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3 août 2009 Pierre Péan bientôt jugé en appel pour

"diffamation raciale et incitation à la haine


• Au Rwanda, le raciale"
Tutsi est menteur
et la femme Tutsi
est une espionne, Début septembre Pierre Péan sera devant la Cour d'Appel de
explique Pierre Paris pour "diffamation raciale et incitation à la haine raciale", sur
Péan plainte de SOS racisme et d'Ibuka contre les propos de son livre
"Noires fureurs, blancs menteurs". Si, malgré l'avis de la
• Dossier Péan dans procureure, Anne de Fontette1, Pierre Péan a été acquitté en
La Nuit rwandaise première instance, ses propos sur les Tutsi, sont la copie
N°3 conforme de ceux que le Hutu power a utilisés dans ses médias
pour déclencher et entrainer la population rwandaise dans le
• Le négationnisme génocide. Rappelons à ce sujet le "procès des médias de la haine"
français au Tribunal pénal international pour le Rwanda et le livre Les
médias du génocide (Karthala) dirigé par Jean-Pierre Chrétien à la
• Pierre Péan et demande de l'UNESCO.
Claude Durand au
tribunal Benjamin Abtan, ancien Président des étudiants juifs de France,
correctionnel cité comme témoin, avait quant à lui fait une comparaison
édifiante entre le texte de Péan et celui de Mein Kampf de Hitler...
• De la culture du il suffisait de remplacer "Tutsi" par "Juif" dans le livre de Péan et
mensonge, au réciproquement dans l'autre livre... Pierre Péan avait craqué en
Rwanda et ailleurs plein procès, mais n'avait pas réussi à vraiment pleurer selon les
témoins2. Comédie ou prise de conscience ?
• Protocoles des
sages de Sion
La France semble pusillanime pour dénoncer les visions ethnistes
• Le mythe hamite sur le Rwanda et les discours qui entretiennent la haine raciale
entre Hutu et Tutsi. C'est simple, on s'en fiche, on ne voit pas le
problème ou, plutôt, l'approfondir obligerait à prendre en compte
la complicité française dans le génocide. On referme prudemment
la boite... Védrine y encourage systématiquement en arguant de
notre fanatisme marginal.

Une relecture des journaux à la parution du livre de Péan montre


pourtant que la presse ne s'y est pas trompée. C'est un livre
scandaleux qui a été reçu comme tel par la majorité des
journalistes.

Alors pourquoi le procès de première instance contre Péan a-t-il


été un tel échec ? Cet échec est attribuable d'une part à la
mauvaise qualité de la défense et d'autre part à l'imbroglio des
relations entre SOS racisme et les acteurs du procès.
On sait que SOS racisme copine étroitement avec Julien Dray, un
mitterrandien incontestable et peu enclin à dénoncer la France en
1994, actuellement impliqué avec l'association dans une affaire
judiciaire très médiatisée. Est-ce finalement un hasard temporel ?
Rien n'interdit de se poser la question quand on connait les
capacités manipulatrices de nos services. Pour pimenter le tout,
Pierre Péan lui même a parrainé SOS racisme et défend
ardemment François Mitterrand, son staff élyséen et l'armée
contre des accusations de complicités dans le génocide des Tutsi.
Mais, selon un témoignage que j'ai entendu de la bouche de Fodé
Sylla, ancien président de SOS racisme, lors d'un débat dans une
conférence au Parlement européen de Strasbourg en 2004, il
serait allé avec des responsables de cette association au Rwanda
en plein génocide contre l'avis des Mitterrandiens qui leur
dépeignaient alors, plus grave que le génocide en cours (!), un
Kagame "Khmer noir" et infréquentable, qui à l'époque était
pourtant le seul à combattre concrètement les génocidaires. Fodé
Sylla n'a pas toujours fait preuve ensuite d'indépendance d'esprit
en matière de Françafrique, mais son témoignage est recevable
car une de mes connaissances l'a rencontré en juin 1994 à la
frontière ougando-rwandaise3.

Dominique Sopo, président actuel de SOS racisme, fait-il preuve


d'une belle indépendance d'esprit... ou les socialistes
mitterrandiens se servent-ils de lui pour tenter de tuer toute
critique de Pierre Péan, et de la complicité de la France dans le
génocide des Tutsi, par un procès embrouillé ? La plus grande
erreur, très tentante, serait d'enfoncer ce procès dans les
errances de Pierre Péan et du juge Bruguière sur le sujet
de l'attentat contre Habyarimana. Ce serait tentant, car c'est
aussi un des sujets du livre et car l'actualité récente a montré à
quel point cette affaire avait été montée de toute pièce par le juge
Bruguière et popularisée par Onana, Smith et Péan. Les
principaux témoins, et notamment le principal, Ruzibiza, a raconté
comment son témoignage a été fabriqué par les services français
et sa complaisance et l'a maintenant clairement démenti. Le
deuxième témoin Ruzigana, qui ne parle pas français, a
implicitement accusé Bruguière de forfaiture en affirmant, dès le
lendemain de la publication de son ordonnance, que le juge a écrit
le contraire de ce dont il témoignait. Le principal traducteur de
Bruguière est de la mouvance des génocidaires4. C'est donc
tentant de s'enfoncer dans ce boulevard contre Péan, mais ce
n'est pas le sujet.

Non le sujet est beaucoup plus grave que le problème de


l'attentat. C'est l'objet de la plainte : "diffamation raciale
et incitation à la haine raciale". Et tant qu'à faire des
efforts pour cerner le sujet, il ne s'agit pas d'abord de
l'antisémitisme, mais de la haine contre les Tutsi. Si l'on peut faire
un parallèle avec la haine des Juifs, cela ne doit rester qu'un
parallèle, quelle que soit sa pertinence. L'essentiel est ce qui a
conduit au génocide de 1994 et qui est repris sans critique et sans
vergogne par Pierre Péan dans son livre incriminé.

Ce qui est en cause c'est son astuce rédactionnelle qui consiste a


reprendre, sans les relativiser, les propos racistes de personnalités
très contestables. Il les présente comme crédibles alors que leurs
propos sont scandaleux d'une part et que d'autre part une bonne
connaissance du Rwanda et des personnes citées montre toute
l'absurdité de cette thèse. Pierre Péan évite de faire un parralèle
entre ces propos scandaleux et ceux des génocidaires...
L'important pour lui est l'agencement de sa rafale médiatique par
la juxtaposition astucieuse de propos importés, pour les seuls
besoins de justifier l'engagement français mais qui, sans aucun
scrupule, réhabilitent au passage l'idéologie du génocide. C'est
absolument inacceptable...

Rares sont les avocats qui ont une vraie connaissance des
événements du Rwanda. Il est dommage aussi qu'en premier
instance ils n'aient pas exigé du Président qu'il recentre les
débats. Pour donner du corps à cette plainte je vous laisse lire ci
dessous le blog de Kagatama, rescapée rwandaise vivant en
Europe. Elle a écrit ce texte un mois avant le procès de premier
instance. Ne pas comprendre cette analyse du livre de Péan par
Kagatama conduirait à l'indifférence à la haine raciale... et
contribuerait à l'acquittement de Pierrre Péan, ce qui serait
particulièrement scandaleux.

Emmanuel Cattier
http://survie67.free.fr/editorial.html

Cliquez ici pour accéder au blog de Kagatama

1 « On peut écrire sur le Rwanda. On peut écrire toute chose, mais pas
n'importe quoi ni n'importe comment » Anne de Fontette, procureur. LIre
aussi
2 Lire : Un étudiant juif fait craquer Pierre Péan
3 Un lecteur me signale l'article collectif "Rwanda: La bataille de la vie" (dans
Le Monde du 6 juillet 1994, p. 2.) d'Harlem Désir, Didier Lecomte, Claude
Soussi, Fodé Sylla. Extrait :
"Ainsi, depuis 1990 au moins, dans un Etat d'Afrique, les meurtriers de
civils et d'enfants sont restés impunis. La France a apporté son matériel
et son savoir-faire pour équiper et entraîner l'armée rwandaise. Que les
casernes fussent aussi les lieux d'entraînement et d'endoctrinement des
milices n'était pas son problème. Mais quel pouvait bien être le sens du
soutien apporté par notre pays à ce régime ? Quelle mission a
accomplie le pays des droits de l'homme en sauvant en 1990, avec
quelques hélicoptères armés de roquettes, une dictature "génocidaire
" ? Comment a-t-on pu feindre d'ignorer les rapports accablants
d'organisations internationales de défense des droits de l'homme sur les
massacres de masse organisés ces dernières années par les autorités
rwandaises ? Où étions-nous ensuite, pendant ces terribles journées
d'avril dernier, quand tout a basculé ? Nous sommes partis, laissant les
civils aux mains des purificateurs ethniques.
Aujourd'hui, l'armée française revient. Sa présence ne peut être
qu'incomprise, suscitant méfiance d'un côté et enthousiasme ambigu de
l'autre, chez ceux qui saluent son arrivée comme celle des " Hutus
blancs " et croient revenu le temps du soutien à leurs exactions.
Pendant ce temps, la Mission des Nations unies pour l'assistance au
Rwanda ne dispose que de treize véhicules blindés, dont trois seulement
en ordre de marche, capables de transporter des troupes, des réfugiés
ou des blessés en sécurité. En tant que membre du Conseil de sécurité,
n'avions-nous pas d'abord le devoir de donner au général Dallaire le
matériel et le mandat nécessaires à l'accomplissement de sa mission de
protection des populations civiles ?"
4 Fabien Singaye, gendre de Félicien Kabuga recherché par le TPIR,
reconnait être traducteur du Juge Bruguière, mais, selon lui, il n'aurait pas
traduit les propos des principaux témoins qui se sont rétractés, Ruzibiza et
Ruzigana. (Cf Le Soir du 9 juillet 2009)