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MORT ET SURVIE par Léon-Jacques DELPECH Professeur a l'Université de Paris VII - Sorbonne Nous donnons ici quelques fragments du cours du Professeur . Delpech sur un probléme essentiel, celui de la mort et de Peer eC har Ce Cert ht pert tr oe Crs seerétaire 4 20 ans de Maurice Blondel, le plus grand penseur chrétien du premier demi-siécle, parapsychologue d Charles Lancelin comme du Professeur Calligaris, enf! peute du Réve éveillé dirigé et professeur de psychologic a la Sorbonne, puis @ Paris VII, ne pouvait sonder ce redoutable Pet tte Bergson et la survie Ce probléme nous concerne tous, cela d’ailleurs a 616 mis en lumitre par Pascal dans cette phrase des Pensées : « Aussi belle que soit la Comeédie en tout le reste, le dernier acte est san- glant, on jette un peu de terre sur la téte, en voila pour jamais ». C’est en lisant Bergson que je me suis posé ce probléme. Ecoutons-le dans les deux sources : « Quelle transformation dans une humanité habituée, quoi qu'elle dise, a n’accepter pour existant que ce qu'elle croit et ce qu'elle tou- che { L'information qui nous viendrait ainsi, concernerait peut-étre et ce qu'il y a d’inférieur dans les mes, le dernier degré de la spiritualité, mais il n’en faudrait pas davantage pour con- vertir en réalité vivante et agissante une croyance a 'au-dela qui semble se rencontrer chez la plupart des hommes mais qui reste le plus souvent verbale, abstraite et inefficace. En vérité, si nous étions sfirs, absolument sfirs de survivre, nous ne pourrions plus penser & autre chose. Les plaisirs subsisteraient mais ternes et décolorés parce que leur intensité n’était que Vattention que nous fixions sur eux. Ils pali- raient comme la Iumiére de mes ampoules au soleil du matin. Le plaisir serait éclipsé par la joie » | (Les deux sources de la morale et de la religion, P.U.F. 1931 in fine). En 1939, jai fait demander par mon ami Jean Baruzi, professeur d'histoire des religions. au Collage de France et familier de Bergson, si celui-ci maintenait toujours cette position. La réponse fut affirmative, 09 Gaston Backelard. né en 1804 8 Bar-sur-Aube, mort on 196 Aptis voir ele prfas sigue ct de chimie, il desint ime - sophie des Sciences a la So bonne, cela 195 sment & son ceuvre d'épis Survie et bombe atomique En 1946, j’étais chez Gaston Bachelard dans son petit appartement de la rue de la Montagne Sainte-Geneviéve avec le Dr Francis Lefébure qui venait de faire la campagne d’Italie. Nous étions trés marqués par le probléme de la bombe atomique et nous nous sommes demandés pour- quoi Vhumanité qui était capable de mobiliser des milliers de savants pour une ceuvre de des- truction, ne pourrait pas en faire autant pour essayer de résoudre le probléme de la mort. Je devais retrouver la méme idée en 1958 dans un livre sur « L’humanisme technique » di vain, philosophe Gabriel Veraldi. « L'incon- naissable n'existe pas, il n'y a que des concepts insuffisants, Je suis personnellement certain que si l'on avait appliqué au probleme de la mort autant d’ingéniosité et d'efforts qu’a la fabrication de la bombe H, cet éternel mystére serait plus qu’a moitié éclairci » (p. 87-88). 70 Le probléme de la vie Pour aborder le probléme de la mort je suis naturellement amené a faire un détour : la mort est quelque chose de négatif, il faut done se pen- cher sur ce qui est son inverse, a savoir la vie. Depuis la découverte de la double hélice par Watson et Crick, nous connaissons la structure vitale biologico-moléculaire — mais ce n'est pas pour le moment notre propos. Nous allons nous placer a un point de vue phénoménologique au sens étymologique du terme — et ainsi essayer de déterminer quelques aspects de la vie. Pre- miérement, pour les scholastiques la vie c’est le mouvement, mais le mouvement imprévisible. L’étre vivant et plus particulirement l'homme st autonome. Cf. les travaux de P. Vendryés. Cela est caractéristique en particulier dans le mouvement des animaux que vous déroutez. en restant immobile. Au sens scientifique, le mou- vemnent ce sont les échanges de l’@tre vivant et de son milieu. Autrement dit, le métabolisme. Dans ces échanges, il y a un élément fondamen- tal dont l'homme ne peut s‘abstenir plus de quelques minutes, c'est la respiration. Tl est A remarquer que les anciennes civilisations de VOrient ont accordé une grande importance a la science du respire, Ce fut le cas pour I'Inde avec le yoga de Patanjali et pour le tacisme. Maspero a écrit dans le Journal asiatique de 1936 une série d'articles sur les disciplines de respiration dans cette doctrine et il a fait le rapprochement avec la respiration du nouveau-né, Un autre aspect de la vie, c'est le sang. On sait que dans la Bible, l'auteur du Lévitique (VI) identifie I'ame avec le sang et une perte de sang assez importante menace le sujet de mort. Depuis Quinton (1904), on sait que la constitu- tion du sang est analogue & celle de l'eau de mer. Un autre élément, c'est la chaleur. Les mammiféres ont besoin pour vivre d'un certain degré de chaleur et les variations de chaleur dans le corps humain sont d'une marge assez minime de trente degrés & quarante-deux. Quin- ton a essayé d’étudier |'évolution des especes animales en fonction de leur chaleur intérieure (manuscrit de 18% publié dans la R.M.M. de 1933). Depuis quelques années certains techni- ciens prétendent que l'on peut bloquer ce pro- cessus vital par le froid — on mettrait en hiber- nation un sujet atteint d'une grave maladie et on attendrait les progrés de la science pour pouvoir le remettre dans le circuit vital et l'opérer — mais cette technique qui semble possible pour les reptiles (cas des crapauds) n'a jamais été réa- lisée en fait avec succ’s sur des mammiféres, Les tentatives en Yougoslavie par Giaja il y a une dizaine d'années, ont été des échecs. Vie et électricité Venons-en enfin an processus électrique. Lakovsky en 1930 a émis une théorie qui rap- proche la vie d’une oscillation électrique, Se basant sur ce point de vue, il a pu guerir des cancers de certaines plantes. Charles Laville, & la mame époque, a mis en lumiére une théorie du métabolisme électrique de V’étre humain. Son disciple, L.C. Vincent, a établi que la vi répondait A une triple détermination : 1) le PH du sang, e’est-d-dire les ions libres d’hydrogene que Ton trouve dans le sang ; 2) Voxydo- réduction, c’est-a-dire les ions d’oxygéne qui sont réduits par le métabolisme et 3) la résisti- vité électrique du corps humain, Grice a ces trois données, on peut avoir un profil de la vita- lité de 'homme. Durant les expériences astro- nautiques, les Américains pouvaient controler d’Huston la vitalité de leurs astronautes & cha- que instant. Au point de vue électroencéphalo- graphique, l'étude des activités du cerveau des étres vivants a été commencée en Italie en 1812 par Rolando et en ce qui concerne les étres humains par Caton & Londres en 1870, mais la mise au point a été ri mand Berger de . Depuis I'E.E.G. arendu mille services en particulier dans étude objective du réve. Actuellement, comme le disait encore lundi dernier le docteur Jean Ber- nard, le signe de la mort légale est constitué par deux E.E.G. plats pris 4 40 heures d’intervalle. Vie et forme On arrive maintenant a une définition classique donnée naguere par Aristote dans son traité de Tame, a savoir « l'dme est la forme du corps ». Cette notion a émergé de Ia synthase des théo- ries pré-socratiques des quatre éléments et devait converger avec la médecine hippocrati- que pour laquelle l'homme est une synthése de quatre éléments : la bile, le feu, V'air et eau et donner quatre tempéraments : le bilieux, le ner- veux, le sanguin, le lymphatique. Le Dr Bayle, physio erdu ses parents et mort du Me futur Roi de Ma: re méde n cole, le Lycée od il enseign $f pourquk il fut surnon la philos ait di rt Agéde 62 ans, on 322 ava Aristote et son historique ont été mag s par W. Jacgoret WD. Ress dans sa thése sur la « Psychologie du national- socialisme » (1951), devait heureusement rem- placer le bilieux (reste de conceptions antiques) par le synthétique. Les néo-hippocratiques Car- ton, Perriot et Viart défendirent de nos jours ce point de vue. Mais l'intérét de la notion de formes est que d'une certaine maniére, elle transcende Vespace-temps comme I'a montré R. Ruyer dans sa « Genése des formes vivantes » oit il a prouvé qu’elle ne peut surgir d'une accumula- tion de cellules mais qu’elle existe avant elles, Ge qui a été confirmé par les expériences de De Bekker reconstituant le membre sectionné d’un animal (rat) par une stimulation trés longue d'un mini courant électrique. Une autre expé- rience est celle de Paul Weiss. Gelui-ci préleva un rein sur un embryon de poulet de 8 a 14 jours, organe qu'il réduisit en une bouillie cellulaire. Aprés avoir été tamisée et centrifugée celle-ci fut disposée goutte a goutte et a la pipette sur la membrane d’embryons de poulet de 8 jours. Au bout de 20 jours un véritable nouveau rein s'était formé a cet endroit, Les cel- Iules. rénales isolées avaient donc, méme en dehors de leur propre organisme, conservé la faculté de développer un nouveau rein. La forme du rein était tran: