NOVEMBRE 2013 / n°190 / 1,70 €

Pendant notre congrès, la vie continue !
A l’heure où vous recevrez cette Feuille Verte, nous serons à quelques jours de notre congrès (1). C’est un moment important pour EELV. L’occasion de faire le point et de débattre sur notre fonctionnement et nos orientations politiques, mais aussi sur notre place dans la société, notre action au gouvernement, au parlement, dans les instances locales. Et nous espérons que nous serons nombreux à nous retrouver à Besançon les 16 et 17 novembre prochains. Mais ces échéances de notre mouvement ne doivent pas nous faire oublier que de nombreux sujets plus ou moins polémiques, traversent cette fin d’année 2013 : la politique de l’immigration à travers l’affaire Leonarda, la fiscalité écologique avec la taxe poids lourds (écotaxe) qui vient d’être « suspendue », l’avenir des retraites… Sur tout cela, la politique du gouvernement est loin d’être claire et on a bien souvent une impression de pilotage à vue. Nul doute que de tout cela aussi, il sera question au cours de notre congrès. Sur tous ces sujets les écologistes se démarquent parce qu’ils proposent des solutions globales et non au coup par coup. Nous savons que le plus gros du travail n’est pas de mettre en place techniquement nos propositions mais de convaincre de leur bien-fondé et de combattre les immobilismes. Alors oui les écologistes, peuvent, doivent, au gouvernement, au Parlement, dans les collectivités locales mais aussi dans le tissu associatif, rappeler que chaque action, chaque décision doivent être regardées à travers le filtre du bienêtre commun et de l’intérêt des générations futures, et non de l’intérêt d’une catégorie. Oui, les écologistes ont toute leur place dans notre société, ils doivent partout, en s’appuyant sur des exemples concrets, des réalisations exemplaires montrer que l’écologie c’est possible, c’est souhaitable, c’est la seule voie pour le 21e siècle.

Brigitte Monnet et Bernard Lachambre
Cosecrétaires
(1) Ou plutôt de NOS congrès puisque nous tiendrons les 16 et 17 novembre à Besançon notre congrès régional et notre congrès national décentralisé (voir une petite notice explicative en pages intérieures).

Sommaire
P 2 : Léonarda : les déboires d’une politique de l’immigration P 6 : L’immigration et son langage P 9 : Budget 2014 : des choix fiscaux désastreux P 11 : Canis lupus est revenu P 14 : Livre: Un homme parmi les loups P 15 : Vive le Québec laïc! P 16 : Suisse : non au Gripen P 17 : Science et écologie P 19 : Un peu de poésie? P 20 : Calendrier vaccinal : des changements P 21 : Echotidiens P 23 : Congrès : motion régionale P 25 : EELV : comment ça fonctionne P 26 et 28 : Manifestation contre le gaz de schiste (photos)

Léonarda 2

LES DÉBOIRES D'UNE POLITIQUE DE L'IMMIGRATION
L'affaire Léonarda nous permet de mettre le doigt sur une politique de l'immigration désastreuse qui instrumentalise les Roms et dont les médias se font le relais sans vouloir approfondir le cœur du sujet. Il faudra se battre en effet pour que le bien-fondé de cette politique soit examiné. Du point de vue de la logique préfectorale, il est clair qu'il y a eu une bavure dans l'exécution de cette expulsion, car au lieu d'agir ainsi, le préfet aurait pu attendre quelques jours. Tous les enfants étant en vacances, l'expulsion aurait eu lieu sans aucun problème et personne n'aurait bougé le petit doigt. Il en aurait été de même si la police avait attendu le retour de la sortie pédagogique et procédé à l'arrestation de la famille une fois Léonarda rentrée au CADA (Centre d'Accueil de Demandeurs d'Asile) de Levier… Mais c'était rater l'avion de 13 heures...

Grain de sable
C'est sans doute le grain de sable qui est à l'origine de ce dérapage « technique ». Il est probable que le préfet n'a pas eu à intervenir davantage, mais peu importe... De toute façon, cela reste un camouflet quant à l'objectif de son action : expulser avec discrétion. En effet, un travail « bien fait » aurait voulu que tout ce scandale médiatique soit évité, non contre les expulsions en soi, mais contre une expulsion « sale », indigne des socialistes, qui aimeraient se distancier d'expulsions « à la Sarko » et pour ce faire réclament des expulsions « humanistes », plus douces et plus dignes, sans remettre pour autant en cause le dogme de l'expulsion lui-même, bien entendu. Or c'est pourtant la question politique qui se pose… À quoi servent ces expulsions propres ou sales -, dont le coût est exorbitant et l'effet désastreux sur des enfants ? Quel est donc l’objectif réel de ces expulsions fortement médiatisées, qui ne changent pas la tendance des flux d’immigration ?

Que cherche-t-on en continuant dans cette voie ? Sans compter l'absurdité, à propos de Léonarda, qui consiste pour la France, à investir durant presque cinq ans dans la formation d'une personne qu'on décide soudain d'expulser dans un pays dont elle ne connaît pas la langue et où elle est sûre de rencontrer de véritables problèmes d'intégration. Elle est ainsi renvoyée à sa vie de paria européen... destin séculaire des Roms. Quelle logique, quel gâchis !

Revenons sur les faits
La machine s'est emballée seule, car l'interpellation devait avoir lieu le matin pour mettre la famille dans l'avion à 13 heures. Comme Léonarda, qui n'avait pas dormi au CADA, manquait à l'appel, les policiers ont cru bon d'agir dans l'urgence pour la retrouver avant le départ de l'avion, où les places étaient réservées. Tout a été donc fait pour la retrouver coûte que coûte et respecter l'heure de l'avion et en cela satisfaire la hiérarchie.... Ainsi qualifier a posteriori cette action de simple « manque de discernement » sans aller plus loin, permet de ne pas mettre en cause l'approche de l'immigration en invoquant la loi qui n'a en fait été ni violée ni respectée mais utilisée à minima, et au détriment des personnes. C'est pourquoi, on ne peut jamais affirmer qu'une expulsion est « inéluctable », car l'expérience au CDDLE (Collectif de Défense des Droits et Libertés des Étrangers) montre qu'il y a d'autres recours possibles après l'échec de la demande d'asile et en l'occurrence il restait encore un recours à déposer. Rien n'est jamais inéluctable et des solutions existent, car en la matière, le Préfet dispose

Qui profite des énormes budgets investis dans l'agence FRONTEX (Frontières extérieures de l’Europe), créée en 2005 et dont le budget, passé de de 6 à 88 millions d’euros pour un résultat plus que contestable, a été cependant reconduit par l'Europe en septembre dernier sans aucune difficulté ? Là on sait mettre de l'argent et beaucoup. Bien sûr, quand les migrants meurent loin des murs ou en pleine mer, c’est moins embarrassant. C’est l’un des objectifs de l’externalisation du contrôle aux frontières qui sous-traite les contrôles migratoires bien loin de chez nous pour que cela ne se voie pas. Quelle hypocrisie ! Or le drame de Lampedusa est quotidien depuis des années, mais maintenus à distance, nous ne percevons rien de ce massacre, sauf là encore en cas de bavure technique.... soit par un bateau qui sombre par exemple trop près des côtes. Alors seulement l'aspect humain nous saute au yeux brutalement..

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La mondialisation pour la finance, pas pour les pauvres...
Pour Léonarda, c'est pareil : il aurait fallu que cet « éloignement » soit clean et qu'il ne se voie pas, afin qu'on ne se pose pas la question du pourquoi de ces expulsions prétendument inéluctables qui se fond dans l'anonymat des statistiques. Alors bien sûr, tout le monde a intégré au niveau mondial depuis 2001 qu'il fallait se protéger, tout sécuriser, et l'immigration reste ainsi associée à l'insécurité, ce qui verrouille tout débat . Au niveau local viennent de plus se greffer de vieux préjugés sur cette peur comme celui selon lequel les immigrés seraient des « profiteurs », qui viennent bénéficier de notre système social. Force est de constater que nos dirigeants ne font pas grand chose pour déconstruire ces propos mais, au contraire, qu'ils les instrumentalisent le cas échéant pour des raisons électorales. Pourtant en 2012 une étude du Ministère des affaires sociales portant sur le coût de l’immigration sur l’économie nationale révèle que les immigrés, loin de plomber le budget des prestations sociales, rapportent chaque année aux finances publiques la somme de 12,4 milliards d’euros. Ces données devraient être

d'un pouvoir discrétionnaire qui lui donne toute latitude d'action. Quand les textes disent le préfet « peut », cela signifie bien que la loi ne l'y oblige pas et qu'il prend seul une décision administrative. Comment la loi pourraitelle être violée dans ces conditions ?

Un des problèmes de fond : beaucoup d'hypocrisie
Ce n'est pas la révocation du préfet pour faute qui changerait grand chose, car il applique une politique et c'est cette politique qu'il faut interroger. Pourquoi accepte -t-on d'investir autant dans une politique aussi inefficace ? Les frontières bloquées empêchent les gens de circuler et incitent les immigrés à rester. Il faut promouvoir un débat réel sur l'immigration au-delà des préjugés et des discours inopérants à long terme, paralysés par la peur de l'Autre alors que la fermeture des frontières est devenu aussi une source énorme de profits pour certains intérêts (1) et un malheur pour les peuples.

divulguées. Peut on croire par ailleurs que ces personnes se déplaceraient si elles pouvaient vivre chez elles sans problèmes? Problèmes que nous entretenons bien volontiers pour obtenir des matières premières à bas coût. Là c'est curieux on oublie les méfaits de la mondialisation quand elle nous enrichit. Je pense que nos contemporains ne sont pas idiots et qu'ils pourraient suivre un débat de fond sur ce sujet. Pourquoi ne le lance-t-on pas ? Merci à Léonarda de venir leur rappeler que les expulsions servent avant tout à expulser, et qu'on n'expulse pas des statistiques, mais bien des êtres humains. Ajoutons au passage que chaque expulsion coûte environ 20 000 euros et que, comme la France se targue d'en effectuer 30 000 chaque année, cela fait une jolie somme qu'on serait heureux de voir utilisée autrement. Car non seulement il existe encore des droits humains à respecter, mais il nous faudrait aussi remettre en cause de gros intérêts financiers qui gravitent autour de la gestion des frontières par des agences qui finissent par dicter leur politique aux États. Ces budgets sont énormes en comparaison de ceux qu'on affecte à d'autres problèmes sociaux pour lesquels on veut nous faire croire que l'argent manque. Par ailleurs vous aurez remarqué que l'étanchéité des frontières ne touchent pas les « flux » financiers qui eux peuvent circuler librement pour spéculer sur les produits alimentaires ou les terres de pays pauvres ou pour détruire des économies et aggraver le chômage.

1 - D'abord quand il est affirmé que l'expulsion est "conforme à la réglementation en vigueur" on oublie que le préfet pouvait également faire usage de son pouvoir discrétionnaire en la matière car il avait tout pouvoir pour accepter cette famille « à titre humanitaire » et la laisser en France sans le père réputé violent qui avait été expulsé deux jours avant depuis Mulhouse. Le cynisme apparaît au grand jour puisque la préfecture insistait tout d'abord sur le fait que toute la famille devait être expulsée ensemble pour des raisons humanitaires car on ne devait pas séparer une famille. Et soudain Léonarda pourrait revenir toujours à titre humanitaire bien sûr, mais seule, le soutien de sa famille n'étant soudain plus à l'ordre du jour. En réalité au delà de la loi il y a le « fait du Prince », celui du Préfet ou du Président, qui agit de façon opportuniste selon ce qu'il imagine être bon pour défendre son camp et non pour résoudre une situation humaine dramatique. 2 - Il faut préciser par ailleurs en ce qui concerne la scolarisation de Léonarda que d'autres enfants de la famille sauf le dernier de 17 mois ( soit 4 enfants) étaient dans la même situation qu'elle, qu'ils allaient à l'école eux aussi et avaient le même droit à la poursuite de leur parcours scolaire. Mais n'ayant pas été médiatisés, personne ne les évoque. 3 - La politique migratoire fabriquée sur des données fausses, car toujours incomplètes, est un enjeu facile à manipuler pour des raisons électorales à court terme. Les discours politiques actuels deviennent peu lisibles tant ils sont à géométrie variable. Se présentant comme « à l'écoute de l'opinion », ils semblent en ce sens en train de renforcer des positions extrêmes au lieu de déconstruire quelques idées faciles et de nous faire comprendre que l'immigration loin d'être un fléau pourrait constituer une chance à l'heure de la mondialisation et pour mieux saisir le sens des phénomènes migratoires depuis la nuit des temps. Il est urgent d'en parler (2).

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Étonnants propos d'un président « normal »…

Roms, la plus grande minorité européenne
Maintenant que dire depuis la prise de parole du président de la République sinon s'insurger contre une instrumentalisation politicienne aussi cynique du destin d'une jeune fille et de sa famille. Cela nous interroge sur le type de République dans laquelle nous vivons. Ne sommes nous pas en train d'entrer dans un populisme des plus inquiétants ? Peut on se satisfaire d'un Président tout à coup si « attentif à l'opinion » ? Dans El Pais Miguel Mora (3) a su donner à l'histoire de cette famille un sens en considérant leur parcours au plus près. La saga de des Dibrani est caractéristique, selon lui, des Roms, apatrides au sein de l'Europe, devenus nomades par nécessité et cessant de l'être dès que leurs enfants obtiennent une possibilité de scolarisation. En occurrence les Dibrani seraient volontiers restés en Italie si Berlusconi n'en avait pas décidé autrement en 2008 lorsqu'il a mis en place des mesures musclées pour expulser les Roms du pays. Les Dibrani ont ainsi quitté

l'Italie pour la France sous les conseils de leur avocat deux jours avant une expulsion programmée. Difficile de penser à une conclusion car cette affaire n'est pas close puisque tous les recours n'ont pas été épuisés contrairement à ce qui a été affirmé et qu'un avocat bisontin a déposé un recours après l'expulsion. Par ailleurs un avocat au barreau de Paris, écrivant sous le pseudonyme de maître Eolas, précise dans son blog (4) : « En ce qui concerne Léonarda, il est faux de dire que la loi a été respectée puisque son sort n’a jamais été examiné dans cette affaire. Elle est une victime collatérale de l’expulsion de son père, mais n’était pas en situation irrégulière en France et n’avait violé aucune loi. », un enfant mineur n'étant pas juridiquement en situation irrégulière en France.

Cette triste affaire permettra peut être qu'on réexamine le cas des enfants scolarisés d'une part et d'autre part qu'on examine plus à fond notre politique de l'immigration ainsi que notre regard sur les migrations en général. De toutes façons il est indécent que le destin d'une jeune fille se joue en direct à la télé dans une sorte de show de télé-réalité entre elle et un Président qui l'interpelle « pour lui faire une proposition alors que la loi française dit que seuls ses parents peuvent faire un tel choix », proposition dont il ne peut pas avoir douté d'une réponse négative. Maitre Eolas conclut ainsi : « Avons-nous perdu toute décence pour faire ainsi de la maltraitance sur mineur en direct ? »

Thierry Lebeaupin

Dessin publié avec l’aimable autorisation de Charlie Hebdo

(1) Lire : Claire Rodier, Xénophobie Business : À quoi servent les contrôles migratoires ? - La Découverte, coll. « Cahiers libres », 2012. (2) Lire les livres de Catherine Wihtol de Wenden ou écouter ses interventions sur Internet (3) Miguel Mora : Les Dibrani, apatrides d'Europe, El Païs 13 octobre 2013 (4) http://www.maitre-eolas.fr

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Budget 2014

DES CHOIX FISCAUX DESASTREUX
Le numéro d’octobre d’Alternatives Economiques titre : impôts, protection sociale, dépenses publiques… QUI VA PAYER ?. La réponse très argumentée fait sept pages : les ménages, et pas seulement les plus aisés. Alternatives Economiques ajoute que la baisse des dépenses publiques va peser sur les plus modestes tout en bridant l’activité. Voyons d’un peu plus près les principaux éléments d’analyse du mensuel économique auxquels j’ai ajouté quelques autres remarques. exemple, que 5 entreprises de l’économie numérique (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) qui ont un chiffre d’affaire total en France de 8,13 milliards d’euros par an, ne paient que 37,5 millions d’impôts. Les rapporteurs estiment qu’elles devraient verser 828,7 millions d’euros, mais elles en paient 20 fois moins, grâce au système complexe de « l’optimisation fiscale », en jouant, de manière opaque, sur les relations entre les filiales. (2)

Priorité à la baisse des dépenses
La baisse des déficits publics pour le budget 2014 est de 18 milliards d’euros. Le gouvernement Ayrault a décidé que sur ces 18 milliards supplémentaires à trouver pour le budget 2014, 20 % prendra la forme de hausses d’impôts. (3 milliards). Le reste, soit 15 milliards, serait des économies, c’est-à-dire des coupes sombres dans les dépenses de l’Etat. Pourtant si on revient à l’origine des déficits, ce n’est pas la hausse des dépenses qui en est responsable, mais la baisse des recettes, par les nombreux cadeaux faits depuis bientôt trente ans, aux contribuables les plus fortunés : suppression des tranches élevées de l’impôt sur le revenu, bouclier fiscal, niches fiscales diverses etc. Il y a un consensus des économistes pour estimer que cette somme qui manque au budget atteignait environ 100 milliards d’euros par an en 2011. Avec la crise, la correction, par le gouvernement Fillon, a été brutale comme le rappelle Thierry Pech : « Ainsi, entre août 2011 et mai 2012, la majorité précédente avait assené plus de 31 milliards d’impôts supplémentaires, dont la moitié sur les entreprises et l’autre sur les ménages. » (1) mais la correction n’est encore que partielle. En fait il y a d’autres solutions que celles qui consistent à tailler dans les dépenses publiques. On pourrait, par exemple, s’attaquer davantage à l’évasion fiscale qui est estimée, en France, entre 60 à 80 milliards par an. Et ce sont principalement les grandes entreprises qui la pratiquent. Un rapport parlementaire récent a montré, par

La baisse des dépenses a un effet récessif
L’action du gouvernement pour faire baisser les déficits a aussi pour effet de restreindre l’activité. Moins de dépenses publiques, c’est moins de commandes publiques donc d’emplois, moins de prestations sociales et de subventions pour faire tourner la machine économique. Plus de prélèvements c’est moins de revenus pour celles et ceux qui doivent les payer. Guillaume Duval ajoute : si l’activité ralentit « au final le gouvernement n’atteint pas son objectif parce que les dépenses sociales augmentent avec la hausse du chômage et de la pauvreté tandis que les recettes diminuent parce que les revenus et la consommation ne sont pas au rendez-vous » (1) Quel est l’ampleur de l’effet récessif ? L’exemple pour 2012 est significatif : la réduction budgétaire devait permettre de ramener le déficit à 3 %. Le déficit prévu a d’abord été révisé à 3,7 % mais au final, il sera de 4,1 %. Guillaume Duval analyse aussi les conséquences sur l’emploi : « Dans ces conditions, le risque est non négligeable que le coup de frein voulu par le gouvernement casse la reprise à peine engagée. Celui-ci l’admet d’ailleurs implicitement puisqu’il ne prévoit plus qu’une croissance de 0,9 % en 2014, un niveau très insuffisant pour créer

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des emplois. » (1)

Les entreprises à l’abri de l’effort national
Thierry Pech rappelle que « L’an dernier, le gouvernement s’était engagé à ce que, sur l’ensemble du quinquennat, la réduction des déficits repose pour un tiers sur les ménages, pour un tiers sur les entreprises et pour le

dernier tiers sur la réduction des dépenses publiques ». (1) Ce n’est plus le cas aujourd’hui, ce qui n’empêche pas les pleureuses du Medéf de continuer de crier au « ras-le -bol fiscal »… Certes, l’an dernier, dans le prolongement de Fillon, le gouvernement avait continué d’augmenter les prélèvements sur les entreprises, « mais il leur a ensuite, d’une autre main, beaucoup rendu, et même plus encore que ce qu’il leur a pris. En particulier avec le crédit d’impôt compétitivité emploi (Cice)». (1) Et pour Thierry Pech, en 2014, avec les 10 milliards de Cise, la balance fiscale entre les plus et les moins devrait être proche de zéro pour les entreprises. Et à partir de 2015, celles-ci devraient en tirer profit, d’autant plus que le gouvernement a pris soin de ne pas revenir sur la suppression de la Taxe professionnelle que la gauche avait pourtant combattue et sur l’extension du Crédit d’Impôt Recherche (CIR), une niche fiscale contestée de 5,8 milliards d'euros (3). Pire, le gouvernement s’est engagé à compenser la part patronale de l’augmentation de cotisation retraite par une baisse des cotisations famille. « Et cerise sur le gâteau, il s’est engagé à empêcher que les contrôles fiscaux puissent être déclenchés sur la base de l’usage que les entreprises pourraient faire du Cise ou du CIR. » (1) Or dans son intervention au Bureau Politique du PS du 15 ctobre, Gérard Filoche explique que le patronat ne joue pas le jeu : « il nous savonne la planche quoi que nous fassions pour lui. Même si on lui donne le Cise, l’ANI, le travail le dimanche, la casse de l’inspection du travail, le refus d’amnistie des syndicalistes, le Medef ne nous renvoie pas l’ascenseur. On lui donne le doigt, il prend la main, on lui donne la main, il prend le bras. On lui donne le bras, il veut nous avaler tout cru »

Ce sont les ménages qui vont payer
Les ménages vont non seulement supporter les hausses d’impôts supplémentaires, mais aussi financer les cadeaux consentis aux entreprises. Certaines mesures fiscales touchent les ménages les plus riches comme l’imposition à 75 % des revenus supérieurs à un million d’euros - via une taxation à la source au niveau des entreprises - (1) ou le coup de rabot sur le plafond du quotient familial. Mais d’autres touchent tout le monde comme les hausses de la TVA, de 19,6 à 20 % pour le taux normal et de 7 à 10 % pour le taux intermédiaire. De même la réforme des retraites va se traduire par une augmentation sensible des cotisations (+ 0,3 %) et donc des prélèvements sur l’ensemble des ménages. Mais l’autre volet de la politique budgétaire, la baisse des dépenses publiques, va peser aussi sur les plus modestes : « a priori, ce sont eux et non pas les plus riches qui ont le plus besoin des services publics et des prestations sociales ». (1) Ce budget va donc avoir des conséquences désastreuses pour les milieux populaires. On est toujours dans la logique de la « politique de l’offre », dans la suite de Thatcher et Reagan, qui a conduit à l’aggravation des inégalités, au chômage et à la crise. Et qui n’a pas entraîné la croissance annoncée, celle-ci étant en baisse constante depuis 30 ans. Ces choix vont continuer de désespérer les plus modestes et les pousser à se réfugier encore plus massivement dans l’abstention. Ils vont aussi faire le jeu du Front National, qui jubile. Pour la gauche, quel est l’intérêt d’une telle politique ? Où est donc passée la grande réforme fiscale annoncée et promise par François Hollande pendant sa campagne électorale ? Elle prévoyait une plus grande progressivité de l’impôt sur le revenu et la fusion de ce dernier avec la CSG, pour que les revenus du capital soient autant taxés que ceux du travail. Petite devinette pour finir : qui a dit un jour de campagne électorale : « Mon adversaire c’est la finance » ?…

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Gérard Mamet

Il n’y a donc aucune garantie que les entreprises utiliseront les avantages fiscaux pour investir et créer des emplois. On peut même parier qu’elles les utiliseront plutôt pour augmenter leurs profits et distribuer davantage de dividendes à leurs actionnaires…

(1) Citations extraites de la revue Alternatives Economiques n° 328, Octobre 2013. (2) Rapport parlementaire téléchargeable sur : http://www.assemblee-nationale.fr/14/rap-info/ i1243.asp (3) Sur le CIR, voir la rubrique « Science et Ecologie » de ce mois-ci.

Loup, y es-tu ?

CANIS LUPUS EST REVENU
Plusieurs articles sont parus début septembre dans un quotidien de la région qui fait ses choux gras d’attaques de loups dans les Vosges et en Lorraine. Oui, le loup est revenu dans nos régions et c’est une bonne chose qu’un certain rééquilibrage se fasse dans la nature. Mais pour les éleveurs, il en va tout autrement car il s’agit d’une nouvelle donne qui leur cause bien des problèmes. En effet, même s’ils sont en partie dédommagés lors de la perte d’une bête, rien ne vient compenser le stress vécu par le troupeau, les avortements et l’absence d’agnelage. Les loups ont également appris à déjouer les protections mises en place par l’homme, comme l’électrification des clôtures des parcs et la présence d’un chien Patou. Les pro-loups et les anti-loups se retrouvent dos à dos. Il va falloir faire vite pour trouver une voie de dialogue et des solutions adaptées : la première serait déjà une bonne connaissance de cet animal. Tel est le modeste propos de cet article, dont une grande partie des éléments a été extraite du livre rédigé par Shaun Ellis, « Un homme parmi les loups » (voir encadré). loups, et donc multiplier les risques d'attaque). Quand la nourriture se fait rare, ce sont les chefs qui mangent les premiers et il arrive même qu’ils soient les seuls. Un animal alpha ne peut avoir un rôle d’attaque : c’est le travail du bêta. Son instinct lui crie de rester hors de danger et de laisser un autre régler la situation. Il revient à la femelle alpha d’assurer la descendance. Si elle estime qu’elle a passé l’âge, elle transmet le flambeau à une autre, plus apte à la tâche. Quand la meute part en chasse, c’est l’alpha qui choisit l’animal et les autres attaquent. Le loup bêta est l’animal de l’attaque par excellence. C’est celui qui est envoyé pour étudier un nouveau qui voudrait s’intégrer dans la meute. Il entoure de sa marque odoriférante la part de nourriture réservée à l’alpha : gare à celui qui se servira ! C’est lui qui fait régner la discipline, qui assure la sécurité et joue les gardes du corps. Son rôle est de protéger la meute. Viennent ensuite les loups gamma : leur rôle au sein de la meute est de guetter tout danger ; ils montent la garde, font la ronde autour du terrier et préviennent le couple alpha de tout élément nouveau. Enfin, un loup oméga a pour rôle de briser les conflits et de faire baisser la tension au sein de la meute. Lors d’une bagarre entre loups, l’oméga se jette au milieu de la mêlée et absorbe tout le poids de la violence, sans jamais faire preuve d’agressivité, et il finit par calmer le jeu.

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Une hiérarchie bien établie
La meute se caractérise par un ordre hiérarchique précis, où l’on distingue un chef, des éléments intermédiaires et des inférieurs. Chez les loups, la meute est toujours dirigée par un mâle, appelé mâle alpha, et une femelle de rang supérieur, la femelle alpha. Les deux sujets de rang supérieur et de sexe opposé sont les seuls à s’accoupler une fois par an.

Un apprentissage dès la naissance
Le système hiérarchique se met en place très tôt, dans les semaines qui suivent la naissance. C’est certainement l’endroit où les petits tètent leur mère qui va déterminer la suite. Ceux qui se mettent – ou qu’on autorise – à téter le plus près du milieu s’en sortent mieux que ceux qui tètent vers l’extérieur. Le lait au milieu est de meilleure qualité et ces petits sont maintenus au chaud par leurs frères et sœurs, sur les côtés. Ces animaux occuperont des rangs plus élevés que ceux repoussés sur le bord et par conséquent, leur odeur sera plus puissante. Et cela se poursuit jusqu’à l’âge adulte. Les animaux de rang supérieur mangent la nourriture la plus riche, ont une odeur plus forte et imposent le plus grand respect (1). La mère vient se frotter contre les autres membres de la meute pour rapporter leur odeur dans la lovière (la tanière où elle met bas) afin que les petits s’y habituent. Si le loup contre lequel elle s’est frottée est de haut rang, la mère

Les alphas sont les membres les plus importants du groupe, car ce sont eux qui prennent les décisions et, sans eux, la meute n’a pas de chef. Leur survie est primordiale (d'où la prudence dont devraient faire preuve les louvetiers quand ils « prélèvent » un loup : tuer un membre alpha, c'est faire éclater la meute, disperser les

prendra la tête (ou le cou) du petit entre ses dents et la retournera très doucement pour exposer la gorge du louveteau, qu’elle lèchera consciencieusement, lui enseignant ainsi que le jour où il rencontrera cet animal de rang élevé, il devra rouler sur le dos, exposant son ventre et sa gorge pour signifier sa soumission. Lorsque les petits sortent en titubant de leur trou, vers l’âge de cinq semaines, ils connaissent le caractère et la position sociale de chaque membre de la meute et savent comment se comporter. L’éducation de la nouvelle génération est une tâche collective. La mère laisse les petits à une nourrice, une louve ou un loup choisi par elle (2), afin de pouvoir reprendre son rôle de femelle alpha et de chef de meute.

menaçant l’adversaire par des mimiques corporelles et faciales ; l’autre réagira soit par la même attitude dominante, soit par un comportement mal assuré qui se transformera peu de temps après en marques de soumission. Il arrive toujours le moment où l’un des loups réalise qu’il est inutile d’insister, car l’autre est le plus fort. Celui qui décide de se soumettre enverra des signaux de reddition parfaitement clairs, le plus courant d’entre eux consistant à se coucher sur le dos, le ventre en l’air, et à offrir sa gorge sans défense à l’adversaire. À ce moment, l’autre loup pourrait infliger une profonde morsure juste à cet endroit et régler définitivement le problème, mais il ne le fait pas ! En étant clair, cependant : il n’agit pas ainsi par respect d’un quelconque « code de chevalerie », mais simplement... parce qu’il ne le peut pas ! Face à un geste de soumission, en effet, le fameux mécanisme d’inhibition s’enclenche chez le dominant, un mécanisme inné chez les animaux sociaux et qui ne répond à aucune sorte de raisonnement « éthique »(3).

La communication La domination, la soumission et l’inhibition
Il arrive que deux loups se disputent le rang de l’alpha. Mais attention, ils ne se livreront pas un duel à mort ! Pour que l’espèce survive, il faut absolument que le chef de meute soit le sujet le plus fort, le plus intelligent et le plus expérimenté : soit parce que, dans le cas contraire, il risquerait de mener tout le groupe à la ruine, soit parce qu’il est le seul à pouvoir s’accoupler et que son patrimoine génétique est celui qui garantira la continuité de l’espèce. Plus il sera de haute qualité, plus l’espèce se fortifiera et aura de chances de survivre. Le problème est donc le suivant : seul un combat permettra d’identifier le meilleur des deux candidats au poste de sujet alpha. Cela débute par un rituel. Avant d’arriver véritablement à se mordre, les deux adversaires suivent un schéma d’attitudes et de mimiques corporelles et faciales qui suffit très souvent à distribuer les rôles ; l’animal se « grossit » ou se « rapetisse », le corps constituant une marque soit de domination, soit de soumission. Une queue haute, une tête bien droite avec des oreilles pointées en avant, etc., représentent par conséquent des signaux de force, et leurs contraires (tête basse, oreilles rabattues en arrière, queue entre les pattes, etc.), des signaux de faiblesse. 
Le regard revêt une importance spécifique : un regard fixe et attentif traduit la domination, et un regard bas et/ou fuyant la soumission. En cas de conflit, par conséquent, le loup qui s’estime dominant adoptera les postures classiques du chef, en Le hurlement est sans doute le moyen de communication le plus populaire du loup. Le loup hurle, entre autres, quand il se rassemble avec les autres membres de la meute, ce qui maintient la cohésion entre eux. Ces chants avertissent également les loups aux alentours de la présence de la meute, afin de prévenir contre les intrusions. Tout comme les gémissements, les hurlements sont composés de plusieurs harmoniques, ce qui donne l'impression que la meute qui hurle est beaucoup plus grande qu'elle ne l'est en réalité. Il arrive parfois qu'un loup solitaire hurle pour se signaler à un conjoint potentiel. Chaque loup a un hurlement spécifique qui le distingue de ses semblables

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Une des solutions pour protéger les troupeaux est de convaincre les loups qu’une meute rivale occupe déjà le territoire. Il conviendrait donc de passer une bande son

comportant l’enregistrement de hurlements défensifs d’une meute au moment où les loups émettent leurs cris d’appel. Un loup entend à 15 km à la ronde et il n’est pas nécessaire d’installer des haut-parleurs partout ! Un autre sens utilisé pour la communication chez le loup est l'odorat. Son nez, dont les facultés sont très développées, lui permet de distinguer l'odeur de ses congénères. Il utilise ainsi des marquages au sol, tels que l'urine ou les excréments. Ces marquages servent à délimiter son territoire, mais également à donner des renseignements sur lui-même - par exemple son état hormonal (pour les femelles) pendant la période de reproduction. Cela pourrait aussi être une piste que de baliser un parc à moutons avec des odeurs prouvant que ce territoire appartient déjà à une meute.

affirmer sans risque d'être démenti : « La crainte du loup envers l'homme acquise au cours de décennies de persécutions ainsi que la disparition quasi complète de la rage font que les attaques de loups sur l'homme ne sont plus une réalité en Europe. » Et un spécialiste américain du loup écrit (6) : « Vu le nombre d'attaques de loups sur l'homme par rapport à celles d'autres espèces, il est clair que les loups, avec leur taille et leur potentiel de tuer, sont un des animaux sauvages les moins dangereux. » Il est nécessaire de trouver un point de rencontre entre le monde des humains et celui des loups. Nous qui sommes actuellement l’espèce dominante sur Terre avons pour tâche de devenir les gardiens des autres espèces. Mais avons-nous seulement la volonté d’entendre et de comprendre les leçons données par le monde animal ?

Les attaques sur le bétail
Les attaques sur le bétail qui surviennent alors que la forêt regorge de proies naturelles sont-elles dues au fait que les animaux de la ferme sont des proies faciles ? Il semble que non. En effet, chacune des actions des loups a un sens. Ils sont experts pour réguler leur propre corps. Ce qu’ils prélèvent dépend d’une série de variables comme la saison, les conditions climatiques, la date prévue de la naissance d’une portée, leur santé, etc. Ils savent d’instinct ce que leur corps demande. Il est donc fort probable que les loups trouvent une réponse en matière d’immunologie, de défense contre certaines maladies ou parasites, ou de recherche de graisse pour se protéger du froid en s’attaquant aux troupeaux. La solution consisterait donc à identifier les besoins du loup et à lui apporter les nutriments manquants sous d’autres formes que des carcasses de bétail.

Suzy Antoine

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Et le loup mangeur d’hommes ?
Il faut tordre le cou à ce mythe : non, le loup n'est pas un mangeur d'hommes ! Il serait certes stupide de nier qu'au cours des siècles, il y a eu des attaques de loups sur des humains, et même (nettement moins nombreuses) des dévorations (4). Mais les données scientifiques permettent d'affirmer que ces attaques ont été très rares et ont toujours eu lieu dans des circonstances particulières : loups enragés (c'est de loin le cas le plus fréquent), loups acculés ou provoqués et contraints à se défendre, prédations « à défaut de mieux », en quelque sorte, en période de manque dramatique de proies « normales ». Il faut le dire et le répéter : d'une façon générale, le loup ne considère pas l'homme comme une proie. Le site internet de l'État consacré au loup (5) peut

(1) C’est là qu’il faut se garder de leur attribuer des valeurs et des émotions humaines, qui n’ont pas lieu d’être dans leur monde. Il faut faire taire les nôtres pour étudier les leurs. L'évolution a pour principal objectif d’assurer la survie de l’espèce, et les animaux sauvages sont enclins à considérer la vie comme un bien précieux. Ce sont ceux qui ont le meilleur capital génétique, qui sont en bonne santé, qui récupèrent les « meilleures » places. Mais les autres ne se sentent pas « malheureux » pour autant. (2) Eh ! oui, la « nourrice » peut être un loup ou une louve. (3) Le mécanisme d’inhibition est partiellement « acquis » (mieux vaudrait dire consolidé), car il se transmet en réalité génétiquement par les loups et les chiens durant la première phase de leur existence, quand les petits se jettent sur le dos, les pattes en l’air, et découvrent qu’il s’agit du meilleur moyen pour apaiser un père agressif ou calmer une maman fâchée. (4) Les « dévorations humaines » qui ont existé concernaient le plus souvent des « vagabonds », les SDF d'autrefois, qui mouraient de froid en hiver et dont les cadavres étaient dévorés par les loups (mais pas tués par eux). (5) www.loup.developpement-durable.gouv.fr (6) www.wolf-center.eu/fr

Dernière minute :
Depuis le vendredi 4 octobre, on n'a plus le droit de tirer sur le loup. Le tribunal administratif de Nice, statuant en référé, a en effet suspendu l'arrêté préfectoral qui autorisait cette année jusqu'à quatre tirs de prélèvement pour limiter la présence du prédateur, dont la population est estimée à une trentaine d'individus dans le haut pays. En attendant dans les prochains mois un jugement sur le fond, la juridiction niçoise a notifié cette décision applicable immédiatement à l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), aux lieutenants de louveterie et aux sociétés de chasse de trente communes du département.

Un homme parmi les loups
Si vous voulez en savoir plus sur les loups, je vous conseille un excellent ouvrage : Un homme parmi les loups, de Shaun Ellis, écrit avec l’aide de Penny Junor (éd. JC Lattès, 2011, 20,50 €). Trois thématiques s’en dégagent. nant dans la meute pour se protéger d’éventuelles attaques… Une place qu’il doit défendre chaque jour. En tant que chef de meute, il est chargé de ramener les proies et de manger les abats, morceaux de choix pour les loups. Son but ultime ? Après leur avoir appris à chasser, à s’organiser et à se défendre, remettre les louveteaux en liberté dans leur milieu naturel.

Un récit de vie
Né en 1966, Shaun Ellis a grandi avec les animaux sauvages, dans une ferme de Norfolk, en Angleterre. Il a toujours appris à respecter l’habitat naturel de la faune sauvage. À l’âge de 16 ans, il quitte le système scolaire pour gagner sa vie. Puis il devient garde-chasse et membre d'un commando d'élite de l'US Marine Corps. Il rencontre alors un biologiste amérindien qui le décide à s’orienter vers l’étude des loups. Il voyage entre le continent nord-américain et la Grande Bretagne et vit chichement en faisant de petits boulots pour gagner juste de quoi se nourrir afin de pouvoir se consacrer à son étude sur les loups. Mais grâce à ses expériences au milieu de ces animaux, il est reconnu à l’heure actuelle comme l’expert mondial des loups, alors qu’il n’a suivi aucune formation scientifique.

Un parcours initiatique
Solitaire, Shaun Ellis se sent bien au milieu des animaux et surtout des loups. Il ne parvient pas à conserver des relations durables avec ses semblables. À la fin de son expérience de 2008, il entreprend une thérapie pour réapprendre à se comporter comme un humain et à régler ses problèmes avec ses semblables. En bref, une belle histoire pour mieux connaître le loup, ce prédateur qui a hanté nos rêves d’enfants…

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Suzy Antoine

L’étude des loups
Pendant deux ans, Shaun va vivre dans les Rocheuses, en suivant une meute nuit et jour ! Il observe les loups, apprend à décoder leur langage et leurs règles sociales. Mais il ne semble pas vouloir en rester là. Son rêve absolu ? Vivre avec les loups. Son souhait va être exaucé en 2008, lorsqu’une louve sauvage abandonne ses trois petits. Shaun Ellis les recueille et les nourrit. Il devient alors le père de ces louveteaux. Lorsque ces derniers atteignent l’âge de trois mois, il les installe dans une réserve au sud-ouest de la Grande-Bretagne et s’installe avec eux. Il sacrifie alors sa vie privée et abandonne tout le confort utilitariste pour vivre exactement comme les loups. Il va jusqu’à simuler la régurgitation de la mère pour nourrir les petits. Shaun décide de prendre la place du mâle domi-

Charte des valeurs

VIVE LE QUÉBEC LAÏC !
C'est l'affaire Dreyfus du moment au Québec. La Charte des valeurs québécoises, voulue par le gouvernement minoritaire de Pauline Marois, divise, clive même la société québécoise. Personne ou presque ne s'accorde face à un texte qui, pour nous Français, républicains et laïques, semble pourtant bien timoré. espace public et espace privé et qui se fonde sur l’assimilation des nouveaux arrivants aux valeurs de la République, comme l'illustre très nettement, à juste titre, la Charte de la laïcité désormais présente dans toutes les écoles de l'Hexagone. Pour bien comprendre les enjeux et les réactions face à ce projet de Charte, il convient de faire un point sur les spécificités du modèle d'intégration québécois, et plus particulièrement sur la pratique des « accommodements », conforme à la tradition anglo-saxonne. Concrètement, un « accommodement raisonnable » est un droit encadré par les tribunaux et visant à assouplir une règle de droit afin de ne pas porter atteinte à un droit fondamental inscrit dans les chartes provinciales ou canadienne. Si, la plupart du temps, cette disposition est utilisée par les personnes en situation de handicap, la pratique de l'accommodement raisonnable rime avec minorités religieuses (lieu de prière dans une entreprise, vitres teintées dans une salle de sport, programmes scolaires adaptés…). Cette pratique peut paraître à plusieurs titres choquante car elle permet de hiérarchiser les libertés sur l'autel aléatoire du compromis. Le multiculturalisme rimerait alors avec communautarisme. Les Québécois préfèrent donc la notion d' « interculturalisme », favorisant une laïcité inclusive, pluraliste, considérée comme plus progressiste que le modèle français. De nombreux responsables politiques québécois, par crainte de trop bousculer l’ordre établi, se font les avocats de ces principes multiculturalistes, favorisant la présence des religions dans l’espace public et la création de communautés fermées sur elles-mêmes. C'est de cette considération que découlent, à mon sens, tous les paradoxes de la société québécoise sur la question de la laïcité. Comment faire laïque sans oser être vraiment laïque ?

Sur le banc des accusés, une Charte, s'articulant autour de cinq propositions majeures qui sont autant d'engagements de campagne du Parti Québécois. Tout d'abord, l'inscription de la neutralité religieuse de l'État et du caractère laïque des institutions publiques dans la Charte des Droits et Libertés de la Personne. Ce caractère neutre de l'État québécois, largement reconnu par la jurisprudence, viendrait alors s'inscrire dans ce texte fondamental de la législation québécoise et ainsi irriguer l'ensemble de la législation de la province. Jusque-là, pas de problème (ou presque), mais quand le principe vient se traduire en mesures coercitives, les critiques fusent.

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La Charte prévoit, en effet, l'instauration d'un
« devoir de réserve » et de neutralité religieuse pour les fonctionnaires pendant leurs heures de travail, accompagné d'un « encadrement » du port de signes religieux ostentatoires pour les fonctionnaires de l'État dans l'exercice de leurs fonctions, notamment pour satisfaire l'obligation de donner et de recevoir les services de l'État « à visage découvert ». Si ce dernier point semble largement accepté par les Québécois, les autres dispositions font l'objet de nombreuses controverses, pour ne pas dire plus. Le débat français de 2009 sur le port de la burqa semble bien innocent face aux détournements excessifs et électoralistes du débat actuel au Québec. Des remarques surprenantes, déroutantes et parfois irritantes, certains n'hésitant pas à qualifier les porteurs de cette Charte, et plus généralement les défenseurs de la laïcité, de racistes ou de fossoyeurs du modèle multiculturel canadien. Les vifs débats provoqués par la Charte se cristallisent autour du changement de modèle d’intégration qu’elle semble impliquer ; outre-Atlantique, elle illustre ce qu’on pourrait appeler le modèle de laïcité à la française, soit une laïcité qui établit la distinction stricte entre

L'impression qu'on a aujourd'hui au Québec
en suivant ce débat, c'est celle de la fierté collective d'être un peuple ouvert et tolérant sans assumer les conséquences de l'application du principe moderne et démocratique de laïcité. Cette Charte a le mérite de poser un débat que le Québec n'a eu de cesse de repousser pour mieux l'éviter. Une avancée qui souffre de sévères bizarreries. Le maintien du crucifix à l’Assemblée nationale, dans le lieu même où les élus prennent des décisions déterminantes pour l'avenir de tous les Québécois, est symptomatique des

incohérences entourant ce débat sur la laïcité de l’État et des institutions publiques québécoises. Le débat continuera à coup sûr à faire couler beaucoup d'encre dans la Belle Province, et la France et son « modèle » resteront au cœur des discussions. Pas sûr que nous ayons, nous, de grandes leçons à donner en matière d'intégration ; nous pourrions saisir l'opportunité de ce débat outre-Atlantique, à l'heure où

l'extrême droite récupère la notion de laïcité, pour continuer à expliquer que celle-ci rime non pas avec l'exclusion, mais avec la fraternité, la liberté et l'égalité de tous et de toutes ici et là-bas.

Anthony Poulin

Nouvelles de Suisse

NON AU GRIPEN !
Je n'affirmerais pas qu'EÉLV est un parti antimilitariste. (D'ailleurs, y a-t-il encore des antimilitaristes dans notre beau pays ?) Les Verts suisses, eux, le sont. Depuis le 8 octobre, ils récoltent des signatures en vue de l'organisation d'un référendum contre un fonds spécial destiné à l'achat de 22 nouveaux avions de combat, des Gripen fabriqués par le Suédois Saab, qui n'existent d'ailleurs pour l'instant que... sur le papier ! Notons que, pas plus que les autres pays, qui devraient pourtant baver d'admiration devant les prouesses de l'industrie aéronautique françaises, la Suisse n'a pas voulu acheter le magnifique Rafale de chez Papy Dassault. Le seul achat du Gripen se monterait à 3 milliards de francs suisses (environ 2,45 milliards d'euros), la facture grimpant au moins au triple si l'on ajoute leur utilisation et leur entretien. En comparaison, la Confédération helvétique a un budget annuel de 65 milliards de francs (53 milliards d'euros). Membres d'une Alliance contre les nouveaux avions de combat (à laquelle adhère aussi, entre autres, le Parti socialiste), les Verts estiment que cet argent manquerait dans des domaines qui en ont un urgent besoin : tournant énergétique, transports, formation, protection contre les catastrophes, etc., ainsi qu'à des mesures bien plus efficaces pour diminuer les risques militaires, par exemple la protection des installations sensibles, la lutte contre la cybercriminalité, la politique de promotion de la paix... Ils font en outre remarquer que l'armée suisse dispose d'une flotte d'avions américains, des F/A-18 de McDonnell Douglas, récemment rééquipés avec la technologie la plus moderne – une flotte surdimensionnée par rapport à l'importance du pays et en comparaison de pays équivalents.

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Ils me font marrer, les Verts suisses. Feront moins les malins le jour où la Principauté du Liechtenstein (1) envahira la trop confiante Helvétie voisine...

Gérard Roy

(1) Voire la Garde suisse du Vatican...

Science et écologie

NOUVELLES PEINTURES, IMPÔT-RECHERCHE, BIODIVERSITÉ ET ADDICTION AU SUCRE
La science pour éclairer les choix de l'écologie politique. La réflexion politique pour développer la critique de la science. 1. Des peintures sans pétrole
On produit chaque année deux millions de tonnes de peintures dans le monde, essentiellement à partir de produits pétroliers. Dans une peinture, il y a quatre types de composants : les pigments, souvent d'origine minérale, un liant, un solvant et des additifs (par exemple pour éviter les moisissures). Le liant et le solvant représentent environ les trois quarts du poids des peintures. Dans les peintures « glycérophtaliques », le liant est de type alkyde et le solvant du white-spirit, tous deux issus du pétrole. La mise au point de liants acryliques a permis de se passer du white-spirit en le remplaçant par de l'eau. Mais les peintures acryliques résistent assez mal à l'abrasion. Les recherches se sont poursuivies pour mettre au point de nouvelles peintures alkydes à l'eau. De plus, les liants alkydes sont plus faciles à produire à partir de la biomasse. On arrive ainsi à produire des liants alkydes issus à 99 % de la biomasse et pour un surcoût de seulement 0,2 à 1 % du prix. (La Recherche n° 480, octobre 2013, pp. 58 à 61) ment (R&D) des entreprises françaises industrielles ». Depuis, cette aide fiscale a connu d'importantes évolutions, notamment en 2008, quand le gouvernement Fillon a passé son taux à 30 % des dépenses de R&D et supprimé son plafond, initialement fixé à 16 millions d'euros par entreprise. Le CIR atteint 5,8 milliards d'euros en 2012 et, selon plusieurs rapports parlementaires, bénéficierait massivement aux grandes entreprises pour une efficacité discutable. (La Recherche n° 480, octobre 2013, pp. 79 à 81)

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Commentaire : Les partisans du CIR justifient
cette mesure fiscale par la rentabilité aléatoire de la R&D et par le fait que les connaissances ainsi engendrées bénéficient aux autres entreprises selon le principe de « nonrivalité dans l'usage ». Les détracteurs du CIR trouvent que c'est une énorme niche fiscale en faveur des entreprises privées, qui s'est faite au détriment de la recherche publique. En outre, son efficacité n'est pas démontrée : souvent les entreprises françaises se sont contentées d'encaisser les aides. La solution pourrait venir de programmes de recherche nationaux et européens, créant des milliers d'emplois et financés en utilisant une partie du CIR et une partie du grand emprunt destiné à l'enseignement supérieur.

Commentaire : On oublie
trop souvent que le pétrole n'est pas seulement une source d'énergie, c'est aussi une matière première pour l'industrie chimique. Avec la raréfaction du pétrole, il faudra trouver d'autres solutions. La biomasse peut fournir des molécules de base pour cette industrie, à condition que celle-ci ne soit pas en concurrence avec la filière alimentaire, qui doit rester prioritaire. La valorisation des déchets est donc une bonne solution. Par exemple, les résidus des industries du papier ou des textiles contiennent des molécules intéressantes qui, pour l'instant, ne sont guère valorisées, les filières de récupération étant très peu développées.

3. La biodiversité n'est pas seulement une affaire de points chauds !
On estime que plus de 20 % des espèces de mammifères et de plantes sont menacées d'extinction. Actuellement, la politique de protection porte surtout sur les écosystèmes primaires tels que les forêts tropicales ou, en Europe et en Amérique du Nord, sur des aires préservées comme les parcs nationaux. C'est ce que l'on appelle les points chauds de biodiversité. Et on a tendance à négliger les zones humanisées et les paysages ruraux, qui peuvent contribuer aussi à la biodiversité. Or, dans de nombreux

2. Le Crédit d'Impôt Recherche favorise-t-il l'innovation ?
Le Crédit d'Impôt Recherche (CIR) a été créé en 1983 pour « soutenir l'effort de recherche et développe-

pays, les zones cultivées sont parsemées d'écosystèmes primaires fragmentés, par exemple des parcelles de forêt. Les zones cultivées permettent les flux d'animaux et de plantes d'un fragment de forêt à l'autre, à condition qu'elles soient hétérogènes, en incluant des arbres isolés, des bosquets, des haies, des jachères... (Pour la Science n° 432, octobre 2013, pp. 17-18)

puissant, utilisé en médecine néonatale. Les expériences menées aux États-Unis montrent que des rats sevrés après une exposition pendant plusieurs semaines à un régime riche en sucre présentent un syndrome de manque caractéristique : anxiété, chute de la dopamine (1). Des études comparatives plus poussées ont montré que les rats préféraient le sucre à la cocaïne et même à l'héroïne. (Les Dossiers de la Recherche n°6, octobre-novembre 2013, pp. 34-37)

Commentaire : Après 50 ans d'une politique de
remembrement dévastatrice, éliminant les haies, les talus et les mares, il est temps de mettre fin aux grandes étendues de monoculture homogènes et de recréer de la diversité dans les paysages. En Franche-Comté, nous avons la chance d'avoir encore des surfaces importantes de prairies naturelles, riches en flore et en faune, surtout au dessus de 1 000 m d'altitude : il faut absolument les préserver. En France, pour bénéficier de la Prime herbagère agroenvironnementale, les agriculteurs doivent installer des « éléments de biodiversité » sur au moins 20 % de la surface engagée (alignements d'arbres, mares, haies...)

4. Tous dépendants au sucre
Le goût sucré active chez le rat les mêmes circuits cérébraux de la récompense que les drogues dures. Chez le nourrisson, le goût sucré engendre du plaisir dès la naissance et ce plaisir est même associé à un état analgésique

Commentaire : La consommation mondiale de sucre progresse depuis les années 50. À partir du milieu des années 70, ce sont les pays en développement qui sont devenus les principaux consommateurs alors que les pays développés ont stabilisé leur consommation par l'utilisation des édulcorants (qui posent d'autres problèmes). L'épidémie d'obésité à travers le monde pourrait venir de l'addiction au sucre, mais pas seulement. Des chercheurs américains ont étudié aussi le comportement des rats par rapport à de la nourriture grasse, type fast-food : les animaux soumis à un tel régime sont devenus comme des drogués, insensibles aux conséquences néfastes de leur compulsion. L'excès de sucre dans la nourriture et les boissons devrait intéresser davantage les pouvoirs publics pour ses conséquences en matière de santé publique. Et on a bien raison de s'opposer à la malbouffe des fastfoods... Gérard Mamet
(1) La dopamine est un neurotransmetteur, substance produite naturellement par le cerveau. Un déséquilibre en dopamine pourrait être une cause de la dépression.

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Encore un peu de Charlie Hebdo ?

Stances à l'océan

UN PEU DE POÉSIE ?
Lors d’un petit séjour dans le Haut-Doubs, j’ai eu l’occasion de découvrir un recueil de poésies intitulé Poèmes résurgents et poèmes du temps retrouvé, de échappé des soutes du Torrey Canyon se sont échoués sur le littoral britannique : les vents et courants ont déposé le reste sur les côtes bretonnes). Cet accident fut à la base d’une prise de conscience, par les populations européennes, du fait qu’une telle catastrophe pouvait toucher leurs côtes.

Suzanne Peuteuil. Une fois n’est pas coutume, je me
suis plongée dans la lecture de cet ouvrage et j’y ai découvert un poème qui m’a fait penser à la première marée noire, provoquée par le naufrage du Torrey Canyon (1), en Bretagne. C’est la raison pour laquelle je le glisse dans ce mensuel, avec l’autorisation du neveu de la poétesse, Pierre Peuteuil, qui m’a également communiqué des éléments sur la biographie de sa tante.

Petits éléments de biographie
Si l’auteur (elle aimerait certainement que j’écrive l’auteure) de ces lignes est relativement bien connue sur le plateau du Haut-Doubs, dans le secteur de Bretonvillers, elle l’est moins sur le plan régional. Cependant, selon Lyonel Estavoye, membre du Jury du Prix du Livre comtois, c’est un de nos meilleurs poètes franc-comtois. Suzanne Peuteuil, née à Besançon en 1903 et décédée en 1993, est « entrée en littérature » avec enthousiasme et sens de la perfection. Dans un monde où les femmes peinent à se faire une petite place au soleil, elle débute à l’âge de 20 ans dans le journalisme. Elle collabore à La Revue Alsacienne, au Petit Comtois, à L’Éclair Comtois. Elle devient également journaliste à l’Agence France Presse et est accueillie à la revue Franche-Comté et Monts Jura, dont elle deviendra la directrice. Cependant, à ses yeux, l’œuvre poétique passe avant l’œuvre de presse. Elle publie en 1925 un Écrit sur le garde-fou des clochers de mon pays, ponctué de réflexions malicieuses et de descriptions lyriques du haut des clochers de notre région. Suivent les Sentiers vers les lacs. Femme très libre (elle ne s’est jamais mariée), elle fréquente Colette, Marcel Aymé, Tristan Bernard, Paul-Émile Victor, les frères Lumière. Elle impose sa silhouette combative et sa fine intelligence pour l’embellissement ou la conservation du patrimoine bisontin. On lui doit le sauvetage des remparts côté Glacis - que le maire de l’époque, M. Siffert, veut faire araser -, grâce à une campagne de signatures qu’elle mène tambour battant et l’aide de la presse parisienne.

Stances
Les océans vivaient. Les mers impolluées Palpitaient comme au jour où l’homme s’éveillait. On entendait chanter le chœur des Néréides. Vous pleurez aujourd’hui, ô filles de Nérée, Et vos larmes de sel, de stupeurs et d’appels, Cette mer de regrets dans les flots pervertis

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Ne nous rendra jamais la pureté marine, La vague dont l’écume a la blancheur du lait Et les immensités sans tache de la mer. Homme profanateur, imbécile et vorace, Il retourne à la terre ou vers son Dieu navré, Vil et chassé d’un flanc d’outre-mer tressé d’algues, Bourreau de son berceau, orphelin-matricide. Car les coraux pourris et les baleines mortes, Les sables endeuillés d’infertiles limons Et les grands fonds salis par ta poubelle ignoble D’un génocide obscur vomissent jusqu’à l’ombre. (22 septembre 1970)

Suzy Antoine
(1) Dans la matinée du 18 mars 1967, le Torrey Canyon s’échouait sur Pollard’s Rock, entre l’extrême pointe sud ouest des Cornouailles britanniques et les îles Scilly. Au cours des jours suivants, les 119 328 tonnes de brut que transportait ce supertanker de 300 mètres de long se sont répandues jusqu’à la dernière goutte dans l’Atlantique. Des milliers de tonnes de pétrole ont souillé les côtes des Cornouailles, et des milliers d’autres, poussées par les vents et les courants, ont traversé la Manche avant de se répandre sur les plages françaises (seuls 15 % du pétrole

Calendrier vaccinal

DES CHANGEMENTS, MAIS CHUT !...
Le saviez-vous ? Le calendrier vaccinal français a subi des changements (en avril dernier) et bien peu de monde (y compris parmi les médecins) semble en être informé. À la lecture, on peut constater plusieurs choses : - Les mots sont habilement choisis pour entretenir le flou ; le mot « obligation » n'est jamais utilisé… … même dans le cas du BCG (antituberculeux), où une bonne lecture permet de comprendre que ce vaccin n'est non seulement plus obligatoire, mais uniquement « recommandé de la naissance à l'âge de 15 ans chez certains enfants exposés à un risque élevé de tuberculose » ; encore faudrait-il que ce soit écrit sur le carnet de vaccination ! Et expliqué par les médecins… - Pour le DTP (diphtérie-tétanos-polio), il est précisé sur la grille, mais pas dans le texte d'accompagnement, qu'après les injections infantiles, les périodes de rappel sont passées d'un rappel tous les dix ans à un rappel tous les vingt ans, soit à 25 et 45 ans, avant de redevenir décennales à partir de 65 ans. On peut donc comprendre, sans aucun doute, que durant des décennies, il y a eu sur-vaccination. Par ailleurs, très peu de médecins effectuent un dosage des anticorps pour vérifier le niveau d'antigène d'une personne avant une vaccination systématique, ce qui pourrait éviter ou repousser ladite vaccination. Il me semble nécessaire de vérifier ce qui est inscrit sur les nouveaux carnets de vaccination, comment c'est écrit, et donc si c'est accessible ou non. Sans oublier que les enfants et adultes ayant un carnet d'avant 2013 n'ont pas de mise à jour de l'info, et que bien des médecins continuent à faire comme avant. Et je n'ai jamais entendu dire qu'un autocollant de mise à jour des recommandations était proposé par les médecins (donc les autorités de santé) pour mettre à jours les carnets existants !

Question : quand des règles changent, surtout dans un domaine aussi généralisé que celui des vaccins, l'État n'est-il pas dans l'obligation de tout faire pour que ces changements soient diffusés et connus de tous? N'y aurait-il pas là un manquement ou une négligence coupable ? Après tout, quand on change la limite de vitesse sur route ou le taux d'alcoolémie autorisé, tout le monde en parle, et les auto-écoles mettent à jour leurs outils pédagogiques... Alors ?...

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Bref, toutes les conditions sont réunies
pour laisser penser et laisser faire tous les vaccins, comme s'ils étaient incontournables… pour ne pas dire obligatoires ! Je connais un bébé de 2 mois dont la maman a une ordonnance pour le BCG sans aucun document d'info ni carnet vaccinal, puisqu'on lui donnera ce dernier après avoir fait le premier vaccin ! En revanche, elle possède un carnet de santé qui n'a pas intégré, par exemple, la modification sur le BCG (on fait des économies de papier et on fourgue les vieux stocks…)

Yves Ketterer

Éphéméride

ÉCHOTIDIENS
23.09. - Nadejda Tolokonnikova, l'une des
Pussy Riot incarcérées en Mordovie, en grève de la faim contre ses conditions de détention. La Mordovie, ça doit pourtant pas être dégueu : c'est où Depardieu a choisi de s'installer.

01.10. - Début du « shutdown » états-unien. Ça ne
fait pas fermer les McDo et les Dysneyworlds, dommage.

02.10. - Une étude de l'INED nous annonce près de 10 milliards d'humains en 2050, contre 7,141 en 2013. Ça va m'en faire, des gens à détester ! 03.10. - Naufrage au large de Lampedusa d'un
bateau de migrants venus de la Corne de l'Afrique. De toute façon, ils n'avaient pas vocation à s'intégrer.

24.09. Les Chabab somaliens qui ont attaqué le
Westgate de Nairobi « ne méritent plus de voir ce si beau monde que Dieu a créé », déclare une survivante. C'est vrai qu'il s'est foulé, Dieu, pour créer son monde.

25.09. - L'éditorial du Monde invite « les
grandes voix de l'islam » à « dénoncer sans relâche » le djihadisme et regrette qu' « on ne les entend[e] pas ». Peuvent pas tout faire à la fois : sont déjà occupées à pourchasser le blasphème.

04.10. - « Voir, tirer, enterrer, se taire », déclare à
propos du loup le conseiller d'État valaisan (membre du gouvernement du canton) Maurice Tornay, hilare. Conards de tous les pays, unissez-vous.

26.09. - Duflot accuse Valls de « met[tre] en
danger le pacte républicain ». Même calculés, j'aime bien les énervements de Cécile.

05.10. - Manif à Orange, à l'appel de Jacques Bompard, maire d'extrême droite depuis 1995, pour pleurer la perte par la ville d'un régiment de légionnaires. Orangeois, suicidez-vous en masse, on ne vous regrettera pas. 06.10. - Fillon se déclare « en compétition » et
« en conflit » avec Sarkozy. Pourvu qu'ils n'arrêtent pas au « premier sang » !

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27.09. - Le 5e rapport du GIEC aggrave le diagnostic sur l'évolution du réchauffement climatique : peut-être 4,8 °C de hausse d'ici à 2100. Le GIEC ne sait pas que Hollande a organisé une Conf' environnementale pour régler tout ça ?

Dessin publié avec l’aimable autorisation de Laurent Salles

Dessin publié avec l’aimable autorisation de Charlie Hebdo

28.09. - La police grecque arrête le dirigeant et cinq autres députés du parti néonazi Aube dorée. Le crépuscule de cette aube nauséabonde ? 29.09. - Dimanche : Leroy-Merlin et Castorama
ouvrent leurs portes en région parisienne. Positivons : ceux qui vont y pousser leur caddie ne sont au moins pas devant la télé.

07.10. - Non-lieu pour Sarkozy dans l'affaire Bettencourt. Moi qui avais déjà mis le champagne au frais... 08.10. - Un député UMP imite le caquetage d'une
poule pendant l'intervention de Véronique Massoneau (EÉLV). Sexisme ? Probablement. Connerie crasse et satisfaite, encore plus sûrement.

30.09. - Aux USA, le Center for Inquiry déclare
cette date « Journée mondiale pour le droit au blasphème ». Pour une fois que quelque chose de sympa nous arrive du pays des Bush et de Coca Cola...

09.10. - Parution d'Une envie de vérité, de
Cécilia ex-Sarkozy. Rien que le titre, ça m'émeut.

10.10. - Une étude de l'Institut national de Veille
sanitaire montre que les agriculteurs se suicident nettement plus que les autres. En bouffant ce qu'ils produisent ?

18.10. - Pas de clause de conscience pour les
maires et leurs adjoints, qui doivent célébrer tous les mariages, y compris homo. Ceux qui avaient soulevé la question, ils en ont une, de conscience ?...

11.10. - Annonce de la fermeture de l'abattoir de
porcs Gad, à Lampaul-Guimiliau (Finistère). Le syndicat des porcs fait part de sa satisfaction.

19.10. - Manif anti-gaz de schiste à SaintClaude : paraît qu'on n'avait pas vu autant de monde dans les rues (2 000 ? 2 500 personnes ?) depuis 1928 ! Une astuce à ce sujet ?... Euh... non... rien…

12.10. - Morano veut porter plainte contre
Guy Bedos, qui l'a traitée de « conne » et de « salope » dans un spectacle à Toul : elle trouve ça vulgaire. Faut dire qu'elle est orfèvre en la matière.

13.10. - Marseille : après le conflit au sein d'EÉLV,
la guerre au PS. C'est plus Plus belle la vie, c'est Les Feux de l'amour.

Dessin publié avec l’aimable autorisation de Charlie Hebdo

14.10. - Serge Dassault entendu par les juges dans
une enquête pour tentative d'assassinat. Ce qui est sûr, c'est que l'arme du crime n'est pas un Rafale : aucun criminel n'en veut, même dans l'armée !

20.10. - Mort du tueur en série Émile Louis. Les
disparues de l'Yonne en restent sans voix.

15.10. - Aïd el-Kebir. Le syndicat des moutons réclame la fermeture de tous les abattoirs.

21.10. - Accord Londres-EDF sur la construction
de deux EPR en Angleterre. Les Finlandais en rigolent d'avance.

16.10. - La Scientologie définitivement condamnée en France pour escroquerie. Non, non, « scientologie » n'est pas l'autre nom de l'UMP. 17.10. - Découverte en Géorgie d'un crâne vieux
de 1,8 millions d'années, aux longues dents et au petit cerveau. Sors de ce corps, Sarkozy !

22.10. - R.A.S. J'en profiterai donc pour dire que
ceux qui n'ont pas encore écouté le dernier opus d'Anna Calvi ratent THE album de l'année 2013...

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Gérard Roy

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Congrès régional à Besançon (25)

Motion régionale
Pour une Ecologie de l'action en Franche-Comté Congrès régional EELV-Franche-Comté des 16 et 17 novembre 2013
Le printemps 2012 a été une étape forte pour EELV et la gauche : la fin d’une décennie d’un pouvoir de droite de plus en plus arrogant et flirtant avec l’extrême droite, l’entrée de deux ministres écologistes au gouvernement et pour la premièr e fois deux groupes parlementaires écologistes. Ces victoires se sont accompagnées malgré tout de nombreuses incertitudes et interrogations sur la faiblesse des résultats de notre candidate à la présidentielle, le manque de respect de l’accord signé avec le parti socialiste à l’automne 2011, le contenu programmatique gouvernemental … Tout cela dans un contexte que certains appellent crise et que les écologistes considèrent comme le début d’une mutation profonde de notre société : la croissance n’est plus synonyme d’amélioration de la qualité de vie de chacun, au contraire elle s’accompagne de l’accroissement des inégalités, de l’épuisement des ressources naturelles, de perte de la biodiversité … D’un modèle fondé sur la croissance qui pille le monde et crée des injustices, nous devons passer à un modèle fondé sur la sobriété et la solidarité. Nos députés, nos ministres ont obtenu des avancées : lutte contre l’évasion fiscale, débat sur la transition énergétique, logement, mariage pour tous, relation avec les pays du Sud … Mais ces avancées ne sont pas à la hauteur des défis à venir et les déceptions sont nombreuses notamment sur le nucléaire, les Grands Projets Inutiles Imposés (GPII) tel Notre-Dame -des-Landes, l’absence d’éco-conditionnalité dans l’aide aux entreprises (CICE), la politique fiscale écologique … Si nos idées avancent dans la société, cette avancée ne se traduit pas (toujours) dans les résultats électoraux. En Franche-Comté, notre présence politique s’affirme avec sept élus au Conseil Régional dont deux vice -présidents, trois conseillers généraux, dans le Doubs, le Jura et le Territoire de Belfort, de nombreux élus municipaux, adjoints, maires et une présence dans les structures intercommunales. En juin 2012, Eric Alauzet est élu député et depuis 2009, Sandrine Bélier représente le grand-est au Parlement Européen. Les élus écologistes sont actifs, loyaux, inventifs, soucieux de l’intérêt public . Avec l’appui du milieu associatif, ils portent et soutiennent des projets concrets. Parallèlement, la croissance du nombre d’adhérents de la période 2009/2011 liée à la naissance d’EELV et à la primaire de la présidentielle ne s’est pas poursuivie.

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L’ensemble des constats qui précèdent renforcent les idées et pratiques maîtresses de notre mouvement et servira de base à EELV en Franche-Comté pour les années qui viennent. Nous devons marcher sur nos deux jambes. Par notre présence institutionnelle mais aussi par notre présence dans la société. Par notre action à court terme, politique des petits pas, qui ne perde pas de vue la vision à long terme pour une société plus juste et plus humaine. Par des « petites » actions locales et exemplaires qui s’insèrent dans des projets ambitieux. Penser global, agir local ! Ainsi, les orientations pour les années à venir seront organisées autour de trois axes pour mettre en œuvre « l’écologie des solutions » exigeante environnementalement, juste socialement et efficace économiquement. 1 - Renforcer notre mouvement
- C’est s’ouvrir encore plus largement vers la société. Nous l’avons fait en 2013, en organisant deux temps forts : les conventions sur l’énergie et l’industrie, il faudra poursuivre cette forme de travail sur d’autres thématiques : santé, transport, logement, économie sociale et solidaire … - C’est donner du plaisir à s’investir et augmenter notre nombre d’adhérents. - C’est renforcer notre communication. La Feuille Verte, le site régional, les listes de diffusion, les communiqués sont des outils forts de notre communication. Ils devront permettre de mieux relayer les actions des groupes locaux et des élus.

2 - Fonctionner mieux
C’est mettre en place des outils pour que les groupes locaux communiquent mieux entre eux, avec les habitants et les associations au niveau local et avec la structure régionale EELV. Ainsi, ils joueront pleinement leur rôle essentiel au sein du mouvement. - C’est mettre en place une coordination, un lieu d’échange entre les élus, plus particulièrement entre les élus des petites communes et les élus isolés. - C’est proposer des formations en direction des adhérents, en direction des élus. - C’est conforter le fonctionnement régional du CPR et se doter d'un BER fort. La gouvernance doit permettre au CPR de jouer pleinement son rôle politique. Le BER, au service du mouvement assure le fonctionnement, il prend aussi des positions politiques ponctuelles en cas d’urgence. Il en réfère au CPR chaque fois que les décisions ne sont pas unanimes. - C’est améliorer les conditions pratiques de notre fonctionnement avec la question d’un nouveau local pour EELV.

3 - Faire progresser l’écologie politique
- C’est participer activement aux initiatives diverses qui permettent de développer nos fondamentaux et développer les contacts avec nos partenaires associatifs et politiques. - C’est agir sur les projets qui structurent notre territoire. La Franche-Comté a son lot de GPII, certains en cours d’abandon, d’autres en cours d’étude ou de réalisation, voire réalisés. La lutte contre ces projets et la proposition de projets alternatifs servent d’appui à notre développement : Planche des Belles Filles, Mont d’Or, autoroute Langres-Vesoul, aéroport de Tavaux, réseau TGV, centres commerciaux, zones d’activités. - C’est, bien sûr, s’engager dans les échéances électorales futures et accompagner nos candidats : municipales, européennes, régionales et départementales (programmes, candidats, campagnes). -C'est demeurer ferme dans nos relations avec les autres formations politiques de gauche et soumettre impérativement nos accords de partenariat éventuels à une exigence de projet.

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Dans les mois qui viennent des décisions importantes vont être prises sur les retraites, la fiscalité, la transition énergétique … EELV doit être en ordre de marche. Chacun doit pouvoir participer au débat et s’engager concrètement dans l’action.

Signataires :
Bernard Lachambre, Corinne Tissier, Philippe Chatelain, Brigitte Monnet, Alain Ropion, Catherine Thiebaut, Marie-Claire Thomas, Marie-Agnès Chalumeaux, Benoit Cypriani, Eric Alauzet, Suzy Antoine, Patrice Bau, Brigitte Biancalana, Michel Boutanquoi, Cyrielle Chatelain, Eric Durand, Michèle Durand-Migeon, Samuel Feuvrier, Gilles Gardot, Marc Gaudard, Françoise Grosjean, André Grosjean, Bernard Littot, Anna Maillard, Marie-Odile Mainguet, Louis Massias, Claude Mercier, Isabelle Nouvellon, Anne Perrin, Josette Petrequin, Alain Poncet, Christine Vernier, Gérard Pavageau, Arnaud Jacquet

EELV Franche-Comté : comment ça fonctionne ...

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19 octobre 2013

Plus de 2 000 manifestants dans les rues de Saint-Claude (39) contre le gaz de schiste

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