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Maladies infectieuses

B 188

Grippe
Épidémiologie, diagnostic, traitement, prévention
Pr Bruno POZZETTO
Laboratoire de bactériologie-virologie, CHU, hôpital Nord, 42055 Saint-Étienne cedex 02

Points Forts à comprendre (le type C est surtout responsable d’infections bénignes des
voies aériennes supérieures). Ce sont des virus à ARN, de
capside hélicoïdale et porteurs d’une enveloppe. Le génome
• La grippe est une maladie infectieuse aiguë, bien est fragmenté en 8 pièces. L’enveloppe de nature phos-
définie, associant dans sa forme commune une pholipidique rend compte de la fragilité du virus dans le
fièvre souvent élevée, une altération de l’état milieu extérieur ; elle est hérissée de 2 types de projections
général (douleurs diffuses, asthénie) et des signes glycoprotéiques indispensables à l’infectiosité du virus :
respiratoires d’intensité variable. Elle ne doit pas l’hémagglutinine et la neuraminidase (fig. 1).
être confondue avec les autres viroses Les anticorps dirigés contre ces structures sont protecteurs.
respiratoires. L’essentiel de la variabilité du virus est portée par ces deux
• Sous l’angle épidémiologique, la grippe est antigènes. On distingue des modifications mineures ou
caractérisée par sa grande contagiosité, par sa très « glissements antigéniques » et des modifications majeures
nette recrudescence hivernale et par son important ou « sauts antigéniques ». L’encadré 1 illustre les consé-
retentissement socio-économique lié à l’ampleur de quences de ces 2 types de variations antigéniques.
certaines épidémies. Les souches de virus grippal sont désignées comme indi-
• Le caractère épidémique de la grippe est lié qué sur la figure 2.
à la grande variabilité génétique des virus
responsables ; ils peuvent être l’objet de variations
antigéniques mineures (glissements) ou majeures
(sauts).
• La gravité de la maladie tient aux formes
suraiguës ou malignes et aux surinfections Neuraminidase
respiratoires bactériennes observées chez les sujets
âgés et (ou) fragiles. Protéine de matrice
• Le pouvoir protecteur du vaccin est estimé
à 70 %. Sa composition antigénique est revue Enveloppe

annuellement. Il est fortement recommandé


Couche lipidique
dans les populations à risque. Hémagglutinine

Génome ARN
Capside
hélicoïdale
H Nucléocapside
fragmentée

La grippe est une maladie infectieuse paradoxale. Volon-


tiers considérée comme bénigne, elle peut évoluer de façon 1
redoutable dans certains groupes à risque et prendre, lors Représentation schématique du virus de la grippe.
de certaines épidémies, l’allure d’un fléau à l’échelon pla-
nétaire (15 à 20 millions de morts en 1918-1919). Sous
l’angle virologique, elle illustre, au même titre que le sida
ou l’hépatite C, la très grande plasticité du génome des
virus à ARN. A / Singapore / 1 / 57 (H2N2)
A : type
Singapour : lieu d’isolement
1 : numéro d’ordre
Épidémiologie 57 : millésime de l’isolement
(H2N2) : numéro de l’hémagglutine (H)
À l’échelle du virus et de la neuraminidase (N) pour les sous-types A

Les virus de la grippe sont dénommés myxovirus influenzæ 2


et appartiennent à la famille des Orthomyxoviridæ. Ils com- Nomenclature des virus grippaux (exemple de la souche
prennent trois types A, B et C, d’importance décroissante responsable de la pandémie de 1957 « grippe asiatique »).

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GRIPPE

Les 2 types de variations des virus de la grippe

Glissement antigénique Saut antigénique

Virus concernés Types A et B Type A


Conséquences Protection croisée au niveau Absence de protection croisée
immunologiques de l’immunité humorale (« nouveau virus »)
Conséquences Épidémies limitées ne touchant Pandémies touchant toute la population
épidémiologiques que les sujets non immuns exposée quel que soit son niveau de protection
immunitaire antérieur

À l’échelle de l’environnement pour provoquer une infection chez un sujet réceptif. La


transmission indirecte, par des objets contaminés ou par
Les virus grippaux sont ubiquitaires et peuvent infecter de voie manuportée, est possible, en particulier dans les lieux
nombreuses espèces animales : porcs, chevaux, oiseaux de soins (infections nosocomiales).
(peste aviaire)… Les virus grippaux sont spécifiques d’es-
pèce : les souches qui infectent les animaux sont non patho- 2. Diffusion
gènes pour l’homme et vice-versa. Cependant, des réar- • Pandémies : elles concernent seulement le type A
rangements entre génomes de souches humaines et (encadré I). Elles débutent en général dans le continent asia-
animales peuvent conduire à l’émergence de nouvelles tique et s’étendent rapidement aux autres parties du monde,
souches pathogènes pour l’homme. Ainsi, on vient de avec un taux de mortalité très élevé. Elles surviennent de
démontrer que le virus responsable de l’épidémie de grippe façon périodique, tous les 10-20 ans environ. On a dénom-
espagnole avait une hémagglutinine très proche de celle bré 7 grandes pandémies depuis le début du siècle, la der-
des souches porcines. De même, en 1997, à Hong-Kong, nière remontant en 1977 (« grippe russe »).
un jeune garçon est décédé d’une grippe A dont le virus • Épidémies : elles surviennent sur un mode annuel, avec
présentait une hémagglutinine d’un type nouveau d’origine de très grandes différences d’amplitude d’une année à
aviaire. l’autre ; plusieurs souches de virus grippaux appartenant à
différents types ou sous-types peuvent circuler simultané-
À l’échelle de l’homme ment ou successivement la même année. Dans les pays tem-
1. Mode de transmission pérés la grippe A a une très nette recrudescence hivernale
alors que la grippe B se voit plus souvent au printemps. Il
La transmission de la grippe est essentiellement interhu- faut également insister sur les cas sporadiques et sur les
maine et directe, par le biais d’aérosols de gouttelettes nombreuses infections inapparentes qui jouent un rôle
d’origine salivaire ou respiratoire. Son extrême contagio- essentiel dans la diffusion du virus et dans l’entretien du
sité est liée au fait qu’un inoculum minime est suffisant réservoir humain.
3. Coût individuel et socio-économique
Le nombre de décès annuel par grippe est estimé en
Éléments de physiopathologie moyenne à 10 000 aux États-Unis et à 1 500 en France, mais
ce chiffre peut s’élever considérablement (18 000 décès en
Le virus pénètre par voie respiratoire ; il se multiplie activement dans
les épithéliums du nez, de la gorge, de la trachée et des bronches où
France entre décembre 1969 et janvier 1970, dont 80 %
il provoque la nécrose des cellules ciliées et à mucus, à l’origine du chez les sujets âgés de plus de 65 ans).
catarrhe respiratoire et de la sensibilité accrue aux surinfections bac- Sous l’angle socio-économique, on a pu estimer le coût
tériennes. La diminution de la viscosité du flux muqueux sous l’effet annuel de la grippe comme suit : 1 milliard de francs pour
de la neuraminidase virale explique la dissémination de l’infection les soins ambulatoires et à domicile, 80 millions de francs
vers le tractus respiratoire inférieur. Le syndrome grippal général est,
pour partie, secondaire à la libération d’interférons et de cytokines. pour les frais hospitaliers et 3 milliards de francs liés à l’ab-
Dans les formes sévères, l’infection virale peut s’étendre au paren- sentéisme à la charge de la Sécurité sociale.
chyme pulmonaire, entraînant une pneumonie interstitielle avec
œdème pulmonaire. 4. Populations à risque
L’infection par le virus grippal entraîne l’apparition d’anticorps, à la La grippe s’observe avec la plus grande fréquence chez les
fois au niveau du tractus respiratoire (IgA et IgG) et dans la circula-
tion générale. Ils confèrent une protection durable vis-à-vis du virus
sujets jeunes dépourvus d’immunité antigrippale. En terme
infectant et de souches antigéniquement proches. Par contre, en cas de gravité, la grippe est redoutée aux 2 extrêmes de la vie
de réinfection par une souche très différente sur le plan antigénique, (nourrissons et surtout sujets âgés), chez les sujets porteurs
il n’y a pas de protection. Cela explique pourquoi les épidémies dues de tares organiques (insuffisance cardiorespiratoire, bron-
à des variants mineurs touchent principalement les sujets jeunes non chite chronique, emphysème, asthme, mucoviscidose, dia-
immuns, alors que celles dues à des variants majeurs intéressent toute
la population. bète…), chez les sujets présentant une immunodépression
(quelle qu’en soit la cause) et chez la femme enceinte.

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Diagnostic 3. Formes graves


• Complications respiratoires : elles sont au premier plan
Diagnostic positif pour expliquer la surmortalité due à la grippe.
1. Forme typique : la grippe commune – Conditions de survenue
L’incubation dure en moyenne 48 heures avec des extrêmes Sont particulièrement exposés les sujets dont l’équilibre
de 1 à 4 jours. Le début est très brutal avec installation hémodynamique et respiratoire est précaire :
d’emblée du syndrome grippal : fièvre élevée souvent supé- . cardiopathies congénitales et mucoviscidose chez l’en-
rieure à 39 °C, frissons, malaise général, asthénie, douleurs fant,
variées (céphalées, myalgies, courbatures, rachialgies, . grossesse, valvulopathie chez l’adulte jeune,
voire arthralgies). . cardiopathie aiguë, insuffisance respiratoire chez le sujet
La phase d’état se caractérise par la persistance de l’atteinte âgé.
de l’état général et du syndrome douloureux et l’apparition Néanmoins, ces complications respiratoires graves peuvent
d’un syndrome catarrhal des voies respiratoires supérieures survenir chez un sujet en pleine santé.
d’intensité variable qui peut comporter une hyperhémie – Pneumopathie virale primitive (« grippe maligne »)
conjonctivale, une rhinorrhée, un énanthème pharyngé, une Elle réalise un œdème pulmonaire gravissime. Un à deux
laryngite se traduisant par une toux sèche et douloureuse jours après le début d’une grippe banale, apparaît une
(ce dernier signe est presque constant). En dehors de défaillance respiratoire aiguë (avec ou sans expectoration
quelques ronchus ou sibilances, l’examen clinique est sans mousseuse sanglante), une altération majeure de l’état
particularités. La radiographie pulmonaire est normale ou général avec fièvre élevée et des troubles de la conscience
subnormale avec de discrètes opacités hilifuges hétéro- pouvant aller jusqu’au coma. La radiographie pulmonaire
gènes. L’hémogramme – inutile en pratique – pourrait mon- objective un œdème extensif. Sous l’angle biologique, on
trer un aspect normal, une leuconeutropénie, une lympho- note une hyperleucocytose (même en l’absence de surin-
pénie ou une polynucléose même en l’absence de fection) et un syndrome d’hypoxie avec acidose hyper-
surinfection bactérienne. capnique. L’évolution est habituellement fatale malgré les
L’évolution est rapidement résolutive avec disparition de mesures de réanimation.
la fièvre et de l’ensemble des signes d’accompagnement – Grippe surinfectée
en 2 à 4 jours ; une petite réascension thermique passagère Le virus grippal, par son action destructrice sur les épithé-
– bien inconstante – réalise le classique V grippal. L’as- liums respiratoires, favorise la greffe de surinfections bac-
thénie rétrocède plus lentement. tériennes, d’autant plus fréquentes et graves qu’elles sur-
viennent sur un terrain respiratoire fragile. On observe :
2. Formes symptomatiques . des surinfections ORL (sinusites, laryngites, otites), sur-
• Les formes atténuées ou inapparentes sont très fré- tout chez l’enfant,
quentes et jouent un rôle majeur dans la dissémination de . des suppurations bronchiques, particulièrement sévères
la maladie (en particulier dans les lieux de soins). en cas d’insuffisance respiratoire chronique,
• Les formes pleuropulmonaires sont également habi- . des pleurésies purulentes, volontiers enkystées, au décours
tuelles ; il peut s’agir : de l’épisode grippal, à l’origine de séquelles tardives,
– de pneumopathies atypiques caractérisées par une toux . des pneumonies bactériennes, extrêmement fréquentes,
et une petite expectoration muqueuse, des signes physiques mettant en jeu des germes de la flore oro-pharyngée
très discrets contrastant avec l’importance des signes radio- (Hæmophilus influenzæ, Streptococcus pneumoniæ, Sta-
logiques à type d’opacités systématisées, bilatérales, asy- phylococcus aureus…), voire des bacilles à Gram négatif
métriques et hétérogènes ; l’évolution est favorable spon- (Klebsiella pneumoniæ, Pseudomonas aeruginosa…) ;
tanément en 2 à 3 semaines ; elles peuvent être concomitantes de la pneumonie atypique
– d’épanchements pleuraux, en général associés à la pneu- grippale mais, le plus souvent, elles sont retardées de 6 à
mopathie, parfois isolés à type de pleurésie sérofibrineuse ; 8 jours ; elles réalisent un syndrome de condensation cli-
– très exceptionnellement d’un pneumothorax d’évolution nique et radiologique et s’accompagnent d’une hyperleu-
bénigne. cocytose marquée ; leur pronostic est considérablement
• Les autres formes symptomatiques sont rares mais trom- amélioré par un traitement antibiotique adapté. L’encadré 3
peuses : compare ces pneumonies bactériennes à la pneumopathie
– formes digestives avec douleurs abdominales, vomisse- virale décrite plus haut, les deux pathologies pouvant
ments, diarrhée, réalisant la « grippe intestinale » ne pou- d’ailleurs s’associer.
vant être rattachées à une étiologie grippale que dans un • Autres complications : elles sont beaucoup plus excep-
contexte épidémique ; tionnelles :
– formes méningées à type de méningite lymphocytaire – complications neurologiques à type de méningoencé-
bénigne ; phalite ou de polyradiculonévrite (aux États-Unis, une épi-
– formes cardiaques à type de péricardite aiguë, voire de démie de syndromes de Guillain et Barré avait fait suite à
myocardite ; une campagne de vaccination ; il semble que cette compli-
– formes cutanées à type d’érythème morbilliforme ou scar- cation ait été consécutive à une purification insuffisante du
latiniforme ; vaccin) ;
– formes avec myalgies, en particulier chez l’enfant. – myocardite ;

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GRIPPE

Complications pulmonaires de la grippe (d’après Raffi)

Pneumopathie virale Pneumopathie bactérienne


ou « grippe maligne » de surinfection

Fréquence Faible Élevée


Circonstances de survenue Cardiopathie, grossesse, adulte jeune Sujets âgés, insuffisants respiratoires
Tableau clinique Grippe se prolongeant Intervalle libre entre la grippe
et s’aggravant et la pneumonie
Examen clinique Signes diffus Râles localisés
et radiologique Œdème pulmonaire Syndrome de condensation
Bactériologie de l’expectoration Flore normale Germe pyogène à Gram positif
ou plus rarement négatif
Réponse aux antibiotiques NON OUI
Mortalité Élevée Fonction du terrain

– cytolyse hépatique et insuffisance rénale fonctionnelle ; virus parainfluenzæ, le virus respiratoire syncytial, les adé-
– myosite avec rhabdomyolyse et myoglobinurie, en par- novirus, les rhinovirus, les entérovirus, etc.
ticulier chez l’enfant avec le type B ; la récupération se fait En cas de pneumopathie atypique, il faut évoquer les bacté-
habituellement sans séquelles ; ries à tropisme intracellulaire pour lesquelles il existe un trai-
– syndrome de Reye associant une encéphalopathie œdé- tement antibiotique : Mycoplasma pneumoniæ, Chlamydia
mateuse et une dégénérescence graisseuse du foie ; ce syn- pneumoniæ, Legionella pneumophila ou Coxiella burnetii.
drome, de pronostic redoutable, serait dans 10 % des cas
consécutif à une infection grippale, en général de type B ; Diagnostic étiologique
on discute le rôle d’une perturbation transitoire des Les examens virologiques sont indispensables pour poser
enzymes mitochondriales hépatiques. le diagnostic précis de grippe dans les formes graves ; ils
sont également utiles pour confirmer les premiers cas d’une
4. Formes selon le terrain épidémie, en particulier sous l’angle épidémiologique.
Chez le nourrisson, la grippe est plus rare que d’autres Les prélèvements (écouvillonnage nasal profond ou lavage
viroses ; elle peut se traduire par une rhinopharyngite banale rhinopharyngé) doivent être réalisés dans les premiers jours
ou par une forme plus sévère : laryngite ou laryngotrachéite, car le virus disparaît rapidement de l’arbre respiratoire
bronchiolite, bronchopneumopathie dyspnéisante. La supérieur. En quelques heures, les antigènes du virus grip-
fièvre peut être à l’origine de convulsions hyperthermiques. pal peuvent être décelés par immunofluorescence ou par
Chez la femme enceinte, la fréquence des grippes graves technique immunoenzymatique à l’aide d’anticorps mono-
est très augmentée. La grippe est responsable d’avorte- clonaux, permettant un diagnostic de type ou de sous-type.
ments spontanés au premier trimestre de la grossesse ; son La culture cellulaire, plus lente et délicate, est surtout utile
rôle tératogène n’est pas établi. pour l’épidémiologie et la mise à jour des vaccins. Les tech-
Les vaccinés peuvent avoir une grippe atténuée. niques d’amplification génomique (PCR) sont encore expé-
rimentales dans le diagnostic de la grippe mais s’avèrent
Diagnostic différentiel prometteuses.
Le diagnostic de grippe est souvent posé de façon abu- Le sérodiagnostic repose sur une variation significative du
sive car la clinique est insuffisante pour affirmer l’origine titre des anticorps entre 2 sérums prélevés à 2 ou 3 semaines
grippale d’un syndrome parfois peu spécifique. Il existe d’intervalle. La fixation du complément et l’inhibition de
en effet de nombreuses autres maladies infectieuses qui l’hémagglutination sont les techniques les plus utilisées. Il
peuvent simuler la grippe, au moins dans leur phase ini- faut connaître l’existence de résultats faussement négatifs
tiale : fièvre typhoïde, méningite aiguë, endocardite, lep- chez le jeune enfant.
tospirose, septicémie, paludisme, etc. En se retranchant
derrière le diagnostic de grippe, en particulier dans un
contexte épidémique, on risque de méconnaître de telles Traitement
affections qui nécessitent un traitement spécifique par-
fois urgent. Il n’existe pas de traitement curatif spécifique de la grippe,
En dehors de la grippe, il existe de nombreuses viroses pou- en dehors de la ribavirine antiviral actif sur un large spectre
vant associer des signes généraux et une atteinte respira- de virus à ARN, qui peut s’avérer utile dans les grippes
toire plus ou moins marquée ; les agents en cause sont les malignes. L’amantadine n’a pas d’effet à titre curatif.

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– le pourcentage de sujets présentant un syndrome grippal


Thérapeutiques antivirales dans une population visitée par des médecins sentinelles ;
Deux types de médicaments antiviraux peuvent être utilisés contre les – le recueil de données virologiques à partir des labora-
virus de la grippe. toires hospitaliers de virologie ;
1. Amantadine et ses dérivés – la consommation d’antibiotiques, bien corrélée avec la
progression des épidémies de grippe ;
Ils ne sont efficaces que sur les virus de type A, sans doute en empê-
chant la décapsidation du virus dans la cellule infectée. Cette effica- – l’absentéisme dans certaines collectivités (écoles, entre-
cité n’a pu être démontrée qu’à titre prophylactique ; elle est estimée prises) déclaré par les médecins scolaires ou du travail.
à 70-80 % (comme la vaccination). Seule l’amantadine est disponible
en France sous le nom de Mantadix. Doté également de propriétés
antiparkinsoniennes, ce produit peut entraîner chez le sujet âgé des 2. Mesures d’hygiène
effets secondaires à type de troubles centraux (céphalées, insomnies, Compte tenu de sa grande contagiosité et de son incuba-
nervosité, troubles du caractère). Par ailleurs, son utilisation prolon-
gée induit rapidement l’émergence de mutants résistants. Pour toutes tion très courte, la grippe est difficile à maîtriser par des
ces raisons, l’amantadine et ses dérivés ont des indications très limi- mesures d’hygiène classiques. En milieu hospitalier, il
tées dans la prophylaxie de la grippe au cours des épidémies à virus convient de procéder à un isolement des patients de type
A : sujets à très haut risque, sujets non vaccinés en contact avec des « gouttelettes » préconisant l’utilisation d’un masque par
patients très fragiles, immunodéprimés ne répondant pas à la vacci-
nation, contre-indications au vaccin (allergie vraie à l’œuf). Par
le personnel pour les soins rapprochés ; pour prévenir la
ailleurs, ces substances pourraient permettre de retarder la progres- transmission manuportée, une hygiène correcte des mains
sion d’une nouvelle souche à tendance pandémique dans l’attente de est exigée. Une sectorisation des patients infectés, toujours
produire un vaccin efficace. souhaitable, est difficile en cas d’épidémie.
2. Ribavirine (1-β-ribofuranosyl-1, 2, 4-triazole-3-carboxamide) ou
Virazole Prévention spécifique
Il s’agit d’un analogue nucléosidique de la guanine, actif sur de nom- 1. Antiviraux
breux virus dont le virus de l’hépatite C, le virus respiratoire syncy-
tial et les virus grippaux A et B. Une toxicité non négligeable (en par- À titre préventif l’amantadine et la rimantadine possèdent
ticulier médullaire), un coût élevé et une efficacité modeste limitent un certain intérêt lors des épidémies dues au virus de la
son utilisation aux formes sévères de grippe en complément des
manœuvres symptomatiques de réanimation. grippe A (voir encadré).

Dans la forme commune, on recommande le repos au lit, Vaccination antigrippale


une bonne hydratation et on prescrit des salicylés contre la en usage en France
fièvre et le syndrome algique et éventuellement un sédatif Préparés à partir de virus multipliés dans la cavité allantoïque d’œufs
de la toux. de poule embryonnés, les vaccins antigrippaux sont partiellement
Les antibiotiques à titre prophylactique ne sont justifiés purifiés (pour réduire les risques de sensibilisation aux protéines
que chez le sujet âgé ou porteur de tare ; on préconise un d’œuf) et inactivés par le formol, la β-propionolactone et les rayons X.
Il s’agit de vaccins polyvalents comportant 2 souches de virus A et
macrolide ou une bêtalactamine par voie orale. Les formes une souche de virus B, choisies chaque année en fonction du contexte
surinfectées doivent faire l’objet d’une antibiothérapie épidémique. Leur immunogénicité est améliorée par l’adjonction
adaptée selon les résultats de l’examen bactériologique des d’adjuvants (sels d’alumine) ou par le traitement par des détergents,
expectorations. afin de fragmenter l’enveloppe virale (vaccins dits « splités » ou frac-
tionnés). Le vaccin est administré chaque année en automne, par voie
Les formes pulmonaires graves nécessitent une prise en sous-cutanée profonde (région deltoïdienne). Il est contre-indiqué en
charge de réanimation respiratoire. cas d’allergie vraie à l’œuf. Les effets secondaires sont mineurs (réac-
tion locale le plus souvent à type d’érythème, d’induration ou de dou-
leur passagère ; syndrome grippal a minima). L’immunité apparaît
Prévention 15 jours à 3 semaines après la vaccination et dure au moins 6 mois.
Le taux de protection est estimé à 70-80 %. Il faut prévenir les patients
que le vaccin n’est pas susceptible de les protéger vis-à-vis des autres
Prévention non spécifique viroses de l’hiver (rhumes en particulier). Les populations à risque
chez qui le vaccin est recommandé sont :
1. Surveillance épidémiologique – les personnes âgées de plus de 65 ans, quel que soit leur état de
Dans le but d’isoler et d’identifier le plus rapidement pos- santé ;
– les sujets en institution quel que soit leur âge ;
sible les virus faisant l’objet de variations antigéniques, la – les sujets porteurs de tares viscérales ou métaboliques (voir dans le
grippe fait l’objet d’une surveillance épidémiologique texte) ;
constante en différents points du globe. Deux centres inter- – les sujets immunodéprimés ;
nationaux, l’un à Londres, l’autre à Atlanta (Géorgie, États- – les personnels des professions de santé, dans un double but :
Unis), colligent l’ensemble des données. La France est . préserver les effectifs lors des épidémies où les besoins en soignants
sont accrus,
découpée en 2 secteurs sous la responsabilité de 2 centres . éviter la transmission nosocomiale de la grippe aux patients fragiles.
nationaux à l’Institut Pasteur de Paris et à Lyon. Les dif-
férents indicateurs utilisés pour cette surveillance sont :

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GRIPPE

2. Vaccination Points Forts à retenir


C’est la clé de la prophylaxie antigrippale. Les modalités
de cette vaccination sont définies dans l’encadré corres-
pondant. L’efficacité de ce vaccin – en terme de sérocon- • La grippe est une affection virale épidémique très
contagieuse, à transmission respiratoire et à forte
versions – est estimée à 70 % chez le sujet jeune. Au fil
recrudescence hivernale. L’agent responsable est
des années, la réponse humorale diminue mais le vaccin myxovirus influenzæ qui présente trois types (A, B
conserve un pouvoir protecteur satisfaisant, même chez le et C) d’importance décroissante ; ce virus à ARN
grand vieillard, sans doute du fait de la répétition annuelle se caractérise par une grande variabilité antigénique
des injections et peut-être du rôle adjuvant mal connu de responsable de son pouvoir épidémiogène. Sous
l’immunité cellulaire. Les limites des vaccins actuels sont l’angle clinique, la grippe se caractérise
liées aux facteurs suivants : par la survenue brutale, après une incubation
– variabilité des antigènes viraux nécessitant un réajuste- de 1 à 4 jours, d’un syndrome fébrile
ment, toujours a posteriori, des souches qui composent le s’accompagnant de signes respiratoires et d’une
vaccin ; atteinte marquée de l’état général. L’évolution,
– fragilité de l’immunité conférée par les virus grippaux et habituellement bénigne en quelques jours, peut
a fortiori par les vaccins ; se faire vers un œdème pulmonaire
– difficulté de susciter une protection locale, au niveau du ou des surinfections bactériennes grevés d’une
site de l’infection, pour une maladie virale qui reste en importante mortalité chez les sujets porteurs d’une
général localisée à l’appareil respiratoire. tare viscérale et (ou) âgés. Le traitement curatif
Les voies de recherche concernant les vaccins antigrippaux est essentiellement symptomatique. La prévention
sont multiples : est centrée sur la vaccination annuelle des sujets
– vaccins préparés sur cultures cellulaires ; à risque et sur la surveillance des épidémies.
– vaccins à base de mutants atténués thermostables (ts) ou
adaptés au froid (ca) ;
– vaccins recombinants ; POUR EN SAVOIR PLUS
– vaccins à base de peptides de synthèse ou d’ADN nu ; Hannoun C. Le vaccin antigrippal d’aujourd’hui et de demain.
– vaccination par voie intranasale. Virologie 1997 ; 1 : 121-31.
Quelle que soit la stratégie privilégiée dans les années à Huraux JM, Nicolas JC, Agut H. Les virus de la grippe. In : Viro-
logie. Paris : Flammarion Médecine Science 1985 : 164-82.
venir, il est sûr que l’éradication de la grippe dans l’espèce Kernbaum S. Grippe. In : Éléments de pathologie infectieuse.
humaine ne peut passer que par la vaccination généralisée ; 5e ed. Lyon : Simep, 1990 : 190-8.
Dans cette attente, la protection – même partielle – des Pily E. Maladies infectieuses. 15e ed. Montmorency, 2M2 : 1996.
Raffi F. Les complications de la grippe. Immunol Med 1990 ; 7 : 8-12.
groupes à risque reste impérative. ■

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