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A.L.I.:Cham ps spòcialisòs /Thòorie psychanalytique /Le psychanalyste estun m aātre quin'a pas κ

www.freud-lacan.com

A.L.I.

L'Association lacanienne internationale

Reconnue d'utilité publique

Théorie psychanalytique

Le psychanalyste est un maître qui n'a pas de disciple

Auteur : Charles Melman 22/03/1993

Je suis un peu surpris que, pour une raison qui m'échappe, l'atmosphère cet après-midi soit devenue un peu dépressive

Je ne comprends pas pourquoi, parce que le sujet de ces Journées, après tout, çe n'est pas " Le maître ", comme ça a été évoqué vendredi soir, ce n'est pas non plus " La transmission ", comme Gérard nous

l'évoquait à l'instant, mais c'est " Les disciples " - c'est à dire nous! C'est quand même un sujet plutôt

rigolo

Donc, je saisis mal pourquoi nous aurions à traiter cela avec plus de gravité qu'il ne faudrait.

D'autant que nous avons beaucoup de chance : nous sommes en train d'assister, vous et moi, à la naissance d'une discipline nouvelle, et vous savez comment il est aujourd'hui très difficile de créer une discipline nouvelle qui ne soit pas une simple plaisanterie. Nous ne sommes plus au XIXe siècle. Allez inventer aujourd'hui une discipline nouvelle! Eh bien elle est en train de naître sous nos yeux et elle risque d'être fort intéressante. Elle porte un nom, je l'ai baptisée en tous cas, elle s'appelle (c'est un nom si joli), la Discipulologie

Alors évidemment, on me l'a reproché tellement dysphonique, c'est horrible !

on m'a dit qu'est-ce que c'est que ce nom impossible ! c'est

Moi j'ai répondu : Mais ça va si bien avec la chose ! Et puis dans le mot, il y a lolo et puis dans lolo,

notre alma mater

ça va bien ! Et puis ça pullule évidemment aussi, comme il se doit

La discipulologie, ce qui me surprend, c'est que personne jusqu'ici ne s'y soit engagé. Car après tout, c'est très sérieux puisqu'il n'est pas abusif de faire remarquer que les disciples, c'est en général une catastrophe! Nous avons peu d'exemples, dans notre expérience et dans l'histoire, où les disciples ne soient pas ceux qui aient communément le plus mal tourné qu'il soit possible de faire. Ne serait-ce qu'à ce titre, nous qui sommes des disciples, cela mérite de nous questionner, de nous interroger et de nous demander pourquoi les disciples sont, le plus communément, dangereux.

Je me permettrai très rapidement, puisque mon ami Claude Dorgeuille m'a prié de ne pas faire un discours- fleuve (je lui ai dit " rassures-toi, ce sera un petit ru " ), de rappeler que, dans le premier exposé que nous avons entendu, celui de Dominique Arnoux, nous avons pu essayer de comprendre ce qui, après tout, a été l'aurore de l'enseignement.

1. Texte non revu par le conférencier

L'enseignement, on voit pas du tout pourquoi ce serait universel, obligatoire, ni même comment ça a été pensé, l'idée d'un enseignement. Puisque nous sommes tous faits essentiellement d'une manière dont évidemment nous ne savons pas comment ça s'est produit. Nous sommes tous les dépositaires d'un savoir essentiel, fondamental, celui qui nous guide dans la vie, de la façon si décisive que nous connaissons. De nos jours encore, il y a beaucoup de mères qui s'inquiètent du fait que leur enfant va être exposé à un savoir obligatoire qui risque de le dénaturer, ou de le transformer ou de le rendre stupide.

J'ai été pour ma part très ému d'entendre Lacan (

choc !) à la fin de son parcours, nous dire ceci : " Vous savez, finalement, moi, je me suis débrouillé dans ma pratique avec ce peu de savoir que j'avais de mon inconscient ". Je dois dire que pour nous qui sommes des élèves, et après lui, et de lui, pas seulement de lui, il est évident que c'est tout à fait dramatique d'estimer que tout ce qu'il pouvait nous dire en conclusion, quasiment, c'était que le savoir, finalement, qui comptait, était celui de l'inconscient, celui que personne n'a besoin de se voir enseigner : celui par lequel chacun se trouve possédé et qui va, finalement, l'agir quoi qu'il en sache par ailleurs. Qu'est-ce qui me permet, à moi, de penser qu'au moment où je vous parle, c'est autre chose qui m'anime ?

je pense que si vous étiez là, ça vous a fait le même

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Il y a donc ce moment où l'idée d'un enseignement a pu surgir, c'est-à-dire la constatation d'une ignorance, que finalement ce savoir inconscient n'était pas si satisfaisant que cela, et que donc l'on ne pourrait s'en tirer qu'à la condition de le savoir, ce savoir : " Connais-toi toi-même ", sache ce que tu peux savoir, sache ce que tu ignores.C'est le moment décisif de la constitution de la cité grecque. Il n'est évidemment à mes yeux pas sans rapport que l'idéal démocratique soit homogène avec l'émergence de ce moment tout à fait remarquable, tout à fait sensationnel. C'est-à-dire l'acceptation de la reconnaissance par chacun du fait que ce savoir inconscient, ça n'était pas le dernier mot, que ce savoir inconscient restait marqué par un défaut, une ignorance. Chacun avait à mettre en doute son savoir. Quelle marque de civilité ! Si parmi nous chacun était prêt à mettre en doute son savoir, ce serait déjà fantastique

Eh bien c'est cependant ce qu'ils nous ont montré et c'est de là que tout est parti, y compris notre réunion d'aujourd'hui, qu'ils n'avaient sûrement pas prévue mais qui était en clair inscrite déjà dans les conséquences.

En effet, la reconnaissance de cette ignorance qui entretient et anime le savoir inconscient suppose comme

postulat ceci, que nous pouvons dire maintenant (j'abrège, je vais vite, je cavale

Autre, il n'y a pas d'autorité qui vienne nous insuffler, nous imposer son savoir. C'est ça la liberté, la première, le premier sentiment de liberté que je puisse avoir, que je puisse prendre. Me débarrasser de la tyrannie, c'est cela : il n'y a pas dans l'Autre d'autorité sachante, ou d'autorité tout court (ignorante) qui m'impose, qui vienne me dire ce qu'est, ce que doit être mon savoir. Ce qui est remarquable, et nous

en sommes évidemment toujours là, c'est que la liberté acquise en ce lieu, à l'égard de ce réel, cette façon de se sortir de la barbarie, de ces Perses stupides et de leurs tyrans, de leurs satrapes, etc. - s'est trouvée en quelque sorte compensée, voire peut-être même détruite, défaite par l'accent porté sur un nouvel impératif, mais qui n'était plus celui qui venait de ce lieu, de ce réel, cet Autre, mais qui venait du signifiant lui-même.

)

que dans le grand

Je crois que c'est là que nous assistons à la naissance du concept, et en particulier de ce que Platon,

bon élève de Socrate ( c'est-à-dire pure catastrophe), en a fait. Je veux dire qu'à partir du moment où le concept prend ainsi cette force, les chevaux qui jusque-là se baladaient en liberté, dans les prés, ont maintenant à être fidèles à l'idéal de la caballéité. Ah, fini de folâtrer ! Il y a ainsi un idéal qui fait impératif, qui fait surmoi, qui est là, qui nous attend et que nous avons à accomplir - c'est-à-dire

à nous montrer évidemment sans cesse défaillants par rapport à lui, c'est-à-dire dans l'état de faute,

dans l'état de culpabilité que vous connaissez bien. Ce n'est pas lui (il est idéal!), que nous allons jamais mettre en cause

La leçon de Socrate, si nous essayons si rapidement, de façon si sauvage, de la ranimer un seul instant, c'est évidemment que lui, d'une certaine manière, n'hésitait pas à conclure sa quête sur des aveux d'impuissance, de dire " Voilà, je vous ai demandé ce qu'est la vertu, on en a discuté longuement, savamment, on a conclu quoi ? Qu'on ne pouvait pas le dire, on ne peut pas le dire. " Socrate n'avait aucune difficulté à faire avouer une impossibilité : on ne peut pas savoir.

Et les élèves eux, comme ça a très bien été dit, les élèves, eux ? L'élève, lui, il a écrit tout de suite Les lois. Ce qui est évidemment d'un tout autre ordre que celui de l'impossibilité de conclure

Le problème pour nous est que nous sommes en mesure de saisir ce qui est en jeu dans ce que l'on appelle un enseignement et la formation d'un disciple. Quelle est la structure, quelles sont les incidences ici en cause ?

Prenons ce que Lacan nous a enseigné : S2, c'est le savoir, le savoir inconscient, celui dont je parlais tout-à-l'heure. Mais évidemment, il ne le se sait pas, il ne se sait pas lui même. Et puis, pourquoi ne

pas le dire ? Il rate, il rate son coup. Alors que ce qui va se présenter comme maître pour l'enseigné, ce sera, bien au contraire, celui qui comme un bâton vient le frapper, ce S2 et lui dire " Non seulement tu dois savoir mais tu dois accomplir et réussir ", ce que nous écrivons S1. L'enseignement, la relation enseignant-enseigné, à mes yeux, (c'est en tous cas ce que je vous propose, aucunement pour que vous en

fassiez leçon et doctrine

à quoi ?

je vous le propose comme étant un élément de ma cogitation) va de quoi ? Et

,

Elle va d'une représentation imaginaire du phallus en tant qu'il se dérobe à la prise du symbolique et qu'il ne sait vraiment pas ce qu'il fait, qu'il est complètement idiot, complètement crétin, c'est vraiment un ignare, lui qui m'anime et qui me fait si régulièrement rater mon coup, elle va de cette représentation imaginaire du phallus, ce pauvre petit machin, elle va de lui à ce qui s'en autorise comme signifiant maître, comme S1, pour en quelque sorte lui imposer l'exigence d'une complétion, d'une complétude qui viendrait le guérir de son ignorance.

C'est pourquoi, me semble t-il, il y a dans la relation habituelle enseignant-enseigné, ce malentendu fondamental qui fait que, même si l'enseignant est celui qui prône, qui voudrait que triomphe pour ses élèves ce qu'il en serait d'une certaine disponibilité, d'une certaine liberté, d'une certaine aisance, voire comme Socrate de la reconnaissance d'un aveu d'impuissance, de non savoir, etc, l'élève, lui, le disciple, va transformer le savoir de son maître pour en faire inévitablement un discours maître, c'est-à- dire un discours qui ne vaudrait que dans la mesure où effectivement, il s'avèrerait susceptible d'un

accomplissement, une réalisation parfaite.

C'est pour ça que je disais tout-à-l'heure en plaisantant, et je crois que ça mérite de le prendre de cette façon même si les résultats ne sont pas toujours aussi légers, que les disciples, quel que soit l'enseignement qui leur est prodigué, sont en général des catastrophes. Puisqu'il y aura cette exigence, et nous l'avons vu combien de fois se manifester en politique, que le discours de la liberté se transforme inévitablement en un discours totalitaire; c'est-à-dire un discours qui veuille s'imposer par la force, par la violence. C'est immanquable ! Je n'ai jamais vu en tous cas que cela se produise autrement. C'est là que nous avons, avec notre modeste expérience, des petites choses, des petits bouts de choses neuves à faire intervenir, ne serait-ce d'abord qu'à propos de nous-mêmes, dans ce qui sera notre propre rapport à l'enseignement, au concept.

J'ai donné comme titre à mon propos, là, tout de suite, " Le psychanalyste est un maître qui n'a pas de disciple ". Soyez tranquilles, je ne l'ai pas inventé ! Cette phrase, je l'ai prise à mon maître

Absolument ! C'est Lacan qui le dit. Mais évidemment, on n'y fait pas attention

que c'est lui qui l'a dit ? Vous l'avez tous lu, c'est dans les premières pages du Séminaire sur l'angoisse

Est-ce que vous saviez

Pourquoi n'a-t-il pas de disciples, le psychanalyste ? C'est tellement clair ! Eh bien parce qu'un disciple, c'est quelqu'un qui organise sa compréhension du monde, et donc sa conduite, à partir d'un savoir, en l'occurrence celui de son maître. C'est ça, un disciple, ça n'a jamais signifié autre chose. Et comme vous le savez, c'est non seulement une physique, c'est non seulement une réthorique, mais c'est inévitablement une éthique. Donc un disciple, c'est celui qui se promène dans la vie avec un savoir, celui qu'il a pris de son maître et dont il affirme que c'est son maître. C'est donc du même coup, puisqu'il fait du savoir de son maître, ce ciel qui le guide, qui le dirige, il est bien évident qu'il est une pure catastrophe, le disciple. Puisqu'il vient évidemment répondre, guérir l'angoisse qu'est susceptible d'ouvrir en lui la dimension de l'Autre, du grand Autre - ça, il la guérit !

Mais c'est au prix de quoi ? Au prix soit d'une mortification, comme l'épicurien pour reprendre les exemples qui nous ont été donnés Samedi matin dans les exposés de Dominique Arnoux et de François Wolf. François Wolf s'étonnait que la doctrine épicurienne se soit transmise sans altération. Forcément, si on transmet une règle de vie, de deux choses l'une, ou bien c'est la règle, ou bien c'est la déviation par rapport à elle. Donc une fois que l'on transmet une règle de vie, elle ne peut se transmettre (si elle se transmet, et remarquons-le quand même, sur un temps relativement court, malgré tout) que non adultérée. Une règle de vie, c'est une règle de vie, vous lui faites confiance, vous vous donnez à elle ou pas.

Mais ça implique évidemment ou bien la mortification complète du sujet, ou bien la position que nous

connaissons bien et que nous aimons bien, qui est celle de l'hystérique. Hystérique, c'est-à-dire le sujet qui n'accepte pas la mortification parfaite, et qui dit " Eh, eh, eh, eh ! Et moi ? J'existe ". Mais j'existe d'autant plus que je suis battu, que je suis mortifié. C'est l'une des raisons qui fait que (hélas!) nous n'avons pas à attendre de la position hystérique le moindre mouvement émancipateur. J'ai déjà eu l'occasion de faire remarquer combien la position hystérique entretiendra toujours la position du maître. Puisque c'est en quelque sorte ce qui lui donne le bénéfice de l'ek-sistence, la douleur du même

coup, la joie de la souffrance, bonheur d'exister dans la souffrance. Mais

remarquer Lacan, la souffrance, c'est après tout, le seul témoignage que j'aie de mon ek-sistence. Est-ce

que j'en ai beaucoup d'autres ?

et alors ? Comme le fait

L'ek-sistence, c'est justement l'un des thèmes qui sera mis à l'étude, puisque nous souhaitons prolonger Cordoue, même si çela se fait en un autre lieu, le De anima d'Aristote, et la question de savoir comment cette ek-sistence, comment l'idée de l'âme est venue, de façon purement laïque, il faut bien le dire, se mettre en place d'une manière telle que la religion ensuite n'a eu qu'à la reprendre directement.

Alors, qu'est-ce que nous, nous enseignons ? Nous, de quoi sommes-nous les disciples ? Est-ce que nous sommes, finalement, des disciples comme les autres ?

, bêtise du disciple, cet amour aussi du disciple qui veut que le savoir de son maître soit un savoir total ? Lui-même en donne la preuve par sa propre existence, il s'est entièrement adonné à lui, c'est-à-dire mortifié pour lui. Dans cette longue histoire, car vraiment vous voyez de quelle façon j'abrège tout cela, il se trouve que nous, comme psychanalystes, nous venons introduire là une rupture, et une rupture assez sensationnelle, il faut bien le dire ! Nous sommes à cet égard, si nous sommes psychanalystes, essentiellement différents. Nous venons introduire dans cette question, dans cette longue succession, quelque chose de fondamentalement différent, même si nous nous autorisons et nous nous soutenons un peu de cette confiance que nous donne l'histoire de la pensée en nous montrant que, à son aurore, tout ceci était présent - même si ça a mal tourné du fait des disciples

Peut-être ! Pourquoi, après tout

de quel métal serions-nous faits, qui nous protègerait contre cette

Nous nous disons que ce que transmet une psychanalyse, c'est ceci de fondamental, c'est qu'il n'y a pas de tout, qu'il n'y en a pas, qu'il n'y a dans le ciel, ni sur terre, aucun savoir qui puisse prétendre me guérir de mon symptôme, celui que vous savez, qui s'appelle la castration, le ratage, etc, etc. Qu'il n'y en a pas !

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Ce qui a l'air, évidemment, d'être peu et qui est cependant énorme. Et avec cela, ce problème tout à fait particulier, spécial, - là aussi nous sommes originaux - c'est que ceci ne me donne pas pour autant quelque liberté supplémentaire, cela ne me livre aucunement à l'anarchie. Ce n'est pas le type de constatation qui me permettra de sortir du cabinet de mon analyste en disant " Ça y est ! Maintenant je suis "affranchi", pour reprendre ce terme, et j'agis à ma fantaisie ", (puisque la fantaisie, c'est le fantasme) : ce qui n'est que se trouver de nouveau contraint. Au contraire, cela va m'obliger, ladite reconnaissance, mais d'une façon tout à fait différente et qui fait appel à ma responsabilité de sujet pour reprendre le titre que Gérard Haddad nous a proposé pour son travail sur Cordoue, "la responsabilité

du sujet". Mais, la voilà

!

C'est-à-dire qu'à partir de là, j'ai à reconnaître - même si l'Autre n'ek-siste pas (à écrire avec le tiret, vous le savez) c'est-à-dire s'il n'y a pas dans l'Autre d'ek-sistence susceptible de me servir de maître - qu'il y a néanmoins dans l'Autre cet effet de maîtrise produit par le signifiant ; et que si je voulais agir avec le dit effet comme s'il était méprisable du fait de n'avoir pas de référent, de ne s'autoriser de personne, qu'il n'y ait en réalité personne pour venir faire révélation à son propos, que si je voulais me comporter comme çela, j'allais m'engager dans des types d'aliénation simplement, renouvelés, et peut-être encore plus lourds, plus pénibles, - c'est bien ce que la clinique nous montre - que ce que je croyais avoir gagné.

J'ai fait aux Journées de la Fondation Européenne qui ont eu lieu sur " La normalité comme symptôme ", un petit exposé qui s'appelait " Une interprétation de l'éthique de Lacan ". Ce qui m'a toujours soufflé

quand je voyais Lacan et que j'essayais de comprendre - car je vous assure que c'était énigmatique - c'est que, à l'évidence et comme il le disait d'ailleurs, il était parfaitement athée. J'en témoignerais s'il le fallait. Ce n'était pas obligatoire, il aurait pu être un excellent analyste et religieux. Il était athée

; autrement dit, pour ce qu'il en était de sa conduite, non seulement, il ne s'en référait pas à quelque

autorité dans l'Autre, mais je dirais aussi que sa conduite d'homme de plaisir, car ç'en était un, n'était pas non plus celle du défi jeté à la face de l'Autorité présente dans l'Autre vécue comme gardienne de l'interdit.Tout ce qui s'élabore au XVIIIe sur le libertin se présente évidemment dans une position de défi, voire même d'ordalie. Chez lui, çe n'était aucunement le cas. Il était tout à fait étrange d'observer une conduite distante de toute référence à quelque autorité dans l'Autre, et néanmoins éminemment ordonnée, scrupuleuse, soucieuse d'être conforme, d'une certaine manière, respectueuse - de quoi ?

, s'il n'y avait pas dans le grand Autre d'autorité susceptible de me mener, de me guider, de tracer mon

chemin, de me dire quelle est la voie et la vérité, néanmoins, il y a ces lois du signifiant, qui sont ce qu'elles sont, qui sont les lois de notre physiologie (et j'utilise à bon escient ce terme de

" physiologie ") et qui sont peut-être à respecter encore plus, sans la révolte de l'hystérique ou du

pervers, du fait que justement il n'y a pas dans l'Autre d'autorité à défier. J'entendais, j'essayais de comprendre sa conduite qui pouvait sembler bizarre, peut être même dans certains secteurs " réactionnaire ", comme on dit, ou traditionaliste. Je l'entendais comme étant ce fait que, si nous sommes les enfants du signifiant, il y a à en reconnaître les limites, et donc à en avoir l'intelligence, avoir l'intelligence de ses limites. Et puis à les respecter, puisqu'il semble que c'est en les respectant que je peux, le moins mal, réaliser une conduite congruente avec l'ordre qui me constitue, qui m'anime. Je crois que ce type de transmission fait que toute analyse est didactique. Si elle mène un analysant à ce qu'on peut considérer comme une fin de cure, c'est-à-dire au moment où il est susceptible d'accepter, peut-être, ce qu'il en est de cet état, alors évidemment, toute analyse est didactique. Il n'y a rien de plus enseigner, ni rien d'autre, ni rien de mieux.

Je crois pouvoir proposer, peut-être d'autres proposeront mieux

que ce qui le guidait, c'était ceci :

Le seul problème, c'est que pour l'enseigner, l'analysant nous montre de façon parfaite qu'il faut pour cela qu'il y soit poussé, qu'il y soit mené, qu'il y soit dirigé : qu'il y ait un maître pour l'y conduire. Car l'effet de maîtrise, l'autorité à laquelle nous nous référons ordinairement, c'est celle qui au contraire fait interdit, qui dit " Tu ne dois pas y aller voir, c'est impie " ou bien " c'est dégoûtant ". C'est ça le propre de l'autorité qui défend, évidemment, son statut, sa place. " Tu ne dois pas trop en savoir ".

Et voilà que le psychanalyste est, lui, un maître tout à fait original. D'abord un maître parce que, s'il ne fait pas entendre en cette affaire une invitation, une pression qui est celle du commandement, de l'autorité, il n'y a aucune raison de structure pour que l'analysant y aille. Au contraire, de structure,

il y a toutes les raisons pour que le voile de la pudeur vienne ici s'abaisser au premier chef, préserve la personne de l'analyste.

et le voile de la pudeur

C'est donc un maître tout à fait singulier puisque, comme j'essaie de le faire entendre, comme Lacan essaie de le faire entendre, c'est un maître qui d'une certaine façon vise à sa propre perte. Des gens

comme ça, y'en a pas tellement

obscure

y a des gens qui savent qu'il vaut beaucoup mieux rester élèves, nous les connaissons. On se protège,

justement. En effet, si on vient en position de maîtrise, avec toute l'ignorance qu'on trimballe avec soi,

est-ce qu'on n'attente pas à l'existence même de la maîtrise ? Nous connaissons tous les difficultés à

passer les thèses

Le propre du maître, c'est plutôt de chercher pour une raison également

obscure, car quelle idée que la place du maître serait la bonne! C'est tout à fait étrange! Il

Pas besoin d'en dire plus. C'est quelque chose de tellement actif, présent dans notre

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Donc, je crois que dans le champ de l'enseignement, de ce que nous avons à enseigner, etc, notre domaine vient introduire ou faire ressurgir un problème si joli, si beau, un problème que je crois intéressant. Nous avons parlé des élèves de Freud et l'un de nous a fait remarquer : " Oui, mais c'étaient des analystes ". Oui, c'étaient des analystes, sauf que pour eux, à l'évidence, le problème de la fin de la cure - ils en ont témoigné par leurs propres existences - n'était absolument pas résolu. Et, à l'évidence, pour Freud lui-même! Il est clair qu'il a fallu cet individu dont nous suivons l'enseignement, il a fallu celui-là pour que tout ça se mette un petit peu en place.

Pour que quelque chose, donc, se transmette, reprenons la question des élèves de Freud : qu'est-ce qui est

le préférable ? Etre l'enfant, l'ami, le frère, l'analysant ? Etre

position de Lou Andréas ? Qu'était-elle exactement par rapport à Freud ? Elle était dans une position Ça nous permet d'esquisser le problème du rapport des femmes à l'enseignement (je vais encore me faire

bien voir

elle l'incarne, elle le sait avant même celui qui l'articule. Évidemment, elle a besoin de quelqu'un qui

l'articule

? comment va-t-on qualifier la

!).

qui est qu'une femme n'a rien besoin d'apprendre, elle sait. Je veux dire que ce savoir,

ce n'est pas très satisfaisant !

Encore qu'il l'articule

De par sa position même, en S2, ce savoir, elle le sait. Malheureusement pour une raison qu'on éclaircira sans doute, qu'on dira un jour, elle ne peut pas le dire. Elle l'a dans son corps. Lacan ironisait sur le fait que ce soit Anna, la bien prénommée, qui ait été la gardienne du temple. C'est le résultat, nous le savons

Pourquoi c'est ce résultat ? Ce n'est pas un fils, ç'aurait été un fils, qu'aurait-il fait ? Un fils,

c'est oedipien

contre-pied, il dit le contraire; en tous cas, il fait problème. Mais une fille

c'est bien plutôt de témoigner que le savoir de Papa était merveilleux ! que le savoir de Papa ne laissait rien en suspens et personne de côté. Autrement dit que c'était un savoir si accompli que la fille est évidemment entièrement absorbée par lui. Je ne vais pas donner d'image plus précise de la situation. Ce pourquoi une fille va se porter ici garante de la parole du père.

C'est-à-dire que dans le meilleur des cas, il corrige, il se révolte, il prend le

Son oedipe à elle,

Pour ce qui nous concerne, nous avons une chance, et je conclurai là-dessus, c'est que les séminaires de Lacan sont dans un état voisin de celui des Ecrits d'Aristote. Autrement dit, ce sont des textes qu'il faut déchiffrer, et on est jamais tout à fait certain de les avoir parfaitement déchiffrés. Autrement dit, ils prêtent à interprétation. Ça, c'est une grande chance. Parce que si ç'avait été comme chez Epicure, c'est-à-dire un texte parfaitement établi par l'auteur lui-même

J'ai des séminaires que Lacan avait commencé à corriger de sa main pour qu'il y ait une version, je

dirais, canonique, oui, de ces séminaires. Je vous assure que la transformation de la parole en écrits qu'il en faisait, était admirable, c'était vraiment très très beau. Peut-être un jour, pourrai-je publier en photocopie les exemplaires où il y a de sa main les ratures et les corrections qu'il faisait, les reprises. Mais ce qui est remarquable, c'est qu'il ne l'a pas fait, finalement, il ne l'a pas accompli,

ça. Il l'expliquait en disant que ça le dégoûtait, " d'avaler son vomi ", enfin n'est-ce pas.

un tas de choses,

Mais finalement, c'est une grande chance. Puisque, si c'était un texte comme celui d'Epicure [dont] le sens était établi, il connaîtrait le même destin que celui d'Epicure, c'est-à-dire un certain nombre de gens qui suivent le sens établi, et puis au bout d'un moment, effet inévitable : on passe à autre chose. Mais dans la mesure où il s'agit d'un texte qui est ainsi originellement fautif, qu'il faut donc essayer d'établir (c'est comme celui de la Bible), - la ponctuation, les merveilleuses interpolations de la sténotypiste, toutes choses vraiment très plaisantes dans le texte lui-même dans la mesure où c'est donc un texte qui nous laisse la charge de l'interprétation, il risque, lui, de durer. Comme celui D'Aristote. Même quand on en aura établi des versions qui resteront d'ailleurs toujours un peu sur certains points, fautives, approximatives, ou ignorantes. Peut-être même y a-t-il des segments qui nous sont perdus, on ne saura plus ce qu'il a voulu dire à cette occasion

C'est notre chance, d'avoir affaire à un texte pour nous servir d'Autre, pour ceux qui veulent s'en servir comme d'un Autre, comme d'un Dieu Autre, d'avoir affaire à un texte qui est énigmatique, dont le sens n'est aucunement fixé, qui se prête à interprétation, mais il importerait que nous ne nous contentions pas de prendre la conduite des fidèles, mais que nous prenions la conduite de ceux qu'il a voulu former, c'est-à-dire que nous nous servions de cela même pour retenir ce que la psychanalyste a à transmettre, et ce que c'est, quelle est la position donc, du même coup, de celui qui a été formé.

Voilà, ces quelques remarques.

Je ne sais pas, il est traditionnel qu'après mon propos on estime que tout va bien et qu'il n'ait pas

de

Pas du tout !

A : Alors, est-ce qu'il y a des questions

B: Il y a une phrase que vous avez dite, que je n'arrive pas à bien saisir : " Il était parfaitement

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athée, il pourrait être un excellent analyste et être religieux ". Voilà, c'est ça que je voudrais, si vous pouvez me dire quelque chose

C. M. : C‘est tout ? Comment est-ce qu'on répond à ça

pas de bâton, je suis désolé, j'en amènerai un la prochaine fois.

est-ce que vous avez un bâton ? Non ? Il n'y a

J'ai pas voulu me livrer à une éructation. Déjà, la discipulologie

C : Vous nous avez parlé de Lacan, de son athéisme et de son adéquation, vous n'avez pas prononcé le

terme, par rapport aux lois de l'Autre, aux lois du signifiant. Votre manière de le présenter, vous en avez donné pour ainsi dire, une image, comment la qualifier, je n'oserais pas dire parfaite [?]. J'ai envie de vous poser la question, est-ce que dans ce tableau-là, il n'y a pas une toute petite faille, quelque chose qui ne serait pas conforme ?

C. M. : Ecoutez

je ne sais pas très bien ce que vous voulez dire par "une petite faille".

C

: Ou une grande

C.

M. : C'est plus précis, déjà. Non, [C'est une] plaisanterie. Ecoutez, comment vous dire, le problème

n'est pas d'en présenter une image avec ou sans faille, je ne crois pas que ce soit la question. Puisque

le problème était plutôt de témoigner que ce que Lacan nous enseignait, c'était la faille dont se trouvait

marqué quiconque est enfant du langage. Voilà ! Donc, aussi bien lui-même

aucunement, je crois, en cette affaire, de vouloir donner de Lacan le tableau de quelqu'un qui serait sans faille. Au contraire !

Donc le problème n'est

C : Alors, la question, une deuxième concernant les disciples. Parce que c'est vrai, on peut se demander

pourquoi le disciple est toujours, comme vous dites, catastrophique. De telle sorte que " disciple " devient synonyme de " servile ", et vraiment quelqu'un de servile, à la limite, il est écoeurant. Alors,

admettre

disciples de Freud qui étaient là suspendus, est-ce que Freud, dans sa pratique

l'analyse de l'Homme aux loups, il a carrément mené cette analyse comme étant Dieu le Père. Je veux dire que dans la mesure où Freud n'a pas pu ou n'a pas su se laisser choir, il n'a pas pu prêter le flanc, dans

la mesure où le maître

couple. C'est-à-dire que le maître, Freud, dans la mesure où il n'a pas pu se laisser choir, il se

trouvait avec l'Homme aux loups sur les bras et avec des disciples marqués éternellement, face à un

père

qu'on prenne la relève après lui. C'est très bien qu'il dise " Moi, j'aimerais qu'on prenne la relève ". Mais est-ce qu'il n'avait pas une responsabilité, c'est-à-dire une manière de se laisser choir, de prêter le flanc ?

Je pense

N'est-ce pas, puisque vous avez évoqué Freud et sa pratique analytique, et les

Quand on pense à

D'ailleurs j'essaie quand même de parler du maître, en l'impliquant dans le

J'ai du lire ça, que Freud, lui, n'a pas demandé, il ne demandait pas mieux qu'on le dispense,

C. M. : Le problème est le suivant : c'est que s'il s'était

allez m'en vouloir - de façon assez servile, les remarques que fait Lacan sur le problème, n'est-ce pas, mais comme nous faisons nous tous, nous n'hésitons pas, aucunement, à nous servir, et je me permettrait de rectifier ainsi le terme de " servile ", à nous servir de ce qui nous a été enseigné comme vous le voyez. Alors, le problème, je crois, de Freud, a été, je le suppose, de constater que s'il se laissait choir, ce ne serait pas au profit de la psychanalyse : ce serait au profit de thèses, de positions, de constructions qui écartaient de la psychanalyse. Je crois.

puisque vous reprenez de façon - oui, vous

C

: Laisser choir n'est pas démissionner, n'est pas renoncer, n'est pas céder

C.

M. : Non ! Dans ce qui était exceptionnellement sa position, où il venait conjoindre sur sa personne

un certain nombre d'instances, un certain nombre d'instances venaient se conjoindre en lui, eh bien il

pouvait craindre

que si il n'y avait pas son autorité, son pouvoir de maîtrise pour mener les gens où il essayait de les

mener, ils seraient de nouveau menés dans les chemins traditionnels, dans les chemins habituels, et qu'il fallait donc qu'il se maintienne. Je le suppose. Bon ! Ceci dit, je crois que ce que vous avez raison de

Ce dont Jung se plaignait, qu'il ne voulait pas remettre en cause son autorité, c'est

rappeler, c'est que le couple maître-élève est un couple malheureux - comme les autres eux, le rapport est plus réussi ? Il s'avère, à l'évidence que non.

Est-ce que entre

En effet, ou bien l'élève est vraiment extra, c'est-à-dire qu'il témoigne au maître qu'il en est un lui aussi. Alors là, qu'est-ce qu'il fait, le maître ? Est-ce que ça lui fait plaisir ? Est-ce qu'il s'en réjouit, est-ce que c'est pour lui le bonheur, est-ce qu'il a le sentiment qu'il a achevé sa tâche, d'avoir à côté de lui quelqu'un qui lui fait concurrence ? Hein ?

Il Devrait

(Ça, c'est encore une parole d'élève !)

Mais alors, dans le meilleur des cas, il fait quoi ? Il expédie l'élève en province

constitue un réseau ça.

Autrement dit, il

Je plaisante mais, enfin, ceux qui ont fait de la médecine savent que c'est comme

Ou bien alors, l'autre, l'élève, il aime tellement son maître qu'il reste élève, évidemment, il reste son

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élève. Non, mais comment il prend ça, le maître ? Est-ce qu'il le prend bien ? Pas tellement parce que, à quoi ça sert tout cet enseignement s'il reste un élève, indécrottable ?

Donc tout ça, évidemment, constitue le comique d'une relation aussi facilement sacrée, à dire vrai, où il

y a effectivement quelque chose de sacré qui est en jeu; et en constitue l'un des aspects comiques et sûrement, je crois, par nous, pas très bien résolu.

D : " Le psychanalyste est un maître qui n'a pas de disciple ". Comment pouvez-vous concilier cette position avec le désir exprimé par Lacan de fonder une école ?

C. M. : Alors je vais vous répondre : il fonde une école mais je dirais au sens, et il l'a dit

d'ailleurs, tout à fait antique du terme. C'est-à-dire pour avoir là autour de lui un certain nombre de gens qui travaillent avec lui la même question, avec lui, en reconnaissant qu'il y en a parmi eux qui en savent plus que d'autres. Il y a dans un groupe, dans une collectivité, il y en a qui en savent plus que d'autres. C'est pas pour autant que ça les met dans une position, forcément, de maîtrise, ni que ça oblige, je dirais, à ce que des élèves se constituent comme tels. Mais il a appelé à la constitution d'une Ecole, c'est-à-dire de gens rassemblés, je dirais, autour du même puits, autour du même trou. Et certains parmi eux se trouvant comme étant plus capables que d'autres, plus savants que d'autres pour alimenter cette source. Il est bien évident que ce n'est pas au niveau de ses pairs qu'il allait rencontrer la moindre audience. Car, allez proposer ce type de programme à des gens qui sont vos pairs ! [lacune]

C. Stein :

publiquement comme n'étant pas de ses disciples. C'est donc [?] pour prendre ici la parole, moi qui ne me dis pas lacanien. De ce que je dois à Lacan, dans le numéro d'Etudes Freudiennes qui reproduit les Journées consacrées au thème " Lacan lecteur de Freud ", vous pouvez trouver un petit texte de moi dans la discussion qui s'appelle, dont l'intitulé vous fait part de ma dette à l'égard de Lacan.Elle n'est effectivement pas celle d'un disciple au sens où vous dites que les disciples sont une catastrophe

Or il se trouve qu'à ma connaissance, je suis le seul que Lacan ait jamais désigné

Mais ce que je regrette de ne pas avoir pensé à l'occasion de ce colloque-là, qui a du se dérouler il y a un an ou deux je crois, c'est de ne pas avoir pensé à ce que je vous ai dit incidemment Vendredi dernier, avant-hier soir, à savoir, bon, il s'agissait de Lacan lecteur de Freud et je vous ai parlé incidemment de l'importance de prendre en considération au chapitre de ce qu'on appelle et de ce que Lacan a revendiqué comme son retour à Freud, le retour de Lacan à Freud, c'est le retour de Freud chez Lacan. Car c'est ce processus-là qui est au fondement de la transmission de la psychanalyse. Enfin, je ne veux pas insister là dessus.

Je veux simplement profiter de ce que je me suis senti autorisé à prendre la parole. Si je me mettais comme ça à commenter tout ce que tu as dit, je parlerais pendant dix ou vingt minutes; mais je veux poser une seule et unique question que j'ai notée : tu as dit et je crois d'ailleurs que je l'ai dit au cours d'une discussion, il me semble, que toute analyse était, en principe, didactique, c'est-à-dire que dans la mesure où il s'agissait d'une analyse authentique, elle était didactique. Et tu as ajouté fort pertinemment " Il n'y a rien de plus à enseigner ".

Mais là se pose un problème et je vais te poser une question sans te demander, peut-être

pas que je [?] la bonne réponse et peut-être ne l'as-tu pas pour l'instant non plus, une question à mettre

à l'étude. Tu dis " Il n'y a rien de plus à enseigner " et tu ajoutes " Il faut toutefois qu'il y ait un

maître pour l'y conduire ", y conduire l'intéressé. Alors c'est ça qui fait problème et la question que je

te pose est la suivante : ce maître qu'il lui faut à ce titre, est-ce le psychanalyste de l'analysé, de l'analysant, appelez-le comme vous voudrez, que tu désignes par là, ou est-ce un psychanalyste tiers ?

moi je ne dis

C. M. : Eh bien, merci, merci Conrad Stein ! Je crois, si tu veux, pour prendre la chose, pour te

répondre par le biais suivant, je crois que nous avons un rapport essentiellement pathologique à tout ce qui est maîtrise. Je crois que rien chez nous ne suscite plus facilement le symptôme que ce qui est maîtrise. Puisque nous savons que dans un cas ce sera le transfert, c'est-à-dire la haine, et dans l'autre cas ce sera la rébellion, c'est-à-dire la haine encore. Et nous savons pourquoi, puisque la maîtrise que nous subissons est pour nous l'agent d'exigences impossibles à satisfaire, jamais satisfaites, et source également de commandements parfaitement contradictoires et ainsi de suite, et que la maîtrise est également garante de notre échec. Et donc notre réponse par le symptôme est inévitable. Le seul problème, c'est qu'on pourrait penser qu'à la fin d'une cure, nous soyons en termes plus pacifiés avec ce qu'il en est de la maîtrise; et cela à partir du moment où nous sachions la placer là où elle est., et à la reconnaître pour ce qu'elle est, détachée de toute la pathologie, au sens paqoV, enfin qui habituellement l'environne et que nous puissions, nous soyons capables de la reconnaître comme l'un des effets du signifiant, l'un des effets assurément aucunement contingent mais nécessaire, et que nous ne gagnons jamais rien ni à vouloir l'esquiver, ni par notre pathologie.

Alors, maintenant, à ce qu'il en est du déroulement de la cure, est-ce que c'est l'analyste qui doit l'exercer ou est-ce que c'est un tiers ?

Notre physiologie ne nous incline aucunement à régler notre compte avec ce qu'il en est de la maîtrise. Notre physiologie nous incite essentiellement à trouver des accommodements avec elle, une bonne place, une place de gradé, par exemple. Puisque le propre de la maîtrise est précisément de faire interdit, de faire

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interdit au savoir, à y aller voir (que le roi est nu, par exemple). Et donc si, dans la cure, l'analysant ne rencontre pas ce qui d'une certaine manière chez l'analyste, vient non seulement l'autoriser à y aller voir, mais fait éventuellement pression d'une façon, je dirais, aussi arbitraire qu'était celle de Lacan

Par exemple, pour ceux qui l'ont connu, c'était indiscutablement un type [?], sur ses analysants. Il ne

laissait pas une cure suivre, aller à ce qu'il en serait d'un cours naturel. Puisque justement ce qu'il en

est de cette nature nous est connu qualifier de forçage ou de contrainte.

Et donc il exerçait assurément, il exerçait des effets qu'on peut

Et pour reprendre ce que j'ai déjà raconté de nombreuses fois ici, et qui donne le sens du titre de sa revue : " tu peux savoir ". Autrement dit, " n'aie pas peur de savoir, tu peux ". Et ça, ça impliquait bien de sa part, directement et sans référence à un tiers, que son propre désir de savoir fasse office de moteur, d'impératif pour son analysant. Avec des résultats que l'on peut discuter. On peut estimer que c'était pas la bonne technique, on peut tout à fait. On peut discuter pour savoir s'il y en a une autre, si on peut faire autrement, ou s'il ne faut pas le faire.

Mais déjà un travail comme celui qu'il avait publié, qui s'appelait La direction de la cure, je me souviens parfaitement de toutes les réticences que ce titre avait provoqué. Simplement l'idée qu'il n'y avait donc pas un cours naturel et spontané à la cure mais que l'analyste avait à la diriger; ce terme de " direction ", de " directeur ", un " directeur de cure ", et non pas dans le sens de quelqu'un qui serait venu, comme le faisait Freud, injecter du sens et des interprétations, mais disant simplement, " Là, tu n'en es pas au point, tu refuses d'aller voir, tu refuses de savoir. Tu m'as demandé, tu as voulu venir en analyse. Eh bien, fais ton travail, moi je suis d'accord pour faire le mien. J'accepte à l'avance les conclusions. Mais vas-y ! "

Je ne sais pas si certains qui sont là et qui furent sur son divan me démentiront, mais je crois que c'était l'un des grands traits de sa technique et sûrement un trait original.

Maintenant, il y a cette question, en passant, si tu le permets, pour reprendre ce que tu disais au sujet du non-disciple, il y a évidemment la question de savoir pourquoi parmi les élèves, il en surgira toujours un pour dire " le successeur, c'est moi ". Quelle est cette place qui vient ainsi régulièrement émerger et qui vient faire dire à l'un d'eux " C'est chez moi que c'est passé. La transmission a été faite, le Maître ressuscite. Regardez! Il est toujours là ! " ?

C.

S. : En somme, il s'agit de savoir si c'est toi ou moi

C.

M. : Exactement ! Parce que un tel dispositif, cette idée qu'il y aurait une exclusivité de la

transmission, et qui évidemment était éminemment anti-lacanienne, l'idée qu'il y en aurait un qui serait celui qui, elle ne peut venir que d'où ?

Elle ne peut venir que d'une disposition en miroir. C'est la disposition en miroir qui est la seule, d'un point de vue, toujours, de structure, à justifier la prétention de quelqu'un à dire " C'est moi et pas un autre " : puisqu'il suffit que l'on entre dans un autre registre que celui de l'imaginaire, mais celui du symbolique, pour qu'on entre dans le registre d'une succession et d'une diversité. Ça n'est donc que dans le champ de l'imaginaire que peut se produire une telle illusion. Celui qui dit " C'est chez moi que ça "

s'est effectivement

C. S. : Est-ce que je peux t'interrompre pour une petite question ? Est-ce que tu ne penses pas que cette

illusion est nécessaire au bon fonctionnement de tout psychanalyste, quel qu'il soit ?

C.

M. : Alors là, tu m'embarrasses beaucoup

parce que je vais répondre non.

C.

S. : Moi, j'avais répondu oui

C.

M. : Ben oui

Et c'est évidemment un problème important, c'est un problème important. En tous cas,

, dans le fonctionnement de notre groupe, jamais ceci, jamais ceci n'a prévalu, l'idée que nous serions dans notre groupe les vrais lacaniens. Jamais ! Et je dirais, au contraire, nous avons toujours eu à l'égard de groupes différents, même hostiles, nous avons eu la position qu'après tout, ils peuvent avoir leur idée sur la question, et que s'ils existent, c'est que cette existence était possible et donc nous n'allons pas la contrarier. Mais la prétention à dire " Nous sommes les dépositaires du vrai savoir du maître ", je crois que, de façon fort heureuse, nous nous sommes tenus à l'abri de cette affirmation.

tout-à-l'heure, tu t'es livré

j'ai partagé ta boutade sur le " ou toi, ou moi ". Je peux t'assurer que

C. S. : Oui, mais là tu n'es plus dans le registre de l'imaginaire. Dans le registre de l'imaginaire, que

toi, tu dises " c'est moi le seul ", que moi je dise " c'est moi le seul " ne s'excluent nullement. C'est ça que j'ai voulu dire en disant

C.

M. : Je comprends.

C.

S. : En disant qu'à mon sens c'est la position nécessaire au fonctionnement d'un psychanalyste [?], se

considérât-il comme le plus modeste. D'ailleurs je ne pense pas qu'on puisse fonctionner comme

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psychanalyste en se considérant comme un psychanalyste modeste. pour ses patients, on est le psychanalyste, le seul, l'unique.

C. M. : C'est

intéressant.

E : A cette question de la direction de la cure et du commandement, je pensais qu'il y a quelque chose qui ne peut pas s'apprendre, qui ne peut pas venir du maître et qui ne peut être qu'une décision de l'élève, c'est de se départir de cette timidité de l'élève, et comme vient de le dire Conrad Stein à l'instant, que quand il est en place d'analyse, qu'il s'est décidé à être à cette place, qu'il y a que lui à ce moment-là qui puisse faire les choses. Et je pense à ce que peut constituer dans le parcours analytique et d'élèves, le fait de prendre les formules du maître qui mène à une politique de Gribouille, mais au bout du compte, d'en tirer des conclusions et de se dire qu'il n'y a que soi qui peut être là à ce moment-là, et comme le dit Freud dans Au delà du principe du plaisir, dans un article qui peut-être positionne différemment la question du réel pour lui à partir de ce moment-là, essayant de mettre en place l'idée que ça ne peut pas s'arranger de toutes façons, il dit " Ce qu'on ne peut pas faire en volant, il faut le faire en boitant " et que par conséquent, cette décision d'aller faire les choses même si c'est par rapport à l'idée qu'on peut se faire du maître, on aura toujours l'idée qu'on va le faire en boitant, mais cette décision d'aller faire les choses en boitant, ça ne peut pas s'apprendre, il me semble

C. M. : Tout à fait d'accord. Je ne crois pas que le propre du maître ce soit d'apprendre à ses élèves à

boiter et je crois effectivement que c'est à chacun d'eux de trouver leur propre pas, fût-il boiteux, je suis tout à fait d'accord avec ce que vous dites. Absolument !

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