Vous êtes sur la page 1sur 83

S A P E U R

Sommair e
N° 1
ÉDITORIAL
Juin 2001 du Général DUPRÉ commandant l’E.S.A.G. .................................................. 3

ENTRETIEN

Le Général RICHARD commandant la Brigade du Génie .................... 5

ÉTUDES et PROSPECTIVES

Le génie en 2015 .................................................................. COL de GOUTTES .. 11

Le combat du génie en zone urbaine .................... LCL POTTIER .............. 14

Vers une nouvelle contre-mobilité .......................... LCL PARMENTIER .. 17

Politique de contre-minage .......................................... COL ATTAS .................. 21

De l’aide au déploiement au soutien


au stationnement .................................................................. GAL RICHARD .......... 26

SAPEUR DOSSIER : LE COMMANDEMENT DU GÉNIE EN OPÉRATIONS

Revue d’études Le commandement du génie


en opérations extérieures .............................................. COL DEFRETIN ........ 31
du génie militaire français
publiée par la Direction Le BATGEN 3 en opération .......................................... COL DODANE ............ 35
des Études et de la Prospective
L’expérience au KOSOVO du BATGEN
de l’École Supérieure de la BMN.N - 4e mandat .................................................. COL RICHARD............ 38
et d’Application du Génie
106, rue Éblé - B.P. 4125 Le soutien au stationnement ...................................... LCL FONTAN .............. 44
49041 ANGERS CEDEX 01
L’organisation du commandement
d’une opération de secours (UIISC) ...................... CNE REININGER ...... 48

Commandement d’une opération


Directeur de la publication de secours à la B.S.P.P. .................................................... LCL BARRAT .............. 50
Général Jean-Pierre DUPRÉ
Rédacteur en chef FORMATION
Colonel DESTRIBATS
Cours d’application et C.F.C.U. .................................. LCL GONZALES ...... 57
Rédacteurs en chef adjoints
Capitaine VENTURA Le C.T.1 T.P.I.A./V.F. .............................................................. LCL BAILLY .................. 61
Sous-lieutenant BARREAU
Impression : PIR ESAG Les pompiers des camps ........................................................ LCL FERRAT ................ 63

Dépôt légal à parution Le CT INFRA .......................................................................................... LCL FIQUET ................ 66


ISSN en cours

STRUCTURES et ÉQUIPEMENTS

L’évolution des compagnies de combat .............. COL DESTRIBATS .. 71

La numérisation de l’espace de Bataille (NEB) .... LCL BERIARD ............ 73

La démonstration du CARPET .................................... CNE JOYEUX ............ 76

-1-
S A P E U R

-2-
S A P E U R

Éditorial

Notre époque se trouve en permanence confrontée à de tels change-


ments qu'il devient extrêmement difficile pour qui n'est pas directe-
ment au contact, d'en appréhender toute la teneur et toute la portée.
La doctrine d'emploi du génie et les études qui en découlent n'échap-
pent pas à ce phénomène.

Hier priorité de l'inspection du génie, elles incombent depuis l'été


1999 à l'Ecole supérieure et d'application du génie à Angers qui s'est
dotée pour accomplir cette mission exaltante d'une plate-forme de
réflexion ouverte à tous ses partenaires (CREDAT, EMAT, DCG, STAT,
brigade du génie, régiments du génie, établissements du génie …) : la
division des études et de la prospective (DEP).

En 2 années, l'outil a atteint un niveau de performance reconnu.


Je n'en veux pour preuve que l'immense succès remporté par les
journées de réflexion des commandants du génie des pays de l'OTAN
et des pays européens associés (14 nations représentées) organisées
fin avril à Angers pour esquisser l'évolution du génie à l'horizon 2015.
Cet événement au retentissement indéniable officialise en quelque
sorte la position de l'école dans son rôle d'expert de l'arme et de
maison mère.

Il manquait une revue pour rendre compte des idées foisonnantes qui
alimentent ce laboratoire de réflexion du génie. C'est chose faite avec
ce premier numéro de "SAPEUR".

Le singulier ne vous a pas échappé ! Il donne au mot une connotation


générique qui devrait satisfaire les sapeurs de toutes les compo-
santes. Les articles proposés illustrent d'ailleurs cette pluralité.

La forme de cette revue n'est pas figée, elle est très certainement
appelée à évoluer ; par exemple nous envisageons d'ouvrir une
rubrique "Libres réflexions" destinée à élargir le champ de réflexion.

SAPEUR est la revue de tous les sapeurs, aussi nous attendons vos
réactions et vos suggestions.

le général Jean-Pierre DUPRÉ


commandant l'école supérieure
et d'application du génie

-3-
S A P E U R

-4-
S A P E U R

Général
RICHARD
Commandant
la Brigade
Entr etien
du Génie
avec le Général RICHARD
Commandant la Brigade du Génie
Le général de brigade Alain 1 - Mon Général, vous comman- • les moyens de commande-
RICHARD commande la Brigade dez la brigade du génie ment adaptés, c’est-à-dire un
du Génie et est gouverneur depuis le 1er août 1999. centre de mise en œuvre (CMO),
militaire de Strasbourg depuis Pouvez-vous nous dire ce des détachements légers de
août 1999. qu’elle représente en terme mise en œuvre (DLMO), des
de volume ? centres de coordination ou des
Précédemment, il exerçait les détachements de liaison, formés
fonctions de sous-chef d’état- Outre son état-major à à partir de l’état-major de la
major " organisation-ressources Strasbourg, la brigade du génie brigade et des PC des
humaines " de l’état-major de est composée de cinq unités régiments;
l’armée de terre à Paris. formant corps : le 1er régiment
du génie de franchissement (et • l’appui génie spécialisé :
Saint-Cyrien, il est admis à l’en- de déminage lourd) à Illkirch - pour le 1 e r RG, il s’agit
seignement militaire supérieur Graffenstaden, dans la commu- d’assurer la liberté de
scientifique et technique en nauté urbaine de Strasbourg, le mouvement des forces lors des
1975 où il rejoint l’université 2e régiment du génie d’aide au franchissements de coupures
des Sciences de Paris VI puis déploiement à Metz, le 5e régi- sèches (fossés) ou humides
l’école des applications mili- ment du génie de travaux lourds (rivières ou fleuves), ainsi que
taires de l’énergie atomique de à Versailles, le 28e groupe géo- dans le franchissement de zones
Cherbourg. graphique à Joigny, en Bour- minées (déminage par moyens
gogne, et le groupe de défense mécaniques),
A l’issue, il est affecté au ser- nucléaire biologique et chimi- - le 2e RG a pour mission de
vice de sécurité radiologique que à Draguignan. faciliter le déploiement, l’instal-
de la direction des centres d’ex-
lation et la vie des forces sur un
périmentations nucléaires à Au total, cela représente théâtre en leur fournissant un
Monthléry. quelque 4500 hommes ainsi appui adapté dans les domaines
que 1230 véhicules et engins de l’énergie électrique, de l’ali-
En 1979, il prend le commande- majeurs. mentation en eau, de l’infra-
ment de la 59e compagnie du
structure opérationnelle (re-
génie de division d’infanterie de
construction ou remise en état
marine. En 1990, il commande le 2 - Quelles sont les missions de
de bâtiments destinés à l’im-
19e régiment du Génie à la brigade du génie ?
plantation de centres de com-
Besançon.
mandement ou de formations
Les missions de la brigade du
importantes) et de la protection
Le général de brigade Alain génie s’inscrivent prioritaire-
des zones de déploiement (tra-
RICHARD est officier de la ment dans la fonction opération-
vaux d’organisation du terrain).
Légion d’honneur et chevalier nelle : « agencement de l’espace
de l’Ordre du Mérite. terrestre » dont elle est l’acteur Le 2 e RG qui dispose de
majeur. capacités 10 à 30 fois supé-
rieures, selon les fonctions, à
On peut définir l’« agencement celles des régiments du génie
de l’espace terrestre » comme des brigades interarmes (une
l’ensemble des actions qui section d’aide au déploiement
visent à faire connaître, à appré- par régiment), est engagé dès
hender et à organiser l’espace que les travaux à entreprendre
terrestre afin de faciliter l’enga- concernent des éléments de
gement des forces. volume important (PC de la
force opérationnelle terrestre,
Dans ce cadre, la brigade du PC de division, bases, batail-
génie a pour mission d’appuyer lons) ou des engagements qui,
une force opérationnelle ter- s’inscrivant d’emblée dans la
restre (FOT) engagée sur un durée, nécessitent des installa-
théâtre d’opérations en lui four- tions plus vastes, complexes et
nissant : cohérentes.

-5-
S A P E U R

- Le 5e RG participe au main- culière, ce qui explique le très combattre ensemble et à


tien de la liberté de mouvement fort taux de sortie des unités de combiner nos capacités
sur un théâtre d’opération, en la brigade, d’autant que mutuelles.
rétablissant des itinéraires certaines de leurs spécificités
routiers ou des voies ferrées et imposent que les régiments Pour cela, il nous faut bien nous
en intervenant dans ce que l’on s’auto-relèvent sur les théâtres connaître, apprendre à travailler
appelle l’infrastructure horizon- d’opérations extérieures. ensemble et nous enrichir
tale (routes, pistes pour aéro- mutuellement de nos complé-
nefs, plates-formes diverses, …) mentarités.
3 - Le 28e groupe géographique
• L’appui géographique néces- et le groupe de défense C’est pourquoi, au-delà de la
saire : c’est la mission du 28e G. nucléaire, biologique et notion d’arme ou de statut, je
Géo. ; elle comprend deux chimique relèvent de votre souhaite que le génie sache
volets : commandement. Ces unités ouvrir grand ses portes pour
sont-elles donc maintenant accueillir le 28e G.Géo. et le
- l’aide à la décision, qui des unités du génie ou ont- GDNBC qui concourent, en per-
regroupe toutes les missions elles un statut particulier manence, aux mêmes missions
permettant d’apporter au chef que lui.
interarmes les informations Je vous répondrai : « ni l’un, ni
relatives à la connaissance de l’autre. » En réalité, comme vous
l’espace physique et du milieu le savez, la doctrine d’emploi de 4 - Récemment, vous avez dirigé
humain indispensables à la pla- nos forces sur le champ de l’exercice YPRES en liaison
nification et à la conduite des bataille ne repose plus, comme avec l’UIISC 1. Cet exercice
opérations, dans le passé, sur « l’emploi des avait pour objectif de traiter
- l’appui direct, qui regroupe différentes armes ». Elle repose un accident d’origine nu-
toutes les missions d’appui au sur l’aptitude à maîtriser les cléaire (dispersion de pro-
positionnement, d’appui au grandes fonctions opération- duits contaminants). Cela
mouvement et d’aide au nelles du champ de bataille. veut-il dire que la brigade du
déploiement. génie pourrait mettre ses
Ce qui importe donc, c’est de moyens à disposition, en
• Les moyens de défense NBC combiner les capacités et complément des moyens du
adaptés aux menaces. l’action de toutes les unités, ministère de l’Intérieur, lors
quelle que soit leur arme d’ap- d’une catastrophe en
partenance, afin de conférer à la France ? N’est-ce pas une
Le GDNBC prend en compte les
force la maîtrise de ces première pour le groupe de
risques NBC et les risques tech-
fonctions. défense nucléaire, biologique
nologiques auxquels peuvent
et chimique ?
être confrontées les forces en
C’est tout à fait le cas de la
opération ; ses missions sont
fonction « agencement de l’es- L’exercice YPRES a, en effet, été
articulées selon le triptyque :
pace terrestre » dont la brigade un véritable révélateur. C’était le
- prévenir, à partir des recon- du génie est l’acteur majeur premier contrôle opérationnel
naissances et des expertises de (mais non unique). du GDNBC depuis sa création.
sites,
La géographie et la défense NBC C’était aussi la première fois
- gérer les conséquences des
ont leur histoire et leurs tradi- qu’avait lieu un exercice
événements NBC,
tions dans lesquelles ceux qui y commun avec la sécurité civile.
- restaurer les capacités opé- servent aujourd’hui puisent
rationnelles des forces. leurs racines. Y participaient également plu-
sieurs médecins spécialistes,
Ainsi, avec ses cinq régiments, Qu’une arme ou une autre en ainsi qu’une équipe NEDEX du
chacun de type unique dans revendique la propriété me 2e RG.
l’armée de terre, la brigade du paraît une notion qui
génie est en mesure de préparer n’est plus d’actualité (le
et de réaliser l’accueil et l’instal- 28e G.Géo. est aujour-
lation d’une force projetée sur d’hui commandé par un
sa zone de déploiement, ainsi officier des troupes de
que de préparer et d’équiper le marine et le GDNBC par
terrain afin d’y permettre la un officier de l’arme
Photo TETREL - ESAG

manœuvre et l’engagement de blindée qui a remplacé


la force. un officier du matériel).

To u t e s c e s c o m p o s a n t e s En revanche, nous
revêtent une importance parti- devons nous préparer à Exercice Ypres

-6-
S A P E U R

Mais on peut imaginer Comme toutes les brigades


que, de même que l’on d’appuis spécialisés, la brigade
a fait appel aux unités du génie regroupe des moyens
spécialisées du génie uniques au sein de la force
pour faire face aux d’action terrestre.
effets de la tempête ou
des inondations, il C’est donc en permanence

Photo TETREL - ESAG


pourra être fait appel qu’elle doit appuyer les forces
aux ERE du GDNBC, projetées. Cela implique qu’elle
mais seulement en s’auto-relève sur les divers
complément de celles théâtres, et qu’elle n’engage pas
Exercice Ypres du ministère de l’inté- simultanément plus de 50 % de
rieur si cela s’avère ses moyens.
nécessaire.
Cet exercice, qui a même attiré La solution que nous avons
des observateurs extérieurs au En tout cas, le GDNBC sera en retenue consiste à adapter le
ministère de la défense, a été mesure d’apporter son concours cycle à seize mois des brigades
très riche en enseignements. chaque fois qu’on lui interarmes aux particularités de
demandera. la brigade du génie.
Il a en particulier permis de
poser clairement la question de 5eQuels sont les challenges que Notre cycle est de deux fois huit
savoir si l’armée de terre devait la brigade du génie a à relever mois : huit mois de préparation
se doter des moyens de traiter, pour les années à venir ? opérationnelle et d’alerte pour la
en opération, ce qui est de la moitié de chaque régiment,
responsabilité de la sécurité Outre les challenges communs à suivis de huit mois de projection
civile en France. toutes les unités de l’armée de et de disponibilité.
terre, notamment en terme de
Des risques de pollutions et de professionnalisation, je vois Nous ne parviendrons à l’équi-
contamination par des produits trois challenges majeurs pour la libre que progressivement, car il
provenant d’usines, d’hôpitaux, brigade : faut tenir compte des missions
de centrales nucléaires, de déjà programmées et du rythme
dépôts non contrôlés etc., sont - Parvenir à une parfaite de la professionnalisation.
permanents en OPEX ; ils ont connaissance, par tous les
déjà fait, ponctuellement, l’objet cadres, des documents de Commencée il y a un an, cette
d’interventions du groupe de doctrine d’emploi et de mise en évolution s’achèvera dans les
défense NBC. œuvre dont nous commençons premiers mois de l’année 2002.
à disposer (concept d’emploi du
La réponse positive à cette génie en opérations, concept - Améliorer constamment
question a été donnée en d’emploi de la géographie en nos capacités d’anticipation et
novembre 2000 par le CEMAT opérations, mémento sur l’aide de montée en puissance en
qui a décidé de créer, au sein du au déploiement, document sur temps de crise et être en
GDNBC, trois équipes de recon- l’agencement de l’espace ter- mesure de répondre avec
naissance et d’évaluation (ERE). restre). précision à la question : « Si la
Elles seront opérationnelles dès projection d’une force devait se
C’est l’objectif que j’ai fixé en
l’été 2002. déclencher maintenant, quel est
matière d’instruction collective
et d’instruction des cadres. le volume de force dont nous
Des liens étroits seront établis Après une période de réorgani- serions capables d’aider le
avec la sécurité civile et je sation profonde au cours de déploiement ? ».
souhaite même que progressi- laquelle beaucoup de repères
vement, dans le déroulement de ont été perdus, il faut que La réponse repose à la fois sur
leur parcours professionnel, les chacun connaisse ces docu- notre organisation et sur notre
personnels spécialisés servent ments de base et les mette en connaissance de nos capacités.
alternativement dans les deux pratique.
types d’unité. Déjà, l’état-major de la brigade a
- Revenir progressivement à été réorganisé autour d’un
Quant à l’emploi des équipes un équilibre entre les opérations « centre opérationnel de planifi-
ERE du GDNBC en France, en extérieures, l’instruction, la pré- cation - projection », qui me
complément de celles du paration opérationnelle et les permet de disposer à chaque
ministère de l’Intérieur, il permissions, après une période instant d’une vision globale des
relèvera des décisions qui au cours de laquelle les unités capacités engagées et des
seront prises en fonction des cir- de la brigade ont connu un très capacités résiduelles de la
constances. fort rythme de projection. brigade.

-7-
S A P E U R

Chacun des régiments dispose conditions dans lesquelles elle nence toute force projetée,
également de sa propre cellule doit l’exécuter. quelle que soit la durée de l’opé-
de synthèse. ration, de maintenir coûte que
Il restera également à détermi- coûte une phase de préparation
Mais encore faut-il être capable ner à partir de quel niveau une opérationnelle permettant de
de chiffrer précisément cette cellule cesse d’être opération- reprendre l’instruction collective
capacité, ce qui n’est pas nelle. et l’entraînement entre deux
toujours chose facile pour le projections, de connaître à tout
sapeur. Tout cela représente un énorme moment sa capacité réelle et
travail pour l’état-major et les précise en matière d’aide au
C’est pourquoi nous avons régiments. déploiement, et de pouvoir, en
décomposé chaque régiment, cas de crise, proposer au CFAT la
chaque compagnie et chaque Les travaux avancent bien et à constitution d’un module génie -
section en cellules inspirées du l’été 2001, tout sera terminé et géographie - DNBC, correspon-
dispositif Guépard. adapté aux cellules qui succéde- dant strictement aux besoins de
ront aux cellules de type la force projetée.
Ces cellules constituent le plus Guépard, après la refonte de
petit élément projetable, capa- l’IM 10000. Par ailleurs, l’expérience
ble d’accomplir un type de acquise sur les théâtres d’opéra-
mission donné. La détermination des capacités tions, l’exploitation systémati-
de la brigade deviendra alors que des comptes-rendus de retour
Chaque cellule doit être parfaite- immédiate. d’OPEX, ainsi qu’un travail en
ment définie par ses structures, commun permanent avec l’état-
par ses personnels et leur quali- Dès à présent, la programma- major du commandement de la
fication, par ses caractéristi- tion des activités régimentaires force d’action terrestre, font
ques, par les moyens dont elle a se décline par compagnie (ou aujourd’hui de la brigade du
besoin pour être projetée, par batterie pour le 28e G.Géo), par génie un pôle opérationnel du
ses besoins logistiques, etc. section, puis par cellule opéra- génie, de la géographie et de la
tionnelle. défense NBC, non seulement
Pour chacune, nous avons capable de remplir ses missions,
entrepris de définir avec la plus Ainsi et pour résumer, le mais également capable d’ap-
grande précision possible, ses challenge majeur de la brigade porter son expertise dans les
« capacités » selon le type de du génie, c’est de se doter des divers travaux en cours au sein
mission qui lui est confiée et les moyens d’appuyer en perma- de l’armée de terre.

-8-
S A P E U R

Études
et
Pr ospectives

Le génie en 2015 .............................................................................................. COL de GOUTTES ...................................... 11

Le combat du génie en zone urbaine .................................... LCL POTTIER .................................................... 14

Vers une nouvelle contre-mobilité ............................................ LCL PARMENTIER ...................................... 17

Politique de contre-minage ................................................................ COL ATTAS .......................................................... 21

De l’aide au déploiement au soutien

au stationnement ............................................................................................ GAL RICHARD .................................................. 26

-9-
S A P E U R

- 10 -
S A P E U R

COL de GOUTTES
Chargé de Le génie en 2015
mission
DEP - ESAG Alors que l'armée de terre engage la phase finale de sa refondation,
le champ doctrinal se voit confronté à un besoin de rénovation
colossal. Malgré un engagement résolu de la communauté doctri-
nale, la prise en compte de toutes les conséquences de la « nouvelle
donne » dans un corpus de doctrine parfaitement en phase prendra
encore du temps.
Issu de la 105e promotion de
l'école supérieure de guerre, le En parallèle à ce travail de l'immédiat, il est essentiel de mener simul-
Colonel de GOUTTES a été chef tanément une réflexion à moyen terme sur les évolutions souhai-
de BOI au 13 e RG. tables, afin de fixer une direction générale.
Après avoir commandé la
division d'application pendant Le génie, comme l’infanterie et lumière le besoin d’évaluation
2 ans, il a reçu du général com- l’arme blindée cavalerie, a reçu du risque et de capacité d’inter-
mandant l'ESAG la mission de vention en cas d’accident.
mandat du chef d’État-major de
piloter l'étude sur l'avenir du
l'armée de terre, de mener une
génie à l'horizon 2015. Enfin, et surtout, les populations
étude prospective sur son rôle
au sein des forces terrestres à qui se présentent comme des
Il est beveté d'état major de acteurs de l’engagement ou
l’horizon 2015.
l'Institut Royal Supérieur de comme son environnement,
Défense belge et a effectué parfois passant de l’un à l’autre,
Cette étude, dont les conclu-
2 séjours en ex-Yougoslavie, et qui demandent une adapta-
sions et propositions n’ont pas
sous mandat ONU et OTAN. tion des moyens d’action de
encore été validées, tire les
conséquences pour le génie de l’ensemble des forces terrestres.
Il prendra à l'été 2001 le com-
la transformation radicale des
mandement du 6e régiment du Actuellement la question est de
engagements et les traduit en
génie. savoir si une foule peut parfois
terme d’évolution des capa-
cités, des équipements et des être considérée comme un
structures. obstacle à l’action et donc être
« traitée » directement par le
génie reste posée.
LE NOUVEAU PAYSAGE OPÉ-
La fonction agencement de
RATIONNEL l’espace terrestre permet de
fusionner les domaines, jusqu’à
Les conclusions présentées ici le
présent distincts, du génie (dans
sont de façon simplifiée, qui son champ d’action élargi), de la
peut apparaître réductrice. géographie et du NBC.
Le milieu dans lequel se dérou- Cette fusion, qui n’en est qu’à
leront les engagements des ses débuts, donnera un poids
forces élargit le champ d’intérêt largement accru à la cellule 2D
du génie. des PC.

Il lui faut prendre en compte la Les nouveaux modes d’action


zone urbaine, qui transforme les des forces terrestres imposent
conditions de la mobilité et de la de redéfinir les conditions de
protection. participation de chacune des
fonctions à la réussite de l’enga-
Il lui faudra assurer des actions gement.
de mobilité et de contre mobilité
verticales ou souterraines et
assurer un appui au mouvement Les actions de coercition
le long de réseaux dans lesquels
l’orientation restera un point Hors des zones urbaines, ces
capital. actions utilisent les espaces
lacunaires pour redonner à la
Les industries à risques, très manœuvre tout son sens : saisie
souvent localisées à proximité de l’initiative, surprise, concen-
des centres urbains, mettent en tration des effets.

- 11 -
S A P E U R

celui qui peut recevoir de


STRUCTURE DU RÉGIMENT DE BRIGADE INTERARMES nouvelles capacités intéressant
les forces terrestres.
* module de commandement : PC régiment
UCL * module 2 D pour le PC brigade DE NOUVELLES CAPACITÉS
* modules de liaison

Les capacités futures du génie


n’ont pas vocation à se transfor-
* 3 sections de combat
* 1 section d’appui
mer radicalement dans leur
nature mais plutôt dans leurs
modalités d’application.
* modules zone urbaine * modules d’aide au déploiement
APPUI * modules de reconnaissance * modules organisation du terrain Il s’agira plus d’adapter les
* modules de commandement * modules franchissement capacités actuelles au nouveau
* modules spécialisés : plage, poser d’assaut, montagne contexte qu’à en intégrer de
totalement nouvelles.
CBI
Ce seront :

une capacité de renseignement


intégrant d'emblée tous les
Le principe de foudroyance, qui LES FONDAMENTAUX DU aspects du domaine Agester
marque cette manœuvre, remet GÉNIE utiles pour l'opération qui s’en-
sérieusement en question non gage : combat, infrastructure,
seulement les actions d’appui à Dans ce nouveau contexte, géographie, sécurité.
la mobilité ou de contre lorsque l’on se projette au-delà
mobilité, mais leurs modalités du futur proche, il est indispen- Cette capacité est liée à la mise
de mise en œuvre. sable de se raccrocher à des en place de cellules 2D aptes à
principes fondamentaux qui traiter l’information en temps
La réversibilité, l’action à temps évitent des dérives impor- réel et à proposer au comman-
zéro, l’aptitude à la dispersion tantes. dement opérationnel les choix
avant l’action ne sont pas des intégrant la complexité des
caractéristiques du génie. Trois critères définissent la part situations.
spécifique du génie dans
l’ensemble des fonctions
Les actions de maîtrise de la une capacité d’appui à la
terrestres :
violence mobilité en zone urbaine,
incluant l’action sur les foules,
- l’organisation du terrain, à qui peuvent à tout moment être
Elles imposent de développer de
terme, du milieu. utilisées comme obstacle au
nouvelles capacités permettant
de ne pas être « désarmés » face mouvement de la force.
L’appui apporté par le sapeur se
à des situations dont les degrés traduit par un façonnage du
de violence imposent une action terrain. Il n’a pas vocation à agir une capacité de contre minage
sans justifier de recourir aux directement sur les acteurs de modernisée, faisant appel à une
moyens ou aux procédés du l’engagement. réelle capacité de détection per-
combat de haute intensité. mettant d’éviter les zones
- l’effet significatif. minées ou de les traiter avec
La durée des projections devient l'efficacité maximale.
une caractéristique permanente Les moyens du génie sont
de l’action des forces terrestres. toujours comptés, par rapport à une capacité de neutralisation
un besoin toujours trop de foule, misant sur l’utilisation
Le déploiement prolongé des important. L’action du génie doit de moyens passifs (barrières,
forces fait apparaître un besoin être réservée à la production blocs métalliques) ou actifs
d'amélioration des conditions d’effets opérationnels réelle- (filets, produits glissants ou
de vie des unités, leur permet- ment significatifs. adhésifs).
tant de conserver une capacité
opérationnelle optimale dans la - la technique. une capacité d’intervention sur
durée. les risques technologiques per-
Prolongeant l’aide au déploie- Le sapeur maîtrise de multiples mettant une meilleure détection
ment, le soutien au stationne- techniques qui font partie de mais aussi assurant la possibi-
ment s’impose comme une l’image de l’arme. À ce titre, il se lité de décontamination de
capacité essentielle du génie. présente naturellement comme masse.

- 12 -
S A P E U R

une capacité de reconnaissance Il pourrait aussi mettre en place transverses : l’aptitude au travail
et d’expertise infrastructure, des capteurs abandonnés per- sous blindage, l'intégration
permettant une prise en compte mettant la continuité de la sur- parfaite dans les systèmes inter-
globale de la problématique des veillance dans la durée. armes (mobilité, protection,
actions d’infrastructure, que ce communications). `
soit au profit des forces mais Les systèmes de détection de
aussi dans le cadre des actions mines et de zones minées L’appui fourni par le génie
civilo-militaires le plus en amont constitueront la percée décisive ne peut plus se démarquer des
possible. pour le génie. procédés des unités de contact.

Ils permettront de choisir entre LES STRUCTURES


LES ÉQUIPEMENTS le contournement ou l’ouverture
d’itinéraires en zones minées. L’ é v o l u t i o n d e s structures
Parmi les nouveaux équipe- tendra à mieux dissocier la poly-
ments dont le génie devra se Les systèmes pourront être valence et la spécialisation.
doter pour « matérialiser » les embarqués dans différents
capacités, certains prennent un véhicules ou déportés (robots). Les régiments de brigade inter-
relief particulier. armes s e r o n t p r e s q u e iden-
Les moyens d’appui au combat tiques, articulés en 3 compa-
L’engin de combat futur du en zone urbaine se présenteront gnies de combat identiques (3
génie (ECFG), appelé à rem- soit sous forme d’équipements sections de combat et une
placer l’EBG et le MPG, devra modulaires, adaptables à section d’appui) et une compa-
intégrer les fonctionnalités les l’ECFG, ou de kits mis en œuvre gnie d’appui détenant des
plus intéressantes des deux par les sections de combat (pro- modules spécialisés les plus
engins, en y ajoutant d’autres tection des ouvertures, barrage adaptés aux engagements prévi-
permettant de répondre à l’en- des réseaux souterrains…). sibles des BIA.
gagement en zone urbaine.
Quelles que La brigade du génie restera une
soient les formation détenant en grande
caractéris- quantité les moyens ressortis-
tiques spé- sant de l’appui général : eau,
cifiques énergie, infrastructure opéra-
des équipe- tionnelle, appui aux mouve-
m e n t s ments opératifs.
majeurs
( E C F G , Le renforcement de la brigade
engin de en unités aptes à l’aide au
reconnais- déploiement de la force impo-
sance…), ils sera, à enveloppe constante, de
doivent réorienter une partie des com-
d'emblée pagnies du 1er RG sur ces
Photo ECPA

intégrer missions, soit en double qualifi-


des carac- cation soit en changeant de
téristiques nature.

Il pourrait se présenter comme


un engin modulaire, disposant
d’une gamme d’équipements,
ou comme une famille d’engins.

L’engin de reconnaissance du
génie correspond à un besoin en
constante augmentation.

Il s’agirait d’un engin disposant


d’une grande mobilité, moyen-
nement blindé et pouvant
Photo GIAT INDUSTRIE

emporter de multiples systèmes


d’acquisition du renseignement,
dont la détection de zones
minées.

- 13 -
S A P E U R

LCL POTTIER
Chef de la Le combat en zone
cellule
Doctrine Génie
DEP - ESAG
urbaine
Le combat en zone urbaine n’est pas une mission nouvelle pour
l'armée de terre. Trois mille ans av. JC, des cités existaient déjà le
Le Lieutenant-colonel POTTIER long des mers et elles étaient souvent source de conflit. Symbole du
est chef de la cellule doctrine pouvoir, de la puissance et de la richesse, elles étaient peu nom-
génie à la Direction des Études breuses et occupaient un rôle de comptoir de commerce, d’échange
et de la Prospective à l’ESAG. de produits provenant de différentes régions. Devenant rapidement
un centre d’intérêt grandissant pour les populations, la ville a pris
une place essentielle dans la société.

Aujourd’hui, le théâtre d'opéra- LA ZONE URBAINE : UN


tions ne se limite plus au MILIEU COMPLEXE
champ de bataille traditionnel ;
la ville, objectif stratégique, La zone urbaine est complexe
centre du pouvoir et de la com- et cloisonnée. Elle comprend :
munication, devient le point
central des affrontements, qu’il - les approches, zone peu ou
s’agisse d'opérations de coerci- pas construite ;
tion ou d’actions de maîtrise de
- la périphérie, constituée de
la violence.
zones industrielles et commer-
ciales ainsi que de zones
Le combat en zone urbaine est
pavillonnaires reliées par un
une pré-occupation partagée
réseau dense d’axes de com-
avec la plupart de nos alliés.
munication
En France, le chef
d’État-major de
l'armée de terre
a demandé que
cette mission soit
réactualisée,
compte tenu des
évolutions ma-

Photo Cne BOMPAS


jeures tant dans
les domaines poli-
tique ou juridique
que tecnologique.

Domaine complexe,
- le centre ville, composé de
la zone urbaine exige des
bâtiments marquant l’histoire
unités entraînées à ce type
de la cité et caractérisé par un
d’engagement, avec des
cloisonnement important et
méthodes, des procédés
une forte densité de popula-
repensés ainsi que des
tion.
matériels nouveaux et adaptés.
Les caractéristiques de la zone
Une description des caractéris-
urbanisée sont pour l’es-
tiques principales de la zone
sentiel :
urbaine paraît nécessaire,
avant d’examiner les missions - un milieu physique disparate
spécifiques que le génie est où la récupération et la conser-
amené à y conduire. vation du terrain sont essen-
tielles.
Il sera alors possible d’évaluer
l’effort que le génie doit Le cloisonnement réduit la
consentir pour atteindre un mobilité et offre des champs de
niveau d’excellence. tir ou d’observation limités,

- 14 -
S A P E U R

aux trois niveaux : tirés de ces expériences, il de communications possibles


apparaît que l’engagement en autres que la rue.
- en surface (niveau de la rue), zone urbaine doit s’appuyer sur
des modes d’action spécifiques Il doit par ailleurs apporter son
- au-dessus du sol (immeu- expertise dans le contrôle du
bles, toitures), repensés et des armements
adaptés. milieu notamment sur :
- en sous-sol (réseaux divers, - la maîtrise des trois
métro) ; Pour la réussite des actions en niveaux : souterrain, en surface
zone urbaine, la simplicité des et en hauteur (immeuble) ;
plans de l'opération doit être
- des menaces et des risques - la fouille systématique de
recherchée.
multiformes, combinant actions chaque secteur, quartier par
de coercition et de maîtrise de la Le rythme de combat doit être quartier.
violence ; soutenu, de jour comme de nuit,
pour ne donner aucun répit à LES PISTES D'AMÉLIORA-
- un milieu humain dense et l’adversaire et interdire toute TION POUR LE GÉNIE
diversifié : les acteurs peuvent action coordonnée de sa part.
être tour à tour neutres, passifs Tout avantage tactique doit Compte tenu de la complexité
ou actifs, non violents ou pouvoir être immédiatement de la zone urbaine le génie doit
violents. exploité grâce à une réserve disposer d’équipements perfor-
d’intervention. mants pour travailler sur les
Les actions seront menées le trois niveaux.
ANTICIPATION ET RYTHME Au sol,
Plus que partout ailleurs, le ren- Les équipements actuels du
seignement occupe une place génie répondent aux besoins de
primordiale dans la réussite de mobilité, de contre mobilité, de
l’action. Photo Cne BOMPAS protection - sauvegarde.
La difficulté réside tant dans le En revanche, peu d’équipe-
recueil de l’information que ments actuels sont adaptés aux
dans son actualisation et son missions de contrôle des foules.
exploitation.
Il pourrait être utile de doter le
plus souvent de façon plus
En zone urbaine, plus génie, chargé des missions
décentralisée que dans un
qu’ailleurs, il est indispensable, d’appui, de matériels comme :
combat classique, et l’initiative
pour prendre l’ascendant sur
aux petits échelons sera plus
l’adversaire, de disposer d’un
sollicitée.
renseignement précis et
actualisé et d’avoir une capacité
de réaction et de changement de
L’APPORT DU GÉNIE
posture très rapide.
Le génie doit faire preuve d’une
Enfin, il est difficile d’évaluer forte anticipation par l’acquisi-
l’importance réelle des forces tion d’un renseignement
adverses et de prévoir l’attitude « milieu » précis :
de la population.
- connaissance approfondie
de l’adversaire, de ses équipe- - des canons ou lances à eaux
Toutes ces spécificités rendent
ments d'aménagement du montés sur véhicule blindé (type
ce milieu particulièrement
terrain et de rétablissement d'iti- V.A.B.) ;
sensible et peuvent être généra-
néraire, les types de mines et
trices de pertes humaines et de - des obstacles réversibles
d’explosifs utilisés ;
consommations élevées de pour canaliser les foules
munitions, ce qui oblige à - qualité des points d’appui et (bastion wall, blocs en béton,
modifier les RAPFOR communé- de leur système de défense ; filets…) ;
ment admis.
- possibilité de préparer des - des armes d’appui non
obstacles à effet canalisant. Le létales comme des disperseurs
Les exemples contemporains,
plan d’obstacles doit être connu d’irritants ou d’incapacitants ;
Beyrouth, Mogadiscio,
jusqu’aux plus petits échelons ;
Sarajevo, Grozny, mettent en - des dispositifs présentant des
évidence les difficultés pour - identification des points clés capacités d’engluement, des
conquérir et contrôler une ville. méritant une valorisation ; produits rendant la chaussée
À la lumière des enseignements - connaissance des réseaux glissante ;

- 15 -
S A P E U R

Sous le sol connu, le développement de


nouveaux moyens dans ces
À la fois axes d’infiltration et deux domaines est une
terrain possible de l’expression nécessité.
terroriste, les réseaux souter-
rains doivent être parfaitement Des pistes doivent être ouvertes
connus et contrôlés. pour la mise au point de :
- nacelles capables de porter
Le génie, arme du terrain, doit une équipe ou un groupe d’in-
prendre cette mission à son fanterie à 10 m de hauteur, soit
compte. le 3e étage d’un immeuble ;

Les plongeurs de l'armée de - caméras ou systèmes acous-


terre qui constituent déjà au sein tiques développés permettant
des régiments des modules de l’observation d’une pièce avant
reconnaissance réactifs et poly- intrusion ;
valents devraient tous être
qualifiés « intervention offen- - micro charges capables
sive » et pourraient se charger d’ouvrir une brèche dans un
de cette nouvelle mission (ce qui mur, une porte blindée.
a déjà été réalisé à Beyrouth
comme à Mitrovica). Au-delà de ces équipements
indispensables, le génie doit
Il est cependant nécessaire de découvrir (redécouvrir ?) de
compléter l’action humaine par nouveaux modes d’actions et
une capacité de reconnaissance savoir-faire.
accrue (robots-caméras pour les
Il faut également qu’il apprenne
espaces inaccessibles), une
à évoluer avec une autonomie
capacité d’exploitation du ren-
importante jusqu’au niveau du
seignement repensée (cartes tri-
groupe.
dimensionnelles), des systèmes
de balisage normés pour
Ce n’est qu’au travers d’une ins-
permettre l’action ultérieure au
truction collective et d’un entraî-
travers de ces réseaux.
nement spécifiques, où le
« drill » interarmes (infanterie -
Au-dessus du sol blindé - génie) retrouve toute sa
valeur, que le génie saura
L'accessibilité aux étages et la apporter l’appui attendu.
mobilité à l'intérieur des
immeubles ne sont aujourd’hui Le centre de combat en zone
pas résolues. urbaine actuellement à l’étude,
permettra au sapeur, n’en
Même si le 17e R.G.P. est doté de doutons pas, de se préparer
lots de franchissement vertical avec la même rigueur que ses
et si l’explosif en feuille est camarades des autres armes.
Photo ECPA

- 16 -
S A P E U R

LCL PARMENTIER
Vers une nouvelle
Bureau de
conception
des systèmes
contre-mobilité
de forces
EMAT Quels que soient le théâtre et les caractéristiques de l’engagement, la
mobilité des acteurs (adversaires, populations, observateurs divers ou
médiatiques) reste une donnée de base de l’élaboration et de la conduite
de la manœuvre.
Le Lieutenant-colonel PARMENTIER
travaille au bureau de conception Il en découle que les actions de contre-mobilité restent nécessaires, ne
des systèmes de forces à l’EMAT serait-ce que pour maîtriser, à défaut d’annihiler, la mobilité d’un acteur.
depuis 1998.

A ce poste, il est en charge de la Ce constat, dont la pérennité orienter le nouveau besoin opé-
fonction « Agencement de l’espace peut être considérée comme rationnel.
terrestre », mais aussi des projets
assurée sur le très long terme,
liés à la robotique et aux armes à
énergie dirigée. ne doit pas cacher les facteurs INFLUENCE DE LA COMPLE-
d’évolution dont les consé-
XITÉ DU MILIEU TERRESTRE
Il a précédemment servi au 34e régi- quences se font sentir directe-
ment du génie à ÉPERNAY, en tant ment sur les engagements et, Par nature, la contre-mobilité est
que chef du Bureau Opération par là, sur les activités relevant particulièrement tributaire de la
Instruction. de la « contre-mobilité ». complexité du milieu terrestre.
Au cours de cette affectation, il sert
pendant 7 mois au SHAPE, à MONS, L’évolution de la contre-mobilité Adaptation à la complexité du
au sein de l’équipe de planification est structurée par quatre terrain, notion de viscosité
SFOR. facteurs :
- la nature particulière du milieu. La notion de viscosité traduit le
fait que la nature des sols, la
- les conséquences des nou- végétation, le nivellement, les
velles menaces ou situations nombreuses coupures et les
opérationnelles. constructions de l’homme
- le poids de plus en plus lourd offrent autant d’obstacles au
pris par des facteurs jusqu’alors mouvement des unités, posant à
marginaux dans les engage- ces dernières des problèmes de
ments. mobilité et de navigation.

- la conséquence des évolu- Ainsi, les axes de progression


tions technologiques. sont autant de couloirs qu’il est
souvent aisé d’obstruer ou de
Ces facteurs permettent de tenir avec des moyens très
définir les repères qui vont réduits.

- 17 -
S A P E U R

niveau des enjeux ou des


capacités des moyens mais peu
ou pas sur la manière d’agir.
L'asymétrie traduit une disparité
totale des buts de guerre, des
modes d’action et de la nature
des moyens.

Conflits dissymétriques

Dans le cadre d'opérations clas-


siques de coercition, les forces
terrestres chercheront à
appliquer le principe de fou-
droyance, en concentrant rapi-
dement leurs effets sur des
fractions choisies des forces
Adaptation à la complexité Le besoin opérationnel demeu- adverses.
des actions terrestres, notion re, il faudra donc conserver une
de friction capacité d’appui à la contre- Il ne s’agit plus d’envisager des
mobilité qui s’exprimera le plus engagements définis a priori par
La notion de friction est induite souvent dans un cadre espa- des séquences exclusives et
par la conjonction de trois diffi- ce/temps limité pour reproduire successives mais bien
cultés majeures que sont le un effet précis et décisif. d’imposer à l’adversaire un
danger, l’effort et le hasard qui tempo fixé par la vitesse de
sont inhérents au combat commandement et la capacité à
terrestre et qui en constituent la ÉVOLUTIONS DES MENA- reconfigurer rapidement les
complexité. moyens.
CES ET SITUATIONS NOU-
L'hétérogénéité du milieu ter- VELLES Or, ce principe est, apparem-
restre induit la grande comple- ment au moins, antinomique
xité des actions menées au sol De plus en plus, les confronta- de la notion de « délais néces-
et en particulier dans le cadre de tions opposent des systèmes saires », caractéristique de
la contre-mobilité. d’arme différents. l’emploi des moyens de contre-
mobilité.
Les formes d’engagements Cela accroît d’autant les facteurs
futurs des forces terrestres de dissymétrie, voire d'asymé- Une telle approche met en
seront toujours dominées par la trie. évidence la notion de « contre-
recherche des conditions qui mobilité active », capable de
leur permettront de réduire le La dissymétrie traduit un désé- générer tout type d’obstacle en
phénomène de friction. quilibre marqué entre deux temps réel, sur la ligne des
antagonistes portant sur le contacts ou dans la profondeur.
La solution idéale serait de
disposer des moyens technolo-
giques permettant de vaincre
tout en réduisant le contact.

Cependant, aucun moyen à


dominante technique ne dispo-
sera, à l’horizon considéré, de la
capacité d’éradiquer à distance
la totalité des moyens de
combat d’un adversaire en le
privant de façon permanente de
la capacité d’agir au sol.

Il y aura donc des situations


opérationnelles dans lesquelles
nous n’aurons pas la possibilité
d’éluder un engagement au sol,
sauf à renoncer à produire en
temps opportun les effets voulus.

- 18 -
S A P E U R

Conflits asymétriques

Les armées occidentales sont


assez bien préparées aux
menaces conventionnelles et à
l’affrontement avec des forces
militarisées.

Elles le sont beaucoup moins


face à des factions ou des
groupes à tendance mafieuse
utilisant des modes d’action dif-
férents voire non militaires
comme le terrorisme ou la cor-
ruption et dont le terrain
d’action privilégié est la zone
urbaine.

Celle-ci, lieu de concentration


des populations, devient l’es- activités relevant de la contre- raux inacceptables y compris
pace privilégié de l’action des mobilité. par notre propre opinion
forces terrestres. publique.
Les impératifs de la morale col-
Parfois, des situations tactiques lective, décrits dans « les enga- Dans ce contexte, l’emploi de
difficiles, souvent violentes, gements futurs des forces ter- moyens d e d e s t r u c t i o n , type
pourront s’y produire. restres», i m p l i q u e n t d e u x charges formées et explosifs,
contraintes incontournables. voire de mines antichar de pre-
Il s’agira d’y apporter des mière génération (ACPR, HPD
réponses mesurées mais immé- - la maîtrise de la force, F2, MIACAH F1) paraît de plus
diatement efficaces. Au-delà des en plus difficile.
missions classiques de combat, - la limitation des dommages
la maîtrise des foules est, dès à collatéraux. Aux effets de dest r u c t i o n d e
présent, à prendre en compte. la contre-mobilité actuelle
Maîtrise de la force devront s’ajouter voire de plus
Dans ce cadre, les actions de en plus souvent se substituer
contre-mobilité auront pour Les armées occidentales des effets de neutralisation
effets de canaliser les foules et devront de plus en plus faire réversible.
de cloisonner les quartiers, de l’effort de développer des
barrer des itinéraires. procédés d’action, donc des
équipements permettant d'ac- ADAPTATIONS LIÉES AUX
Ainsi aux champs d’action quérir la supériorité opération- ÉVOLUTIONS TECHNOLO-
« classiques » de la contre- nelle dans un cadre devenu de
mobilité, c’est-à-dire physiques GIQUES
plus en plus restrictif quant à
parmi lesquels on peut citer les l’usage de la force, sauf à courir Les évolutions technologiques
zones urbaines, les infrastruc- le risque d’une perte de légiti- ont des conséquences sur l’ar-
tures, le milieu terrestre dans sa mité et de soutien des opinions
diversité, viennent s’ajouter les chitecture future de la contre-
publiques. mobilité.
populations.
Dès à présent l’usage de sous Ces évolutions sont en parties
munitions voire de mines liées aux études amont et aux
ADAPTATIONS AUX NOU- propage une image fortement études et prospectives technico-
VEAUX IMPÉRATIFS DE négative. opérationnelles en cours.
L’ACTION DES FORCES TER-
Limitation des dommages La révolution numérique offre la
RESTRES
collatéraux possibilité de déconnecter phy-
Le poids de plus en plus lourd siquement les capteurs des sys-
pris par des facteurs restés jus- Les destructions d’infrastruc- tèmes de destruction, leur
qu’alors marginaux dans les tures, considérées comme connexion étant rétablie par l'in-
engagements, notamment les essentielles à la vie et à la termédiaire des systèmes d’in-
contextes éthique, médiatique richesse des populations, seront formation et de communication.
et psychologique, a des consé- de plus en plus perçues Il est dès lors envisageable d'ac-
quences directes sur les comme des dommages collaté- quérir un objectif, de déterminer

- 19 -
S A P E U R

le système d’armes le plus paraissent présenter un grand constituer l’agent actif où une
approprié aux effets à produire, intérêt opérationnel. phase stabilisante permettra de
d’en commander l’action, soit mettre en œuvre des charges
par l’action directe entre le En effet, ils sont réversibles et actives.
capteur et le système de contrôlables, deux qualités per- Ces produits, déjà industrialisés,
combat, soit par l'intermédiaire tinentes pour les opérations de pour les secteurs alimentaires et
d’un système de commande- maîtrise de la force. de la cosmétologie sont non
ment. toxiques et d’un usage courant.
Les progrès de la biotechnologie
Les capteurs ainsi positionnés permettront à moyen terme, la
CONSÉQUENCES
sur le terrain seraient adaptés mise au point de moyens
aux missions en fonction de physico-chimiques de dégrada- Traditionnellement, le domaine
l’évolution de la situation opéra- tion des matériels et des infra- « contre-mobilité » traitait de la
tionnelle et des mouvements de structures. constitution d’obstacles sur le
la force projetée. terrain, soit en valorisant le
L’utilisation de produits de base, milieu naturel, soit en créant des
Ainsi, tel capteur initialement en particulier les bio polymères, obstacles artificiels avec des
prévu pour « acquérir les objec- qui pourraient suivant les cas, moyens appropriés.
tifs » pour la
« fonction frappe Il était presque totalement inclus
dans la profon- dans la fonction opérationnelle
deur », pourrait « agencement de l’espace
ultérieurement terrestre ».
assurer la détec-
tion et l’alerte L’ensemble des évolutions met
dans le cadre du en évidence le double constat
contrôle de zone suivant :
ou de la contre-
mobilité. * d’une part la pérennité du
besoin de contre-mobilité,
L’ é v o l u t i o n
* d’autre part les formes proba-
technique dans
blement nouvelles des actions
les moyens
pouvant satisfaire ce besoin de
modernes de
contre-mobilité.
navigation et de
localisation,
En effet les champs d’action
introduit des
possibles sont diversifiés et
vulnérabilités
peuvent être activés dans la
qu’il est pos-
quasi-totalité des cas, dans des
sible d’exploiter.
opérations de force comme de
maîtrise de la violence, voire
Les effets por-
humanitaires.
tant sur les
déplacements,
Il est clair que, de plus en plus,
notamment
la mise en œuvre de la fonction
ceux perturbant
« contre-mobilité » ne se limite
les aides à la
pas à la gestion d’obstacles sur
navigation,
le terrain.

- 20 -
S A P E U R

COL ATTAS
Politique
Bureau
système d’armes
de contre-minage
de l’EMAT
La politique d’équipement des moyens de contreminage, pour la
période 2001 - 2020, s’articule selon trois périodes : court terme
(2001-2002), moyen terme (2003-2008) et long terme (2009-2020).

Le Colonel ATTAS est officier Elle s’inscrit dans la continuité des nouvelles réflexions initiées
synthèse fonction « agencement de depuis le début des années 90, conformément au plan d’action de
l’espace terrestre » au sein du première référence et en cohérence avec la revue de la fonction
bureau système d’armes de l’EMAT. « agencement de l’espace terrestre » présentée en 2000.
Il est diplômé de l’école des mines Elle ne traite pas des aspects « renseignement », ni « EOD ». La partie
de Nancy.
renseignement est réduite au seul aspect « détection des mines et
des champs de mines ».

La guerre du Golfe a révélé le pond au dégagement d'unités


contreminage comme étant une en mouvement prises sous un
des plus graves lacunes dans le tir de mines dispersables (la
domaine Mobilité - Contre dépollution des pistes d’aviation
mobilité. n’est pas traitée dans le cadre de
ce document).
Ce constat est notamment
- L’ouverture de brèche dans
formalisé dans le PP30. C’est
une zone minée organisée, assi-
pourquoi, de très nombreux
milable à un franchissement de
efforts (financier et études) ont
vive force. C’est le scénario cor-
été entrepris depuis le début des
respondant à une opération de
années 90.
guerre sous la menace des feux
ennemis, effectuée à un rythme
Le contreminage contribue à
accéléré.
contrer la menace exercée par
les mines et les munitions non
Pour répondre à ces besoins, il
explosées, en conservant ou en
est nécessaire de pouvoir
restituant aux forces leur liberté
combiner des moyens de
d’action et en s’opposant ou
détection, de localisation,
minimisant leurs effets sur les
d’identification, des moyens de
hommes et les matériels. Ceci
leurrage ainsi que des moyens
est valable en tout lieu, toute cir-
de neutralisation et de destruc-
constance et à tout moment.
tion, et des moyens de
marquage et de balisage.
On distingue 4 missions fonda-
mentales :
Le présent article dresse un état
- l’ouverture d'itinéraires, dans des équipements en dotation ou
l'idéal, à la vitesse normale de en cours d’acquisition, puis
progression d’un convoi. Cette présente les objectifs à atteindre
mission prend une importance pour le court, le moyen et le
toute particulière lors des opéra- long terme.
tions de maintien de la paix.
- Le rétablissement de zone, qui
permet, après dépollution du
terrain, le déploiement, l’instal-
lation, le stationnement et le
mouvement des unités, ainsi
que la reprise de l'activité éco-
nomique pour les populations.
Dans ce cas, la fiabilité prime sur
la vitesse.
- Le désengluement, qui corres-

- 21 -
S A P E U R

ÉQUIPEMENTS EN DOTA- mines à influence passive) et ils MADEZ


TION AU SEIN DE L'ARMÉE sont prédisposés à recevoir soit
DE TERRE. deux charrues de chenille En 1992, pour répondre à un
RAMTA, soit des rouleaux besoin de déminage de zone,
Moyens de déminage méca- URDAN, tous deux de fabrica- l’EMAT a prescrit l’acquisition
nique. tion israélienne. de 2 matériels du type J.S.F.U.
(Joint Service Fail Unit) de la
Depuis la guerre du Golfe, les Tracteur D9 DT société britannique Aardwark
forces françaises se sont dotées pour mener des essais.
en urgence d’un certain nombre En 1993, l’EMAT a décidé de
de matériels de déminage disposer de moyens de Suite aux résultats, huit exem-
mécanique, regroupés sous le déminage complémentaires des
plaires ont été achetés au
vocable « parcs de précaution ». modules AMX 30 B2 DT.
Royaume-Uni.
Quatre types de matériels La réalisation de modules de
Le MADEZ (Matériel Aérotrans-
dotent nos forces. déminage lourd, à partir de
portable de Déminage de Zone)
bouteurs Caterpillar D9, a été
Trois sont regroupés au sein du traite, par désintégration des
entreprise.
régiment de franchissement de structures, toutes les mines et
l'armée de terre, le 1er RG (AMX Le char AMX 30 B2 DT et le « objets » non exposés.
30 B2 DT, MADEZ, SOUVIM). tracteur niveleur D9 DT ont tous
deux vocation à créer des Moyens de déminage porta-
Le quatrième (bouteur D9 DT) brèches à travers des obstacles bles
est en place au régiment de minés, le D9 DT étant destiné à
travaux lourds de l'armée de intervenir en appui des AMX 30 Outre les matériels de déminage
terre (5e RG). B2 DT. mécanique, existent des équipe-
ments portables.
AMX 30 B2 DT L'armée de terre dispose de sept
tracteurs niveleurs D9 DT télé-
Consécutivement à la guerre du On compte au sein de l'armée
commandés et dotés de cabines
Golfe, en 1991, l'armée de terre de terre principalement trois
surprotégées.
a acquis 5 chars AMX 30 B types de moyens : la sonde ama-
démineurs télécommandes (DT) Équipés chacun du système de gnétique, le détecteur électro-
équipés de rouleaux sovié- duplication de signature magné- magnétique portable de mine
tiques. tique (DEMETER), ils peuvent (DHPM), qui ne traite que les
aussi recevoir soit des charrues mines métalliques, et les char-
Ces matériels devenus obso- toute largeur permettant de ges de destruction (explosifs,
lètes, l’EMAT a décidé de se réaliser un couloir de 4.50 m charges formées ITS 121).
doter d’une nouvelle capacité à (4 charrues au total), soit des
base de chars AMX 30 B2 rouleaux (3 au total). Un nouveau détecteur de mines
équipés d’une gamme plus large
métalliques devrait être livré
d’outils de déminage.
SOUVIM aux forces courant 2001.
L'armée de terre compte aujour-
d’hui 10 chars démineurs. Les opérations de Somalie, au
POLITIQUE D’ÉQUIPEMENT.
début des années 90, ont fait
Les dix chars sont aujourd’hui apparaître un besoin urgent en À court terme (2001-2002), il
tous équipés du système de capacité d’ouverture des itiné- s’agit d'accroître les capacités
duplication de signature magné- raires. détenues, essentiellement grâce
tique (pour le leurrage des au lancement d'opérations
Après avoir évalué le système d'améliorations des équipe-
MMDS Sud Africain en 1994, ments en service au sein des
l'armée de terre a décidé en forces.
1995 l’achat de 5 systèmes
rebaptisés SOUVIM. À moyen terme (2003-2008),
l’objectif est, d’une part, de
Le SOUVIM (Système d’Ou- compléter les capacités précé-
verture d’Itinéraire Miné) est dentes par la mise en service de
destiné au déminage, sur les nouveaux équipements, dispo-
itinéraires, des mines antichar à nibles sur « étagère » ou néces-
pression simple et à charge sitant de modestes développe-
explosive concentrée. ments tant en terme de délais

- 22 -
S A P E U R

les charrues de chenille en la réalisation de 100 nouveaux


dotation, pour permettre le détecteurs portables.
passage du char Leclerc en
sécurité. Les matériels seront disponibles
dans les forces fin 2001.
Les premières sections de
déminage équipées de la vidéo- Moyen terme (2003-2008).
télé-opération devraient entrer
en service en 2006-2007. En raison des capacités
reconnues, mais limitées, des
Ouverture d'itinéraire. matériels détenus, l'armée de
terre pourrait décider d'acquérir
Afin de permettre aux sections de nouveaux équipements.
SOUVIM de traiter une menace
plus large (mines à action Il s’agit, pour l’essentiel, d’éva-
luer des produits disponibles
latérale, mines à allumeur à
« sur étagère » ou en dotation
influence et mines à allumeur à
dans les autres armées.
bascule ou de contact), un
que de montants financiers, programme d'améliorations a
d’autre part, de développer le Néanmoins, en raison du degré
été initié en 2000. d’avancement de certains
déminage mécanique au sein de
l’ensemble des unités du génie. projets qui ne sont qu’à l’état de
L’objet du marché en cours « démonstrateur », certains dé-
consiste à la livraison d’un veloppements s'avèreront né-
À long terme (2009-2020), après
prototype fin 2002. cessaires.
la mise en service des dernières
versions des équipements pré-
En fonction des résultats de Conjointement à ces nouvelles
cédemment acquis, l'armée de
l’évaluation de ce prototype, acquisitions, il conviendra de
terre devra disposer des
l’EMAT confirmera le rétrofit de reconsidérer les plans d’équipe-
moyens lui permettant de satis-
faire l’ensemble du spectre du tout ou partie des 5 systèmes ment, dans la perspective de la
contreminage en faisant effort (SOUVIM 2) et décidera éven- constitution d’une capacité de
tout particulièrement sur la tuellement d’une nouvelle déminage « mécanique » au sein
détection des mines et des opération d'améliorations des des RGBIA.
obstacles minés. capacités de façon à prendre en
compte la nouvelle « menace Brèchage.
La vidéo-télé-opération et la mines ».
Mines antipersonnel : face à la
robotisation tiendront une place
Les premiers SOUVIM 2 devraient présence supposée, détectée ou
prépondérante.
être en service dans les forces à décelée de MiAP et de sous-
munitions de même nature, les
Court terme (2001-2002). partir de 2005-2006.
troupes à pied se trouvent dans
l'impossibilité de déterminer
D’ici fin 2002, les différents pro- Rétablissement de zone.
avec précision le début de la
grammes d'améliorations déci- zone polluée et de réaliser en
dés devront être lancés. L’emploi du MADEZ nécessite la
mise en œuvre d’un équipement urgence un cheminement pour
complémentaire afin d’éliminer la traverser en toute sécurité.
Brèchage.
du terrain les débris, issus des
explosions des mines et des dif- Le sondage systématique est
Les modules AMX 30 B2 DT actuellement la seule méthode
férentes munitions et sous-
doivent être revalorisés. Il s’agit sûre et efficace, mais elle est
munitions, consécutifs ou non à
d’équiper 10 chars d’une surpro- très lente et très risquée.
l’action préalable du MADEZ.
tection active ainsi que d’un
système de tension de chenille à Le système de déminage pyro-
Il s’agit donc de lancer l’acquisi-
recul contrôlé (STRC) et de doter tion d’un système assurant le technique des MiAP et des sous-
les modules d’un nouveau ramassage, le tamisage et l’éva- munitions est capable de
système de vidéo-télé-opéra- cuation de ces débris. délimiter le contour des zones
tion. polluées et d’ouvrir des chemi-
Détection portable. nements d’approche ou de
Par ailleurs, les chars AMX 30 B2 traversée.
DT bénéficient déjà de deux Afin de pallier le déficit capaci-
opérations en cours de réalisa- taire lié aux performances du En 2002, plusieurs systèmes dis-
tion, l’une dédiée à leur remoto- détecteur portable DHPM 1A en ponibles « sur étagère » seront
risation, l’autre visant à élargir service, l’EMAT a décidé en 2000 évalués en vu de l’acquisition,

- 23 -
S A P E U R

en 2003, d’un « lot de précau- L’objectif est de doter les


tion ». unités de combat du
génie et les équipes
Mines antichar : les capacités, NEDEX à partir de 2006.
détenues par les modules de Détection mécanique :
déminage lourd (AMX 30 B2 DT afin d'accroître la protec-

Photo Cne BOMPAS


et bouteur D9 DT), nécessitent tion des personnels
d’être complétées par un dédiés aux missions de
système, apte à ouvrir en détection manuelle,
urgence et sans préavis un l’EMAT a approuvé en
couloir à travers des obstacles 2001 une FCME pour un
minés ponctuels ou linéaires. système de sondage
mécanique du terrain. moyens de contre-minage. On
À ces fins, un système israélien distingue deux systèmes : le
baptisé CARPET est en cours La cible comprend environ 100 SYstème de DEminage
d’évaluation depuis 2 ans. En systèmes répartis au sein des RApproché (SYDERA) et le
fonction des conclusions, un régiments du génie. La mise en SYstème de DEtection LOintaine
système complet pourrait être service est prévu à partir de (SYDELO).
acquis dès 2002 pour conduire 2004.
une expérimentation tactique. Par ailleurs, sur le long terme, les
Leurrage de destruction. nouvelles capacités des sys-
Dépollution de zone. tèmes terrestres en dotation
Dans le cadre de l’ouverture en imposeront inévitablement une
Afin de permettre la dépollution force de brèches dans les nouvelle organisation des unités.
de zones difficilement acces- champs de mines et le dégage- Par exemple, les unités blindées
sibles par le MADEZ et/ou peu ment d'unités « engluées » dans pourraient être chargées du
sûres pour une intervention un champ de mines disper- bréchage. Les autres unités de
humaine, l'armée de terre sables, l’EMAT a approuvé en combat auraient la responsabi-
envisage de se doter d’un avril 2000 une FCMR d’un lité de l’ouverture d’itinéraire et
ensemble d’outils adaptables à système démineur par duplica- du déminage de zone dans le
des engins de travaux publics tion à leurrage électromagné- cadre de l’aide au déploiement
ou à l’EMAD. tique. d’urgence. Le régiment spécia-
Cet ensemble est baptisé « KIT lisé de la brigade du génie gar-
DE DÉMINAGE ». La cible, qui comprend 50 sys- derait le déminage de zone, hors
L’objectif est de notifier dans un tèmes, concerne, dans un pre- déploiement d’urgence, et il
premier temps un marché mier temps, les matériels dédiés pourrait assurer le recueil et la
d’étude/définition d’une durée aux missions de « breaching » transmission en temps réel des
d’environ un an, puis dans un (AMX 30 B2 DT et bouteurs D9 informations relatives aux zones
second temps de lancer la réali- DT), puis dans un second temps, minées, grâce à la mise en
sation de ce kit dès 2003. les EBG des compagnies œuvre d’un système de détec-
blindées à raison d’un système tion depuis la troisième dimen-
Détection. par section. L’ensemble des EBG sion.
devra cependant être pré-
Détection portable : au risque de équipé.
devoir recourir systématique-
SYDERA - SODERA
ment au sondage manuel, la Enfin, il sera étudié l'intégration
nécessité de pouvoir détecter de DEDALE sur le DCL, ces
Parallèlement aux travaux
les mines ou les munitions non matériels devant être prédispo-
d’amélioration menés sur les
explosées, ne faisant pas appel sés à recevoir DEDALE en com-
parcs de précaution et aux
à des composants métalliques, plément de la lame de déminage
impose de disposer d’un nouvel PEARSON.
équipement.
La livraison des premiers maté-
À ces fins, l’EMAT a rédigé riels de série est prévue en 2004.
début 2001 un OEM (objectif
d’État-major) pour un détecteur
de mines portable capable de Long terme (2009-2020).
détecter tous les types de mines
Photo Cne BOMPAS

antichar et antipersonnel ainsi A cette échéance, l’objectif


que les munitions non explo- principal sera de détecter la
sées posées, enfouies ou menace mines afin de permettre
cachées sous d’autres matériaux. un engagement optimum des

- 24 -
S A P E U R

projets d’acquisition de nou- capable de remplir les mis- permettre de l’inscrire soit, dans
veaux matériels, l’état-major de sions « d’ouverture d’itinéraire », la famille du système modulaire
l’armée de terre a lancé un nou- « de dépollution de zone » et de drones tactiques multi-
veau programme de détection, « de franchissement d’obstacle charges multimissions (MCMM)
leurrage, destruction et/ou neu- miné ». Prévu pour être livré aux pour lequel l’EMAT a rédigé une
tralisation des mines terrestres. forces à l’horizon 2010-2015, il FCME, soit, dans la catégorie
traite toutes les mines connues des drones TCP, dont une éva-
Baptisé SYDERA, puis SODERA, à cette échéance (AC, AP, UXO), luation pilotée par le CDES est
ce programme correspond à avec un taux de réussite proche prévue en 2001-2002.
deux entités distinctes et suc- de 95 %. Il est constitué
cessives dans le temps. d’un ou de plusieurs
porteurs.
Dans un premier temps, SYDERA
est un projet fédérateur composé
de nombreuses études amont, SYDELO
de plusieurs développements
exploratoires et du développe-

Photo Cne BOMPAS


ment d’un logiciel. Dans un La détection lointaine
second temps, SODERA repré- représente un enjeu
sente le futur système opéra- essentiel pour l’engage-
tionnel de déminage rapproché. ment des forces et condi-
Par système, il convient de tionne en grande partie
comprendre ensemble de l’optimisation de l’emploi
moyens (voire de porteurs) per- des moyens de contre-minage.
mettant de traiter les aspects ÉTRANGER
détection, leurrage, destruction De nombreux travaux ont été
et/ou neutralisation des mines et conduits sur ce sujet au sein de Dans le cadre d’accords d’é-
engins non explosés. l’OTAN. En parallèle, depuis changes internationaux (AEI),
1990, la France a réalisé des ou par le biais de relations bi et
Le projet fédérateur SYDERA a essais dans ce domaine et a multinationales, la France suit
vocation à fédérer toutes les développé plusieurs systèmes avec intérêt les programmes
études pour donner naissance au embarqués sur hélicoptère développés par les autres
système opérationnel SYDERA. Il PUMA. Le système initial, nations.
a pour enjeu de préparer la prise baptisé CHLIO, a subi quelques
de décision par l’EMAT à l’hori- améliorations et se compose À moyen terme, la France
zon 2004-2005 et il a pour finalité aujourd’hui de trois caméras, pourrait chercher à acquérir
d’étudier et de valider au travers l’une travaillant dans l’infra- certains matériels développés.
de démonstrateurs les technolo- rouge thermique 8-12 microns Sur le long terme, l’effort porte
gies les plus aptes à équiper ce et les deux autres dans le proche sur la recherche de coopéra-
système. infrarouge. Actuellement, une tions.
expertise est en cours auprès de
Il comprend, notamment, six l’ONERA, afin d’identifier
PEAs dédiés principalement au et de confirmer les voies
contre-minage (détection, sol de de progrès possibles.
surface, neutralisation des mines
terrestres, radar ultra large L’objectif est la mise en
bande, leurrage, spectrométrie service opérationnel d’un
laser pour la détection de com- système monté sur héli-
Photo Cne BOMPAS

posés volatils des explosifs), un coptère à l’horizon 2010-


développement exploratoire sur 2011 et/ou d’un système
la détection baptisé SALA- combinant un drone et
MANDRE, une étude système une station sol sur la
gr‚ce à la réalisation d’un logiciel période 2010-2015. Seule
«architecture véhicule» (COR- la partie détection est
TEGE). installée sur le drone, l’en-
semble des données sont
Le système opérationnel de traitées à partir d’une station au
déminage rapproché SODERA, sol.
pour lequel la décision de lancer
un développement n’intervien- S’agissant de ce second
dra qu’en 2004-2005, est un système, les résultats de l’exper-
système de contre minage tise de l’ONERA devront

- 25 -
S A P E U R

GAL RICHARD
Commandant De l’aide au déploiement
la Brigade
du Génie au soutien au stationnement
Les récentes projections ont fait intervenir nos forces sur des terrains
hostiles ou mal préparés à les recevoir, faisant apparaître deux
missions importantes qui trouvent leur place dans la fonction opéra-
Le général de brigade Alain tionnelle « agencement de l’espace terrestre » : l’aide au déploiement
RICHARD commande la Brigade (mission d’appui donc de combat) et le soutien au stationnement
du Génie et est gouverneur (mission de soutien).
militaire de Strasbourg depuis
août 1999. Différentes dans leurs composantes, successives dans le temps, elles
n’en sont pas moins interdépendantes et doivent s’ordonner autours
Précédemment, il exerçait les de certains principes d’action ou d’organisation du commandement.
fonctions de sous-chef d’état-
major " organisation-ressources Dans un premier temps, afin de blissement ou aménagement
humaines " de l’état-major de bien appréhender les nuances d’infrastructure opérationnelle,
l’armée de terre à Paris.
entre les missions d’aide au approvisionnement en eau et
déploiement et de soutien au énergie…
Saint-Cyrien, il est admis à l’en-
stationnement, il convient de
seignement militaire supérieur
revenir aux définitions. Les missions de soutien au sta-
scientifique et technique en
tionnement relèvent du soutien
1975 où il rejoint l’université
Les missions d’aide au déploie- des forces projetées2.
des Sciences de Paris VI puis
l’école des applications mili- ment relèvent de l’appui direct
et de l’appui général1. Dans le Elles comprennent l’ensemble
taires de l’énergie atomique de
des opérations qui consistent à
Cherbourg. premier cas, il s’agit « d’aide au
rendre une zone déjà conquise
déploiement d’urgence » visant
ou affectée, au minimum, apte
A l’issue, il est affecté au ser- à assurer le déploiement et l’ins-
au stationnement et à la circula-
vice de sécurité radiologique tallation rapide des premiers
tion des unités, au mieux, apte à
de la direction des centres d’ex- élé-ments dans des conditions
la vie quotidienne de la force
périmentations nucléaires à d’environnement difficiles.
dans de bonnes conditions
Monthléry.
d'hygiène et de sécurité
L’extension de cette installation
En 1979, il prend le commande- nécessitant des moyens plus
ment de la 59e compagnie du L’analyse de ces définitions
importants, les missions montre que si l’aide au déploie-
génie de division d’infanterie de
« d’aide au déploiement » relè- ment et le soutien au stationne-
marine. En 1990, il commande le
veront de l’appui général afin de ment doivent se succéder dans
19e régiment du Génie à
mener des actions de protec- le temps, il existe également
Besançon.
tion, dépollution, déminage, une forte interdépendance entre
Le général de brigade Alain décontamination NBC, réta- ces actions complémentaires.
RICHARD est officier de la
Légion d’honneur et chevalier
de l’Ordre du Mérite.
Photo Cne BOMPAS

- 26 -
S A P E U R

Au cours d’un engagement, lors moyens peut être évité par une Les compétences détenues sont
du déploiement initial de la bonne concertation entre les dif- variées, fortement spécialisées,
force, les missions du génie férents intervenants. et spécifiques de la mission.
relèvent de « l’aide au déploie-
ment » puisqu’il s’agit de réa- Elle permet de préserver, à la À titre d’illustration, un spécia-
liser des aménagements som- fois, les capacités des unités liste en installation de lignes et
maires, nécessaires à l’installa- relevant de l’aide au déploie- de réseaux, indispensable pour
tion des forces appuyées et tout ment et la réalisation des la fourniture d’énergie lors de la
particulièrement de leurs PC. missions de soutien au station- phase d’aide au déploiement, ne
nement. peut pas remplacer un spécia-
Ces missions sont conduites par liste de la maintenance des
les unités du génie de la force. En effet, lors d’une projection de groupes Électrogènes d’infra-
forces d’un volume limité, la structure, indispensable pour la
Si cette action doit s’inscrire Force d’Action Terrestre se doit fourniture d’énergie électrique
dans la durée et conduire par de conserver ou de reconstituer lors de la phase de soutien au
exemple à la création et à l’en- rapidement une capacité de pro- stationnement.
tretien de camps 1000 hommes jection en vue d’autres engage-
de type ISOPEX, implantés « en ments. Il faut donc relever les person-
dur » et possédant des équipe- nels afin de reconstituer une
ments tels que station d’épura- capacité de projection d'unités
tion, unité de traitement d’eau, d’aide au déploiement, et sous-
centrale électrique de plusieurs traiter ou faire assurer par des
mégawatts, etc., les missions du personnels adaptés les missions
génie relèvent alors du « soutien de soutien au stationnement.
au stationnement ».
La complémentarité des diver-
Elles sont conduites par la com-
ses composantes du génie ne
posante infrastructure qui peut
peut s’exercer dans de bonnes
soit opérer par sous-traitance,
conditions que si un dialogue
soit faire appel à de la main
étroit est amorcé dès le début de
d’œuvre militaire, spécialisée ou
la projection, voire pendant la
toutes armes.
phase de préparation, et si les
structures de commandement
Bien que l’état initial et l’état
permettent un tel dialogue.
final soient ainsi clairement
Photo Cne BOMPAS

identifiés, il existe néanmoins


de fortes interactions entre Pour gagner du temps, accroître
l’aide au déploiement et le l'efficacité et diminuer les coûts
soutien au stationnement. ultérieurs, il est souhaitable que
les actions d’aide au déploie-
À titre d’exemple, le recense- ment s’inscrivent d'emblée,
ment des ressources locales en dans la logique des chantiers
matériaux, bien que relevant Or nos moyens d’aide au qui seront réalisés lors de la
du stationnement, doit être déploiement étant limités, phase de soutien au stationne-
entrepris au plus tôt, donc (faiblesse mise en évidence par ment.
durant la phase de déploiement. les différents retours d'expé-
Inversement, le redéploiement riences) il est indispensable Ce dialogue et cette concerta-
d’un dispositif ou la prise en d’envisager leur relève progres- tion faciliteront également la
compte de renforcements peut sive dès que débute la phase de relève des unités d’aide au
s’effectuer pendant la phase de soutien au stationnement. déploiement en ouvrant la voie,
stationnement. chaque fois que possible, au
Cette relève concerne non développement de « l’externali-
Cette interdépendance peut être seulement les matériels mais sation ».
à l’origine de deux difficultés aussi les personnels. En effet,
majeures : la répartition des les ressources qualifiées en L'expérience des théâtres exté-
moyens (humains et matériels) matière d’aide au déploiement rieurs a montré que les travaux
entre les missions d’aide au se trouvent dans les sections initiaux de soutien au stationne-
déploiement et les missions de d’aide au déploiement (SAD) ment pouvaient très bien être
soutien au stationnement d’une des régiments du génie de exécutés par des unités de la
part, et l’organisation du com- brigade interarmes (BIA), ainsi force, selon la procédure du
mandement d’autre part. qu’au sein des régiments de la « détachement3 » auprès du
L’écueil de la répartition des brigade du génie. commandement du soutien.

- 27 -
SS AA PP EE U R

La mise en place d’un comman- Des modalités


dant du génie clairement d’emploi et de
identifié doit permettre de coor- mise en œuvre,
donner les actions d’appui de la des mesures de
force et de soutien au stationne- coordination, et
ment des unités, en proposant parfois des arbi-
les arbitrages nécessaires en trages seront tou-
fonction de la situation. jours nécessaires,
Ensuite, à mesure qu’avance la mais la volonté
montée en puissance du soutien de remplir la
au stationnement, il importe de mission doit s’af-
relever progressivement tous franchir des oppo-
les moyens d’aide au déploie- sitions souvent
ment qui peuvent être rem- artificielles entre
placés par de la sous-traitance les hommes.
Approvisionnement en eau
ou par des unités non spéciali-
sées, afin de reconstituer en Ainsi, chacun doit santes qui sont toutes complé-
Métropole une capacité d’aide être convaincu qu’il n’existe mentaires et faites pour tra-
au déploiement projetable sur qu’un génie pour la force, qu’il vailler ensemble au succès de la
un autre théâtre. comprend diverses compo- mission de la force.

1) Concept d’emploi du génie en opération


2) Mémento des actions d’aide au déploiement
3) Une unité est détachée pour une mission donnée, auprès d’une unité spécifiée et pour une durée limitée au maximum à l’accom-
plissement de la mission

- 28 -
S A P E U R

Le commandement
du génie
en opérations

Le commandement du génie

en opérations extérieures .................................................................... COL DEFRETIN .............................................. 31

Le BATGEN 3 en opération ................................................................ COL DODANE .................................................. 35

L’expérience au KOSOVO du BATGEN

de la BMN.N ............................................................................................................ COL RICHARD .................................................. 38

Le soutien au stationnement .......................................................... LCL FONTAN .................................................... 44

L’organisation du commandement

d’une opération de secours (UIISC) ........................................ CNE REININGER ............................................ 48

Commandement d’une opération

de secours à la B.S.P.P. ............................................................................ LCL BARRAT ...................................................... 50

- 29 -
S A P E U R

- 30 -
S A P E U R

COL DEFRETIN
Le commandement
du génie en opérations
extérieures
Le Colonel Jacques DEFRETIN Dans le cadre d’un engagement multinational, les forces françaises
est chef du bureau «agencement sont organisées selon une double chaîne :
de l’espace terrestre» (B8) du Une chaîne des forces combattantes,
CREDAT depuis le 1er juillet 1999. Une chaîne du « soutien national ».

Il a commandé le 13e Régiment Actuellement le Génie est unique 1. Or, ces deux chaînes ont besoin
du Génie à TREVES (FFSA) de de moyens génie (personnel et matériels), tantôt à des moments dif-
1997 à 1999. férents, tantôt simultanément.

Précédemment, il a été chef du L’existence de ces deux chaînes parallèles, sans structure hiérar-
Bureau Opérations Instruction chique commune, ne permet pas de résoudre les difficultés qui sur-
au 3e Régiment du Génie à gissent lorsqu’elles ont besoin, toutes les deux, au même moment,
CHARLEVILLE-MÉZIÈRES et chef des mêmes moyens du génie.
du bureau opération du
Bataillon du Génie de la Division Le document qui suit est un un niveau d’EMPLOI, qui :
Salamandre en Bosnie de mai à extrait de la doctrine, en cours
septembre 1996. • définit quels sont les effets à
d’approbation, relative à l’em-
obtenir,
ploi des formations relevant de
la fonction « Agencement de • rédige les ordres « AU » génie ;
l’Espace terrestre ».
un niveau de MISE EN ŒUVRE,
Élaborée dans le cadre d’un qui :
groupe de travail regroupant
• définit comment et par quels
toutes les parties concernées,
moyens les effets recherchés
c’est un compromis qui a le
seront obtenus,
mérite de proposer une solu-
tion. • rédige les ordres « DU ».

Comme tout compromis, il ne L’EMPLOI est fixé par le chef


permet pas de satisfaire totale- interarmes qui dispose de la
ment les parties concernées, cellule 2D pour transcrire en
mais il pose le problème et en ordre ses décisions
même temps il représente une
base commune de réflexion. La MISE EN ŒUVRE est assurée
par le chef génie - commandant,
pour le niveau considéré, des
COMMANDEMENT - COOR- unités génie conservées aux
ordres :
DINATION DU GÉNIE EN
OPEX Le respect de la séparation entre
l’emploi et la mise en œuvre est
Niveaux de responsabilité souhaitable. En effet, du fait de
sa lourdeur (ordres pour la pré-
Les responsabilités dans le paration et l'exécution des
domaine du génie se situent à missions, suivi des missions
2 niveaux, bien distincts : et coordination étroite des
NB : 3 schémas sont joints à ce document :
La chaîne commandement du génie combat en opération
La procédure à suivre pour une demande de moyens génie de la force
par la chaîne soutien national
La procédure à suivre pour une demande de moyens à la chaîne soutien
national par le génie de la force.

- 31 -
S A P E U R

moyens, suivi des stocks et des manœuvre ou de la chaîne logis- la conception,


potentiels, recueil et synthèse tique, peut se voir affecter des
• il commande les formations
du renseignement génie…) il est éléments du génie :
du génie conservées à son
préférable que la mise en œuvre
• soit dès la constitution de la échelon,
du génie ne soit pas confiée à
force,
des personnels traitant aussi de • il suit, pour l’ensemble des for-
l’emploi du génie, qui nécessite • soit par détachements tempo- mations du génie de la zone, la
recul et réflexion. raires d'éléments. situation des moyens spéci-
fiques en dotation limitée et la
Cependant, la séparation de • Quel que soit cet échelon de situation des ressources en
l’emploi et de la mise en œuvre commandement, les éléments matériels et matériaux relevant
est un principe d’organisation et génie concernées comportent : de la logistique génie.
non une règle stricte et intan- • le commandant du génie de
gible. l’échelon considéré, Généralement co-localisé avec
le PC « appuyé », son poste de
Elle pourrait même, si le com- • son poste de commandement, commandement peut être :
mandement le décidait (par • ses formations ou unités 2. • soit un CMO (centre de mise en
exemple pour se calquer sur une
œuvre) si les unités génie
organisation de type « OTAN ») Que ce soit dans une opération subordonnées comportent au
ne pas être respectée. nationale, au sein de l’alliance, moins deux bataillons ; sa
ou au sein d’une organisation composition est variable, car
On ne peut donc pas exclure a internationale, le chef génie elle dépend des moyens mis
priori l’existence dans certains d’un échelon considéré est le en œuvre et du niveau de com-
PC d’une cellule génie garant de l'unité d’action du mandement auquel ce CMO se
(« fusion » de la cellule 2D/Génie génie. Il assume en consé- situe.
et du PC du chef génie) traitant à quence les responsabilités
la fois de l’emploi et de la mise suivantes : • soit un PCB (PC bataillon) si le
en œuvre. génie de l’échelon considéré
• il conseille son commandant ne comporte pas plus d’un
interarmes sur l’emploi du bataillon (le commandant du
Organisation du commande-
génie, bataillon est simultanément
ment commandant du génie) ;
• il fournit au PC appuyé, avec
Tout échelon de commande- l’anticipation suffisante, toutes • soit un PC de compagnie si le
ment, qu’il soit interarmées ou les informations et éléments génie de l’échelon considéré
terrestre, national ou multinatio- d'appréciation nécessaires à la se limite à une unité élémen-
nal, qu’il relève de la chaîne de prise en compte du génie dès taire.

- 32 -
S A P E U R

• soit un bureau études dans le considéré, qui élabore son ordre de réunir un comité de pilotage 3
cadre du soutien au stationne- « AU » en fonction de celui où sont représentées les diffé-
ment des unités nationales qu’elle reçoit de l’échelon rentes parties prenantes. Selon
(chaîne logistique). supérieur. qu’il s’agisse d’un problème de
théâtre ou de soutien national,
Les unités du génie subordon- La cellule 2D/GÉNIE est le point la responsabilité du pilotage
nées comportent des unités d'arrivée final et obligatoire de incombera respectivement
attribuées à l’échelon de com- toutes les demandes et rensei- a u C O M T H E AT R E o u à
mandement considéré soit dès gnements concernant le l’ADCONFRANCE.
la construction de la force, soit domaine génie.
pour mener une manœuvre par-
ticulière (renforcements). Toutefois, afin de garantir la Mise en œuvre
cohérence entre l’emploi et la
mise en œuvre, le chef génie En matière de mise en œuvre
COORDINATION détache de son PC de mise en tous les chefs génie d’une force
œuvre des éléments de liaison sont reliés par une chaîne
L’optimisation de l’appui génie et de commandement (DLC) technique génie renforçant la
et l’utilisation efficace de toutes auprès de la cellule 2D de la coordination des actions
les ressources disponibles force appuyée. menées.
demandent une coordination
minutieuse des activités et des Dans le cadre d’une opération La coordination entre le génie
unités des diverses compo- multinationale conduite par la de la force et le génie du soutien
santes du génie de la force à France, la coordination est pri- national se fait entre l’adjoint
quelque échelon que ce soit. mordiale : logistique de l’ADCONFRANCE4
et le G4/B4 de l’État-major de la
Cette coordination est essen- • entre le génie de la force aux
force qui traite ensuite avec la
tielle en matière d’emploi et de ordres du COMTHEATRE et le
cellule 2D de cet État-major.
mise en œuvre. génie de la chaîne soutien
national subordonné à
Dans la zone de responsabilité
l’ADCONFRANCE. ;
Emploi d’une force donnée, cette coor-
• avec le génie de la nation hôte dination de la mise en œuvre du
La coordination de l’emploi de ou des entités présentes sur le génie concerne l’ensemble des
l’ensemble du génie de la force théâtre. formations du génie de la force
est assurée au sein de la chaîne quelles que soient leur subordi-
de commandement par la cellule En cas de difficultés de coordi- nation hiérarchique et leur
2D/GÉNIE de chaque niveau nation, il peut être intéressant nationalité.

- 33 -
S A P E U R

Cette coordination est indispen- - la participation aux actions


sable pour : civilo - militaires.
• certaines actions relevant de
Afin d’optimiser la mise en
l’appui direct (préparation d’un
coup d'arrêt au niveau de œuvre des moyens du Génie, il
l’ensemble de la force par est souhaitable que de fré-
exemple). quentes réunions de concerta-
tions soient organisées entre le
• la totalité des actions d’appui Génie de la force, la cellule
général telles que : G3/2D de l’EM et le SLC de la
- l’aide au déploiement des chaîne soutien national.
systèmes de commandement,
Enfin, dans un cadre multinatio-
- le rétablissement et le nal, des détachements de liaison
maintien des communications techniques (DLT) seront mis en
et plates-formes de transit, place et/ou échangés pour
- la participation au soutien garantir l’interopérabilité entre
des forces (travaux d’infra- unités du génie alliées d’une
structure, fourniture d’eau et même composante.
d’énergie électrique),

1 GEN 100 : « Concept d’emploi du génie en opérations »


2 cf. GEN 100 : « Concept d’emploi du Génie en opérations extérieures »
3 A l’exemple des « steering committees » qui existent dans l’OTAN et qui sont mis sur pied pour traiter des problèmes de coordina-
tion du théâtre. La tenue de telles réunions amènera les différentes parties prenantes à s’exprimer autour d’une même table.
4 Suite aux travaux en cours sur l’évolution de l’EM/ADCONFRANCE, cette coordination pourra être assurée ultérieurement par
l’adjoint infrastructure de l’ADCONFRANCE

- 34 -
S A P E U R

COL DODANE
Chef de section Le BATGEN 3 en opérations
BOE à l’EMAT
Composé de cinq unités élémentaires : une CCL, une compagnie de
combat avec une section blindée sur EBG, une compagnie d’appui,
une compagnie de travaux lourds et une compagnie d’aide au
déploiement, le BATGEN3 assurait également l’administration, le
soutien et/ou l'hébergement de l’escadron français d’éclairage et
Le colonel DODANE sert succes- d’investigation du bataillon des Émirats Arabes Unis, un escadron de
sivement au 17e RGP, à l’Ecole gendarmerie mobile et une compagnie du génie de l’Air.
Spéciale Militaire de St Cyr et au
32e RG (KEHL) où il commande Mis en place durant une période L'opération d’envergure IBAR
une compagnie de combat de forte tension au début février, 2000 visant à afficher la détermi-
blindée. le BATGEN a joué un rôle nation de la KFOR, mit un terme
essentiel et central en particulier à la flambée de violence et
Il suit les scolarités de L’Ecole dans le retour vers la vie permit d’aborder une phase
des Mines de NANCY et de normale qui a caractérisé le délicate de retour à la normale,
l’Ecole Supérieure de Guerre printemps 2000. émaillée néanmoins d’incidents
(104e promotion). dans la zone de MITROVICA.
Les facteurs clés de succès ont
Affecté à l’Etat Major de Armée été d’une part l’adaptation de Pendant la période de trouble
de Terre au Bureau Planification l’emploi du Génie à une urbain, un élément de comman-
des Ressources Humaines en situation très particulière (pas dement Génie s’installe à
1992, il est ensuite muté au d’ennemi déclaré mais des l’EM/Brigade au plus près du
31e RG (régiment de travaux risques d’incidents importants centre opérationnel de façon à
lourds). avec la population) et d’autre
suivre la situation « en direct ».
part le maintien de tous les
En 1998, il en reçoit le comman- moyens du génie (travaux et
Les sections de combat mécani-
dement et conduit sa transfor- combat) sous l'autorité d’un
sées furent employées en appui
mation en régiment mécanisé même chef de corps lui assurant
de l’infanterie et de la gendar-
de la 3 e brigade. En 2000, la possibilité de marquer un
au KOSOVO ("3e mandat), il merie dans des missions de
effort.
commande le BATGEN et assure contrôle de foule.
les fonctions de commandant du Il convient de rappeler l’am-
génie de la Brigade Multi- biance locale qui régnait lors de Il s’agissait essentiellement
nationale Nord. la mise en place du nouveau d'aménagement du terrain pour
mandat en janvier - février 2000. dégager des vues, canaliser les
Confronté aux événements du
printemps 2000 à MITROVICA, le Un attentat perpétré c o n t r e
génie jouera un rôle de premier un bus de l’UNHCR a
plan dans les actions militaires exacerbé les tensions endé-
urbaines (fouilles, contrôle de miques entre les communautés
foule, protection des troupes) et et provoqué une nou-velle
plus particulièrement dans le vague de violence.
retour à la vie normale de la
population.. Dans ce contexte, la difficulté
résidait dans le contrôle des
Le colonel DODANE est actuelle- réactions de la population apeu-
ment affecté à l’EMAT en qualité rée et encore traumatisée dans
de chef de section au bureau une région où l’administration
organisation effectifs (BOE) civile et l e s s e r v i c e s p u b l i c s
locaux n’étaient plus organisés.

La gestion de la si-tuation com-


mandait de faire face sans délai
à des attitudes et des comporte-
ments imprévisibles ni dans le
temps ni dans l’espace.

Dans ce contexte la réactivité a


été primordiale en dehors de
tout formalisme, planification
lourde ou recherche de réfé-
rence à un concept d’emploi.

- 35 -
S A P E U R

manifestants, interdire des Ces actions Génie s’inscrivent Les sapeurs s'activèrent éga-
accès, matérialiser des limites et dans un cadre tactique. La lement sur des chantiers à
protéger les militaires. Selon période de retour vers la vie caractère utilitaire réalisés en
qu’il s’agit de la gendarmerie ou normale fut jalonnée d’actions partenariat avec le KPC (Kosovo
de l’infanterie, l’effet recherché plus techniques dont la finalité Protection Corp), comparable à
par la pose d’obstacles est fut de modifier le comportement des formations de la protection
différent. de la population dans le sens de civile mais issu en quasi-totalité
l’apaisement. de l’UCK (armée de libération du
La première souhaite des Kosovo, albanaise).
obstacles réversibles et transpa- Dans cet esprit, un site de fran-
rents (barbelés) qui fixent une chissement sur I B A R a é t é Le but était avant tout d’accom-
limite claire pour les manifes- installé en pleine ville de pagner la mutation de cette ins-
tants et permettent une Éven- MITROVICA pour per-mettre à titution en l’impliquant dans des
tuelle charge. des familles de regagner leur tâches civiles sans froisser la
domicile d’où elles susceptibilité de ces ex-combat-
avaient été chassées et tants.
d’y vivre en pouvant
s’approvisionner sans
C’est sur le nettoyage de la ville
traverser des zones
et la restauration du cycle d’éva-
occupées par la commu-
cuation des déchets ménagers
nauté adverse.
que l’effort fut porté.
Dans un premier temps la
liaison entre les rives fut Cette entreprise ayant un succès
établie immédiatement certain, elle fut poursuivie et
avec un PAA (cellule couronnée par une opération de
immergée) puis une pas- grande envergure mettant en
serelle de circonstance œuvre tous les bataillons de la
fut construite avec les brigade (français et étrangers),
matériaux localement les ACM et l’action psycholo-
disponibles (tôles cintrées, gique et sollicitant la participa-
La seconde préfère des obsta-
poteaux téléphoniques…). tion de tous les habitants de la
cles défensifs assurant une pro-
ville (Nord et sud).
tection (flex-mac). Une section
d’EBG1 dont l’effet dissuasif est Dans le même temps, un groupe
certain, a toujours été tenue en d’aide au déploiement a réparé Au-delà de l’aspect sanitaire et
alerte à proximité des lieux d’in- les portes des appartements rebutant à plus d’un titre, cette
cident en mesure d’intervenir des familles victimes d’expul- série d'opérations touchant l’en-
pour effectuer des travaux sion, leur permettant de bénéfi- semble de la population urbaine
(démolition de barricades obs- cier de conditions minimales de eut un impact déterminant et
truction d'itinéraire ou manœu- sécurité. stimulant dans le retour à la
vre de force par exemple) en confiance et à la vie normale. Le
ambiance d'insécurité avancée Ces opérations ont conditionné BATGEN était bien la formation
(tir ou caillassage). le relogement rapide des la plus adaptée à ce type de
victimes de mesures arbitraires démarche.
Les sections développèrent un et par-là même l’affi-
autre savoir-faire avec l’infante- chage de la volonté
rie : l’appui aux fouilles en site de la Brigade de ne
urbain. pas céder aux
pressions violentes
En accompagnement des sec- d’une communauté.
tions d’infanterie, il fallait s’assu-
rer de l’absence de pollution et La construction de
des piégeages, puis enrichir la cette passerelle resta
fouille par l’emploi des détec- pendant plusieurs
teurs de mines (recherche semaines au cours
d’armes). de débats locaux
passionnés et attisa
Une mission de ce type a été la curiosité de la
réalisée en interallié au profit du presse internatio-
bataillon danois. nale.

1) Les EBG, très souvent critiqués, se sont révélés comme des outils indispensables durant le 3e mandat.
Les 3 EBG ont parcouru plus de 1000 km chacun en moyenne.

- 36 -
S A P E U R

D’autres actions furent enga- Dans un autre secteur, un


gées dans le but d’abaisser le site de franchissement fut
niveau de tension. Les enclaves aménagé en collaboration
serbes en territoire majoritaire- avec le bataillon des Émi-
ment albanais au sud de la BMN rats Arabes Unis pour per-
ont un caractère symbolique mettre la communication
dans l’affichage du maintien de entre deux villages serbes
la multiethnicité. enclavés sans avoir à pas-
ser dans des villages alba-
Des incidents interethniques nais où les provocations
auraient eu des répercussions étaient probables.
néfastes et un départ des
habitants aurait démontré une Outre la coopération valo-
incapacité relative de la KFOR risante avec les sapeurs
à faire respecter la résolution émiriens, cette mesure eut
1244 de l’ONU. pour effet en l’occurrence
de réduire les risques
Ainsi la situation dans les incidents, eux-mêmes facteurs fois une formation de combat en
enclaves était-elle suivie de près déclenchants de manifestations maîtrise de la violence et un
par la communauté serbe de à hauts risques dans la ville de remarquable outil de gestion de
MITROVICA Nord. MITROVICA. crise en particulier dans la phase
de sortie de crise.
Suite à un regain d'inquiétude Une dernière entreprise d’am-
des habitants de l’enclave de pleur put être menée à bien Dans ce contexte, où chaque
SLATINA rapporté au comman- grâce aux compétences du action a son importance et sa
dant de la Brigade, il fut décidé BATGEN dans le domaine des sensibilité, le génie a un rôle
d’y faire stationner une section travaux routiers. Une piste de central, moteur et autonome
du génie dont la mission a été montagne reliant ZVECAN à souvent déconnecté de l’action
de rétablir la sérénité à un ZUBIN POTOK a été tracée puis des bataillons de mêlée.
niveau acceptable, ce qui fut fait réalisée par les 3e et 4e mandat.
grâce aux multiples services Les relations avec le comman-
rendus aux familles : en particu- dant de Brigade ont été directes
lier l’alimentation du courant et bien souvent les ordres ont
électrique fut rétablie par les été donnés par oral.
électriciens de la compagnie
d’aide au déploiement après Une telle conduite des opéra-
une interruption de plusieurs tions n’est possible que si le
mois. La fontaine fut restaurée, chef de corps du BATGEN
la piste d'accès rénovée… dispose - en tant que de besoin -
de la totalité des moyens et des
Ces actions furent naturellement compétences affectés dans son
des éléments de dialogue entre bataillon.
le commandement de la Brigade
et la communauté serbe, sans Ce projet, provoqué par l’admi-
nistrateur régional UNMIK de La dualité moyens de combat -
oublier les administrateurs civils au profit de la brigade - moyens
de l’ONU (UNMIK) qui, très MITROVICA, fortement souhaité
par la population locale, a tenu travaux placés sous la tutelle de
satisfaits des résultats, auraient l’ADCONFRANCE permet de
souhaité généraliser cette expé- une large place dans les relations
Commandement - Administra- couvrir tout le panel des
rience. activités du sapeur et autorise
tion - Population.
des renforcements mutuels et
Outre qu’elle facilitera réciproques bénéfiques.
le ramassage scolaire
en zone montagneuse, Un manque de souplesse dans
cette route permet le ce domaine pourrait conduire à
trafic routier entre Z.B. des décisions très pénalisantes
(frontière serbe) et pour les sapeurs et leur unité.
MITROVICA Nord sans Une gestion intelligente et
avoir à passer en zone concertée des efforts et des res-
albanaise. sources permet au contraire de
valoriser notre fonction en
Cette série d’exemples « collant » au plus près et au
illustre la vocation du plus vite à l’effet majeur du chef
BATGEN à être à la interarmes.

- 37 -
S A P E U R

COL RICHARD
L’expérience au KOSOVO
du BATGEN de la BMN.N
4e mandat - juin à septembre 2000
Commander le Bataillon du génie (BATGEN) au KOSOVO reste une
expérience enviée de bien des chefs de corps ; avoir la chance et
Né le 20 septembre 1955 à l'honneur de le faire, c'est aussi avoir la satisfaction de commander
Arbois (Jura), le colonel Michel une unité dont la renommée n'est plus à faire.
RICHARD est marié et père de
trois enfants. Par sa remarquable polyvalence, le BATGEN est un outil performant
capable d'accomplir la quasi-totalité des missions pouvant être
Saint-cyrien de la promotion confiées au génie, qu'elles soient d'appui direct ou d'appui général.
Capitaine Guilleminot (75-77),
diplômé ingénieur de l’école
supérieure du génie militaire Subordonné au général com- Dans le cadre de l’appui des
(ESGM 84) et de l’école nationale mandant la Brigade multinatio- forces ou des actions menées au
des Ponts et Chaussées (ENPC nale Nord (BMN.N), le chef de profit de la population locale,
90), il est titulaire du diplôme corps du BATGEN occupe les mais également dans celui de la
technique (DT 84) et du brevet de fonctions de commandant du réalisation du schéma directeur
l’enseignement militaire supé- génie (COMGENIE), et donc de d’infrastructure de théâtre, ils
rieur (BEMS 91). « chief Engineer », de la BMN.N. ont œuvré sans relâche, avec
Conseiller génie du général abnégation et compétence, dans
Après avoir partagé son temps
commandant la brigade (COM- chacun de leurs domaines de
d’officier subalterne entre le
BRIGADE), il n'est pas en spécialité que sont le combat du
3e RG (chef de section, adjoint et
mesure d'assumer totalement génie, le déminage et la dépollu-
CDU) et la Direction des travaux
les prérogatives de sa fonction tion, l’organisation du terrain, le
du génie de Versailles où il
pour des raisons liées à la franchissement, l’infrastructure
occupe la fonction de rédacteur
structure du commandement du opérationnelle, la fourniture
puis de chef du bureau d’étude, il
génie français sur le théâtre. d’énergie électrique, la produc-
accède en 1988 au 2e degré de
l’enseignement militaire supé- tion d’eau, la réalisation de
Après une présentation très routes et de plates-formes, la
rieur. A l’issue de sa formation à
sommaire du bataillon et de ses maintenance des matériels, le
l’école supérieure de guerre, il
activités opérationnelles pen- soutien des personnels, la carto-
rejoint le 19e RG dont il est le
commandant en second de dant l’été 2000, cet article fait le graphie, et la défense NBC.
1992 à 1994. D’avril à septembre point des problèmes posés par
1993, il acquiert une première le commandement du génie La diversité de leurs unités d’ap-
expérience en opération exté- français au KOSOVO et propose partenance et leurs multiples
rieure en participant au 3e man- deux évolutions possibles de savoir-faire ont permis de
dat du BATINF 1 en Croatie (à son organisation. former un outil d’une remar-
Gracac puis à Glina) en qualité quable qualité et d’une grande
de commandant en troisième du LE BATGEN DE LA BMN.N, polyvalence.
bataillon. DE JUIN À SEPTEMBRE 2000
Professeur de mécanique des Le bataillon : une commu- Composition du BATGEN
fluides à l’ESGM de 1994 à 1995, nauté d’hommes et de 4° mandat
puis à l’ESAG de 1995 à 1996, ou
femmes de grande qualité
il est également commandant de
la division « CT 51 », il est ensuite
Poursuivant l’œuvre de leurs 2° RG 28 %
muté à l’état-major de l’armée de
prédécesseurs, les officiers,
terre (EMAT) où il assure les fonc- 13° RG 24 %
sous-officiers, caporaux-chefs,
tions de rédacteur au bureau sta-
caporaux, sapeurs et légion-
tionnement infrastructure avant 5° RG 20 %
naires du 4e mandat du BATGEN
de prendre en 1998 le comman-
dement du 2e RG. ont toujours fait preuve de réac- 2° REG 15 %
tivité, de disponibilité et de pro-
fessionnalisme dans l’accom- 1° RG 6%
Depuis le 3 octobre 2000, date de
son retour du Kosovo, le colonel plissement de leurs missions, 28° GG 4%
RICHARD occupe la fonction de participant ainsi avec succès au
directeur général adjoint de la rétablissement de la paix au Autres 3%
formation à l’ESAG. KOSOVO.

- 38 -
S A P E U R

Les activités du bataillon


pendant l’été 2000

Dans le cadre des missions


d'appui direct, il faut citer les
actions les plus marquantes
comme la participation systéma-
tique aux opérations de fouille
menées par l’infanterie, les
nombreuses vérifications de
non pollution, également les
nombreuses opérations de pro- faut souligner le remarquable Rappel du principe d’organi-
tection ou d’aide au déploie- travail effectué (cf. photos) sur le sation du génie en opération
ment d’urgence effectuées au camp de NOVO SELO, lieu de
profit des bataillons d’infanterie stationnement du BATGEN Dans son paragraphe relatif à
et enfin la participation à l’opé- depuis l’été 1999 et qui depuis l’organisation du commande-
ration VULCAIN. cet hiver accueille également le ment du génie, le concept
bataillon logistique (BATLOG), d’emploi du génie (GEN 100)
unité faisant partie du soutien rappelle le principe d’unicité de
national France. l’action du génie et indique que
le commandant du génie de
L’ORGANISATION DU COM- l’échelon considéré en est le
MANDEMENT DU GÉNIE garant. Conseiller de son chef
interarmes sur l’emploi du
FRANÇAIS AU KOSOVO génie, le COMGENIE :
L'expérience du 4e mandat du - fournit au PC appuyé, avec
BATGEN de la BMN.N au l’anticipation suffisante, toutes
KOSOVO montre que, s’il est les informations et éléments
possible pour le génie de faire nécessaires à la prise en compte
preuve d’unité et d’efficacité en du génie dès la conception,
Dans le cadre des missions opération, cela est dû essentiel-
d'appui général, il faut distin- - commande les formations
lement à l’intelligence, à la
guer : du génie conservées à son
volonté et à la persévérance des
échelon,
- les opérations au profit de la différents acteurs qu’ils soient
population comme l’améliora- du bataillon ou de l’état-major - coordonne les actions de
tion de la piste ZUBIN POTOK - de la brigade multinationale ou l’ensemble des formations du
ZVECAN en coopération avec le encore qu’il relève du soutien génie situées dans la zone de
bataillon danois, la réalisation national France. responsabilité de l’échelon de
de multiples travaux au profit commandement considéré,
des actions civilo-militaires
- organise la recherche des
(ACM) dont la mise en place de
renseignements intéressant le
miradors dans les enclaves en
génie, les traite et les diffuse
coopération avec le bataillon
sous forme de données exploi-
émirien, la réhabilitation de pas-
tables,
serelles et de ponceaux, la mise
en place de gros passages busés - suit, pour l’ensemble des
à TURICEVAC, la construction du formations du génie de la zone,
pont de PESTOVO en coopéra- la situation des moyens spéci-
tion avec la compagnie suisse fiques en dotation limitée et la
de la brigade sud, les opérations situation des ressources en
dans les enclaves, notamment à Après un rappel du principe matériels et matériaux relevant
SLATINA et à BANJA, ainsi que d’unicité de l’action du génie en de la logistique génie.
des actions de sensibilisation au opération extérieure et une pré-
danger des mines, sentation rapide de l’organisa-
- les opérations liées à l’ins- tion retenue à l’été 2000, il est
tallation des unités françaises proposé un nouveau fonctionne-
sur le théâtre, comme le ment de la chaîne de comman-
déminage systématique de dement génie pour notamment
l’emprise de SVINJARE EST, et assurer une meilleure crédibilité
d’une manière générale, toutes de l’arme auprès du commande-
les actions d’aide au déploie- ment interarmes ou interar-
ment des éléments ; à ce titre, il mées.

- 39 -
S A P E U R

De ce principe découle la consti- 1) le commandement de la 2) la COGA1, initialement


tution d’un génie en opération, composante infrastructure qui partie intégrante du bataillon du
ensemble unique, indissociable intervient sous la responsabilité génie, a été placée sous OPCON
et cohérent, provenant de struc- de l’ADCONFRANCE ; son
de l’ADCONFRANCE, autorité
tures « paix » correspondant aux emploi échappe donc totale-
chargée de la conduite du sou- ment au COMGENIE. Il en est
composantes combat, infra-
tien des éléments français im- normalement de même pour
structure et sécurité.
plantés sur le théâtre, échappe deux de ces unités élémentaires
totalement au COMGENIE de la (la CMAD2 et la CTL3), qui ont été
L’organisation du génie fran- « détachées pour emploi »
brigade sous commandement
çais sur le théâtre (été 2000) auprès de l’ADCONFRANCE,
multinational. Cette fonction est
mais en mesure, sur ordre de la
assurée par le coordinateur
En qualité de COMGENIE de la brigade, de reprendre leur
Brigade multinationale Nord, national d’infrastructure de mission majeure en fonction de
le colonel commandant le théâtre (CNIT) qui est notam- l’évolution de la situation opéra-
BATGEN est le conseiller génie ment responsable de la réalisa- tionnelle. En fait ces deux com-
du COMBRIGADE ; il est aussi le tion du schéma directeur de pagnies ont été conservées aux
« chief Engineer de la MNB.N » cette infrastructure. Conseiller ordres du BATGEN, mais
et est à ce titre l’interlocuteur employées prioritairement au
génie de l’ADCONFRANCE, le
privilégié du chief Engineer de la profit du schéma directeur d’in-
CNIT est en fait le chef des diffé- frastructure,
KFOR. rents services locaux construc-
teurs (SLC) et commande, sans 3) l’emploi du génie ainsi que
Dans les faits, il n’exerce qu’une la coordination des formations
partie de ses responsabilités de en avoir vraiment les moyens,
du génie de la brigade est
COMGENIE telles qu'elles ont les éléments du génie placés
réalisée à l’état-major de la
été énumérées précédemment pour emploi et pour mise en brigade par la cellule G3/2D qui
et, pour expliquer cela, quatre œuvre dans la chaîne de soutien dans les faits n'est pas subor-
raisons peuvent être évoquées : logistique, donnée au COMGENIE,

(1) COGA : compagnie opérationnelle du génie de l’air, armée par le 25e RGA
(2) CMAD : compagnie modulaire d’aide au déploiement, armée essentiellement par le 2e RG
(3) CTL : compagnie de travaux lourds, armée par le 5e RG

- 40 -
S A P E U R

4) enfin, dans l’organisation de commandement, l’une multi- voire d’assurer le commande-


actuelle du commandement nationale dépendant du CFAT, ment d’un centre de mise en
multinational, la coordination l’autre nationale dépendant du œuvre génie, dans l’hypothèse
des moyens génie n'est pas ou CFLT. Compte tenu de la d’éventuels renforcements.
peu assurée, car le commandant structure des unités élémen-
du bataillon du génie français taires du bataillon et des
Deux évolutions possibles
n’a, en fait, pas autorité sur les moyens dont elles disposent,
moyens du génie des autres leurs missions prouvent au
A ce stade de la réflexion, deux
nations appartenant à la quotidien qu’il y a un besoin
logiques s’affrontent et permet-
brigade, ces moyens, lorsqu’ils permanent de complémentarité
tent de dégager deux évolutions
existent, sont limités en nombre entre ces moyens. L’efficacité du
possibles de la structure
et souvent entièrement dédiés à génie repose sur une coordina-
actuelle :
l’aide au déploiement ou à tion poussée et approfondie des
l’appui au stationnement de actions pour répondre à la 1) La poursuite de la logique
leurs propres unités (domaine diversité des demandes. de partage des moyens, entre la
national de responsabilité). force multinationale et le
L’optimisation des moyens, la soutien national France, consa-
Ces diverses constatations cohérence de l’emploi et la défi- crerait des moyens génie
démontrent une séparation de nition des priorités dépendent distincts à chacun des comman-
fait entre la composante combat d’une synthèse opérée au plus dements considérés. Dans cette
aux ordres du COMGENIE au haut niveau. C’est pourquoi il hypothèse qui suggère une
sein de la chaîne opérationnelle semble important de doter le richesse en personnel et en
multinationale et la composante génie d’un chef placé à titre équipements (ce qui n'est pas
infrastructure aux ordres du permanent dans l’environne- réellement le cas actuellement),
CNIT au sein de la chaîne ment direct du commandant de il suffirait de scinder le bataillon
nationale du soutien, ce qui est brigade. Cela permettra au actuel en deux unités à vocation
en totale contradiction avec les colonel commandant le différente :
prescriptions du GEN 100. BATGEN de se recentrer sur ses - la première à vocation
D’autres part, les moyens du préoccupations de chef de corps multinationale, aux ordres du
génie combat sont répartis pour et de responsable de la mise en COMBRIGADE, regrouperait les
emploi entre les deux chaînes œuvre de ses moyens génie, deux unités élémentaires du

- 41 -
S A P E U R

génie de BIA de l’actuel bataillon fonction de COMGENIE de ment ceux de la brigade du


(CCM et CAM4), auxquelles il théâtre pour les moyens génie génie. Ces unités font partie de
faudrait ajouter une unité mixte attribués au soutien national la composante combat dont
travaux et aide au déploiement, France. elles assurent la cohérence,
spécialisée notamment dans les notamment dans le cadre des
missions à caractère humani- Cette solution qui présente missions d'appui général (aide
taire et dont le volume reste à l’avantage d’asseoir la fonction au déploiement initial et actions
définir, génie auprès de chacune des civilo-militaires). Réserver une
- la seconde, à vocation chaînes de commandement partie d’entre elles à des
nationale et subordonnée à présente cependant les inconvé- missions de soutien ne pourrait
l’ADCONFRANCE, qui englobe- nients suivants : que disperser la ressource et
rait la CMAD, la CTL ainsi que la - elle entérine la scission nuire à l’efficacité du génie,
COGA, pourrait d’ailleurs être du génie sur le territoire en - l’unicité du génie serait
renforcée d’un état-major et/ou admettant qu’il puisse y avoir le totalement remise en cause : non
intégrée au sein du BATLOG, génie des uns et celui des seulement le fossé se creuserait
selon les effectifs en présence. entre la composante infrastruc-
autres. Elle permet l’existence
de deux COMGENIE, mais ture et la composante combat,
La fonction de COMGENIE et de mais même cette dernière se ver-
suggère la mise en place de
Chief Engineer de la Brigade rait divisée avec la perte d’une
deux centres de mise en œuvre :
multinationale Nord serait alors grande partie de ses spécialistes
elle impose de fait une augmen-
assurée au niveau de la brigade
tation du volume des forma- travaux, ainsi que de la plupart
par un colonel TCT, conseil-
tions, notamment celles qui sont de ses spécialistes électro-
ler génie du COMBRIGADE,
spécialisées dans l’aide au mécas, traitement de l’eau et
adjoint de ce dernier et co-
déploiement, infrastructure opérationnelle,
localisé avec son état-major ;
celle de conseiller génie de - le génie est une arme 2) Conséquence d’une toute
l’ADCONFRANCE resterait au d'appui dont les unités et les autre logique ayant pour but de
CNIT qui assurerait ainsi la moyens sont comptés, notam- préserver le principe d’unicité

(4) CCM : compagnie de combat mécanisée, armée, pour le 4e mandat, par le 13e RG
CAM : compagnie d'appui à la mobilité, armée, pour le 4e mandat, par le 2e REG

- 42 -
S A P E U R

d’action du génie sur le territoire l’action du génie de la brigade plus de rigueur le concept
sous la responsabilité d’un (G3/2D, G9 et G4/infra) et res- d’emploi de nos unités et de
COMGENIE unique, sous double ponsable de la réalisation du veiller à une plus grande
subordination, la seconde évo- schéma directeur d’infrastruc- cohérence de notre dispositif
lution consisterait à regrouper ture. En conséquence, une délé- génie en opération extérieure.
les moyens génie dans un seul gation de l’ADCONFRANCE Par sa vision globale des
centre de mise en œuvre détachée auprès du COMGENIE besoins et des effets à obtenir,
constitué par un BATGEN élargi pourrait aider ce dernier dans sa un COMGENIE unique à la tête
intégrant la COGA et tout autre tâche dévolue au soutien. La d’un génie unique sera le garant
renforcement génie. mise en œuvre du génie se de l’efficacité de l’action génie
réaliserait, sous la responsabi- évitant ainsi les risques de dis-
Indépendante des relations lité du colonel commandant le persion. Cela s’avère indispen-
entre personnes, et en parfait BATGEN, dans le cadre d’une sable dans une armée moderne
accord avec les directives du directive globale, connue de pour laquelle les ressources
GEN 100, elle présenterait tous les échelons subordonnés, sont comptées et le budget
l’avantage de la clarté pour le évitant ainsi d’éventuelles contraint.
COMBRIGADE et pour sources de conflit internes.
l’ADCONFRANCE qui aurait
alors un interlocuteur commun, De ces réflexions qui n’engagent
apte à coordonner les actions que l’auteur du présent article, il
des divers services ayant trait à ressort l’intérêt d’appliquer avec

- 43 -
S A P E U R

LCL Bernard
FONTAN Le soutien
Chef du bureau
emploi à la
DCG
au stationnement
Aujourd’hui, le génie est l’un des acteurs de la fonction opération-
nelle « agencement de l’espace terrestre » (AGESTER) qui recouvre
les missions d’appui direct et les missions d’appui général. Parmi ces
Après les scolarités à Saint-Cyr dernières, celle du soutien au stationnement est le prolongement de
Coëtquidan (81-83) et à Angers l’aide au déploiement mais dans une autre chaîne que celle des
(EAG), il choisit la BSPP où il forces. Cette notion récente a déjà connu quelques évolutions et
tient différentes fonctions, de l’exemple du Kosovo montre combien elle n’est pas figée.
chef de garde d’incendie à com-
mandant de compagnie, de 1984
ÉVOLUTION DE LA DOCTRINE Il y est également prévu que
à 1992. « dans la zone de responsabilité
Parallèlement à l’action de d’une force donnée, la coordina-
Il est ensuite affecté à l’ESGM l'armée de terre en Bosnie tion de la mise en œuvre du
puis à l’établissement du génie Herzégovine et au déploiement génie concerne l’ensemble des
de Paris, avant de suivre la de la force d’extraction en formations du génie de la force,
scolarité de l’EMS2 : ERYM 1, les trois composantes quelle que soit leur subordina-
- Ingénieur civil de l’école du génie se réunissent à l’ESAG, tion hiérarchique… cette coordi-
nationale des Ponts et en mars 1999, pour élaborer le nation est indispensable pour…
Chaussées (promo 96) ; concept d’emploi du génie en (entre autres) … la totalité des
- CSEM (110e promotion) ; opérations 2. sections d’appui général… dont
CID (5e promotion). la participation à l’appui au
Il y est précisé que la mission soutien des forces (travaux d’in-
Depuis 1998, il occupe à la d’appui général regroupe les
frastructure, fourniture d’eau et
direction centrale du génie, le actions qui permettent aux
d’énergie électrique) ».
poste de chef du bureau emploi. forces projetées de se déplacer,
de s’installer et de durer.
Le soutien au stationnement n’y
est pas mentionné ; au CFLT, on
Parmi celles-ci, l’aide au
ne parle alors que de rétablisse-
déploiement de la force est
ment de zone.
défini comme suit : « il s’agit de
participer à l’établissement des
conditions de vie adaptées à la Jusqu’alors, et principalement
durée des opérations, au climat en Bosnie, l’infrastructure n’a
et aux ressources locales ». été traitée que de manière

NOVO SELO - PC du BATGEN- Déc. 1999

1 Ex-république yougoslave de Macédoine


2 GEN 100, approuvé le 28 juin 1999.

- 44 -
S A P E U R

empirique, se traduisant par des En outre, ils doivent


travaux ponctuels, jusqu’à la s’assurer que les tra-
mise en place des premiers vaux réalisés peuvent
éléments du service local permettent de passer à
constructeur (SLC), début 98. la phase suivante éven-
tuelle, celle du « sou-
La perception nette que le tien au stationne-
facteur durée dans la résolution ment ».
des crises est crucial n'apparaît
à l’EMA qu’en 1999. Il est En effet, dès lors que la
pourtant évident que depuis que décision d’installation
la France intervient, des et de stationnement est
Déploiement NOVO SELO - Déc. 2000
éléments résiduels restent sur prise, les travaux doi-
place. vent être réalisés en se
rapprochant des contraintes pas partie de la force multinatio-
métropolitaines : techniques nale.
Avec un format plus réduit, c’est
(acte de construire, entretien…)
la capacité de projection qui est Parmi ceux-là, les éléments du
et réglementaires (garanties,
alors menacée. soutien national constituent la
vérifications, respect de codes et
règlements…). structure logistique nationale de
La doctrine AGESTER (à
niveau théâtre 3.
paraître) doit nécessairement
prendre en compte l’émergence Cette phase « soutien au station-
nement » est conduite par la L’ADCONFRANCE dispose d’un
des problèmes liés à l’installa-
composante infrastructure. PC dont l’articulation et le
tion d’une force dans la durée
volume sont fonction des
(Bosnie ; Macédoine en 1999,
Elle assiste le commandement, missions à remplir. Son État-
puis Kosovo), ainsi que les diffi-
réalise les études, prépare les major comporte des adjoints et
cultés de coordination entre dif-
modalités techniques et admi- des experts pour les domaines
férents éléments du génie sur
nistratives d'exécution des majeurs.
un théâtre.
travaux, passe les contrats et les
marchés avec les entreprises Dès lors que la décision de sta-
Le soutien au stationnement
civiles, et assure la conduite, la tionnement de la force a été
devient ainsi une mission à part
surveillance et la réception des prise, l’ADCONFRANCE se voit
entière parmi les missions
travaux qui sont réalisés par ces adjoindre un officier supérieur,
d’appui général : « il s’agit de
entreprises ou par main d’œu- coordonnateur de l’infrastruc-
rendre et conserver une zone,
vre militaire (MOM). ture de théâtre (CNIT), qui
déjà conquise ou affectée, apte
élabore le schéma directeur
au stationnement et à la circula-
Le service du génie, contribu- d’infrastructure (mission d’as-
tion des unités nationales dans
teur essentiel à ces missions, est sistance au commandement) et
des conditions acceptables
intégré au soutien national. établit les fiches de programme
d'hygiène et de sécurité. Cette
des opérations majeures.
mission se poursuit jusqu’à la
restitution aux autorités locales SOUTIEN NATIONAL ET SOU- Il coordonne les moyens génie
ou nationales des sites et em- TIEN AU STATIONNEMENT français de théâtre qui sont :
prises occupés par les forces ».
- affectés au soutien national
Pour une opération extérieure,
Lors de la phase « aide au le CEMA désigne une autorité - détachés pour emploi exclu-
déploiement », les travaux sont qui reçoit, du REPFRANCE, la sif au soutien national (soit pour
réalisés essentiellement avec les délégation de l'exécution du une durée déterminée, soit pour
moyens humains et matériels de soutien administratif et logis- une mission donnée).
la composante génie combat, et tique des unités françaises.
pilotés par la cellule G3/2D de L’adjoint infra est le conseiller
l’État-major de la force. Cette autorité, nommée ADCON- technique de l’adjoint logistique
FRANCE, est chargée d’assurer et le représentant de la maîtrise
Lors de cette phase, les experts le contrôle administratif (ADCON) d’ouvrage sur un théâtre. Il
de la composante infrastructure des éléments français sur le reçoit de la DCG, sous couvert
peuvent apporter leur aide théâtre. du commandement, les direc-
technique pour la partie infra- tives techniques et administra-
structure et la passation des Ainsi, sur un théâtre, outre les tives pour :
marchés qui sont signés par le unités engagées au sein de la - l’application des réglemen-
DIRCOM (marchés de matériaux force, la France met en place des tations et normes techniques,
par exemple). éléments nationaux qui ne font - la mise en place des crédits
3 Réf. : IM 2000/DEF/EMA/EMP.1 du 28 juin 1999 « doctrine interarmées du commandement en opérations »

- 45 -
S A P E U R

Néanmoins, comme aucun


matériel n’était prépositionné,
l'armée de terre a été dans l’obli-
gation de consentir un effort
financier sans précédant lors
d’une opération extérieure et
dans des délais très courts : 200
MF (hors bungalows) en 2000,
près de 140 prévus en 2001
(investissements réalisés au
détriment des programmes
planifiés en métropole).

Ainsi, grâce aux décisions


prises, le contraste est saisissant
entre l’infrastructure de station-
nement des opérations
Salamandre et Trident.

et leur consommation, contrôle général des armées a Cela est dû notamment à l’incer-
- le suivi et la gestion des réaffirmé qu’elles devaient être titude sur l’avenir de la première
infrastructures. celles appliquées sur le territoire opération et ses déploiements
national), comme il n’y a pas successifs (FORPRONU, IFOR,
Si le poste de CNIT ne se justifie non plus de main d’œuvre SFOR…) jusqu’à une décision du
que pendant la phase d’installa- qualifiée. commandement de stationner.
tion, pendant laquelle coexistent
En l’absence de moyens dédiés La mise en œuvre de la CPO 7
des éléments du génie français
au soutien au stationnement, il s’inscrit dans une logique forte
dans les forces et dans le
apparaît incontournable d’utili- de stationnement et de durée,
soutien, l’adjoint infra sera
ser les capacités en personnel et avec la livraison programmée
présent pendant toute la phase
matériels des régiments de en 2001 des premiers ensembles
de stationnement, jusqu’au
génie des forces ou du génie de ECOPEX 8 (boutiques - restaura-
retrait de la force.
l’air (présents pour l’aide au tion rapide - loisirs) et autres
déploiement ou projetés ulté- installations de sport au
Il est le chef des différentes rieurement).
cellules du SLC qui se voient KOSOVO, ainsi que la climatisa-
confier les missions de maîtrise tion quasi-généralisée des infra-
Par ailleurs, le soutien national structures sur les théâtres balka-
d’œuvre. étant par définition interarmées, niques.
l'intégration du génie de l’air
Le Kosovo est un terrain d'expé- dans la chaîne ADCONFRANCE
rimentation où la prime incom- L'hygiène et la sécurité des
est tout à fait concevable. conditions de travail sont
préhension de la séparation
entre les deux chaînes (force et Aujourd’hui,
soutien national) 4 a manqué de l'avancée
faire prendre quelques orienta- dans la réali-
tions hétérodoxes. La doctrine a sation des
dû évoluer, se faire plus explicite c a m p s ,
et clarifier l’organisation du notamment
commandement au sein du NOVO SELO
génie en opérations. et SVINJARE,
est le résultat
L’EXEMPLE DU KOSOVO d’un schéma
directeur d’in-
Sur ce théâtre, il n’existe pas en frastructure
1999, d’entreprise capable de appliqué très
réaliser les travaux indispen- tôt, à partir
sables au stationnement des de l’étude
forces, qui plus est dans le ISOPEX 5 du
respect des règles de sécurité (le STBFT 6. Camp de Svinjare - Déc. 2000
4 De même qu’en métropole, les chaînes CFAT et CFLT ne datent que de l’été 98.
5 Conception générale et réalisation de l’infrastructure d’un camp pour une force de 1000 hommes engagée en OPEX
6 Service technique des bâtiments, fortifications et travaux.
7 Condition du personnel en opérations
8 Économats en OPEX

- 46 -
S A P E U R

tement de l’eau, groupes


Électrogènes, engins…)
pour se préparer à une
nouvelle projection.

La difficulté actuelle au
Kosovo réside dans le fait
que nous sommes dans
une phase transitoire
(l’installation) entre dé-
ploiement et stationne-
ment.

Les travaux requièrent


une main d’œuvre impor-
tante et ne permettent
pas de désengager les
sections du génie ; les
installations techniques
ne sont pas toutes raccor-
dées pour permettre le
reconditionnement des
également devenues des volets tant que cette phase perdure matériels d’aide au déploie-
essentiels de l’environnement (c’est-à-dire jusqu’au retrait de ment.
de l’action des forces. la force et à la restitution des
emprises, après travaux de Chacune des composantes
L’ a b s e n c e d e s u i v i e t d e remise en État), ce soutien ne combat et infrastructure
contrôles (installations élec- doit mobiliser qu’un effectif consacre encore des efforts et
triques, sécurité incendie…) se restreint. des effectifs conséquents,
traduit par quelques situations conscientes qu’ils ne pourront
anormales, parfois à fort risque, L’externalisation du soutien de pas être maintenus indéfini-
et la responsabilité du comman- l'opération TRIDENT est ainsi ment.
dement peut alors être engagée amorcée cette année, selon trois
sans que le caractère opération- orientations majeures qui Convaincus de leur action com-
nel de l'opération puisse vérita- concernent la prise en compte plémentaire dans le seul but de
blement justifier certains man- progressive de l’entretien des fournir à la force les moyens
quements. camps 1000 H, la CPO (écono- matériels de sa mission, les trois
mats), et la protection de l’envi- composantes du génie œuvrent
Les missions d’audit réalisées ronnement (traitement des dé- pour se dégager au plus vite des
par la DCG et par la DCMAT chets). théâtres où elles opèrent,
doivent déboucher prochaine- sachant que leur départ corres-
ment sur un schéma directeur Au fur et à mesure de l'avancée pondra au retour à une vie
HSPCTE (hygiène, sécurité, pré- dans la phase de soutien au sta- quasi-normale pour la popula-
vention, condition de travail et tionnement, dès lors que les tion.
environnement). bases et autres emprises
disposent de moyens d’infra-
La gestion des camps et structure (pompage et traite-
emprises est l’ultime étape ment de
(exception faite du retrait des l’eau, cen-
troupes). Si la DCG met en place trales de
produc-
et gère les crédits d’entretien du
tion d'élec-
propriétaire (en 2000 : 6,4 MF
tricité, sta-
pour Salamandre et 14,4 MF
tion de trai-
pour Trident) et les crédits
tement des
locatifs (10 MF pour Salamandre
effluents),
et 12,3 MF pour Trident en 2000),
il faut « li-
le soutien au stationnement
bérer » les
devrait évoluer vers l’externali-
moyens
sation et le service du génie,
d’aide au
avec ses spécialistes pourrait en
déploie-
assurer seulement la gestion.
ment (uni-
tés de trai-
En « vitesse de croisière », et PÉTROVEC - Station dépuration- Déc. 1999

- 47 -
S A P E U R

CNE REININGER
L’organisation du commandement
d’une opération de secours
(U.I.S.C.)
Le capitaine REININGER est
affecté au Bureau Opération ORGANISATION GÉNÉRALE
• analyse des éléments constitu-
Instruction/Cellule Études Géné- SUR LE TERRITOIRE FRANÇAIS tifs du sinistre et de leur
rales à l’État-Major du Comman- évolution,
dement des Formations Mili- Le directeur des opérations
taires de la Sécurité Civile. de secours (DOS) • détermination des actions à
entreprendre et des moyens
Le capitaine REININGER a Le Préfet est le directeur des nécessaires,
commandé une compagnie au opérations de secours.
• information du PC fixe,
6e Régiment du Génie.
D’une manière générale, le • mise en œuvre des moyens
directeur des opérations de locaux et des renforts accordés
secours est au centre du disposi- par le PC fixe.
tif. À ce titre, il est responsable
de l’exploitation des informa- Les formations militaires de
tions, et des décisions d’engage- la sécurité civile (FORMISC)
ment des moyens. Pour la
gestion de la crise, il peut mettre Engagées sur demande d’un
en place le dispositif suivant : préfet et après accord du
Directeur de la défense et de la
un PC fixe en préfecture, sous
sécurité civiles (DDSC), les
l'autorité d’un membre du corps
FORMISC interviennent en
préfectoral, dont le rôle principal
renfort des moyens territoriaux.
est de définir la stratégie de la
gestion de crise :
Elles reçoivent leurs ordres
• exploitation et analyse de l’in- d’engagement du commande-
formation, ment des formations militaires
• définition des moyens à court de la sécurité civile
et moyen terme, (ComForMiSC) qui participe à

• demandes de ren-
forts à l’échelon
supérieur,
• répartition et ache-
minement des
moyens affectés,
• soutien logistique
de l'opération,
• organisation de la
remontée de l’infor-
mation (autorités,
élus, familles…).

un PC opérationnel,
au plus près du site
touché, dirigé par un
sous-préfet et où se
trouve le comman-
dant des opérations
de secours (COS).
Son action vise à
définir la tactique de
la gestion de crise :

- 48 -
S A P E U R

a conception du plan de renfor-


cement des secours.

Ces détachements sont ensuite


à disposition du préfet deman-
deur.

ORGANISATION GÉNÉRALE
À L’ÉTRANGER
Engagés sur demande d’un pays
étranger et après accord du
ministère des Affaires Étran-
gères, le détachement en inter-
vention à l’étranger reçoit ses
ordres de l’ambassade de
France et du ministère de
l'Intérieur (via la DDSC).
général (secours locaux, déta- Il adresse au besoin les deman-
La mise en œuvre incombe au
chef de détachement, qui chements étrangers, ONG…) est des de moyens ou de recomplè-
participe à la définition des coordonnée par les autorités tement aux autorités l o c a l e s , à
actions à entreprendre (en locales en charge de la gestion
l ’ a m b a s s a d e d e France ou
fonction de ses capacités d’in- de crise.
éventuellement à la DDSC.
tervention) et des moyens
nécessaires à leurs conduites. Il établit les bilans et synthèses
pour l’ambassade de France et
Son action au sein du dispositif le ministère de l'Intérieur.

Organisation du commandement d’une opération de secours Organisation du commandement d’une opération de secours
(territoire national) (à l’étranger)

Ministère Ministère Ministère


MINISTÈRES de l’Intérieur des Affaires de l’Intérieur
Étrangères
Direction Direction
de la Défense Cellule de la Défense
et de la Sécurité d’urgence et de la Sécurité
Civile Civile

ComFor

Ambassade Détachement
de France FORMISC
Préfet Détachement
FORMISC

Secours
internationaux
Secours Autorités
locaux locales
P.C.F.
P.C.O.
O.N.G.

Forces de
l’ordre

Secours
locaux
Services
Liaisons de coordination techniques Liaisons de coordination
Liaisons emploi Liaisons emploi
Liaisons de coordination Liaisons de coordination
COGIC : Centre opérationnel de gestion interministérielle des crises COGIC : Centre opérationnel de gestion interministérielle des crises

- 49 -
S A P E U R

LCL BARRAT
Commandement
Officier adjoint
du Bureau
Opérations
d’une opération de secours
de la BSPP
à la BSPP
Grande unité militaire, la brigade de sapeurs-pompiers de Paris, de
Le Lieutenant-colonel BARAT est par l’article 2 du décret du 28 novembre 2000 qui fixe ses missions et
né le 21 avril 1957. son organisation, « est placée pour emploi sous l'autorité du Préfet
de Police [qui] agit dans le cadre de ses attributions en matière de
Issu de l’École Militaire Inter- secours et de défense contre l’incendie ».
armes, il rejoint la Brigade de
Sapeurs-Pompiers de Paris le
1 e r juillet 1984 après deux En conséquence l'originalité du LA STRUCTURE DE COM-
années passées en corps de commandement à la BSPP, lors MANDEMENT
troupe. d’une opération de secours,
réside dans le fait qu’il repose La montée en puissance de cette
Sa première affectation est de sur deux piliers : d’une part le structure doit être conforme au
6 années, durant lesquelles il Préfet de Police, autorité repré- règlement de l'unité, en respec-
commande une compagnie d’in- sentative de l’État qui agit tant des critères opérationnels
cendie. comme Directeur des Opéra- qui entraînent bien sûr l’infor-
tions de Secours préparant les mation de l'autorité de tutelle.
Après un passage de 5 ans à mesures de sauvegarde, coor- Trois niveaux peuvent être dis-
l’École d’Application du Génie donnant et s’assurant de la mise tingués, qui sont :
comme instructeur, il est affecté en œuvre des moyens de
comme officier adjoint du B.O.I. secours publics et privés, et, - le respect d’un schéma pro-
du Commandement des Forma- d’autre part, le général com- pre au traitement classique d’un
tions Militaires de la Sécurité mandant la brigade, qui agit feu d’immeubles, d'entrepôts ou
Civile (COMFORMISC). comme Commandant des d’entreprises ;
Opérations de Secours mettant - la m i s e e n œ u v r e d e
En 1997, il rejoint à nouveau la en œuvre l’ensemble des concepts opérationnels spéci-
BSPP, comme officier adjoint du moyens de secours sur le fiques pour résoudre la problé-
Bureau Opérations de cette terrain. matique d’interventions particu-
unité, bureau qu’il commande lières comme, par exemple, un
depuis 1999. Cette structure de commande- feu d’industrie du type hydro-
ment très spécifique se met
carbure ;
Le lieutenant-colonel BARAT a donc en place lors des interven-
effectué des missions à l’étran- tions particulières ou majeures, - le respect, enfin, des direc-
ger, comme chef de section avec des moyens de liaison qui tives propres à un plan dit
sauvetage-déblaiement lors du permettent d’assurer la péren- « d’urgence », défini dans une
tremblement de terre qui a nité du système. loi, comme le plan rouge inter-
frappé Mexico en 1985, officier
opérations d’un détachement de
la sécurité civile lors d’un cyclo-
ne qui a touché la Nouvelle-
Calédonie en 1996, chef d’un
détachement d’assistance tech-
nique en Turquie en 1997, et a
réalisé deux audits de sécurité
civile dans des capitales afri-
caines, CONAKRY en Guinée et
MALABO en Guinée Équatoriale.

- 50 -
S A P E U R

entre autres, par des câbles


d’alimentation électrique haute
tension.

Sur place se trouvent donc des


équipes d’EDF qui interviennent
en liaison avec les services de
secours et conseillent le com-
mandement. Les fumées se
révèlent âcres et toxiques et
compliquent singulièrement les
reconnaissances.

Devant l’importance du sinistre


et les difficultés rencontrées,
l’officier supérieur de garde du
2e groupement d’incendie,
auquel appartient la compagnie
concernée, prend le commande-
ment des opérations de secours
départemental mis en œuvre posant, il demande un renfort en vers 20 h 00 à partir de son
pour traiter de nombreuses moyens dénommé « renfort véhicule poste de commande-
victimes. habitation ». ment déployé face au sinistre.

À 21 h 00, il dispose de tous les


Dès cet instant la responsabilité
L’ORGANISATION SUR LE plans de galeries techniques et
de l’intervention, et donc le de la présence des divers repré-
TERRAIN commandement des moyens sentants des services publics
présents sur place, reviennent à concernés (EDF-GDF, services
Si l’organisation des moyens son officier de permanence, des égouts, services des eaux,
sur le terrain se réalise selon un éclairage public, etc.).
compétant sur l’ensemble de la
règlement opérationnel, celle du
commandement suit une gra- compagnie qui défend le
Il demande également le
dation qui correspond à l’impor- secteur.
« renfort commandement »
tance et à la gravité de l’inter- constitué de 4 officiers, dont les
vention à traiter. Ce jour-là, le capitaine comman- officiers de garde « technique »
dant de compagnie a pris le et « prévention », et d’un engin
Prenons par exemple le feu de commandement des opérations pompe dénommé fourgon.
galeries techniques survenu à de secours. Les reconnaissances
Paris, quai François Mauriac, ont permis de déterminer que le En effet, l’aide au commande-
dans le 13e arrondissement, le ment et à la prise de décision,
feu intéressait des galeries tech-
vendredi 6 octobre 2000. inhérente à l’importance du
niques sous trottoirs occupées,
Les secours sont appelés à 18 h
30 ce jour-là pour un feu. Le
sous-officier qui commandait le
premier détachement, envoyé
normalement pour feu et
composé de deux engins
pompes et d’une échelle, s’est
trouvé confronté à d’impor-
tantes volutes de fumées noires
qui sortaient de plusieurs grilles
de ventilation devant les mar-
ches en bois de la Bibliothèque
Nationale de France (BNF).

Après diverses reconnaissances,


il s'aperçoit qu’un immeuble
d’habitation tout proche est à
son tour menacé par les fumées
noires qui envahissent la zone.
L’évacuation des habitants s’im-

- 51 -
S A P E U R

sinistre, nécessite parfois en place durant la nuit. L’attaque - enfin, les réseaux de secours
l’appui d’officiers occupant des proprement dite débute à 3 h 30. offrent la possibilité de pour-
fonctions particulières en suivre les liaisons directes entre
rapport avec leur emploi ou leur Plusieurs points d’attaque sont le lieu de l’intervention et le
spécialité au sein de l’État-major mis en œuvre pour encadrer le centre de secours lorsque les
de la brigade. sinistre et stopper sa propaga- infrastructures sont hors
tion « rampante » tout au long service.
Ces fonctions permettent : de la galerie.
Une procédure d’emploi stricte
- d’organiser la chaîne de com-
Devant l’ampleur du sinistre, les des moyens radio permet de
mandement et les reconnais-
différents services publics maintenir sur intervention une
sances sur les lieux du sinistre
concernés par une intervention discipline de communication
(garde prévention) ;
en sous-sol de ce type prennent indispensable à son bon dérou-
- de structurer le soutien logis- des mesures particulières : la lement et complète ce domaine
tique (garde technique). circulation des trains de la gare purement technique. (A titre de
d’Austerlitz et du métro simple exemple, le schéma
Les reconnaissances permettent « Météor » est stoppée ; EDF, simplifié du réseau radio qui
d’établir qu’il s’agit en fait d’un France-télécom et l’éclairage s’est mis en place lors de l’inter-
feu de câbles électriques de public coupent leur réseau vention du quai de la gare vous
20 000 volts au sein d’une gale- respectif à quelque 8000 foyers est présenté page suivante).
rie technique de 9 mètres de et autres abonnés.
profondeur rassemblant diver- Le soutien technique est assuré
ses trémies (eaux usées et L’intervention se poursuit toute en permanence, tant en ce qui
pluviales, chauffage urbain), le la matinée du samedi, les opéra- concerne les postes fixes au sein
tout sur une longueur d’environ tions actives se terminant finale- des centres de secours et des
1000 mètres. Il est alors décidé ment ce jour-là à 15 h 00. États-majors que sur le terrain,
de tenter l’extinction de ce feu par le service télécommunica-
en noyant par de la mousse l’en- LES LIAISONS POUR tions-informatique, qui dispose
semble de la galerie, soit d’un véhicule de garde dédié à
20 000 m3. ASSURER LA CONTINUITÉ la maintenance technique.
DU COMMANDEMENT
Le colonel de garde, qui repré- En conclusion, la chaîne de com-
sente le général et qui est Pour permettre à cette structure mandement de la BSPP en
compétant sur l’ensemble du de fonctionner et de renseigner matière d'opérations est une
secteur de la brigade, prend en temps réel le commande- structure évolutive dans son
alors le commandement des ment, des liaisons adaptées sont déploiement sur le terrain
opérations de secours à 1 h 00 mises en place sachant que tout pendant une intervention, mais
du matin, le samedi 7 octobre chef d’engin ou autorité se également dans le temps en
2000. déplaçant sur le terrain est doté tirant les conclusions et les
d’un poste radio portable. enseignements des sinistres
Sont également présents sur les majeurs qui ont été traités.
lieux le Général, le Préfet de Ainsi, le réseau radio choisi par
Police, Directeur des Opérations la brigade permet de constituer Le principe de la hiérarchisation
de Secours, et d’autres person- à la demande, avec un matériel des informations opération-
nalités dont le maire de l’arron- identique, des réseaux de ren- nelles est permanent en ayant à
dissement. seignements, de secours et l’esprit le souci de la synthèse à
tactiques ayant les objectifs fournir au Commandant des
Le véhicule poste de comman- suivants : Opérations de Secours pour ses
dement brigade est activé. - les 8 réseaux de renseigne- prises de décisions.
Celui-ci permet de mettre en ments, à savoir 2 par groupe-
place des cellules d’aide à la ment d’incendie et 2 pour l’État-
décision (cellule réflexion ou major, ont pour but d’assurer les
« manœuvre future », cellule liaisons sur le terrain et vers les
logistique, cellule point de stations fixes des États-majors ;
situation aux autorités, cellule
presse), dissociées de la cellule - les réseaux tactiques permet-
commandement proprement tent quant à eux d’établir des
dite activée par le véhicule poste liaisons courtes entre les diffé-
de commandement du groupe- rents postes sur le terrain au
ment d’incendie. cours d’une intervention sans
interférer sur les réseaux de ren-
Les moyens destinés à l’extinc- seignements ;
tion à base de mousse sont mis

- 52 -
S A P E U R

Légende :

- Ax : canal de renseignement du groupement concerné ;


- A7 : canal de renseignement de l’État-major brigade ;
- A8 : canal de renseignement de la coordination médicale ;
- TU 1 : canal tactique 1 du groupement concerné ;
- TU 2 : canal tactique 2 du groupement concerné ;
- CPCU : Compagnie Parisienne de Chauffage Urbain ;
- CCOT : Centre de Coordination des Opérations et Transmissions
- SAMU : Service d’Aide Médicale Urgente
- PC : Poste de Commandement (brigade ou groupement)

- 53 -
S A P E U R

- 54 -
S A P E U R

For mation

Cours d’application et CFCU .............................................................. LCL GONZALES .............................................. 57

Fusion des CT1 ETP et RRA ................................................................ LCL BAILLY .......................................................... 61

Les pompiers des camps ........................................................................ LCL FERRAT ........................................................ 63

Le CT INFRA ............................................................................................................ LCL MONNIN .................................................... 66

- 55 -
S A P E U R

- 56 -
S A P E U R

LCL (TA)
GONZALES LA FORMATION
Chef du départe-
ment formation
opérationnelle
DES OFFICIERS
de l’École supé-
rieure et d’appli-
cation du génie L’organisation de l’instruction à l’École supérieure et d’application du
génie (ESAG) repose sur une conception finalisée de l’enseignement,
consistant à construire des programmes progressifs et ordonnés de
Ancien élève du Prytanée telle façon qu’ils constituent des ensembles cohérents et jamais
national militaire de La Flèche, dissociés du but fixé. Elle s’oppose à un enseignement par domaines
le LCL(TA) GONZALES intègre la ou par matières qui se traduit par des programmes disparates
promotion Général Rollet (1978- laissant au stagiaire le soin de faire la synthèse de l’instruction
1980) de l’Ecole Spéciale Mili- dispensée et la relation avec la finalité du stage. Pour ce qui concerne
taire de Saint-Cyr. la formation des officiers du génie, une logique d’acquisition de com-
pétences s’est aujourd’hui clairement substituée à celle d’accumula-
A l’issue de sa formation initiale, tion de connaissances.
il sert au 31e régiment du génie
de Castelsarrasin et, en 1984, Ainsi, le cours d’application et faire nécessaires à la réalisation
avec la création de la 6e Division de formation d’arme (CAFA) de l’action enseignée.
légère blindée, il est l’un des pour les lieutenants et le cours
premiers officiers du génie à des futurs commandants d'unité Chaque SFG se décompose en
rejoindre les rangs de la Légion élémentaire (CFCU) pour les « savoir-faire élémentaires » (SFE),
étrangère. capitaines sont tous deux qui correspondent eux-mêmes à
construits autour de la prépara- un ensemble cohérent de
Affecté d’abord comme chef de tion des stagiaires à l'exécution connaissances, généralement
section au 4e régiment étranger des missions opérationnelles de enseignées au cours de
de Castelnaudary, il rejoint en leur niveau qui, exprimées sous plusieurs séances d’instruction.
1985 le 6e régiment étranger de forme de « savoir-faire g é n é -
génie, au sein duquel il raux » (SFG), successifs et Le rôle des écoles d’application
commande la 2e compagnie de complémentaires, constituent la étant de livrer aux forces des
combat de 1986 à 1988. trame du programme. cadres opérationnels dans
l’emploi pour lequel ils ont été
Après deux ans comme officier Le SFG correspond à une action f o r m é s , l e s s a v o i r- f a i r e
rédacteur au bureau emploi de opérationnelle concrète qui généraux enseignés à l’ESAG
la Division du Rhin et 62e DMT participe à la réalisation d’un s’inscrivent dans l’apprentis-
de Strasbourg, il est admis à objectif de formation. sage des missions types du
suivre la scolarité de l’EMS2 en domaine combat du génie.
1990. Ingénieur civil des Mines Il fait l’objet d’une séquence
de Nancy, ancien élève de la d’instruction indissociable au Ils font partie des connaissances
106e promotion de l’Ecole supé-
cours de laquelle sont acquis les minimales que doivent maîtriser
rieure de guerre et de la 1re
savoir, savoir-être ou savoir- les futurs chefs de section ou
promotion du Collège interar-
mées de défense, il rejoint en
1994 l’Etat-major de l’armée de
terre, où il sert au bureau Etudes
en qualité d’officier chargé des
études amont.

Après un séjour d’un an au


bureau opérations (J3) de l’Etat-
major suprême des forces
alliées en Europe (SHAPE) de
Mons en Belgique, il est affecté
en 1998 à l’Ecole supérieure et
d’application du génie d’Angers
à la tête du Département
formation opérationnelle.

- 57 -
S A P E U R

futurs commandants d'unité en


fin de formation, car ils permet-
tent l’acquisition des réflexes
élémentaires que doit posséder
tout officier du génie.
Ces réflexes sont d’autant plus
nécessaires qu’ils sont les seuls
à garantir une cohérence de
culture opérationnelle d’arme
capable de pallier la grande
diversité du métier du sapeur
exprimée autant au travers de
ses missions que de ses struc-
tures et de ses équipements.

Pour cette même raison, ils ne


sont pas suffisants et sont obli-
gatoirement complétés par des
phases d’adaptation, répondant
aux impératifs de formation
propres à chaque emploi. de FORMATION D’ADAPTATION, but de vérifier le niveau des
conduite en vue de préparer au connaissances tactiques acquis
Placés au sein d’un même mieux l’officier dans son emploi par l'élève et évaluer sa capacité
département, le département futur, en tenant compte de la de chef « génie » au combat).
formation opérationnelle (DFO), spécificité du régiment dans
les deux cours de formation lequel il se prépare à servir. La volonté de « déscolariser » la
d’officiers de l’ESAG offrent de formation dispensée aux offi-
Les phases de formation d’arme ciers s’est traduite en organisa-
fait des similitudes concep-
des deux cours sont composées tion par la disparition des struc-
tuelles importantes.
de modules autonomes, corres- tures habituelles de division
pondant chacun à l’acquisition (division d’application et divi-
Ils visent le même objectif : il
d’un SFG. L’ensemble des sion de perfectionnement des
s’agit de préparer les jeunes savoir, savoir-faire et savoir-être officiers) et de brigades, ce qui
lieutenants au commandement à acquérir est présenté en début conduit notamment à confier
d’une section du génie en opéra- de chaque module, ce qui aux lieutenants et capitaines de
tions et les jeunes capitaines au permet aux stagiaires de larges responsabilités dans le
commandement d’une compa- toujours situer l’enseignement déroulement de leur propre
gnie du génie en opérations. reçu par rapport à l’objectif formation.
partiel dédié à l’action de
Les énoncés des savoir-faire formation. Cette démarche favorise singu-
sont identiques. Ils sont extraits lièrement l’épanouissement des
du GEN 100 « Concept d’emploi Le processus pédagogique rete- capacités d’analyse et de
du génie en opérations », nu pour conduire la formation synthèse, d’imagination, d'ob-
édition juin 1999. Chaque savoir- des officiers est unique. jectivité des officiers stagiaires
faire général fait l’objet d’un ainsi que leur goût de l’initiative.
dossier de séquence contenant Il comporte 4 temps successifs :
en particulier le détail de tous acquisition des connaissances La formation au savoir-être du
les savoir-faire élémentaires à (travail personnel, cours théo- chef, essentielle et prioritaire,
enseigner. Ceci permet, outre riques), exercice (s) d’apprentis- est un souci constant durant les
une indispensable unité d’action sage (effectué en salle, en centre cours de formation d’officiers.
entre les formateurs, d’assurer tactique ou sur le terrain, permet
la continuité et la cohérence d'acquérir les savoir-faire tech- Elle met un accent marqué sur
entre l’École et les corps de niques élémentaires), exercice les relations humaines et l’art de
troupe. (s) d’application (assisté par former des hommes. Elle fait
ordinateur ou réalisé sur le notamment l’objet de l’action
Ils sont articulés en deux terrain, permet d’appliquer des permanente des cadres de
phases : l’une de FORMATION savoir faire techniques et jouer contact, les « officiers d’enca-
D’ARME, dispensée sous la forme des modes d’action dans un drement », qui vise à forger chez
d’un tronc commun à l’en- cadre tactique, généralement les stagiaires un style de com-
semble des officiers stagiaires, avec les moyens des régiments mandement, combinaison
destiné à fonder (ou consolider partenaires), évaluation (effec- d'exemplarité du chef, de
pour les capitaines) la culture tuée sur le terrain, sous forme respect mutuel dans les
opérationnelle de l’arme ; l’autre de cas concrets ou tests, a pour relations hiérarchiques, d’équi-

- 58 -
S A P E U R

libre stable entre fermeté et sol-


licitude dans l'autorité.

LA FORMATION D’ARME des lieute-


nants et capitaines du génie est
globale et couvre tous les
domaines d’action du comman-
dement. Sa finalité est unique : il
s’agit de former des CHEFS
MILITAIRES qui doivent :

- exercer de véritables res-


ponsabilités de manager, qui
recouvrent le recueil et la
gestion des informations, le
pilotage des activités, la gestion
des ressources humaines, l’ac-
complissement des tâches
administratives et techniques,
l'efficacité personnelle, en parti-
culier dans le domaine de la
gestion du temps et des tement militaire, en public et en un effort tout particulier à l’ou-
relations humaines, privé, fondé sur l’ouverture à la verture des jeunes officiers du
société civile, le discernement et génie sur l’espace international.
- préparer l’engagement opé- le sens de la mesure.
rationnel d’une section/compa- E n p a r t i c u l i e r, l a f o r m a t i o n
gnie de combat, c’est-à-dire en À cet égard la formation d’adaptation des futurs chefs de
maîtriser l’environnement, en militaire générale est considérée section de combat comporte un
mettre en œuvre les moyens comme un élément particulière- séjour de dix jours au sein
organiques, raisonner un pro- ment important de la formation d'unités du génie allié.
blème simple d’emploi du des lieutenants et capitaines du
niveau considéré, génie. S’inscrivant dans un cadre de
formation opérationnelle, ce
- conduire l'exécution de mis- Elle a pour but de conforter leurs séjour vise à accroître l’interopé-
sions opérationnelles, en appui qualités humaines comme l’apti- rabilité entre les sapeurs des
direct, au sens du concept tude à la communication et à principales nations membres de
d’emploi du génie en opéra- l’animation d’un groupe autour l’OTAN, tout en participant à la
tions, dans le cadre des trois d’un projet commun. formation du jeune officier au
missions d’appui à la mobilité, comportement en milieu inter-
d’appui à la contre-mobilité et Très attentive à cet aspect de la
national.
d’aide au déploiement d’ur- formation humaine, l’ESAG
gence. favorise le développement de la
Trois modules de formation ont
personnalité en encourageant la
été retenus :
LA FORMATION D’ADAPTATION des prise de responsabilités à l'inté-
lieutenants (13 semaines sur 42) rieur de l’École, tant dans le au 22 (UK) Engineer Régiment
et des capitaines (4 semaines cadre du service intérieur (per- de Tidworth (Grande Bretagne) :
sur 12) du génie se décline manences, journées APD…) que module « appui à la mobilité »,
actuellement en plusieurs dans des instances de dialogue, franchissement discontinu
métiers différenciés : de concertation et de travail en (famille de ponts BR90) -
équipe (clubs sportifs et artis- construction d’un pont Mabey et
- pour les futurs chefs de sec-
tiques, club officiers, délégués Johnson (pour 8 officiers),
tions : combat, travaux, sapeur-
de promotion, activités de cohé-
pompier, sécu-rité civile/filière à l’Euro NATO Engineer Training
sion, Sainte Barbe, Convention
risques technologiques, sécurité Centre (ENTEC), situé au sein de
du génie, Musée du génie…).
civile/filière risques naturels, la Pionierschule de Münich
- pour les futurs comman- Enfin, en vue de favoriser le (Allemagne) : module « inter-
dants d'unité : combat, com- contexte général d’action de opérabilité », en particulier pour
mandement et logistique, l'armée professionnelle dans un l’emploi et la mise en œuvre des
sapeur pompier, sécurité civile. cadre interalliés et, au-delà, la mines et explosifs (pour 25
mise en œuvre des grandes soli- officiers) ; depuis 1990, ENTEC
Par-dessus tout, la formation darités du monde moderne, les porte un effort particulier sur les
dispensée aux officiers déve- cours de formation des lieute- actions d’aide au déploiement et
loppe un sens élevé du compor- nants et capitaines consacrent d’engagement d’une force mul-

- 59 -
S A P E U R

sances actuellement délivrées


aux lieutenants, en augmentant
en particulier :
- dans le cadre de la formation
militaire générale, l’acquisition
des outils de « management »,
- dans le cadre de la formation
opérationnelle, la méthode de
raisonnement et d’évaluation
pour la décision opérationnelle,
et la mise en œuvre de la logis-
tique.

Dans cette perspective, le cours


des futurs commandants d'unité
pourrait être typiquement
recentré sur la préparation du

Photo ESAG
temps de commandement en
propre, sous une forme à la fois
très réduite et mieux différen-
ciée. Le gain horaire dégagé
tinationale agissant dans le pourrait par conséquent être
cadre de missions de rétablisse- À L’AVENIR, compte tenu du mis à profit pour pallier
ment de la paix et d’actions contexte de rationalisation des certaines carences constatées
humanitaires, moyens et des coûts de dans la formation opération-
formation, il pourrait être nelle :
au sein de la 130 (US) Engineer envisagé de rentabiliser l’année
Brigade à Hanau (Allemagne) : de formation initiale de spécia- - des futurs chefs de BOI, qui
participation en camp à un lité dispensée aux lieutenants. n’existe pas à l’heure actuelle
exercice d’« entraînement » de malgré une forte attente des
niveau bataillon (pour 12 Dans ces conditions, il s’agirait officiers désignés pour assumer
officiers), i.e. 565 (US) Engineer vraisemblablement de s’inscrire cette fonction,
battalion (9 officiers, 3 par dans le cadre actuel de la - voire des futurs chefs de corps,
compagnie) et 94 (US) Engineer carrière de l’officier, qui en particulier dans le cadre
battalion (3 officiers). distingue très clairement une aujourd’hui banalisé de la pro-
première partie de chef de jection d’une brigade française
S’appuyant sur les directives du section et commandant de composée de plusieurs groupe-
général CEMAT, relatives au compagnie puis une deuxième ments tactiques interarmes.
comportement à adopter par les partie d’officier d’État-major ou
militaires français lorsqu’ils officier expert comportant un L’École supérieure et d’applica-
accomplissent leur service à temps de commandement de tion du génie, maison mère de
proximité ou en compagnie chef de corps. l’arme, assumera alors dans
d’étrangers, ce séjour permet en toute sa plénitude son rôle de
outre au jeune lieutenant du L’objectif de formation des creuset unique de formation de
génie de : jeunes officiers, aujourd’hui ses officiers.
consacrée au seul niveau de
- augmenter sa maîtrise de la chef de section, pourrait
langue anglaise, avec acquisi- alors être optimisé en le
tion du vocabulaire technique ciblant sur l’ensemble de
génie, leur première partie de
- favoriser son ouverture aux carrière.
cultures et comportements de
nos alliés, ainsi qu’à leurs Il s’agirait donc de
habitudes militaires, « préparer les jeunes lieu-
tenants au commande-
Photo ESAG

- développer son réflexe du ment d’une compagnie de


respect des conventions signées combat après une expé-
par la France, en particulier rience professionnelle de
Convention d’Ottawa sur l’inter- chef de section ».
diction des mines antipersonnel,
- lui faire prendre conscience L’atteinte d’un tel objectif néces-
de son rôle particulier siterait en réalité un renforce-
d’« ambassadeur » de la France. ment à la marge des connais-

- 60 -
S A P E U R

LCL BAILLY
FUSION DES CT1 ETP
Chef des moyens
opérationnels
(BOI) du 25e RGA
ET RRA
Dans le cadre de l'homogénéisation et de la simplification des filières
Le génie de l’air (direction de formation de l'armée de terre, le comité de pilotage du domaine
centrale de l’infrastructure de « combat et techniques du génie » a proposé, en avril 2000, de
l’air / sous-direction du génie de fusionner les deux formations de spécialité du premier degré (FS1)
l’air - DCIA/SDGA) est respon- « engins de travaux publics (ETP) » et « revêtement routes et aéro-
sable de la réalisation de la dromes (RRA) » en une seule formation « travaux publics infrastruc-
majorité des formations de spé- ture air, voies ferrées (TPIA-VF) ». Après étude de faisabilité par les
cialité (FS) des natures de différentes parties chargées du pilotage de cette nouvelle filière
filières «bureau d’étude travaux (ESAG, brigade du génie, SDGA, 5e RG et 25e RGA), ce projet de
publics (BETP)» et «travaux fusion s’est finalement avéré tout à fait réalisable et a été entériné en
publics infrastructure air - voies septembre 2000.
ferrées (TPIA-VF)» dispensées
au sein de la 5e compagnie opé- Au-delà de l'homogénéisation quasi totalité des savoir-faire
rationnelle du génie de l’air (5e qu’elle induit, cette fusion de techniques nécessaires à la
COGA) du 25e Régiment du spécialités en une seule filière conduite des travaux (topogra-
Génie de l’Air (25e RGA). procurera aux sous-officiers qui phie, laboratoire des sols et
la suivront une polyvalence matériaux, engins de travaux
Chef des moyens opérationnels nettement accrue, leur permet- publics, production et mise en
(BOI) du 25e RGA depuis août tant d’exercer indifféremment œuvre de produits noirs et
2000, le LCL BAILLY Christian, toute la gamme des fonctions bétons, etc.).
BEMS/T ponts et chaussées, est, inhérentes à l’emploi de chef de
à ce titre, chargé de la mise en groupe travaux sur un chantier Or, l'unicité de la FS2 (TPIA-VF),
oeuvre et du suivi des actions de de travaux publics. embrassant la totalité des
formation internes (FSE tracto- savoir-faire des deux filières
chargeur, tracteur-niveleur, nive- Par ailleurs, un différentiel (ETP et RRA) tendait inéluctable-
leuse, pelle hydraulique, etc.) ou notoire de niveau avait été ment à placer les candidats
relevant du CAF et dispensées constaté - dans l’emploi et dans « ETP » potentiellement en
dans le génie de l’air (FSE topo- l’accès à la formation de spécia- situation d’échec.
dessin, laboratoire des sols, lité de deuxième degré (FS2) -
béton, produits noirs et compac- entre les personnels titulaires du Cette rationalisation globale de
teur, FS1 et 2 TPIA-VF, reco. certificat technique du premier la filière « TPIA » a donc permis,
terrains sommaires). degré (CT1) « ETP », dont la non seulement, d’en unifier les
formation était essentiellement cursus de formation des sous-
centrée sur l’emploi et la mise officiers, mais également de leur
en œuvre d’engins de travaux offrir, dès le premier niveau, les
publics, et ceux qui avaient suivi mêmes perspectives de réussite
la formation du CT1 « RRA », pour la formation de spécialité
dont le contenu recouvrait la du second degré.

- 61 -
S A P E U R

Les objectifs de cette nouvelle techniques nécessaires à l’exer- RAPPELER OBJECTIFS PRIN-
formation, sanctionnée par l’at- cice de la fonction de chef de CIPAUX VF
tribution du CT1 « TPIA », ont groupe revêtement produits
été élaborés à partir des pro- noirs ; La formation spécifique « voies
grammes des CT1 « ETP » et ferrées » complémentaire de la
- Acquérir les connaissances
« RRA », adaptés en consé- filière « bureau d’étude travaux
techniques nécessaires à l’exer-
quence, sans augmentation de publics (BETP) », axée sur la
cice de la fonction de chef de
la durée globale de formation - conception et le pilotage de
groupe revêtement bétons.
maintenue à 13 semaines. projet, la nouvelle filière « TPIA-
VF », ainsi refondue, regroupe
donc maintenant la totalité des
techniques et savoir-faire néces-
saires à la conduite et à l'exécu-
tion des chantiers de travaux
publics et offre un cursus de
formation de spécialité cohé-
rent, homogène et continu entre
les premier et deuxième
niveaux.

Photo 25e RGA

La plupart des savoir-faire de


base ont été conservés, au prix
d’une réduction du volume
horaire consacré à leur acquisi-
tion et aux travaux d’apprentis-
sage pratiques.

La formation commune (tronc


commun), d’une durée de onze
semaines, recouvre cinq
objectifs spécifiques :
- Acquérir les connaissances
élémentaires en travaux
publics ;
- Être en mesure d’organiser
un chantier élémentaire de
travaux publics ;
- Acquérir les connaissances
techniques nécessaires à l’exer-
cice de la fonction de chef de
groupe terrassement ;
- Connaître les généralités
sur les produits noirs ;
- Savoir étudier et réaliser un
chantier élémentaire de travaux
publics.

La formation spécifique « revê-


tement routier et aérodrome »,
d’une durée de deux semaines,
est centrée sur deux objectifs :
- Acquérir les connaissances

- 62 -
S A P E U R

LCL FERRAT
Chef du bureau LES POMPIERS
pilotage de
domaine
DEP/ESAG
DES CAMPS
Les camps possèdent des équipes de lutte contre l’incendie. Leur
taille varie selon les camps, leurs missions également. Le taux de
Le Lieutenant-colonel FERRAT a « civilianisation » de cette population est lui aussi très divers. Ce
assuré les fonctions de com- personnel appartient aux différentes armes. Selon les cas, il peut être
mandant en second du 34e RG fantassin, cavalier, artilleur… Il est actuellement réorienté à partir du
de 1993 à 1995. niveau relatif 12 vers des Certificats Techniques 1 (CT1) de domaines
de spécialités ne correspondant ni à son attente, ni à sa pratique quo-
Affecté à l’ESAG, il commande tidienne. Il peut aussi, le cas échéant, être bloqué dans son avance-
la division de perfectionnement ment et ne pas renouveler son contrat. Ceux qui ont un potentiel
des officiers de 1995 à 1998. sous-officier tentent un Brevet Supérieur de l'Armée de Terre (BSAT)
avec plus ou moins de réussite.
Il devient alors chargé de
mission ; avec pour mandat la
mise en place de la simulation L’absence de cursus spécifique armées, dont la caractéristique
dans les actions de formation de au métier de pompier est à actuelle est de présenter une
l’école. l’origine de nombreux départs. diversité de statuts, de qualifica-
tions, de parcours profession-
Il est chef du bureau pilotage de Il conviendrait donc au nels peut être excessive.
domaine au sein de la DEP minimum de créer un CT1
depuis septembre 2000. Engagé Volontaire de l'Armée Les travaux ont consisté dans un
de Terre à dominante sécurité, premier temps à analyser les
de manière à fidéliser cette missions des différents détache-
population. ments, d’en cerner les diffé-
rences, d’en comprendre les
Cette question est étudiée raisons.
depuis le comité de pilotage du
pôle sécurité de l’automne 2000 Il s’est agit ensuite de recher-
par un groupe de travail cher quelles actions de for-
associant le pilote du pôle, les mation recouvraient l’éventail
représentants des principaux des compétences recherchées,
camps, l’EMAT/Bureau Planifi- puis, une fois ces actions de
cation Ressources Humaines, la formation identifiées, de recen-
Direction du Personnel Militaire ser celles qui existent dans l’ins-
de l'Armée de Terre, le Com- titution et/ou hors institution.
mandement de la Formation de
l'Armée de Terre, la Section Les prochaines étapes consiste-
Technique de l'Armée de Terre, ront à déterminer qui pourrait
la Brigade de Sapeurs Pompiers conduire ces actions de
de Paris, le Commandement des formation ainsi qu’à élaborer les
Formations Militaires de la programmes détaillés des
Sécurité Civile… Formations de Spécialité Élé-
mentaires (FSE) et Formations
Outre l’objectif immédiat d’ap- de Spécialité du premier niveau
porter une indispensable répon- (FS1).
se au personnel en terme de
cursus, cette étude pourra à À ce stade de l’étude, le groupe
de travail a cerné trois grandes
moyen terme contribuer à met-
orientations possibles qui ont
tre en place un dispositif per-
fait l’objet d’un rapport intermé-
mettant de satisfaire aux be-
diaire.
soins de protection contre l’in-
cendie des troupes en
La première option consisterait
opérations extérieures.
à créer une nature de filière
pompier des camps au sein d’un
Enfin elle pourra constituer le
domaine sécurité.
prélude à une réflexion plus
vaste sur la sécurité dans les

- 63 -
S A P E U R

mis en œuvre par le COMFOR-


MISC pour son personnel. Cette
nature de filière pompier des
camps pourrait être placée sous
la responsabilité du COMFOR-
MISC.

La troisième option consisterait


à rattacher les pompiers des
camps au domaine aéromobi-
lité.

Il s’agirait là de confier la
sécurité des camps au domaine
aéromobilité, qui possède une
filière « sécurité incendie
sauvetage » complète, pour les
niveaux exécution et mise en
œuvre.

La formation des militaires du


Il s’agirait là d’un cursus La deuxième option consisterait rang sous contrat est décentrali-
presque complet, incluant un à créer une nature de filière sée en régiment.
CT1 EVAT (niveau relatif 13), pompier des camps au sein du La formation des sous-officiers
avec la possibilité d'accéder au pôle sécurité. de recrutement direct et semi-
corps des sous-officiers pour les direct est assurée par l'Armée
rangs et les semi-directs. de l’air, à l’École des techniciens
Il s’agirait là d’un cursus limité
de la sécurité de l'armée de l’air
au CT1 EVAT inclus, sans possi-
Le faible nombre de postes à à CAZEAUX.
bilité d'accès au corps des sous-
pourvoir ainsi que les perspec-
officiers. Les candidats poten- Les officiers chefs de détache-
tives de carrière sembleraient
tiels seraient réorientés vers un ments proviendraient de toutes
devoir exclure le recrutement
BSAT d’un autre domaine. les armes, avec si possible une
direct (École Nationale des
Sous-Officiers d’Active - expérience sécurité civile.
ENSOA). Les sous-officiers seraient du
niveau BSTAT et proviendraient À ce stade de l’étude, sans
La formation serait faite dans les des UIISC, avec une formation préjuger des réponses que le
régiments et dans le secteur civil d’adaptation feux urbains com- commandement apportera au
pour les militaires du rang sous plémentaire. rapport intermédiaire, la
contrat. solution deux semble être la
Ce dispositif est calqué sur celui plus intéressante.
Les BSAT et les Brevets
Supérieurs de Technicien de
l'Armée de Terre (BSTAT) pour-
raient être délivrés soit par la
Brigade de Sapeurs Pompiers de
Paris, soit par l'armée de l’air,
sur la base de leurs formations
respectives, adaptées aux
besoins des pompiers de camps.

Les officiers chefs d'Éléments


proviendraient de toutes les
armes, avec si possible une
expérience sécurité civile.

Afin d’augmenter la ressource et


sous réserve d’un ajustement
des formations, le passage entre
les natures de filières « risques
Photo BSPP

naturels » de la sécurité civile et


ce projet de filière serait
possible.

- 64 -
S A P E U R

En effet, elle serait la plus sim- nant et subordonné à l'armée de

Photo BSPP
ple et la plus rapide à mettre en terre, rendrait les armées
œuvre. Même si telle qu’elle est autonomes en la matière, tout
formulée ici, elle ne prend pas en offrant la possibilité aux
en compte l’ensemble des caté- pompiers des camps de partici-
gories de personnel, elle n’inter- per aux opérations extérieures.
dit pas de le faire ultérieure-
ment.
Une fois un parcours profes-
sionnel établi, avec l’éventail
La mise en place d’une nature
des actions de formation corres-
de filière « pompiers des
des demandes exprimées par pondantes, la capacité protec-
camps » est également suscep-
tible d’apporter une solution l’EMA pour obtenir un appui de tion contre l’incendie de nos
dans le domaine de la protection la BSPP ou du BMPM, unités troupes en OPEX garantie, une
contre l’incendie pour les opéra- subordonnées respectivement réflexion plus large sur la com-
tions extérieures. au préfet de police de Paris et au posante sécurité de l'armée de
maire de Marseille. terre, voire des armées pourrait
En effet, jusqu’ici, cette question suivre.
ne trouve de réponse que par Disposer de personnel apparte-

- 65 -
S A P E U R

LCL FIQUET
Chef de cours Évolution de la formation
« enveloppe
conduite
d’opérations
du Certificat Technique
architecture
construction » « Infrastructure »
à l’ESAG
L’État Major de l’Armée de Terre a décidé de mettre en place, dans le
cadre des mesures de consolidation du projet 2002, un dispositif de
soutien de proximité « infrastructure ».

La mise en œuvre de ce nouveau dispositif est assurée par un comité


de pilotage dont les travaux ont débuté en janvier 2001.

Dès lors, et s’agissant pour l’es- COMPARAISON ENTRE L’AN-


sentiel de postes d’officiers du CIEN ET LE NOUVEAU CUR-
pôle T.O.I., la Direction Centrale
du Génie (pilote du pôle)
SUS DE FORMATION DES
confirme la nécessité de CERTICATS TECHNIQUES.
conserver un cursus de forma-
tion du niveau certificat tech- La préparation des candidats, en
nique afin de pourvoir à ce vue de leur admission à cette
nouveau besoin. scolarité (dont la durée reste
fixée à 39 semaines) se solde
La refonte de ce cursus prend, par la suppression du cours par
bien évidemment, en compte le correspondance et du stage pré-
rattachement de la cellule de paratoire d’un mois au profit
commandement du service d’une préparation personnelle à
infrastructure des formations à partir d’un dossier guide fourni
l’établissement local du génie, par l’E.S.A.G. suivie d’un test
de même que les missions de d’évaluation (au mois de mai de
maîtrise d’œuvre qui pourraient l’année d’admission) compre-
aussi lui être confiées. nant trois épreuves : mathéma-
tiques, physique et rédaction.
De fait, la nouvelle scolarité
envisagée devrait être mise en Le schéma comparatif présenté
place dès la rentrée 2001 à ci-après précise le déroulement
l’E.S.A.G. complet du cursus.

Le nouveau cursus proposé et L’OBJECTIF est de former des


les nouveaux objectifs de officiers dans les domaines
formation ont reçu l’aval du administratifs et techniques du
comité de pilotage. bâtiment et du génie civil afin de
diriger le service infrastruc-
La préparation à cette scolarité ture d’une formation.
a été revue et allégée ; le flux
annuel des candidats est estimé
à 15 officiers.

L’évolution de ce cursus induit


nécessairement une modifica-
tion de la circulaire et de l’ins-
truction de référence relative au
certificat technique, se doit par
ailleurs de conserver l’homolo-
gation de niveau III et de
continuer à offrir aux officiers
CT la possibilité de présenter le
diplôme de spécialité (D.S.).

- 66 -
S A P E U R

travaux d’entretien et d'appré-


ANNÉE A-1 ANNÉE A ANNÉE A + 1
hender les plus fréquentes
pathologies du bâti.
Février septembre..................mars septembre..........................................juillet
Module n° 5 : Gestion et conser-
Désignation Cours par correspondance SCOLARITÉ CT. vation du patrimoine au niveau
par DPMAT et évaluation. de la programmation des opéra-
ANCIEN CURSUS
tions de la conduite des travaux
de maintien en condition et de la
surveillance du domaine mili-
taire.
Février juin septembre....................................juillet

désignation évaluation SCOLARITÉ CT Module n° 6 : Adaptation à


par DPMAT l’emploi par une bonne connais-
sance du fonctionnement de la
NOUVEAU CURSUS
fonction infrastructure, des
relations du service avec les for-
Pour l’essentiel il s’agit : par mise en œuvre d’outils mations, des responsabilités de
informatique. chacun et de la gestion des
- de conseiller le chef de corps crédits du titre III.
en matière d’infrastructure,
Module n° 2 : Connaissance du
- de conduire des actions de milieu, de l’acte de construire,
maintien en condition des instal- des métiers de la maîtrise
lations immobilières, d’ouvrage et de la maîtrise
d’œuvre.
- de préparer la programma-
tion pluriannuelle des travaux
Module n° 3 : Cours de droit,
d’entretien et le budget infra-
domaine, finances, marchés
structure de la formation,
auxquels s’ajoutent le suivi
- d’assurer la direction des administratif lié à l'exécution
travaux engagés par le service des travaux, la nécessité de
du génie de rattachement, maîtriser les contraintes qui
- de participer aux réunions pèsent sur le foncier, la sécurité
relatives à l’infrastructure des et la protection de la santé sur
organismes abonnés, les chantiers.

- de suivre les ouvrages sujets Module n° 4 : Cours, travaux


à des mesures particulières de pratiques, projets de synthèses
protection ou d’environnement. sur les technologies du bâtiment
en vue de pouvoir pré-dimen-
LA FORMATION, d’une durée sionner un ouvrage courant, de
de 39 semaines, débute en rédiger un diagnostic et/ou un
septembre pour se terminer descriptif technique relatif à des
en juillet de l’année
suivante. Elle se dé-
compose en six modu- SCHÉMA GÉNÉRAL DE CE CYCLE DE FORMATION
les de durées variables.

Module n° 1 : Ensei- ANNÉE A ANNÉE A + 1


gnement dirigé, d’une
durée de 4 semaines, Septembre Novembre .......................................... .Mai ........................................... Juillet
permettant aux sta-
giaires d'acquérir les
compléments de mathé-
Enseignement Administration Gestion Adaptation
matiques et de phy- Conservation au premier emploi
dirigé Réglementation
sique indispensables à Finances du patrimoine
4 semaines
l’étude des matières 7 semaines 6 semaines 7 semaines
« académiques », les
principes de rédaction Technologies
dont
de documents tech- Connaissance 1 en établissement
du bâtiment
niques écrits, de pré- Du milieu. du génie.
14 semaines.
sentation de dossiers

- 67 -
S A P E U R

- 68 -
S A P E U R

Str uctur es
et
Équipements

L’évolution des compagnies de combat ............................ COL DESTRIBATS ...................................... 71

La numérisation espace Bataille (NEB) ................................ LCL BERIARD .................................................... 73

La démonstration du CARPET ........................................................ CNE JOYEUX .................................................. 76

- 69 -
S A P E U R

- 70 -
S A P E U R

COL DESTRIBATS Vers une modification du D.U.O.


Directeur des
Études et de la
des compagnies de combat des
Prospective à
l’E.S.A.G. régiments du génie des brigades
blindées et mécanisées
Sorti du CID en 1995, après une
scolarité partagée entre l’école Les compagnies de combat blindées du génie sont au nombre de six :
nationale des Ponts et chaus- deux dans chacun des régiments de brigade blindée (13e et 19e R.G.),
sées et le cours supérieur d’état- une par régiment de brigade mécanisée (3e et 31e R.G.).
major, le Colonel DESTRIBATS a
assuré la fonction de chef de BOI La structure de ces compagnies est d’ailleurs hétérogène puisque les
au 34e RG et au 17e RGP puis compagnies de brigade blindée comportent quatre sections blindées
celle de commandant en second à trois engins blindés du génie et les compagnies de brigade
dans ce même régiment. mécanisée trois sections blindées sur la même articulation et une
section mécanisée.
Il a commandé le 19e Régiment
du Génie d’Afrique de 1998 à
Historiquement, cette structure - difficultés d’instruction au
2000.
ne correspond pas à une finalité sein de sections profondément
Il est aujourd’hui directeur des opérationnelle mais au souci de hétérogènes ;
études et de la prospective à répartition des engins du génie
- ratio chefs de groupe (14)
l’E.S.A.G. dans le cadre de la réduction du
chefs d’engin (24) vécu de façon
format de l'armée de terre.
inconfortable par la population
des sergents ;
À l'expérience, il s'avère que
cette articulation présente - coût de formation élevé des
moins d’avantages que d'incon- E.B.Gistes.
vénients parmi lesquels :
À ce constat, s’ajoutent deux
- faiblesse du volume de per- réflexions supplémentaires.
sonnel débarqué (5 à 6 sapeurs
mineurs) qui réduit la capacité To u t d ’ a b o r d , l e s b r i g a d e s
de remplir les missions dévo- blindées et les brigades mécani-
lues à la section de combat ; sées présentent des structures
assez similaires et il y a peu de
- ratio emploi/entretien diffi- raisons, en terme d’emploi, que
cilement admissible pour les les unités destinées à les
régiments à 24 engins blindés ; appuyer soient de pied diffèrent.
Photo ESAG

- 71 -
S A P E U R

Ensuite, chacun sait la difficulté demain avec le


pour nos camarades des autres développement
armes de bien comprendre le des actions en
génie et ses capacités : rationali- zone urbaine.
ser nos structures et par consé-
quent notre emploi, ne peut Après avoir saisi
les chefs de corps
avoir dans ce domaine que des
des quatre rég-
répercussions bénéfiques.
iments concer-
nés, la proposi-
Il m’est donc apparu utile de tion a été exami-
proposer une alternative, mûrie née, discutée et
pendant plus de deux ans, qui améliorée avec la
consisterait à : collaboration effi-
cace du C.R.E.D.A.T.
- harmoniser la structure des (Centre de la Recherche et de la retrouver des sections de
compagnies des R.G.B.B. et Doctrine de l'Armée de Terre) et combat mobiles aptes au
R.G.B.M. sur un ratio l’E.M.A.T. La structure retenue combat débarqué, de combiner
E.B.G./M.P.G. plus conforme au qui devrait s’appliquer dès 2002, au sein de la section appui le
besoin opérationnel, et au delà, s’articule pour les quatre binôme E.B.G.-M.P.G. pour une
rapprocher cette structure de régiments concernés en trois
bonne complémentarité, d’aug-
celle des compagnies mécani- compagnies blindées identiques
à trois sections sur V.A.B. et une menter la capacité sous
sées dont l’articulation a fait ses
section d’appui mixte à quatre blindage des R.G.B.M. et
preuves de longue date ;
E.B.G. et quatre M.P.G. diminuer celle des R.G.B.B.,
- rendre au combat débarqué pour atteindre, souhaitons-le,
la place qu’il a encore aujour- Elle permettra, pratiquement l’équilibre nécessaire pour les
d’hui, et qu’il aura encore sous enveloppe, à la fois de années à venir.

- 72 -
S A P E U R

LCL BERIARD
Chef de la Numérisation Espace Bataille
Cellule
« Études La numérisation de l’espace de bataille (NEB) doit permettre de doter
technico-opé- les chefs, les États-majors et les combattants d’un outil commun
rationnelles » d’information dont la finalité consiste à donner, en temps réel, à l’en-
DEP-ESAG semble des pions, la même vision de la situation et ainsi les aider à
accélérer les prises de décision. La NEB passe donc automatique-
ment par l’introduction de l’informatique et l’utilisation des techno-
logies civiles adéquates pour optimiser l’emploi des forces terrestres.
LCL BERIARD Jean-François né
le 29 mars 1949 à Angoulême
(16). Marié, 3 enfants. Depuis quelques années, la L’adaptation des technologies
France a lancé le développe- civiles à l’environnement mili-
Promotion « Capitaine DANJOU » ment des systèmes de comman- taire spécifique (menace, do-
(71-73) de l'ESM. dement numérisés afin de maine d’emploi) doit être systé-
faciliter les échanges entre les matiquement recherchée.
TC de capitaine effectué au différents niveaux de comman-
dement et de permettre l’inter- Ceci milite pour une politique
3e RG de Charleville-Mézières
opérabilité avec nos alliés en qui vise à limiter le développe-
comme « Commandant de
ment de programmes spéci-
compagnie Blindée ». gardant en objectif à court terme
fiques « à long terme » au profit
un exercice interallié du volume
d’acquisitions de produits sur
82- 85 : Officier renseignement à d’une brigade numérisée en
étagère.
l'Etat-Major de la 6e DB. 2006.
Par exemple, les perfectionne-
Diplomé d'état-major à Compiè-
ments des radiocommunica-
gne en 1984. LE NOUVEAU CONTEXTE DE tions mobiles commerciales ne
RÉALISATION DES SYS- sont pas sans conséquences sur
Chef du Bureau Personnel au
les postes radio militaires multi-
9e RG en 1986. TÈMES DE COMMUNICA-
bandes.
TION TACTIQUES
Commandant le Bataillon d'en-
gins fluviaux du Rhin à KEHL en La dynamique des marchés LE CONCEPT DE NUMÉRISATION
1989. civils du domaine des communi-
cations, l’imposition de fait de Il y a quelques années, les
Chef de BOI du 32e RG de Kehl ses normes, la rapidité de l’ob- principes sur lesquels reposait
(89-91). solescence des équipements, le la procédure étaient basés sur la
volume qu’ils représentent en transmission de messages que
Commandant le cours des capi- matière d’investissement, de chaque niveau de commande-
taines de l'Ecole d'application recherche et de développement, ment devait composer, envoyer
du génie en 1991. font qu’un contexte nouveau puis exploiter manuellement en
s’est instauré : le marché civil transcrivant le contenu des
Commandant la Division des impose sa logique. messages sur une carte.
Sous-officiers de l'EAG en 1992-
1993.

TC d'officier supérieur au Centre


Mobilisateur de Thorée-les-Pins
de 1994 à 1996.

Officier traitant au CETEG


(Centre d'études tactiques et
d'expérimentation du génie)
depuis 1996, plus particulière-
ment chargé du minage, du
déminage, des Systèmes de
commandement et des Stanag
génie.

Stage Minex état-major en 1998.


Séjour de 6 mois au CROMAC à
Zagreb.

- 73 -
S A P E U R

L’introduction des technologies chiques, c’est-à-dire que la pelotons, les modules ou


modernes va désormais per- priorité est donnée à la groupes spécialises chargés de
mettre de se donner les moyens cohérence des fonctions opéra- l'exécution et de la mise en
de maîtriser ces flux d’informa- tionnelles au sein d’un niveau œuvre.
tions et de contrôler des situa- hiérarchique donné, par opposi-
tions complexes. tion à l’approche verticale telle Cet échelon est capital car il
qu’elle existe dans l’artillerie représente le premier degré
Désormais, les données trans- sol-sol avec le système Atlas ou d’alimentation en informations
mises iront, au fur et à mesure pour l’artillerie sol-air avec le de la chaîne des SIC. (Système
de leur arrivée, actualiser une futur système Martha. d’Information et de Comman-
situation de référence. dement).
Cette appro-che permet de
La connaissance en temps quasi rester en cohérence avec la cu- L’APPORT DES SIC
réel de l’espace de bataille, de lture françai-se du commande-
l’État des forces en présence, de ment qui confère au chef sur le Les systèmes d’information et
leur évolution, de leur environ- terrain une capacité d’initiative. de commandement permettent
nement va désormais être le de bénéficier des performances
moyen, pour le chef, d’obtenir la Deux opéra- et des services du multimédia
supériorité pour conduire sa teurs sont char- pour suivre et conduire la
manœuvre. gés de dévelop- manœuvre.
per ces systè-
Le chef militaire pourra alors mes : Thomson Centré sur un terminal d’ordina-
exprimer sa clairvoyance et pour le SICF teur, le nouvel officier d’État-
affirmer sa détermination. (Système d’in- major va disposer sur son écran
formation et de Commande- de tout un jeu de cartes géogra-
Le concept de numérisation de ment des Forces) pour Schéma phiques de différentes échelles
l’espace de bataille met en général des liaisons de com- de la zone d'opération.
évidence un concept de maîtrise mandement le niveau emploi/
de l’information qui devra être conception des grandes unités Chaque poste de travail fournit
atteint en partie grâce à la réali- et Matra pour le SIR (Système des services d’échanges, de trai-
sation d’un ensemble d’outils d’Information tement, de présentation, de
permettant de diffuser et struc- Régimentaire) stockage et de protection des
turer l’ensemble des informa- pour le niveau
informations.
tions nécessaires aux différents mise en œuvre
acteurs de l’espace de bataille. des Régiments
Il possède, en plus, des
ou Groupe-
fonctions de bureautique et de
ments.
LES SYSTÈMES FRANÇAIS messagerie. Les ordres clas-
siques lui sont traduits sur son
L'armée de terre s’est lancée Ces opérateurs permettent aux
écran par des ordres graphiques
dans l’équipement de tous ses deux niveaux de communiquer
indiquant les positions amies et
échelons de forces et le concept grâce à un protocole d’accord
ennemies et les actions à mener.
technologique retenu pour appelé MELISSA.
construire cette numérisation La communication des systèmes
est dit « horizontal ». En fin de chaîne, chaque arme
entre eux (par exemple SICF-
développe un SIT (Système
SIR) se fait soit par l'intermé-
Il s’attache à assurer, en priorité, d’Information Terminal) destiné
à équiper les sections ou diaire du RITA (Réseau intégré
la cohérence des niveaux hiérar- de Transmissions Automatique)
soit par les PR4G (Postes Radio
de 4e génération) et une messa-
gerie commune qui permet la
visualisation graphique des
actions des subordonnés.

UN CHANGEMENT DANS
L’ORGANISATION DU COM-
MANDEMENT
Grâce à la numérisation, des
quantités très volumineuses
d’informations vont remonter
du théâtre d'opération vers les
centres opérationnels.

- 74 -
S A P E U R

Un PC de grande unité c’est risées et essayer


quelque 120 consoles et 250 per- d’en tirer les consé-
sonnes qui vont se relayer par quences en terme
bordée - permanence du com- de préparation opé-
mandement oblige - pour suivre rationnelle et de
en temps réel les évolutions du doctrine d’emploi.
théâtre d'opérations.
L'armée de terre
Pour gérer, traiter, trier et doit réaliser, dans
maîtriser ces vagues déferlantes le même temps,
d’informations, des spécialistes l’interopérabilité
s’organisent et synthétisent les avec les alliés. Le
informations afin de faciliter la niveau le plus fin
décision du chef. doit permettre de
prendre sous contrôle opéra- civiles existantes qui présentent
tionnel un bataillon d’une autre un double avantage : l’amortis-
Demain il sera fait appel à de sement budgétaire du fait de
nouvelles spécialités pour nation équipé de ses propres
SIC. grandes séries et la facilité
pouvoir gérer la visioconfé- d’emploi liée à l’utilisation quo-
rence, la cartographie numé- tidienne de la bureautique.
rique, la transmission d’images L’avenir ce sont aussi de
satellite ou la gestion des nouvelles technologies suscep-
tibles de remplacer les tradition- Cependant, jamais ces systèmes
réseaux intranet et internet. ne se subsisteront à l’homme,
nelles cartes comme par exem-
ple de grands écrans à fonction- au militaire, au stratège, au
L’AVENIR nement tactile. commandeur.

L'armée de terre va mettre sur Ils joueront un rôle primordial


pied une brigade numérisée CONCLUSION car ils permettront d’analyser et
expérimentale qui doit servir de d’évaluer très rapidement les
La numérisation représente un
laboratoire d’essai. objectifs ennemis et d’élaborer
effort très important.
des ordres, de les mettre en
On devra alors identifier les forme et de les diffuser extrême-
Elle fait appel à des technologies
impacts de la numérisation sur ment vite.
l’organisation, les procédures,
les modes d’action, le style de C’est grâce aux capacités
commandement…. élevées de travail de ces
systèmes - fusion automatique
Véritable évolution culturelle des informations et aide à la pla-
qu’il convient d’anticiper pour nification des manœuvres - que
découvrir quels pourraient être la différence se fera par une
les gains réels en efficacité par réactivité plus rapide de nos
rapport à des unités non numé- systèmes de forces.

- 75 -
S A P E U R

CNE JOYEUX
Études La démonstration du Carpet
technico
opération- En 1991, peu avant l’offensive contre les forces irakiennes et sous la
nelles pression des événements, la France s’est équipée, tardivement, de
DEP - ESAG matériels de déminage mécanique. Parmi ceux-ci, aucun moyen de
déminage à distance n’a été acquis. Les unités du génie traitent donc
toujours les obstacles minés à la main ou grâce à des moyens méca-
niques rustiques depuis les engins eux-mêmes ou parfois en les télé-
Officier du génie depuis 1992, commandant.
le Capitaine JOYEUX a servi au
3e Régiment du Génie de Char-
leville-Mézières dans les fonc- Dans l’éventail des moyens de vaporise, à l’impact, l’essence
tions de chef de section de déminage mécaniques dispo- qu’elle contient puis une mise à
combat, d’officier adjoint et de nibles sur le marché, très peu feu retardée provoque une déto-
commandant d’unité de la permettent de traiter les zones nation de haute pression qui est
2e compagnie de combat blindée. polluées à distance. sensé détruire les mines
soumises à cet effet de souffle.
Il a eu l’occasion de servir en À l'exception des États-Unis
opération extérieure en Répu- avec leur système « MICLIC » et Selon le fabricant, cette
blique Centrafricaine en 1993, à les Britanniques avec leur munition initie les mines de
Sarajevo au sein du BATGEN de « PYTHON », fort peu de nations première génération et neutra-
la DMN-SE de IFOR en 1996 et à sont parvenues à mettre au lise les mines de deuxième
MOSTAR à l’état-major de la point des matériels pyrotech- génération.
DMN-SE de SFOR en 1999. niques réellement fiables.
Le système est monté sur le
Affecté à l’ESAG en 1999, il Israël est la seule à avoir adopté châssis des engins du génie
occupe aujourd’hui la fonction un système pyrotechnique « PUMA » mais est également
d’officier traitant au bureau original d’ouverture de brèches adaptable sur d’autres véhicules
Études technico-Opérationnelles dans un champ de mines appelé blindés de l’IDF tels que le
de la Direction des Études et de « CARPET » ; la France, comme « CENTURION » ou le
la Prospective. d’autres nations européennes « M E R K AVA » .
s'intéresse à ce produit et mène
actuellement des essais pour De forme parallélépipédique, le
déterminer l'opportunité d’un lanceur installé à l'arrière du
éventuel achat. véhicule, contient vingt rampes.

Après avoir présenté le système En mode automatique, le


« CARPET » puis la nature des système propulse les roquettes
essais actuellement menés par successivement entre 170 mè-
la DGA, cet article expliquera tres et 95 mètres, chaque
l’usage qui pourrait en être fait roquette explosant 5 mètres
dans le cadre de la doctrine du plus près du véhicule lanceur
« bréchage » que la précédente.

Un mode semi automatique


PRÉSENTATION DU SYS- permet de ne lancer qu’un
TÈME « CARPET ». nombre programmé de
roquettes, dans le cas d’un
Le système « CARPET » est obstacle de dimensions
produit par la société réduites.
« RAFAEL » et est opérationnel
au sein de l’IDF (Israel Defense Une mise en œuvre entièrement
Force) depuis plusieurs années. manuelle est également pro-
grammable ; de plus, il est
Il fonctionne sur le principe du possible de doubler les coups, si
« fuel air explosive » (FAE) nécessaire, en cas de présence
également connu sous le nom de mines plus sophistiquées
de « bombe à essence » ; la telles que la HPD.
munition, d’une longueur de
1,7 m, d’un diamètre de 260 mm La phase de rechargement du
et d’une masse de 45 kg lanceur est estimée à 30 minutes
c o n t e n a n t 2 0 k g d e FA E par un équipage entraîné.

- 76 -
S A P E U R

Chaque explosion permet de roquettes positionnées dans dif- soit par l’adaptation du véhicule,
déminer une largeur de férentes configurations de soit par l’adoption d’une version
10 mètres. terrains et d’inclinaisons et sur plus légère du lanceur se
des mines enfouies et en montant à l'intérieur (VCI par
Des munitions d'entraînement surface. exemple).
réutilisables disposant des
mêmes capacités balistiques Les premiers résultats semblent Les études actuellement menées
que la munition réelle sont dis- indiquer de bons résultats sur par le GIAT pour adapter le
ponibles. mines dispersées et affleurantes lanceur à l’AMX 30 B2 DT
mais faibles ou nuls sur mines s’orientent vers trois solutions
Le système présente l’avantage enterrées ; en effet, une techniques :
de la sécurité car la munition est pression moyenne de 100 bars à
insensible aux impacts (balles, l’épicentre de chaque explosion - Un montage similaire à
éclats du champ de bataille…), permettrait de mettre partielle- celui du « PUMA », sur la plage
de plus et contrairement à ment en doute la validité du arrière du char, pourrait poser
d’autres systèmes pyrotech- système sur certaines mines des problèmes de suspension.
niques tels que le « MICLIC », la dont l’allumeur ou le plateau de De plus, en raison de contraintes
munition ne renferme que 200 pression ont une sensibilité plus techniques de répartition des
grammes d’explosifs, elle ne élevée. masses, le montage rend impos-
peut donc pas provoquer de sible l’utilisation conjointe de
détonation par sympathie. Lors des essais dynamiques, à charrues de déminage ; l’adap-
distance normale de tir, et en tation du système sur l’AMX 30
Un autre avantage du matériel raison de l’absence de conver- B2 DT irait donc à l’encontre de
est la matérialisation de la gence des tubes dans le lanceur, la polyvalence actuelle rou-
surface déminée par les consé- la zone déminée ne se présentait leaux/charrue de l’engin.
quences du brûlage et de l’effet pas de manière rectiligne mais
de souffle sur le sol ; elle est marquait un léger zigzag ; les - Un montage en lieu et
visible de jour comme de nuit. études détermineront si cette place de la tourelle impliquerait
caractéristique est de grosses modifications et une
gênante ou accep- incertitude quant aux possibili-
table. tés de chargement du lanceur
dans cette configuration.
Pour ce qui concerne
le couloir, notre - Un montage sur une
doctrine implique remorque qui n’existe pas pour
qu’il soit balisé ; ce l’instant aurait l’avantage
balisage ne pourra
principal de ne pas induire de
se faire que par des
lourde modification des engins
personnels débar-
déjà en service.
qués ou grâce à un
engin de déminage
équipé de son propre L’aspect ergonomique de l'expé-
système de bali- rimentation consiste à évaluer la
sage ; le montage, facilité de rechargement du
encombrant, du lan- lanceur.
ceur de roquettes
« CARPET » sur la plage arrière Dans la mesure où celui-ci se
NATURE DES EXPÉRIMEN- de l’AMX 30 B2 DT n’est pas situe à l'extérieur du véhicule,
TATIONS EN COURS. compatible avec le système de un emploi de l’engin en atmo-
balisage « PATHFINDER ». sphère contaminée se révélerait
Les essais qui ont été problématique.
récemment menés visaient à Pour ce qui concerne la possibi-
évaluer la valeur de la munition lité d’adaptation du système sur Les conditions de rechargement
sur différentes configurations de les châssis d’engins blindés se révèlent assez pénibles ; en
mines, les possibilités d'intégra- français, le poids important du effet, l’approvisionnement du
tion du lanceur sur les véhicules lanceur, 2,5 tonnes, fait craindre lanceur avec vingt munitions de
actuellement en service et la des difficultés d’adaptation sur 45 Kg en 30 minutes par un
facilité de chargement du l’AMX 30 B2 DT sans évolution équipage de trois semble un peu
lanceur. de la suspension. optimiste ; de plus, cette
opération ne peut s’effectuer
Les équipes de la DGA et de la Selon le fabricant, le montage que débarqué donc largement
STAT ont d’abord mené des du système sur des châssis en arrière de la zone d’engage-
essais statiques sur des blindés plus légers peut se faire ment.

- 77 -
S A P E U R

sommets de rubans blancs.

* À l’issue, un autre « PUMA »


remorquant un pont
« MESHAM » monté sur skis
(classe 70, 12 m de long) se
présente devant le fossé. Il
franchit le pont en marche
arrière puis le pousse sans
manutention particulière au-
dessus du fossé ; celui-ci
bascule au-dessus du fossé en
prenant appui sur une jambe
articulée.

* Un D9 blindé franchit à son


tour le couloir puis le pont pour
aller combler le merlon et le
UTILISATION POSSIBLE DE quantaine de mètres chacun deuxième fossé AC dans la pro-
« CARPET » DANS LES OPÉ- progressent en vue de détecter fondeur ; il peut être remplacé
la première ligne de mines. A par un char poseur de pont de
RATIONS DE « BRÉCHAGE ». l’explosion de la première mine, type AVLB qui permettra le fran-
Le système « CARPET » n’est soit le char continue sa progres- chissement de ce deuxième
actuellement en service que sion et franchit le champ de fossé.
dans les rangs de l'armée israé- mines pour se mettre à l’abri des
lienne. tirs directs au plus près du fossé * Un deuxième D9 vient ensuite
AC abrité par le merlon de ce combler le premier fossé. Ces
Il représente une pièce maî- dernier, soit il recule pour comblements sont nécessaires
tresse dans l’organisation des s’abriter derrière un mouvement et réalisés en urgence afin de
opérations de « breaching » ; à de terrain. limiter le danger dû à la lenteur
ce titre il constitue un bon du franchissement des ponts
exemple de ce quoi la France * Un PUMA Équipé du système dans le cadre de la poursuite de
pourrait s’inspirer pour enrichir « CARPET » se présente immé- l’offensive par les unités de
son propre concept de diatement à une soixantaine de combat IA.
« bréchage ». mètres du début de champ de
mines détecté ; sans préparation * Enfin, un véhicule du génie,
Les opérations de « bréchage » particulière le « CARPET » Équipé d’un fanion visible de
israéliennes sont menées sur déclenche sa séquence de tir. loin et mettant en œuvre des
des obstacles complexes à base fumigènes de la même couleur,
de champs de mines et de * À la fin du tir, un char se met en place à l'entrée du
fossés AC tels que les Syriens « MERKAVA » à rouleaux passe couloir pour indiquer à l’inter-
ont pu en mettre en place sur le dans le couloir ouvert et vient se armes la zone de franchisse-
plateau du GOLAN. Elles impli- mettre à l’abri du merlon du ment.
quent une gamme variée de fossé ; le « PUMA » Équipé du
matériels du génie telle que les « CARPET » peut également Chaque couloir est signalé par
véhicules « PUMA » équipés de passer dans le couloir pour en une couleur différente ; en
rouleaux ou charrues et éven- compléter le traitement grâce à fonction du plan de franchisse-
tuellement de lanceurs ses rouleaux ou ses charrues. ment, les unités emprunteront le
« CARPET », le bouteur surblin- couloir qui leur est désigné.
dés D9L ainsi que différents * Lors du fran-
types de ponts automoteurs ou chissement du
non. « PUMA » les
sapeurs em-
barqués mar-
Chronologiquement, la séquen-
quent à la main
ce de « bréchage » se déroule
les limites laté-
comme suit :
rales de la brè-
che en lançant
* Appuyés par des tirs d’artille-
des piquets d’en-
rie de saturation et d’aveugle-
viron 50 cm de
ment ainsi que de tirs directs
long lestés à la
des chars, les « MERKAVA »,
base et équi-
équipés de rouleaux type
pés à leurs
« URDAN », espacés d’une cin-

- 78 -
S A P E U R

bien qu’un représenter une solution


emploi com- patente à des problèmes
plémentaire nouveaux, tels que le désen-
des différents gluement, que nos unités ne
types de ma-
sont pas en mesure de gérer de
tériels permet
manière efficace par manque de
de se rappro-
cher du mini- matériel adapté.
mum requis
dans le cadre Sans préjuger de l’adoption de
des opérations ce matériel par l'armée
militaires. française, force est de recon-
naître que sans être parfait
Les premiers « CARPET » pourrait enrichir et
De nuit le balisage est complété résultats obtenus jusqu’à pré- faciliter certaines opérations de
par des systèmes CYALUMES de sent semblent démontrer un
même couleur. déminage de même que consti-
bon rendement de ce système
sur les mines en surface. tuer une ébauche de solution à
Comme le démontre bien le des missions que nous ne
concept de « breaching » Outre une utilisation avérée savons pas encore remplir de
israélien, aucun système de dans le cadre des opérations de manière pleinement satisfai-
déminage n’est fiable à 100 %, si « bréchage », il pourrait donc sante.

- 79 -
S A P E U R

- 80 -
S A P E U R

Der nièr e minute


Réunion annuelle des commandants du génie
des pays de l’OTAN et des pays européens associés
Les 25 et 26 avril derniers, l’ESAG organisait la réunion des commandants
du génie des pays de l’OTAN. Quatorze nations étaient représentées, la
plupart par le commandant de leur école du génie.

Le thème central des deux journées


portait sur les perspectives de
l’arme à moyen terme.

La réflexion menée par le génie


français est partiellement
rejointe par les autres nations et
l’appui à la mobilité (détection,
leurrage) constitue un souci d’ave-
nir globalement partagé.

En revanche, les préoccupations manifestées dans


les domaines de l’intervention en zone urbaine et du devenir de la contre-
mobilité classique ne semblent pas au cœur des pensées actuelles chez nos partenaires.

Une vingtaine d’industriels s’étaient joints à la manifestation,


à la fois au travers d’exposés portant sur les développe-
ments actuels et futurs et par des démonstrations
statiques et dynamiques.

Haute technologie, mobilité, rusticité, dualité ou


modularité sont autant d’approches qui montrent
que la voie (ni la voix, du reste) n’est pas unique et
qui suscitent bien des interrogations.

Au bilan, il reste deux excellentes


journées de réflexion, des liens
confirmés avec nos partenaires
otaniens et une dynamique
engagée des échanges entre les
écoles du génie puisque plusieurs
pays se sont montrés intéressés par
l’organisation en 2002 de cette confé-
rence initiée l’an passé par le général
KEPPLER, commandant l’école du génie
de Munich.

- 81 -
S A P E U R

- 82 -