du malade et le poids des relations humaines à l'hôpital, vers les aspects les plus crus de la réalité quotidienne du travail, souvent tus par les acteurs eux-mêmes : « Nettoyer la sa leté d'autrui, manipuler des corps ava chis, enfreindre la pudeur et la privauté des patients» (p. 59). La répartition du «sale boulot» est un des enjeux entre les différentes catégories de personnel de l'organisation «réelle» du travail dans le service : en suivant les pages de Peneff on voit, au sens fort du terme, le souci de chaque groupe pour accroître son autonomie par rapport aux autres, les luttes continuelles autour du prestige et du pouvoir passant par des tentatives répétées d'évitement de tâches considé réescomme dégradantes, les négociat ionsqui traversent le collectif de travail et celles plus complexes avec la hiérar chiemédicale et administrative pour at teindre des objectifs définis isolément et établir au quotidien dans le service « un ordre négocié» (cf. Strauss).

Un des aspects les plus riches du l

ivre est d'aborder le travail hospitalier des urgences par une de ses caractéris tiquesles moins analysées : l'alternance routine/urgence avec les changements de rythme incessants qu'elle impose aux travailleurs non-médecins et médecins.

Il

la méthode d'observation participante particulièrement bien maîtrisée par Peneff qui lui permet d'être témoin de faits autrement inobservables. On souli

gnera particulièrement le passage qui re

faut ici

insister sur le fait que c'est

trace

d'urgence et de réanimation) qui, pour

un instant, abolit les hiérarchies quoti

diennes et établit

ation nouvelle entre des personnes vivant cette «situation d'exception». Dans la même veine d'observation fine, le livre présente des notations précieuses sur des sujets très débattus comme par exemple l'accueil à l'hôpital ou les contraintes et les tensions du travail sous le regard du public.

une «sortie SMUR» (service mobile

une forme de coopér

Les livres

Au-delà de ces analyses qu'on ne peut résumer, un des mérites essentiels de cet ouvrage, qui lui donne toute son actualité, est d'avoir retenu un service d'urgences pour nous faire entrer dans l'hôpital. Ce choix permet à l'auteur de

bien situer l'hôpital au centre du dispos itifsanitaire et social français, de mont rer la permanence des dimensions d'assistance dans l'histoire de l'hôpital même si elles empruntent aujourd'hui d'autres formes (l'obligation pour le ser vice public d'accepter l'entrée de tous en fait un lieu d'assistance temporaire

pour

personnes : suicidaires à répétition, a

lcooliques,

tous ordres, «sans domicile fixe»

rôle fondamental des services d'urgence

est particulièrement bien mis en lumière

à travers l'analyse du travail qu'il im

pose aux agents hospitaliers : on mesure ainsi les contradictions et le décalage qui le séparent de la dimension «tech nologie de pointe» (beaucoup mieux connue mais qui ne concerne que 10% des entrants) et d'un aspect plus récent de l'utilisation d'un service d'urgence, considéré par une clientèle de plus en

plus nombreuse comme recours de soin de première ligne à la place du médecin généraliste (que ce soit dans une logique «anti-médicale» comme l'indique l'au teur ou plus simplement pour faire face aux transformations de l'organisation de la médecine générale dans les grands centres urbains). L'ouvrage, par les in

dices

mations profondes du système de santé, est particulièrement bien venu, surtout si on pense au développement timide des recherches sur l'hôpital en France.

On pourra bien sûr regretter la briè veté quand ce n'est pas l'extrême sim

plicité

médical, comme le passage consacré à

l'activité des internes aux urgences, qui part d'un portrait type de «l'interne idéal » pour aboutir à une généralisation

à Г emporte-pièce sur la position globale des internes au cours du mouvement de

un

ensemble

disparate

de

malades psychiatriques de

). Ce

qu'il nous livre sur ces transfor

des

analyses

sur

le

travail

163

Revue française de sociologie

grève de

plus que les différentes catégories de

médecins exerçant à l'hôpital ne sont, on Га dit, le centre du livre. Cependant, même sans entrer dans une analyse en profondeur de cette fonction, on aurait souhaité que l'auteur soit plus attentif au travail d'interprétation auquel est contrainte toute personne, médecin ou

non, dès lors qu'elle

ituations

nous présente la difficulté de définition des cas à traiter comme une des sources essentielles de conflits entre les diffé

rentes

et l'administration: «Ces conflits sont inévitables dans un milieu diversifié et

fermé. Comment pourrait-on d'ailleurs

les esquiver dans le cadre d'un travail aussi complexe, où les problèmes non résolus de la société sont déversés, où

la définition des cas

même source de divergences dans l'opi

nion

modalités de résolution de ces pro

1989. Le travail médical pas

rencontre des s

diverses, d'autant plus qu'il

catégories d'agents, les médecins

à traiter est elle-

(p.

215).

Des

médicale?»

blèmes,

des choix opérés entre diffé

rentes

définitions de cas, on ne saura

que peu de choses. Mais ce qui gêne est ailleurs, dans la multiplication de typi-

fications rapides qui découpent tout au

long du texte une réalité, qu'on devine autrement complexe à travers les propos

mêmes de l'auteur,

gories

infirmières/médecins,

classes

teurs d'un savoir universitaire/détenteurs

me

semble-t-il, l'effet d'une certaine diffi

culté à harmoniser des emprunts théori

de savoirs empiriques

en grandes caté

dans

s' excluant

l'analyse :

femmes/hommes,

déten

là,

populaires/bourgeoisie,

C'est

ques éloignés.

Peneff s'appuie sans restriction sur les travaux et les méthodes de la sociologie

interactionniste, il s'écarte d'un des fon

dements

prédéfinir le point de vue des acteurs

En même temps que

de cette sociologie - ne pas

mais

partir de leur définition de

la s

ituation

- pour suivre une autre tradition

sociologique qui cherche, en recourant à des catégories sociologiques «object ives», à lire le « réel » derrière les

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cours et adopte donc par principe une position de méfiance par rapport aux ac

teurs.

sition de méfiance et de la décision trop strictement suivie de ne pas singulariser

le travail hospitalier qui fait manquer à

Peneff l'élargissement d'un questionne mentclassique sur l'hôpital et le travail qui s'y déroule, que ses données empi

riques

delà de ces réserves, cet ouvrage constitue une étape importante dans l'étude du fonctionnement des hôpitaux en France et il sera également précieux

pour les chercheurs qui étudient le tra

vail

C'est la conjonction de cette po

suggèrent pourtant souvent. Au-

dans les organisations.

Isabelle Baszanger CNRS-CERMES, Paris

Fassin (Didier). - Pouvoir et mal

adie

en Afrique. Anthropologie

sociale dans la banlieue de Da

kar.

Paris, Presses Universitaires de France

(Les champs de la santé), 198 FF.

1992, 360 p.,

Sur un thème aujourd'hui «porteur», l'anthropologie de la santé, cet ouvrage se distingue de la production classique, généralement préoccupée par les théra

peutiques

tements

démarche résolument holiste. L'auteur affiche, dans sa présentation méthodolog ique,sa volonté de ne pas étudier la santé et la maladie en soi, comme le fait

traditionnelles et les compor

qui

les

entourent,

par

sa

l'anthropologie médicale, mais comme un moyen de connaissance de toute la société. Cette orientation fonctionnaliste lui interdit de séparer arbitrairement le traditionnel du moderne, si bien que le lecteur découvre, dans un ensemble à la fois anthropologique et sociologique,

tout le panorama

thérapeutique d'un

pays, ici le Sénégal, depuis la médecine hospitalière ou de quartier jusqu'aux pratiques les moins officielles du gué-