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A^'CIFJ\'ES MAISONS DE PARIS

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BliLXtlLLKS. IMPlîl.MEltlK HK C.VSI.MIK COU.MANS,

,

T^F-Ri

ANCIENNES MAISONS

DE PARIS

S {] s NAPOLÉON Ui

V\]\

L'HISTORIOGRAPHE LEFEUVE

(SMticiu internationale.

TOME QUATRIÈME.

PARIS,

BRIJXELIES,

 

I

58. rue Xcuve-Sainkiugiislin, 58.

I

l-X

rue Dupont,

io.

187;!

Tiie riieur île |):ij;iiiatiiiii |/niiliiit une Imcuiic île H\) )i:j(;es ilaji.s ee volume, dont

la

[nige

li'il

se tion\e [iiir celu niéiuc siiÎmc iinniéilirilenienl la page iSO.

Rne Childebert. (i)

Celle-ci, le cardinal de Bissy,

abbé de Saint-

Germain -des-Près, l'ouvrit sur l'enclos monacal,

dans l'année même mourut

Louis XIV, et la

dédia à Childebert P', roi de France, qui, fonda-

teur de l'abbaye,

558.

Une fois livrées à la circulation, les rues d'origine

conventuelle, comme l'était celle Childebert, ne

jetaient pas entièrement le froc aux orties; elles

avaient l'air, en devenant mondaines, de garder

le petit-collet. Bien des commerces y restaient

y avait été enterré

en

l'année

interdits,

comme

le

bruit,

comme les odeurs

mauvaises, et ce n'était lieu de plaisance que pour

des âmes délicates, dont la dévotion

se prêtait

aux accommodements d'une demi-retraite, ou que

désaltérait, dans leur soif de s'instruire, la riche

bibliothèque des pères. Les rues de Saint-Germain-

des-Près avaient pourtant leur animation propre ;

elles ne sont guère plus vivantes depuis la révolution

qui les a mises dans la voirie commune.

Aux

différents étages des

n"'

1

et

3,

tels

que

nous les voyons rue Childebert, des pensionnaires

de l'abbaye avaient leurs chambres, communiquant l'une avec l'autre, au-dessous desquelles se suivaient des boutiques, où se vendaient surplis et rabats.

(1) Notice écrite en 1858. La rue Childebert figurait encore sur la carte de Paris, la remplacent un tronçon du nouveau boulevard Saint-Germain et l'espace nouvellement laissé à découvert devant l'église Saint- Germain-des-Près.

6

RUE CHILDEBERT.

Au rez-de-cliaussée du 5 il y avait, sous Louis XVI,

et une mercière et un marchand d'élixir de longue

vie. Le

il

était aussi une

maison ii deux

tins,

habitation et boutique;

M. Arnheiter, mécanicien, occupait ce dernier

13 pareillement, et

le

immeuble, avant d'avoir ses magasins au 8: il n'y

ce fabricant

a

donc

pas

moins

de 40 ans que

d'instruments d'agriculture habite la petite rue

Childebert. Par exemple, 2, 4 et 6 n'avaient qu'un

seul étage, lorsqu'ils étaient un bien monastique :

on les a exhaussés depuis. Les personnes adonnées

n'importe à quel commerce, en deçà des grilles

profitaient d'une

y rare immunité, en ce qu'il était interdit d'opérer

qu'on fermait tous les soirs,

chez elles une saisie;

dès qu'il avait le pied dans

l'enclos, l'huissier perdait le droit d'instrumenter.

N'enabu*ait-oii pas pour faire banqueroute? La chose

arriva quelquefois.

Un marchand de vin, nommé Chanfort, égayait

plus tard sa

le n" 10, dès le temps des moines;

veuve prit sa place, tous les peintres,

en faisant

la

cuisine

pour

le

sans en excepter un, dont

pinceau becquetait une palette aux environs de

l'ancienne abbaye. M"'^' Chanfort servait deux œufs

ton-

sur le plat

à ses habitués,

pour 3 sous ;

fessons qu'elle les faisait cuire dans la graisse. La moyenne du prix de ses diners n'allait guère qu'à

60 centimes, le vin compris. Qu'on se garde pour-

tant de comparer son petit restaurant aux gargottes

dans lesquelles les rapins d'aujourd'hui sont réduits à prendre leur pàlure, moins saine à coup sûr,

mais plus chère!

Rue

des

Ciseaux, (i)

Nous avons

essayé de

cette rue tire sa dénomination,

retrouver l'hôtel des

Sur-

Ciseaux, dont

d'après le Dictionnaire des Rues de Paris.

gissait-il rue du Four-Saint-Germain? Son titre

venait-il d'une enseigne de tailleur ou de coutelier?

Une famille portai l-elle ce nom ? Dernière version

s'accordant mieux avec la qualité d'hôtel reconnue

à l'habitation.

On en revoit un précisément à l'angle de la rue du

Four ; ses proportions n'ont rien de vaste ; mais il a pu se détacher d'un plus grand, particulièrement

de son jardin,

car il faut surtout un jardin pour

élever une maison

au rang d'hôtel.

De bonne

bourgeoisie, pour le moins, était cette bâtisse d'encoignure, remontant pour sûr à l'époque

d'une rue qualifiée des Fossés-Saint-Germain on

a fait une rue des Ciseaux, autrement dit au milieu

du grand siècle.

Sa

façade

donne

sur

les deux

rues ; des arcades y sont dessinées, répétant les

arceaux de ses caves, qui sont encore vierges de

gerçure. Par

1662, une sentence des requêtes-du-palais en rendait adjudicataire le collège des Écossais, et

la seule mutation qui, depuis lors, se soit produite

date de 1847 ; seulement il a fallu une ordonnance

royale pour autoriser M. Caire, administrateur temporaire des fondations catholiques anglaises et

écossaises en France, à aliéner ledit immeuble.

suite d'une

licitation, le 20 mars

(1) Notice écrite

en 1858.

8

RUE DES CISEAUX.

Le 5 et le 6 de la même rue,

qui se conten-

tait déjà de 9

paraissent plus

écoliers écossais.

maisons et de 2 lanternes en 1714,

anciens

que

la propriété des

Rue de la Clef, (i)

L'Enseigne, La Prison. La Gueuserie. La Victime cloîtrée de bonne Composition. La

Pension bourgeoise. Michel Fourmont.

Henriot. L'Institution Savouré. Le Clos

du Chardonnet. L'hôtel municipal.

Danês. L'Ogre

Oji a bientôt

dit d'une rue qu'elle est la filleule

ajoute-t-on, se serait

bi'imbalée, rue de la Clef, entre deux fenêtres du n" 5. S'il s'agit du o d'à-présent, la chronique semi-officielle court le danger de s'être trompée

de porte, les titres de propriété de cet immeuble ne parlant même pas pour mémoire du signe particulier dont il s'agit. Pas plus de prétentions

en face à cette paternité, dont la recherche n'est

pas interdite. Trois maisons d'origine commune

y venant la troisième, la quatrième et la cinquième

la rue Copeau (Lacépède), étaient à

d'une enseigne. Celle-ci,

à partir

de

Louise-Catherine Moreau, épouse séparée de biens

de Pierre Lemerre, écuyer, avocat au parlement

(1) Notice écrite

en 1858. La rue de

la Clef s'appelait

encore rue Vieille-Notre-Dame et rue du Pont-aui- Biches à partir de la rue d'Orléans, maintenant Dau-

benton. L'élargissement et l'exhaussement font qu'elle

place à bâtir, que

suivent des constructions neuves, et à gauche par un

commsnce du côté droit

par

une

petit

escalier l'an.-ien niveau. Une place, en outre, s'est for-

mée presque en face de Sainte-Pélagie ; elle prendra sans

ieui mur, au pied

duquel

est garde par un

doute le nom de Monge, comme

y fait parallèl» à celle

de

'a

Clef.

la rue nouvelle qui

10

RUE DE LA CLEF.

et du clergé de France, en 1763, et à Borderel

de Caumont, prêtre, quelques années plus tard.

Problablement un serrurier s'était mis sous

l'invocation que les captifs de Sainte-Pélagie ont

dû souvent prendre pour un sarcasme.

La Clef,

quelle amère dérision! Sainte-Pélagie en a des

trousseaux, mais accrochés à des ceintures de

geôliers. Prison pour dettes,

elle

a

fait

rire ;

politique, elle a donné lieu aux récriminations et

aux chansons. Mais on y enferme de nos jours, faute de Bérangers et de Courriers, des hommes

de paille de la presse plus souvent que des jour-

nalistes, des ambitieux, ou plutôt des envieux, qui ne cesseraient d'être persécutés que pour devenir

les plus odieux

les plus ineptes, les plus lâches,

de tous les persécuteurs, et puis des marchands à faux-poids, des laitiers trop chimistes, des gé-

rants de société en commandite sans compèi'es

dans

la finance, des complices

d'adultère, des

médecins si peu autorisés à soigner des malades

que leurs confrères à diplôme en tuent bien davan-

agents d'affaires auxquels on a confié

quoi que ce soit, des usuriers ne prêtant qu'à la semaine, des cochers en contravention, des voleurs

tage, des

à

leurs

premières armes,

apprentissage, etc.

des mouchards

en

Cette prison a cessé d'être affectée à la détention

pour dettes en

1834 ; une division ti part y servait

de maison de correction

catégories diverses, et une autre prison encore,

ayant son greffe particulier, recevait dès-lors des

pour des garçons de

prévenus et des condamnés, accusés ou convaincus

d'avoir commis

des

délits

ou

des

crimes. La

Révolution y avait fait, en outre, des prisonniers

politiques en beaucoup plus grand nombre que la

Restauration, notamment Millin,

archéologue, le

peintre Hubert

naturaliste et

Robert

et M""-

Joséphine de Beauharnais. C'est même en 1792

RUE DE LA CLEF.

11

qu'on avait converti en prison publique Sainte-

Pélagie, qui ne renfermait sous l'aDcien régime

que des pécheresses repenties et non repenties,

qui

celles-ci dans une division dite le Refuge,

relevait de l'Hôpital-Général, en se distinguant du couvent dans lequel entraient celles-là. M""^ d'Aguil-

lon avait contribué ii fonder en 1665 la communauté

religieuse qui s'y était placée sous le patronage

spirituel

pénitence.

Sainte-Pélagie, ce purgatoire des niŒiurs, com-

mença par purifier et transformer, en l'absorbant,

d'une

comédienne

sanctifiée

par

la

certain hôtel de la Gueuserie, dit aussi

Zone et

Jaune. Pierre Moue était encore propriétaire en

l'année 1660 de la Gueuserie, qui comportait trois

corps-de-iogis et autant

l'angle de la rue Courtoise et de la rue Françoise, qui faisait suite à celle du Puits-de-l'Ermite. Au nom-

bre des maisons voisines qui passèrent vers le même

Sainte-Pélagie et à

temps aux religieuses de

l'Hôpital-Général, plusieurs n'étaient données ou

vendues qu'en nue-propriété. Lépy, docteur en

médecine, et sa femme, née Lemoyne, en avaient

d'arpens

de

jardin,

à

encore

l'usufruit,

l'année 1731.

La

rue s'était

appelée d'abord de Saint-Médard, en raison de

l'église à laquelle elle conduisait ; puis était venue

la dénomination de Courtoise, dont la clef nous

échappe encore. La moitié des pensionnaires de Sainte-Pélagie s'y écrouait, de par le roi, pour sauver l'honneur des familles, ce qui pouvait être fort

utile, mais non pas fleur de courtoisie.

Une des tilles forcément repenties du Refuge

était pourtant veime, avec le temps, à n'en plus

vouloir ù personne du séjour d'une année et demie

qu'elle avait fait dans un âge encore tendre, qui

des

ne l'avait déjà montrée que trop

tendre

à

tentations prématurées.

Elle

revenait rue de la

Clef

en

1805,

après

avoir usé

et abusé de la

12

RUE DE LA CLEF.

plupart des autres années de sa vie, et c'était pour

se retirer au n" 25, en regard de

son ancienne

maison de correction, dans une de ces pensions

bourgeoises comme il en reste plusieurs rue de

la Clef. Elle avait nom M""' du Petitpas

et environ

quatre-vingt-cinq ans d'âge, bien qu'elle ne regrettât

seule de ses facultés. Est-il

besoin de dire laquelle ? Comment s'appelait-elle

la perte que d'une

Petitpas? point délicat à éclaircir, car elle appartenait

à une honnête famille, qui n'avait pas même attendu

la majorité de

Louis

XV

pour faire casser un

mariage clandestin que la petite avait contracté,

en état de minorité, avec un Italien de passage en France, et déjà vieille elle avait convolé en second, puis en ti-oisième divorce, sous les gouver- nements républicains. Tous les jours elle montrait à M'"'' Simon, qui tenait la pension bourgeoise, le donjon sombre et sans croisées d'en face, en

ne

pouvoir plus l'encourir. M. Rousseau, notre estafette,

regrettant fort,

si ce n'est le châtiment, de

tient ces détails d'une voisine, qui,

en 1807, a vu

mourir la mère Simon. La pensionnaire était fort

saine d'esprit

et de corps, en dépit d'une longue

jeunesse ;

mais il y avait alors sous le

même toit

un certain nombre de gens inlirmes

et,

qui plus

est,

dans

un corps-de-logis à part, cinq ou six

fous et folles, gardés à vue. Le docteur Ghansaud

est mort centenaire dans cette maison de santé

et de convalescence, dont il était le médecin, et

qui de notre temps compte encore des pension-

naires, d'âge et de sexe différents, sous la direction d'une brave femme, M"'^ Vallon.

Michel Fourmont, professeur de syriaque et d'éthiopien au Collège de France, membre de l'aca-

démie des

Etienne Fourmont, avait eu en 1738 une propriété,

Inscriptions et frère de l'orientaliste

qui n'était séparée que par deux autres

de celle

dont M""" Lemerre disposait vingt-cinq ans plus tard.

RUE DE LA CLEF.

13

Henriot, chef de factieux, héros des journées de Septembre et agent de Robespierre, dont il a

partagé

la

lin,

logea

quelque

temps rue de la

Clef, dans une maison qui semble en disconvenir,

tant son

aspect est plein de sérénité ! Le nombre

qu'elle affiche est 29. Cet Henriot, natif de Nanterre,

domestique chez un procureur au parlement, qui

l'avait renvoyé, s'était trouvé employé aux barrières,

en qualité de commis, lorsque l'insurrection y avait

apporté la flamme,

dans la nuit

du 12 au 13

septembre, et cet agent de l'octroi, craignant quel-

ques mauvais traitements, avait cru plus prudent de se ranger parmi les incendiaires : tels avaient été les débuts du promoteur de tant d'insurrections !

Uu jour on heurtait violemment h la porte du

n" 9, chez M.

Savouré, chef d'une institution de

jeunes gens, qui vint lui-même

savoir ce qu'on

voulait. C'était l'affreux voisin Henriot et plusieurs

autres terroristes, ayant à lui intimer l'ordre de

faire dîner ses élèves dans la rue. Les tables furent

bientôt disposées, pour obéir à ces traîneurs de sabres, parlant au nom de la Nation ; mais M'"^ Sa-

vouré refusa prudemment l'argenterie et eut l'idée

de servir aux élèves des mets qu'ils pussent porter

aux

lèvres sans

se

servir de

cuillers ni

de

fourchettes ; le

fromage et les artichauds ' tirent

donc les frais de ces agapes par ordre. Déjà une

irruption pareille du citoyen Henriot avait eu pour

objet d'ordonner au maître de pension la destruction

d'un certain nombre de bustes qui décoraient la façade sur la rue, et qu'il prenait pour des figures de saints ; or ces malheureux plâtres représentaient

des dieux de la fable, et

dont ne

cour,

du côté de la

même,

il en a été conservé huit ou dix,

différaient aucunement les premiers.

Lapension Savouré fut fondée rue Copeau, vers 1730,

sous les auspices d'une compagnie de professeurs

jansénistes, qui avaient pour supérieur Besoigne,

U RUE DE LA CI EF.

successeur de Durieux et de Gillot, et, qui étaient

expulsés de Soi nte-Bari)e, à l'instigation des jésuites de

Louis-le-Grand, leurs adversaires. Depuis 1:28 ans, de

père eu fils, les Savouré dirigent la maison, et cette

dynastie tend à se perpétuer. Jean-Louis Savouré P'

eut dix-sept enfants d'un seul lit ; Jean-Baptiste en compte onze. En sa qualité de janséniste, Rollin

accorda, dès le principe, son patronage aux Sa-

en-

en

vouré ;

il leur prodigua

le

lait

ses

est

conseils et ses

qu'ils ont mis

couragements, et

honneur les doctrines de son Traité des Études.

« L'honneur est lame de tous les arts, disait l'illustre

recteur de l'université de Paris, mais du nôtre prin-

« cipalement. Quels que soient les préjugée d'un siècle

« corrompu par la frivolité,

il n'est rien de plus grand

que notre profession j rien qui exige des sentiments

« plus purs et plus élevés. C'est l'esprit et non le corps

« qui

est confié à nos soins. Un père remet

son.

fils

« entre nos mains; il demande que nous cultivions son < esprit, que nous formions son cœur à la vertu, que

« nous y gravions les principes de

la

religion et de

la piélé. Quel emploi ! Est-il des fonctions plus nobles

< et

p. 430.1

plus excellentes? » {Opuscules de Rollin, tome 1^^,

Presque seul des établissements d'éducation, celui

que tenait

les

Savouré résista sans inten-uption

aux

crises de la Révolution, en substituant des

cours particuliers h ceux des collèges de Lisieux

et de Montaigu, dont l'exercice se trouvait supprimé.

Son droit

de

chapelle datait de

la création ;

Napoléon P'' le sanctionna, et récemment Pie IX

le contirmait. Des élèves remarquables de cette

institution citons le

prince Jérôme Bonaparte,

frère de Napoléon P', l'amiral Baudin, Gay-Lussac,

les généraux de Grouchy, fils du mai^échal, MM.

Naudet, d'Houdetot, Delécluze et Silvestrede Sacy,

RUE DE LA CLEF.

15

les docteurs Chomel, Donné et Vernois, l'architecte

Rougevin.

M. Lacroix, professeur, n'est-il pas une étoile

de plus pour cette

notice historique sur la maison, berceau de

pléiade? II a mis au jour une

ses

études, au temps où l'auteur du présent ouvrage

publiait, de son côté, un livre sur l'ancienne Saijite-

Barbe. Grâce à M. Lacroix, nous savons notamment que la pension Savouré fut transférée dès 1779

dans le local qu'elle occupe maintenant. C'était

d'abord l'hôtel Danès, qui a passé dans la maison

de Rohan

avant

que les Savouré l'acquissent :

jusque-là rien qui nous taquine.

Mais la notice

ajoute que Pierre Danès, précepteur de François II,

puis évéque de Lavaur, fut propriétaire rue de la

Clef,

et

rien dans

son architecture,

dans ses

décorations à l'intérieur, n'autorise à croire du xvi«

siècle l'édifice, qui nous a plutôt l'air contemporain

d'un autre Pierre Dnnès, curé, auteur de plusieurs dictionnaires, décédé en 1709. Trois plans de Paris

vont passer sous nos yeux ; cherchons-y cet hôtel Danès. La carte de 1652 n'en souffle pas mot. Aucun trait ne l'indique davantage sur le plan de 4714, dans lequel figure un corps-de-garde-fran-

çaise, au coin de la rue d'Orléans, et qui compte

en tout, rue de la Clef, 23 maisons. Interrogeons encore la topographie de Paris en l'année 1739,

même absence de désignation. Décidément il y a

erreur de date.

Vers l'endroit se carre encore cette maison,

cinq autres avaient été anciennement bâties sur la Villeneuve-Saint-Réné, quartier de terre dit aussi le clos du Chardoiinet ; elles avaient dû 60 livres tournois de rente, pour une partie des-

quelles Nicolas Bouchinel, charcutier, avait passé

reconnaissance en 1348 h Raphaël d'AIbiac, fils

de Louis, seigneur du même fief. Le Canon, vicaire

de Ghoisy-sur-Seinc, avait succédé au ' charcutier,

16

RUE DE LA CLEF.

puis Marin Noël, connétablie, puis le

puis Dauphin, archer

tils

de

de la

l'archer, sieur de

Sainte-Marie,

qui avait vendu

en

1643 à

Pierre

Crochet.

De

1747 à

1770, si ce n'est davantage, la pro-

priété appartenait à Antoine-Pierre-Hilaire Danès,

comte de Serris,

baron de la Mothe, conseiller

au parlement, puis conseiller royal et président

de

la cour des Aides, puis gouverneur de Saint-

Denis et enfin lieutenant-général de la ville, pré-

de ce

grand personnage est menacé de perdre une portion

de son joli

jardin, et les pensions bourgeoises

placées sur la même ligne doivent être également

écornées : le percement probable d'une rue nouvelle

vôté et vicomte de Paris. L'ancien hôtel

met en émoi tout le quartier.

Il est de fait qu'on

y trouve encore de la verdure et que les squares

y

sont tout faits.

Grâce pour mes arbres ! épargnez mon gazon !

s'écrie plus d'un propriétaire.

Respectez,

dit un

et ma porte h claveaux.

autre, mon escalier à

vis

Malheureusement il y a un ogre dans cet omni-

potent préfet

qui ne se soucie d'aucune des tra-

ditions

conservatrices de

bouche les oreilles.

l'édilité, et

l'ogre se

Rue des Sept-Voies. (i)

Dénombrement des propriétaires en tannée 1660,

(Bmc\)t :

Brisson, hôtel d'Albret.

La veuve de Bourdon, à

Ville-de-Barcelone.

Le collège des

Grassins, 2

corpsde-bâtiment, à la Di- ligence et à la Sphère.

François du Moutier, prin-

cipal de ce collège, maison

du cul-de-sac de la Cour-

aux-Bœufs, attenant aux

Grassins.

Le collège

Édeline et

che-Face.

da la Merci. Claude, à la Chi-

Les abbé, prévôt et confrères de la Grande- Confrèrie-

aux-Bourgeo'S, 2 corps-de-

bâtiment, à rimage-Notre- Dame et à la Madeleine.

Godechal

et

consorts,

à

rimage-Saint-E tienne. Antoine de Saumaville, à la

Bible-d'Or.

Gellier, à

Claude.

l'Image - Saint -

Poirier, au Pot-à-Moyneaui.

Sellier, à la Corne-de-Cerf.

Le collège de Forlet.

Id. hôtel de Marly.

L'église Saint - Etienne - du- Mont, son petit cimetièro

IBroite :

Le collège de Reims h corps-

de-bâtiment ft un jardin,

tant rues de Reims, d'E-

cosse et Chartière que rue des Sept-Voies.

Idem, petit corps - de - bâti- ment, au coin de la rue des

Sept-Voies et de celle de

Reims, ahàs de Bourgogne.

Idem, y. maisons, dont l'une à rimage-Saiut-Pierre.

MM. de

sons.

Sorbounc, 2 mai-

Le collège de

Montaigu, 2

maisons et jardin, au coin

de la rue des Chiens que.

Sainte Barbe a absorbée.

Peu de temps après, l'Image-Notre-Dame et la

(1) Notice écrite en 18C0.

18

RUE DES SEPT-VOIES.

Madeleine passaient Petit-Saint- Jean, et la Bible-

d'Or, Gràce-de-Dieu.

Le collège des Grassins, dont l'iiistorique est

présenté dans la notice de la rue des Amandiers-

Sainte-Geneviève (1), avait été passagèrement en

possession de la Ville-de-Barcelone, que lui avait

vendue en 1634 la veuve de Michel Charpentier,

sieur du Plessis, mais qu'avait rachetée dès 1636, par retrait lignager, l'avocat Brisson, qui dans la

même année avait eu Gristophe Descourtieux pour acquéreur. Michel Charpentier tenait ce bien de

sa mère, née Marie Boissart, fille et héritière de

Boissart, conseiller au parlement, et de Marguerite Chapelain, y succédant h Jean Chapelain. Mais le

même manoir

avait

appartenu à

des ducs de

Bretagne, comme l'hôtel d'Alhret, à l'origine, et

cela remontait, pour le moins,

à l'époque de la

guerre des Deux-Jeannes. Le mariage de Charles

Philippe de Valois, avec

Jeanne de Penthièvre,

Bretagne, qui le choisit pour successeur, donna

lieu à de sanglantes querelles, que les héritiers des

compétiteurs firent durer un siècle. Ce souvenir historique rend tort peu surprenant "que le séjour des ducs de Bretagne, au mont Saint-Hilaire, ait

été dit

nièce de Jean III, duc de

de Blois,

neveu

de

de Blois,

puis de

Penthièvre.

Collège Montaigu. Tout en a disparu, en 1844»

pour faire place à la nouvelle bibliothèque Sainte-

Geneviève.

C'était, en

dernier lieu, une prison

militaire, qui avait servi d'hôpital. La suppression

des classes n'y

datait que de 1792. Ce qui nous a

permis amplement de connaître un aimable vieillard,

M. Sauvage, qui avait fait ses études à Montaigu :

il

y

était

même

entré en 1762,

M. Regnard y

remplissant les fonctions de principal.

(1) Maintenant rue Laplace.

RUE DES SEPT-VOIES.

19

La chapelle du collège renfermait le tombeau

d'Ulrich Géring, l'un des trois imprimeurs attirés

d'Allemagne par la Sorbonne pour fonder à Paris

Le prédicateur Jean

la première imprimerie.

Standoutht, qui dormait sous les mômes dalles,

avait institué dans la maison, sous

la direction

d'une comnmnauté,

une

école

si

pauvre

que

l'université n'avait rien de pareil :

on y faisait un

ressemblait par trop au jeûne, avec

de la

faculté de Théologie avait humblement débuté, en

qualité de petit domestique. Le collège toutefois

avait pour fondateur Gilles Aycelin de Montaigu.

Il est fâcheux que ce chancelier, ancien archevêque

de ÎXarbonne, ait pris une part active à la persé- cution suprême