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n GUSTAVE REGAMEY

Pj.
N
ei r,I
n LES M
PREMIERS CHAPITRES
DE LA

GENÈSE

SIX CONFÉRENCES
1. La Clef Hiéroglyphique des Eeritures.
2. La Parabole de la Création.
3. L'Allégorie du Jardin d'Eden.
4. Le Récit Biblique do la Chute_
5. Le Déluge et l'Arche de Noé.
6. Le Symbole de la Tour de Babel.

AGENCE DES PUBLICATIONS DE LA NOUVELLE ÉGLISE.

LAusANNT. GENÈVE PA - 11121_1X ELLES


La Clef
hiéroglyphique des Ecritures
En entreprenant cette nouvelle série de conférences, j'obéis,
Mesdames et Messieurs, au désir bien légitime d'opposer aux
enseignements religieux de la Lettre qui tue, suivant l'affirma-
tion catégoriqUe de l'apôtre Paul (II Cor. 3. 6.), ceux de la re-
ligion de l'esprit qui vivifie.
Ce n'est certes pas sans raisons majeures que je désire at-
tirer l'attention des chrétiens bien 'pensants sur une question
dont on ne saurait envisager avec trop de sérieux toute l'im-
portance, puisque la vie de I'Eglise chrétienne s'alimente en
définitive des enseignements spirituels de la Parole de Dieu
qu'il s'agit pour cela d'interprêter d'une manière aussi intelli-
gente et raticunelle que possible.
Nous nous trouvons de nos jours en 'présence de deux con-
ceptions de l'interprétation des Saintes Ecritures. La première,
la plus ancienne, est représentée par une catégorie de chré-
tiens qui préconisent un littéralisme biblique des plus intran-
si ge an Ls.
N'essayez pas de leur dire qu'il est impossible qu'à notre
époque, un homme' d'un jugement sain puisse reconnaître
ccrarne naturellement exactes toutes les affirmations du texte
biblique de la création. Ils vous répondront que la science
s'harmonise de plus en plus avec les récits niosaïques et que
la verdure, l'herbe portant semence, les arbres fruitiers cibn-
nant du fruit selon leurs espèces, peuvent très bien avoir été
créés, comme le dit la Bible, avant le soleil et sans son in-
fluence.
Efforcez-vous de leur faire entendre que, sans cesser d'être
la Parole de Dieu, les onze premiers chapitres de la Genèse,
comme d'ailleurs tous les livres qui constituent cette Parole de
vie, renferment, caché sous le voile de la lettre, un sens in-
terne et spiritue! dont la révélation réconcilie les Saintes Ecri-
tures avec la raison, ils prendront en pitié votre folle préten-
tion de vouloir en savoir davantage que Dieu Lui-Même, et,
prenant en mains le livre sacré, ils vous diront : « Dieu nous
a dit dans sa Parole qu'Il a créé la femme d'une côte d'Adam,
2 - —

j'y crois. Je crois que le serpent était le plus rusé des animaux
des champs et qu'il a tenu conversation avec Eve dans sa pro-
pre langue pour la séduire. Je crois -que nos premiers parents
ont été perdus pour avoir mangé du fruit défendu d'un arbre
véritable appelé arbre de la connaissance du bien et du mal
qui se trouvait au milieu du jardin dans lequel ils avaient été
placés, et que, par eux, le genre humain tout entier a été mau-
dit. Je crois littéralement parlant à tous ces enseignements
parce que c'est la Bible qui les donne. Je crois, puisque la
Bible le dit aussi, que plus tard, l'humanité s'étant considéra-
blement corrompue et détournée .des commandements de Dieu,
ce Dieu qui est amour a sacrifié son amour à sa justice en
faisant périr, par les eaux d'un déluge qui s'est répandu sur
toute la terre, cette humanité pécheresse. Je crois au déluge
dont la science a d'ailleurs découvert des vestiges jusque sur
les-plus hautes montagnes. Je crois que Noir, qui n'a pourtant
pas passé par un polytechnicuni quelconque, n'en a pas moins
été le plus grand architecte que la terre ait jamais vu, puisqu'il
a pu construire une arche, un vaisseau protecteur d'un tu.nnage
suffisamment grand, pour contenir deux spécimens de chacun
des animaux de la création qu'il s'est agi de sauver de la
destruction.
Combien imprudents sont les chrétiens qui ne réfléchissent
pas qu'en prêchant de la sorte ils exposent la Bible à la risée
des hommes, parce qu'ils les encouragent, inconsciemment
peut-être mais pas moins réellement, à douter de sa sainteté,
à nier son inspiration divine et à la considérer comme un
tissu de fables •et d'erreurs offertes à la crédulité publique.
Le littéralisme biblique a détaché de la religion chrétienne la
grosse majorité de l'élite intellectuelle et bien pensante de
l'humanité. Cc littéralisme outrancier cu•stitue à l'heure actuelle
encore un des plus grands obstacles à l'acceptation de J'Evan-
gile chi Christ et parconséquent à l'instauration du .Royaume de
Dieu parmi les hommes, Ce littéralisme irréfléchi fournit des
armes par trop faciles à manier contre la Parole de Dieu à
tous les incrédules et les libres penseurs. Ce littéralisme
donné naissance â la grosse majorité des sectes qui divisent
la chrétienté, et j'accuse d'inconséquence tells ceux qui le prê-
chent, car enfin il n'y a pas plus de raisons qui nous incitent
à interpréter littéralement les onze premiers chapitres de la
Genèse que beaucoup d'autres passages de la Parole.
Pourquoi ces chrétiens littéralistes ne sont-ils pas tous ca-
tholiques romains, puisque c'est en se fondant sur le sens lit-
téral de cette parole du Seigneur à son apôtre : « Tu es Pierre
et sur cette pierre je bdtirai mon Eglise (Math. 16. la) que le
clergé catholique romain a établi l'autorité du pape dont il a
fait le vicaire de Jésus-Christ ? Pourquoi le bon sens les em-
pêche-t-il de s'arracher les yeux et les mains qui les font to•-
ber dans le péché, suivant l'invitation de Jésus Lui-Même
(Math. 5_ 29, 30.), alors que ce .mêirne bans sens ne les ernpèche
pas de croire qu'un serpent, au sens prcprc de ce mot, a pu
causer avec Eve dans sa langue et la déterminer à désobéir
aux ordres de son Créateur ? Pourquoi rie disent-ils pas du pain
et du vin de la Cène qu'ils sont vraiment le corps et le sang
du Seigneur ? Pourquoi ne haïssent-ils pas leur père, leur mère,
leur femme, leurs enfants, leurs frères et leurs soeurs et même
leur propre vie, comme littéralement parlant le Seigneur le leur
demande (Luc 14. 26.) ?
Un grand nombre de passages pris dans le sens de la lettre
sont incompréhensibles. Je n'en citerai que quelques-uns :
Dans la prophétie d'Israël (Gen. 49. 17.), il est dit : « Dan sera
un .serpent sur le chemin, un serpent d élan sur le sentier, gui
mnrd les tarons (lu cheval et son cavalier tombera ri la ren-
verse ». Personne ne peut comprendre cette prophétie en n'en
cherchant la signification que dans le sens littéral.
En ce Jour-M, dit Jéhovah, par la bouche du prophète Za-
charie, je frapperai tout cheval de stupeur et son cavalier d'a-
veuglement et j'ouvrirai mon oeil sur la maison de Juda, mais
je frapperai d'égarement tout cheval des peuples ». J'avoue que
si je n'avais que le sens littéral pour m'expliquer l'expression
« tout cheval des peuples », je ne comprendrais pas grand
chose à ce passage. (Zac. 12. 4.).
Lorsqu'Elisée vit Eilie monter au ciel dans tin tourbillon, il
s'écria : « Mon père, mon père, char d'Israël et sa cavalerie »
(Il Rois 2. la). Plus tard le roi Joas dit aussi à Elisée : « Mon
père, mon père, char d'Israël et ses cavaliers » (II Rois la 14.).
Elie et Elisée sont donc appelés tous deux « Char d'Israël et
ses cavaliers », expression qui, littéralement, n'a pas de sens.
Si l'on veut tout expliquer littéralement, comment se tirer
d'affaire avec le premier verset du chapitre cinq d'Esaïe où
nous lisons d'après le texte original hébreu : « Une vigne ap-
partenait d mon bien-aimé en Ici corne du fils de l'huile »? Ce
— 4 —

passage est tellement incompréhensible que la plupart des ver-


sions bibliques le traduisent comme suit : « Mon bien-aimé
avait une vigne sur un côteau fertile ». Cette traduction est
plus explicite sans doute, mais, pour la justiftier, il faut re-
marquer qu'il s'agit d'un hébra_ïcisme.
Voici encore un autre passage du prophète Esaïe qui n'est
pas non plus facile à comprendre. Il s'agit de Jérusalem restau-
rée à qui Jéhovah s'adresse en lui disant « Tu suceras le
lait des nations et tu suceras les mamelles des rois, afin que
tu saches que Moi, je suis Jéhovah, ton Sauveau et ton Ré-
dempteur, le puissant de Jacob » (Es. 60. 16.). Que peut donc
signifier cette expression : « Sucer les mamelles des rois » ?
Citons enfin cette parole de l'auteur du psaume 137 qui met
dans la bouche des captifs de Babylone ces cris de vengeance :
« Fille de Babylone qui vas être détruite, heureux qui te rendra
ta pareille de ce que tu nous as lait ! Heureux qui saisira tes
petits enfants et les écrasera contre le rocher ! » Il est difficile
de s'édifier de paroles semblables. Elles se trouvent pourtant
dans la Bible et je ne sache pas que nous puissions nous arro-
ger le droit de les méconnaître ni de leur refuser a priori un
degré quelconque d'inspiration pour la simple raison qu'elles
n'ont pas de sens ou que leur sens littéral nous répugne_
D'ailleurs, indépendamment d'un grand nombre de passages
semblables, la Bible renferme, comme nous le savons tous, des
ordres dont la cruauté nous choque, des erreurs scientirfiiques
qu'il serait absurde de méconnaître, des prophéties jamais réa-
lisées et non réalisables littéralement parlant, des contradic-
tions et des paradoxes nombreux. Les hoz -rimes de science ont
montré que le récit biblique de la création était contredit par la
création elle-même. Les moralistes se sont révoltés en pré-
sence des ordres cruels donnés par Jéhovah aux Israélites
concernant le massacre .des populations cananéennes. Ils pro-
testent contre l'ordre que reçut le prophète Osée d'aimer et d'é-
pouser une femme adultère. Les pacifistes s'élèvent contre
le titre de «Dieu. des batailles » attribué à Jéhovah, le chef des
armées d'Israël. La critique s'est heurtée au fait que dans cer-
tains passages, Dieu est amour, tandis que dans d'autres il
nous est dit que nous avons à redouter sa colère et sa ven-
geance. Tantôt sil nous est représenté comme la personnification
de la bonté et de la miséricorde, tantôt au contraire comme un
Dieu jaloux qui punit l'iniquité des pères sur les enfants.
Le temps ine parait arrivé, Mesdames et Messieurs, de re-
noncer à la conception enfantine que nous nous sornm.es faite
jusqu'à maintenant de la Parole de Dieu. Renonçons à consi-
dérer ce Livre sacré comme tout autre livre humain. Quand
un homme écrit un livre, nous nous attendons à. trouver dans
son ouvrage des marques certaines de sa sagesse, de son in-
telligence et de ses connaissances acquises. Si donc nous
croyons que le Seigneur est vraiment l'auteur de sa Parole
écrite, s'il a vraiment pris corps en elle comme il s'est incarné
au sein de l'humanité dans la Parole vivante, ne devons-nous
pas en inférer que tel Il est, tel doit être son Livre ? N'en con-
clurons-nous pas que ce Livre doit être divin et infini, comme
son auteur ? N'avons-nous pas le droit de nous attendre à voir
tôt ou tard, suivant 'le degré de notre visualité spirituelle,
briller les rayons de la sagesse éternelle sur chacune de ses
pages ? Si, comme nous le concevons sans peine et comme
d'ailleurs la Bible elle-même nous le déclare, Dieu est Esprit,
la Révélation divine qu'Il nous a faite de sa personne et de son
amour, ne doit-elle vas aussi se faire remarquer par son ca-
ractère spirituel ? Cela est tellement vrai que notre Seigneur
Jésus-Christ, Celui que nous croyons être le Dieu trois fois
saint incarné dans un corps d'homme, Celui qui nous a dit qu'Il
était venu du Père pour nous parler de sa part, nous a dit
aussi Mes paroles sont esprit et vie » (Jean C. 63_). Que
signifie cette importante déclaration ? sinon que les paroles du
Seigneur renferment, caché sous le voile de la lettre, un sens
spirituel conforme à la nature de Celui qui les a prononcées.
A la conception de l'interprétation littérale des Ecritures,
nous opposons donc, Mesdames et Messieurs, une conception
nouvelle d'interprétation,- conception basée sur la nature de
Dieu Lui-Même. Un Etre dont la sagesse et l'intelligence sont
infinies ne peut pas être l'auteur d'un livre imparfait Ce livre
doit être pariait comme Lui et sou contenu doit pouvoir s'ap-
proprier à tous les besoins auxquels il est destiné. ll doit con-
venir à la plus haute intelligence comme à la plus humble. I1 ne
peut renfermer aucune expression qui n'ait une portée ou. une
signification spirituelle. Nous devons le considérer comme un
code de lois divines destinées à règler notre foi et notre con-
duite et à servir de moyen de communication entre l'homme et
Dieu.
— 6

Or, tout ce qui procède immédiatement de Dieu en ce qui


concerne l'expression de sa volonté, doit être spirituel et divin.
Le seul but de la Parole écrite doit donc être le perfectionne-
1
ment de l'homme dans la sagesse qui mène au salut. Il s'en
suit que des circonstances purement historiques et des données
apparemment scientifiques ne sauraient avoir assez d'impor-
tance aux yeux d'un Etre infini pour trouver place dans sa
Parole, à moins qu'elles ne rappellent en même temps des
choses d'une haute valeur spirituelle. Ainsi quand nous trou-
vons dans le Livre divin des passages qui semblent se rappor-
ter uniquement à des affaires tem-porelles, nous devons être
convaincus que des choses d'une importance supérieure et
éternelles sont cachées sous ces récits historiques et consé-
quemment qu'il y a clans les Saintes Ecritures un sens interne
et spirituel qui traite de choses spirituelles et non de choses
temporelles ou naturelles, de choses relatives à l'âme et à la
vie éternelle et non à cette vie passagère seulement. Enfin
les circonstances historiques détaillées dans la Bible et
qui commencent avec le chapitre onzième de la Genèse,
sont substantiellement vraies en général. Si l'une ou l'autre est
contradictoire sous certains rapports, ce ne peut être que le
récit ne soit pas divinement inspiré con cet endroit, ruais c'est
que la lettre a été forcée de se plier aux exigences des matiè-
res spirituelles importantes qu'elle renferme intérieurement.
Nous disons donc que ces contradictions ou ces erreurs, appa-
rentes au point de vue littéral, sont nécessaires à l'interpréta-
tion des vérités spirituelles qu'elles doivent exprimer. Il n'y
a dans cette affirmation rien de déraisonnable, car toute con-
position soit divine soit humaine doit être jugée suivant qu'elle
est appropriée au but de son auteur. Or une révélation divine
doit moins avoir pour but de nous perfectionner dans les
sciences historiques ou naturelles qUe dans la connaissance
des choses célestes et spirituelles ; et si telle est'la fin ou le
but de liceuvre dans son ensemble, tout dans le détail doit
concourir à cette fin. Nous considérons donc le sens littéral
de la Parole comme n'étant destiné qu'à servir d'enveloppe au
sens spirituel pour que celui-ci traite de la manière la plus
parfaite du Seigneur et de son royaume, de l'âme et de sa ré-
génération et de ses progrès dans la vie spirituelle. Jamais, si
l'on avait constamment pensé de la sorte, il n'y aurait eu d'ob-
jections contre l'inspiration de la Parole ou, s'il y en avait eu,
_ elles seraient bientôt tombées devant des réponses complète-
ment satisfaisantes. Mais avant que d'aller plus loin, il me pa-
raît nécessaire de prévenir une observation que d'aucuns pour-
raient nous faire.
Le sens littéral de la Bible, dira-t-on peut-être, se prêtant
lui-même à quantité d'interprétations, qu'en sera-t-il si, indé-
pendamment de ce sens, H y en a un autre caché à l'égard
duquel chacun se sentira libre de formuler ses conjectures per-
sonnelles? Cette objection est facile à réfuter. Le sens spiri-
tuel que nous préconisons n'est nullement arbitraire, car la
Parole de Dieu a été écrite d'après les relations de correspon-
dances qui existent entre le monde céleste et spirituel d'une
part et le monde naturel de l'autre. La science de ces corres-
pondances est la seule clef qui puisse .nous ouvrir l'écrin du
sens spirituel des 1-lcritures. La grande diversité d'opinions
concernant la lettre de la Parole provient en grande partie de
l'absence d'une telle clef. Plus nous connaîtrons cette science,
plus nous serons d'accord pour juger et comprendre le texte
sacré.
11 est cependant une remarque que je dois faire avant de
vous l'exposer.
Si je me suis élevé contre l'in•terprétation purement littérale
du texte sacré, je tiens à dire que le sens de la lettre est né-
cessaire puisqu'il est le moyen par lequel nous apprenons à
connaître les vérités de la religion. Il présente à lui seul d'im-
portantes applications indépendamment de ce qu'il est le fon-
dement et la base du sens interne. Si, comme nous venons de
le voir, un grand nombre de passages de la Parole ne sont,
dans leur sens littéral d'aucun usage pour la vie spirituelle, ce-
pendant les vérités les plus importantes et les doctrines fon-
damentales de la religion sont tirées du sens littéral des Ecri-
tures. Ce sens contient toutes les vérités essentielles au salut.
Il s'en suit que le lecteur le plus ignorant peut y puiser les
Mérités nécessaires à sa régénération.
Mais, au fur et à mesure qu'il avance dans la vie chrétienne,
l'enfant de Dieu éprouve le besoin de pénétrer les choses les
plus intimes et les plus élevées de la sagesse et de l'amour di-
vins. Le sens spirituel répond à ce besoin.
Le sens spirituel et le sens littéral se prêtent d'ailleurs un
secours mutuel et se rehaussent l'un par l'autre. Car, quoique
la divine Vérité resplendisse d'un éclat particulier dans le sens
spirituel, elle n'acquiert la plénitude de sa puissance qu'autant
qu'elle est complètement revêtue de la lettre, comme l'esprit
humain développe toutes ses facultés au moyen du corps
comme instrument d'action sans lequel elles resteraient cachées
et inertes.
11 a fallu, pour que le Seigneur pût nous révéler la science
des correspondances, science connue et appréciée des anciens,
mais graduellement pervertie et tombée dans l'ignorance et
dans l'oubli, que le Seigneur introduisit dans le monde spirituel,
le monde des causes, un de ses serviteurs auquel il ouvrit les
yeux de l'esprit. Swedenborg put ainsi constater les relations
qui existent entre les causes spirituelles et les formes matériel-
les dans lesquelles elles prennent corps. Chaque effet corres-
pond à sa cause et est l'image extérieure de l'essence active
qui le pousse à l'existence. Tout le monde naturel correspond
au monde spirituel et cela non pas seulement dans son ensem-
ble, mais dans chacune de ses parties. Et tout ce qui existe et
subsiste dans le naturel par le spirituel s'appelle correspon-
dance.
Il existe ainsi une série ininterrompue de causes et d'effets
par lesquels tous les objets créés se trouvent en rapport entre
eux et avec la cause première. Nous disons parconséquent que
le corps naturel de l'homme correspond à l'âme dans toutes
ses parties et que le sens littéral de la Parole correspond à son
sens interne ou spirituel. Dans la nature, le soleil et les étoilés
sont des foyers de chaleur et de lumière par le moyen des-
quels la terre et l'homme sont réchauffés et éclairés également.
Nous lisons dans le prophète Malachie (4. a) « Mais pour
vous qui craignez mon nom se lèvera le Soleil de Justice qui
porte la santé dans ses rayons». Jésus Christ est le Soleil de
Justice. le divin Soleil de nos âmes qui déverse les chauds
rayons de son amour dans les régions intimes de notre être et
qui nous met au bénéfice de sa lumière et de sa sagesse. La
terre qui est réchauffée et éclairée par les luminaires grands
et petits est le type de l'homme qui est illuminé et réchauffé
par le Seigneur. Dans la parabole du semeur (Math. 13. 4-23),
Jésus dit à ses disciples que la semence, c'est la Parole. La
terre est donc le coeur de l'homme, c'est-à-dire l'homme lui-
mente qui reçoit cette semence. Parfois c'est une bonne, par-
fois c'est une mauvaise terre. Les rivières et les fleuves qui
sillonnent la terre, qui l'arrosent et la fertilisent, sont les types
g

de ces fleuves d'eau vive qui désaltèrent et rafraîchissent no-


tre intelligence et notre volonté et qui leur font porter des
fleurs et des fruits, nos bonnes actions. Le monde naturel,
dit Swedenborg, est ainsi uni au monde spirituel par des cor-
respondances. Tout dans l'univers que nous habitons corres-
pond nécessairement à l'univers spirituel où réside l'énergie
vitale qui donne à toute chose l'existence et la forme.. Le
monde moral subsiste par rarnour et la sagesse et le
monde physique par deux propriétés correspondantes, la cha-
leur et la lumière. C'est ce qui nous fait dire dans le langage
habituel que l'amour réchauffe et que la sagesse éclaire, que
l'amour est un feu qui nous consume et que la sagesse ou la
vérité qui en procède est un flambeau qui nous guide.
La science des correspondances est immense dans ses appli-
cations_ Par elle s'établit un lien direct entre le ciel et l'homme.
L'univers ayant été créé pour l'homme, tout y sert à ses be-
soins, et ce qui est nécessaire à la vie de son corps correspond
à ce qui nourrit son esprit. L'eau qui sert à ses ablutions cor-
respond à ce par quoi sa nature spirituelle se purifie, à savoir
la vérité_ Les anciens philosophes enseignaient déjà que
l'homme est un microcosme, un petit univers. De quelque côté
que l'homme fixe ses regards à l'extérieur, il saisit quelque
chose qui se rapporte à son être intérieur, une manifestation
concrète d'une pensée ou d'un état intérieur. Lés agneaux bê-
lants, les brebis laineuses, les tigres cruels, les renards rusés,
les loups ravisseurs, les serpents venimeux, dépeignent les af-
fections actuelles ou possibles de sa nature. Dans les jardins
remplis de mauvaises herbes oui de fleurs odoriférentes, de
fruits savoureux ou de baies nuisibles, il retrouve l'image de
son état de vie, de sa nature négligente ou maladive, de ses
espérances, de sa croissance et de sa maturité spirituelle.
« Rien n'existant sans un antécédent, toutes les choses qui
frappent nos regards ont donc une origine. Elles n'existent sur
la terré que parce qu'elles sont en principe dans l'immatériel.
Si elles existaient sur la terre sans avoir existé auparavant dans
le inonde des c:.i.uscs, elles auraient tiré leur origine de la na-
ture brute, ce qui est opposé aux lois de l'ordre. Quelques
grains de poussière détrempés par la pluie ou séchés par les
rayons du soleil ne produisent pas la pensée, l'intention ou le
mouvement_ Il y a quelque chose de moral au-delà de l'organe,
et il y a de même dans les corps qui nous entourent quelque
- 10 —

chose de significatif au-delà de la forme_ Le peuple sent si


bien cela qu'il découvre des emblèmes dans les couleurs et que
pour lui le bleu marque la joie, le blanc l'innocence, et qu'il
prête un langage aux fleurs. La cause est cachée dans tout
effet, car il n'y a rien qui ne procède du monde invisible. Il
n'y a rien parconséquent qui, correspondant à celui-ci, n'ait
une signification et c'est par là que ce qui est divin communi-
que avec ce qui est purement physique » ( i ).

J'ai dit que les hommes n'ont pas toujours été ignorants
comme nous le sommes des relations de correspondances qui
existent entre le monde spirituel et le monde matériel. Presque
toutes les anciennes mythologies témoignent de ce fait en sug-
gérant pleinement à chaque esprit qui réfléchit, l'existence
d'une signification symbolique contenue dans la lettre de leurs
ré-,:its. Beaucoup de coutumes qui nous sont parvenues depuis
un temps immémorial nous renvoient à une période de l'huma-
nité où la signification profonde des actions extérieures de'
l'homme était connue. Personne ne peut plus expliquer par
exemple à quelle utilité répond le fait que nous nous décou-
vrons la tête en signe de respect, tandis que nous nous age-
nouillons pour la prière. Pourquoi nous saluons-nous en nous
embrassant ou en nous serrant la main ? Pourquoi contractons-
nous la cérémonie du mariage en nous mettant un anneau au
doigt ? Il faut faire remonter l'origine de toutes ces coutumes
à' une époque où l'on avait la connaissance et la perception des
relations qui existent entre le inonde spirituel et le monde na-
turel. La science des correspondances nous remet peu à peu
en mesure de comprendre ces relations. Comme toute autre
science, elle doit être étudiée, car elle n'a rien d'arbitraire_ II
en reste des traces dont les hiéroglyphes que l'on retrouve sur
les monuments égyptiens ne sont pas un des moindres vestiges_
Avant que cette science fût tombée dans l'oubli, avant que les
hommes fussent accoutumés à regarder à tout ce qui les en-
toure par le côté matériel seulement, les mystères des ancien-
nes théologies étaient fort simples et compréhensibles. Ils se
transformèrent en mythologies et en fables quand on com-
mença à perdre leur signification,. Ce ne fut que lorsque les
Grecs l'eurent perdue qu'ils en vinrent à regarder Minerve
comme une personnalité sortie un jour telle que du cerveau de

(') Fa% Richer_ Nouvelle j&rusalem, tome I, p. 365..


Jupiter_ Nous comprenons sans peine leur erreur_ Minerve per-
sonnkiliinant la sagesse .de Jupiter le Dieu créateur, rien n'était
plus naturel que de se représenter la sagesse comme provenant
du cerveau du créateur.. Mais la religion ne se transforma en
mythologie que lorsque l'homme •fut tombé dans un si profond
matérialisme qu'il ne put plus concevoir le spirituel et l'invi-
sible par le moyen des représentations matérielles qu'il en avait
sous les yeux. Nous avons conservé dans notre langage un
grand nombre d'expressions symboliques qui ne sont pas autre
chose qu'un vestige de la connaissance des correspondances.
Nous disons volontiers de quelqu'un qu'il est un agneau ou bien
au contraire un loup rapace, un renard habile et rusé. Cela tient
au fait que les animaux symbolisent nos affections.. C'est pour
cela d'ailleurs qu'on les voit jouer un râle si considérable dans
la Fable. Quand nous parlons du bras de l'F_'ternel, nous vou-
lons parler de sa force. Nous disons d'un ami qu'il nous a té-
moigné une chaude affection et que nous avons un brillant désir
de lui faire sentir notre reconnaissance_ Le mot coeur est sou-
vent employé pour la volonté et les affeottions. Nous disons: de
bon coeur, de tout coeur_ Les mains désignent la puissance et,
dans ce sens, nous disons d'un gouvernement qu'il est en de
bonnes mains_ Les propriétés physiques des objets elles-mêmes
nous fournissent souvent aussi des analogies ; quoi de plus
commun que de prononcer des paroles piquantes, de sentir des
douleurs aigiies, de manifester des sentiments amers, d'émettre
des pensées élevées.
Mais revenons à la Parole de Dieu. C'est un livre divin. La
différence qu'il y a entre les oeuvres de Dieu et celles des hom-
rues consiste dans l'organisation intérieure que possèdent les
oeuvres du Seigneur. Quand nous regardons un tableau, une
statue, no-us avons tout vu dès que nous en avons examiné la
surface.Quand par contre nous contemplons les ouvrages du
Créateur, nous sommes émerveillés des perfections intérieures
qu'elles renferment indépendamment .de 'la beauté de leur aspect
extérieur. Supposer que le sens liittéral de la Parole soit tout ce
qu'elle contient est aussi déraisonnable que de prétendre que
le corps humain ne se compose que d'épi-derme parce que la
simple vue ne découvre pas autre chose. Or nous savons que
cet épiderme cache une foule de merveilles que la science a
découvertes. Nous devons pareillement regarder la lettre de
la Parole comme son épiderme, laquelle renferme au-dedans
— 12 —

d'elle d'innombrables vérités spirituelles adaptées jusqu'à un


certain point à l'intelligence des hommes éclairés, mais bien
plus compréhensibles encore à celle des êtres purement spiri-
tuels
Le sens profond de l'Ecriture n'a jamais trait aux événe-
ments cosmiques, aux empires, aux états, niais comme je l'ai
déjà dit, au Seigneur, au ciel, à la Rédemption et pareonsé-
quent à l'Eglise considérée etErnme le corps de Christ. C'est en
quelque sorte une suite de .paraboles. Adam n'est pas un homme,
c'est une première humanité, l'humanité de l'âge d'or, la pre-
mière ou une très ancienne Eglise. en est de même de Noë
qui typifie l'Eglise de l'âge d'argent, qui commença avec le
noyau resté en conjonction avec le divin et le céleste de l'E-
glise précédente, après l'événement que la Bible nous présente
comme un déluge d'eau, expression que nous devons prendre
aussi dans son sens symbolique. Le déluge dans lequel prit
fin la dispensa.tion de l'âge d'or fut en réalité une inondation
de perversités et .de maléfices de tous genres. L'Eglise ou
l'économie juive fut représentative. Israël selon la chair est le
type de l'Israël spirituel qu'il y a en chacun de nous. Sa
captivité en Egypte, sa délivrance, son voyage dans le désert
avant son entrée dans le pays de Canaan sont l'image de la
captivité, de l'asservissement au péché de l'homme spirituel
que le Seigneur délivre pour le faire entrer graduellement au
pays de la promesse, c'est-à-dire dans l'état de bonheur qui
résulte de notre conjonction avec Lui. C'est l'histoire de toute
âme que Dieu régénère. Envisagés à ce point de vue, les ré-
cits bibliques sent autrement plus intéressants et plus Prffl-
tables qu'ils ne le sont dans leur sens purement littéral et his-
torique, Les applications que nous pouvons en faire sont innom-
blables et toutes plus précieuses les -unes que les autres. Nous
n'en épuiserons jamais la matière, car le Livre de Dieu est le
Livre de l'infini. D'une manière générale l'étude du sens interne
de la Parole est une des plus passionnantes que je connaisse.
Elle a pour précieux résultat celui d'aider puissamment le chré-
tien à se régénérer, en lui permettant de se conjoindre plus in-
timément avec le Divin par sa Parole. Le sens interne récon-
cilie les passages apparemment contradictoires dans le sens
littéral_ Il explique ceux qui sont obscurs, ceux dont le sens
purement naturel pourrait avoir pour effet fâcheux .de troubler
l'âme des fidèles.
— 13 —

Le récit de la. chute, par exemple, s'explique, comme nous le


-verrons également dans une conférence subséquente, par le
sens interne d'une manière bien plus compréhensible et édi-
fiante que par le sens littéral_ La chute n'est plus celle d'un
couple d'individus, puisqu'Adam représente une première hu-
manité. Le serpent n'est plus un animal, mais ce que cet animal
représente, le principe inférieur -de notre nature, le principe
sensuel, le principe charnel, celui qui a des désirs contraires
à ceux de l'esprit, principe qu'il ne faut pas condamner ni dé-
truire, mais soumettre et contenir dans les justes limites d'un
état dé dépendance à l'égard des désirs de l'esprit. Le jardin
d'Eden n'est •plus un lieu, mais il est l'état d'âme dans le-
quel règnent l'harmonie, la paix et la joie spirituelles et cé-
lestes, état dans lequel se trouvaient les hommes de la Très
Ancienne Eglise, à l'origine, c'est-à-dire au commencement .de
l'âge d'or. Cet état était celui chanté par les poètes. Le sou-
venir de l'âge d'or est resté gravé dans les mythologies et dans
les documents des plus anciennes religions_ Cette très ancienne
humanité s'est graduellement privée de cet état de féliuité par-
faite au fur et à mesure qu'elle a cédé aux sollicitations du
principe inférieur de sa nature, du serpent qu'il y a en chacun
de nous, et sur lequel nous devons pouvoir marcher avec le
secours de Celui dont il a été prédit (Gen_ 3_ 15.) qu'il lui
écraserait là tête_
Que de passages qui se trouvent ainsi éclairés par la lumière
du sens interne I Ce mode d'interprétation a ceci de pratique
et de remarquable qu'il s'applique à tous les textes de la Pa-
role de Dieu, depuis la Genèse jusqu'à l'Apocalypse, qu'il les
lie tous et qu'il les coordonne de manière à les soumettre tous
à la même théorie_
Le temps ne me permet pas de vous exposer aujourd'hui,
comme je le voudrais, les raisons qui justifient jusque dans le
détail le système des .correspondances tel qu'Emmanuel Swe-
denborg nous le présente dans ses ouvrages. J'espère pouvoir,
dans une co-nference spéciale, vous donner à entendre par
exemple pourquoi les minéraux, les pierres, les rochers, sont
les emblèmes des choses de la vérité et de la foi ou bien au
contraire de la fausseté, du doute et ide l'incrédulité ; pourquoi
les animaux symbolisent les bonnes et les mauvaises affections
de notre nature ; pourquoi les montagnes et les collines nous
parlent de l'amour et de la charité, pourquoi les noms de per-
— 14

sonnes et ceux de pays dont il est fait mention dans la Parole


ont eux aussi une signification spéciale. Encore une fois il est
excessivement utile de savoir toutes ces choses. Mais ce serait
un travail qui dépasserait le cadre de notre étude de ce jour.
Je me iimiterai donc, pour terminer, à l'emplication ou à l'inter-
prétation d'un ou deux des passages que nous avons déjà cités
et qui, dans leur sens littéral, nous ont paru incompréhensibles.
Et puisque je viens de vous donner la signification ou la cor-
respondance spirituelle de la pierre ou du rocher, voyons en-
semble quelle lumière cette indication jettera sur ce passage
du Psaume 137 : Fille de Babylone qui vas être détruite, heu-
reux qui te rendra la pareille de ce que tu nous as fait ! Heu-
reux qui saisira tes petits enfants et les écrasera contre le
rocher !
La Bible qui est un livre divin a été écrite de telle sorte
qu'elle a pu satisfaire aux besoins religieux des générations
passées, comme elle peut satisfaire à. ceux des générations
futures. Cette pensée de vengeance contre Babylone était sans
doute douce au coeur des juifs captifs des Babyloniens et la
notion qu'ils avaient de Jéhovah leur faisait espérer qu'Il met-
trait fin à leurs souffrances et que par un juste retour des
choses ils seraient un jour en possibilité_ de faire subir à leurs
oppresseurs des souffrances semblables à celles qu'ils avaient
endurées de leur part. Mais pour nous, chrétiens du XX - siè-
cle, qui sommes au bénéfice des enseignements du Christ,
nous ne pouvons plus nous. édifier de paroles semblables.
De pareils sentiments de vengeance ne peuvent plus trou-
ver d'écho dans nos CœUTS. Comment dès lors pouvons-
nous tirer un bénCyfice spirituel d'un passage semblable ? En
l'interprétant 'dans son sens spirituel. Babylone, c'est le moi.
C'est l'orgueil, le besoin de domination. C'est un état qui
enfante tout un cortège de méchancetés, de perversités, de
faussetés dont nous devons désirer la destruction avec tout
autant de force que l'Israélite captif de Babylone désirait la
destruction des enfants de son ennemi. Fille de Babylone, heu-
reux qui écrasera tes enfants contre le rocher. En nous parlant
de Lui-Même, le Seigneur qui est la Divine Vérité nous dit
qu'Il est la pierre de l'angle ( 1). Il est le Rocher des siècles.

(') Math. 21. 42.


— 15 —

Très souvent dans la Parole, Jéhovah nous est présenté comme


le Rocher ( 1 ). H y a entre la pierre ou le rocher et la Divine
Vérité une relation de correspondance. C'est contre la Vérité
-que doivent venir successivement se briser et se détruire toutes
nos erreurs, toutes les inclinations au mal que la Babylone
de l'égoïsme enfante dans notre coeur. C'est Christ qui nous
délivre de l'homme naturel et fait de chacun de nous un homme
nouveau et spirituellement bon.
Le passage de Matth. 16 : 18 sur lequel l'Egl'ise catholique se
fonde pour affirmer que le pape est le vicaire de Jésus Christ
par voie de succession apostolique depuis l'apôtre Pierre,
auquel le Seigneur aurait confié les clefs du Royaume des
cieux et sur lequel il aurait fondé son Eglise, s'ililuanine d'un
jour tout nouveau à la lumière du même enseignement, Tu es
Pierre, dit Jésus Christ à sen apôtre, tu es le représentant
de la vérité et de la foi qui en procède et dont Moi je suis la
source. C'est sur cette pierre, c'est-à-dire sur cette vérité de la
foi que je bâtirai mon Eglise, et les portes de l'enfer ne prévau-
dront point centre elle. Nous comprenons, par la signification
de cette correspondance, que ce n'est pas sur l'apôtre Pierre,
mais sur ce dont Pierre était le représentant, la vérité de la foi,
en définitive sur Lui-Méitne, parce qu'Il est la Divine Vérité,
le Rocher des siècles, que le Seigneur a fondé son Eglise.
Les noms propres ont eux aussi leurs significations dans la
Parole de Dieu, et Simon a été surnommé Pierre justement
parce que le Seigneur en avait fait le représentant de la vérité
de la foi dans le sein de son collège apostolique. Partout dans
!es récits qui nous rappellent les principaux traits de la vie
de Pierre, cet apôtre se montre le représentant de la foi, tan-
tôt d'une foi assurée et solide, tantôt au contraire d'une foi fai-
ble et chancelante. Lorsque Jésus, après avoir interrogé ses
disciples sur ce qu'on disait de Lui, leur adresse cette ques-
tion : « Et vous, qui dites-vous que je suis ? », c'est immédiate-
ment Pierre qui lui répond dans un élan de foi : « Tu es le
Christ, le Fils du Dieu vivant ». C'est alors que s'est passé
l'entretien se rapportant aux clefs du Royaume des cieux :
Tu es heureux, Simon, fils de Jonas, car ce ne sont pas la chair
ni le sang qui t'ont révélé celà, mais c'est mon Père qui est

( 1 ) Deuil. 32. 4, 32. 15 ; Il Sam. 23. 3 ; Ps. 18. 3, 18. 32,


19. 15, 73. 26 ; Es_ 26. 4. etc., etc., cf. I Cor. 10. 4.
— 16 —

dans les cieux. Et Moi je te dis que tu es Pierre et que sur cette
pierre je bâtirai mon Eglise_ Tu es un homme de foi, tu es lie
représentant de 'la foi qui repose sur la Divine Vérité. Cette
foi est la foi salvitique. C'est elle qui introduit dans l'état cé-
leste. C'est la clef qui ouvre la porte du ciel. Ce que cette foi
Lie sur la terre est lié dans le ciel et ce qu'elle délie, au con-
traire, c'est-à-dire tout ce dont elle nous détache sur la terre,
les mauvais principes de notre nature, ne nous suit plus de
l'autre côté du voile de la chair. La foi de Pierre n'a pas
toujours été une foi forte. Elle fut quelquefois irréfléchie et
primesautière. Elle l'a mis une fois en péril d'être submergé
(Math. 14. 30.), ce qui lui attira ce reproche du Seigneur
« Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté? » Dans une au-
tre circonstance dont l'apôtre avait gardé un souvenir doulou-
reux sa foi ne l'a pas empêché de renier son Maître. La foi
peut être orgueilleuse et naturelle. Ce fut le cas pour Pierre
quand, peu de temps avant de renier le Seigneur, ifi s'écria :
« Quand bien même tu serais pour tous les autres un sujet de
scandale, tri ne le seras pas pour moi ». Mais cette foi est inca-
pabl e de quoi que ce soit et nous devons nous en inéffier.
(Marc 14. 29.)
C'est sur cette pensée que je termine, Mesdames et Mes-
sieurs_ Prenons garde à la qualité de notre foi ! Pour qu'elle
soit solide, pour qu'elle triomphe des doutes et des tentations
de tous genres auxquelles nous sommes exposés, il ne faut
pas que notre foi repose seulement sur les élans du coeur et de
la volonté ; il faut qu'elle soit le résultat d'une compréhension
aussi intelligente et parfaite que possible des enseignements
spirituels de la Parole de Dieu. Nous ne croyons vraiment que
ce que nous comprenons. C'est la raison pour laquelle j'ai pris
la liberté de vous entretenir aujourd'hui d'une méthode d'in-
terprétation .des textes sacrés dont le Seigneur a dit Lui-Même
qu'elle était la clef de la science. C'est la clef hiéroglyphique
des Ecritures, une clef que les docteurs de la loi avaient en-
levée au peuple juif (Luc 11. 52..), une clef dont l'Eglise chré-
tienne n'a pas su se servir jusqu'à nos jours, mais qui, si vous
voulez bien en faire usage, vous ouvrira l'écrin des trésors
spirituels .de la Parole de vie.

GUSTAVE
REGAMEY
. le de la Creation
La Parabo
Un jour qu'il s'adressait A ses disciples en un langage dont
ils ne pouvaient pa-S facilement comprendre la signification
litterale, Jesus-Christ leur dit : Mes paroles sotzt esprit et
vie (Jean 6. 63).
L'Eglise chretienne lira pas attache suffisamment d'impor-
tance a .cet. avertissernent, pas plus d'ailleurs qu'à l'enseigne-
ment 17E peu pr6s analogue que le Seigneur fit entendre aux
deux disciples sur le chemin d'Emmaiis, le soir de sa resurrec-
tion « Et cornmencant par Molse et les prophéles, II tear ex-
Pliqua clans [orates les Ecritures ce qui le concernait (Luc 24.
27)
Pour avoir ignore le sens spirituel de la Parc_yle, 1 pour .avoir
meconnu le fait capital clue cette Parole ne traite en realite
clue du Seigneur et de son ceuvre redemptrice et salvifique„
beaucoup de -chretiens se sont hisses arr&ter par les diificul
tes que soulêve l'interprótation purernent littdrale d'un grand
norribre de passages des Ecritures, celui des premiers cha-
pitres de la Genêse en pa•ticulier.

Si la Parole a on sens interne, it nous faut one clef pour l'ouvrir,


c'es,t-f.t-dire tin systinne d'interpretation base stir urt principe tiniforme
et determine. ne luissant pas Plus de place a. ]'imagination que ne le
ferait un probliMie de mathernatiques. Cette clef que lesus-Christ a
appelee Clef de la Connaissance (Luc 11. 52) et qui pour nous
est la Science des Correspondances, jut la principale science des an-
ciennes Mais elle s'est perdue peu a pen a partir des
temps historiques.
On des traits caracteristiques de la mission speciale dc Swedenborg
a ete de nous initier a nouveau dans 1:a connaissance de cette science.
L'Univers visible correspond a on Univers invisible auquel nous an-
partenons déjà par notre esprit. Non settlement les choses naturelles
correspondent aux spirituelles. mais •lles les reprCsentent par la rai-
son memo: qu'elles cn sont le prodoit. Cette correspotirlance est par
consequent le rapport qui subsiste entre ressence d'une chose et sa
forme. ou entre cause et son effet. Tout ce riui existe est d'abord
en esprit et en pcnsCe avant de prendre un corps et one forme. Le
langage des correspondances est le langage de Dieu Liii-metre. La
Sagesse divine, pour descendre an niveau de notre intelligence finie
— is —

A la lutniere de la lettre qui tue, Ie premier chapitre de la


Bible sernble traiter de la creation de •Univers materiel, mais
a la luitniere de i'esprit qui vivifie (Jean 6, 63), II traite en ',ea-
life de tout autre chose.
Chacun sail aujourd'hui que la terre n'est pas le centre de
runivers, rnais qu'elle s'est au -contraire revere comme l'un des
plus petits d'entre les noq-nbreux astres qui gravitent autour du
soleil. Personne n'ignore que Jupiter pourrait contenir quatorze
cents terres comme la notre, que 1e soleil est plus d'un million
de ibis plus gros que notre planète, que les etoiles dont nous
admirons la douse et tranquille lurnifere sont des mondes in-
candescents panmi lesquels it s'en trouve de bien plus grands
que notre soleil I.
Si les astronomes nous disent qu'un nombre infini d'etoiles
sont si eloignees de notre terre qu'il Taut des rnilliers d'an-
flees pour que leurs rayons , lurnineux nous parviennent, leur
existence doit etre considerablernent plus ancienne que le
texte de la Genèse le donne a entendre.

a dfi etre ecrite dans u:n langage hurnain. Un exemple nous permettra
de nous rendre micux compte de cette science. Dans le livre du pro-
phete Osee, ch. 2, v. 18, nous lisons : En cc je traiterai pour
eux une alliance avec les bietes des champs, les oiseaux .du eiel et les
reptiles de la terre ». Comment le Seigneur peut-T1 traiter une alliance
avec des creatures irresponsables ? Mais quand la Science des Cor-
respond:ances nous enseigne que ces betes. ces oiseaux et ces rep-
tiles representent les affections et les faculties intellectuelles de rborn-
me, que tons les animaux, tous les vegetaux et les rnineraux
representent ses facultes mentales et spirituelles, toute obscurite
s'evanouit et la Parole de Dieu devient interessante et contribue
mare plus grande edification.
line pareille methode crinterpretation, coherente. lurnineuse, ration-
nelle et deterrninee, etant basee sur la nature de tous les objets et de
tous les phenomenes de la vie, la clef s'adapte merveilleusement a la
serrure du coffret sacre oil sont tous les joyaux et tous les tresors
de la sagesse. soicnt clans la Genese ou dans Esaie, dans l'Evan-
gile de Jean ou dans l'Apocalypse. Quand cette clef est appliquee a
des passages obscurs. le sens en devient lumineux.
Sirius, la plus belle &toile de notre ciel, egale, d'apres les obser-
vations les plus r6c-entes, 5000 soleils comrne le notre. Mais qu'est-
elle en cornparaison du rouge Arcturius que rastronome Elwin ev:a.lue
A 550,000 :fois notre soleil. Et celui-ci est encore biers depasse par
Canope que des observations recentes portent a cinq millions de fois
notre astre central. (F. Setter, La Creation. p. 121)-
19 --

line science sur de l'astrorkormie, la igeologie n'hesite pas a


attribuer a 'la terre l'âge respectable de millions d'annees.
La question qui se pose -done a tout esprit impartial est la
suivante : Comment devons-nous interpreter 1e recit biblique
de la creation ? Son interpretation litterale est en contradic-
tion avec les principales ,decouvertes de la science. Comment
pouvons-nous echapper a ce desaccord ?
Nous repondrans que le premier chapitre de la Genese n'a
pas pour but de nous renseigner sur la creation du monde.
Nous n'avons pas en itri an chapitre d'histoire naturolle. Si
Dieu await voulu nous parler sciences, it refit fait d'une ma-
nlére parfaite.
Dans un style divin, le texte du Dremier chapitre cle la
Gene-se nous •arle d'itne creation spirituelle. II renferme un
double enseignernent parabolique.
II est destine tout •d'abord a nous faire comprendre figura-
tivement la regeneration de l'huma.nite .primitive qui .s'est ale-
vee du naturalisme ku .spiritualisine. La science nous apprend
que les hommes — disons les prea•darnites — on -t peuple la
terre des repoque quaternaire. 11 a done du surgir cette
epoque, an milieu de toute.s les varietes d.0 regne animal, une
forme p•rtieuliére de creatures, dotee de 4a faculte de s'elever
a Dieu et de Lui etre conjointe spirituellement par l'appro-
priation du Bien et du Vrai divins. Sous "'image figurative des
dfferenite-s phases de la creation, le texte biblique nous resume
les differentes. etapes de raeheminement cette premiere
hurnanite jusqu'a la realisation de son etat de perfection spi-
rituelle et celeste, retat .adamique„ l'atat de l'Age Tor. Adam
n'est done pas, an hoq-nme, mais c'est le nom de l'hurnanite
telle clue Dieu l'a veritablement cre6e a son image et selcrn sa
ressernblance.
Mais la Bible est un livre dont les enseignements divins re-
pondent aux besoins spirituals de touter dies aPoques, aus-si
Mien le texte paraboillique de la creation ete compose de
telle sorte gull est a meme de nous instruire des verites qui
sont indispensables notre vie spirituelle individuelle.
En style divin, runivers exteri•ur n'est que le symbole de
cet univers interieur qui s'aPpelle rho-I-rime spirituel. On a
souvent appele un microcosme, c'est-a-dire un petit
univers.
Les principaux etats qui aboutisserzt ra la perfection (Fano
tine, sont exctclernent symbolises par les differentes etupes
de Ia creation d'un monde_ Creation signifie spirituellement re-
generation. « Si quelqu'un est en Chris-t, dit Paul, it est une
nouvelle crjature x, (II Con 5_ 17).
Quand, an moyeri du langage prophetique et symbolique. le
Seigneur veut parler de la restauration de l'homme an point de
vue spirituel, Ii en parle comme de la creation d'un nouvel
univers ; is re_stauration de l'intelligence, le retablissement
de l'ordre, de la justice, de Ia sagesse, de la purete et de la
,paix sont symbolises par une nouvelle creation '_
Nous pouvons done nous approcher de ce premier chapitre
avec la pleine assurance de sa divine inspiration, a Ia condition
toutefois cle n'y pas cheroher autre chose que le processes
de la regeneration de l'homnie clue Dieu, -des le commence-
ment a ere6 de/ et terre, c'est-à-dire rendu participant de deux
natures on de deux .etats superposes, si l'on pent ainsi s'ex-
primer. Le premier de ces etats. le plus eIeve cornme aussi le
plus interieur et le plus profoncl, l'etat spirituel dans lequel
doit vivre l'eternite et par lequel ii pent etre conjoint an Sei-
gneur, est . decrit comme son ciel. L'autre &tat. celui par lequel
l'hemrme appartient au monde nature] et qui comprend sa me-
, moire externe, sa pensee, son imagination naturelle, ses de-
sirs cnrporels, tout ce qui -le rattache au monde materiel par le
moyen des seas naturels, s'appeille dans le recit de la Genese,
la terre de l'homrne.
Au commencement, c'est-a-dire avant Ia regeneration, 'nom-
me nature], la terre, est vide et vague, parce qu',11 ne renferme

I Les propheties bibliques qui parlent de :at tin du monde doivent


toujours e ► tendues comme signifiant la fin dune Eglise et rave-
netnent (rune ere nouvelle. Swedenborg nous donne a connaitrc cute
rhumanite a ete raise an benefice de cinq dispensations successives
des verite.s de Ia religion. Chacune de ces dispensations on de ces
revelations a donne naissance a une Eglise. La premiere revelation
de Dieu a l'lionime int sans dontc immediate, parce nue Phomme await
eta: done par creation de la faculte d.'aimer le biers et le vrai. facuite
par le rnoyen de laquelle ii pouvait communier avec le diVin et s'en-
tretenir avec les habitants du monde spirituel. Ce iut repoque de
adaniique. rage d'or de l'hurnanite.'dont le souvenir est reste
grave dans les legendes tie la mythologic et dans Ies chefs-d'oeuvre
de la poesie antique. Adam West pas le nom d'un homme. mais celui
d'unc premiere Eglise. L'Eglise Noetique qui succeda a I'Eglise Adami-
rien de vrai ni de Wen.. Vest retat de l'obscurite, de la non-
intelligence, de rignorance de tout , ce qui concerne le Sei-
gneur, la vie spirituelle et celeste. L'hornme dans cet &tat est
comme un abime dans lequel ll-ne reg-ne _aucunc lumiere. C'est
l'etat de quiconque n'a pas encore passe par la reg,eneration,
un etat de brouilllarcl et •'ignorance que nous realisons d'ail-
lents clans tour dornaines. Pour en sortir H faut naitre de
nouveau et la pnouvelle naissance, dent le processes nous est
decrit par le re-cit paral3olique des six fours de la creation,
ne s'effectue clue d'une •aniere progressive.
Cette nouvelle naissance est l'wuvre de l'Esprit .de Dieu en
nous. Au debut cle •sa regeneration 17-1 -Krime ne s'apercoit pas
toujours que c'est en definitive le Seigneur qui besogne
lei pour transformer sa nature, pour l'amener des tenebres
la lumiëre, de la mort a la vie spirituelle. Ce n'est qu'au fur
et a mesure clue nous progressons 'dans la vie de re_sprit que
nous realisons vraiment que cette nouvelle vie est le resultat
de I . ceuvre misáricordieuse de l'Esprit de Dieu qui agit sur nos
connaissances et qui les viAfie. C'e•t ce que Ie recit biblique
exprime par 1'express1on ,itmagee : (xEt ['Esprit de Dieu se mou-
vait sur les eaux.
Dans le langage divin, les eaux typifient les connaissances, de
Ia memoire. Semblable a la fl-ter profonde qui est un ablate
dans lectuel toutes les eaux se ,cleversent et dont e1Ies ne s'e-
chappent que par l'evap-oration qui les transform en nuages,
la mernoire .sert aussi de reservoir a toutes les. connaissances,
tortes les verites comme a toutes les erreurs que l'homme
acquiert et qu'il utilise en vue .des buts qu'il poursuit. 11 n'est

que et cut une grande extension, avec le pays de Canaan pour centre,
Cette Eglise beneficia d'une ancienne Parole ecrite d'aprês les Cor-
responclances, Parole qui disparut a son declin. C'est cette Eglise
qui, vers in fin, transforma en magic in Science des Correspondences..
Elle donna naissance a la mythologic et an paganisme. L'Eglise
juive commenca avec Abraham. Elle recut gradueilernent la Parole
&rite de rAneien Testament. L'Eglise chretienne grit naissance avec
l'inearnation do Verbe divin. Elle s'ediiia au moyen de I'Ancien Tes-
tament. de l'Evnngile et de ('Apocalypse. La Nouvelle Eglise chre-
tieuric -erafin, a commence tiers lc milieu do XVIIIe siècle, a l'époqu.e
du second a.vênement du Seigneur, lequel West pas autre chose que
Vouverture du sens interne de in Parole 6crite et les revelations corn-
pleamentaires an benefice desquelics a dte raise iliumanite par le
moyen des ouvrages theologiques d'Emmanuel Swedenborg.
— .7).9

pas d'horrime, quelque .mauvais gull soft, ctui ne Possede, ne


fussent que de petites parce4les veri.te et d'amour, avec,
hulas, 'beancoup •d'erreurs et de rnaux.. Ce sont les vestiges de
notre etat crincnocence enfantine. les souvenirs manne incons-
cients d'influences angeliques subies dans le jeume age. Le
Seigneur veille stir .ces vestiges conirne tine poule veille sur
ses poussins. Ge sont les eaux f sur lesquelIes se mew rEsprit
de Dieu, les connaissanees qui nous reviennent souvent a la
memoir-e dans les heures surribres de la vie et qui nous ar-
retent parfois au .moment oil nous soxnmes stir le point de de-
sesp&rer de nous-mémes. Pour les urns .Cest le souvenir d'une
prifere enfantine ou d'un paSSage de l'Fierit-ure qui fait naitre
dams leur •esP.rit .des reflexions salutaires, pour d'autPes c'est

' Que les eaux, dans la Parole de Dieu„ representent les commis-
sances vraies ou fausses, les verites ou les erreurs dont se nourrit
notre entenciernent, les raisonnernents justes on fallacieux par le
moyen desquels nous nous laissons influencer et par consequent con-
duire sur un chernin de vie ou de mort, nous en avons des preuves
nornbreuses.
Dans cette parole de Jesus a Ia Samaritaine : Quicorzque boil de.
cette eau one le Tut donnerai reaura plus :murals soil, mail recut one
to lui donnerai deviendra en lui une source d'eau (jai lusque
dans la vie ecternelle 7, (Jean 4. 14), l'eau symbolise la divine Verit6
qui rend l'homme sage a salut. Le Heave d'eau vine, dont it est fait
mention dans 1'Apocalvpse 22, 1, a Ia mettle signification. Le paral-
lelisme entre neat' et la connaissance de in verite est manifeste dans
ce passage d'EsaIe 11_ 9 : ‹.4 La terra sera renzplle de la cormais-
sance de Jehovah comnze le fond de la rite,- par les eaux qui le eon-
went >>. Donner, en rant que disciple du Seigneur. an verre d'eatz
frotde d um enfant, (plata:. 10. 42), c'est lui dormer une instruction qui
rairaichisse son arne et cela au nom du Seigneur. Nous pouvons titer
aussi cette parole d'Esaie : a Vous avcz soil, venez aux coax., pa-
role que Jesus a reprise pour en faire le theme de son invitation
(Jean 1. 37) a venir se desalterer de la verite de ses enseignements..
Le Psaurne premier nous dit de l'horntne qui prend son plaisir dans
la loi de Jehovah et qui la medite Jour et nuit qu'il est comme an
drbre plants pres d'un courant d'eau. qui donne son fruit en sa sal
son et dont le feulliage ne se flètrit pas_ Tout cc well fait lui reussit.
Mais d'apro;ts Swedenborg. les expressions de FEeriture ont ordi-
nairernent tine double correspondance, qu'elles peuvent
s'appliquer — et c'est le contexte qui nous renseigne a ce sujet —
soit au bien et an vrai, soft au Trial et an faux. Nous avons releve
quelques passages — 11 y en aurait des centaines encore a eller —
dans lesquels l'eau typifie la connaissance du vrai, autrernent dit la
verite. En voici maintenant quelques-uns dans lesquels reau corres-
pond A Yerreur, au faux raisonnernents, au doute. a l'inereclulite.
93

la Tnemoire d'un (Rat anterieur de bonheur et de paix qui leur


inspire le desir ardent {rune vie meilileure, plus sainte et plus
pure et pour l'enrichissement de laquelle des connaissanees
nouvelles et superieures .sont •e-cessaires. C'est alors clue
pour eux se realise Fiat lax ! », premiere manifestation
- de la veritable lumiere dans lame. Otte la Itimiére soft !
dit ile Seigneur et eelui en faveur de qui cette parole se fait
entendre, shaft avec ctuel sentiment de jade prrolonde i.1 com-
mence a sortir des 'tenebres qui renveloppaient. Le premier
rayon de .luirni6re ispirituelle qui le 1)&1e-cm est le point de de-
part de liceuvre de sa regeneration. Sous l'influence de cette
lumiere, it commence A discerner qu'iI existe un Bien et un
Vrai superieurs au 'hien et au vrai naturels_ Les rapports de
eorre_spondance entre la lumiere spirituelle et la lumiêre na-

Si tar traverses les eaux, fe seral avec toi, et les fleuves ne to sub-
ntergeront point (Esafe 43. 2). C'est la manic image qui: se retrouve
sous la plume du psaltniste : 4( Sans Jehovah aid nous protege.a quand
les homrnes s'eleverent contre nous... les •aux nous auraient submer-
ges, les torrents auratent passe stir noire dine (Ps. 124_ 2-5). dais
Vanalogic est plus frappante encore dans le passage du sermon sur
lot rnontag.ne ob lie Seigneur invite ses auditeurs a bath leur .m.aison
stir le roe, c'est-a-dire sur les enseignements de Celui Qui s'appelle
Lui-Merne le Rocher des siecles. .cc Quiconque en tend les paroles
One ie dis et ne les met pas en pratique sera semblable a tin insense
qui a bali sa .maison stir le sable. La phrie est tombee, les torrents
soft venus, les vents oat souffle" et out battu cette maison. Elie est
lombee et sa route a ete granite. Les eaux du deluge ne sont pas mitre
chose qu'une inundation de rnaux et de faux dans laquelle perit la
premiC-..re Eglise, l'Egli•e adarnique.
I 1...,-umi ,6re. et teni;bres sont dcux termcs que nous employons chaque
jour cox les detournant do leur sens propre sans mere nous en flou-
ter. Nous disons : jeter de la lurniere sur tine question obscure, nous
parlous d'un siècle de lumreres, des tenebres du Moyen age, en de-
signant par ces expressions un &tat mental. Il est evident gut la lu-
miere symbolise la science, l'intelligcnce, la verite et que l'obscurite
ou les tenebres representent rignorance, la superstition, la iaussete.
Nous lisons darts In Bible : Le peuple qui marchait dans les tenehres
volt Driller tine grande lumiere et la tumiere resplendit stir cezzx qui
habitaient le pays de l'orribre de la MOTi. Je charmerai les tetzebres
en larniere. Si ton cell est sain. tout ton corps sera dans in lumiere,
mais si ton reit est man vats, tout ton corps sera dans Ws tenebres.
Gelid aid vows a appere des tenebres ci so mervellietise lurniere ; Jesus
se donne . pour 'la lumiere du monde ; ses disciples sont des enfants
de lumier e , delivres de la puissance des tenebres et, dans la Nouvelle
Jerusalem, it n'y aura plus de nuit. (Ch_ Byse„ Swedenborg. Tome IV,
p 214).
24 —

turelle sont transeendants. La Ifumiére du del est pour l'homme


spirituel ou interne ce que In lurnire du monde est pour l'hom-
me naturel ou externe_ Pour Moraine nature] Ia lurniere spi-
rituelle n'est lle tênebres. II n'y est pas sensible. C'est un
aveugle (Matti]. 15. 14. Luc 6. 39). Son plus. grand besoin est
d'être rendu attentif aux enseig- nernents de Ce,"tut dont ill nous
est dit quill est la Lurniêre et qu'en Lui it n'y a point de te-
R ebres.
Nous avons dit que l'apparition du premier rayon de lu-
miere divine marque chez l'homme le point de depart de son
ceuvre de regeneration. Dieu se.pare alors , dans son 'Arne la
lurnre're qui] appelle Jour .d'avec les teriêbres !gull denom-
me a Nuit 0. Le lecteur attentif du texte sacre ,ne manquera
pas d'être frappe de trouver sons la plume de l'auteur du
recit biblique de aa creation cette fort -mile consacree qui re-
vient six fois de suite Ainsi it y eut in soir et it y eut tin
Malin », ce iut le premier, le second__ de sixieme lour. Nous
avons dans, cette expression .une preuve de Plus A l'aPPui de
notre these. a savoir que la Parole de Dieu dit etre interpr--
tee spirituellYlement. Chiac une de n os journees co:mime n ce par
le matin et se fin it par le soir. Mais dans le domaine spirituel
l'etat du soir precède toujours celui du matin. Nous partons
toujours d'un &tat d'ignorance que symbolise rornbre du soir,
pour •roitre .tans la eonreaissance que typifie la clarte du
matin. Quand les verites spirituelies eornmencent a eclairer
notre drrne, alors vient matin etat nouveau pour ]'es-
prit. Chaque lour ou chaQue etape de la regeneration co/1st -tile
url et•t .•uperieur par rapport an precedent et ichaque &tat
aritericar se termine 'par ce qui, pour le jour sui‘rant. West
encore que le soir et la_ nuit.
Mais venons en a I'ceuvre du second jour. Elle est consa-
cree a la formation de l'etendue que nous appelons ciel on
firmament et qui dolt servir, nous dit le texte biblique, a se-
parer les eaux qui sont au - des,sus de celles qui sont au - des-
sous. Les eaux, le langage des correspondarices nous y rend
attentiis, •typifient les connaissances vraies ou fausses, au-
trernent dit les verites ou les erreurs dont se TI ourrit notre
entendement et que, rec'ele notre rnemoire. Ces verites et ces
erreurs sant de deux genres, les spirituelles et les naturelles.
Elles apparti ennent des tines au plan superleur et les autres
.

au plan interieur de notre nature car l'homme, nous rayons


25
— -, w)

etabli dans notre serie de conferences sur les problemes


d'Outre-T-ombe. est une 'Arne spirituelle revetue temporaire-
ment d'un corps materiel. Avant que se soft realisée pour lui
l'efficacite de la parole ereafrice : Que la lumiere soit
l'homi -ne, qui .ne raisonne encore que d'apres le plan natural
de son existence presente, ne pent pas discerner ces -deux
categories de connaissances. 111 ne se fie qu'au temoignage
de ses sans naturels. I1 vit, quelque bon et moral] qu'il soit,
dans ]'ignorance et rincomprehension de tout ce qui ccincerne
l'existence et les besoins .de Mais quand -une fois la
iurni O
- re a commence a percer les tenêbres de son 'mental,
quand le degre spirituel de sa nature s'est ouvert aux clor-
tes de la sagesse divine, l'homme est alors susceptible de
realiser qu'il y a en lui une region .celeste. un homme in-
terne. Cette homme interne est appele êtendue » et les con-
naissances ou les ye-rites spirituelles qu'•l s'approprie sont les
eaux cjui sont au-dessus, tandis que les connaissances ou les
verites scientifiques et natttrelles sont 'les eaux qui sont arta-
dessous de l'etendue. Le fait qu'il s'agit ici Id'une distinction
a etablir dans lc domain° ,de nos connaissances spirituelles
et naturelles nous fait envisages cette seconde etape dans
]'oeuvre de notre regeneration cc•mme devant se manifester
dans notre entendement. C'est a partir de ce moment que
rhomme a le privilege d'appreeler la superiorite des verites
spirituelles sur les verites naturelles. Dans le dornaine de
l'univers materiel, it est de toute necessite que les -images
s'616vent au-dessus de l'atTnosphi:`?..re et que, du haut de l'eten-
due. ils redescendent en pluie rafralchissante. capable de
fructivfier In .terre et de la rendre habitable. ii en est de
merne des -verites spirituelles. Revues dans d'interne nu le plan
superieur .de Ll'hornme, son dal, elles manifestent leer influence
regeneratrice sur le plan externe et inferieur de sa nature
dans le terrain .de laquelle elles peuvent .des Mors fructifier.
C'est rceuvre du troislème jour a l'occasion duquel it nous
est dit que Dieu sep:ara la terre .d'a.vec les eaux pour que (a
terre produise de l'fierbe tendre portant sernence et des ar-
bres donnani du fruit, chacun get 011 son. espêce. L'oeuvre du
-

troisierne jour, la troisierne phase de la regeneration, se ma-


nifeste .par les premieres ossibilitês de fructificati On de
1'110m -11e qui commence a beneficier des ve rites
et celestes. C'est sur le plan naturel de son existence qu'il
- 26

peut le faire tout d'abord, ,rnais encore faut-il pour vela


realise que oe plan naturel est une terre aride et seche inca-
pable par elle-m6me de faire bien dans le sens vêrlitable de
ce terme. C'est :lã ce que , cette parole du Seigneur :
Oue le sec pa•aisse L'homrne auqueil sa secheresse na-
!

tureille n'apparalt pas reste sterile an point de vue spirituel.


Un arbre sec est ,rnort. Un corps hurnain desseche est tine
mornie. D langage -du sycnbolilsnrie biblique, l'h-ornme
.

nature] est une terre s'eche in-capable de produire quoi que


ce sort de vraimen• bon. C'est une chose diffici;le a realiser
d'em-blee, car .nous noun crayons au contraire des terrains
fertiles parce que nous sommes capables de faire valoir nos
connaissances naturelles. M.ais toutes les ruvres l'homme
purernent naturel sent encore des ceuvres mortes au point
de vue divin, parce qu'elles ne •euvent rev'eti• qu'un caractere
temporaire. Et, alors rn e•rne - qu'elles sont produites da_ns-
rhomme nature-I par la fructification des verites spirituelles,
lours resultats ne sont as encore vrairnent aDpreciables. La
Parole les typifie sous I'image •de Vherbe tendre et sous °elle
des arbres portant des fruits selon lent e•pece. Les animaux
vivants ne sont pas encore a:pparus. Ces oeuvres sont encore
entachees 11 est cep•ndant utile que nous les pro-
duisions car elles nous sont un acherninernent vers •utti etat
superieur. Les pl•ntes et les animaux represntent deux gen-
res de facilites et d'activites de nos rne-ntals I. Les animaux
sont les emblemes -de nos affections et les p•antes ceux de
nos capacites •ntellectuelles.
Naas avons vu jusqu'A maintenant que la terre signifie

Le rc'gne mineral dans lequel tout est fixe, solide, lair, et qui
sent de base au regne vegetal et animal.. typifie les verites fonda-
mentales et immtiables de l'esprit, les faits acquis, les lois de la vie.
regne vdgetal superieur au precedent en ce que la vie y est
plus sensible du fait que les planter et les arbres eroissent er se
developpent, sans avoir toutefois la faculte de se mouvoir, symbo-
lise les perceptions et les connaissances precedent l'intelIi-
gence et In sagesse.
Le regne animal que caracterise in vie et la sensibilite dune ma-
niere represente les affections de iliomme, les biens
dependent du cceur et de la volonte. En general dans. les Ecritures
les animaux dornestiques figurent les bonnes et utiles affections
et les animaux sauvages les passions coupables et les mauvaises
affections.
d'hornme externe ou nature] et le firmament ou le ciel l'horn-
me interne. Nous avons vu cute d'herbe et les arbres fruitiers
que piroduit terre, correspondent a la fructification de
l'hornrne nature). Occupons-nous mainten-ant de l'hornme in-
terne. II nous est dit qu'au quatrierne jour Dieu fit deux
grands luminaires, :le soleil pour presider au our et la 'lune
pour •ecdairer la nuit. II nous est dit aussi quill fit les etudes
et qu'Ii placa ces astres dans l'etenclue du del. Les iitteralis-
tes .qui s'efforcen't de trouver dans de recut des deux premiers
chapitres de la G-enese la description biblique du processus
de Ia 'creation de •univers se trouve•t ici en presence (rune
serieuse difficulty ; car ii n'est pas admissible que Die -u alt
creê le soleil materied apres ]'apparition des plantes a 4'exis-
tence desquelles lastre du jour est indispensable. Cette diffi-
culte n'existe pas pour nous qui nous refusons de voir dans
ce recit autre chose qu'une udescrip-tion syrnbolique du proces-
su.s de la regeneration spirituelle de l'hornme.
Que devons-nous entendre par le soden. la 'lune et les ietoi-
les qui doivent embelilir le firmament, eclairer terre ou
l'hornme nature] et lui servir de siignes pour les saisons, les
lours et des annees ? D'apres les lois du symbolisrne biblique,
le nature] typifie le soleil de il'Arnour divin, tel qu'ii
se manifeste dans notre rime, dont il rechauffe 1.a volonte et
dont id &claire l'entendernent. La lune qui recoit et reilete
lurniere .du soleil symbolise la -foi qui recoit pendant le jour
sa iumiere .du soleil de I'Arnour divin et qui la fait briller
dans Ees heures sombres qui sont les nuits de Warne. L'arnour
et la foi sont, pour l'interne de l'homme, ce que la chaleur
et la 4umiere sont pour l'homme externe et naturel 1 _ Quant
aux etoiles qui sont des soleils trap eloignes pour nous reve-

' Le soleil, dans Ia Parole, est toujours le symbole de ]'Amour


divin. =, Notre Dieu, lisons-nous au Psaurne 84, est un soleil II est
le Soled de justice qui node la sante dans ses ailes n. Mai. 4. 2.
Si Ie soleil nature] 'fait verdir is terre,. gerrner les semences. gonfler
les bourgeons et croltre les fruits, le soleil du. monde spirituel fait
fleurir et fruct:ifier notre ame. II l'anime de toutes sortes d'affec-
tions. II d&veloppe et fortifie chacune de nos facult6s. S'il nous
etait donna de p(metrer par les yeux de l'esprit .clans le monde de
l'Au-deli., nous le verrions illumine et rechaufle par le. soleil divin
qui le gouverne. Swedenborg nous dit que le Seigneur apparait aux
angel cornn-Te u.n divin .soleil. Voir a ce sujet notre brochure sur
Le soleil du monde spirituel »_ La lune symbolise aussi le Sei-
gneur clans la Parole, en taut qu.'Il est ]'objet de noire fol.
ter leur forme et ileur chalcur, elles ne represe-ntent done pas
l'affection bralante du soleil ni la foi intelligente de la dune,
Trials des rayons de connaissances des choses celestes. Grace
au telescope le noirnbre des ,êtoiles visibles .depasse soixante
qUinze millions, et plus on ipen&tre par le regard dans la
volite azuree, plus on: en ,decouvre encore.. 11 en est de meine
des verites de la Parole de Dieu. Eller nous paraissaient au-
trefois asset restreintes. Mais grace a la science des cor-
respondances qui agit a eet egard corn.me un telescope spiri-
tuel, le nombre de .oes verites va se multipliant
Lorsque notre Arne est eat harmonie avec Dieu, elle beneficie
(rune multitude de petits foyers de lurniere et quard nous
lisoins la Parole de vie elle nous devlent une glorieuse vole
lactee s-pirituelle ofa brillent des -etoiles de tows degres de
splendeur et de verite .>›. L'homme ne prend vraionrient cons-
cience de sa vie spirituelle que lorsqu'il a atteint cette qua-
tri&me phase de l'ceuvre de sa regeneration_ La vie veritable
est la vie ,de -l'esprit. Aru point de vue de la Parole, l'hornme
non regenere est ttn homme mart. L'hornme vivant est celui
qui ne vit plus pour Jul et le monde, mais pour le Seigneur
et le prochain. IT parce gull est conjoint au Seigneur, le
Dieu vivant. C'est le soleil ciu divin Amour. et .de la divine -W-
rite qui anime son Rine, qui rechauffe son cceur et qui eclaire
son entendernent. Ce 'n'est plus 'par obeissance qu'il fait le hien
et qu'll croit al UX verites spirituelles. C'est parce qu'il aime
le Nen et .comprend les yerites. Sa foi est la forme de la charite
Aussi biers son activite .n'est-elle plus symbolisee par
de La verdure, des plantes et des arbres ctui sont des .creations
inanimees en ce sears du moinis qu'elles ne peuvent pas- se
niouvoir, c'est-a-dire se transporter .d'un endroit a un autre_
Son etat superieur est caracterise par l'ceuvre cinqui6rne

Au fur et a rnesure qu'ils descendent dans reelleIle des titres,


les animaux representent, dans le langage hicroglypItique de la Pa-
role. des qualites moms parfaites, des principes moires. eleves de la
nature liumaine. Le crape a toujours figure les faux principes de
l'hornme nature' ; la grcnouille a toujours et-6 l'embR.-me des raj-
sonnements fallacieux. Ces reptiles et les poissons representent, en
raison nuame de l'inf6riorite de leur gem- c de vie, les qualitC3s et
les principes de l'homme externe, ses dispositions et ses capacites
naturelles et scientifiques. Mais ces connaissances et ces aptitudes _

n'en sont Pas moms precieuses et cela d'autant plus que lthomme
régenere les fait serviir a des fins spirituelies et celestes.
jour au cours duquel apparaissent deS -animaux vivants, les
poissons, de !real]. et les oiseaux de Pair. Nous aeons dit des
eaux qu'elles symbolisent: les connaissaflees. 11 s'agit ici de
connaissances spiTituelles„ .de verites rregeneratrices, de •elles
qui -nous enrichissent de la cormaiss-ance dm Seigneur et qui
nous instruisent sur is vie a venir. Ce sort les eaux dont le
Christ a Celui qui croft en Mot, des lleuves d'eau vive
couleront de son jean 7. 38. One ces •eaux produisent
en abondance le reptile, lime vivante 'nous. dit ale texte. Le
reptile d'abord, ,cair, dans la -manifestation de la vie spiri-
tuelle, icomme dans cells de la vie naturelle, rhomme s'eléve
graduellernent start inferieur a un etat superieur. Ce n'est
pas d'embh::e qu'il se tient debout pour marcher. Les reptiles
ou les poissons de. la :rner scant les dispositions. naturelles,
intellectuelles et scientifiques rendent l'homme capable
de travainer a l'muvre du Seigneur. 11 est interessant de cons-
ta.ter cornbien facilement et avantageusement un homme re-
genC.-re peat faire valoir pour la cause du Seigneur, des ca-
pacities et ,des corunaissances qu'avant sa regeneration
-

n'aurait 'utilises que pour sa satisfaction personneille. 11 tra-


vaille dans un esprit nouveau, car it agit desormais par
amour avec sagcsse. Et plus 11 progresse dans cette nouvelle
direction plus les eaux vivifiantes de la veritie l'enrichissent
d'aptitudes nouvelles que typifient, dans le texte sacre, les
Brands poissons et puis aussi les oiseaux alies dont ii- nous
est dit que Dieu les crea selon ieurs •especes. Les oiseaux qui
se distingue-nt par racuite' de leur vue et la •aipiclite de leur
symbolisent nos pensees. qui doivent e'lles aussi s'eiever
au-d.essus du plan materiel de l'existence pour :11 -enetrer clans
les. spheres superieures du firmament spirituel_ Plus les oi-
seaux s't3levent ,duns les airs, plus s'elargit litorizon de leur
visnalite.. Plus :nous •levons nos pensees au-dessus et au-dela
des preoccupations purernent terrestres de la Vie, autrement
dit plus nous gravisson• les clines de la spiritualite, plus
aussi nous jouissons du privilege ,de rnieux voir, c'est-a- -dire
de .mieux cornprendre le but grandiose de rexistence presente
et les glorieux: apanages (.1e la vie a venir. Spirituellement
parlant„ notre acuite vistteile se cleveloppe., car, non settlement
nous discernons les agissements .de la Divine Providence dans
tout cc qui nous concerne, ce que nous .etions iiincapables de
auparavant, rnais encore nous acquerons ime Intelligence
30 —

toujours plus rationnelle des lois de l'orctre et de la sagesse


du Seigneur et cela en raison merne du ;fait cute nosIpensees
se I-nett -vent avec plus craisance at -plus d'inclination dans le
domaine des verites spirituelles. C'est lit ce qui caracCerise
le cinquHnne stage .de notre regeneration au tours duquel
la foil est encore relement primordial de notre vie religieuse.
Nous sornmes encore davantage sur le plan de l'intealligenoe
spirituelle que sur celui de l'arnour. Mais .sixieme stage
les choses changent encore. La foi intelligente n'est plus
4'616rue:int rdirecteur de la vie pour [:le Seigneur, car les affec-
tions spirituelles ont .pris naissance et ce sont elles QUi nous
g ouA,-erne n t, au tremen t chit nous rn'aii'mons plus le Seigneur
parce que nous aroyons, mals nous ,croyons parce que nous
rairnons.
Nous avons di't que des animaux ,symbolisent ,dans 'kt Pa-
role de Dieu 1,es affections (.1e l'homme u. D'une ,rna -niere asset
generals animaux domestiques symbollisent roods tonnes
affections et les anirnaux sauvages .cellos que nous devons
cornbattre. Les ours. les tigres, les renards sont souvent
sig-nes •dans rEcriture pour represemter Ia cruaute et la ruse.
de notre cr-eur natured. Le serpent typifie ale plan sensoriel de
notre etre. Le bceuf earacterise •amour des usages., iragneau
rinnocence. Le Seigneur est nornm6 I'Agneau -de Dieu, parce
gull est l'innocence mem.e. Dans le recut parabolique de 1a
creation, rhornme qui est parvenu au sixieirne Jour, c'est-a-
dire ft la sixierne phase de sa regeneration, se trou.ve dans un
etat spirituel tel que ses affections pour le Seigneur et pour
le prochain .dirigent sa vie dienfant de Dieu. Sa volonte s'har-

1 11 strait facile d'en Bonner de nombreuses preuves. A nlusieurs


reprises. le Seigneur appelle ceux qui le suiveat, Its brebis de son pa-
turage. Rsus-Christ est le bon Berger qui ies mene paitre pros des
conrants d'eau. Quand le psalniiste s'ecrie (Ps. 148. 10) : Lotzez
le Seigneur. %was, freies des champs », nous sornmes hien obligt3s
de reconnaitrc que cette invitation ate s'adresse pas a des animaux
ate sens litteral du tense, ma's aux affections de notre cceur que
ces animaux syrnbolisent. Tout le monde nous comprend quand
nous disons de quclqu'un est un lion, int tigre ors tin renard.
Jesus-Christ en parlant l'a surnornmiL, un renard (Luc 13.
32), voulant faire allusion de cette maniere au caractLre perfide et
rust do ce prince des Tuifs. Dans le: langage de In fable nous avons
conserv6 cette tnarlic,.- re symboliquc de depeindre les affections
bonncs on inauvaises du genre bun-lain. Le poL'te La Fontaine a ex-_
cello dans cc domaine.
— 31

rnonise avec celle de- son Pere celeste. II realise 1'a age et la
ressemblance de sun Createur. C'est en vue .de oe resultat
glorieux (lull est d'ailleurs venu a l'existenoe. Alors, Imais
alors settlerment, il est vraiment lie roi .de la creation sur lo-
est appelé a .dominer. Tout ce qui nous arrive au
cion.rs -de notre vie terrestre est .adTnirablement utilise par la
Divine Proioridertice pour nous .amener a reialiser cet etat spi-
rituel et celeste. L'homme n'est vrairnent hoimme , que dans. la
mesure ou fil parvi-ent a realiser l'image et Ia ressemblance
du Dieu HomTne. Dans ie sens le iplus eleve de ce mot on pent
dire que "le Seigneur send est hornme paroe qu'en. Lui se
trouvent incorporees les perfections humaines, d'une .maniere
absolue. 11 est la parfaite sagesse, le parfait amour, Ia par-
faite verite et Ia :parfaite borate Nous sornmes a son image et
selon sa ressemblance quan• notre entendement et notre vo-
Ionte sprit devenus 'les receptacles de sa sagesse et de son
amour, c'est-a-dire des deux princiPes constitutifs de sa
nature divine.
Et mainten.ant qu'itl me soil ,perrnis , d'ouvirir ici une petite
parenthese, necessaire, semble-t-id, a la parfaite compTehension
de notre recit. Le ter.rne hetertau employe , dans le premier
chapitre d.e fa Genese est a Adam )›, lequel designe aussi bier
l'homme, c'est-à-dire rare rnasculin, que ,f•mme (Mensch,
en allem.and). 14 ne ,s'agit clone pas dans ce premier chapitre
de l'homm-e, abstraction faite de la femme, ,comme on ['a cru
quelquefois, •arce qu'au cihapitre deuxieme, 11 est fait men-
tion de Ia creation de la femme. Cette , erre•r .d'interpretatiion
provient de ce que -nous ne possedons pas en francais de
terme special pour designer en un seul .mot l'homme et la
femme. L'expression biblique : . Faisorts thontrne a notre
image et d'apres notre ressemblance design done 1 1-etre
hurnain sans distinction de sexe. Elle ne s'appilique pas. non
plus a la formation de la race humaine, rnais a sa nouvelle
creation, c'est-a-dre a sa regeneration spirituelle. Nous ne
sommes pas .des hoimmes avant .d'avoir passe par cette rege-
neration, car •nous sommes rem:phis de dispositions animales,
qui . si nous .ne les dominons pas, nous ravalent et nous main-
.

tiennent au niveau de brute. C-e n'est que dans la mesure


oft 71011S nous aPprochons de Dieu et que, interieurement, nous
devenons cornme Lui, a son image .et sed•cm sa ressemblanc.e,
que nous pouvons refrener et domineer les instincts inferieurs
32

de notre nature. ce que 'nous devons entendre par ces pa-


roles : « Faisons l'homme a notre image et selon noire ressem-
Nance et gait. domine sur les poissons de la mei -, sur (es
obseau.x du del, sur le bet ril, stir Mute la terre et stir torts le.s
reptiles ant rampent stir la terre ›).
En -maniere de resume nous disons done que Dieu nous a
danne„ dans le premier chapitre de la Genese, tine charte qui
pent nous guider a travers ohacune des differentes etapes
de •notre regeneration. Les six lours .de la creation sont des
etats graduellernent superieurs de la vie spirituelle et celeste.
Que dans sens interne de la Parole les lours soient des et•ts,
test Bien ce que nous confirment d'ailleurs tin grand ncimbre
de passages des Ecritures. Vous etes tons, Paul aux Thes-
saloniciens (1 Thess. 5. 5) des enfants dit jour. Notts rte som-
Ines point de la nuit. ot Le Jour de Ghriist le Jour du Sei-
gneur a le Jour du Salut . sent des •ermes bibliques ,corn-
mans pour designer les etats de l'Eglise et de rhornme
En six join's, ri_.'petons-nous., quand nous lisons les pa-
roles du decalogue, feliova a ere les cleux et la terre et tout
ice qui est en eux et F. s'est reps le septiêtne lour *. Le repos
dont ii est ici question est celui qui 'marque le but de notre
regeneration, l'etat de paix qui resulte du fait que tout en
nous ,est conforme A l'Esprit du Seigneur. C'est Ee sabbat
de ramie.

GUSTAVE
REGAMEY
33 —

L'allegorie du Jardin d'Eden

Darts un liangage symboolique dont nous pouvuns compren-


dre la signification, pour p•u que nous soyons rendus attentifs
a la science .des correspondances qui relient monde spirituel
au monde nature% 'le texte biblique du premier chaoitre de la
Genese renferme, •vons-nous dit dans notre conference pre-
cedente, un .double enseignement parabolique. L'Ivilstoire de la
creation idu monde en six jours figure tout d'abord celle de
la regeneration des Preadamites qui sont devenus Adamites
en s'elevant •'un etat inferieur de naturalisrne a un etat supe-
rieur de volonte ct de sagesse. Mais, avons-nous ajoute, la
Bible est un Vivre dont les enseignements rópondent aux be-
soins spirituels de toutes les epoques, et, comme en style di-
vin l'univers exterieur est le symbole de ce petit univers inte-
rieur qui s'aPpelile l'ame humaine, le Itch panabolique de la
creation a pour objet egalement de nous entretenir de la res-
taupation sprituelle et celeste de rintelligence et de la volonte
de I'hounne, autrement .dit de sa regeneration personnelle,
sa nouvelle naissance, de sa nouvelle creation. I,es hommes
sont faits a nil-nage et a la ressembliance de Dieu •orsqu'ils de-
viennent par lettr volonte ct par Ileur entendernent les recep-
tacles de .ramour et ,de la sagesse supremes. Its ne sont vrai-
ment liommes qu'it cette condition indispensable. Alors, mais
alors seulement, lour conjunction avec Ie Seigneur s'exprime
par un etat de .paix inferieure et .de repos de Fiume, que, nine
maniere imagee, le texte biblique appelle le sabbat du sep-
tieme jour. C'est la surtout ce que nous nous sommes eff or-

1 Les nombres, dans le SeT1S interne de la Parole, n'expriment pas


des quantites, rnais des qualites on des :tats spirituels, et, A ce point
do vue, leur signification est fort interessante A connaitre. Envisagee
quantitativernent ils paraissent quelquefois arbitraires. Pourquoi,
pour ne citer que quelques exernples, l'u.:uvre de la creation nous est-
elle presentee cornnie ayant ete effectuee en six jours ? Pourquoi
nous est-il recommande .de travailler six jours et de nous reposer le
scptiemc ? Pourquoi Josue recut-il l'ordre de faire six fois le tour
de ,Jericho avec son arrnde avant que les murailles de la ville s'ecrou-
lent ? Pourquoi le nornbre sent est - il si freancitunent employe dans les
Ecritures ? Pour ][:.• savoir it Sll.ffit de connaitre la signification spi-
34 —

ce de dernontrer dans notre etude sur Ia Parabole de la Crea-


tion. Cet enseignernent est de nature a nous faciliter graude-
went la comprehension de l'allegorie du Jardzin d'Eden dont
nous avons A nous entretenir ,ensemble maintencint.
Le second citapitre de la Genese est sans contredit l'un des
Pius importants de l'Ecriture salute, car, suivant la maniere
dont nous l'envisageons, nous sommes h meme de nous faire
une 'Mee juste ou fausse de quelques-uns des principaux enlsei-
gnement5 qui sont a la base de la doctrine chretienne, entre au-
tres ceux de l'origine du mail, de la gravite du peche et de la
redemption (ail necessite.
Bon nombre de chretiens, voire des theologiens de valeur,
incapables de conctlier le tableau de Fetal priruitif de l'huma-
!lite, tel cpl'il ressort de notre recit, avec les faits de l'ilistoire
et les donnees de Ia science, !font vu dans la description bi-
blique du Jardin d'Eden et dans les experiences douloureuses
qu'y firem nos premiers parents. qu'un tentative toute Romaine
d'expliquer 'Introduction du mal taut physique que moral dans
le monde. Solon eux, le d6veloppement de l'humanite a suivi
consta'mment une trrtarche ascendante et ce que la Bible noes
presente comrne tine chute me peut avoir erte CT1 definitive
qu'un incontestable progfres.
Nous examinerons ensemble si les faits confirment cette Oleo-
rie et si l'etat fetichiste et harhare des peoples sat:vages, que
l'on identifie avec iflertat primitil de l'humanite n'est pas au con-
traire, comme le fait comprendre l'Ec•iture sons le couvert d'un
recit symbolique. le =resultat crune decadence et de La perte d'un

rituelle cle ces chiffres. Le nombre six ex -prime le travail, l'effort, Ia


C'est la raison pour laquelle II earactdrise l'wuvre de In -rege-
neration, c'est-A-dire de is nouvelle creation. Le nombre sept, par
centre, marque un etat de sanctification. Le septieme jour signifie
done un -etat de saintete. 11 signifie aussi hi plenitude et hi perfec-
tion snit dans le seas divin, spit dans le setts oppose. Les sept 1-iglises
d'Asie signifient l'Eglise c.hretictine toute entiere. II est facile de corn-
prendre, a Ia lurniere de ce point de vue, la signification des sept
esprits do l'Apoealypse, des sept chandeliers Tor, des sept
des sept lames, des sept seeaux, des sept couronnes, des sept tinges,
des sept fleaux, des sept tonnerres„ des Sept. montagnes et des sept
rois. On comprend egadement pourquoi le Seigneur se choisit soixante-
dix disciples qu'll envova deux a deux preelier rEvangile dans les
lieux oft 11 devait passer (Luc 10. 1). On comprend aussi pourquoi le
chretien est appele par le Seigneur a pardonner a son frere septante
fois sept fois, Cest-a-dire (rune maniere absolument parfaite.
— 35 —

etat prirnitif die paix et de felicite decoulant -tout naturellement


pour rhornme de sa conjonction avec Dieu.
Les difficultes qu'a soulevees l'inte-npretation litterale de ce
second chapitre de .1a Genese sont considerabiles. La situation
du jardin d'Eden a fait robjet de beaucoup de reeherches. La
formation de la femme que Dieu tira d'une des cotes d'Adain
pendant son sommeill, proceide si e,-onrtraire aux dois et aux me-
thodes_divines de creation telles que la nature nous les a reve-
lees, la description si iparticulie'rernent arange des arbres de ce
jardin et surtout lie recit des evenements extraordinaferes qui
s'y scent deroules, heurtent si fort le bon sens, lequel a pour-
tant son imot a dire en matiere •d'interpretation idu texte sacire,
que des lecteurs en grand norni-pre, et par aildeurs Bien dispo-
ses. n'ont pas •eru pouvoir s'edifier d'enseignements en appa-
rence drr -moms au.ssi fantaisistes. News n'avons pas lieu de
nous en Gtonner. Ce qui nous surprend, au contraire, c'est que,
de nos jours encore, des chretiens s'efforcent de nous downer
de ce recit, cornme d'aillcurs des onze premiers chapitres de
la Genese, une interpretation litteraliste.
Notts clisons, pour ce qui nous cuncerne, que ce recit est
symbolique et que, sous le convert de l'allegoirie, ce jardin de
Dieu, fertilise par -des earux abondautes et produisant des fruits
de toute espece, est l'embleme de la vie de felicite inferieure
que Dieu a 'accordee a l'huntanite dans son etat d'innocence
primitive. Mais IIc West par ropinion par exempile des. auteurs
de la Bible annotee, lest- te-1s nous certifient que, dans ce cas,
rauteur bibliique ri'aurait pas indique, coomme traversant on
contournant ce jardin, -deux fleuves -dont les norms etaient sans
doute connus de ses lecteurs, l'EttphErate et le Tigre. D'ailleurs,
ajoutent ces commentaires, si nous admettons •unite de la
race hiumaine comme un fait contate, taut bien que le pre-
mier couple d'ofii l'Imtnanite est provenue att eu quelque part
une habitation reelle, oil 61 a foul de la •protection divine et ou
it a t rouve facilement les ntoyens de satisfaire tux necessites
de son iexistence ,›. 11 faut done, no-us dit-on, cliercher l'empla-
cement .du Ja rdin d'Eden dans da region du Tigre et de !'Eu-
phrate. Pliusieurs out era le trouver dans des envfiTons de la
source de ces deux fleuves, suer le plateau armenien, non loin
de la ville actuelle d'Erzerourn. Les sources du Tigre et de
l'Euphirate y sont situees a deux pas l'une de l'autre, et
-dans la Mame contree nraissent deux autres fleuves, le Kour et
l'Arax, qui se reunissent avant de se jeter ,dans Ia Tneir Cas-
pienne. Maiis bien des objections s'eleN.Tent contre cette hypo-
these, car, maigre leur proxirmite, !.es sources de ces Heaves
sont separees par des montagnes asset elevees, tandis que
d'aprês le texte biblique ilitteralement interpréte, les quatre
flew es du Jardiri d'Eden deva1ent pirovenir (rune settle source,
c'est-a-drze d'un seal fleuve divise en quatre bras.
Luther qui croyait que J.ardin d'Eden etait hien situe dans
cette contree, explique que le Mame en la change la configu-
ration. Mats l'auteuir ,recit biblique ne parle d'un passe
qui n'existe ;plus ; a la pretentio• au contraire de (le-care ce
qui exisl► encore.
D'aucuns ont essaye de sitter le Jardin d'Eden pros de Perri-
bottelture des •deux fleuves trnesopotamie.ns, idans le golfe per-
sique et non pas a leurs sources. Calvin et plusieurs antres
savants acres ont vu .dans le fleuve unique I e Schat-el-
Arab et dans les quatre bras en question, :l'Euphrate et le Tigre.,
qui se reunlssent pow le former et deux embouchures par °les-
quelles ii se deverse darns la iner.
line hypothese, beaucoup plus probable, toujours d'a-
pres la Bible atinotee, a éte presentee par Delitsch. Ce ne se-
rait pas a la source, pas Altus d'ailleurs qu'A l'ernbouchure du
Tigre et de l'Euplirate, .dans leur cours ;moyen qu'il fau-
(trait fixer le jardin d'Eden. Vets le milieu de la grande
plains ces -deux fleuves se ra.pproohent a itel point ne reste
plus guere entre eux qu'un,espace de septa huit ilieues. C'est
qu'est aujourd'hui la ville .de Bagdad. Un peu au-dessous se
trcuvait Babylone. Les anciens nous ant lai ►sse de reette contree
des descriptions ravissantes. Un fait .digne de Ternarque,
ajoute-t-on, c'est que le nom le ,pilus lane-len de Babykine, « Tin-
tara signifie «.bosquet de la vie >. La fertilite du pays est
due a tout run sYsteme dIrrigation provenant de l'Euphrate. La
contree aurairt autrefois poste le nom d' Edin qui, en assy-
-izn signifie piaine. Les .hebreux l'auraient modifie « Eden
mot qui, .darks leer langue, signifie dellees L'Euphrate se-
rait done le fleuve sortant •du •ardin. Qua/it aux quatre bras, il
faudrait les envis.ager commie quatre branches de l'Emphrate,
entre autres 'deux eanaux dont on trouve des traces. Et quant -
au Tigre, a certains points de vue,. ii est bien uii bras de l'Ett-
plirate car it recoit par des canaux Time Partie des eaux de ce
fleuve. Ll se pounrait ,1716111e, suivaut l'opinion •'un savant de
— 37 —

Prague, cute rEuiphrate et le Tigre anent ete remits autrefois


pour ne former qu'un soul Bettye au-dessus de Bagdad et pour
se se.parer a nouveau un peu plus loin.
A vrai dire ce ne sont la clue des hypotheses qui ne meritent
pas metne qu'on les refute. Le simple fait qu'elles se contredi-
serrt les tines les a.utres vient d'aineurs a l'appui de notre ma-
niere de VOLT. Il ne fault pas ,thereher quelque pant en Mesopo-
tamie ou ailleuirs Jardin d'Eden, pour la raison mien simple
que ce iardin ne dolt pas titre envisage comme .un endroit, mats
comme urn etat d'ame de la premiere -humanite, l'etat d'arnour
celeste et d'intelliigence spirituelle, l'etat d'innocence et de paix
sereine des hommes -de l'epoqiie de rage d'or.
Oneis sont les arguments que nous. pouvons faire valvoir en
faveur de notre these ? Disons tout .d'abord qu'un grand nom-
bre de documents prehistoriques nous parlent d'un jar din pa-
radisiaque qui dolt avoir -etc le berceau d'une premibre hurna-
nite. Les livres .sacres des Chinois pretendent (111'2u sommet
du moat Kouatilun, ;pros de la Porte -du ciel, se trouvait tin
12-trdin avec une fontaine, la fontaine de l'immontalite, d'oft par-
taient quatre fleuves. Les livres nacres des Perses tiennent un.
Iangage sernblable. Ce jardin, d'ap.res eux, eta-it tin lieu de de-
iices linfiniment plus beau que quoi que ce soit d'autre sur la
terre. 11 renfermait rarbre .de la vie pres de la fontaine de
rimmortaIite, ma's it a ete dietruit par un serpent monstru:eux.
La litterature- sect& des Hindons parile egalernent d'une mon-
tagtie si &levee qu'elle touchait le ciel. Cette montagne, la
Ste Metro°, importante masse de gloire, etait inaccessible a
l'ho'mme impur. La mythologic grecque nous Merit rarbre attx
p or-times o r d z j a rdin des He sp eride s
L'arbre de la vie, d-ont •l est parle ,dans la description bibli-
que du Jardin d'Eden, sernble avoiT ete tres souvent represente
sur des cylifidres et des tablettes d'Assyrie et de Babylonie.
Par contre, l'arbre de la connItissaince .du biers et du mal ne se
retrouve nulle part dans les traditions des peuples a.nciens, sauf
peitt-eitre sur tine figure babylonienne qui -le represente avec
tin llomme et une femme assis a ses pieds. Ces deux person-
nages tendent 4a Main viers ses fruits et un serpent se tient
debout sum sa queue, derriere la femme.
- routes ces descriptions. puisees dans les documents sacres
des plus ancients peuples de la terre, sont allegoriQUOS. Flies
datent d'une époque ancienne, au cours de laquelle on s'ex-
— 38

primait d'une maniere iniagee et syrnbu4ique. Ce sont des re-


miniscences d'un age plus ancien encore, age de bie-n-etre et
de felicite resultant, pour l'humanite qui l'a vecu, de son etat
de conjonction avec Dieu, le ciel et le monde spirituel. La plu-
part des mythologies nous on.t conserve le souvenir de oet
age heureux, rage d'or du genre humain. Emmanuel Sweden-
borg l'appelle rage de la Tres Ancienne Eglise ou l'Eglise
Adamique. Nous en reparlerons d'une maniere plus detainee
dans irne conference subsequente. nous suffise, pour le
present, en comparant toutes ces descriptions d'un jardin pa-
radisiaque, berueau d'une premiere hurnanite, avec les ensei-
gnements symbolliques du second chapitre de la Genese. de
conclure a leur origine ou a leur source commune Nous com-
prendrons alors que, sous le oouvert de l'allegorie, avec des
divergences qu'expiique le fait que ces reminiscences datent
d'une epoque ou recriture n'etait pas encore connue et au
cours de laquelle la decheance de l'humanite avant deja fausse
]'intelligence et corrompu le .cceur des habitants de la terre, Piles
font allusion non as a un jardin au sens littera] de ce terme,
mais a un etat de felicite parfaite de Fame. N'est-il pas d'ail-
leurs tout nature! de concevolT que Dieu a rnis l'hurnanite pri-
mitive au benefice de toutes les writes spi•ituelles alors neces-
saires a son bonheur ? Et qu'est-ce qui pourrait nous empecher
de .croire qu'elle a realise ce honheur aussi longternps, qu'elle
est restee affeoti<mnee aux lois de l'amour et de la sagesse du
Seigneur ? Les maidens ont conserve par tra.clition et sans
do-utc aussi par revelation le souvenir de cet age heureux. Its
font ensuite deer-it en un langage symbolique et image, le lan-
gage ,des anciens peuples de .l'Orient, le langage des correspon-
dances. II suffit, pour s'en oonvaincre, de comprendre que la
creation exteri•ure n'est que i'incorporation materielle, l'en-
veloppe de lra creation linterieure et spirituelle et que, par con-
sequent, claque objet de la nature concrete symbolise un sen-
timent de l'arne on une pensée de l'esprit. Les hommes de
rage ,d'or pc.)ssedaient, en raison de leur etat primitif d'amour
pour le Seigneur et pour le Tyrocitain, la perception intuitive
des relations qui existent entre les objets naturels et les affec-
tions ou les idees spirituelles qu'ils symbolisent. Aussi Bien se
' Voir notre conference sur l'Ancienne Parole qui a precede la
Parole de l'Ancien Testament. En vente dans nos Agences de Publi-
cations.
— 39 ---

servaient-ils de termes et d'objet concrets pour designer les


enseignementis divins. La Parole de Dieu, comme la plupart des
documents sacres des plus anoiens peuoles de illOrient, a ete
ecnite .dans ce liangage symbollique. Die exprime de la sorte
des vetrites profondes qui doivent servir a notre edification
spirituelle et .celeste. En Vinterpretant -d'apre.s ce oninciPe elle
s'illumdne d'ttne clarte merveilleuse et nous y decouvrons, ca-
ches sous le voile de la lettre, des tresors de richesses spi-
rituelles dont Ae lecteur superficiel ne peut se faire aucune
idee.
Cela .dit, voyons imaint 011 Elltlit ensemble qruelques-uns des en-
seignements qu'a. 1.ttmiere de -la science des correspondances
nous Iprouvons retirer -de l'allegorie du Jardin d'Eden.
Notts nous son-Imes déjà pTor•once sur lo signification et la
nature de ce jardin ,dans .lequel, aeons-sous dit, i1 ne faut pas
voir un site terrestre quelconque, mais iun &tat .d'am'e, etat de
bon:hear que nous pouvons, de nos lours encore, realiser dans
une fliesure qui depend .de notre ,degre de conjonction avec le
Seigneur, car, •'apre,s le syinbolisme biblique, !'Orient, c'est le
Seigneur. Nous regardon.s vers ]'Onient quand nous -desirous
vivre en .conjonction avec he Divin. L'aspiration des Adamiques
etait concentree -sur 4e Seigneur. Leur sagesse fat plantee en
Orient', Cost-à-dire dans un ,retat .d'amour pour Dieu.
Cette sagesse deeoulait pour eux corrume Tun fleuve, 'image
que nous rotrouivons dans l'Apocalypse oil nous est parlé
du fleuve d'eau-wive qui sort amt du trône de Dieu et de
l'Agneau (22. 1). Le fleuve du Jardin •'Eden est 1e merne que
celui de la Nouvelle Jerusalem. C'est le fleuve de la sagesse

' Les quatre points cardinaux out tine signification spirituelle. Les
peuples de Vantiquite en tenaient compte p.pur leurs ceremonies, et
!'Orient etait a leur yeux le point le plus sacre. Its se tournaient de
cc ceité-IA pour leur culte... Nous aeons conserve la coutume de
bestir les Eglises de maniere a ce que les auditeurs soient tournes vers
!'Orient. Chez les flebreux„ an contraire, la Porte du sanctuaire etait
a !'Orient comme pour laisser entrer les rayons du soleil levant.
Dans he ciel, dit Swedenborg, anges ont toujours devant eux le
Seigneur revetu de •la gloire du Soleil spirituel... IA oil ils le voient se
trouve pour eux I'Oricnt. Ii nous est dit du Seigneur tc Le Soleil levant
nous a visites d'en-haut D. Des mages d'Orieiit N., inrent adorer !'enfant
Jesus. L'Apocalypse tnentionne un ange qui montait du cote du
soleil levant et qui tenait he sceau du Dieu vivant. Ch. Byse : Swe-
denborg, tonic IV, p. 245. Dans tous ces passages it faut interpreter
le mot o orient D dans son sens symbolique.
— 40 —

Divine, de la Divine Write que irinflux du Seigneur genere


dans le cceur ou volonte de l'homnie, c'est-a-dire dans
l'intime ;de .son titre pour vivifier ensuite son intelligence

Il nous est .dit de ce fleuve qu'il se partageait en quatre bras


pour arroser quatre ;pays Havila:h, l'Assyrie et le
pays de l'Euphrate. Ces quatre pays symbolisent quatre re-
gions spirituelles ou quatre la.cultes de Vesprit humain la
volonte ou l'arno.ur, l'entendement on le ratio-
nalite et la irn&rrioire. S'il nous est dit idu premier bras de ce
fleuve arrosait la .contree d'Havilah ou .se trouve de l'or
Qui est bon, c'est qu'Havilah est le pays de d'amour celeste
dont l'or est le symbale dans la Parole de. Dieu. Les Adarnites
etaient affeetifs et celestes de mature. Le nom -de ice fleuve,
Pischon„ signifie en langue .hebraique <.< qui collie en ahon-
dance ,) expression qui earaoterise pre-cisernent richesse
de la .sagesse dont beneficiaient les hommes de l'itge d'or. Le
bdelliurn on la perle, Vonyx ou le rubis x qui se rtrouvaient sur
le parcours de ce fleuve, fligurent les sautes et preeieuses
verites .qui sont (le p.artage de l'homme qui vit dans urn kat
d'amour pour Dieu.
Poor comprendre le syrnbolisme des: regions arrosêes par
les trois autrets .fleuves, it taut avoir et 6
- Tendu attentif au .fait
que les noms .de pays dont 14 nous est pane dans la Parole ont

Ces correspondances ne sont point arbitraires, nous l'avons main-


tes lois fait rcmarquer. Partout, dans l'Ecriture, la pierre est
l'embiCynie des faits solider et. par suite, des ve-rites sur lesquelles
nous pouvons edifier notre foi. Les pierres preeieuses sont les
symboles des writes spirituelles. Elles oat tontes une signification
particuliêre, aussi bien celles du pectoral du souverain sacrificateur
(Ex. 28 : 15-20) que celles qui dans l'Apocalypse ornent les fonde-
nients de la Nouvelle Jerusalem (21 : 19-20).
11 en est de môme des noms de pays et de vines. Quand nous pen-
sons de nos lours a certains pays, cc n'est pas lant leer configuration
que nous avows dans l'esprit, mais bien plut5t le earaete're special
de ses habitants. Canaan, la Terre Sainte, typifie la vie celeste de
la veritable snirittialite. L'Egypte Tepresente la science, le savoir de
l'hornme naturel. L'esclavagc des IsraOlites en Egypte symbolise la
domination de l'homme naturel dont on dolt s'affrancliirr en passant
par le desert des tentations et en traversant le Jourdain de la regéne-
•ration qui nous met en possession du pays de is promesse, de la
Canaan celeste. c'est-- d ire cie l'etat .d'amour et de sagesse spirituelle.
41 —

taus, eux aussti, 1.1111e 'Signification spiritu011e. Cusch oiu l'Ethio-


pie qu'arrose ile second fleuve nomme Guihon, ce qui signifie
valtee de grfice ›>, correspond a l'intelligence c'est-à-dire á
la connaissance de rumour et de la foi. Aschur ott l'Assyrie
figure les facilites rationnelles. Le pays qu'acroisait l'Eu-
phrate repTesente Ia science de la .memoire (A. C. 120).
Le syrnbolisme des quatre fleuves nous .etant Tnaintenant
connu, etudions encore briëvement celusi des 'arbres de ce
jardin. Sri comme nous le croyons, le Jardin d'Eden est ua
,

etat dame. l'etat Warne des homilies de rage •d'or, con-uric


doit titre aussi celuli des chretiens I -eget-let-és par le Seigneur,
les arbres en sont description ► crnagee. Remarquons tout
diabord a propos cle l'arbre de la Vie, que cette .appellation
nest pas exacte, car le mot hebreux << hach•yem rendu
par le mot vie es-t au duel, u-n cas qui n'existe pas en fra -n-
gals et qui sert a -marquer la dualite. Ce serait done plus
conforme au texte original de diire l'arbre des deux vies D.
Que represents cet arbre dont it nous est ,dit que Dieu le fit
pousser au milieu du jardin? Les arbres en general, nous
l'a_vons vu a •ropos de l'ceuvre dtt troisi&me Jour de la crea-
sion, syrnbollsent les perceptions et les ,connaissances
procêde la sagesse. L'Arbre des deux Vies ( 1) nest done pas
autre chose que le double influx .qui vient du Seigneur, source
unique de 'la vie, et qui permet a •QUiCOrT1Q11C en be'neficie de
percevolir (') le bien et le vrai. Cette .sainte influence, dans
sri double manifestation d'amour et de verite est la source de
toutes les joies du •iel. C'est celle croft proviennent les doc-
trines de Ala Nouvelle Eglise du Seigneur, appelee l'Eglise de
la Nouvelle Jerusalem et c'est la raison pour .1!aCillelle
le livre de l'Apocalypse qui decnit cette Eglise sous l'irnage
dune mille nous dit « Au milieu ,de la place de la vine, et

1 L'Arbre tie Vie plante au milieu du Jardin d'Eden, signiiie

l'amour avec.: la foi qui en provient, et aussi la misericorde du Sei-


gneur de qui proc&le tout amour et toute foi, par consequent toute
vie Ch. Byse. Swedenborg, tome IV. p. 259.
On ignore aujourd'hui ce quest la perception. dit Swedenborg,
et it expiique en quoi elle coinsiste. C'est one sensation interne, qui,
venartt do Seigneur uniquement, indique si tcilc chose est conforrne
au vrai et an bien ; elle etat habituelle dans Ia Tres Ancienne Eglise,
chez les hotnmes celestes. Chez les an.ges elle se manifeste a on tres
-- 4 2 --

sur lies bords du fleuve etait l'Arbre de Vie qui porte douze
sortes de .fruits, rendant son fruit chaque (AS, et les feuil'les
de cet arbre etaient pour la guerison des nations (-') Apoc.
22. 2.
L'Arbre de la connaissance du Bien et du Mal ( 3) inthque

Haut degre ; car ils connaissent par elle ce qui est biers et ce qui est
vrai, ce qui vient du Seigneur et ce qui vient d'eux-mernes, et. si
quelqu'un s'approche d'eux, ils savent ce qu'il est a sa seule vue et a
Pinspection (rune seule de ses idees. L'homme spirituel n'a aucune
perception mais seulement la conscience ; l'homme naturel n'a pas
memo 1;1 conscience La perception ressemble done a cc qu'on appelle
a present l'intuition, mais elle me parait la clepasser en profondeur
et en certitude. Ch. Byse. Idem. p. 261.
Douze signifie la plenitude. Voir sur les nornbres page 33,110h: 1 1.
2 Les graces celestes que l'Arbre de Vie nous communique uonr 'les
(tats divers de notre regeneration sont <‹ les douze sortes de fruits
qu'il porte: Sur ses saintes branches croissent les marques de patience
dans les moments crafflietion„ de reconnaissance dans les saisons de
prosperite. de confiance et de courage dans toms les orages de la vie,
de charite, de justice, de bienveillance dans in vie journaliere, d'es-
perance d'un monde meilleur, qui. tortes semblahles a des joyaux
inestimables, scintillent dans chaque fruit d'or de cet arbre divin,
dont les feuilles sent les verities pour is g.nerison des nations. Bailey :
Doctrine de Swedenborg. Traci. par Mine Ellen Wolff, p. 36.
" L'Arbre de Ia connaissance du Bien et du Mal signifie la foi sen-
sorielle„ In foi qui reste affaire de science on de memoire. Parc.onse-
qu-ent l'intcrdiction de manger de son fruit, sous peine de mort. don-
nait A entendre clue les hommes tie devaient as essayer de penetrer
par la raison riaturelle les choses spirituelles et celestes, et que, s'ils
•ntraient dans cette vole, its perdraient Ia vie superieure dont ils
avaient joui jusqu'alors. Its n'ont malheureusernent pas term compte
de cette defense et in menace divine s'est realisee. C'est cette devia-
tion morale do l'humanite que nous appelons la chute. Le nom meme
donne a cet arbre nous fait cornprendre ne s'agit pas d'•n arbre
materiel. Un arbre de la connaissance dolt porter du fruit spirituel nu
mental. Ce West ni tin pommier, ni tin °ranger. ni titt fignier, mais
Ovidernment tin arbre ideal, ce qu'un arbre reel no petit one sym-
botiser.
Pourtant Diderot, considerant comma considerable l'interpretation
litteraliste du recit de la chute a tourne en ridicule cette belle page de
la Genese, en disant : Pour tine pomme, le Dieu des chretiens a peni
toute la race humaine et fait mourir son propre fils. Cela prouve quo
Dieu est tin pore qui s'occupe beaucoup de ses pommel et s'inquiete
fort peu de ses enfants.. Est-il possible d'être plus superficial ? On
attendrait une objection plus serieuse de la part d'un Encyclopediste I
Ch. Byse. Op. cit. p. 260.
— 43 —

legalernent mr ótat spirituel. Ce West dome point un arbre na-


turel. « La .connaissance du cote externe des chases, dit
Hamann, ;peut etre appelee connaissance du lien et du mat ;
en ,effort, ramour de ce cote externe 'des chases, a rexclusion
des verites internes et superieures qui en constituent
est Camour .du ,monde qui, avec l'amour .de soi-meme, est rod-
gine du mai. L'esprit du bien n'exclut pas ramour de s'instruire
des vet-Res die fait, dites externes, naturelles ou scientifiques,
Ili, a plus forte raison, l'amour plus eleve des verites internes
qui (torment la vie a .des chases externes. II en resulte que la
connaissance du cote externe des chases est utile, Bien que
pour elle-rneme, , elle ne porte pas sur la veritó reelle. Cette
connaissance peut titre figuree par un arbre qui ia ses usages
dans :le jardin 'de la sagesse, mois son fruit ne .doit pas servir
de nourriture a notre carps spirituel parce que les verites
scientifiques et naturelies qu'il nous afire ne doivent servir
qu'a confirmer les verites superieures 'et interieures, 'fligurees
par l'Arbre des Vies, lesquelles sont les verges du sens interne
de la Parole. C'est pourquoi cet Arbre de la Science idoit res-
ter place non pas au centre du jardin comme l'Arbre .des Vies,
mais sur sa circartference .au sur ses cotes exterieurs)›.
iii nous reste a .êtudier encore avant de terminer, quelques
particularites du, second chapitre de la Genese. Le lecteur
attentif du texte bibli.que West pas :sans remarquer que ce
second chapitre 'semble nous Bonner une deuxienie et nouvelle
version de la creation. La crilbique sacree -s' en est oecupee
et, par la plume autorisee de plusieurs theologiens erudits,
affirme que ce second chapitre emane .d'une ..autre source
que le premier. Le Plentateuque tout entier, dit-elle, -West
qu'une compilation de plusieurs anciens documents sacres
de caractLires differents, facile:ment reconnaissables par le
style et par quelques expressions particulieres. C'est ainsi que
pour designer Dieu, le premier cliapritre de la C'enese emploie
le mot « Elohim » tandis que le second se sert de rexpression
Yahve Elohiim. Nous n'avons, pour ce qui nous concerne,
aucune objection a reconnoitre que les livres du Pentateuque
sont formes de deux att trois Imermoires sondes ensemble, car
a nos ycux cette , constatation ne diminue en rien
divine de la Parole de Dieu. Nous crayons au contraire que
eetrte .compilation de documents differents a .eté sagement
dirigee par lo Divine Providence du Seigneur, afin que le texte
— 44 --

sacre puisse repondre a des buts dont le lecteur superficiel


ne saisira -poeut-titre que fres diffioilement la realite, trials dont
le chretien, CPA trouve son plaisir a yonder les Ecrirtures, dis-
cernera progressivement merveilleuse sagesse au fur et
mesure qu'•l otrvriira les yeux de son entendement aux clartes
spirituelle•s et celestes de Ia Parole. A .ce point de vue, peu
noes importe que 'le Peintateuque soit l'cetivre d'un ou de plu-
sieurs auteurs, le travail d'un ou de plusieurs compilateurs.
Nous savons que tel qu'il est, bel i1 devaiit etre, et que c'est
intentionnellernent que I'Etre .diivin est ,appe16 Jehovah Dieu
(Yaltve Elohini) dans le second chapitre -de la GC taudis
est appele simplement Dieu (Elohim) dans lie premier
recut de lla Creation. Ces .deux norns ne sent jamais employes
indifferemment Fun pour 1'autre. Le nom .de Yahve, Jehovah,
que nos verslions francaLses de la Bible traduisent par le Sei-
gneur et plus souvent encore l'Eternel, exprime le Prin-
cipe le plus interieur .de "'Etre c'est-a-dire ('Amour. Le
nom d'Elohifm, Dieu, exprirne son princiipe exterieur, celtri qui
se manifeste dans les lois et les couvres de so sagesse. Et ces
deux nouns juxtaposes designent ensemble les deux Prin.ciPes
essentiels et coristi:tutifs de Ia Diviinite, ll'Amour et la Write,
le Bien et le Vrai. Le premier ehapitre de IL., Genese nous
parle .de la regeneration, c'est-a-dire de In creation spirituelle
de rame ,hurnaine. .de 'Fame qui a 1)esoin du Dieu de Write,
d'Elohim pour Ia oanduire et la fortifier. ll va sans , dire que
le divtin Amour habite tofujou•s clans la divine Write qu'Il ins-
pire, mains l'homme, dans le degre . spirituel de sa •egeneration,
- ;Ceti a pas ,conscience ; la divine Write Lui suffit. Par con tre,
des parviient a •'etat celeste, un grand changement •'et-
fectue en •1u4 ; c'est ka bonte maintenant qui Ifni inspire ses
pensees. Ce n'est pas ,que l'hornme .celeste apprecie mains Ia
verite que .I'homjme spirituel, mais it affeetionne davantage en-
-

core La bont•, l'amour celeste. I1 ne discute plus autant la


v(.., rite, car son grand soin est de Ia imettre en pratique. Les
lois de -la justice eternelle ne sent Plus les sujets de son rai-
sonnement, elles sant ecrites dans son •ceur ; 4 est main-
tenant en paix et n'• plus qu'a utiliser les vertus et les graces
que l'amour infini et la sagesse supreme ont implantees dans
son 'ame ; est entre dans le jar-din &Eden .qu'il n'a plus
qu'a cultiver et a garden Darts tourtes les oeuvres de la Pro-
VI-deuce iI voit •aintena.nt lie divin ,amour ,manifesto par la
45 --

divine sagesse ('). apercoit non seulernent la logique de la


Divinite en toutes chases, mais aussi sa :misericorde. Ce n'est
plus Dieu seul, lElahhn c'est Jehovah Dieu, Yahve Elohim, qui
,

le conduit, , c'est Dieu ,comme sun Pere celeste qui lui parle ( 2).
Pour terminer, disons encore quelques mots de la forma-
tion de la femme telle .qu'elle nous est decrite au second
chapitre die la Genese. Si lie Jardin .d'F.den symbolfise une Otast
si .l'Arbre des Vies •signifie la perception de l'influx
vivifiant du Sehgneur, si •'Arbre de 'la connaissance du Bien et
du Mal represente la foi sensorielle dans la science des 'chosen
externes qui engendre l'amour -de soi et du monde, la femme
dolt egalement revetir un sem symbOlique. Nous nous sou-
venous qu'Adaim est un terme generique pour designer une
premiere hurnanite issue gar vole de regeneration progressive
d'une race anirnale anterieure que nous avons aPpelde
préaidaanique ( 3) 0 Et cette premiere !hum:mite nous est déjà
presentee comme ayant ete formee .d'hommes et de femmes

11 est excessivement interessant de comparer et d'etudier a la


lumicrc de ce point de vue les diiferents passages de la Parole, ceux
des Psanmes et des Prophetes en particulier, qui font appel a la deli-
vrance de Dieu ou qui proclament son amour on sa misericorde. Les
termes que le textc original hebreu emploie sonft toujours intention-
nellement choisis. 11 est des chapitresentiers ou l'on ne trouve qu'un
seul de ces terines. Quand c'est Eloh.im qui est employe pour designer
!a Divinite on pent titre stir que c'est parce que c'est le principe
spirituel, rceuvre de la divine Write, irinfluence de In divine Sagesse,
qu'il s'agit de inettre en evidence. Quand l'Etre divin est appeld
Yalive, c'est s'agit au contraire de rceuva- e misericordieuse de
l'Amour divin. Et quand, comme c'est souvent le cas, ces deux termes
sont successivernent employes dans un nleme chapitre et pariois dans
un me- me verses, ils le sent toujours en raison des rnenics conside-
rations. Nous lisons par exemple au chap_ 3, vers. 18, d'Habakkuk :
Toutefois je me rejortirai en Jehovah et me ,rejouirai dans le Dieu de
ma delivrance ce qui signifie que les deux principes constihitifs de
la Divinite, l'Amour et la Sagesse, le Dirin Bien et le Divin V-rai
sont les sources de toutt., joie veritable. 4.<En observant la juste con-
venance de cos deux nonts et en nous rappelant leur signification,
nous reconnaissons clans les Saintes Ecritures une beaute et 1L11C force
que• nous n'avions peut-titre pas soupconnees Sa.. Dr. Bailey. Op. cit.
page 46_
Doctrine de Swedenborg, par Dr Bailey, page 47.
Voir notre conference stir la Parabole de la Creation, page 3.
— 46 —

au sbeieme jour de la creation (t). Oue ,symbolise la femme


tiree d'une cote d'Adam, pendant son sommeitl ?
Dans le seas interne de la Parole de Dieu, L.a femme re-
presente toujours le coke aiffectii ou volontaire de la nature
humaine. C'est sons l'image d'u'ne femme que les mythologies,
les anciennes traditions et .les antiques ,poemes incorporaient
I'amour et les affections du ecear, les graces. de l'espriit et ,les
senthnents religietix. Celia tient sans doute au fait que d'une
maniere asses generale le cara-ctere féminin est plus senti-
mental et plus affectueux que celui de l'homme. La femme
est plus devotionnell-e ; on le remarque .dans les Eglises, dans
le sein desquelles ferninin predcrmine. C'est en vertu
de cette disposition naturelle -de la femme que cette
fraction de l'hurnanite qui manifeste le plus son amour pour
le Seigneur, est appelee dans les Eartitures : ll'epouse de l'a-
gneau (2). Dans le passage qui nous occupe la .fem-me est
done une affection que 1 ' h um anite m tie !pa rvenue a l'etat
celeste, syl-nbolise par Eden, •e poss&Iait ,pas encore. Mais,
avant de caracteriser -cette affection, examinons ensemble le
seas que nous devons attribuer a cette p-arole que le texte
bibl‘ique met dans la bouche de Jehovah Dieu : « El n'est pas
bon ,que l'homme suit seal. >›I•lotts avons la_ le 'premier exemple
biblique ,d'une affirmation ou dune verite que les doctrines de
Nouvellle Eglise qualifient d'apparente. Tres souverrt dans la
Bible les hommes attrtibuent a Dieu lettr.s desirs et leurs pen-
sees. II nous est souvent dirt tie Dieu quill se venge et gull
s'irrite et pourtiant les sentiments de vengeance et -de colere
lui demeurent strangers. Dans le recut -du sacrifice d'Isaac,

II y aurait Bien des arguments a faire valofr pour etablir l'exis-


tencc d'autres habitants de la terre a l'epoque .adamique et pour
montrer que lc recit de la Genese West pas l'histoire particuliere
dune premiere famille humaine. Nous lisons par exemple que lorsque
Cain eut tue son frere Abel et qu'il eut ete repousse par le Seigneur,
it se plaignit en clisant : Quiconque me trouvera me tuera Et
Jehovah-Dieu mit tine marque sur Cain afin quiconque le trouve-
rait ne le tuât ;point_ Or de qui pouvait-il avoir pear, s'il n'y avait
sur la terre que son p&re ou sa mere ? Au verset 17 it nous est dit que
Cain bfitit tine ville. La construction d'une villc implique l'existence
de plus d'une
2 L'Eglise de la Nouvelle Jerusalem est egaletnent ,typifiee dans
l'Apocalypse par une femme aureole° du soleil. ayant la lune sous
ses pieds et une couronne de douze etoiles sur in tete (Apoc. 12 : 1).
— 47

nous est ,dit de Dieu .qu'll comrnanda a Abraham de lui immoler


son enfant, .mais en realite ce patriarche n'a fait que plendre
les injonetions de sa conscience 'mal .64:Jlairee eat ,partiellement
idoLatre pour un commandement du Tres Haut. Dans tin corn-
mentaire qu'i't a fait du passage qui nous occupe, M. Humartn,
autrefois pasteur de la Nouvelle Eglise de Paris, s'exprime
comnie suit Le imal •que l'hornme desire, s'imagine
que c'es.t un bien, ne lui est pas refuse, et rnerne Dieu laisse
quel'quefois supposer a l'homme sensoriel que toile est bien
lea vulonte divine. Mais 'Fe Seigneur s'efforce toujours, avant de
l'abandonner a sa rnauvaise pensee, .d'eclairer l'hornme et de
l'eloigner du mai, autant que cella est compatible avec son
fibre arbitre. C'est ainsi qu'avant de satisfaire a scri clesir
d'avoir tine aide semblable a lui, Jehovah via lui faire passer
en !revue une a une, s.ous l.a figure de betes et d'oiseaux, toutes
les bonnes affections .auxquelles it sutii ,rait de s'attacher pour
ne pas 'perdre son etat d'integrite d'homme celeste. II nous
est par consequent dit : Jehovah Dieu Forma de l'humus route
bete du champ et tout ois-eau des cieux et 11 les anzena vers
l'homme pour volt- comment it ter nommerait, et cheque nom
que l'homme donnait d une ame 1 ,ivente dtait son nom. (Gen.
2 : 19). Nous apprencns par •ce passage que Dieu fit germer
clans l'homme toutes les affections spirittrePles de l'entende-
merit ( 1 ), pour les Iut faire apPrecier. Et cependant 'mallgre l.a
possession de toutes ,ces richesses celestes et spirituelles,
dans toutes ces affections du: bien et du vrai,l'homme ne trourva
pas tine aide semblaible a lilt Son desir ,de ne plus se sentir
seul en face ,de Dieu (c'est-a-dire de ne plus se conjoindre a Lui
par le seul cote interne de sa nature) le 'poussa a s'abandon-
ner de plus en plus a l'amour .de sot et du monde, a I'amour
des chores externes, disposition tres tidelement figuree par
un assoupissenient de In vie interieure et elevee d'homme ce-
leste D . Le sommelil que Dieu fit tomber s-ur Adam et pendant
lequel II prit une de ses cotes pour en former une femme mar-
que done un premier etat de deehea -nce, d'assoupissement de
la vie celeste de l'humanite adarnique, un acheminemen't vers
un etat spirituel inferieur occasionne par le .desir de ne plus
vivre uniquement dans l'amour .de Dieu, 'mais de satisfaire

' Nous avons &là dit que les animaux typilient les honnes et les
mauvaises affections de l'homme. suivant qu'ils sont utiles ou nuisi-
Nes.
— 48 —

egalernent a ]'amour de soi. C'est 'la cette nouvelle affection


que l'humani ►e adamique -ne connaissait as dans gybes premiers
siecles de -Page d'or. La femme figure done ici Faffeetion de
l'homme pour son propre. La cote dont elle a ete tiree, rept -6-
senite le propre de l'homrne que le Sdigneur vivifie. Les os du
corps symbolisent la mort. La vision des osseinents d'Ezeehiel
(27 : 6) nous •'enseigne. La chair par contre symbolise la vie
spirituelle. Prendre la cote d'Adain, l'entourer de chair et en
former une femme semblable a lui c'est, dans le sens interne,
vivifier ie propre rhorntne, c'est-à-drire son desir d'agir
comme par lui-merne, saris le priver pour cela des joies du
Jardin .de la Sagesse ou du Paradis terrestre. Ge fut nean-
moins pour l'homme une -decheanee, car, -de celeste quit avail
ete a l'origine Oars qu'il ne vivait que d'aprês les affections
de son interne, it devint celeste-spirituel et se laissa guider
davantage par les -affections de son externe. Nous verrons
dans notre p•ochaine conference que ce fat pour l'humanite
adamique un acheminement viers la chute dont it nous est
parle au chapitre truisieme .de la Genése et par consequent le
declin de la periode foncierement la plus .heureuse .qu'ait vecue
le genre humain sur notre globe.
Spiritueillement interprets, le resit du Jardin d'Eden n'offre
Tien en sori d'incomprehensible, ,de deraisonnable ou d'enfan-
tin. Dans le langage de la sagesse antique 111 nous presente
au contraire des enseignements d'une grande portee morale et
relligieuse, des lecons d'une profonde et hienfaisante philoso-
phie. 11 nous , donne a comprendre que l'hurnme a commence
par vivre dans un &at d'innoc•nce et d'armour qui lui procu-
rait sur terre ,des jouissances celestes et spirituelles d'un
Prix inestimable. Ces jouissances resuItaient en particalier de
la perception qu'il possedlait par intuition des enseignements
divins, car il vivait en conjonctiion avec le Seigneur.
II nous est precieux de savoir ces chose's, car ce qui fut tin
temps, peat etre a nouveau et nous croyons, que le retovr
rage d'or pour l'hurnarvite constitue -certainernent un des buts
de l'ceuvre grandiose de la redemption .du monde. Nous devons
renrtrer en possession du jardin d'Eden.

GUSTAVE
REGAMEY
Le resit biblique de la chute

Pour Antedligence du resit biblique de la chute. iil est bon de


nous rappeler tres brievement ce clue nous avons appris dans
nos deux precedentes etudes sur da Pa rabole de la Creation et
sur l'Allegorie du Jardin & 3den
1. Adam West pas un 'etre l'aneetre de la race
hum:tine. C'est un nom colleetif, celui dune premiere humanite
dou•e de la faculte Wain-ter et de compTendre le Bien et le vrai
dig nos. C'est Ihornme et la .fernme (der Mensch) de cette pre-
miere humanite.
2. Le resit biblique .de la creation n'a pas pour but celui de
nous •enseig-ner sur les urigines et la iormation de I'univers
materiel. Le premier temps dont il nous parle est celui de
l'Opoque de renfance et de l'etat d'innocence celeste de cette
premiere humanite dont le souvenir est reste grave dans - les
textes sac res les plus anciens sous la denomination de

3. L'humanite primitive s'est elevee du naturalisme a la


spiritualite. ("es' lh re que signifie. dans 'le sens interne de la
Parole, :la creation du del et de la terre. Creer, c'est 1 -egerierer.
Le ciel est l'interne de l'hornme, sa volonte, son entendement ;
is terre est sa nature externe. Les six jours de la creation et le
septierne consacre au repos de Dieu typifient les differentes
etapes de la regeneration de rhumanite primitive, jusqu'a la
realisation de son état adamique de ielicite celeste, resultaat
de l'harmonie de sa volonte et de son entendement avec
!'amour et la sagesse de Dieu.
4. Le jardi•n •cl'Eden est un etat d'ame, l'etat de incite ce-
leste dont beneficia la premiere humanite adamique, aussi long-
tetrips qu'elle Testa affectionnee aux lois de l'amour et de la
sagesse tin Createur. Cet kat est typifiesurtout par des arbrcs
— 51)

du jandin parmi lesquels en est 'deux qui doivent retenir


not re attention l'arbre de vie (cu plutOt des vies) et
l'arbre .de la .connaissane du Ibien et du rnal.
Nous sommes maintenant en mesure d'aborder Petude du
recit .biblique de la chute et de comprendre I,a veritable
tune de ce que Von a convent' d'appeler lie •êche or'i'ginel.
One .devons-notts entendTe par le phenomene de la -chute?
Nous rayons dit que l'homme await et:6 done par creation de
deux facultes constitutives : .la volonte et l'enten•ement. Sa
volonte, d'-oft viennent ses affections, est le receptacle de la
chaleur pirituelqe.ou de l'•mour divin et son errtendement croft
resultent ses pensees est le receptacle -de la (lumiere on de la
sagesse Ainsi, -comme son Greateur., l'homme est
amour et intelligence, avec Bette difference cependant que
Dieu est en soi l'a'm'our ,meirne et 'intelligence .meme, Landis
que l'homme n'es• glean simple recipient -de l'amou• et de la
sagesse qtti procedent de Dieu. Mais, tel que nous le •onnais-
sons, l'homme presente un aspect bien pen •con-forme a son
divin modele aussi bien 'chacun s'accorde-t-il a reconn-aitre
qu'il est •c1.6chu. Bernardin -de St-Pierre s'esi .derria•de pour-
quoi ,l'homme etait seul de tous les anirmaux qui souffrait
d'autre ,maux que ceux de isa nature. Et 14 -repond a cette Ques-
tion en -disant : La nature de nos maul en decele l'origine.
Si l'homme se rend 111i- -name malhe•ireux, c'est .qu'il a vouln
lui-meme etre arbiltre -de ison sort. L'homrne est un Dieu exile.
Le Tegne .de Saturne, le siècle l'age d'or. ila botte de Pan-
dare &oft sortirent toes -les maux -et dans laquelle i.I ne Testa
que l'esperance„ :mule allegories sernblables rep andues dans
les mythologies de toutes les nations attestent .1a felicite et la
decadence des premiers •ornmes D. Marc Aure•e ava:!it déjà
exprirne cette pensee, car 14 appelait l'Ame un Dieu exile, ex-
pression que nous trouvons aussi .dans ce vers demeure fa-
meux .du poéte Lamartine L'h-ornme est un Dieu decthu, qui
se souvienit des eleux .

Comment s'exp•iquer cette dechea_nce ? Par 4e mauvais


usage que l'homme fit de son libre arbibre. A 1.'origine, les
deux faculties constitutives de sa mature, la volonte et l'enten-
dement etaient Ses affections etaient .apipTouvees par son
intelligence et ses pens6es .etaient agreees par sa volonte.
Pour connaitte et airner les verites divines ill n'avait pus be-
S Oirl de revelation dorite. Il •ecevalit toutes connaissan.ces
— 51 --

qui .lui etaient mecessaires 'par un influx gzlivin. i1 en resultait


clue les verites divines etaient en quelque sorte gravees dans
son cceur. 1.1 avait le pouvoir de se conjoindre a on Gre'ateur
et d.e le reconnaitre ,corrume .1a source unique de la vie. ?dais
it avait aussi, en raison mettle de son fibre arblitre, la faculte
de .s'en detourner et de s'en detacher pour s'aimer lui-tneme
exciusivement. C'est imatheureusernent ce qu'il fit et, simple
recipient de la vie qui lui venait .de Dieu, l'homme finit par
s'illusionner au tpoint -de °noire qu'il la possedait en soi. En ce
laisant it perdit is /*ante de la vie .divilne pour Jaqueltle •valt
.ete cree. La chute a done ete is substitution de i'arnour de soi
a l'amour de Dieu et du lien general. Tout cela est deorit
boliquement dans da Genese. Fissayons de •ous en rendre
cumpte, Trials pour proceder avec .ordre, •ommencons par re-
futer riinterpretation litterale de ce recit, .car °fire des
difficultes insurmontables.
Les p-artisans du sens littera! des Ecri'tures se representent
nos .premiers ,parents •ornme ,aYant ete places par le Createur
dans un jardin au sein ductile] ils furent seduits par un serpent
qui leur persuada de manger dFu frtAt .d'un .arbre extraordi-
naire dont ile Seigneur •1-eur avait ,dit : ,‹ Vous n'en mangerez
pas Et, pour avoir •obei aux ,sollicitations de ce serpent, ils
out ete I'objet crime malediction terrible, malediction qui pLse
et ,.psera toujours 'stir dears d.esicendants ; Ms ant ete -chasses du
paradis, .condamnes a trainer ;une vie de misere, de souffrance
et de labeur p6nible, pour .devoir ensuitie mourir d'une mort qui
leer rOpugne et dont la seule ponsee er•poisonne tout ce qu'il
pourralit y avoir encore de Wen etre 'dans leur triste existence.
Car, dans la pensee de ceux , qui interpretent a la 'lettre Ile recit
de la chute, rhornme n'est pas destine a passer par le pheno-
mene de la [aloft. A supposer ,n'etzt pas elk dans la pens&
du Seigneur .de le faire jouir de l'irnmortalite sur -cette terre
oft est venu a l'exiistence, devait y tout d'abord
une vie exempte de travail et de difficultes. pour en etre en-
suite enleve a .l a !maniere d'He•oc et d'Filie et trans-
plante dans rte ciel sans passer par la - vallee que psalmiste
4PPell.le vallee de fornbre de la -mort D Mats, ajou-to-t-on,
la .deisobeissance ode l'homme a determinE,'- un changement de
dispositions de la part du Pere celeste a son ,dgard et le Dieu
trois lois saint et tout amour. dont on nous di-t gull est lent
a in colere et abondant en gr2ices. hti a enleve "'assurance de
son immortalite pour -le pionger dans l'incertsitude -de la vie a
venir et dans 'les perpetuels conflits de •'existence presente.
Et, p-our qu'il suit ,contraint de travailler ici-bas a la sueur de
son front, la terre elle-merne a ete 'maudite et frappee de ste-
rilite ; le 'paradis terrestre a ete change en un desert aride
dans lequel Dieu a plante des epines et cies ronces.
Quelque incroyable. 'que puisse nous paraitre une pareille
conception, el le est partage-e de nos fours encore par un tres
grand normlyre .decroyants qui ne se rendent malhenreusernent
pas compte de tout 'le ridicule dont dls entaohent la Parole de
Dieu. Car 'enfin n'est-il pas &range de se representeT Ic Crea-
teur CO aline ayant plaice .dan►s +le paradis un arbre dont le fruit
etait defendu et qui n'avait pas d'autre raison d'OtTe que celle
d'exciter la tentation .de nos .premiers parents Est-ce ainsi
Cale -le Seigneur agit h-albirtue•lement ? Ne nous est-il pas dit
dans les Ecritures -que Dieu ne tente perstorme ? Pourquoi done
aurait-Il deroge a ce principe en exposant Adam et Eve au.
danger d'une tentation a laquelle II savait .d'-avance que ses
creatures ne resisteraient pas? En outre, comment compren-
dre que nos premiers parents alent ete sednits- par un animal,
eux qui etaient sorts parfaits des mains de ieur Createur.
Comment se representer qu'un.e bete des 'champs, fist-elle la
plus rus6e,. ait pa !, s Cloigner de Dieu? Ce-tte 'conception er-
ronee n'a pas resiste aux ass,auts de rineredulite des ennemis
de l'Evangile. Aussi hien toms ceux qu omit voulu ,prendre
defense du recit biblique de la chute tout en admettant ]'inter-
pretation litteirat!e du -text° .sacre„ senti 1e besoin de faire
intervenir le 'diable dans cette histoire, lequel, -disent-ils, &est
ruanifest..'• sous la IGrme Tun serpent a nos premders parents.
Le texte biblique n'en panic pourtant pas. II dit simplement :-
« Or le serpent etait gins fin que touts les anirnaux des champs
que rEternel Dieu a.vait crees D. Dans tine etude qu'il a con-
sacree a ce .sujet, M. .Ie Dr. Bailey, qui a fait cette rernarque,
ajoute « Et si le diable etait le vrai coupab)le, -comment se
fait-il echappa sans un mot de blame, tandis que son ins-
trument passif, le rruallieureux serpent est inaudit. D'apres
cette maniere de comprendre le recit, it nest point question du
veritable coupable, trials le serpent est condamne fr marcher
sur le - ventre tens les Tours vie et a manger 1-a
siere. Et, pour completer le . rnerveilleux de l'histoire, non seu-
lement le dimple echappa a toute punition, mats le 'serpert 4th-
— 53 — 'MP

.1118/Tie ne fait aucune attention a -la 5nourriture qui 1u est pres-


crite r oar, pas plus qu'u-n autre animal -carnivore, le serpent
ne mange .de la poussiere Seals, en definitive, l'homme et la
femme semMent avOilT ete punis dans leur p-osterite.
Telles scent quelques-tines des -difficaltes insurrnantables que
sonleve l'interpretation 'litterale de ,cc recit. La chute .de
ne saurait s'ex-piliquer de cette -ma-niere„ Ce n'est
par le recut de cette simple desobeissance qu'on peut interpre-
ter Ile fait que l'amour -de Dieu, qui devait pr6domin -er clans
-ocuar de I'hoiiinie, iui est devena an sentiment a peu prês
etranger, tandis qu'au contraire l'amo-ur de sot, ceitti qui de-
vrait avoir le -mains de prise dans son time. est -.eel-1_1i qui 11-14 ,
inspire jusqu'aux .plus petits details de sa conduite de chaque
jour. vient cette predominance , des plaisirs impurs et .mal-
satins a-uxquels -s'adonne •11 -mmanite, alors que toutes des con-
siderations -de sante, de Bien-titre, de veritables jcruissances
sociales •evraient .nott.s engager a ne re-chercher que des dis-
tractions sables, pares et pacifiques ? Le desordre qui refine
dans la s-ociete correspond a cequi qui caraeterise le mental
des - individus et 1.'unique .desolk":issance du Jardin d'Eden ne
saurait en etre la cause.
'Maio ii y a (plus encore. Interpret6e litterallernent, la sentence
de malediction qui sort de la lbouche du Createur est en con-
tradiction absoiue avec tout .ce ique no:us savons de l'arnour
infinimcnt misericordieux 'de notre Pere Celeste, de Cequi dont
est dit que se-s -compassiions sort par dessus toutes ses ceu-
vres. Le Seigneur ne -clAtie pas. II est dit de Lai dans le. Byre
du propliete Malac.-,Itie (3.0 : a Parce que je suis Jehova et que
je ne change point, vows, -enfants de Jacob, votes n'ave.z pas
ete consurnes ,›. Uepitre -de Jacques nous le presente -comme
<Pere .des Iturnieres en qui it li'y a point de variation ni aucune
ombre de ohangement. Dieu est - amour ! » -Et tout enseigmement
qui nous le presenterait sons un jour different serait contrai•e
a sa nature. II irnporte que noes nous elevions 'avec energle
contre q'interpretation (rune theologie enfant -hie dans son rai-
sonnernent niais dangereuse pour la foi, QUi .nous represente
Dieu ccuume Van -de nous, c'est-à-dire ,partage dans son atti-
tude a notre Cgard et -QC-dant tanttit a des sentiments de justice
et -de rar4rbution, tantOrt a des sentiments Tarnow et de pardon.
On nous dit, pour expliquer !punition terrible — le .mot
-11 est pas trop fort — a iniFigee a toute il'humanite .en
-- 54 —

personne ,d'Adam et d'Eve, qu'll leur await formellement pres-


crit do ne pas manger du fruit -de l'arbre de la ,connaissan.ce
-du hien et du mal et qu'll les avant avertis qu'a-u jour rn ills
en mangeraient ils mourraient. Le Seigneur, ajoute-t-on, e'tait
he par cette declaration. I4. .devait, par consequent, a la saintete
de sa justice d'executer sa menace. Mats , cette interpretation
litterale du texte ne fait qu'ajouter une -difficulte nouvelle
toutes celles que no-us aeons -a 6 - ;a mentionnees, car la Bible
nous renseigne positivement sur duree de la vie d'Adam
qui fut de 930 ans. Ce me 'tut , donc pas au jour oii Hs rniangerent
sol-disant du 'fruit defendu que nos premiers par-ents rno -u-
rurent. La sentence de i'Eternei-Dieu ne s'est -done pas exêcu-
tee a la lettre. D'ailleurs, Ala mart dont it est question dans ce
passage n'est p-as Ia mart ,du corps, iaquelle a tottjours fait
pantie du plan divin. La mort dont s'agit est la .rnort spiri-
tuelle et c'est sipirituellement que nous devons interpreter tout
ce recit ,cornme la Parole de Dieu toute entire. <‹ Dan: le sens
spirituel L-- mans ernpr-untons encore cette reflexion a d'ouvrage
idu Dr. Bailey — ,ces paroles : KE au jour on tu en mangeras,
tu rnourras », sont .un avertissement misericordieux, .preve-
nant rhoirrane •que s'il rejette 4econs de le sagesse divine
figurees par les autres arbre-s du Jardin d'Eden pour se guider
uniquement par les apparences trornpeuses de son propre sa-
vour (fligurees par l'arbre de la ,c,onnaissance du Bien et du
mal), it viendrait a dechoir dans un etat externe, bas et seri-
suel ; et l'apc5tre Paul nous .que l'affection de Ia chair donne
la mort, imams que i'affeetion de iresprit produit la vie et Ia
paix. Comprises ainsi, dans leur significatti,on veritable, ces
paroles, au lieu d'une menace, ne sont qu'u-n conseil paternel
instruisant l'homme des consequences de sa desobeissance aux
lois de cla. sagesse divine mqui ne sont que bonte et verite. Ces
,

consequences sont inevitables, car l'homme ne peut se detour-


ner de Ia lumfere de Ira verite sans se trouver dans Iles tené'-
bres ; iI ne peut se -derober a la chaIeur vivifiante de l'arnocur
divin sans etre envahi par le froid mortel de regoisme ; II ne
peut persister a rester dans le •degre inf6rieur de son etre et
refuser -de s'elever dans les degres superiettrs sans devenir un
insense, egoiste et sensuel. Or l'ignorance, 4'egoisine et tla sen-
sualkite constituent la mort spirituelle e-t, au jour, a I'lleure
merne oil nous adopto-ns ces principes, nous niourrons
tuelllement
— 55 —

Le recit bib!ique de It chute (Gen. 2. 18 a 3. 24) nous decrit


brievernent et sous une forme •altlegorique toute tine periodede
decheance des temps tries anciens. Cette decheanice, insigni-
fiante a ses origines s'est igraiduellement accrue dans le curs
des ages. La pente du mal est insensible a ses debuts. LI n'y
pas de mal, c'est du moins l'opinion quasi generale, a Moire
Lill Te rre de yin. Et cependant, pour combien ide pauvres bu-
veurs_ deur premier verre de yin n'a-t-il pas ete le premier
coup de pioche dont s'est creusee leur tombe d'ivrogne ? La
premiere queirelle, sans importa.noe, - semble-t-il. Tun enfant
avec ses camarades, n'a-t-elle pas ete la premiere pierre dont
s'est i'nurêe ila prison dans ilaquelle on a plus tard Penier-
trier comime un criminel II nous est clifficile, cela va sans
dire. de concevoir exactement la nature de la premiere etape
francl-ne par la fres ancienne huirnanite dans Ia vole de la de-
; trials nous pouvons afliriiner que, de bon gull etait
sorti des mains du Createur, l'humme West pas idevenu subite-
ment 'mauvais. Ce n'est pas d'un instant a l'autre que !Inno-
cence a fait place a regoisme et a la •cupidite_ Tout s'accom-
plit progressivement dans vie, le bien comme le mad. Les
royaumes et les empires des temps an-ciens, l'Ass -y-rie, l'Egypte,
Rome, la Grece et beaucoup d'a.utres dont Phistoire nous re-
trace l'ap•ogee et Ia decheance, n'ont pas decline d'un lour
a l'autre.
La premiere alteration du bonheur dont jouissait la ties
ancienne humainite on, comme Swedenborg l'appelle, la Tres
Ancienne Eglise, l'Eglise de l'Age l'Econornie Adarnique,
-nous est idecrite sons !Image du sommeil qui -bombe sur Adarn,
sommeil au tours -duquel, d'une de ses cotes, Dieu forma une
femme, afire qu'ii ait une aide semblable a lui. Le sommeil est
toujours idans les Ecritures, le symbode de la predominence
du nature! sur le spirituel chez l'homme. L'alternance des etats
de veille et ide soimmeil, c'esit-a-dire de poursuite des verities
spirituelles et des verities scientifiques et naturelles est utile,
dans leis limites de leer importance iC'est dans ce seas que
nous devons entendre cet encouragement du Ps. 127. 20 :
Dieu donne le repos a celui gull! .airne D Mais, nous devons
prendre garde de ne pas nous laissez ;davantage influencer
par la recherche ides joulissances naturelles que par celle des
verites spirituelles. Notre priere •oit etile celle du psaImiste
(13. 4) ,<Eclaire mes yeu de pent que je donne du som-
56 —

mei] •de la mart >) Quand I'homme se laisse influencer par la


trompeuse apparence des sens nature's qui I'inciinent a croire
qu'il 2-,enere lud-merne ses pensc"..:es et ses sentiments, quand
commence a se persuader qu'il posse-de en ipropre la vie de
f'entendement et de la volonte, it se detonate alors graduelle-
ment de Dieu pour se considérer Ilui-rnèrne. II se detache de
ramour ,de Dieu et du prochain pour s'aimer Ini-meme, pour
aimer son prop re.
C'est la ce que typi•ie l'appari•ion de la femme qui repre-
sente l'affection, le volontaire et le propre de l'hornme. Car iii
ne s'agit pas lei •'une explication •naturelle de la creation
de la femme puisque, dàs les -origines de l'hurnanite, les deux
sexes a'va'ient ete crees (Geri. 1. 27) ( 1 ).
Notts avons ici une image de ce que Dent devenir la nature
humaine quart(' Dieu la reveille de son s.onirneil spirituel.
L'Eglise Ad•mique avait •cleia :perdu conscience ide vraie vie.
Elle etait tombee du niveau celeste de son existence A un ni-
vean .de vie inf•rieure et naturelle. C'est alors que le Seigneur,
dans tin sentiment de prolonde affection pour cette humarete
qu'il avait creee a son image et qui deja se separait de Lui,
vivifia sa volontó La 'femme dune des cotes de l'homme,
est le symhole de ce que peut devenir sa volortte regeneree.
L'homme de cette epoque, bien que vivant une vie natn-
etait encore innocent. n'avait pas encore goate du fruit
de 1'arbre .de la connaissance du bien et du mal. 11 ne s'êtait
pas encore confirme dans l'erreur. Ses plus hautes facilites
.spirituelles etaient settlement endo•mies, mais •et ei*tat iui
faisait courir le danger de s'eloigner de l'Arbre de Vie, pour
s'approcher de celui la connaissaace du bien et du mal.
fl Ito fut donne une aide semblable a Ii.ii. Mais le tort de
l'home fut de ne pas save it reconnaitre que cette faculte que
Dieu lui aceord-ait de vouloir .agir ccxnime par lui-trkl-'me, lui
venait en re'aIite du Seigneur. Dans l'aide qui lui fut donnee,
it ne \rit qu'une auxiliaire qui etait os :de ses os et •hair de sa
chair et it l'appela femme ou epouse, parce ,que. nous dit le
te.xte, elle avait ête prise .de l'homme. Constatons en passant,
qu'A ce point de vue. l'humanite n'a gu'ere change depuis Des
temps prehistoriques, car, de nos jours encore, 1-10 LIS ne SOM-

Voir notre brochure sur le jardin d'Edera p. 14.


57 —

mes maIheureusement que trop portes a dire que tout ce que


nous recevons 'clu Seigneur Ti'est en realite que le produit de
notre intelligence et .de nos facilites naturelles.
Cela tdit, etudions ensemble, dans 'leur sens. interne, les prin-
cipaux passages du recit de Ia. chute, Le chapitre trois de la
Genese commence ,par compte-renclu (1'.-un dialogue echange
enure la femme ou la volonte de l'homime, et le serpent que
le texte nous dit etre :le plus ruse des artimaux des champs.
I I va san.s dire que le serpent roue ice un role figuratif_ Cet
animal vit et se :rneut pres de :la terre. III :se glissc et rarnpe
par des -ondulations qui ltd communiquent la :configuration du
terrain. 1:1 y a des serpents inoffensifs et d'autres qui tsont mor-
tellement venimeux. De ces faits, nous tirons facilement rana-
logie •du serpent avec ces affections de notre nature qui nous
enc.,•ouragent a placer tout notre boniheur dans .les satisfactions
sensorieilles. Le serpent c'est done dans la Parole de Dieu
l'attraction et le pouvoir des sens, le :plaisir et la jouissance
des yeux, :du goilt, de l'oule et :de l'odorat_ Les affections sen-
sorielles ont sans doute leur utilite bien qu'elles appartiennent
au degre inferieur de notre. nature. Car - ne nous &tail pas
agreable c1 contem.plec les beautes de la nature dans laquelle
'nous vivons, d'en ecouter avec plaisir les harmonies. d'en res-
pirer avec -del-ices les parfums odoriferants et .d'en savourer
avec reconnalissance la nourriture, que la Providence nous ac-
corde poIir -nous soutenir, nos corps ine pourraient ?gas nous
servir d'instruments pour deveilopper :les facilites de Le
serpent a :done sa :place 'dans le Tnicrocostne qu'est :notre na-
ture haniaine. Les tr&s anciens le consirderaient done cornme
l'ernb;ërne de l'h3mme sensoriel, dans le bon et dans le ma-u-
v:iis seas ; clans .1c bon sens quand la :satisfaction sensorielle
e. extericure Ctait -dominee par - celle des verites inter-lent-es de
I'esprit et du :cceur, et dans :le mauvais sens quand, au con-
traire, etait domine par ses appetits inferieurs, ses
desirs :charneqs :qui l'incitaient a regarkler en bas pluteit qu'en
haut, an 'clehors, plutOt :qu'att dedans. Nous lisons dans le livre
des Psaurnes que les Hammes 'meeha.nts et vialents ont aignise
lours langues comme :des serpents :et qu'ils ont du venire dans
tear •ouche (Ps. 140. 4). L'homme sensoriel que domine le ser-
pent e&t celui qui tie croit qu.'a ce qui tornbe sous le coup de
l'exp-erience des sens natureis, ce qui •1'arnene a vier l'exis-
tenc..,e de Dieu qu'il ne :peut ni voir, ni toucher. ni entendre.
— 58 —

Quand le sensoriel Cali, nous le repetons, est une •faculte indis-


pensable a notre nature, puisque sans Ia sensibilite les ave-
nues de la ,pensee nous seraient fel -m.6es, essaie de .dorminer
et de mepriser nos aspirations superieures, it sort des .11.mites
ta 111i sont assiznees et lone de role -du serpent fascinateur.
C'est une disposition .du principe sensoriel .que de 'dormer une
grande importanpe, souvent meme la plus grande importance
au savoir hurnain. Nous devons reconnaitre toute I'importance
de la science des °hoses naturell.es, cela va sans dire, mais
ce n'est qu'en subordonnant l'affection que cette science .nous
inspire a celle que nous devons eprouver pour les vertites de
la revelation de Dieu que, suivant le conscil .de la sagesse du
Seigneur, nous devenons P ruden ts comme des serpents' et sim-
ples cornme des colombes.- Matth. 10. 16. La faute que cornmi-
rent tout .d'abord nos premiers parents fat de commencer par
desirer le fruit ide Parbre de la science, de 'preference a icelui
de l'arbre de la vie. Le texte parabolique de la G'en'ese ex-
prime cette preference en situant, .darns la reponse que la fem-
me fit au serpent, l'arbre de la science au milieu du jarclin,
alors .que cette place etait cone attriibtiee par le Seigneur
l'arbre de la Vie. II est fres interessant de comparer a .ce point
de vue les versets 9, 16 et 17 du chapitre second avec le ver-
set 3 .du chapitre suivant. Nous avails dit dtr Jardin
qu'il etait un &tat ;Petal d'innocence celeste realiis4 par
les tres anciens et qui consistait pour eux a se laisser .diTiger
par l'influx de la sagesse du Seigneur. Dams cet •tat, ils
voyaient I'Arbre de la Vie au milieu du Jardin. Mais leurs
descendants perdirent cet etat d'innocence au fur et a me-
sure qu'ils voulurent se laisser guider .dams la recherche de
la verite par la science. resultant .du temoignage des setts a
l'exclusion de la sagesse divine. Cela revient a dire que pour
eux cc fut rarbre de la science du bien et du: mail qui deur
parut s'elever au milieu du Jardin. Dans son etude sur oe
M. le paste-lir 'Hamann, clue nous avons déjà cite, s'exprinie
comme suit : )> Its (nos premiers parents) auraient .df0 se hor-
ner a se servir de cette methade d'investigation, encore peu
midéveloppee chez eux, our carrfirmer les verites spirituelles

quills amprenaient par une revelation interieure emanee direc-


tement de 'Dieu. Celle-ci etait une lunidere interieure de la pen-
see qui etait reconnue par eux eomme provenant de Pinflu.x
general .du solei• spirituel ; elle :lour faisait voir les verites
59 --

spiritue,Iles einterieurernent, a•nsi les causes ,dans leurs effets


externs, tandis que la lurniere du soleil nature' nous fait voir
ces vérites extenries et scientiflques exteriettrement, airisi par
l'interrnediaire de nos sens 'physiques. L'esiprit du l)iem unit
donc la science a la sagesse, c'est-a-dire le ceite externe des
choses aux verites interieures qui en forment lame et la vie,
mais I'esprit du mail cherche la science a l'exclusion de la sa-
gesse, ou ii subordonne -cello-ci a celle-ila ».
Nous possedons maintenant taus. les .elernents necessaires
a la .parfaite •compr6henion du symbolis.nie du recit .de la chute.
La tragedie du Jardin s'est deroulee sur le terrain de
hurnaine an tours des siecles anciens. Le role de chacun
des personnages emble-matiq-ues, en scene dans cette tragedie,
est parfaitement comprehensible. Les hommes des generations
qui succ&lerent a celles des origines. inspires par cet amour de
soi que Swedenborg appelle (‹ le -propre >, et que le recit de la
Gen e se rep resen te syrnboliqueftnent par a femme, c cymnien ce-
rent par ne plus vouloir se laisser guider que spar le tempi-
gnage des ,sens. La voix des SeiTS est typifiee par le serpent,
et la faculte rationnelle .que la volonte, seduite par Ie sensoriel,
seduisit a son tour, &est le - .mari..
Nous ne p-ouvons rpas mediter long-uernent, ceila va sans dire,
sur les propos que le texte hiblique met dans la bouche de cha-
cun des personages en scene, car nous avons des reflexions
plus importantes encore a faiire pour c-onclure. Remarquons
cependant combien cette disposition idu principe sensoriel de
n crtre nature, d'attacher unc grande importance aux connais-
sances d'ordre scientifique et de douter des revelations divines,
est expritmee Aavec justesse par ces paroles .muses la bou-
che du serpent : Quoi, Dieu reellerment dit : Vous ne
mang-erez pas de taus les arbres du Jardin ? ).> C'est toujours
de la meme maniere, c'est-a-dire par le do-ute, que coalmen-
cent les tentations. Et, nous ne sornmes pas en ,mesure de
resister fermement aux insinuations perf•des dir iprincipe sen-
soriel ,de 'noire nature, le serpent qui ne tarde pas a devenir
plus hardi, nous persuade que manger du fruit de l'arbre de
la science du hien et du Trial est le moyen le plus recoamnan-
dable pour acquerir la veritable sagesse. Et quellq -ues raffines
que puissent etre nos sens a l'origine, it n'y .a Tien eri eux quand
i!s dominent dans notre nature, qui tpuisse nous garantir contre
la tyrannie des plus bas instincts. Tolle fut Nen Ia triste ex-
— 60 —

perience que firent nos premiers parents pour avoir acquiesce


volontairement et rationnellernent aux sallifeitations. dubi•atives
des sens exterieurs. Leurs yeux s'oavrirent, c'est vrai, ,mail
ce fut. -pour constater in perte de leurs privileges spiri-tue.ls.
reconnuret qu'ils &tale•t nus, c'est-r -dire qu'interieurement
-We-talent plus dans .1e-ur &tat -d'innocence native. Tout est .ssrm-
bolique , dans in description de cette douloureuse experience.
La honte de leur n.udite, ,c'est-a-dcire le sentiment , de ne Plus
etre proteges et preserves par le Seigneur, les cointraignit
se p-roteger eux-meftnes, et c'est que signiPie la inecessite
pour eux de se couvrir de vet-eine -at&
L'homme est ce alme. II nous est dit de Dieu qu'Il est
Amour et s'envel•ppe de lu•iêre, -c'est-a-dire dv .sagesse,
d'un vetement (Ps.. 104. 2) L'homme envelonpe êgale-
merit son amour d'un veteiment, et les nensees clue -get-terent
ses affections, l'intelligence qu'i1 emploie a les manifester exit&
ri-eurement ou bien au contraire a les cacher COITIMe aussi a
les proteger .contre ce qui est contraire. jouent .ce role.
Ses Veternents so-nt les différents aspects sous lesquels i,l ap-
parait l'exterieur. Sill nous est dit d'Adam et d'Eve qu'ils
cousirent des feuilles ,de figuier pour s'en ,faire des eeintu.-
res, c'est que le figuer represente le bien sur le plan naturel
tandis lane la vigne le represente sur le plan spirituel ( 1). Cette
expression signifie done que •eur innocence primitive, c'est-
a-dire !ear disposition a se laisser guider par la sagesse du
Seigneur, avait etc remplacee par une honte naturelle sous
lacjuelle le rriai etait cache et que, COMITIC nous 1e •isons dans
,les Apeanes celestes &Emmanuel Swedenborg (216), ills
eprouverent un sentiment de p-udeu•, parse iqu'As u'ietatent
plus que .dans bien naturel.
.Mais nous avons hate d'en arriver a rinterpretatiogn de la
fin du chapitre trail qui traite .des funestes conseQuenoes de la
chute. L'Eternel Dieu .slit au serpent : Parce que to as fait
cela, tI seras ,mattdit entre tout le bêtail et entre tous les ani-
maux •-des champs. Tu marcheras sur ton ventre -et to mange-
ras ,de 1a poussiere tous les jouns de -ta vie ››. Ces paroles, raises
clans la Douche de Dieu, ne signiifient pas gull ait vraiment
mandit 4e senpent, le prir•eipe sensuel ou sensorkiet

1 ) Voir pour s'assurer de l'exactitude de ces s•rnboles les ouvrages


de hi, Nouvelle Eglise qui traitent de in science des correspondances.
61

de no-tre nature. Tu ser.as maudit, ne veut pas dire d'ailleurs


je to maudis. La punition est la consequence naturelle de la
d-esoheissance dans le domaine spirituel, comrne dans le do-
rnaine..materiel. Le Seigneur ne maudit jamais personne. C'est
un sentimen.t contraire a sa n-ature qui est amour. Son cceur
deborde d'infinie misericorde enviers tout le genre humain.
Maudire l'hontme parce s'est egare et qu'il lui a desobei
nest point en harmonie avec ses attrihuts divin-s. Ma-is. ravertir
q-u'il subira les c-onsequences de sa desobeissanee se de-
partit du chernin de la sagesse, est tin acte .de .eharite- divine.
One de conjectures n'a-t-on pas faites sur la nature de cette
malediction ? D'auctins ont suppose true le serpent etait ;.,-Lutre-
fois un d'entre les plus beaux anismau.x et qu'il a perdu
na-ge de sa beaute et de .son elegance, p_arue gull a ete privie
de ses pieds, co-ruclairrine a romper sur son venture et contraint
de manger 'de la pousisiere. Cette supposition ne repon-d pas a
la real:kite. Si, eomme 'nous rayons vu, H taut entendre par le
serpent .le principe sensciriel de la nature humaine, n - ou..s cher-
cliero.ns chez l'homrne Ini-mere .le changement prejudicial -y.1e
qui s'est produit de par de fait qu'il s'est 1laisse seduire par
ce principe. tree pour clominer su.r la nature et pour s'en ser-
vir afire de eroitrre et de se dêvelopper dans le 'sells bier et
du vrai td ins , l'homme, clor nine de plus en plus pair ses ins-
tincts - inferieurs, en vint a s'aimer lui-nierne a tel point qu'il
n'apprecia plus les biens clue 4a vie lui. procura, •sauf dans la
tnesure pouvaient servir a s.atisfaire ses appetits natu-
•als, sa -vanite, Soil amour de domination et de gloire. 11 pe-edit
conscience du fait qu'il etait tine creature spirituelle. II limita
ses horizons, ses aspiration's, ses esperences. a 'la vie de cette
terre. Serpent qui •arche sur son vier tree et qui .n.tanipe a la
surface du soil Tu mangeras de la .poussiC:re 'taus des fours
de to vie, a dit jehova. Le senpent -ne mange pas de 11 a pous-
siere. Cette affirmation se retrairve pourtant dans EsaIe 65,
25, GO it est 'flit: ,‹ La p-oussiere sera 1ainou•riture du serpent
et clans Miche-e, 7, 17, oil ncus lisous : a Les nations mange-
rout de la poussi&re comme le sement ›). Le Seigneur a re-
corrunandê a ses disciples de secouer la poussiere de leurs
pieds sur les villes qui ne voulaient pas le reccvoir. On •se
prosternait clans la poussi6re en signe de grande afflic-
tion. 1,a poussiere typifie donc un et•t spirituel Elle repre-
sente„ en taut que nourriture du serpent„ les pensees et les
ylaisirs dont. se nourrit l'hornme sernsuel rhomme externe et
degre sensariefl de resprit -quand l'homme s'est
detourne de Dieu pour s'attacher a la 4terre sum ilaquelle ne
fait que raper. La poussiere, sae sant ales. particules inorgani-
ques et separees les Imes des mares ide p&erre, de la torre,
des veg-etaux et des animaux iqui Ila torment. Ellie est nuisible
partout oft etle se trouve. Elbe empioisonne l'air Mile nous ide-
vons respirer, elle a.ifecite les pouffrions, eille 'vole sum les aiiles
du vent et pene.tre dams nos m,aisons, s'•end sizr notre
sa.lit nos vétements et, ide toutes mani6res, '011 pent dire
&elle qu'eille ,es• .une malediction. •ELle est trapfpant symbolic
de roe qui fait les idetioes de l'homme externe et sensoriel,
mais ansi de ice qui souille
II nous est facile de ,cornpre-ndre imaintenant ,Pourquoi le
texte biblique aioute pour definir cl'une :maniere plus complete
encore la malediction du serpent, clue J-ehovah rriettrait inni-
mitie entre la femme et lui, entre sa posterite et la sienne car
si, comme nous rayons dit, la i''‘emirne designe la volonte on
le propre de l'homrne, .cette volonte, quarici elle est regeneree
et qu'elle est devenue 1Incorporation du ibie.n, c'est-a-dire de
I'amour pour Dieu et le procitain, c'est •1 1 Eglise du Seigneur.
Un tres 'grand nioirnbre ,de passages ihibliques militent en faveur
de cette interpretation. Mails rien in'est aussi hostile a la crois-
sance et a la vie .de l'Eglise que 1.a preponderance dans son
sein de l'elernent sensuel. La -chair a des idesirs contraires
ceux de resprit. La sernence du serpent, -ou ce qui chez
rho-mule est ne de la piredorninence .de l'affect•on des sens na-
turels, &est en derniiere analyse le ,doute, fath.disme et l'incre-
dulit6. La semence de la femme on de l'Eglise, c'est la . foi
agissante ,dams et par .le Seigneur. Entre ces •eux posterites
r•egne et regnera torujours la Da us grande iniitnitie jusqu'a cc
que, coil-rime Ie proplietise le texte bibilique, la -posterite de la
femme qui est le Seigneur incarne, blesse an talon, -c'est-a-dire
crucifie quart a sa nature him-laine corporelae. detruise la
puissance p re. d oirri in a n te .du serpent par Pam v re in f iniment
glorieu-se de la redemption .du monde.
Qu.ant a la Ernalediiction prononfeee sur l.a fernume : <( Tu en-
fanteras ,aver idouleur )›, it s'ag,it de l'interpreter egalement non
pa-s scion la lettre, trials scion l'esprit. Nous connalssons, des
chretiens qui ne voudraient pour rien au .r•onde faire appel
aux decouvertes de la science ,medicale pour attenner les souf-
63

franoes de lenfanternent, pour la raison qu'lls contrevien-


draient a la volonte de Dietz qui a dit : oTu enfanteras avec
douleur Sur ice point, camate sur beaucoup , d'autres. les doc-
trikies -de la Nouvelle Eglise nous apparaissent beaucoup plus
rationnell•s et , conformes a Ia -nature que .nous pouvons nous
faire du Dieu Amour que nous adorons. Par creation
me avait etó forme de te1Qe .sorte q-u'il ipouvait acquerir
toutes 'connaissances ,nócessadres a ses besoins tout
comme les •abeilles qui savant ontrnent bestir leurs ceI-
lules et extraire le miel des fleurs. , Ce que nous. appelons
instinct, chez les animaux, West qu'une .contrefacon grossiere
de la 'perception .que l'homme -possedait par nature. Le Sei-
gneur .a donne a :plante la capaeite de choisir dans la terre
les .sues nom- riders qui con -viiennent a 'sa icroissance, a sa force
et a sots parfum. ii a enseigne au •oisson a traverser les eaux
de l'•cean et a rernonter tours .de la riviere qui I'a vu
nattre. Pourquoi done traite plus , defavorablement
l'homme, s-on enfant, retre gull a -cree a son image et scion sa
ressemblance ? Car it 'est a rernarquer beaucoup de points
de vue 'nous .sornmes mains privilegies semble-t-il, que bien
,

des animaux, et nous inclinons a penser (Jenne pat-eine ano-


mane a ipour .cause un dósordre quelconque ,survenn dans la
nature spirituelle de 1'hornme, .desordre qui n'est .que le resul-
tat d'ulne contravention de sa part aux lois hanmonie-uses ∎de la
creation.
En matiere .de resume nous disons done :
Avant Ia chute rhtimme ne ipensait que le Bien et le vrai
d'apres un influx du Seigneur. Ses affections se traduisaient
en , des yensees .de sagesse et .de verite tout aussi naturellement
que nos veux nous font voir la lumiere et nos oreilles enten-
dre les sons qui .les frap7pent, quand nos organes sort en
bonne sante. Ii Wen est plus ainsi imaintenant. Nous devons
faire .de continuels efforts pour acquerir des idees vraies et
justes sur tout ce qui se rapporte aux chases du monde -mate-
riel et reffort que nous clevons ifaire est encore plus grand
pour ob•enir une comprehension veritable .des lois de la vie
L'intelligence a beaucoup de peine a concevoir les
chases 'de fesprit„
Avant 'la .chute. les affection's de rhornme affittaient son en-
tendernent a tel point qu'il acquerait sans .diffieulte la °annals-
sance des lois du monde supersensible_ L'homrue se regardait
— 64 --

vrainient cotrnme un etre spirituel, un citoyen du ciel., aussi


bien ne se s.ou.ciait-ilguere que de cc qui se rapportait a son
Nen-etre spirituel. Il ignorait 'Fart d'ecrrre., .mais la. nature tout
entfere Jul pa•lait com-ine l'ecriture de nos Jours. Les arbres,
le.s plantes, les ileurs lui etaient ides, livre.s ouverts qui p•rlaient
ses facultes spirituel•les ; les oiseaux et les a•ifmaux incor-
poraient ses ipensees et ses affections. 14 Wavait pas plus de
difficultes A •cquerir les connakssances les plus &levees qu'il y
en a a respirer le iparfurn d'une fleur, on A cornpre•dre la
beaute d'un ,paysage. Chaque objet materiel lui &fait comrne la
description dune . parcelle queloonque de .l'arnour et de la. sa-
gesse du Seigneur. Partout it voyait dans la nature le sourire
de Dieu, rceuvre de la Providence. La luirnière lui apparaissait
curnnie la gloire de la ve"rite et de Ia sagesse divines illumi-
n•nt son entendcment. La vie lui etait belle, paisible, joyeuse,
chaude d'affections et riche d'eneouragernents.. Le voile de la
chair etait si: transparent pour .etait en communion ou-
verte a(vec :le ciel, les angers et rle Seigneur Tsui-rneme. Quel
terrible changernent la .decheance de nos lactates affectives et
intelleetuel•es n".a-r-elle pas oocasionne? Nous le realisons
quand nous ;:onstatons ("WU nous iaut faire pour nous
assimiler les enseignernents de la Parole de Dien.
En consommant le fruit defendu cie l'arbte de la corinais-
sauce du bien et du =mai, pour employer le Bang age paraboli-
true de la Gonese, les affections de l'homme se sont vicides.
depravees et perverties„ dc tette s•rte qu'elles sent devenues
hostiles aux enseignernents de la religion. Cest la cc fan:.
entendre par le banissernent dti Jardin d'Eden. Nos desirs na-
turels son• -contraires a ceax de ]'esprit et ce n'est qu'att 'prix
-de luttes pe-rsonnelles parfois tres .d-o-ull•urcuses que nous nous
reg:enèrons. La Bible ne fait -du com:mencement a la fin que
de nous parlor conflit terrible qui se livre dans le cceur do
rhorr•me entre le bien et le mai, entre le vrai et le faux. C'est
hien avec •doulcur que nous enfantons les honnes CelIVTCS quo
les verites spirituelles de la Parole dc Dieu nous suggerent et
notre vie 'est certes pas, comrne elle devrait rare, riche en

fruits utiles a •'avancement du .reg.nc de Dieu.

GUSTAVE
REGAMEY
Le [306Iuge et l'Arche de Noe

L'interpretation spirituelle du reedit du deluge .nous tznp res-


sionne Plus ou 'moires fortemenit, .surivant diegre d'importance
que n oUs attachons a la suprematie l'esprit sur :la tnatiêre,
de l'Ame sur le corps.
Les rpersonnes QUi .n'ont pas reflechi aux ,difficultes inextri-
cables que ,presente ('interpretation ilitterale de ce recit, celles
qui •'ont pas etc: rendrues attentives au fait que ila Parole ne
tradte en reallte dans toutes ses parties clue du Seigneur et
de son ceuivre sadkrifiq -ue, ides relations de il'atne avec son
Dieu, son Pere et son Sauveur. et nuallement de questions cos-
miques et Inaturelles, s'erfra-y- en•t et reculent pgairfois a Pottle
de cette :affirmation ide la Nouvelle Eollirse, a savoir que le
deluge ,n'a pas ete un deluge d'eau, mats un ,diSborde-ment de
perversites et de cupidites dans ilesquelles a firm l'Economie
Adamique (I).
La tin d'une Economie ou d'une .d'une Ere religieuse,
est souvent decrite dans ilia Bible sous l'image dOluge
ou .d'une orxdarticm.
Dares le setts interne de la Parole, • wins!' .que nous rayons
déjà vu dans une precedente etude, verite que vient de Dieu
scud est oonsideTee comme :u ne source cream vive, autrernent
dit, typifie de vrai lion le Seigneur. Mais nous avons
appris •iegallernent Q ue 4es correspondances du sens interne
sont generaJlement .doubles et qu'elles Tveuvent tout aussii bleu
signifier 'Ic .mail que lie hien, le faux que Ile vrai C'est le
contexte q•ui nous renseigne et qui nous fait cn'rnprendre quelle

( 1 ) Adam Wiest pas un homme, rnais une premiere humanite., tine


premiere Eglise, celle de l'Age d'Or. Voir notre brochure stir la
Clef hieroglyphique des Eeritures.
(') Voir notre coniC_trence s-ua- la Parabole de la Creation, page 22.
66
signfication bonne oulmauvaise, vraie ou fausse, nous devons
dormer aux expressions bibliques. Aussi l'eau, qui d'une ma-
niere generale .represente vrai selon le Seigneur, peut aussi
representer dans certains passages le faux qui lui est oppose.
Les eaux d'un torrent, d'un fleuve, d'un deluge sant done
des expressions bililiques qui, scion le contexte, signifent les
fausses doctrines .clui prevalent et submergent tout le bien et
tout be vrai peut y avoir dans noire arne. C'est une ex-
perience qua .chacun de nous s'est trouve a meme de realiser.
Ce fur ideja ('experience din psalimiste qun s'est eerie : (c Deli-
vre-moi, mon Dieu, car les ,eaux sent entrees jitzsgue dans
mon Arne, je suis ,au plus protonic' ides eaux, et les eaux debor-
dees tm'entrainent » (Ps. 69. 2). Ce cr1 eat bien celui d'urte
Arne angoiss-ee parse .cpu'elle se sent pres de suecornber a une
,red outabtle tentation. Nous trouvons la court de ce
remit ,dans Esaie (43 : oft ,notts ilistxus (c'est Jehovah qui
parte par la bouche de son prophete, en s'adressant a Israel) :
Si .to traverses les eaux, je serai avec toi ›), ce qui signitie :
Si to passes par !des ,coryfilits srpirituels qui scant de nature a
te submerger, je te protegerai.
.En comparant ties textes bibliques, on constate .que des ,pro-
phetes EstaIe (28. 2) et Daniel (9. 26) ont predit la fin de
l'Eglise juive en Ila .decrivent aussi SOUS iliirnag,e d'un deluge
ou .d'urne inomdation d'eau accompagnee de eirconstances ef-
frayantes. Or, l'histoire ne 'nous donne pas a connaitre , qu'un
deluge d'eatt naturelle ai t marque la fin de ll'Economie juive.
Elle nous apPrend, par contre, dans cruel &art de ,degradation
et de dévergondage moral et redigieux Vhnmanite etait plon-
gee a l'epoque du : premier avenement du Seigneur et .nous
savors que d'Eglise judaique elle-meirne se .trouvait alors dans
.les tenebres 'spirituelles 11 ,es plus ccxrnpiletes.
C'est .done .bien roet .mat cregaremenit, de p e rversite et de
• -

profanation: des verities spirituelles -clue les textes bibliques


corn-parent a un deluge destructeur, a .l'inondation d'un fleuve
ou d'un torrent ,devasteur (').

(9 C'est de cette .rnanie're Taut interpreter ce passage de


l'A-pocalypse de—jean -(12:15)':4c Et le`- serpent jeta de sa gueule de
l'eau comme un fleuve apres la femme, afin qu'eile fut entrainde par
le fleuve. Un fleuve sortant de la gueule d'un serpent ne peut certes
etre co ► pris que comma" a fleuve de faussetes, de calumnies, des-
— 67—

Nous ne pouvons dome accepter Ihistekre du ,deluge de Noe


que dans son sans symlbolique at .notre .etude nous fournira
en •faveur .ce (point 'de vue des arguments .nornhreux et
irrefutables.
y ait eu, vers la fin de }a Tres Ancienne Eglise, des
inorrdatilons , d'eau sur un •territoire ihabite a .eette epuque, nous
le croyons sans .peine ; mats ilia ,geologie nous enseigne qu'il
n'y a -aucune trace ,d'un deluge .universel sur iia terre (`).
fact •done nous rertdre a revidence •que le deluge ,ne nous est
deerit 'comma _ayanit ate unilversel et ,con me avant .couvert
les plus hautes ,rnontagnes que, paxce que ,eeitait d'usage des
hornmes primitils de se servir , d'un Ilangage , figure. Nous avons
dela eu l'occasion cl'affirrner que des 'furze premiers .ehapitres
de ila Crenese out ate .composes d'aores ae ilangage image qui
etaU cellrui des correspondiances ides temps ire's ,ancie-ns. Aux
,preuves clue nous en avons domes, nous •ourrions ajouter
les , considerations suivantes. Pas. pilus qu'Adarn,. les patriiar-
cies dont il nous est parole a.0 ehapitre cinq .de sla Genese ne
doivent etre ,envisages;,con-une des individus. Lours 110111S de-
signent les differentes 'phrases reliwieuses, les differents. etats
et qualiitt'..s pa.r lesqueliles •a passé il'Eglise Tres Ancienne ins-
qu'a l'Opoque de .sa firn. syrnbolisee par un deluge 4d'eau.
La Tres Ancienne Eglise, cornme cedes qui lui ont succede.
Annie-nne, Juive et l'Eglise Chretienne, a eu
ses modifications, ses ,denominations varees qui, les runes apres
les autres, ont joue deur role. Chacune de cues
representee par le, nom d'-un 'pariarche qui, pour cette raison,

tine a subtnerger la Nouvelle Eglise du Seigneur„ represent& ici par


une glorieuse femme revétue du soleil, qui await la lune sous ses
pieds. et sur la tete une couronne de douze etoiles. 11 est done indubi-
tahlement du style des Ecritures saintes de symboliser sous la fi-
gure d'un deluge ces torrents d'iniquite et de iunestes erreurs qui
surgissent a la fin (rune Eglise corrompue„coturne ils surgissent a une
,p6riode deterrninee dans 1a carrlere de chacun, pour eprouver la sin-
c4ite de riotre ioi.7). J. Bayley. The Divine Word Opened. Page 621.
Lin deluge asset grand pour couvrir les plus hautes monta-
gnes supposerait time hien plus grande quantite d'eaux que toutes
celles qui existent sur notre globe ; H y a done une impossibilite
adniettre le texte dans son seas littoral?). Ch. Humana
social. Page 327.
— 68 —

est dit avoir vecu p•usieurs 'ceintaines d'•nnees. Les His et


les fillies ,de .cesi patriarches personnifient les modifications
'que principtalle a snocessivement subies, dans le eours
des ;ages, jusciu'a sa fin. La. longuteur. de la vie de ces pa-
triarclics a forcemeat rendu perplexes ceux qui considerent

comme hitsorique-s ces. reeits 'dans un style •mythique (l).


C'etait la coutume, dans :les temps anciens, de grouper
sous un merne nom taus .ceux qui, en m•tiere de religion,
etaient d'un merne sentiment et :de les envitsager eomme un
seul Cette •coutume est d'ailtleurs restee longterrips en
usage dans les milieux religieux, subsiste dans une
certain mesure de nos mars encore.
L'Eglise ,de Noe, •on't Ile nom en hebreu signifie consola-
tion, ce qui indique bieri son caractere representatif, est done
une meiiileure que ceble qui preceded iltran&liatement
et d.or•t Fa fin a ete. signifiCe par le deluge. C'est une Ere
Nouvelle, tine Nouvelole Dispensation des verites de lla reli-
gion a l'illananit4 Ce n'est, par consequent, pas Noe.
en taut que personnage historique, que nous , devous attribuer
ce qui nous: est dit de dans la Paro!e, mais Dien a l'Egtise
qui 'poste .ce norm. Quand rclone nous lisons que Noe avait einq
cents a.ns engendra Sem, Cram e,t Japhet (Gen. 5: 3?),
cela ne nous se•ble pas etrange, puisqtell ne Das en
realite •'e....nfants au seas proore •de ce terme, tnais, comme
nous le oroyons, de .denorninations rel•gieuses subsequentes,
d'et•ts stpiriltuels suocessirfs Noetique., Nouts. ne
soimmes ipats 'non 'plus .etonnes de !la long.ue duree de vie de
Noe , dent ill nous est chit qu'il triourfrt age de neuf cent ein-
quan•te .ans, c'est-a-dire trois cent einquante ans aprës le de-

(9 On trouve la memo sirnilarite quant aux annees de vie des an-


cetres de l'hurnanite dans les recits mythologiques de l'Egypte, de
la Chine et de l'lude. Les premiers rois d'Egypte, d'apres la tradi-
tion, ont r6gria chacun plus de douze cents an& Les livres Chinois
attrihuent aux premiers hommes une daree de vie de dix-huit
cents annees. Quoin aux livres sacres des Hindoux, ils affirrnent
qu'A repoque de 1 .- ge d'or la vie huntaine Etait de quatre vingt a cent
mille ans. Un rot Hindou doit memo avoir vécu deux millions d'an-
nees avant de monter •ur le treme, avoir ensuite regn 3 pendant un
autre million d'attne'es, apres quoi ii abdiqua et vecut encore plus de
cent mille ans. J. Bayley : The Divine Word Upend, p. 600.
69

luge, si nous savons que Noe est le nom g&nerique de 1'Eglise


Ancie-nne. Nous le serions grandernent,

contraire, si, Par
Noe. nous devious entendre seal qui.; avec sa
aurait Ore satsv.6 du deluge, car d'apres 'les indicaitions
du chapitre onze de la Genese, Noe aurait encore vecti cent
ans apres la naissance de Terach, le pere d'Abra-
ham. Nous concevrions t que Tërach cut ête tin
idolatre, comine +les 'textes bibliques le dormant a entendre.
Alyraliam, rancetre du peuple ne semble pas avoir eu
connaissanoe du 'deluge et •ouptant, toujour.s d'apres clia-
pitre can 7de de la Genese, Sem, le fills de Noe, aurait ete con-
temporain d'Abraham lui-m&me pendant cent einquante ans
au ,moths.
isrous disc:pus .done que +chaeun des pe•rsonnages des onze
premiers chapitres ode la Genese, personnages que nous appe-
lons communement les p•at ria respreseutent des modi-
fications •su•ccessives •de la Tres Ancienne E.glise. il'Eglise
Adarnique et de '.'Eglise Ancienne qui iltzi su.cceda, ll'Eglise Noe-
tique, et cela au cours slams 'doute de siecles 7• -es nornbreux
pendant lesquels $1'humaniite avail eu 'le ternps +de se multiplier
sur la terrel.
D'autre part, comrne ,nous rayons deja vu •dans ,noire etude
sur l'Ablegorie du J•andin d'Eden, les nombres de 1+a Parole
ont, eux 0.116191, une signfication (`').1+Is !font rien
voir dans nos idees .d'esp.a.ice et de temps ; ce n e sont pas des
adjectifs .quantitaFtills, in-tais 'hien qualificatifs, et ieurs multiples

(I) Nous aeons dit qu'en hebreu •le nom de Noe signifiait consola-
tion. Void ce que M. J. Bayley a &Irk dans son ouvrage 4, The Divine
Word Opened au sujet des mains des patriarches, p. 602 : Le nom
de Noe, consolation, indique le caractere .representatif de ce patriar-
elle et vela surtout lorsqu'on le met en parallele avec ceux de la pos-
terite d'Adam (Gen. 5). Seth signifie mettre, placer ; ii indique sans
doute tine •estauration de la Tres Ancienne Eglise, apres la chute.
Errosh, malade (mortel), s'applique a une Eglise dont le deelin s'ac-
centue ; Kenau, lamentation maniteste un triste resultat. Viennent en-
suite Maltalaleel, illumination de Dieu, jered, ceiui qui a de l'autorittS,
et Hertoc, consacre. Ces trois IlOTTIS indiquent un reveii dans rEglise,
tin arret dans sa p6riode de d6cheance, par l'efficacc de la verite.
( 2 ) Voir nacre conference sur l'Allegorie dr, jurdirt d'Ederi, p.
— 70 —

ne font que souligner , d'une maniere plus intensive letur signifi-


cation. Six , cents a la nierne signi-fication que six, nombre qui
nous rappelle des• six phases de travail regenerateur par les-
quells dolt 'passer humairne avant de pouvoir realiser le
sabbat ou repos caeste du septierne jour (0. Les premiers
six cents anis de la vie ,de Noe, avant le deluge, signifient done
une periode complete de regeneration dans ale sein d'une so-
ciete humaine ce qui lui permit non sedlement d'echap-
per au terrible desastre moral et slpirituel 'qui mit fin a :l'Eglise
Adarrnique, mais encore et surtout ide devenir le noyau d'une
Nouvelle Eglise. il'organe de transmission de la part du Sei-
gneur d'une nouvelle ,dispensation des v.Orites de la religion.
Mais, •evenons au recit du deluge ( 2) et, tout en rerfutant son
interpretation littC.-raile, qui ne .nous est (l'ailleurs d'aucune
lite spirituelle, essayons de decouvrir queliques-turs .des pre-
cieux enseignements que rinterpretation du sens interne ;de ce
recut nous revede. Car, si nous .ne croyons pas a un , deluge
d'eau au sens inaturel de ce terme nous croyons que ce texte
sacre, comme eelui de toute la Parole, renfefrme,caohees sous
le voile de l'allegorie, des verites qui soot de ,narture a fournir
matiere a .notre edification. Preuve en soft la descrivticin des
trois sources ,du deluge imentionnees par notre texte. Qu'avons-
nous a retirer comme enseignements idat fait de savoir que ties
fontaines zdu grand abime jaillirent, que (les bouches du vie]
s'ouvirirent et .que 1Fa pluie tomba spendant quarante jourrs ? Ce
scent la :des expressions poetiques sans idoute, mais clui, au point
de vue de leur sens nature], n'ont rien a faire avec les expe-
riences .de ,notre âme immortelle. Interpiretons ,ces expressions
dans deur sens initerne et nous ne tafrderons pas a consarer
qu'elles revetent tine haute portee spirituetle. Le chiffre qua-
rante, ,dans la Parolle .de Dieu, est celud .des tentations. des
epreuves iperribles. Les multiples, ide ce nornbre ne changent
rien a sa signification ; ills Tie font que ('intensifier. Le .people

(') Voir notre conference stir la Parabole de la Creation, p. 19.

D'aprës la chronologie biblique, le deluge doit s'etre produit


vers l'an deux mille trois cent cinquante avant J.-C. ; it y aurait
done approximativement quatre mine trois cents ans. Or, les reeher-
\cites archeologiques ont permis de constater que eertains monuments
d'Egyptc datent de plus de six-mille ans.
— 71 —

d'Israel veicut quatre cents ans dans la servitude, en Egypte.


Moise a.vatht quarante ans 'quand ill recut vocation. II se cacha
pendant quarante 'arts .au pays .de IMardian. fI passa quarante
jours sur la montagne avec Dieu. Le peuple d'Israel erra qua-
rante ans dans le desert. Jonas recut a'ordre de precher que
dans quarante jours Ninive serait detruite. Jesus jeuna qua-
rante jours dans de 'desert out 'tut tente par le liable. Les qua-
rante yours pendant lesquels la rpluie du deluge tomba, jusqu'ã
ce que tout ce qui ,mouvraiit sur 'la terre, .oliseaux, ,betail, ani-
tmaux, 'reptiles et homilies eut peri, s'appliquent d-onc p ,e-
riode indeterrnmee de tentations terribles, et .d'inrulue.nces infer-
nales, 'que traverserent nle-s 'dernieres generations de la plus an-
cienne Eglise.
Voici ce que nous en dirt Emmanuel Swedenborg dans ses
Arcanes Celestes : m'est 'permis, avant d'aller 'plus loin,
de rapporter ce Call se passa 'dans anterieure au de-
luge. En general, !id en :a ete .de cette Egilse comme de ceIles
qui s'êtablirent .dans ila suite... les connaissances de la vraie
foi lurent talsifiees et corrornpues... illiomme de il'Eglise ante-
diluvienne concut, par la suite des temps, ,d'horribles persua-
sions et plongea les biens et les verites .de 'la foi ,dans
Ines cupidites. Ills avaient 'de tels penchants qu'ils s'etaient
bus de persuasions horribles eat aborndnables au sujet 'de tout
ce qui tombait dans leers pensees, en sorte qu'ils ne volt-
laient en then s'en •epartir, croyant meme,. tant &twit pousse
loin chez eux l'amour de soi, qu'ils etaient !presque des dieux
at que tout ,ce pensaient etait divin... Les caracteres
d'une .semblable persuasion n'ont jamais existé avant at de-
,

puis cette epoque chez aucune nation ; car Os portent en eux


la suffocation et la mod_ Lorsquliils iurent parvenus. au COM-
ble , d'une 'telle 'persuasion, ils se detruisirent eux-rnernes et fu-
ren• suffoque.s comme par une inondation qui ressemblait a un
deluge. C'est pour cela que leur destruction east comparee a un
deluge et decrite par de 'deluge scion la maniere de s'expri-
mer des Tres Amiens >, (A. C. 560-563).
Quand une Eglise itouche a sa 'fin, elle 'perverti't yla verite
pour enseigner .des traditions humaines ; ainsi des superstions
pueriles et qui revolitent la raison y abondent, tandis, que des
pretres indignes de Fleur nom et de leur ministere, inventent
des systeines qu'ils appeililent religion. mais qui ne servent
qu'ä obsicurcir lurniere divine de la verite. C'est alors que
des torrents d'iniquite se repandent, que des .1.ivres pernicieux
abondent, que le clerge est, sans oroyanee.. Et ic'est au moment
oh tine Eglise corrompue touclie a la ruine, que la fausse phi-
Llosophie essaie de prouver que l'univers West qu'une machine
agissant 11 en a elk ai•si vers miilieu du dix-
huitieme siècle. L'•niquite abondait alors ; la charite et la foi
avaient presque disparu ; les plaisirs etaient vioieux. Les phi-
losoplies niaient l'immortalite de !Fame. grande revolution
fraricaise vint alors comme un deluge fondre su'r la societe
corrompue, engloutissant tout l'ancien ordre de •hoses, et
preparant un ordre nouveau et meilleur
Le deluge de Noe a ere un deluge d'iniqtriLtes semblables. 11
nous est avantageux de le savoir oar nous iprofiterons des en-
seignements spirituals. de eette allegoric pour nous alder a tra-
verser victoriettsement les neures .sornbres des tentations, de
quefque nature qu'elles soient.
On a beaueouip discute pour savoir quedis ipouva•ent lien titre
(es Nephilim, dont it nous est pante au chapitre 6, v. 4. de mitre
recut, oh nous Ilisons : « H y avail en ce temps la des Nephilim
(des geants), et surtout apres que les fill's de Dieu furenint en-
fres vers lilies des homilies et eurent en,gendire avec eliles ».
La science .des correspondances nous enseigne que les fits
de Dieu personiiifient lies verites .oeilestes, les 'doctrines de la
foi, et les Jiffies des homers les affections oupides de l'amour
de soi. Vers la fin de l'Egitise Adamique, les antediluviens dege-
nererent an ipoint ale conjoindre leers oonnaissances des verities
divines a LIeurs cupidites mailsaines, autrament (lit, sous le cou-
vert de la religion, ills s'abandontierent a la satisfaction de Neer
egoIsme natural. ()nand l'horriine se per'met de justifier ses ou-
pidites par des enseignemeuts religieux, it en resulte des pra-
tiques orgueilileuses, insensees, infernalles et oeux qui agissent
de ila sorte sont appeles darts la Parole de Dieu des Nelphilirri,
des geants Cette figure biblique se retrouve dans
le - recut mythologique des geants, dont qualques-uns avaient
cinquante fetes et cent bras et d'autres d'anorrnes serpents au
lieu de jambes ( u ). Ces homilies tenterent ,paralt-iii d'escalader
( 1 ) Dr. 1. Bailey. Ouvrage cite.
Rien West plus interessant que d'andier la mythologic a l'aide
de hi science des corresponclanc-es, car elle fournit matiëre a des en-
seignements (rune grande valeur spirituelle. Nous puhlierons pro-
chainement tine brochure stir ce sujet.
-- 73 —

de ciel en entassant montagnes sur inontagnes. Mais ils - furent


vaincus par Jupiter a l'aide cl'Hercule. Letirs cinquante tetes
et leurs cent bras syrnbodisent l'orgueid de la prop re intelligence
et +la puissance. Le serpent, nous rayons ,vu dans notre etude
sur l'Allegorie Jardin d'Bden, represente le principe senso-
riel et par consequent infeirie UT de ,notre nature. Les serpents
qui servent jambes a ces geants clenotent gulls s'ap-.
puyaient s-ur 4e temoignage des sens dont is affectionnaient les
jouissances.
Nous avons dirt que la geologic affiTme n'existe - as
de trace d'un +deluge -universal sur +la terre. I1 s'en suit qu'un
certain nornbre de theologiens, dans l'inca.pacite o u ils sore t
de renoncer a leer idee .preconcue d'un deluge d'eau, ad met-
tent l'hypothese .d'un deluge partiell, lequel aurai't suffi plei-
nement au but Clue Dieu se proposait par ce chatiment. Its
flimitent aussi plc thelitre -de la catastrophe aux territoiires de
la Mesopotamie et -ses spays avoisinants, c'est-a-dire a la portion
de la terre alors 00cup 6e, - croient-ils, par l'humanite. Qu'il
y ait eu, nous le repetons, des inondations partieItes vers la
fin de +la Tres Ancienne Eglise, c'est uric hypothese fort plau-
+ce n'est pas de cette maniere que de re-cit du deluge
dolt etre interprets. Le texte +biblitque s'y oppose. Car enfin,
s'il ne s'eltatit agi que ,d'ulti deluge Ipartiel, ..pourquoi Noe au-
rait-41 employe cent ans a c-onstruire une creche pour s'en
preserver ? Pourquoi pias pfluteit quitte la region me-
nacee ? Pourquoi assembler les anirmaux et suirtout les oiseaux
pour les p reserver dans l'arrche ? Un deluge pantiel ne pourvait
pas neoessairement les cletruire. vls eussent p-tt se sauver
ailleurs >>. ( 1 ) En outre, et c'est la ice qui nous inspire la
pluis grande repugnance a l'endroit de d'interpretation litterale
de ce recit, quel profit spiritueil retirerions-nous du fait que
nous aitri-ons •poris que Dieu, se repentant d'avor cree
l'homme, Presdlut de le detruire ? La BibIle ne 11.011S
pas que Dieu 'West pas -fills des hommes pour se repentir ?
11 est la Sagesse .mere. Fl ne se met point en cote-re. 11 est
Amour. Dieu n'extermine pas de mechant. C'est toujours le
mechant qui se punit ilui-mënie en enfreignant ;les lois de
l'Ordre Mais le mechalit qui transgresse les cotrunan-
dements du Seigneur et quui sot fire de sa transgression atrtri-

- (') J. Bailey. Ouvrag e


- - cite_
— 74 —

bue a Dieu kle chatiment que Jul attire sa desobeissance. C'est


l'homme peolieur qui s'eloigne de Dieu et qui c-roit que Dieu
l'abandonne. Le moment est venu de renomcer a precher aux
Imes un Dieu qui pinta et se venge. Ce n'est ,phis par la
crainte que nous gagnerons l'hurnante aux verites de la reli-
gion. Nous ne sornmes plus a l'epoque de MoIse. Les verites
.doivent etre presentees de facon a satisfaire aux exigences
de noire developpement rationale] et spirituel. Nous. sommes
a Inerne de cornprendre que la Bible renferme des verites
apparentes ou relatives et des verites reelles ou absolues.
Elle nous ,presente une verrite apparente wand elle met dans
la bouche de Jehovah cette parole contraire a la nature di-
vine : « Je detrUivai, j'exterrniine)rai fl'horrnme de dessius la
terre ; je me repens d'avair cree il'hornme ». Elbe nous pkresente
une verite reelle quand elile nous slit de Dieu (Auld est Amour,
ne change pas, quill est le ,mane bier, aujourd'hui et
aernethlernent et gull n'est pas Ifils des hornmes pour se
repentir.
Pour nous, un deluge d'iiiniquites, un dabordement de me-
chancetes, une than-dation de farussetes resultant de la tr:Ins-
gressions des 'lois divines all benefice desquelles
Adamique avait etc pilacee, fut (-pour cette Eglise tut chatiment
s'est elile-rneme attire, MaiS un Chard:Merit plus terrible
qu' un deluge ;parce QU'iil atteignait
On a beaucoup arg-umente sur Ia reallite du deluge, du fait
que .le tradition d'u'ne calamité sembilable se retrouve cIiez
un assez grand nombre de nations de l'antiquite : des Chad-
deens, les Pheniciens, les Assyriens, les Babyloniens, les
Egyptiens, lies Mythologies greeques, romaines et scandina-
ves, les Perses, des Druides, les Hindous. les Chinois, les
Mexicai'ns et les Irldiens ,d'Arnerique nous en pargent. Mais
les recits du deluge. tells que nous 'les retrouvons dans :es
textes nacres et dans les mythologies de rantiiquite, p-rovien-
Bent tous d'uiie source commune, 'I'Aricienne Parole, Ocrite
d'apres les Corrondances et clue po.ssedait a ses debuts
I'Egflise Noetique. L'AinciellTIC Parole, ,oanrime d'aidleurs la
Science des Correspondences, s'est tpe-rdne ; . mais il en esit
rest& des traces .profondes dans pie domaiine des traditions
reiligieuses de toms les anciens peuples de l'Orient. Cette Pa-
role s'est ,perdue pnarce que la Science des Correspondances
a degenere en mythologic et en paganisme cormme nous l'avons
— 75 —

dit dans +la brochure que nous aeons publiee sur ce suiet (t)-
Mais LI est temps que nous abordions d'aut'res considera-
Exarninons, si Vous le voulez hien, ce que la Bible nous
slit de ll'Arche que No recut l'ordre de construire. C'est rendre
justice a Dieu Que de pr6tendre gull a du ifarNre construire
certte arche en tenant compete •de toutes .les exigences de
l'hygiene et de toutes les. conditions necessaires au bon entre-
tien de la vie dies etres nombreux qu'etle .devait contenir.
que constatons-nous ? D'abord, - Bien clue divisee en trois eta-
ges, cette anohe •'a qu'une settle lenetre placee sur le toit.
L',Otage supLerieur sett' pouvait donc titre eolaire, tandis que
les 'deux auitres etaient prives de lurniere. C'est dire que, si
nous acceptcms l'interp•etation litterale die ce recut, des mil-
hers de creatures, y compris Noe et sa familde, auraient (la
y vivre sans air et dans l'obscurite pendant toute une armee.
En outre, les dimensions de ce navire ne depassaient pas .150 in.
de longueur su-r 25 in..de largeur et 15 mi. de hauteur. En tenant
compete du fait pouir 1'arri-mage des aliments un
volum.e au minimum egad a celtii di' volume des anirna'ux,.
la Place qui restart a la disposition de tputes ces, creatures •
etait inierieure a celle Icrun ma sirede ,dirnension moyenne
taisant le parcours ,d'Europe en Arnerique. Iii suffit ide signaler
ees difficaltes pour reconnoitre que Ile seas littoral n< itre
texte est Unacceptable. On 'nous objectera petit-etre que Dieu
etait assez -puissant pour :faire entrer dans rarche un nombre
d'anirmaux plus griarnid que ri!e Ile comportait oelui de son ton-
nage, et ,ceila avec quonlite de nourriture qui leur etait
neoessalire. Mats ifl devient Mors impossible de dernontrer la
neicessite de irarche, ioar les animaux auraient tout aussi bin
pu entre conserves sains et saufs (par la puissance ,de Dieu. au
fond de la mor (rue ,dans rune allelic qui .ne pouvait des contenir.
D'auouns pensent ,qu'on peut se Trioquer de 'la pauvre et trniise-
rable .raison bruirnainie, quand on intenprete la. Parole de Dieu.
Mau s, ,a:gir ainsi, c'est Maine ides incredviles. La religion n'est
pas settlement la tineilllettre chose du monde, elle est ortoore
la chose Ia pllus riaisonnable. •ne saurait etre contraire
ra4Son sins are en mérne temps contraire a la sagesse
de Dieu. Relevons encore, taradis que nous en,sonnanes a pallier
des anirnaux dans ran:the, ilia grosse ithfolicuirte que s-ouleve la

e) L'Ancienne Parole. Agence des Publications de la Nouvelle Eglise.


76 —

questiOn ,de l'entretion des oannassiers qui doivent avoir \Teen,


e.ux ausS•, pendent toute une am-tee. texte ,nous dit pas
que1 genre de nourriture Noe a pli ileur .donner.
Essayons de nous imaginer enfin la multitude de miracles
in•ttles .qu'id a faidu accomplir pour qu'en Sept jou5rs les ani-
tnaux toutes les regilons de la terre aient 1) Ll etre rassem-
bles dans i'arohe (Gen. 7 : 2 et 4). Car enfin,.c,ornme le dit
si bien M. le Dr. J_ Bayley, dans son ouvrage sur ce sujet,
«Iles ours arctiques, les ren•nds ides zones glaoees deva-lent
corrime•cer tear voyage en traversant la mer au detroit de
Refiring, continuer leur chemin par des steppes de la. haute
Asiie. tout ceci en copotsition di..irecite avec toutes les lois de
Jew nature, et franchir ainsi des mildiers de kiflometre-s dans
une semaine. Le lama du Peirou, le tigre noir dc Java. Ft3le-
phant de 1' Inde. le singe des Iles ,de la mcr indienne, le
kango•rou •de l'Austradie, le grand ours fbrun de la Russie
de'vaient egallement trouver deur ,efiemin et quelques-u.is permi
eux franchir des rners immenses ; taus devaie•t voyager avec
une rapidite beaucoup plus grande que °elle de nos trains
express, afi-n ,d'arriver a temps pour se refugier dans Caliche
du salut. Et le nigault, comment a-t-il pu faire, lui qui ne
peat avancer que de quelques metres pair jour ? Puis les alli-
gators de l'Afrique et les tortues : ii deur aur•it bien fallu
changer ]ears allures. On ,conviondra que le sens littered donne
•eflechir, .car ill y a non seudement (la distance a parcourir,
les obstadles a v-aincre, mail encore 1e pen de temps accorde
pour effectuer de voyage et les diffictdtesi eli•ateriques pour
un grand nombre de ices animaux quit aTrivaient de leu•s froi-
des et duiintaines derneures pour et re tour ensemble en fermes
dans un vaisseau sans air et sans lumiere, place, dans une
region tres , thatide de la terre, dans un district situe entre
le Tigre et l'Euphrate
ale oas tenir cornate de ,ces dilfificultes et aompter le sons
litteral ,du •ecit du deluge seralit laire violence a notre raison
spirituelle. No-us t•refererions douter de NTISpiration de ce
passage des Ecritures. Car la grande qui predomine dans
tattles les oeuvres. de Dieu. •c'est ceille de la grande simplicite
avec ilaquelle elle s'accomplissent. Dieu .agit toujours de la
m•ni6re la plus simple avec -la moindre dépense de moyens.
Or, -clans 'le reoit ;litter-al ,du ,deilttge, r'es't de .contraire qui se
procluit. Pourq•oi Dieu •ttrait-i9 employe ,de si grands moyens
— 77 —

pour accornplir ce eut pu realiser beaucoup sim-


plement an rn.oyen de quelque gaz deletere : la de-struction
du genre 1n main ? En outre, iles anintaux .n'avagi•nt point fait
de mail. Des Tors, ipourquoi !les detruire ? A ctu.o1 •r6pond enfin
la -mecesisite de rnaintenir tine si grande trialskse d'eau stir la
terre. , pendant plus' nine anne'e, alors ciu'en moins (Flute heu re .

crirnmersion, toute vie aurait eite detruite ? Qu'aurait ete la


condition du monde . vegetal, s'il etait reste douze mois sous
!" e a u
NOUS' a vans d 'ern of i reconsitruis-ons.
,

Noe symbolise l'Eglise Ancienne, colle cru'on designee c(.4tne


l'Economie siprifritttelile tie !'Age d'Argent, celtle C1111 SLICCeda
l'Eglise Tres Ancienne, VEglis-e Adarrnique. l'Economie ce-
leste de I'Age cl'Or. 1 IIe rep.resente - tine deuxieme. *civilisation
de la Societe humaine qui cut, a l'origine tout an moires. pour
lien social, l'amour du vrai pour le wai.
Les chapitres six a dix de la Ge7.-tese deorivent les diffe-
rentes phases pair lesquelles, les horrnmes de cette Elise du-
rent rpo sseT pour se r-egen.erer, c'est-à-dire pour s'&lever, a
l'airde nine nouvehle. dispensation, de l'etat de naturalisTne
dans lequel l'humanite átait tombee, a retat spirituel ›5 ( 1)..
L1 nous est clit de cette Eglise (Gen. 6. 9) qu'elle êtait inte-
gre et juste tans. son temps, c'est-a-dire an lniilieu de la
-corruption ge•erale id'ialors qu'elle marohait avec Dieu.
V'oyoms ensemble 'comment !le Seigneur en facilita le moyeri.
11 est plusieurs fois fait niention dune arche dans la Parole.
Nous savoris quo Wise fut place par sa mere deans une arche
tie jonc sur 1;es eaux du Nit Les enfants d'Is-raöl recurent
l'ardre .de iconstruire une arche cnor et de la placer dans. leur
tabernacle.,.L'apiTitre Jean vi t, , dans sa vision sublime a Pat-
mos, -tine &robe dans le temple de Dieu, dans .le ciel (Apo c.
11 19). L'a.rehe est 1171 type symbuliique de r.Egitise en tart
que cette _derniere nous est run refuge contre ee Q.LiC
aeons c•onventt d'aPpeler nos deluges NIAritUelS. Nou.s sumlueS,
chacun de nous en pariticulier, appe/es a nous construire no-
tre arche. Les hornrmes , de Noetique recurent l'ordre
de se construire .une .arche en boils ide gopher. Ce be is est
une espeee de• . sa0inc res%ineuk. - bituarkineux et de pas grande

( 11 ) Ch. Humana. L'Evangile Social. p. 338.


— 78 —

valeur. typifie de idekre inferieur die refigion dle c-eux qui


sonxt maintenus dans l'ord-re, pair la crainte at resperaince,
mais non pas necessaire:ment •Iparr - .narnour du Dien, famour
pour Dieu. C'est tia religion de leenx qui craignent les punitians
et esperent 1.es recompenses, de •ceux qui ne fuient lie peche
que Dame gulls ne veulent ;pas en subir des consegences--. C'est
tine anch.e qui a. surtout pour .objet de saftwer de !a destruction
(ici clu .deluge) ceux qui la construisent. Beau:coup die guns
se •construisent de nos lours .1Alle arche sernbilable. Leur reli-
gion s'inspare encore et surtout des .desiirs egolstes. Ids sont
religie-ux parce gulls redo.uterrt les tourments de l'enfer at
parce gulls esperent jouir de la felicite du c'lea. Aussi biers
leer arctic Wet-A-elle .pas edifiee avec for celeste cornme ceide
&Aaron. L'anche do Bois de ,gopher symbolise done nine phase
encore externe et kilerieure de la regeneration die l'Egliiise
Noetique. Noe recut Vorldre de. la faire par acmes at de lui
-cionne-r trois cents kcenude es ide forigneur, .trente de hauteur et
ei quante , de la. rgeur. Ces tnesures sent symboliques.
La bonte, la verite et la saintete ,que •ossedai't eotte .Egaise
ses origines sont sign-it:lees par In longueur, la. largeur et
la hauteur de l'arche c ui deNlait avoir traits* &ages, trolls degres
die .hauteur, cormne pflus tard le temple de Jerusalem, Ces trois
degres c)orrespon.diont aux trois degres die l'esprit de l'hotrnue
qui sent lie 'celeste, de spirituel et le .nature], Its correspondent
aussi aux trois deux dans diesquels da religion. dolt pouvoir
nous introduire„ ainsi qu'aux trois degres de veiritels cmi se
trouvent rEglise, les verites superieures de la foil, qui
stimulenft, et affermissent not Peifiance, letS• vérit es rato-
in
miles qui- his-fallout neat re de-4r de vivre seI.on les cornman-
de.inents Ae Dieu et • leis verite's scientiliques CFI14 &raiment
satisfaction a notre besoin de cornpre-n-dre -que le plan natural
tie .1a creation est en harrnouie avec ara Teligion.
La 'fel-fare die il'arethe, rdunt l'insuitisanee - inous est incom-
prehensible si 1'611 envisage l'arche coimme untie construction
devient a .contraire adrniratiflement impressive
quand ort irenvisage ,comme representa.nit' la facuilte
tuedle de d'esprit ouverte a la clarte 'celeste qui vient d'en

h aut..
La parte sur le cote represente in vole -d'acces dans l'Eglise.
Elle syrnbodise la volionte idtecouter, l'obeissance eclairee qui
-

nuns guide .dans tout Foe. ,cpwe nous accepitons ou refnsc-ns de


7-"-- 79 —

faire„ c'est-h-dire dans '1a pratique des enseiig•ernents de la


vraie oharlite.
Tout est symboliique dans ce r•oit dont le seas interne his-
torique s'applique aux experiences relitgieuses de .l'Eglise
Noetique a ses debuts, Trtais dont .le sens spirituel nous fournit
cle precieux enseignernents ',pour la conduite de not re vi e d'en-
faints de Dieu.
One ireprese - ntent anianaux que Noe
No recut d?ordre de fake
entrer avec ilui clans farche ? Nous avons de.ia Int 'dans mitre
etude sur Ia Parabole de la Creation (i) (fulls re.preserrtent
nos affections. C-T.es affections, nous pcnivoins gross° modes les
class-er en ideux grandes it .te•aries : les bonnes qui sont
representees par 11-es anirmaux ,purrs et lets - inauvaises qui le sont
par Iles '.anirriaux iimpurs. Ne nous êtonnons pas d'armrendre
que Noe -re out Vordre de faire entrer dans Anariche egailement
des anianaux impurs. La conversion nest pas la regeneration.
N OUS ontrons 'dans du Seigneur — VAncthe — avec,
err ure, bi•.n des -pasSiions mauvaikes .Que•ceuvre de inoire
/regeneration doit -voir •dispairaitm g-raduelllernent. Mais l'Arche

nous net a 'Val:1H dIu dechaitiernent de Ia puissance du :mail.


susceptible -de troubler et de violenter -notre vie spirituelle.
C'est fla ce clue .signidie Via-nage de :la „subme•sion des plus hau-
tes montagnes par 'les ear ux delluge.
-Quaint au Mont Ararat sur lequel le _ reek biblique 'nous „dit
que l'Arche s'arreta, son nom -helbreu. si•nidie ,typidie
cette lurniere iT.Iteriettre, Ia. Write -divine, -qui inonde de ciliarte
I'ame vivifiee par Cantoru-r dries n. L'fiume qui realise cet etat
peut faire cornme - Noe, ourvrir 'I-a fenetre die VArche sur le
monde extérieur, , c'est-a-dire iehereller a se rendre cornpte
des possibilities qu'e]lle pent avoir, des apres sa conversion,
d'arifronter vie 'de Vaction exterieure dans -le monde. L'en-
voi du corbeau et , cetud ide Ira iociliambe •igurent deux etats
successifs de iregeneration. Les okeaux correspoildent aux
pen sees de l'hornine. Le iconbeau cr- cassanit et voraloe typifie
les sornbres pensees, les .faiolleux raisonnements, ' ,Ies fa-us-
setes idiornt VEgilise Noetique d..ut •oornirnencer par se dêbarrasser
pour eviter de S UCIC OITAIC r, e Ise aussi, aux terribles tenta.tions
dont l'e paroxisnre av,a t mis ifin a VEiglise Adamique.
prenons garde de ne pas laisser corbeau croas-

( 1 ) En .vente a notre Agence des Publications.


— 80

ser et •Irktne idevorer :le-s'elern;ents 'de . notre paix interieure.


Toutes ,pensees , de doute, 'de rnt"..4iance, de crainte, d'erreurs
ou de decouragernent sont cornrne des coups de bee de cet
uiseau , de Renvoyons le corbeau coimrne Noe. des que
nous le ipou.vorns,, La .00lombe,. reprOsente kpensees de
paix et - de .douceur, pensees de l'esprit qui regne dans le
L'envoil de cet oiseau sign le l'effort .que rAtme .fait pour
realiser son start de pcaix interieure clans le 'dornaine de la vie
active exterieure. Le retour dta colombe, •qui .n'• pas pu
trouver oft poser ;Ira plante de son pied, nous ensei-gne rin-
capacite dans la.quelile nous sogrnirnes tout Fd'abord .de trnduire -
d'enni)lee au deltors• les sentiments dent nortre &tile en voie
de regeneration se clederote dans • son that die oornrmuniorn avec
le Seigneur. Force nous est d'-attend re ,pour sept jou•s en-
core, C'est-A-dfitre -d'atteindtre un etrat de sanctification plus .

avarice. C'est Ia ce que signiffient lets seprt joiirs apres alesquels


la colcirthe„ lãchee de nouveau, revint vers tie sour avec me
feullile d'dtivier. Si nous ne reusslissons r.nasN dans nos 'premiers
efforts a vivre an dehors ila vie du ciel tease que nous la rea-
lisons .dtan.s nacre !for interiettr, nous reus•s•irons da.ns Ila suite. au
fur et a imesupe .que •noes -re-AT-Sen.-Am ruin etat plltus saint et p4us
parfait. 1L'image de la coilornbe quri ne revinrt pas asp-17es avoir
Ote 'Lichee une troisieine fois iious Ile donne a (..-ornryrentire.
11 vlaudrait rla peine dietudier dans ale detailll tout .le isyntbo-
lisnie de ce resit. Notts en retirerions des enseignetnertts sPi-
rituels (rune riches-se iprecieuse et 171 ,01-11S regresttons de ne pas
pouvnir le .faitre mainten,ant. Les experiences die Noe sont Bien
oelles 'humaine yuR findt par 1-ealiser A:tat de liberté
chretien.ne resultant de da (xmnaissan.ee de la verite qui affrati-
chit. Gette Arne ofrire alors an Seigneur .un sacrifice p r ujoing-o
de reconnaissance et, sur Ll'autel de son cceur, elle consacre
son Litreratetvr- toutes les bowies ,affections de sa volonte
et toutes les saines .pensees. -de sou eintendernent.

GUSTAVE
REGAMEY
Le Syrnbole de la Tour
de Babel

L'histoire de la Tour de Babel est une de celles qui ont le


plus captive notre imagination enfantine. Avec quel interet
n•avons-nous pas hi ou entendu raconter ce recit. Des horn-
ines, a une époque oft tous les habitants de la terre par-
laient tin meme langage, partirent de l'Orient et vinrent
s'ëtablir clans la vallee de Schinear. La, ils fabriquerent des
briques qu'ils firent cuire au four et dont ils resolurent de
se servir pour bestir une Tour dont le somniet devait toucher
au ciel. Leur intention &tall, par cc moyen, de se faire un
nom et de ne pas étre disperses sur les faces de la terre.
Mais leur orgueil et leur arrogance determinerent le Sei-
gneur descendre du ciel an milieu d'eux et ft confondre
leur langage de telle sorte que ne pouvant plus se compren-
dre, ils finirent par se separer les uns des autres et par
abandonner leur edifice en construction. En raison meme
de cette circonstance. cette Tour inachevee porta des lors
le nom de Babel, cc qui signifie confusion, parce que, nous
(lit le texte biblique, le Seigneur confonclit le langage
de ceux qui l•avaient commencee, et II les disperses sur
tonics les faces de la terre.
Inadmissible dans son sens litteral, cette histoire est dune
grancle richesse d'enseignements spirituels. C'est une para-
bole comme le sont les recits des otize premiers chapitres
de la Genese. Pendant de tres nombreux siecles, l'Eglise
chretienne a cru a l'historicite de ce recit, et les commen-
tatcurs bibliques se sont preoccupes de chercher l'emplace-
ment de la Tour de Babel quelque part dans la region de
l'Euphrate, comrne ils ont cherche d'ailleurs celui du Jardin
d'Eden.
D"apres la Bible annotee. on voit fort souvent repre-
sentees sur les 13s-reliefs babvloniens, des tours a trois,
cinq ou sept etages superposes de telle sorte que chaque
— 82 —

etage est plus êtroit que l'etage inferieur. On a retrouve


dit-elle, les ruines (rune tour de ce genre construite au
moyen ,de briques et de bitume sur la rive occidentale de
l'Euphrate, a l'endroit nomme par les inscriptions Borsippa,
au sud de Babylone. Cette ruine qui Porte le nom de Birs
Nernroud doit etre identique avec un temple de Bel. que
decrit Herodote, et avec un temple dedie a Bel-Nebo, dont
parle une inscription de Nebucadnetsar. Dans cette inscrip-
tion, ce roi raconte qu'il fit restaurer le temple des Sept
luminaires du ciel et de la terre, la tour de Borsippa, qu'un
roi ancien await fait clever sans l'achever et qui, des long-
temps, etait tombee en ruines. La 16gende arabe et le Tal-
mud identifient cet edifice avec in Tour de Babel. Mais
comme it etait en dehors de Babylone, d'autres preferent
rattacher la tradition biblique a )'edifice dont les ruines
immenses, sur la rive orientale de l'Euphrate, portent au-
jourd'hui le nom de Babel, car cet edifice etait situe dans
la ville meme. Il est cependant plus nature] d'en rester k
la premiere maniere de voir
Monsieur Jean Bost, dans son dictionnaire de la Bible,
adopte dgalement l'historicite de noire recit. Sous le titre
Babel (Confusion). Gen. 11., voici ce qu'il Cent : <4 Quel-
ques siecles apres le deluge, au temps de Peleg, les horn-
mes qui cornposaient la famille humaine ( 1 ) s'etant insen-
siblement eloignes du Mont Ararat ( 2 ) arriverent dans les
plaines de Sinhar. Plusieurs des descendants de Cam you-
lant, ce parait, echapper aux menaces divines ( 3 )

(1) Nous ne croyons pas a cette unique famine humaine. Comme


nous l'avons demontre dans notre conference sur le Deluge, Noe
est le nom d'une Eg]ise, d'une seconde dispensation des verites de
la religion dans le sein de d'humanite.
(2) Voir notre brochure sur le Deluge et I'Arche de Noe.
(') Le recit de l'ivressc de No et de la malediction de Cam est
syrnbotique. Cette ivresse decrit simplement retat de decadence de
l'Eglisc de Noe chez ceux qui sort representes par Cam. La male-
diction dont it est ici question est contraire au caractere mist:-'ricor-
dieux de l'Etre divin. I1 s'agit ia, comme dans un grand nombre de
passages bibliques on Dieu est represente commie ayaiit des senti-
ments et des pensees de colbre, de vengeance et de malediction,
d'une verite apparente.
— 83 —

dirigees surtout contre Canaan, chercherent a se procurer


un ascendant sur les autres membres de la famille. Aban-
dormant, en consequence. la droite vole, et refusant de se
conformer aux pieux conseils de leur aieul ( 1 ) qui leur
avail recommande un attachement sincere au vrai Dieu,
ils entreprirent de construire un vile avec une tour enorme.
Leur vrai motif Mall ForgueiI, l'ambition, le desir de regn.er;
le inoyen par lequel ils esperaient parvenir a ce resultat
&all la concentration de l'humanite en un merne systeme
politique et hierarchique, moyen infaillible pour eteindre
a jamais . la lumiere divine et pour etouffer tout developpe --
ment de l'Eglise du Seigneur. En general, on pent dire que
c'est clans la famille de Cam que le gouvernement patriar-
chal a, le premier et le plus anciennement, ete remplace
par line organisation politique sociale et monarchique ;
voyez les Egyptiens, les Hindous, les Chinois.
On suppose que c'est Nemrod (') qui concut le premier
de cette entreprise. Comme ils ne connaissaient pas
de carriere dans le sol fertile oU ils etaient etablis, ils cui-
sirent des briques ( 3 ) et se servirent de bitume en guise
de mortier.
La tradition porte que, pendant trois ans, ils ne firent
que preparer leurs materiaux ; et déjà depuis vingt-deux
ans, ils s'occupaient de l'wuvre de leur construction lorsque
I'Eternel, qui ne voulait pas cette agglomeration du genre
huinain sur un scul point de terre (') et qui voyait les sen-
timents d'orgueil, d'impiete, de stupidite qui presidaient
l'erection de cette tour gigantesque (') interrompit brus-

(')
Genese 10. 10.
Ce n'est pas l'unique raison. Au point de vue du syrnbo-
lisune, Ia Tour ne pouvait etre construite eii pierres, car la pierce est
le sytnhole de la ; la brique est celui cle l'erreur.
Nous nous expliquerons sur cette question quand nous niterprete-
rons notre recit d'april.-s son sens spirituel.
(I) Tres Bien renseignê, M. Bost.
( 5 ) On a calcule que Ia hauteur maximum d'une tour de calcaire
ne supportant que son propre poids ne pourrait pas dêpasser 125
nietres ; tine hauteur supCrieure, le calcaire se trouvant a la base
serait _ere-rase et la tour s'effondrerait.
84_ —

quement les travaux et, par sa toute puissance, fit echouer


le premier essai d'une monarchic universelle (') qui ne re-
ussira jamais que sous reconomie spirituelle du Sauveur
du monde. La dispersion des peuples et la confusion des
langues fut le moyen dont. Dieu se servit pour dissiper le
eonseil des mechants. On petit se demander si cette confu-
sion des langues fut in consequence naturelle de la disper-
persion des chefs, ou si, miraculeuse et subite, ce fat elle
qui obligea les travailletirs a se separer. La plupart des
savants (?) et des theologiens, rime orthodoxes, •ont admis
la premiere hypothese, bien que le texte biblique semble
favoriser davantage la seconde
Cette interpretation litteraliste d'un texte exprirnant, dans
le Iaiigage image des anciens peuples de I'Orient, des verites
d'ordre spirituel est, pour le moins, hien enfantine. Elle sou-
leve, comme ('interpretation litterale du recit du Deluge,
des difficultes insurmontables. Elle prete le flanc aux plai-
santeries acerhes des incredules. Comme le dit fort bien M.
le pasteur Dr. Bayley dans une etude sur cc sujet c'est une
idee extravagante de supposer qu'a cause de cette cons-
truction, Dieu descendit du ciel pour voir ce que faisaient
les hommes et gull arreta rachevement de leur tour par
un miracle. Qui pourrait expliquer pourquoi cet edifice
causait taut d'alarines, tandis que les pyramides hien au-
trement immenses, (puisque cette tour n'avait que trente-
sept pieds crelevation) devaient s'achever sans empeche-
ment. Si les Ecritures ne nous avaient presente cet ancien
peuple que comme voulant construire une tour pour at-
teindre le ciel, déjà le recit eut etC d'une croyance fort
difficile pour notre raison ; mais lorsqu'elles continuent
a nous dire que Dieu descendit voir et qu'Il jugea necessaire
d'arreter rachevement de cette tour en confondant le lan-
gage de ceux qui in construisaient, assurement, tout homme
reffechi doit se dire : ceci ne peat etre litteralement vrai ;
consequemment, il.doit y avoir une attire signification. Com-
ment, l'Eternel descend voir, parce que les hommes d'alors
elevaient une tour qui avait a peine la moitia de la hauteur

( 1 ) 11. ne s'agissait pas d'une hierarchic universelle, car la famille


de Cam n'avait pas pu s'asservir celle de Sern et de .16pliet.
-- 85

de nos cherninees modernes, et II fait un miracle pour les


empecher d'atteindre ainsi le ciel
De plus, ajoute M. Bailey, si cette histoire etait litterale-
ment vraie, qu'aurait-elle a nous enseigner ? Queue serait
sa morale ? Serait-ce que les homMes ne devaient pas &le-
ver cle grands edifices ? Mais des niilliers d'edifices Bien
plus grands que la Tour de Babel ont etc construits depuis,
sans que jamais la Providence soit intervenue pour empe-
cher leur achevement. Serait-ce que les horurnes ne de-
vaient pas bAtir pour se faire un nom ? Il est sans doute
mal de chercher en quoi que ce soit, une vaine gloire ;
toutefois, nous ne voyons aucune opposition de la. part de
Dieu A cette folic vanite. Serait-ce que les hommes ne de-
vaient pas chercher a escalader le ciel au moyen de cons-
tructions materielles ? Dans ce cas, inieux valait les laisser
continuer leur tour, leur folic insensee se serait guerie
; aussi, par rapport au recit de la Tour de Babel
(comme A ceux des premiers chapitres de la Genese), nous
dirons toujours au lecteur serieux de Ia Parole de Dieu :
Anii, monte plus haut
Monter plus haut, c'est apprecier dans ce recit un en-
seignernent Bien plus precieux que celui de son sens littoral,
l'enseignement qui nous revele son sens interne on spirituel.
Nous avons deja dit au cours de nos conferences prece-
dentes que les personnages mentionnes dans les onze pre-
miers chapitres de la Bible typifient - des etats spirituels
divers des Tries Anciens et des Anciens, des homilies de
rage d'or et de rage d'argent de l'humanite prehistorique.
Le chapitre onze de la Genese nous offre tout d'abord une
description de l'unite originelle de I'Ancienne Eglise, de
l'Eglise Noetique, en ma tii-'!re de doctrine et de foi.
Toute la terre, nous est-il dit, avait une seule languc et
les memes mots, cc que nous traduisons par n'avait qu'une
seule foi et une seule doctrine (`). Ce chapitre nous decrit
ensuite, symboliquement, la decadence de cette Eglise par
!'allegoric de la Tour de Babel.

(`) J. Bailey : The Divine Word Opened, p. 52.


( 2 ) La terre est le sol dans lequel Ia Parole de Dieu est sem6e.
Cf. Math. 13. 19. C'est le cceur de l'homme. La langue• et les mots,
Cest la Parole quant a sa doctrine.
— 86 --

A l'origine de cette seconde dispensation divine des verites


spirituelles, les hommes etaient unis entre eux par les liens
d'un amour mutuel et (rune bonte reciproque. Bien qu'il y
eux deja a cette époque cliverses formes de culte, la doctrine
etait la m'erne. On differait sans doute déja quant au lan-
gage, quant aux mamrs et coutumes, mais les nations vi-
vaient dans des relations fraternelles. On vivait dans. la
paix, sous l'egide du Seigneur.
L'image des debuts de l'Ancienne Eglise dans le sein de
laquelle regnait l'unite de is doctrine dans la diversite des
cultes se retrouve, nous dit Emmanuel Swedenborg, dans
le ciel ou sont assemblees des societes innombra.bles clif-
ferant toutes entre elles, mais ne faisant qu'un, car toutes y
sont conduites par le Seigneur. Swedenborg compare encore
l'etat de cette Eglise a son debut, a celui du corps de
l'homme dans lequel on constate taut de visceres et tant
de parties viscerales dans ces visceres, taut d'organes et
de. membres dont Fun agit de maniere differente de l'autre,
alors qu'ils forment un tout, une unite dans leur ensemble
par une seule ame. Car les forces et les activites du corps.
quoique differentes entre elles, sont neanmoins dirigees par
le seul mouvement du ccpur et des p-oumons. Si dans le ciel
ces societes peuvent agir ainsi en unite, cela vient de ce
y a un influx unique, que chacun recoit scion son genie.
C'est un influx d'affeetion qui procede die Seigneur.
11 en a done eta ainsi. de l'Eglise Noetique a ses origines,
y cut sans doute déjà antant de cuttes qu'il y
avait de genres de nations, qu'il y avait de families compo-
sant ces nations et qu'ils y avait d'hommes de l'Eglise.
Neanmoins ils avaient tous une meme doctrine, une ineme
Parole, its vivaient tous dans l'amour -nature! et la charite.
Ce leur etait un lien suffisant d'union. Lorsque la charite
domine la variete loin de desunir fait ressortir et appreeier
l'unite. On s'efforce de le comprendre a notre epoque. Il est
de fait que dans le sein rneme dune Eglise les ideas peuvent
v arier l'infini, mais l'esprit doit rester le rename, et dons
ce cas malgre la variête des formes it n'y a qu'un seul lan-
gage, celui de I'amour celeste. L'amour celeste est la cein-
ture d'or autour de laquelle toutes les pensees pures et
sraies, comme autant de perles precieuses, viennent :s'en-
chasser cet amour est le feu qui degage tout alliage, qui
— 87 —

eloigne tout ce qui est impur, et qui fond en un seul tows


les metaux differents qui autrement se repousseraient. C'est
cet amour qui harmonise tout. C'est cet amour qui accom-
plit la loi ( 1 ).
. Mais, lisons-hous dans le reeit biblique de la Tour de
Babel, it arriva que quand ceux-ci partirent de I'Orient,
nls trouverent une vallee dans la terre de Schinear et ils y
habiterent.
Orient (?) dans le sens profond. des Ecritures, c'est le
Seigneur et par derivation l'etat d'amour celeste procedarit
du Seigneur, de Celui que la Parole (Mal. 4 : 2) nous dit
etre le divin Soleil qui porte la sante dans ses rayons d'a-
mour et de sagesse, de chaleur et de lumiere spirituelles.
Partir de I'Orient est tine figure de langage destinee a nous
faire comprendre que les hommes de l'Ancienne Eglise
s'eloignerent peu a peu de la charite inspiree par le Sei-
gneu, qu'ils relacherent gradualement les liens de frater-
nite qui les unissaient. Le divin Soleil de Justice ne brilla
plus longtemps dans leer time. Leurs relations d'amitie et
de bon voisinage ne subsisterent que pour autant qu'elles
etaient inspirees par des interets egoistes, generaux ou par-
ticuliers.
La van& de la terre de Schinear, dont it est ici question,
symbolise un &at de vie d'un degre inferieur. Connne, d'a-
pres les correspondances bibliques telles que nous les en-
seigne Emmanuel Swedenborg, les montagnes signifient
l'amour et les collines la charite, pared qu'elles representent
les•choses les plus e'levees ou, ce qui revient au mere, les
chases les plus intitnes du culte, les vallees qui sont a.ux
pied's des montagnes signifient des etats inferieurs, des af-
fections naturelles et plus grossieres. Partir de I'Orient pour
aboutir dans la vallee de Schinear, c'est done abandonn-er
Tetat d'amour celeste et descendre dans les regions infe-
rieures de la nature humaine. Les verites des enseignements
spirituels et religieux n'êtant plus fecondees par Famour
pour le Seigneur et la charite envers le prochain, degene-
rerent en faussetes. Le fait qu'il nous est dit des hommes

( 1 ) .1. Bayley. Ouvrage cite.


() VoLr, pour le sens symbotique de cc textile, metre etude sttr
l'Allegorie du jardin d'Eden, p. 39.
88 ---

de cette (Toque qu'ils habiterent clans la terre de Schinear-


nous donne a entendre qu'ils demeurerent dans cet-etat
jusqu'A ce que le Seigneur vint les visiter. Its s'y forgerent
des doctrines erronees, ce qui nous est signifie par les bri-
ques qu'ils fabriquerent en lieu et place de pierres pour.
construire leur cite.
Alions, se dirent-ils les tins aux autres, faisons (les bri-
CM es el ctrisons-les cru feu. Et to briq Ile leur servit de
- pierre (t) Dans la Parole, la pierre signifie le vrai. En
raison mere de sa solidite, de sa duree et de toutes ses qua-
hies naturelles, c'est une matiere qui convient tout particu-
lierement aux fondernents et aux rnurailles des edifices.
Mais la brique qui est une pierre fabriquee artificiellernent,
signifie le faux, les opinions qui proviennent de l'imagina-
tion fantaisiste des homines dechus.
Ils prirent de meme du ['Hume an lieu d'argile, &est-A--
dire gulls se laisserent diriger par leur cupidite au lieu d'etre
unis par l'amour du Dien. Le bitume, cause de sa nature
inflammable, figure le mal de la cupidite.
C'est avec de pareils materiaux qu'ils se bAtirvut u.ne

(I) Le roe est d"abord rembleme du fait solide, inehrantlable, sur


lequel on pout s'aopuyer, pills de la verite revelee sur laquelle nous
devons Clever l'edifice de notre saint. Dans lAnc•en Testament,
Jehovah est frequemment nommé le rocher, mon rocher. le rocher
de mon refuge, le rocher d'Isra&l. .11 n'y a point d'autre rocher clue
notre Dieu». Nous chantons encore: «Du rocher de Jacob, route 1 70.3a-
vre est parfaite Dans leur long voyage &Egypte en Canaan, les
Israelites, dit Paul, « huvaient du rocher spirituel qui les stiivait,
et cc rocher etait Christ ». Le disciple qui he premier contessa Jesus
comme le Christ, -le Fils citt Dieu vivant v, fut en recompense appele
Cephas on Pierre, et son Maitre ∎lui dit : Tit es Pierre (ou plutOt
de pierre), et, sur cette pienre, je bfitirai mon Eglise
Ce roc est la doctrine fondamentale de l'Evangtle, la Divine hu-
manite du Sauveur. Sans doute, le bouillant aptitze ne se croyait pas
lui-mérne la principale pierre de Tangle », la « pierre vivante re-
jetee par les hommes. mais choisie et precieuse (levant Dieu la
pierre angulaire » stir !aquae tout hommc sage biitit -sa maison
pour qu'elle ne soit pas demolie par les eaux en furie et renversee
par les ouragans mais 11 personnifiait tnieux tu.ftin antre la toi
evangelinue, capable de braver tomes les attaques, et it representa
cette vertu. Aussi jotia-t-il cc role capital a rorigine de l'Eglise
tienne. Ch. Byse : Swedenborg. Tome IV. Avantages du sens spiri-
tuel. page 250.
89

ville avec une tour, c'est-Adire qu'ils se formerent une doe:-


trine dont le Principe directeur etait ]'amour de soi.
La vraie Eglise du Seigneur est la cite qui descend du
ciel : cite du Dieu vivant, la cite de verite, la cite de re-
fuge pour la Jerusalem celeste (Apoc. 21), et hien-
heureux ceux qui marchent A sa sainte lumiere et se prepa-
rent ainsi a pouvoir hahiter un jour les derneures paradi-
siaques de cette cite d'or et de peries. Mais lorsque les hom-
ilies se disent : Beitissons-nous une vine (font le sommet
soit jusqu'aux cieux ( 1 ), c'est l'indice de leur decision d'a-
voir un systeme a eux ; ils ne se contentent plus de la gran-
deur simple et vraie de la loi divine qui leur dit cl'agir
justernent, d'aimer la misericorde et de marcher dans l'hu-
inilite avec leur Dieu... Le pauvre savoir humain, si or-
gueilleux et si vain, s'agite et cherche a inventer des doc-
trines qui 1)ermettent aux liointues de garder le peche, tout
en leur garantissant le saint. L'Eglise est telle. que quand
la charite envers le prochain se retire et que l'amour de soi
prencl sa place, la. doctrine de fa foi nest rien qu'autant
qu'elle pent etre echangee en un culte de soi-men-te. Tout
hom.rne, lisons-notts dans les Arcanes Celestes de Sweden-
borg, qui s'anime par dessus les autres, non seulement en
vient a hair tous ceux qui ne le servent pas et a ne leur
etre favorable que quand ils sont devenus ses serviteurs,
mail encore it s'elance autant que les liens qui le retiennent
se reltichent, et it va memo jusqu'a s'elever au-dessus de
Dieu
Les villes ou Ies cites representent des doctrines ou des
systemes religieux. Ii s'agit ici de fausses doctrines, car,
pour la construction de la ville dont it est question, la bri-
que tient lieu de pierre.
Taus les enseignements qui, sous le couvert de la reli-
gion, tendent a exalter l'orgueil de l'hornme et a encourager
par exemple l'ambition doininatrice du clerge dans l'Eglise,
sont des briques d'invention humaine. L'edifice spirituel
l'erection duquel on les fait servir n'est pas la veritable -
Eglise du Seigneur, la cite protectrice des Ames que vien-
nent assaillir les tentations. C'est une Eglise dont Ia doc-
trine est .pervertie et Ia tour qui la cloinine represente la

( 1 ) Dr J. Bailey : Otay. cite., p. 109.


— 90

pretention arrogante de l'amour de soi. a La vraie Eglise


est representee dans l'Evangile par le Seigneur (Mania. 21.
33) qui planta une vigne, l'entoura a'une hale et y bath
une tour 1. Dans ce passage, la tour signifie la pensee ,ele-
vee des hommes spirituels qui representent cette Eglise.
Lorsquc les hommes prostituent la religion pour satisfaire
un orgueil insense, rien ne leur colite pour arriver a leur
but. Its s'arrogent la puissance de Dieu, et ils se mettent
en son lieu et place. Les offenser, c'est offenser Dieu ; les
contredire dans leurs dognaes, c'est s'attirer la plus forte
excommunication. Its pretendent que lcur pouvoir touche
au ciel, et ils en refusent l'entree a ceux qui ne veulent pas
se dire leurs tres humbles serviteurs. Telle a ete la pre-
tention merveilleuse de Rome, la Babylone de l'Apocalypse,
et telle a etc la Babel de in plaine de Schinear. Leur Ian-
gage est toujours Faisons-nous tine Eglise (une vile) a
part, clans laquelle nous n'admettrons que les amis de notre
autorite personnelle.
islais les ministres de la vraie religion imitent Celui qui
etait le serviteur de tous et qui disait e Apprenez de Mai
que je suis doux et humble de couur et vous trouverez du
repos pour vos antes (Matth. 11 : 29).
Ce bel enseignement n'empeche pas, cependant, les sec-
taires du pouvoir sacerdotal et les autoritaires de s'ecrier
toujours : Faisons-nous un nom, de pcur que nous soyons
disperses stir les faces de la terre ». (')
S'il nous, est dit du Seigneur qu'il descendit pour voir
cette ville et cette tour et qu'il grit et accomplit la decision
de confondre le langage des fils des hommes d'alors, cela
ne signifie pas qu'il faille interpreter ces paroles dans leur
seas litteral. Le Seigneur n'a as besoin de descendre sur
la terre pour savoir ce que les hommes y font. Il nbabite
pas quelque part daps l'espace, plus ou moms loin de cha-
cun de nous. II est partout et II volt tout. K Ou irai-je, dit
le Psaliniste, loin de ton Esprit ? fuirai-je, loin de ta
face ? Si je monte aux cieux, to y es. Si je me cache au
sepulcre, t'y voila. Si je prenais les Giles de l'aube du jour
et si j'allais demeurer a l'extremite de la mer, la-meme, ta
main me conduirait et ta droite me saisirait (Ps. 139).

( 1 ) C. Humann : L'Exangile Social, page 381.


— 91 --

Mais quand Men môme le Seigneur est partout present,


quand hien nacre it connalt ce qui se passe dans le secret
des cceurs, c'est une loi de sa divine Providence que les
hommes ne realisent pas constamment, ni pleinement cette
presence et cette connaissance. S'ils les sentaient et les rea-
tisaient, its souffriraient dans leur libre arbitre. C'est la
raison pour laquelle nous ne connaissons les attributs di-
vins que par la Revelation qui nous en est donnee clans la
Parole. La Providence ne nous rend manifestes les inten-
tions et Ies influences du Seigneur qu'apres qu'elles se sont
produites. II nous est done permis de penser, de parler et
d'agir en toute liherte, de faire le mal par consequent, mail
non pas cependant au dela de certaines limites. Quand nous
nous laissons alter a mesurer l'etendue du mat qui se com-
met stir la terre, nous sommes parfois enclins a croire qu'il
n'y a pas de limite a la mechancete des hommes. II v en
a une cependant et, quand elle est atteinte, le mal retombe
sur celui qui le commet. I1 semble alors que Dieu descend
pour juger et pour punir.
C'est la cc qui se passa pour les dernieres - generations
d'hommes de l'Eglise Ancienne, de reconomie Noetique
quand.ils eurent entrepris de reporter a soi le culte qu'ils
devaient au Seigneur. Leur culte fut appelê Babel. II de-
genera en idolfttrie et it s'egara jusqu'it clever au rang de
divinities que Pon adorait des hommes mortels et pecheurs
comme tons les autres.
Nous avons vu qu'a l'origine de l'Economie Noetique ou
de l'Ancienne Eglise, Men qu'il y cut déjà diverses formes
de cultes, les hornmes, spirituels de nature, etaient unis
entre eux par les liens d'un amour rnutuel et d'une bontó
reciproque. Its differaient cependant des homm.es de l'Eglise
Adarnique qui etaient celestes de nature et qui percevaicnt
naturellement les correspondances qui existent entre le
monde materiel et le monde spirituel. Chez les, Noetiques,
la perception fut bien remplacee par la conscience du vrai
et la connaissance des correspondances fut erigere en science
parce qu?elle devint une preoccupation de l'esprit. Y Dans
ces nouvelles conditions du genie humain, dit M. Ch. -. Hu-
mann, que nous avons déjà cite, la pensee devait faire un
effort pour voir la verite spirituelle a travers le . voile de la
verite naturelle. C'est pourquoi les postdiiuviens eurent la.
— 92 --

foi, chose nouvelle et inconnue jusqu'alors ; elle envelop-


pait l'amour ou la charite qui, anterieurement, suffisait
scale.
Cette connaissance des correspondances ainsi transform&
en science, fut non seulement connue, nous dit Swedenborg,
mais cultivee dans un grand nonibre de royaurnes ; elle
Cttait la principale science, la science de la sagesse antique;
mais elle se perdit depuis le commencement des temps his-
toriques. Elle etait bien CO/IFIlle en Asie, dans la terre de
Canaan, clans l'Egypte, l'Assyrie, la Chaldee, la Syrie, l'Ara-
bie, a Tyr, a Sidon ; des cotes maritimes, elle fut transpor-
t& en Grece ; mais I&\ elle fut changee en recits fabuleux
lets qu'en renferme in rnythologie que l'on doit aux
anciens ecrivains de cette contrCe
Comme nous rayons dit dans noire conference sur l'An-
cienne Parole ( 1 ), les hommes de l'Economie Noetique
rent iris au benefice d'une premiere Bible Ccrite d'apres
les Correspondances. Mais . cette Ancienne Parole se perdit
can meme temps que la science des correspondances, le sens
littoral de son texte avant 6E6 torture parce qu'on voulait
y trouver des arguments pour edifier la caste sacerclotale
destinee a dominer les cmurs et sur les consciences.
Le culte interne de l'Eglise Noetique se perdit par conse-
quent aussi. Seul le culte externe subsista. On perdit in Con-
naissance du seul vrai Dieu au sein de Presque toutes les
populations de l'histoire ancienne. Le peuple juif la con-
serva sans que pour cela son culte fut interne. Dieu se ser-
vit de l'Eglise juive afin que, par elle, In connaissance de
son nom fut niaintenue sur la terre, mais le peuple juif
n'adora le Seigneur que des levres seulement. Cette Eglise
fut uniquement representative et ne peul pas meme s'Clever
A in comprehension des representatils de son culte. Le reste
de l'humanite tomba gracluellernent dans l'idoliltrie et Ia
superstition. II 3- cut pour elle, suivant le langage biblique,
une veritable confusion des langues. Elk ne comprit plus
in religion dans son sens eleve et ne s'attaclre plus guere
qu'au merveilleux et au miracle.
La confusion des levres representent les differentes doc-

( 1 ) Voir 1'6tude que nous avons publiev sous cc titre.


93 --

trines qui surgirent dans le scot de l'hurnanite, phenomene


qui s'est produit et accentue graduellernent et qui s'est,
mL.,.intes reprises, repete dans le tours de l'histoire religieuse
de l'humanite. Car la Babel de l'Ancienne Eglise ressemble
etrangement a la Babel de l'Eglise chretienne. Et si son
histoire parait enfantine dans le sens de la lettre, elle est
dune grandc richesse d'enseignements quar k ] on ]'envisage
clans son sens interne et spirituel. Voici ce qu'a ecrit a ce
sujet M.le D' J. Bailey, que nous awns dejft cite : ,‹ Notts
ne pouvons avoir une image plus fidele de la Tour de Babel
que celle qui nous est offerte par l'histoire de la Papaute.
Depuis le concile de Nicee, alors que les hommes rejete-
rent la vraie pierre de fondation de I'Eglise qui est .2( que
toute la plenitude de la divinite habite corporellement en
notre Seigneur Jesus-Christ ., les chefs de 1'Eglise com-
mencerent a bestir avec des briques de leer fabrication l'e-
difice de 1 - Eglise chretienne ; its inventerent trois personnes
divines distinctes. puis une semi-divine personae comme
reine du ciel ; toutes sorter d'irnpostures furent produites
et activernent proper gees. La propagation de toutes ces pieu-
ses fraudes et de toutes ces abominables profanations de la
verite augmeiiterent de siecle en siècle, car toute opposition
Malt qualifiee de sacrilege et souvent etouffee dans le sang.
La convoitise de la domination, du lucre, et de la sen-
sualite fut le bitume qui fia ees briques d'imposture et la
tour d'orgueil s'êleva de plus en plus haut. Les papes s'ar-
rogeaient tout pouvoir spirituel et ternporel... et un systeme
en opposition clirecte avec la simplicite, la purete et la sain-
tete du vrai christianisme se repandait sur la face de la
terre. Les hommes ignoraient si cornpletement la nature in-
ternale du pêche qu'ils se persuadaient pouvoir obtenir le
ciel sans la pratique de la vertu et an rnoyen dune dona-
tion faite a 1'Eglise. Mais l'heure du jttgement arriva et,
lorsqu'on s'y attenclait le moins, la verite divine resplendit.
La lumiere se fit dans les intelligences preparees pour sa
reception. La Parole de Dieu est retrouvee et retiree de la
cachette oil elle gisait clans l'oubli. La Sagesse divine avait
ctit : Descendons voir la Ville et la tour que bfitissent les
fits des honunes et la foudre de la verite êclate, tout ]edi-
fice s'ecroule en ruines, et ruines i1 reste. On le croit capa-
ble d'offrir encore quelque secours au despotisme, et c'est
— 94 —

pour ce triste service gull trouve appui aupres des puissan-


ces seculieres
La tyrannie sacerdotale a ete bris6e, mais des sectes in-
nombrables se sont formees, saisissant des clogmes divers
et fondant des Eglises sepal-6es qui, pendant de tri.'s longs
sieeles, se sont excomrnuniees les ones les autres. Tout cela
est contraire a l'esprit de la vraie religion chretienne et it
est fort heureux qu'on y ait ete plus particulierement rendu
atentifs au cours de ces dernieres annees.
La journee de Pentecate n'a-t-elle pas ete voulue du Sei-
gneur pour marquer la fin du regne de la confusion et le
prelude du grand jour de la fraternite des peoples reunis
clans l'unite de la doctrine Bien que dans la cliversite des
cultcs pour ne former plus qu'un seul troupeau sous la hou-
lette d'un seul Berger. N'a-t-elle pas egalernent marque les
debuts de l'entreprise Nictorieuse du detremement de la sa-
gesse humaine et de rintriThisation du seul Dieu Sauveur
dans le ewur des hommes par ('operation du Saint Esprit ?
Que signifie le passage du livre cies Actes (2: 1-12), qui notes
fournit le recit de l'effusion du Saint-Esprit en cette re-
marquablo journee, sinon que la vieille histoire du feu des
passions malsaines dans lequel, pendant de si longs siecles,
les briques des fausses croyances. des traditions funestes,
des superstitions idolatres, de l'orgueil de clominer les Ames,
du zele de l'amour de soi, ont ete chauffees et durcies pour
edifier' cesse a nouveau la vieille cite de la Confusion,
cette vieille histoire. disons-nous, a trouve son autithese
benie clans celle du bapteme du feu du Saint-Esprit dont
les disciples du seul Seigneur et Sauveur Jesus-Christ ont
ete l'objet.
Le Saint-Esprit est descendu sur eux sous la forme de
langues de feu, symboles du zele ardent avec lequel ils al-
laient se mettre a rouvrage pour travailler a l'edificaticm
de la cite de l'Amour qui rapproche et rapprochera toujours
davantage en un seul peuple de freres. les hommes de toute
nation, de toute tribe, de tout peuple et de toute langue,
clans des sentiments d'adoration pour le Seigneur.
Cette histoire nous enseigne q -u'a•l'esprit impur et infer-
nal de Babel allait succeder l'influence paisible et celeste
du Seigneur Jesus-Christ, le seul Dieu des cieux et de la
ter re.
95 —

Le Saint-Esprit, &est in respiration de Dieu, l'emanation


de sa vie et de ses pensees d'amour et de sagesse. 11 doit
faire disparaltre la suit paienne de l'idolAtrie jusque dans
le sein de nos populations dites chretiennes. II fera venir
le jour radieux de in connaissance du. Seigneur, laquelle
remplira la terre comrne les eaux recouvrent Ic fond de la
mer. 11 edifiera parmi 1es hommes la ville sainte, in Nou-
velle Jersualem (Apoc. 21) dont les materiaux celestes se-
ront fournis directement par le Seigneur : les pierres de la
vC..rite et le ciment de l'amour fraternel. Tous les bourgeois
de la sainte cite on qu'ils se trouvent pourront l'habiter et
jouir de la sphere bienfaisante qui s'en degagera, sans 'etre
contraints, pour cela, de renoncer A leur individualite, A in
forme de leur culte, a la distinction de race et nationalite.
Its formeront ensemble sur toute in terre un seul corps, le
corps de Christ, un seul grand homme mu par lane seule
force, l'amour pour Dieu et pour le prochain, un seul or-
ganisme dont l'ensemble harmonieux de toutes les facultes
se manifestera dans in realisation du Royaurne de la paix
et' de la bonne volonte parrni les hommes.

GUSTAVE
REGAMEY
h't' LICEi