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La doctrine d'Émile Durkheim Author(s): Maurice Halbwachs Source: Revue Philosophique de la France et de

La doctrine d'Émile Durkheim Author(s): Maurice Halbwachs

Source: Revue Philosophique de la France et de l'Étranger, T. 85 (JANVIER A JUIN 1918), pp.

353-411

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La doctrined'Emile Durkheim

cherchaitsa voie, Durkheim

songeait à fairedeux parts de sa vie : Tuneseraitconsacréeà des

recherchesde science pure, l'autreà la politique. 11devaittrouver

sociologie et d'action.De bonne heure, l'étudede l'hommemorall'attira.

dans la

Au débutde sa carrière, alors

qu'il

à satisfairece doublebesoinde connaissance

En 1893, alors qu'il avait déjà exploré d'un regardd'aigle

prin-

du vaste et nouveaudomaineoù il étaitentré

il allait se fixer, il publia La Divisiondu Travail

les

cipales régions

d'emblée, où

social. Vingt années se sont écoulées entrece premiergrand

ouvrage, et le dernier,

la veillede la eutformuléles

à

Les Formesélémentairesde la Vie religieuse,

de la

des

guerre,vingt annéesbien rempliesoù, après

paru

méthode sociologique, et les eut

appliquées, commeà titre d'exemple, au problème limitédu Sui-

cide, se déroula, sous son impulsion et sa direction, le cycle

Ce n'est pas le lieu,ni,

douzevolumesde

sans doute, encorele momentde rappeler ses contributionsaux

diverses partiesspéciales de la dèrentcommele fondateurde la

qu'il

règles

VAnnée Sociologique, -

sciencesociale. Beaucoup le consi- sociologiescientifique. Il semble,

en tout cas, en avoirdéfinila méthodeet déterminéles cadres

mieux que personne avantlui. Nous voudrionsici marquer les

directions principales de la doctrine qui fondeces règles,inspire

ce-travail d'organisation, et

sieurs problèmesimportants de philosophie etde morale.La portée de son oeuvre dépasse en efíetla sociologie entendueau sensstrict.

Si elle se caractérised'abord par une attitudeétroitement systé- matiquequi semblelimiterl'horizon intellectuel,quand on s'y engageplusavant, on s'aperçoitqu'on regagne en profondeur ce qu'on croyait avoir perdu en surface, et on comprend les raisons

de ce qui pouvaitpasserpour un partipris.

apporte unesolution originale à

plu-

Il

se pourraitqu'on

23 Vol. 85

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REVUE PHILOSOPHIQUE

retrouvâttoutau coursde celtedoctrineles mêmes idées, nous

dirions presque une seule idée, un même point de vueuniformeet

simple.

résultatde beaucoup d'études; et un procédé uniformese

parfois à une grande diversité d'applications. Il faudra juger les idéesde Durkheimsurleurrendement.

Mais les instrumentsles

plus simples sont souventle

prête

I

Quand Durkheima proposé

de considérerles faitssociaux

commedes choses, il n'entendait pas les assimileraux faitsde la

nature physique, et les

spirituel. Maisil

sur l'observationintérieure.Le

d'âmecommela réalité par excellence, et le contact qu'il prend

aveceux par la consciencecommele type le plus élevéde connais-

sance.S'il admetla scienceet

disposé à la réduireau rôled'unmodeaccessoireet

plémentaired'investigation, et à lui substituerunesuitede

subjectives surla

qu'il

Le vulgaire a toujours inconsciemment procédé de

inévitable,parce « l'hommene

que

fairedes idées1 », c'est-à-diresans essayer de devinerce

sont paranalogie

relardéle progrès des sciencesde la nature que ces

que

Cetteerreurde méthodea conduità méconnaîtrela natureréelle

videren quelque sortede leur contenu

se défiaitde la psychologie individuellefondée

psychologueenvisage

ses états

accepte ses résultats, il est souvent

presque com-

vues

nature, c'est-à-direà projeter dansleschosesce

découvreen lui, commes'il pouvait les apercevoir du dedans.

même.C'était

que la réflexionest antérieureà la science, et

vivreau milieudes choses sans s'en

peutpas

qu'elles

avec ce qu'il se sentêtre.Mais rienn'a autant

prénolions,

Baconet Descartesétaientd'accord pour condamner.

desfaitssurtout quand il s'est

sitionentrel'hommeet la

bonneheure, du fait que l'hommea

qu'il

respondaitpas à sesidées.Bon gré,

physiques, il a dû, par péniblementquelles lois

agi

de la vie des sociétés. L'oppo-

d'assez

surles choseset

nature physique s'est dégagée

prétenduagir

s'estheurtéà un

ordre rigoureuxqui

l'observationet

le plus souventne cor-

mal gré,pour utiliserles forces

l'expérience,apprendre

imaginer le

les dominent.Il a renoncéà

1. Les Règles de la méthode sociologique, 3e éclit.,p. 20.

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IA DOCTRINEDAMILE DURKHEIM

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monde physique suivant sa fantaisiedès qu'il a reconnu que ces

lois s'imposaient

sociaux. En effetceux-ci n'existent que parce que les hommes

entrenten rapports. Tout nous

notre activité, qu'ils

coup plus complexesque les autres faits, et nous ne comprenons pas facilement,quand nous essayons de les prévoir ou de les

modifier,pour quelles

et n'obéissent pas à notre volonté. Il nous reste la ressourcede

supposerque nous avons mal raisonné,que nous n'avons pas bien

partis nous persistons à croire que c'est biende nos idées qu'il faut partir, et qu'elles sonttoutela substancede cetteréalité. On a souventdénoncéle préjugéfinaliste, et on s'est accoutumé de plus en plus dans les autressciences à s'en teniraux relations causales. Mais on continueen science sociale à expliquer les prhé-

nomènes par le rôle qu'on leur attribue1.Même un

comme Auguste Comte,qui a eu l'idée d'une sociologie objective,

su combinermentalementlés idées dontnous étions

à lui. Mais il a considéré autrementles faits

porte

à croire

qu'en eux s'exprime

sont notreœuvre.D'autre part ils sontbeau-

raisons ils ne

répondentpas

à notreattente

: mais

philosophe

a cru qu'il découvraitune loi lorsqu'il se bornaità

les faitsune conception de son esprit : l'idée que la société pro-

gresse, qu'elle tend vers une phase finale, est née chez lui bien moins d'une observation méthodique des sociétés que de sa foi

positiviste.Quand Spenceroppose deux types de coopération, Tune militaire, fondée sur la contrainte, et l'autre industrielleet con- sentie,quand il croitconstater que les sociétés tendentverscette dernière, il ne fait que formulerses préférencespour la liberté. Pour rendre compte des règles de la conduite et des lois, on les

rapporte

progressivement : mais cet idéal n'est que le reflet, dans la con-

sciencedes hommes, d'institutions qui, loin de

l'expliquent, et dont il fautchercherailleurs la raison

même, on voit souvent dans les institutions

moyensd'acquérir, de produire ou de répartir les richesses: mais

le désir des richesses est si peu un principe

résulte lui-même, dans sa formeet son intensité, de l'organisation économique.

retrouverdans

a une idée du droitet de la

morale qu'elles réaliseraient

s'expliquerpar lui,

d'être. De

économiques

des

d'explicationqu'il

1. Les Règles de la mühode sociologique,p. 23-29.

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Dès lors, on n'hésite pas à rechercher quelle est l'origine de la

Tont abordé les

société : problèmepeut-être insoluble. Ceux qui

premiers ont supposé

porte

sur les meilleurs moyens d'assurer son bonheur. Mais qui nous

prouveque les hommesont jamais vécu autrement qu'en groupes? Cet instinctde sociabiliténe résulte-t-il pas de la vie en commun?

Le souci des

origines, on peut étudierl'évolutiondes

quoi elles se compliquent,pourquoi le travail s'y divise progressi- vemententrehommes spécialisés. Ici encore, on invoque le désir

d'augmenter la production,plus généralement la recherche de

plus de

suivant le mode le plus avantageux1. Durkheim répond que,

même si on admet (ce qui n'est

bonheur général en augmentant la production, encore faut-il

expliquer qu'on ait pu prévoirque

traitde produiredavantage.

un essai limitéde divisiondu travail, donton a constatéles effets.

Mais pourquoi les causes qui ont produit ce

travail organisé

de présupposer les besoins des agents de la production, la divi- sion du travailles a multipliés : les conditionsanormales et inten-

sives du travail dans l'industrie moderne et attristentla vie à tel point que l'homme

disposer de plus

raison

Rien n'illustremieux que cet exemple l'illusionfinaliste.

Ainsi, lorsque Durkheim prétendque êtretraitéscomme des choses, il oppose

ce que Ton connaît du dehors à ce que l'on connaît du dedans. Est chose tout objet de connaissance qui n'est pas naturellement compénétrable à l'intelligence, toutce dont nous ne pouvons nous

faire une notion adéquate par un simple procédé d'analyse men-

tale, toutce que l'esprit

tion de sortir de lui-même,par voie d'observationet

que la société étaitnée soit d'un instinct qui

l'homme à

fréquenter ses semblables, soit d'une réflexion

intérêts égoïstes

est-il primitif? - Sans remonteraux

sociétés, se demander pour-

bonheur, qui aurait conduit à répartir ainsi les tâches

pas certain) qu'on accroisse le

la divisiondu travail

permet-

Cetteidée n'a pu se former qu'après

premierembryon du

ne continueraient-elles pas à agir? En réalité, loin

fatiguentl'organisme doit, pour se réparer,

de produits, et plus raffinés.Il n'y a aucune

pour que l'homme ait éprouvé ces besoins auparavant. -

les faitssociaux doivent la chose à l'idée « comme

ne

peut

arriverà

comprendrequ'à condi-

d'expéri-

1. La Divisionali

travail, 2e édit., p. 211 et suiv.

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LA DOCTRINED'EMILE DÜRKHEIM

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mentation, en passant progressivement des caractères les plus extérieurset les plus immédiatementaccessibles aux moins visi-

bles et aux « dans l'état

quand

domaine scientifique. Il faut qu'en pénétrant dans le monde social,

il ait conscience qu'il pénètre dans l'inconnu

tienne prêt à fairedes découvertes qui le surprendront et le décon-

certeront2.»

A vrai dire, les psychologues modernes,pour constituerleur science, ont déjà dû en venirlà. Il y a dès maintenantune psycho-

logie objective. En raison des étroits rapports de voisinage qui doiventexisterentrela psychologie et la sociologie,puisque toutes

deux s'occupent des démarches et manières d'être

celle-ci peut utilement s'inspirer des méthodesde celle-là. Or, du

plus profonds1. » Le sociologue doit donc se mettre d'esprit où sont physiciens, chimistes,physiologistes,

ils s'engagent dans une région encore inexplorée de leur

11 faut qu'il se

de l'homme,

jour où les psychologues ont renoncéà expliquer Fame humaine

en partant d'idées préconçues, dès que

moins sur l'idée de l'âme que sur la réalitédes faits psychiques,

sontéclairésactuellement

ils ontreconnu que ceux de ces faits

par la conscience

ne s'explique point par mettreen rapport avec

dans le domaine de la vie individuelle, mais hors de celui de la

conscience, en particulier avec des faits physiologiques, modifica- tions cérébrales, influx nerveux, mouvements et attitudes du

leur attentions'est fixée

qui

n'en représententqu'une très petite partie,qui

elle-même. Ils ont été conduits à les

d'autres faits,qui se produisentégalement

corps, etc. Tous les faits psychiques,qu'ils soientou non actuel- lement conscients,sensations,images, souvenirs,tendances, émo- tions, etc., qui sont ou ont été en rapport avec ces étatset chan-

gements

d'ailleurs qu'ils réagissent

sur eux, peuvent êtreconsidéréscomme

constituanttoute la partie intérieurede la vie psychique. Elle est

intérieure parce qu'elle a son siège

causes et ses effetsimmédiats à l'intérieurde l'être individuel.

C'est un grand progrès, en psychologie,que

une catégorie de faits qui, bien qu'ils se passent à l'intérieurde

du

corps, qui paraissent en dépendre en même temps

et son substrat matériel, ses

d'avoir définiainsi

1. Les Rèoles de la méthodesocioloaiaue. d. xi.

2. Id., p. xiii.

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Tètre,peuvent êtreobservésdu dehors, dans leursconditionset leurs manifestationssensibles: Durkheimles appelle des faits

organico-psychiques. La

phénomènes a

spirituellesqu'aucune observationintérieuren'auraitatteint.

découvertede la natureet deslois de ces

psychologue toutun ordrede choses

révéléau

Maisil y a touteune partie des

faits psychiquesqui ne s'expli-

chaque

en

âme individuelleen

quentpas par des modificationsde la substancecérébrale, non

plusque par une action quelconque,composition ou transforma-

tion

d'autres

raisonde la nature particulière de cette âme, non plusque deses

rapports avec l'organismequi en est le substrat, et qu'on ne se représente clairementet entièrement, au contraire,que comme « extérieursà Pindividu».

spontanée des faits psychiquesd'origineintérieure,qui,

dans

termes, ne sont pas

« Quand je m'acquitte de ma tâche de frère,d'époux ou de

citoyen,quandj'exécute les engagementsque j'ai contractés,je remplis des devoirs qui sontdéfinis, en dehorsde moiet de mes

actes, dansle droitet dansles mœurs

d'accordavec messentiments

mais je lesai

il nous fautconsulterle Code et ses interprètes autorisés!De

même, les

les a trouvéestoutesfaitesen

lui, c'est qu'elles existenten dehorsde lui. Le système de signes

dont je mesers pourexprimer ma pensée, le

que j'emploiepourpayer mes dettes,

que j'utilise

viesdans ma profession,etc.,etc., fonctionnent indépendamment

des usages que j'en fais.» Gommecela peut êtredità propos de

chacun des membresde la société, « voilà donc des manières

d'agir, de penser et de sentir qui présentent cette remarquable propriétéqu'elles existentendehorsdesconsciencesindividuelles1.»

évident qu'entre ces deux catégories d'états psychiques,

les uns intérieurs, les autres extérieurs, il y a toutun jeu d'actions

et de réactions, si bien qu'ils se mêlent jusqu'à se confondre, et qu'onrisque de prendre les uns pour les autres.Si les coutumes

Alorsmême

qu'ils sont

ce n'est

moi qui les ai faits, pour lesconnaître

pas l'éducation. Que defois

reçuspar

croyances et les pratiques de sa vie religieuse, le fidèle

naissant; si elle^

existaientavanl

dans mes

système de monnaies

les instrumentsde crédit

relations commerciales, les pratiques sui-

II est

i. Les Règles de la méthode SQcioloQÎque,p. 6.

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LA DOCTRINEDAMILE DURKHEIM

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existenthorsde moi, ellesn'existent pour moi que dansla mesure

où je les suis, et chaque

posées

modifieen y mêlantdes éléments personnels. En

les forcessocialesne pénètrentpas en noussansdéterminerdes

psycho-organique, soit qu'il nous

soit pénible,qu'il soit contraireà nostendancesinternesde nous

y plier, soit, au contraire,qu'elles

désirs, et que libéré.Il n'est

n'exercesurnouscettedouble action, et Ton pourrait reconnaître l'existencedeces pratiques aussi bien,semble-t-il, en partant de ce

que nousnous yattachons,que

degré de nous y

il

réactionsdans notrenature

individu, touten adoptant des

adapte à ses dispositionspropres, etles

règles

endehorsde lui, les

d'autrestermes

se trouventconformesà nos

notreêtreindividuels'en trouve agrandi et comme

peut-êtrepas,d'ailleurs, de

pratique collective qui

qu'il nousest pénible à quelque

conformer.Mais comme, au débutd'une science,

dece

des signes extérieurs

peine, ou

ce

fautdéfinir provisoirement les faits par

facilement perceptibles, etcommele sentimentde joie exprime, en l'espèce,qu'ily a coïncidenceetfusion partielle entreles tendances

individuelleset la pratiquesociale, et le sentimentde

opposition

au moins partielle, nous conviendronsde reconnaîtrel'extériorité

des faits

qu'ilss'imposent à

plusprécisément de contrainte,qu'ily

a entreellesune

psychiques dits sociaux, et ces faks eux-mêmes, à

nous, etnous

contraignent.

Il est facile, au reste, de

distinguer cettecontraintede celle

qu'exercent surnousles objetsmatériels,puisqu'elle estde nature

morale: ce sontdes représentations, des pensées, des volontés,qui

s'expriment dansles pratiques collectives.Et il est possible,aussi,

de la

forceshéréditaires qui nousdominent: celles-civiennentdu dedans, nousenretrouvons l'origine dansnotre passé. Cettecontrainteest

s'accompagne sont

plus ou moins forte, et les

résister,

la sanctionintervient1.Si je violeles règles du droit, monactedoit

être annulé,réparé,expié.

publique me punit; si je manque à

me rendsridicule.Je dois

méthodesde travailde mon pays et de

distinguer de l'actionde noshabitudes individuelles, etdes

sanctionsdontelle

dès que je tentede lui

morale, la réprobation

inégalementpénibles : entout cas,

Si je manque à la

des

règles moins essentielles,je

employer la langue, les monnaies, les

mon temps, sous peine

J.Les Règles de la méthode sociologique,p. 7-8.

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REVUE PHILOSOPHIQUE

d'inconvénients qui peuvent être graves. Sans doute,je peux

triompher de cettecontrainte jusqu'à la supprimerpour

pour

dois engager, les tendances qu'il me faut vaincre, me révèlentla

forcede ces institutions. Inversement, il y a des courantssociaux

par lesquels on se laisse entraînersans y

sent pas la pression de l'enthousiasmeou de

tiveoù Ton

recueille,qu'on se rappelle

distinguera.L'éducation,

qui a pour objet

montrecommeen raccourcitoutela sériedes contraintes que les hommesontsubiesau coursde l'histoire, avant qu'en euxla nature spontanée aitfaitleur place auxhabitudessociales. Ainsi, bien que la contrainte n'exprimepas la nature profonde desfaits sociaux,

en général elleles accompagne :

constituentbien un groupe

définide faits objectifs.

moi et

que je

les autres: c'estle cas des novateurs: mais la lutte

penser, si bien qu'on ne

l'indignation collec-

participe1 :

elle n'enexiste pas moins: il suffit qu'on

social, nous

s'arrête,qu'on s'en dégage,qu'on se

ensuitece qu'on a éprouvéalors,

etonla

de fairede l'enfantun être

puisqu'ily aun caractèreconstant

auquel on les peut reconnaître, ils

On pourrait, ilest vrai,alléguerquel'origine desfaits psychiques

dits sociaux,

science, se trouveraitnaturellementdans les autres consciences,

que ce qui est extérieurà chacun (si l'on s'en tientau monde

moral) ce sontles autres, et

collectifs s'imposent à

grand nombre d'hommes, c'est-à-direde ce qu'ils sontunesomme

de

présentent à nous quelquefois sous uneforme résumée,simplifiée,

durcieen quelque

s'explique

par l'action réciproque desindividus qui, aprèsbeaucoupd'expé- rienceset de frictions, ont fini,par consentement mutuel,par

adopter certaines façonsd'agir etde penser. On peut,

distinguer l'imitationd'un individu par unautrede cellede beau-

coup

est plus général : mais la généralité de l'imitationne change

point le mécanismede cetacte

élémentaire,quisuppose seulement

ou du moinsde leur

que

représentation dans une con-

la forceavec laquelle les étatsdits

nous vientde ce qu'ils sontcommunsà un

pensées et de croyances individuelles.Il importepeu qu'ils se

sorte,

dans les lois, les formes rituelles, les

dictonset proverbes. En réalitéle conformismesocial

si l'on

veut,

d'individus par un seul : le phénomène, dans le second cas,

1. Les Règles de la méthode sociologique,p. 9.

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LA DOCTRINEd'éMILE DÜRKHEIM

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la miseen rapport de deux pensées, et dontla conscienceindivi-

duelle perçoit toutl'essentiel.C'esten

complication,qu'onexpliquerait toutle des faitssociaux.

détailet toutl'ensemble

partant de là, et par

voiede

A cette thèse, Durkheimne se contente pas

invoquer le

d'opposerque

les

représentations collectivesse présentent à nous

prestigeexceptionnel; c'est unenotion tropobscure, et on pour-

rait

aux autres pour endéduirela puissance de leurrésultante.Mais

il conteste que l'imitationsoit un

l'expliquer elle-même.Si on est nominaliste, c'est-à-diresi on est

surtoutsensibleauxdifférencesirréductibles qui

vidus, si on n'admet pas qu'ily aitentrel'un etl'autreaucunélé-

ment commun, on en conclut qu'ils ne

commun: il

est réaliste, c'est-à-diresi on

communeà tousles hommes, entièrementmanifestéedanschacun

d'eux, il semble qu'on puisse expliquerqu'ils

s'imitentet s'entendent spontanément. Maisen quoi consistecette

naturehumaine? Qu'on l'obtienneen

individuelleset en retenantleurstraits identiques, ou enrassem-

blantles tendanceset sensationsélémentaires qui résultentde la

naturede

et dispositions relativement simples, et en nombrelimité: ce

qu'ily

tousles

Or, eomment expliquerpar làl'extrêmediversitédes ressemblances,

etde

retrouvedansla l'homme éprouve

enfacedeforces supérieures à la sienneetl'institution religieuse,

viesociale?« Quel abîmeentreles sentiments que

entouréesd'un

nombredes idéesindividuelles ajoutées les unes

principed'explication. Il faut

séparent les indi-

peuventagir et penser en

euxla société.Si on

n'est pas possibled'expliquerpar

admet qu'il

y a unenaturehumaine

se

comprennent,

comparant toutesles âmes

l'organisme, elle ne pourracomprendreque des états

toutesles âmes individuelles, de

pauvre.

a réellementvdecommunà

pays,

de tousles groupes, est restreintet assez

ressemblances précises et complexes,qu'on

avec ses croyances, ses pratiques si multipliées et si compli-

quées,

êtresde

touffude

entreles

conditions psychiques de la sympathieque deux

même sangéprouvent l'un pourl'autre, et cet ensemble

morales qui déterminentla struc-

règlesjuridiques et

turede la famille!»

qu'il apporte avec lui « un certainsentimentde

certainminimumde

paternel», d'où dériveraientla religion, le mariage et la famille,

de piété filiale, d'amour

Gomment pourrons-nous,d'ailleurs, admettre

jalousie*sexuelle,

religiosité, un

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REVUE PHILOSOPHIQUE

alors que ces sentiments résultent, certainement pour

grandepart,peut-être en totalité, de l'organisationcollective, loin d'enêtrela base? En éliminanttouteslesvariations individuelles,

nousn'obtiendrons qu'un résidu vague et

humaineassez

large pour d'institutions différentes, mais

Il estexactd'ailleurs que, quand nousobservonsune coutume,

nous imitonsles membresde notre

apprise, si ce n'esteux? Commentconnaîtrions-nousla société,

sinon par les hommes qui en font partie? Mais il ne s'ensuit

nullement que nous imitionsceux-cien vertud'une

naturelle pour des êtres qui nousressemblent.Et ce n'est pas non

plus le nombrede ceux

importe. Si je

une supériorité de naturesur moi, on ne

de plusieurs,pourquoi il eniraitautrement.Maisil estinexact que

la généralité d'uneaction n'apporte iciaucunélémentnouveau.Le fait qu'unecroyance estobservéeou qu'une coutumeest reçue dans

touteTétendued'une société, est

d'une supériorité de naturedansla forced'où elles

les fois que nousne

sommed'actionsindividuelles.Il n'estdoncnullementindifférent que ces pratiquesprennentcorps etsefixentdansuneformule ; elles

revêtentainsi une formed'existence qui les distingue des habi-

tudes personnelles, inscritesdans l'organisme ou

chacun.Si le sociologue s'attacheauxressemblancesles

ralesdesactionsdes

deleurs coutumes, c'est

de créerde tellesressemblances,etde s'extérioriserà ce

reste, du momentoù la ressemblanceestassez marquée etétendue pourqu'elle soit visible, elle tendà s'extériorisersous une forme

sensible, traductionou symbole, en sorte qu'il estde plus en plus

possible desaisirdanssonunitéla

Ainsi, en passant en revue, et en rattachantlesunesaux autres

les actionsde diversmembresd'un groupe, on aura sans doute

beaucoup d'aspects d'une même coutume, on en possédera des

parties,et, si on a ainsiobservétousles membresdu

aura toutesles parties dontest composée la coutume.Mais on

la plus

schématique, unenature

possibilité d'une quantité

fonderla

qui

ne suffîtà en

expliquer aucune.

nous l'aurait

sympathie

groupe.Qui

qui observent déjà cette pratiquequi

n'aiaucuneraison pour reconnaîtreà telle personne

voit pas,quand il s'agit

précisémentpour nous le signe

émanent, toutes

en ellesune combinaisonou une

voyonspas

la consciencede

plusgéné-

hommes, aux expressions les plus matérielles

que

seulesles forcessocialessont capables

point. Au

pratique sociale correspondante.

groupe, on

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LA DOCTRINED'EMILE DURKHËIM

363

n'aura cependantpas la coutume, en sa réalité sociale, carle tout

estautrechose

les parties. Il les enveloppe, maisillesdéborde.

que

11estd'uneautrenature.

Ceux

qui

voientdanscette conception une

métaphysique sociale

société, de l'élever

s'abusent.Il

au

rang de substance, d'en

contraire, cettedéfinition peut

par

D'ailleurs, il n'y a riende

de ces faits, ni dans leurnature: ils résultentde la coalescence

n'est pas questiond'hypostasier la

faireune chose transcendante: au

seulenous permettre de connaître^

des méthodes scientifiques, les faitssociaux et leur lois.

mystérieux dansle modede production

destendanceset pensées des individus, et ils consistenten

penseroriginales,qui

y

repré-

sentations: leur contenuest tout mental.Mais de l'uniondes

consciences individuelles, de leur pénétrationréciproque, résultent

des manièresde

puisse dèsmaintenantdires'il

tationsdes individuset de la société.Il est étrangeque ceux qui

s'aperçoivent

n'admettent pas la spécificité des faitssociaux ne

pointque cettedistinctionentrela naturedu toutetcellede ses

a desloiscommunesaux représen-

ontleurs lois, sans qu'on

parties a seule permis à la biologie et à la

constituer1.Lesélémentsdelasubstancevivantesont inorganiques,

et il ne s'y produitque des déplacements de matièreet

réactions physicochimiques.Cependant la vie présente des pro- priétésqui ne se retrouvent pas dans les moléculesd'azoteou de

carbone, et qu'on ne pourrait déduiredes propriétés de ces corps.

De mômeen

localiséedansunecelluledu

grand nombrede cellules,

et, si on écartela théoriede la

bien reconnaîtreà la sensationune natureet un rôle

s'expliquepas toutentier par ces faits physiques. D'autre part,

l'étudede la mémoirenous

subtrat matériel;qu'ils

s'évoquent en vertude leur

purementpsychique, et que la physiologie du cerveaune peut plus expliquer.Mais, si les représentationsindividuelles, bien

non

ressemblance, c'est-à-dired'une qualité

subsisterhors de la conscience, et sans

psychologie de se

des

psychologie, on a reconnu qu'une

sensationn'est pas

cerveau, mais correspond à la miseen

faut

rapport et à l'activitésimultanéed'un

conscience épiphénomène, il

qui ne

apprendque les souvenirs peuvent

1. Représentations individuelleset représentationscollectives, Revue de

métaphysique et de morale, 1898.

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REVUE PHILOSOPHIQUE

d'uneassociation

dynamique de cellules, ont cependant leur natureet leurslois propres,pourquoi en serait-ilautrementdes représentations col-

lectivesnéesdans un

on à celles-ciau moinsle

aux élémentsdontla réunionleura donnénaissance?N'est-il pas

vrai que dansla conscienceelle-mêmeles

en couches successives,depuis la

tellesorte que chaqueespèce de représentations semblerésulter

de la fusionde représentations de l'étage inférieur: et cependant,

chacune a ses lois, qui ne

représentationss'étagent

même degréd'indépendanceparrapport

qu'elles n'aient pu se produireque par le jeu

grouped'individus, et pourquoi

refuserait-

sensation jusqu'aux

idées, en

s'expliquentpoint par

celles de la

concepts sont

catégorie subordonnée.Les idéessocialessontdanslesconsciences

individuellesde la même façonque les idées ou

dans les sensations, et celles-cidans lescellulescérébrales: sans

doute, ellesne peuventpas être ailleurs; maiselles correspondent

à un

chacuned'elles peut se placerpour se connaître.

point de vue tout autre, sur ces consciences,que celuioù

Il

Si les faitssociauxconstituentainsiun

règnenouveau, il n'est

pas possible de les expliquerscientifiquement, c'est-à-direde façon à êtreen mesurede les prévoir, autrement qu'en les ratta- chantà d'autresfaitssociaux.C'est pourquoi il convientd'écarter

toute explication des sociétés, de leurévolutionet deleurscarac-

tères,par des forcesextrasocialestelles que la race ou, plus

généralement, l'hérédité.« Nous ne connaissonsaucun phéno-

mène social, dit Durkheim,qui soit placé sous la dépendance

incontestéede la race1. » Et il citedes institutionstrèsdiverses

qui

des sociétésde race différente, les mêmesse retrouvent. Quant à

l'hérédité, les peuplesy

reutétablie: maisc'estcette croyance, c'est-à-direun étatd'âme

collectif,plutôtque

cas, a joué un rôle-.L'héréditéne paraît

facultés générales, des dispositions mal déterminées, un type

se rencontrentdansdessociétésde même race, alors que, dans

ont cru

longtemps avant que

la science

le fait

organico-psychique,qui, danscertains

transmettre que des

1. Les Reales de la méthode sociologique,p. 132.

2. La Divisiondu travailfp.

296 et suiv.

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IA DOCTRINEd'éMILE DüRKHEIM

365

moyen communaux générations successives. Là où les

sontdevenueshéréditaires, où un régime des castes

ces institutionsétaient conformesaux

la société. A l'origine, c'est bien moins la race ou l'hérédité que

l'idée que s'en faitle groupe collectivement qui est opérante; et,

dans les sociétés plus évoluées, les variétéshumainessontfondées de plus en plus surdes ressemblancesmoralesnon héréditaires.

Sans invoquer ces forces, on a tenté d'expliquer les transforma- tions des sociétés par leur passé, en retraçant la courbe de leur

évolution: la dynamique sociale d'AugusteComte, Tévolutionnisme

professions

constitué,

s'est

goûts

et aux intérêtsde

de cette méthode. Il semble

qu'ainsi on reste placé à

réussisse à tirerun état de la société des états antérieurs, ce qui

est bien rattacherle social au social. Et

parcourt l'humaniténe s'engendrentpas les unes les autres1». Le

passé explique comment le présent a été possible, mais non

commentil estné. Ces philosophes sont obligés de supposerqu'une

tendance continue

permet c'est une tendance qu'ils imaginent : c'est à des théoriesde ce

genrequ'on pourraitreprocherd'hypostasier les forces sociales, et

de se placer

science doit rechercherun lien causal entrele donnéet le donné.

Il ne suffit pas de montrer que des événementsse sont succédé dans un certain ordre : il faut trouver les lois générales qui expliquent chacun des événementsde celte série chronologique.

En sociologie pas plus que dans les autressciences on ne parvient du premiercoup, si même on y parvientjamais, à découvrir par

la réflexionle

Faute d'avoirclassé d'abord d'après leurs ressemblancesles divers

aspects de la réalité sociale, Comte et Spencer ne se sont pas avisés qu'ils mettaienten somme bout à bout, pour en faireune

mêmesociétédontle développement seraitcontinu depuis l'origine,

des sociétés très différentes,qui

conditions, dontils

qui ne sortentnullementl'une de l'autre».Il est toujourspossible de trouver, aux différentes périodes de l'histoire, des sociétés simples

de Spencer, sont des applications

l'intérieurdu monde social, et qu'on

cependant « les étapes que

de rattacherces étatssuccessifs: mais

d'emblée hors de la réalité observable, alors que la

principe

de tout un ensemble

complexe

de faits.

ne résultent pas des mêmes

que

certaines phases, et

n'ont retenud'ailleurs

i. Les Règles

de la méthode sociologique, p. 144.

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REVUE PHILOSOPHIQUE

typepluscomplexe, de retenir pour les premières

périodes les sociétés

nousdes

les premières sontdes sociétés naissantes,et que

presque au termede leur développement? Une société de type

théologique est peut-être un terme, unesociétédu typepositiviste,

un point de départ. Or pour déterminerle

de chacune

nécessaires. En réalitéla cause d'une transformation, ou

caractère important d'unesociétédoitêtrecherchéenon

les forcessocialesantérieuresou extérieures, maisdansle milieu social interne1, c'est-à-direà l'intérieurde la sociétéà l'époque considérée.Sans douteunesociétéesten rapport avecdessociétés ambiantes: maisl'actionde celles-cine s'exercesurelle que par

l'intermédiairedes conditionsoù elle se trouve, et

connaîtred'aborden elles-mêmes.Sans douteencoreil subsiste, à

passé,produits del'acti-

vitésocialeantérieure, mœurs établies, droitanciennementcon-

stituéet

principe moteurdela sociétén'est pas là : ellese concentredansles

facteurshumains actuels, etdansleurs rapports avec

contemporaine, c'est-à-diredansl'action psychiqueque la société

exercesurses membres. Durkheima cherchéun

sensible,qui traduisîtla natureetl'étenduede cette action, et il a

retenula formedu droit, ou les institutions juridiques2. Le droit présente en effet,pour l'observation, ce double avantage,qu'il

exprime les coutumeset croyances les

société, et qu'il en estla consolidationsous une formeen

écrite, en toutcas définie, arrêtée.Il

aux

l'organisation

etdessociétésde

périodesplus proches de

sociétés pluscompliquées. Mais qu'est-cequi prouveque

simples,pour

les

les autressont

degré de développement

d'elles, bien des comparaisonspréalables seraient

simplement d'un

pas

dans

qu'il

fautdonc

l'intérieurd'une société, biendestracesdu

qui

ne

correspondplus

à l'état présent : maisla vie et le

signe objectif, très général et très

plus importantes d'une

général

peut êtredécrit, il se prête

comparaisons etau calcul (puisqu'onpeutcompter le nombre

de

même temps il

règles de chaqueespècequi entrentdansune

Dans le droit,il y a deux

législation), eten

nous fait pénétrer au cœurmêmede la viesociale.

espèces de règles,qui correspondent à

1.

Les Règles de la méthode,p. 138.

¿. La Divinon au travail, p. zb et suiv.

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LA DOCïttLNEd'kMIÜÍ DÜRKIIEIM

367

des réactionstrès inégales de la sociétéaux démarchesdes indi-

vidus.Le droit pénal est l'ensembledes institutions qui assurent

la répression descrimes1.Or les crimessontdesactes

un ou plusieurs individus« froissentdes étatsfortsetdéfinisde la

consciencecollective». L'étenduedu droit répressif mesuredonc l'importance des représentations communesà tousles membresde

la société, des

parlesquels

règles dontla lésionestsentie par euxtous. « Les

est

partie de la consciencecollectivecommuneà tous

Plusellessont nombreuses,plus

Spencer,

cette

la sociétéexercesur ses membresavec le

règlesque sanctionnele droit pénal expriment les similitudes

socialesles plus essentielles.»

développée la

les individus.Il ne faut pas confondre, comme

action

pouvoir de

qu'il est

lequel

pouvoir,plutôt,repose sur elle, et lui est emprunté. La société

peut se passer

pas moinsd'autorité.C'est plutôt au momentoù ces pratiques

risquent d'êtrealtérées que se créecette fonction, la

organiséeque

ellese

contrainted'un chef.Le chefn'a d'autorité qu'en tant

de chef: les pratiques collectivesn'en conservent

premièrequi

le symbole de l'unitéde la société, et l'instrument par

maintient: ce n'est pas son pouvoirqui la crée; son

organe, envued'enmaintenir l'intégrité; mais

se différencie, etun

ce n'est pas uneformation artificielle; elle plonge ses racinesdans

la vie collective, constituéeavantelleet sanselle.

Plus

tielestle

généralement,si,

dansles sociétés primitives, ledroitessen-

que, dansces sociétés, les res-

c'est

semblances physiques et

singularise est

au

règles n'ontdonc

nous pourrions l'entendre.Le crimen'est

mesureoù il porte atteinteà l'intégrité matérielledu

ses membres.La sociéténe s'irrite pas de ce que certainsde ses

groupe et de

droit public et pénal,

psychiques sontà leur maximum, et que

toutacte parlequel

plus

unindividuse différencieetse

pointpourobjet

haut degréinsupportable à la consciencecommune.Ces

l'intérêtde la sociététel que

pas punissable dans la

membresla

puisqu'au contrairec'estunecoutume que Tonne puisse se marier,

par

ses membres par unmeurtren'est pas le crime qui l'affectele

Ce ñesont pas lesvertusou lesfautesmilitaires qui lui sontle pl