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Chapitre 12

Connaissances, capital humain et croissance endogène

Le modèle de Solow-Swan étudié au chapitre précédent n’explique pas plei- nement certains faits de base de la croissance économique dans les pays en développement, identiés au chapitre 10. En dehors du capital, le seul dé- terminant du revenu par tête, dans le modèle, est l’ecacité du travail, A, dont la signication exacte n’est pas spéciée et dont le comportement est considéré comme exogène. En outre, faire l’hypothèse que le taux de rende- ment du capital reète sa contribution à la production et que sa part dans le revenu total est xée à des niveaux plausibles, les diérences d’intensité en capital ne peuvent pas expliquer les diérences de revenu entre les pays. Comprendre les sources de la croissance et les diérences de structures de revenu observées dans les pays a été le sujet d’une grande partie de la réexion au cours de ces dernières années. Cette recherche a souligné l’exis- tence d’une variété de mécanismes endogènes qui renforcent la croissance économique et a suggéré de nouveaux rôles pour la politique publique. Ce regain d’intérêt a largement été le résultat des contributions remarquables de Lucas (1988), Grossman et Helpman (1991) et Romer (1986). Ce chapitre considère plusieurs de ces nouveaux développements sur la croissance 1 . La première partie de ce chapitre se focalise sur le point de vue selon lequel la force d’attraction de la croissance est l’accumulation du savoir. Elle examine diérents mécanismes à travers lesquels les connaissances sont

1 Pour des aperçus complets, voir Aghion et Howitt (1998) et Barro et Sala-i-Martin (1995). Jones et Manuelli (1997) fournissent une synthèse de la littérature plus technique de certaines classes importantes de modèles de croissance endogène.

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Chapitre 12

produites et les ressources allouées à la production des connaissances. La deuxième perspective, examinée en seconde partie, adopte une vision plus large du capital pour inclure le capital humain. Ces modèles (qui à cer- tains égards peuvent être considérés comme des prolongements du modèle de Solow-Swan) impliquent que la part du revenu du capital physique ne peut pas être, toute seule, une mesure précise de l’importance globale du capital. Une mesure plus large du capital augmente la possibilité que des diérences de l’intensité du capital puissent expliquer, après tout, des diérences de revenu par tête entre les pays. La troisième partie analyse les liens entre l’ac- cumulation du capital humain, la politique publique en faveur de l’éducation et la croissance. La dernière partie considère diérents autres déterminants de la croissance soulignés dans la littérature récente de la croissance, à savoir la politique scale (les variations des dépenses publiques, l’imposition et les décits budgétaires), l’ination et la stabilité macroéconomique, la libéralisa- tion des échanges, le degré de développement nancier, les facteurs politiques et l’inégalité des revenus et le rôle des institutions.

1 L’accumulation des connaissances

Il y a deux mécanismes principaux par lesquels la production des connais- sances est captée dans les modèles de croissance endogène : en tant que produit de l’activité économique ou en tant qu’une activité de production en soi. Bien sûr, ces approches sont plutôt mécaniques ; en référence à la dernière, Solow (1994, pp. 51-52), par exemple, a écrit :

‹‹Il y a probablement un élément exogène irréductible dans le processus de recherche et développement, au moins exogène à l’économie. Des domaines de recherche s’ouvrent et se ferment de façon imprévisible, en économie ainsi qu’en science et en technologie. Ceci se reète, par exemple, par la fréquence à laquelle des projets de recherche aboutissent à la découverte de quelque chose qui n’avait même pas été soupçonnée quand les décisions initiales avaient été prises. Il y a une logique interne — ou parfois une non-logique — à l’avancée des connaissances qui peut être orthogonale à la logique économique. Ce n’est pas du tout pour nier le caractère partiellement endogène de l’innovation mais seulement pour suggérer que la “production” d’une nouvelle technologie peut ne pas être une question simplement d’intrants et de production››.

Connaissances et capital humain

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Néanmoins, il est important de présenter des modèles illustratifs des deux mécanismes car ils ont des implications très diérentes concernant les déter- minants du taux de croissance d’une économie à l’état stationnaire.

1.1 Les connaissances en tant que produit dérivé : Ap- prentissage par l’expérience

Comme l’a souligné Arrow (1962), une source importante du progrès tech- nique résulte de l’apprentissage. Dans un tel modèle, l’expérience, mesurée de diérentes façons (en termes, par exemple, d’investissement passé cumulé ou de production) joue un rôle central en augmentant la productivité du travail au cours du temps. Un moyen simple d’illustrer l’approche en termes d’apprentissage de Ar- row est de faire l’hypothèse que le niveau de productivité, A, est lié à la taille absolue du stock de capital et à un facteur autonome, Z , de sorte que :

A = ZK θ ,

θ est un coecient positif. En diérenciant cette expression par rapport au temps, il en résulte

˙

˙

A A = θ (

˙

K

K

) + γ , 0 < θ < 1,

(1)

γ (Z/Z ) peut être considéré, comme auparavant, comme étant le taux exogène du progrès technique augmenté du travail. La paramètre θ est sou- vent décrit comme le coecient d’apprentissage, qui peut dépendre, en parti- culier, des dépenses publiques en éducation (voir ci-dessous). Par conséquent, le progrès technique est partiellement exogène et partiellement endogène. Le modèle de Solow-Swan correspond au cas où θ = 0 2 .

Pour examiner les implications de cette spécication, considérons encore le cas dans lequel la technologie de production est une Cobb-Douglas, qui sous sa forme intensive est donnée par

y = k α ,

(2)

2 Faire l’hypothèse que l’acumulation des connaissances se produit comme un eet du côté de la production des biens plutôt que l’accumulation du capital entraîne des conclu- sions qualitativement similaires à celles dérivées ici.

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Chapitre 12

k = K/AL. L’accumulation du capital et le taux de croissance de la force de travail sont encore donnés par :

˙

˙

K = sY δ K,

L/L = n.

(3)

Des équations (2) et (3), le taux de croissance du stock de capital est donné par

(4)

alors qu’en utilisant l’équation (1), le taux de croissance du travail en unités d’ecience est donné par :

˙

K

K

AL )( AL

Y

K

) δ = sk k δ ,

α

= s(

˙

A

A +

˙

˙

L

L = θ ( K K ) + γ

+ n.

(5)

En diérenciant l’expression k = K/AL par rapport au temps, il en ré- sulte :

(6)

de sorte qu’en utilisant les équations (4) et (5), on obtient :

˙

k

k

˙

K

K (

˙

A

A +

˙

L L ),

=

˙

k = s(1 θ )k α [γ + n + δ (1 θ )]k,

qui est une équation diérentielle de premier-ordre non-linéaire en k similaire à celle dérivée au chapitre précédent pour le modèle de Solow-Swan. Le ratio capital/travail eectif d’équilibre est donc donné par :

(7)

˜

k = (

s(1 θ )

θ ) ) 1/(1α)

n + γ + δ (1

,

duquel il peut être facilement établi qu’une augmentation du coecient d’ap- prentisage, θ , en augmentant le niveau du travail eectif, réduit la valeur d’état stationnaire du ratio capital/travail eectif.

˙

En xant k = 0 dans l’équation (6) et en utilisant l’équation (5), le taux de croissance du stock de capital à l’état stationnaire est donc donné par

de sorte que

K

˙

K

K

¯

¯

¯

¯

¯

= θ K + γ + n,

˜

k = k

g˜ K = γ

+ n 1 θ .

Connaissances et capital humain

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Le taux de croissance de la production à l’état stationnaire, ALk α , est donc égale à

Y = θ K + γ + n = γ 1 + n θ , de sorte que le revenu par travailleur, Y/L, croît, sur le sentier de croissance équilibrée, au taux :

Y /L = Y n = γ + θ n .

1 θ Par conséquent, dans le modèle de Arrow, bien que le coecient d’appren- tissage ait un eet positif sur le taux de croissance de la production à l’état stationnaire, ce dernier demeure indépendant du taux d’épargne. En outre, ce modèle prédit qu’une augmentation du taux de croissance de la population, n, augmente le taux de croissance de la production par travailleur à l’état stationnaire, contrairement au modèle de Solow-Swan, où une augmentation de n n’a pas d’eet sur Y/L. Les évidences passées en revue au chapitre 10, suggèrent cependant que le taux de croissance de la population et le taux de croissance du revenu par tête (ou de la production par tête) sont liés négativement. La conclusion de l’analyse ci-dessus est donc que bien que la formulation de Arrow de l’apprentissage est capable d’expliquer les diérences des taux de croissance des revenus par tête par des diérences de capacité d’apprentissage à partir de l’expérience (allant dans ce sens au-delà du modèle de Solow-Swan, qui repose uniquement sur les diérences du taux du progrès technique), elle n’accorde toujours pas de rôle aux taux d’épargne et d’investissement. Un prolongement du modèle d’apprentissage de Arrow présenté par Vil- lanueva (1994) aborde cette question. Spéciquement, l’introduction de l’ap- prentissage à partir de l’expérience dans le modèle de Villanueva a trois conséquences importantes :

(8)

Le taux de croissance d’équilibre devient endogène et peut être inuencé par des politiques publiques.

La vitesse d’ajustement au sentier de croissance équilibrée est plus ra- pide dans le modèle de Solow-Swan, et l’amélioration de l’apprentis- sance réduit le temps d’ajustement.

Le taux d’équilibre de la croissance de la production est supérieur à la somme des taux exogènes du progrès technique et de la croissance de la population.

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Chapitre 12

La relation centrale du modèle de Arrow modié par Villanueva est l’é- quation qui tire l’ecacité du travail, qui est donnée non pas par l’équation (1), mais plutôt par

(9)

L’équation (9) indique que le progrès technique est lié positivement au stock de capital par travailleur, K/L 3 . Autrement dit, la productivité des travailleurs augmente quand la disponibilité relative des biens de capital (par exemple, le stock des ordinateurs de qualité supérieure) augmente. Supposons encore que la technologie de production est une fonction Cobb- Douglas [comme on l’a montré dans l’équation (2)] et que l’accumulation du capital et le taux de croissance de la force de travailleur sont donnés par l’équation (3). Le taux de croissance du stock de capital est donc encore donné par l’équation (4). En utilisant l’équation (9), le taux de croissance de la force de travailleur en unités d’ecience est maintenant donné par

A = θ ( K ) + γ A, θ > 0,

˙

L

˙ ˙

A = θ k + γ + n.

A + L

En diérenciant l’expression k = K/AL par rapport au temps et en sub- stituant l’équation (10), on obtient maintenant

(10)

L

k/k ˙ = sk α1 θ k (γ + n + δ ),

une équation pour laquelle aucune solution explicite ne peut être dérivée, contrairement au cas étudié à l’appendice au chapitre 11, qui correspond à

θ = 0. Le ratio capital/travail eectif d’équilibre peut néanmoins être obtenu

(11)

˙

à partir de l’équation (11) en xant k = 0, de sorte que

s

k α1 θ ˜

˜

k (γ + n + δ )=0.

En utilisant le théorème de la fonction implicite, on peut établir

˜

de l’expression ci-dessus que k/∂θ < 0 4 . Par conséquent, comme dans le

3 Cette spécication est une réminicense d’une contribution antérieure de Conlisk (1967), qui a lié le taux de croissance de la force de travailleur non seulement à une composante exogène, n, mais aussi à la production par travailleur, Q/L. 4 Le théorème de la fonction implicite indique que pour une équation donnée sous la

forme H ( y, x 1 ,

n 0 ) qui

satisfait l’équation H ( ·)=0, H y n’est pas nul. Dans ce cas, H (·) est déni comme étant

a ) la fonction H ait des dérivées partielles continues et que b ) à un point ( y 0 , x 0 1 , x

x n ), il su t que

x

n )=0,pour dénir une fonction implicite y = h( x 1 ,

˜

˜

H ( k, s, n, θ ) , avec y = k . Pour plus de détails, voir Chiang (1984, pp. 206-208).

Connaissances et capital humain

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modèle de Arrow, une hausse de la vitesse d’apprentissage réduit le ratio capital/travail eectif d’équilibre. Les taux de croissance du stock de capital et de la production à l’état stationnaire sont maintenant égaux à

˜

Y = K = θ k + γ + n,

alors que le revenu par travailleur, Y/L = Ak α , qui augmente au-delà de l’état stationnaire, au taux

˙

Y

Y n =

˙

α( k k ) + θ k + γ ,

(12)

a un taux de croissance d’équilibre donné par

Y /L = θ

˜

k + γ .

Contrairement au modèle de Arrow [Equation (8)], Y /L dépend mainte- nant de la valeur à l’état stationnaire du ratio capital/travail eectif, tant que θ est diérent de 0. La détermination de la croissance équilibrée dans le modèle modié de Arrow est décrite dans la gure 12.1.

La courbe KK correspond à l’équation (4) et décrit le taux de crois-

˙

sance du stock de capital, K/K , comme une fonction du ratio capi- tal/travail eectif, k . C’est une une courbe à pente négative en raison des rendements marginaux du capital décroissants (α < 1).

La ligne NN correspond au taux de croissance du travail eectif dans le modèle modié de Arrow, comme dans l’équation (10) ; c’est une ligne à pente positive car θ > 0.

La courbe SS correspond au taux de croissance du travail eectif dans le modèle de Solow-Swan, qui est égal à n + γ [c’est-à-dire, Equation (10) avec θ = 0].

Le sentier de croissance équilibrée du modèle de Solow-Swan est obtenu

au point B , qui correspond à l’intersection de KK et SS . Au contraire, le sentier de croissance équilibrée du modèle modié de Arrow, est obtenu à l’intersection de KK et NN (point D ). Le taux de croissance de la produc-

˜

tion, g Y , est donc supérieur dans le modèle modié de Arrow de la valeur θ k ,

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Chapitre 12

qui reète l’apprentissage induit. Cependant, le ratio capital/travail eectif

est plus faible dans le modèle modié de Arrow (

niveau plus élevé du travail eectif. Pour illustrer les propriétés de ce modèle, il est important d’examiner les eets d’une augmentation du taux d’épargne, s, comme on l’a fait au chapitre précédent dans le contexte du modèle de Solow-Swan. De tels eets sont il- lustrés dans la gure 12.2, dans laquelle les positions initiales des modèles de Solow-Swan et de Arrow modié sont indiqués par les points B et D , respectivement. Une augmentation du taux d’épargne déplace la courbe KK vers la droite dans les deux modèles. Les nouvelles positions d’équilibre sont

données respectivement par le B 0 dans le modèle de Solow-Swan et le point D 0 dans le modèle modié de Arrow. Dans les deux modèles, le ratio capi- tal/travail eectif augmente, bien que le nouveau ratio demeure plus faible dans le modèle modié de Arrow (en raison de l’apprentissage) comparé au modèle de Solow-Swan. Mais le nouveau taux de croissance à l’état station- naire augmente dans le modèle modié de Arrow, alors qu’il ne varie pas

dans le modèle de Solow-Swan. Au cours de la transition entre les points d’équilibre B et B 0 , le taux de croissance de la production dans le modèle de Solow-Swan est temporaire- ment plus élevé, mesurée par la distance BD , que le taux naturel n + γ car la croissance du capital augmente en raison de la hausse du taux d’épargne.

˜

k MA <

˜

k SS ),

en raison d’un

˙

Formellement, de l’équation (12) avec θ = 0, comme k/k est partout positif

entre

tion de B à B 0 . Néanmoins, le taux de croissance de la production baisse au

cours du temps (la distance verticale entre la courbe horizontale SS et K 0 K 0

˜

k SS et

k

SS , ˙

0

˜

Y /Y doit être supérieur à n + γ au cours de la transi-

˜

diminue continuellement entre k SS et SS ) en rasion des rendements mar-

k

˜

0

˙

ginaux décroissants. Au nouvel état stationnaire (point B 0 ), comme k = 0,

˙

Y /Y est encore égale à n + γ . Par conséquent, comme on l’a montré au cha- pitre précédent, l’eet de long terme d’une hausse du taux d’épargne est une augmentation du ratio capital/travail eectif, sans changement du taux de croissance de la production de l’économie à l’état stationnaire. Au contraire, dans le modèle modié de Arrow, la hausse du taux d’é-

pargne déplace la position d’équilibre de long terme (le point d’intersection

de K 0 K 0 et NN ) à D 0 . Au niveau initial du ratio capital/travail eectif

le taux de croissance du stock de capital augmente du D au point F (ce qui implique que le taux de croissance de la production augmente aussi), et le ratio capital/travail eectif commence à augmenter le long de K 0 K 0 . Cette

hausse tend à réduire, au cours du temps, le produit marginal (et moyen) du

˜

k

MA ,

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capital, réduisant ainsi le niveau de l’épargne par unité de capital et rédui- sant le taux de croissance du stock de capital, du point F au point D 0 . Au même moment, parce que la hausse du ratio capital/travail eectif tend à accroître le taux du progrès technique augmenté du travail, le taux de crois- sance du travail eectif commence aussi à augmenter, du point D au point D 0 le long de NN . Ce processus continue jusqu’à ce qu’un nouvel équilibre de long terme soit atteint, équilibre dans lequel les taux de croissance du stock de capital et du travail eectif sont égaux (point D 0 ). Une autre caractéristique importante du modèle modié de Arrow est le processus d’ajustement dynamique associé à une hausse du coecient d’ap- prentissage, θ . Comme l’illustre la partie inférieure de la gure 12.2, une hausse de θ déplace la courbe NN vers la gauche et sa pente devient plus raide. Les dynamiques d’ajustement sont les suivantes. A la suite de la hausse

˜

de θ , et au point d’équilibre initial k MA , le taux de variation du travail ef-

fectif augmente au dessus de γ + n [comme l’implique l’équation (10)], se

déplaçant du point D au point F , alors que le taux de variation du ratio ca-

˙

pital/travail eectif, k/k , devient négatif [comme l’implique l’équation (11)].

De l’équation (6), ce dernier résultat implique que le taux de croissance du

travail eectif est plus élevé que le taux de croissance du stock de capital

et le ratio capital/travail eectif commence à baisser vers MA . Comme k

baisse, le revenu par unité de capital [Y/K , qui est égal à 1/k 1α de l’équa-

tion (4)] augmente, stimulant l’épargne et l’investissement ; et le taux de croissance du stock de capital commence à augmenter. Au même moment,

la baisse du ratio capital/travail eectif réduit, au cours du temps, le taux

˜ 0

k

˙

auquel le progrès technique se produit [ A/A = θ k + γ , de l’équation (9)]. Le

˙

taux de croissance du travail eectif, A/A + n, baisse donc aussi au cours du temps [Equation (10)]. Ce processus se poursuit jusqu’à ce que les taux de croissance du stock de capital et du travail eectif soient égaux (point D 0 ). Le nouvel équilibre de long terme est caractérisé par un niveau du ratio capital/travail eectif plus faible et un taux de croissance de la production par tête et du revenu par tête plus élevé.

Comme dans le modèle d’apprentissage d’origine de Arrow présenté précé- demment, le modèle a aussi des implications intéressantes, pour la vitesse d’ajustement vers l’état stationnaire. De l’équation (11), on peut montrer que 5 :

k = Λ(k k ), Λ < 0.

˙

˜

(13)

5 Suivant la procédure soulignée à l’appendice du chapitre 11, l’équation (11) peut être

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Chapitre 12

Comme au chapitre précédent, la vitesse d’ajustement du taux de crois-

˜

sance courant de la production à sa valeur d’état stationnaire, Y = θ k + γ + n,

peut être calculé facilement. Le ratio d’ajustement peut encore être déni comme étant :

0

µ = g Y Y g g .

Y

0

Y

En résolvant par rapport à g Y et en remplaçant le résultat de cette équa- tion, cela implique que le temps t (en années) requis pour obtenir une frac- tion µ du déplacement de g Y à Y est donné par :

0

t = Λ 1 ln ( (1 µ)(Y g + αΛ)

(1 µ)(Y g Y ) + αΛ ) .

0

Y

0

Les résulats des simulations eectuées par Villanueva (1994) ont montré que le temps d’ajustement dans ce modèle est d’à peu près d’un quart à un tiers de celui qui est dérivé du modèle de Solow-Swan, en fonction de la valeur du coecient d’apprentissage θ (qui aecte Λ). Par conséquent, la présence de l’apprentissage implique que la convergence vers le sentier de croissance équilibrée se produit plus rapidement. Bien-sûr, la généralité ou l’importance empirique de la spécication de Villanueva demeure sujet à qeustion. Néan- moins, au niveau conceptuel, elle fournit une illustration utile (compatible avec les diérents autres modèles) de l’importance de l’apprentissage pour le processus de croissance. Plus généralement, la variante de Villanueva de la spécication de Arrow du progrès technique endogène est potentiellement capable d’expliquer la diversité des taux de croissance par tête entre les pays qu’indiquent les données. Une telle diversité peut être expliquée non seule- ment en termes des diérences des taux de croissance de la population mais aussi en termes des diérences des taux d’épargne et des paramètres qui

écrite comme suit :

k ˙ = sk α θ k 2 ( γ + n + δ ) k = Φ( k ) .

˜

En prenant une approximation linéaire au voisinage de k , on obtient

˙

˜

˜

k ' Φ( k ) + Φ 0 | k = k ( k k ) ,

˜

˜

ce qui correspond à l’équation (13), parce que Φ( k )=0, avec

Φ 0 | k =

k ˜ = Λ sα k α 1 2θ k ( γ

˜

˜

+ n + δ ) .

Notons que Λ est, en général, ambigu ; assurer la stabilité requiert qu’on fasse l’hypo- thèse que Λ < 0.

Connaissances et capital humain

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inuencent le processus d’apprentissage, tels que les dépenses publiques en éducation (voir ci-dessous).

1.2 La production des connaissances

La discussion précédente a fait l’hypothèse que l’accumulation des connais- sances s’eectue comme un produit dérivé de l’activité économique. Cette section discute le cas où au contraire, les connaissances doivent être pro- duites, comme n’importe quel autre bien. En suivant Romer (1990), considérons une économie à deux secteurs de production :

un secteur de production des biens, qui utilise du capital physique, des connaissances et le travail dans le processus de production ; et

un secteur de production des connaissances, où des augmentations du stock de capital sont eectuées en utilisant les mêmes intrants.

Une fraction φ L de la force de travail est utilisée dans le secteur de pro- duction des connaissances et une fraction 1 φ L dans le secteur de production des biens. De façon similaire, une fraction φ K du stock de capital est utilisée dans le secteur de production des connaissances et une fraction 1 φ K dans le secetur de production des biens. Les deux secteurs utilisent le stock total de connaissances, A. Ici, la rationnalité n’est pas exclusive : l’utilisation d’un élément ou d’une composante des connaissances dans un secteur n’exclut pas son utilisation dans l’autre secteur. La production du secteur des biens de production est donnée par une fonction Cobb-Douglas conventionnelle :

Y = [(1 φ K )K ] α [A(1 φ L )L] 1α , 0 < α < 1,

(14)

ce qui implique des rendements du capital et du travail (eectif) constants. Au contraire, la production des connaissances est déterminée par la forme généralisée de la fonction Cobb-Douglas

˙

A

= γ (φ K K ) β (φ L L) η A κ , β 0, η 0,

˙

(15)

sans aucune restriction sur θ dans l’équation (15). Si κ = 1, A est propor- tionnel à A ; l’eet est plus fort si κ > 1 et plus faible si κ < 1. La fonction

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Chapitre 12

de production des connaissances n’est pas supposée à rendements d’échelle du capital et du travail constants 6 . En xant β = η = φ K = φ L = 0 et

κ = 1, la fonction de production de l’accumulation des connaissances devient

˙

A/A = γ , ce qui implique que A croît à un taux constant, comme dans le modèle de Solow-Swan. Contrairement aux modèles précédents de l’apprentissage, la dynamique du modèle ci-dessus ne peut pas être caractérisée par une seule équation diérentielle du ratio capital/travail eectif. La dynamique implique les deux variables stocks endogènes, K et A, rendant l’analyse du modèle plus com- pliquée. Comme l’a montré Romer (1990), sous les mêmes hypothèses que celles ci-dessus concernant l’accumulation du capital et la croissance de la force de travail [Equation (3)], les taux de croissance à l’état stationnaire des connaissances et du capital sont donnés par :

β + η

g˜ A = 1 (κ + β ) n, K = Y = n + A ,

et le taux de croissance de la production par travailleur est donné par :

Y /L = K n = A .

Par conséquent, le taux de croissance de l’économie est une fonction crois- sante de la croissance de la population et est nul si la croissance de la popula- tion est nulle, car dans ce cas A = 0. Les fractions de la force de travail et du stock de capital utilisées dans le secteur de production des connaissances, φ L et φ K , n’ont aucun eet sur le taux de croissance, il en va de même du taux d’épargne, s. Par conséquent, le mécanisme spécique par lequel un secteur de production des connaissances a été introduit n’aecte pas signicative- ment les prédictions du modèle de Solow-Swan. En conséquence, le modèle soure des mêmes limites au sujet de sa capacité à expliquer certains faits empiriques de base qui semblent caractériser le processus de croissance dans les pays en développement.

2 Capital humain et rendements d’échelle

Une autre branche de la littérature récente sur la croissance se focalise sur l’accumulation du capital humain, distingué de l’accumulation des connais- sances. Le capital humain est considéré comme consistant en des capacités,

6 Le fait que la fonction n’ait pas nécessairement des rendements d’échelle constants est la raison pour laquelle on peut s’en référer comme une fonction Cobb-Douglas généralisée.

Connaissances et capital humain

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des compétences et des connaissances des travailleurs individuels. Dans cette perspective, on a souligné que le capital humain, tout comme les biens écono- miques conventionnels est concurrent (l’utilisation d’un bien particulier par un individu exclut son utilisation au même moment par un autre individu) et exclusif (un individu peut empêcher d’autres individus d’utiliser le bien qu’il ou elle est en train d’utiliser). Au contraire, comme indiqué précédemment, les connaissances agrégées sont typiquement non-concurrentes. Cette section présente deux modèles de croissance avec accumulation du capital humain et physique : le modèle de Mankiw, Romer et Weil (1992), et le modèle AK de Rebelo (1991) 7 .

2.1 Le modèle de Mankiw-Romer-Weil

A part l’inclusion du capital humain, le modèle développé par Mankiw, Ro- mer et Weil (1992) ressemble au modèle de Solow-Swan dans ce sens qu’il fait l’hypothèse des rendements d’échelle constants. Cependant, comme on le montre ci-dessous, il dière de façon importante de ce modèle car des varia- tions relativement faibles des ressources aectées à l’accumulation du capital physique et humain peuvent entraîner de fortes variations de la production par tête. En conséquence, il est plus apte à expliquer des fortes diérences des revenus réels entre les pays. Il n’y a qu’un seul secteur de production, avec la production donnée par

Y = K α H β (AL) 1αβ , α, β

> 0, α + β < 1,

(16)

H est le stock de capital humain et L le nombre de travailleurs, comme auparavant. Par conséquent, les rendements de K , L et H sont constants. Comme auparavant, on fait l’hypothèse que

˙

˙

K

= s K Y δ K,

L/L = n,

(17)

s K désigne maintenant la fraction de production aectée à l’investisse- ment. Comme dans le modèle de Solow-Swan, le progrès technique est considéré comme exogène :

A/A = γ .

(18)

˙

7 Pour d’autres modèles d’accumulation du capital humain et de croissance, voir Lucas (1988) et Azariadis et Drazen (1990).

523

Chapitre 12

L’investissement en capital humain est aussi supposé représenter une frac- tion xe de la production 8

˙

H

= s H Y.

(19)

Supposons que h = H/AL est le ratio capital humain/travail eectif. La fonction de production (16) sous sa forme intensive peut être écrite comme suit :

(20)

où, comme auparavant, k = K/AL et y = Y/AL. Pour déterminer la dynamique de k , notons que de la dénition de k , comme on l’a montré au chapitre précédent,

y

= k α h β ,

˙

˙

˙ K

k =

K L

AL ( AL )

L (

˙

K A

AL ) A ,

en utilisant les équations (17) et (18), cette expression peut être écrite :

˙

k

= s K y ϕk,

ϕ = n + γ + δ . De façon équivalente, en utilisant l’équation (20), cette équation peut être réécrite comme suit :

˙

= s K k α h β ϕk.

 

k

(21)

De façon similaire, de la dénition de h,

˙

AL ( AL ) ( L + A A ) ,

H

H

L

˙

˙

˙

h =

en utilisant les équations (18), (19) et (20), cette expression peut être écrite :

˙

= s H k α h β ϕh.

 

h

(22)

Les équations (21) et (22) forment un système d’équations diérentielles de premier ordre en k et h, qui peut être linéarisé aux environs de l’état stationnaire et donner

8 Pour une spécication plus générale du mécanisme d’évolution du capital humain, voir Cohen (1996b ). La spécication de Cohen fait l’hypothèse que les connaissances et la production ne sont pas proportionnelles et que le capital humain joue un rôle plus important dans la production des connaissances que dans dans la production des biens.

Connaissances et capital humain

"

h # = " a

k

a

˙

˙

11

21

 

a 11 = αs K

a 21 = αs H

˜

˜

˜

k

˜

k

α1

α1

˜

h β ϕ,

˜

h β > 0,

a 22 # "

a

12

k

h

k

h #

˜

˜

 

524

,

(23)

˜

a 12 = β s K k α h ˜ β 1 > 0,

a 22 = β s H k α h ˜ β 1 ϕ,

˜

˙ ˙

k et h sont des valeurs d’état stationnaire obtenues en xant k = 0 et h = 0

dans les équations (21) et (22) :

s

K

˜

k α h β = ϕ k, s H k α h β = ϕ h.

˜

˜

˜

˜

˜

Parce que 0 < α < 1 et 0 < β < 1, ces deux équations impliquent que a 11 < 0 et a 22 < 0. Elles impliquent aussi deux relations entre k et h,

˜

k

= ( ( s K )

ϕ

h β ) 1/(1α)

˜

,

˜

˜

k = ½ (

˜

ϕ

H )

s

h 1β ¾ 1/α ,

˜

(24)

expression qui peut être résolue pour k et h. La première équation de (24) est représentée dans la gure 12.3 par la courbe KK dans l’espace k -h 9 . La pente de cette courbe est positive et est donnée par :

dh

¯

dk

¯

¯

¯

¯

KK

=

a 21

22

a

> 0.

˙

(25)

En outre, l’équation (21) implique que k est croissant en h. Par consé-

˙

quent, k est positif (negatif) à droite (à gauche de) de la courbe KK , comme l’illustre les èches horizontales. De façon similaire, la deuxième équation en (24) est représentée dans la gure 12.3 par la courbe HH . La pente de HH est positive et est donnée par

dh

¯

dk

¯

¯

¯ ¯

HH

=

a

11

12 > 0.

a

˙

(26)

Une fois encore, l’équation (22) implique que h est positif (négatif) au

dessus (en dessous) de HH comme le montrent les èches verticales. Pour que le système linéarisé (24) soit localement stable, il faut que

9 Pour une discussion des diagrammes de phase de deux variables, voir Chiang (1984, pp. 628-634).

525

Chapitre 12

Le déterminant de la matrice des coecients, A, doit être positif pour assurer que les deux racines du système aient le même signe :

det A = a 11 a 22 a 12 a 21 > 0;

La trace de la matrice A doit être négative pour assurer au moins une racine unitaire négative:

det A = a 11 + a 22 < 0.

La deuxième condition est toujours satisfaite, alors que la première re- quiert que HH coupe KK du bas. Ce cas est illustré dans la gure 12.3,

avec une position d’équilibre de long terme donnée au point E 10 . Les valeurs

˜

d’équilibre de long terme du capital physique et humain sont données par k

˜

et h ; elles peuvent être obtenues des équations (23) et (25) :

˜

k

= ( s

1β

K

s

β

H

ϕ

)

1/(1αβ )

,

˜

h

= ( s α K s

ϕ

1α

H

)

1/(1αβ )

.

Le capital physique total, le capital humain et la production (K , H et Y ) croissent au taux n + γ ; et le capital physique par travailleur, le capital humain par travailleur et la production par travailleur (K/L, H/L et Y/L) croissent au taux γ . Par conséquent, comme dans le modèle de Solow-Swan, le taux de croissance de la production par travailleur à long terme est déterminé par le taux exogène du progrès technique. Considérons encore une hausse du taux d’épargne s K , sous l’hypothèse que l’économie est initialement sur le sentier de croissance équilibrée. Le sentier de l’économie est illustré dans la gure 12.4. Parce que, comme on l’a montré dans l’équation (24), la dynamique de h ne dépend pas de s K , la courbe HH n’est pas aectée ; sa pente, donnée par l’équation (26), demeure la même. La pente de la courbe KK , au contraire, devient plus raide, comme on peut l’inférer de l’équation (25). Le nouveau sentier de croissance équilibrée est maintenant au point E 0 , localisé au nord-est de E . Initialement (à t = 0) k

˙

augmente ( k 0 > 0). La position de l’économie se déplace donc au dessus de

10 En fait, on peut montrer que le modèle de Mankiw-Romer-Weil est globalement stable :

quelle que soient les valeurs initiales de k et h, l’économie converge toujours vers le sentier de croissance équilibrée. Voir Romer (1996, pp. 128-131).

Connaissances et capital humain

526

HH , impliquant que le ratio du stock de capital humain/travail eectif com- mence aussi à augmenter. Pendant la transition, k et h augmentent jusqu’à ce que le nouveau sentier de croissance équilibrée soit atteint au point E 0 . De l’équation (20), la production par travailleur est aussi égale à

Y/L = Ak α h β .

Au cours de la transition entre les deux sentiers de croissance équilibrée, la production par travailleur augmente car d’une part, A augmente et d’autre part, parce que k et h augmentent aussi. par conséquent, la production par travailleur croît à un taux supérieur à γ . Quand l’économie atteint le nou- veau sentier de croissance équilibrée, k et h sont encore constants et le taux de croissance de la production par travailleur retourne à γ . Par conséquent, comme dans le modèle de Solow-Swan, une augmentation permanente du taux d’épargne n’entraîne qu’une augmentation temporaire du taux de crois- sance de l’économie. Cependant, l’implication du modèle concernant l’ampleur des eets des variations du taux d’épargne et du taux de croissance de la population diè- rent considérablement du modèle de Solow-Swan. Pour vérier cela, calculons

d’abord le niveau de y sur le sentier de croissance équilibrée, y˜. Des équations

˙ ˙

(21) et (24), avec k = h = 0 sur le sentier de croissance équilibrée,

s K

˜

k α h β = ϕ k, s H k α h β = ϕ h,

˜

˜

˜

˜

˜

expression qui peut être réécrite sous la forme logarithmique de la façon suivante :

˜

˜

˜

α β ln h =

ln k

+

ln ϕ

+

ln

k

ln s K ,

˜

˜

˜

α β

ln k

+

ln h = ln ϕ

+

ln h ln s H .

 

˜

˜

Ces deux équations sont linéaires en ln k et ln h. La solution est

˜ 1

ln k

= 1 α β {(1 β ) ln s K + β ln s H ln ϕ} ,

˜ 1

ln h = 1 α β {α ln s K + (1 α ) ln s H ln ϕ} .

De la fonction de production (20),

˜ ˜

ln y˜ = α ln k + β ln h.

527

Chapitre 12

˜ ˜

En remplaçant dans cette expression les solutions de ln k et ln h dérivées

ci-dessus, il en résulte :

ln y˜ =

1 α α β ln s K +

β

β ln s H

1 α

α 1 α + β β ln ϕ.

(27)

L’expression analogue au modèle de Solow-Swan est identique à l’équation (27) avec β = 0, et est donc donnée par

ln y˜ =

1 α α ln s K

1 α α ln ϕ.

(28)

Supposons par exemple, que β , la part du capital humain dans la produc- tion est égale à 0,4, et que α = 0, 35. L’équation (27) implique qu’avec ces valeurs des paramètres, les élasticités de la production sont de 1,4 par rapport à s K , 1,6 par rapport à s H et de -3 par rapport à ϕ. Au contraire, dans le modèle sans capital humain, une valeur de α de 0,35 implique que l’élasticité de la production par rapport à s K est de 0,54 et son élasticité par rapport à ϕ est de -0,54. Par conséquent, contrairement au modèle de Solow-Swan, le modèle de Mankiw-Romer-Weil peut potentiellement expliquer les fortes diérences de revenu observées entre les pays en raison des fortes élasticités de la production par rapport à ses déterminants sous-jacents. Les tests empi- riques du modèle de Mankiw-Romer-Weil sont discutés au chapitre suivant. Enn, parce que le modèle fait l’hypothèse des produits marginaux du capital physique et humain décroissants, il implique aussi que les taux de rendement sont plus faibles dans les pays riches que dans les pays pauvres. Par conséquent, le modèle ne répond pas à la question de savoir pourquoi le capital n’aue pas vers les pays pauvres, du moins non pas en des montants massifs et soutenus que la théorie prédit 11 .

2.2 Le modèle AK

L’analyse précédente s’est concentrée sur le cas des rendements décroissants de capital physique et humain pris ensemble. Mais il est possible qu’il y ait des rendements de capital constants ou croissants. Il y a au moins trois raisons pour que ceci se produise :

11 les politiques de taxation, la possibilité d’expropriation, les imperfections des marchés de capitaux, etc. pourraient être des obstacles à l’aux des capitaux vers les pays les plus pauvres, en présence des di érentiels de taux de rendement, même si ces diérentiels étaient larges.

Connaissances et capital humain

528

Les méthodes de production peuvent entraîner des économies d’é- chelle internes, une fois que la production atteint un niveau susam- ment élevé.

Les connaissances peuvent se produire comme un produit de l’accu- mulation du capital (comme dans les modèles d’apprentissage discutés précédemment), qui crée ensuite des externalités positives.

La technologie de production peut générer des économies d’échelle externes. Par exemple, un doublement des inputs par une seule rme peut seulement doubler sa propre production mais un doublement des inputs par toutes les rmes ensemble peut plus que doubler leur pro- duction totale 12 .

Un modèle simple de croissance qui considère la production comme ayant des rendements d’échelle du capital physique et humain constants est le modèle AK proposé par Rebelo (1991). Dans le modèle, tous les inputs de production sont considérés comme étant du capital reproductible, y compris non seulement le capital physique (comme souligné dans le modèle de base néoclassique), mais aussi le capital humain. De façon spécique, en désignant par K cette mesure composite du capital, la fonction de production est sup- posée de la forme linéaire suivante :

Y = AK,

(29)

A est encore un paramètre qui capte les facteurs qui aectent le niveau de technologie 13 .

12 Par exemple, la présence d’un grand nombre de rmes produisant des produits si- milaires peut renforcer le développement des rmes annexes spécialisées, rendant ainsi le processus de production de toute rme donnée plus eciente. 13 Un autre moyen d’obtenir une équation du type (29) est de postuler qu’une variété ou qualité croissante de machines ou d’inputs intermédiaires compense la propension des rendements décroissants. Dans cette interprétation, K représente maintenant la variété ou qualité des inputs. La recherche et le développement sont nécessaires pour obtenir cette variété et les rmes aectent du travail qualié à cette activité. Pour assurer que les dépenses pour la recherche et le développement qui génèrent ces inputs soient récupérées (sous la forme de rentes) par les rmes qui s’engagent dans de telles activités, les marchés sont supposés être des monopoles de concurrence. Voir Grossman et Helpman (1991) et Romer (1990).

529

Chapitre 12

En utilisant (3), le taux de croissance à l’état stationnaire du stock de capital par travailleur peut être considéré comme étant égale à :

g K/L = sA (n + δ ),

le taux de croissance de la production à l’état stationnaire étant donné par :

g Y /L = sA (n + δ ),

ce qui implique que le taux de croissance est positif et constant dans le temps, pour sA > n + δ . Une implication importante du modèle AK est donc que contrairement aux modèles de Solow-Swan et de Mankiw-Romer- Weil discutés précédemment, une hausse du taux d’épargne augmente de façon permanente le taux de croissance de la production par tête. En outre, et encore contrairement au modèle néoclassique de croissance qui prédit que les pays pauvres devraient croître plus vite que les pays riches au cours de la transition vers l’état stationnaire, le modèle AK implique que les pays pauvres dont le processus de production est caractérisé par le même degré de sophistication technologique que celui des pays riches devraient toujours croître au même taux que ces pays, quel que soit le niveau initial de revenu. Par conséquent, le modèle AK ne prédit pas la convergence des revenus par tête même si les pays partagent la même technologie et sont caractérisés par la même structure d’épargne, une prédiction qui semble être bien en accord avec certaines évidences empiriques. Cependant, les tests récents des séries temporelles ne semblent pas favorables aux hypothèses de base du modèle AK (Jones, 1995).

(30)

3 Capital humain, politique publique et crois- sance

L’acquisition de l’éducation est un déterminant crucial de la capacité de gains d’un individu et du stock de capital humain d’un pays. Des familles pauvres sont souvent bloquées dans une éducation faible, de faibles qualications et dans une trappe de revenu faible : elles ne peuvent pas se passer de leurs revenus courants et investir dans l’éducation 14 . Plus le degré initial

14 L’acquisition des compétences à travers la formation d’adaptation à l’emploi et l’ap- prentissage fournit, dans certains cas, la possibilité d’échapper à la trappe de pauvreté mais ne peut être le cas que pour les emplois qui requièrent des niveaux modérés d’éducation.

Connaissances et capital humain

530

d’inégalité de revenu et de la distribution d’actifs est élevé, plus il est probable que la trappe opérera et la pauvreté se perpétuera d’elle-même. Les évidences discutées au chapitre 10 semblent corroborrer ces assertions. Les théories de la croissance endogène ont souligné le fait qu’en l’absence de garantie adéquate et d’autres formes d’imperfections du marché des cré- dits, les individus (pauvres) peuvent trouver qu’il est impossible d’emprunter sur les marchés de capitaux et de nancer l’accumulation du capital humain (De Gregorio, 1996). Par conséquent, des restrictions sur la capacité d’em- prunter peuvent agir comme une contrainte sur le taux de croissance éco- nomique à long terme. Certains économistes ont armé que dans de telles conditions, la provision d’une d’une éducation de base gratuite (aux niveaux primaire et secondaire) ou la création des plans de crédit publics, pour cou- vrir les coûts de l’acquisition des compétences, pourrait accroître le bien-être (Stern, 1989). La valeur sociale de cet investissement est clair : il crée des externalités positives (car elles protent à la société dans son ensemble), augmente le taux de croissance économique à l’état stationnaire et réduit les disparités de revenu. Cependant, bien qu’intuitivement fascinantes, ces conclusions doivent être traitées avec prudence, comme le suggèrent deux études :

Zhang (1996) a armé que les subventions publiques à l’éducation privée stimulent, sans ambiguité, la croissance ; l’accès direct à l’é- ducation fournit par le secteur public peut en fait réduire la croissance, bien qu’elle réduise l’inégalité de revenu. Ceci pourrait se produire si l’éducation publique est nancée à travers une taxe distorsionnaire. Cependant, même dans ce cas, les externalités positives générées par des niveaux élevés d’éducation peuvent être susantes pour que l’in- tervention de l’Etat améliore le bien-être.

Upadhyay (1994) a montré que les subventions publiques peuvent pro- duire trop d’éducation. Ceci parce qu’une subvention peut augmenter la demande en faveur d’une éducation plus élevée aux dépens de l’inves- tissement en capital physique et pourrait entraîner, à long terme, une substitution ineciente entre le travail qualié et le travail non qualié. Paradoxalement, à long terme, la production peut être contrainte par une insusance de travail non qualié, alors qu’au même moment des travailleurs qualiés sont au chômage 15 .

15 Ceci tient à une situation de chômage de luxe discuté en Annexe A dans un modèle

531

Chapitre 12

4 Autres déterminants de la croissance

Outre les canaux endogènes de croissance soulignés dans la discussion précé- dente, la littérature récente a identié plusieurs autres mécanismes par les- quels l’intervention publique peut aecter, directement ou indirectement, le taux de croissance économique à long terme. Cette section ore une revue de certains de ces mécanismes. Elle se concentre, en particulier, sur le rôle de la politique budgétaire, de l’ination et la stabilité macroéconomique, de l’ouverture commerciale, du développement nancier et le rôle des facteurs institutionnels.

4.1 Politique budgétaire

Des modèles récents de croissance endogène ont montré qu’il y a une variété de canaux par lesquels la politique budgétaire peut avoir des eets de long terme sur la croissance. En particulier, diérents types de dépenses publiques et diérents types de taxes peuvent avoir des eets très diérents sur la croissance.

Dépenses publiques

Comme l’ont suggéré Tanzi et Zee (1997), les dépenses publiques peuvent aecter le taux de croissance économique au moins par deux canaux :

directement en augmentant le stock de capital de l’économie à travers, par exemple, l’investissement public en infrastructure (qui comme on l’a noté au chapitre 1, peut être complémentaire de l’investissement privé) ou l’investissement des entreprises publiques ;

indirectement en augmentant la productivité marginale des facteurs de production oerts par le secteur privé, à travers les dépenses d’éduca- tion, de santé et d’autres services qui contribuent à l’accumulation du capital humain.

Cependant, concernant le premier canal, on devrait noter que le capital public, comme tout autre facteur de production, est sujet aux rendements marginaux décroissants. Ceci augmente la possibilité que les dépenses pu- bliques excessives en infrastructures (par rapport à l’investissement privé)

statique.

Connaissances et capital humain

532

soient inecientes. Une question de politique économique centrale est donc de déterminer le ratio optimal de la formation du capital public et privé. Une

autre question, est bien-sûr, que l’eet de l’investissement public dépend aussi de la façon dont ces dépenses sont nancées. Cashin (1995), en particulier, a analysé comment l’eet de l’investissement public sur l’investissement privé et la croissance pouvait dépendre de la forme d’imposition utilisée pour le nancer. Par exemple, si les dépenses publiques en capital sont nancées par une hausse des impôts directs et une réduction de l’épargne privée, l’eet net sur la croissance peut être négatif bien qu’il y ait un eet positif sur la productivité marginale du capital. Comme on le discutera plus loin, il peut

y avoir une interaction si le seul instrument de nancement disponible est l’imposition distorsionnaire.

Les eets duals de l’imposition

Quand on évalue les eets des impôts sur la croissance économique, la distinc- tion faite au chapitre 3 entre les taxes forfaitaires et les taxes distorsion- naires est essentielle. En pratique, la plupart des taxes sont distorsionnaires ; toutes choses égales par ailleurs, elles ont donc tendance à déformer l’alloca- tion des ressources à travers leur impact sur l’épargne et l’investissement 16 . Cependant, le fait qu’elles aient ou non un eet pervers sur la croissance en termes nets dépend des bénéces en termes de croissance des dépenses qu’elles servent à nancer. Plus généralement, ce ne sont pas toutes les ta- xes distorsionnaires qui ont des eets adverses sur la croissance économique

à long terme ; l’eet net dépend du fait que la taxe considérée est ou non

utilisée comme un instrument pour corriger les externalités négatives ou d’autres distorsions reliées. Barro (1990) a développé un modèle qui illustre bien les eets duals de l’imposition. L’idée centrale du modèle de Barro est que les activités pu-

bliques, telles que la fourniture de l’infrastructure publique et la protec- tion des droits de propriété, complètent le capital privé. De façon spécique, Barro a considéré la fonction de production suivante pour la rme h, avec

h = 1,

n :

Y h = AG 1α L

1α

h

α

h

K

, 0 < α < 1,

(31)

16 L’impact de l’imposition sur le niveau de l’investissement opère à travers le coût du capital. Comme on l’a analysé au chapitre 1, l’évidence de cet eet est limité pour les pays en développement. L’imposition peut néanmoins aecter la composition de l’investissement à travers une structure di érenciée des taux d’imposition des prots.

533

Chapitre 12

K h est le stock de capital détenu par h, L h le montant de travail utilisé par h et G désigne le ux de dépenses publiques 17 . Cette spécication implique que pour chaque rme h, la fonction de production ait des rendements de G et K h constants. Supposons que l’Etat enregistre un budget équilibré nancé par une taxe proportionnelle sur la production, τ , de sorte que

G = τ Y, 0 < τ < 1,

(32)

Y est la production agrégée. Etant donné que G augmente avec le stock de capital privé et que la fonction de production de la rme individuelle a des rendements en rises G et K h constants, le modèle produit une croissance à l’état stationnaire endogène. Barro montre qu’en fait le taux de croissance de la production par tête de l’économie est donné par :

Y /L = αA 1/α τ (1α)/α (1 τ ) (ρ + δ ), (33)

ρ est le taux de préférence temporelle subjective (comme on l’a ana- lysé au chapitre 1) et δ le taux de dépréciation du capital 18 . L’équation (33) montre que l’eet des dépenses publiques sur la croissance opère à travers deux canaux 19 :

le terme 1 τ , qui représente l’eet négatif de l’imposition sur le produit marginal du capital après la taxe ; et

le terme τ (1α)/α , qui représente l’eet positif de la fourniture des ser- vices publics sur le produit marginal du capital après la taxe.

L’expression (33) implique donc que le taux de croissance augmente d’abord avec les augmentations du taux d’imposition (l’eet positif dominant l’eet négatif), atteint un maximum à τ , et ensuite commence à baisser avec des augmentations supplémentaires du taux d’imposition, comme l’illustre la - gure 12.5. Par conséquent, comme on l’a armé précédemment, pour τ > τ , l’imposition et les dépenses publiques sont inecientes.

17 Les dérivations qui suivent sont en fait basées sur les travaux de Barro et Sala-i-Martin (1992, pp. 153-155). Cashin (1995) a étendu l’analyse de Barro en incluant dans la fonction de production, le stock de capital public , plutôt que le ux des dépenses publiques. 18 La dérivation du taux de croissance est relativement impliquée et est donc omis ici. L’expression donnée par l’équation (33) fait l’hypothèse que le degré de substitution inter- temporelle (déni au chapitre 1) est égale à l’unité. 19 Cashin (1995) fournit les évidences empiriques de ces deux eets.

Connaissances et capital humain

534

Le taux d’imposition optimal est tel qu’il maximise le taux de croissance donné dans l’équation (33), c’est-à-dire, dY /L /dτ = 0. La condition qui a déterminé τ est donc

dY /L dτ

=

αA 1/α τ (1α)/α " (1 τ )(1 α) ατ

1 # = 0,

ce qui entraîne

τ = 1 α .

Dans une contribution connexe qui est particulièrement importante pour les pays en développement, Loayza (1996) a proposé un modèle qui capte l’idée que l’imposition des taux de taxation élevés dans le secteur formel par les gouvernements qui n’ont pas de capacité à faire appliquer l’accord entraîne une croissance du secteur informel, où les taxes sont contournées. Des taux d’imposition élevés réduisent donc la capacité de l’Etat à générer des revenus et exercent un eet adverse sur la croissance. Le modèle de Loayza repose sur l’analyse de Barro (1990) qui, comme on l’a indiqué précédemment, explique explicitement la fourniture des biens publics. De façon spécique, Loayza a considéré une économie qui produit un seul bien qui peut être soit consommé ou investi. Les agents sont dotés d’une mesure importante de capital humain et physique et la production s’eec- tue en utilisant une technologie qui présente, comme dans le modèle AK de Rebelo (1991) discuté précédemment, des rendements de capital constants 20 . Comme dans le modèle de Barro, la production dépend aussi du ux des services publics, G, de sorte que

Y h = A(

G

Y

) α K h , 0 < α < 1,

(34)

Y h est la production de la rme h, K h le stock de capital dû par h, A un paramètre de productivité exogène et Y la production globale de l’économie. Le coecient α mesure l’élasticité de la production par rapport à G/Y . A tout point du temps, chaque rme peut choisir d’appartenir soit à l’économie formelle ou au secteur informel.

Des rmes qui opèrent dans l’économie formelle sont sujettes à un impôt proportionnel sur le revenu, τ , dont le produit est utilisé pour nancer les dépenses publiques qui consistent non seulement au ux des services

20 Par conséquent, le travail brut n’a pas de rôle directe dans le processus de production.

535

Chapitre 12

qui sont utilisés dans le processus de production mais aussi des dépenses requises pour appliquer les règles de la loi.

Des rmes qui opèrent dans le secteur informel sont capables de contour- ner l’impôt sur les prots que payent les rmes dans le secteur formel, mais elles perdent une fraction de leur revenu, φ < τ , pour maintenir leur statut de secteur informel (disons des pots-de-vin aux autorités de l’Etat). Dans le même temps, en raison de leur statut illégal, les rmes du secteur informel n’ont accès qu’à une fraction des services publics qui sont disponibles à la société toute entière.

Par conséquent, si la rme h appartient au secteur formel, son revenu net des impôts est donné par :

F

Y

h

= (1 τ )A(

G

Y

) α K h , 0 < τ < 1,

(35)

alors que si elle appartient au secteur informel, son revenu est

I

Y

h

= (1 φ)A( θ G ) α K h , 0 < φ, θ < 1,

Y

(36)

θ est la fraction des services publics à laquelle les rmes qui opèrent dans le secteur informel ont accès. Le ux des services publics qui sont utilisés dans le processus de pro- duction est nancé par une fraction η des impôts levés sur le secteur de production formel, telle que

G = η ( + q , λ)τ Y F , 0 < η 1.

(37)

Le coecient 1 η représente la fraction des recettes publiques qui est soit utilisée de façon improductive (pour nancer les coûts d’application) ou mal utilisée et est donc gaspillée. η est supposé lié positivement à la qualité (ou ecience ) des institutions gouvernementales, mesurée par le paramètre q et négativement à la capacité de l’Etat d’appliquer la règle de droit, mesuré par le paramètre λ. En outre, on fait l’hypothèse que η q λ > 0 ; ceci capte l’idée que les montants des ressources nécessaires pour augmenter la force d’application décroissent avec la qualité des institutions gouvernementales. Désignons par la taille relative du secteur informel, déni comme suit :

= Y I /Y,

(38)

Connaissances et capital humain

536

Y est la production totale. En utilisant les équations (37) et (38), le ratio des services publics à la production peut être écrit comme suit :

G

Y

=

η (q, λ)τ (1 ).

(39)

Enn, la fraction de revenu dépensée par les rmes du secteur informel pour maintenir leur statut illégal, φ, est supposée dépendre positivement de la taille du secteur informel. Speciquement, φ est supposé donné par :

φ = κ, κ > 0.

(40)

A l’équilibre (étant donné la mobilité illimitée entre les secteurs formel et informel), les taux de rendements dans les deux secteurs doivent être égalisés. Cette égalité détermine la taille relative du secteur informel. Pour vérier cela, notons que des équations (35), (36) et (40) :

(1 κ)θ α = 1 τ ,

de sorte que 21

= θ α (1 τ )

( κ, τ , θ , α ).

+

+

=

(41)

κθ α L’équation (41) montre, en particulier, que la taille relative du secteur informel augmente avec le taux d’imposition de l’économie formelle et la fraction des services publics à laquelle les rmes qui opèrent dans le secteur informel ont accès. Le taux de rendement du capital après taxe d’équilibre, r , est donné par :

r = A(1 τ )τ α [η (q, λ)(1 )] α .

Le terme A(1 τ )τ α représente le taux de rendement après taxe de l’éco- nomie en l’absence de gaspillage (η = 1) et de l’économie informelle (= 0). En présence d’un secteur informel, ce terme est multiplié par la quantité [ η (1 ] α , qui est inférieur à l’unité, car η et sont inférieurs à l’unité.

(42)

21 Pour que l’équation (41) fournisse une solution interne pour s I (c’est-à-dire, 0 < s I < 1), il faut imposer les restrictions de paramètres suivantes :

δ α (1 τ ) > 0, ( 1 κ) δ α ( 1 τ ) <

0.

537

Chapitre 12

Par conséquent, le taux de rendement de l’économie après taxe est plus faible qu’il ne l’aurait été. L’équation (42) montre que, comme dans le modèle de Barro, sans les activités informelles (= 0), une hausse du taux d’imposition a d’abord un eet positif puis négatif sur le taux de rendement après impôt. En présence d’un secteur informel (> 0), il y a un eet négatif supplémentaire du taux d’imposition sur le taux de rendement du capital provenant de l’eet positif de τ sur la taille du secteur informel. Comme l’a montré Loayza, le modèle n’a pas de dynamique de transition :

le capital et la production des secteurs formel et informel (et donc la pro- duction agrégée) tous croissent au taux de croissance constant du revenu par tête, Y /L , donné par 22 :

Y /L = A(1 τ )τ α [η (1 )] α (ρ + δ ). (43)

On peut montrer de l’équation (43) qu’une hausse du taux d’imposition peut, en fonction du niveau initial d’imposition, avoir un eet positif ou né- gatif sur le taux de croissance de l’état stationnaire, comme on l’a montré précédemment dans l’analyse de l’équation (42). A des niveaux faibles d’im- position, une hausse du taux d’imposition entraîne une augmentation du montant des services publics qui est susamment important pour compen- ser l’eet adverse de la congestion du service public due à une informalité accrue et à son impact négatif sur le taux de rendement net privé. La taux d’imposition optimal est déterminé, comme dans le modèle de Barro, comme le taux τ qui maximise le taux de croissance, équation (43). Cependant, dans le modèle de Loayza, dans le cas général, il n’y a pas de solution explicite pour τ 23 . Néanmoins, en appliquant le théorème de la fonction implicite, comme on l’a déni au chapitre précédent, on peut montrer que 24

τ = τ ( α, + δ ).

+

κ,

(44)

22 La dérivation du taux de croissance est relativement impliquée et est omise ici. Un fois encore, l’expression de l’équation (43) fait l’hypothèse que le degré de substitution intertemporelle est égale à l’unité. 23 Dans le cas particulier où κ = 1 (le coût de la corruption est si élevé qu’aucune rme ne choisirait d’opérer dans le secteur informel), on peut montrer que le taux d’imposition optimal est

τ = α /( 1 + 2α) .

24 Si 1 θ α < αλ/( α + κ + ακ) , le taux d’imposition qui maximise la croissance im-

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L’équation (44) indique, en particulier, qu’une hausse du coût du sec- teur informel restant qui rend l’informalité moins attractive, implique qu’une hausse susamment faible du taux d’imposition n’entraîne pas plus de conges- tion du service public due à l’informalité. Il y a plusieurs aspects importants des liens entre les activités du secteur informel et la croissance que le modèle de Loayza n’explique pas, telles que les régulations du marché du travail et la segmentation, la taille des unités de production et les diérences d’intensité des facteurs, qui peuvent être im- portants pour comprendre la taille du secteur informel 25 Néanmoins, une implication importante du modèle est que dans les pays où l’imposition est sur-optimale et le système d’application faible, la taille relative du secteur informel sera négativement corrélée au taux de croissance économique. Par conséquent des mesures destinées, par exemple, à réduire le fardeau de l’im- position et à améliorer la qualité des institutions gouvernementales, aideront non seulement à réduire la taille relative de l’économie informelle mais aussi à promouvoir la croissance économique. D’autres modèles ont identié diérents canaux additionnels par lesquels le niveau et la nature des taxes publiques aectent la croissance économique, notamment à travers leur impact sur l’ore et la demande de capital et de tra- vail. Par exemple, Milesi-Ferretti et Roubini (1998) ont récemment examiné les eets des taxes sur la consommation et les revenus sur la croissance. Leur analyse a souligné, en particulier, le rôle adverse que l’imposition de l’accumulation du capital humain peut avoir sur l’expansion du secteur de l’éducation. L’imposition du revenu du travail réduit l’incitation des indi- vidus pour l’accumulation du capital humain et peut donc aecter le taux de croissance économique quand les recettes scales sont dépensées de façon improductive par l’Etat. Comme on l’a analysé ci-dessous, les taxes commer- ciales peuvent aussi aecter les eets d’état stationnaire sur la croissance :

les tarifs, par exemple, peuvent augmenter le prix relatif des biens intermé- diaires et donc réduire le taux de rendement marginal d’état stationnaire de ces inputs. Enn, on devrait noter que l’eet des taxes sur la croissance peut

pliquerait une certaine informalité. Si cette inégalité est inversée, le taux d’imposition optimal entraînerait une économie complètement formelle. La première inégalité est sup- posée s’appliquer. 25 Une autre limite du modèle est qu’il ne capte pas l’eet des taxes sur l’ore de travail, c’est-à-dire, l’eet sur l’interaction travail-loisir des agents. Par exemple, une réduction des taxes, en augmentant le revenu, peut entraîner les agents à opter pour plus de loisir, ce qui réduirait le taux de croissance économique d’état stationnaire.

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opérer par le canal de leurs eets sur la stabilité macroéconomique (discutés ci-dessous) et peut donc être non-linéaire. Pour de faibles taux d’imposition, l’eet devrait être positif en raison de la contribution des taxes à la stabilité macroéconomique (l’eet des stabilisateurs automatiques) ; cependant, pour des taux d’imposition plus élevés, la relation pourrait devenir négative, dans la mesure où les eets distorsionnaires (disons, sur les incitations de production et l’ore de travail) commencent à dominer.

cits budgétaires et croissance

En plus des dépenses et des taxes, la position budgétaire globale de l’Etat peut aussi aecter la croissance par trois canaux :

En réduisant l’épargne globale, dans le cas réaliste où l’équivalence ri- cardienne ne s’applique pas strictement (voir chapitre 1).

En contribuant à une ination plus élevée (voir ci-dessous), quand les décits sont monétisés. A son tour, l’ination déforme les signaux de prix relatifs et augmente l’instabilité macroéconomique (voir ci- dessous), contribuant ainsi aux ineciences dans l’allocation des res- sources.

En entraînant l’établissement d’une dette domestique quand les décits sont nancés par émission des dettes ; ce type de nancement peut évincer l’investissement privé par les pressions sur les taux d’intérêt ou la disponibilité du crédit intérieur 26 . Elle peut aussi augmenter le risque des impôts futurs et donc aecter de façon adverse les décisions d’épargne et d’investissement.

Une position budgétaire fragile peut aussi avoir un eet indirect adverse sur la croissance à long terme si elle entraîne une position extérieure faible et arrête l’application des politiques correctrices. Les deux facteurs peuvent ac- croître l’incertitude macroéconomique (le premier en augmentant les perspec- tives d’une dévaluation nominale, le second en aectant la crédibilité du pro- cessus de politique économique) et donc réduire l’investissement.

26 La dernière possibilité est particulièrement importante dans le cas de la répression nancière (voir chapitre 2), dans lequel la structure et la régulation du système nancier sont fortement dépendantes des besoins de nancements de l’Etat.

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4.2 Ination et stabilité macroéconomique

Les modèles de croissance endogène identient diérents canaux, directs et indirects, par lesquels l’ination peut aecter la croissance à l’état station- naire. De Gregorio (1993), par exemple, a suggéré que l’ination peut avoir un eet négatif sur la croissance à l’état stationnaire car elle réduit le taux d’in- vestissement et aaiblit l’ecacité de l’investissement. Au coeur du modèle de De Gregorio se trouve l’hypothèse que les rmes (ainsi que les ménages) utilisent la monnaie car elle réduit les coûts de transaction. L’ination réduit le niveau optimal des encaisses réelles et augmente le coût d’investis- sement ; elle réduit donc le taux d’accumulation du capital et la productivité du capital, aectant par là adversement le taux de croissance à long terme. Dans une analyse connexe, Palokangas (1997) a armé que l’ination aecte négativement le taux de croissance d’état stationnaire car une ination plus élevée augmente les taux d’intérêt nominaux et réduit les encaisses réelles, soumettant ainsi les agents privés à des coûts de transaction plus importants. Ceci, en retour, réduit le taux de rendement du capital physique et humain et réduit l’investissement et les taux de croissance à long terme 27 . La raison de l’ination est importante à savoir non seulement pour évaluer ses eets ultimes sur la croissance, mais aussi pour comprendre le type de politiques économiques nécessaires pour limiter ces eets. Comme on l’a men- tionné au chapitre 5, dans les pays en développement, l’ination est souvent causée par de larges décits budgétaires et un degré élevé de monétisation. Dans de telles conditions, des réductions de dépenses publiques peuvent être nécessaires. Roubini et Sala-i-Martin (1995), par exemple, ont armé que dans la mesure où l’ination peut être considérée comme une proxy de la ré- pression nancière, l’eet négatif de l’ination sur la croissance peut reéter des restrictions imposées par l’Etat sur les marchés nanciers, restrictions qui peuvent aussi exercer d’autres eets distorsionnaires de l’ination sur l’inves- tissement. Une interprétation alternative et probablement plus générale est de considérer l’ination directement comme une taxe qui est déterminée par l’Etat (voir chapitre 3) pour maximiser les revenus de seigneuriage (étant donné un objectif de dépense ou de décit) sous contrainte que les taxes

27 Il est important de noter que ce résultat semble être contraire à la prédiction des premiers modèles de croissance monétaire, qui ont a rmé qu’une ination plus forte ent- raînerait une production accrue par le biais de l’abandon des encaisses monétaires (dans la mesure où les taux d’intérêt réels baissent) en faveur de l’accumulation du capital réel ; voir Burmeister et Dobell (1970).

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