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une conséquence toute naturelle, ce qu'on m'enseignait aux cours de religion subit la résonance de mon aversion pour les robes noires : au lieu de croire aveuglément ce qu'on me

disait, j'y apportais le sens critique dont je pouvais disposer à cet âge. Dieu, le Diable, et toutes ces histoires de Paradis, d'Enfer, de Purgatoire.

Peu à peu, ce doute sur ce qu'on m'enseignait fit son chemin

Ce n'est qu'âgé de seize ans que

le fruit fut mûr et que je virai brusquement de bord. Une chose me frappa en regardant les couvertures de mes livres scolaires : on nous apprenait l'histoire des religions, mais tous ces

Beaucoup de

livres étaient écrits par monseigneur X, monseigneur Y, monseigneur Z

religions adoraient plusieurs dieux, mais dans nos églises, ne voyait-on pas des gens prier en

brûlant des cierges devant des statues de la sainte Vierge, de saint Antoine de Padoue, de

Même le protestantisme,

sainte Thérèse ? Voire de ce bon saint Joseph ? Et tutti quanti

pourtant chrétien, était abhorré et, à cette époque, il nous était interdit de lire la Bible qu'on nous remplaçait par « L'Histoire sainte » d'un autre monseigneur. J'achetais une Bible de Segond et je vis que l'Ancien Testament enseignait le contraire du Nouveau. Je lus des livres écrits par des protestants, des bouddhistes, des matérialistes ; Voltaire et Zola me plurent. Je lus — surpris, et deux fois — une traduction en français du Coran. Le résultat fut que je ne crus plus à rien. J'avais lu quelque part qu'aux réunions des francs maçons le Diable venait s'asseoir sur un tabouret de fer à trois pieds, pour leur donner ses ordres ; cela me fit décider

Je ne l'y ai jamais vu, je vous

en donne ma parole. C'est un sentiment bien éprouvant, quand on a seize ans, de se dire soudain : « On m'a appris beaucoup de choses fausses ; alors tout ce qu'on m'a appris est peut-être faux ! ». J'eus l'impression de me trouver au-dessus d'un précipice ; plus rien n'était sûr. Ce qui me rassura, ce fut l'étude (censurée) de l'anatomie humaine. Notamment le fait que le bulbe du haut de la colonne vertébrale était logé dans une poche d'air pour le protéger des chocs sur les os du crâne. La théorie des matérialistes disant que tout cela s'était fait par hasard était complètement idiote. Il y avait une intelligence à l'origine de tout cela. Dieu ? Mais le Dieu dessiné sur la première page de mon petit catéchisme était un vieux barbu assis sur un nuage, vêtu d'une toge à la romaine, et coiffé d'un triangle. Peu crédible ce vieux pépère prêt à m'envoyer en Enfer si je ratais la messe du dimanche, ce qui, à cette époque, était un péché mortel (depuis, Dieu a mis de l'eau dans son vin de messe !). D'ailleurs, mes pieux parents n'y allaient plus, à la messe. Ils m'y envoyaient, mais j'allais boire un Chambéry fraise à l'hôtel de France, en face de l'église, et j'en sortais à la fin de la messe, allant avec les badauds regarder le défilé de mode des femmes sortant de la messe de midi, vêtues de leurs plus beaux atours pour épater les petites amies. 3 Un jour, je vis à un étalage un livre intitulé : « Magnétisme, Hypnotisme, Spiritisme ». Un éclair me traversa : je revis le visage de mon cher abbé professeur, et j'entendis dans ma mémoire : « Le spiritisme est une chose merveilleuse ». J'achetais ce livre. Le sort en était jeté.

d'être plus tard franc-maçon pour voir le diable (s'il existait

).

3 C'est ainsi d'ailleurs que je connus ma première petite amie.