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TD DROIT ADMINISTRATIF SEANCE N°5  CAA Marseille, 10 MARS 2011, Commune de Nice L’arrêt commune de Nice de la Cour administrative d’appel de la ville de Marseille daté du 10 mars 2011 est relatif à la responsabilité pour faute d’une commune dans le suivi d’une association subventionnée, et met en évidence la notion de transparence. Une association dont l’objet statutaire est la pratique d’un sport a été créée le 8 juillet 1986. Le 13 mars 1998 un contrat d'objectifs entre la commune de Nice et la fédération française de Handball pour le développement de cette association a été conclu ; elle a bénéficié de subventions de la part de a commune de Nice de 1992 à 1999. L’année de la cessation des subventions communales, cette association est placée en redressement judiciaire. Le 12 janvier 1999, le tribunal de grande instance de la ville de Nice fixe provisoirement la date de cessation du paiement par la commune de Nice, de l‘association ce jour même et ouvre également une procédure de redressement judiciaire et désigne ainsi un administrateur judiciaire. Le 11 mars de la même année, le tribunal prévoit un plan de cessation de l’association au profit d’une autre associa tion dont l’objet statutaire est lui aussi la pratique du sport. L’administrateur judiciaire de l’association litigieuse précédemment désigné, est aussi choisit comme commissaire à l’exécution du plan. Le 13 mars 2001, cet administrateur judiciaire et commissaire intente une action en comblement du passif contre le président de l’association litigieuse, mais le tribunal de grande instance le déboute de sa demande. L’année suivante, le 29 mai, ce même homme adresse un courrier à la commune de noce et réclame le versement d’une somme provisionnelle en réparation du préjudice subi par l’association du fait de la non gestion de la personne morale par la commune. La commune n’ayant pas répondu à sa requête, il en conclu implicitement qu’elle est rejetée. Il saisit de nouveau le tribunal administratif et le 12 novembre 2008, la commune de Nice est condamnée à payer une somme à l’association, cette dernière interjette appel et enregistre sa requête le 13 janvier 2009 auprès du greffe de la cour administrative d’appel de Marseille. Cette requête tend à annuler le jugement du tribunal du 12 novembre 2008, à rejeter la demande de l’administrateur judiciaire et commissaire et à lui mettre à charge la somme de 5 000 euros. L’administrateur judiciaire et aussi commissaire de l’exécution du plan de cession de l’association au profit d’une autre, allègue que l’association litigieuse a subi un préjudice de la part de la commune de Nice, du fait tout d’abord, de la non gestion de cette personne morale, ensuite de sa contribution à l’insuffisance d’actif et enfin de la poursuite d’une activité déficitaire. La commune de Nice, elle dénonce un manque de compétence de la juridiction administrative et récuse toute faute qu’on lui incombe. Les tribunaux de l’ordre administratif sont ils compétents ? La transparence de l’association sportive est elle attestée ? La responsabilité de la commune peut elle être engagée et est elle à l’origine de l’activité déficitaire de l’association ? La Cour administre d’appel affirme que sa compétence est en l’espèce justifiée, car les actions de l’association de sport présentaient un intérêt communal, et qu’ainsi elle exerçait une mission de service public administratif. Elle allègue également que la responsabilité de la commune est elle aussi justifiée puisqu’il résulte après étude par le juge administratif des éléments fournis que la direction de l’association était bien assurée par la commune de Nice, et que sa mauvaise gestion motivait bien le préjudice subi par le commissaire nommé. En conséquence, la Cour administrative d’appel déboute la commune de sa demande et l’a condamne à verser la somme exigée par le commissaire de l’exécution du plan, à l’association. Le juge administratif est ici bien compétent, puisque l’association exerce bien une mission de service public, Tribunal des conflits du 15 novembre 1999, Comité d'expansion de la Dordogne. La prépondérance de la commune dans le financement et la gestion de l’association permettent d’établir la transparence de l’association, sur le fondement de 4 critères consacrés dans l’arrêt du CE du 20 juillet 1990, Ville de Melun et Association Melun-Culture-Loisirs c/ Vivien et autres. Cet arrêt met en évidence la notion de transparence pour une association, cette notion est vérifiée en l’espèce deux fois, d’une part, dans la compétence de la juridiction administrative (I) et d’autre part dans la constatation de la responsabilité de la collectivité de rattachement (II). I) la compétence affirmée du juge administratif A) une association exerçant une mission de service public justifiant alors la compétence du juge administratif   les actions de l’association étaient d’intérêt communal signature le 13 mars 1998 d’un contrat d’objectifs avec la commune garantissant la promotion et le développement du sport pratiqué par l’association et à représenter la commune au championnat national de handball.  actions d’intérêt communal  exercice d’une mission de service public  donc compétence de la juridiction administrative.  De plus le juge administratif est compétent si la responsabilité de la personne morale est recherchée au titre de l’exercice d’une mission de service public. B) une association jumelée à la commune vérifiant ainsi sa transparence   le siège social de l’association était un local mis gracieusement à sa disposition par la commune Cette association bénéficiait de subventions de la commune depuis 1992, la part desdites subventions dans ses ressources s’élevant, selon les exercices, entre 80 % et 90 %. Ces énormes subventions ne peuvent que confirmer sa transparence.  Le président de l’association, un employé communal, avait exercé ses fonctions en liaison avec l’autorité municipale, et plus précisément avec le Mai re-Adjoint chargé des sports  l’association était transparente du fait qu’elle n’était qu’un service de la collectivité de rattachement c'est-à-dire la commune de Nice Cette association n’est qu’un démembrement de la commune, elle n’exerce pas elle même une mission de service public.  L’arrêt du CE du 20 juillet 1990, Ville de Melun et Association Melun-CultureLoisirs c/ Vivien et autres, fixe 4 critères afin de qualifier l’association de transparente, ces critères sont les suivants : création de l’association à l’initiative d’une personne publique (non rempli en l’espèce), le contrôle de l’organisation, et du fonctionnement, du financement et de l’objet de l’association (ces 3 autres critères sont ici remplis). II) la transparence avérée de l’association justifiant la responsabilité de la commune A) la commune dirigeante de l’association et de facto responsable   l’essentiel des subventions de l’association sportive provenaient de la commune. le conseiller municipal délégué aux sports, s’est directement immiscé dans la gestion de l’association.  Activités de l’association complémentaires à celles de la commune, l’association n’était qu’un service de la collectivité de rattachement  Le président de l’association a exercé en même temps 2 fonctions, d’une part la présidence de l’association et d’autre part son emploi de fonction municipal, créant ainsi un lien direct entre la commune de rattachement et l’association.  La direction effective de l’association a été assurée en réalité à partir du 21 juillet 1994 lors de l’entrée en fonction du directeur de l’association et aussi fonctionnaire communal.  Le financement et la direction présents de manière prépondérante permettent d’affirmer dans un premier temps la transparence et ainsi dans un second temps sa responsabilité. B) Un financement abusif de l’association        La commune avait été alertée par un rapport de la mission d’inspection général de l’administration communale en 1996 sur l’état de cessation de paiement de l’association mettant en évidence un passif Absence de commissaire aux comptes Absence de convention de mise à disposition de locaux par la commune Inscription de recettes non perçues au compte de résultat Un passif 3 fois supérieur au passif révélé dans un bilan du 31 décembre 1997  exploitation déficitaire de l’association Absence d’encadrement de l’association au niveau administratif et financier conduisant à la poursuite d’une activité gravement déficitaire. La commune a même accru pendant une période les subventions qu’elle octroyait à l’association  masquage de l’état de cessation de paiement de l’association  de plus les fonds attribués par une collectivité locale à une association par le biais de subventions deviennent des fonds privés mais ces subventions peuvent préserver la nature de deniers publics dans le cas ou l’association est qualifiée de transparente comme c’est le cas en l’espèce.  il en résulte d’éventuelles poursuites pénales avec amendes.