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Le débat littéraire

1 Quelles sont les conditions pour qu’il y ait débat ?

- Différentes interprétations doivent être possibles

- L’œuvre doit être porteuse de thèmes forts , de valeurs

- L’œuvre doit présenter une ouverture

- Les élèves doivent comprendre que le texte n’est pas « fermé », que des zones d’interprétation sont possibles

Catherine Tauveron évoque :

- Des textes réticents : qui ne donnent pas de manière délibérée toutes les informations

- Des textes proliférants : qui glissent des indices venant perturber une compréhension immédiate, obligeant à relire. Ce sont des textes qui vont permettre la mise en place de débats. Les débats qui peuvent être proposés :

- Sur l’implicite du texte, une seule réponse étant possible :1 er niveau

- Sur l’interprétation du texte, plusieurs interprétations pouvant être acceptées : 2 ème niveau

- Sur les valeurs du texte : une infinité de possibles existent

A titre d’exemple : Yakouba de Thierry Dedieu chez Seuil Jeunesse

Lecture orale de l’album : support utilisé, le texte complet sans les illustrations.

Les questions :

Des questions de compréhension :

a) Un questionnement préalable pour une compréhension globale de la situation : le lieu,

le moment, le personnage principal et sa situation, la difficulté de l’épreuve

b) Un travail de compréhension fine du dilemme avec mise en parallèle des deux volets :

- Tuer le lion blessé et sans force ou lui laisser la vie sauve ?

- Passer pour un homme, sortir grandi, aux yeux de ses frères, à ses propres yeux ?

- Devenir guerrier ou être banni par ses pairs ( berger) ?

Expression nécessitant un arrêt : « grandi » « banni »

Des questions d’interprétation :

- Yakouba

- Quelle a été sa décision ?

- Pourquoi les troupeaux ne sont-ils plus attaqués par les lions ?

- Quels indices permettent de le dire ?

a-t-il tué le lion ?

Des questions sur les valeurs :

- Yakouba est-il un enfant courageux ?

Les difficultés spécifiques :

Un contexte particulier : les rites d’initiation de l’Afrique traditionnelle, la hiérarchie sociale dans la tribu, les guerriers au sommet, les bergers à l’écart Des ellipses, de l’implicite à élucider, une langue poétique

Michèle MARTIN-DEGENNE Animation pédagogiqueEPERNAY 2006/2007

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La démarche :

Émergence et mise en commun des savoirs nécessaires à la compréhension du contexte :

- Discussion sur le passage à l’âge adulte ou le fait de « devenir grand ». Y a-t-il des moments, des épreuves qui marquent ce passage ? ( Les élèves peuvent évoquer une séparation d’avec les parents pour une classe transplantée ou un centre de vacances, le permis de conduire, le départ de la maison …)

- Connaissent-ils des cérémonies, des rites dans d’autres civilisations que la nôtre ?

Quelles sont les difficultés pour l’enseignant ?

-

L’oral est prédominant : quelles traces garder ?

-

Comment évaluer ?

-

Comment faire participer et écouter tous les élèves ?

-

Comment diriger le débat sans l’orienter, sans vouloir que les élèves arrivent à ce que souhaite l’enseignant ?

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Des éléments de réponse

La trace :

En fin de séance, il est intéressant de faire un bilan collectif sur :

- Ce sur quoi la classe est d’accord

- Ce sur quoi la classe est en désaccord

- Les questions que la classe se pose

Pour cela la question doit être particulièrement précise et être, au même titre qu’en sciences, la question de la classe Ce bilan pourra être recopié et consigné dans le cahier de lecture

Comment évaluer

Dans les moments de débat, il est tout particulièrement intéressant de proposer des temps

de réflexion individuelle et d’écriture qui permettent tout à la fois à chaque élève de construire sa réponse et à l’enseignant d’évaluer ultérieurement les compétences de chacun L’évaluation ne peut se réaliser que sous la forme d’une observation des élèves, de leurs écrits, de leurs dires en situation Les épreuves classiques : « papier, crayon » étant ici inappropriées comme le précise le document d’accompagnement des programmes « Lire et écrire au cycle 3 »

La lecture littéraire (1)

« Elle ( la lecture littéraire ) présente des caractéristiques qui ne se prêtent pas à une

approche évaluative ponctuelle et normative (hormis la compréhension d’extraits qui pourrait être traitée, de manière limitée, comme pour tout autre texte). En effet, elle mobilise un investissement personnel et la subjectivité du lecteur, elle propose des textes toujours singuliers dont la compréhension et l’interprétation font appel à de multiples

savoirs et savoir-faire en interaction On privilégiera donc plutôt une forme d’observation continue des comportements et des pratiques.

(1) « Lire et écrire au cycle 3 »page 36 Document d’accompagnement des programmes 2002

Michèle MARTIN-DEGENNE Animation pédagogiqueEPERNAY 2006/2007

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La participation aux débats

Les élèves peuvent-ils : (1)

-

Se repérer dans l’œuvre ? (notamment distinguer les personnages, leurs relations, leurs motivations, leurs projets, etc…)

-

Identifier les éléments majeurs de l’intrigue, identifier la période, le lieu )

-

Présenter une interprétation, une hypothèse face à des ambiguïtés du texte, des silences, de l’implicite, présenter un point de vue, une évaluation à propos des valeurs, des motivations des personnages, etc… ?

-

Présenter une preuve de leurs dires et ou de leurs objections pour réfuter des propositions d’autrui en s’appuyant sur le texte (considéré du point de vue, du contenu et/ou des stratégies narratives) et/ou les illustrations

-

Argumenter sur la base de connaissances et/ou de lectures antérieures

(

sur le sujet, sur des thèmes proches, sur l’œuvre de l’auteur, etc…)

- Exprimer des émotions, des points de vue subjectifs relatifs à l’action, à l’écriture

( sensibilité aux métaphores, aux jeux de langue, etc…)

(1) « Lire et écrire au cycle 3 »page 36 Document d’accompagnement des programmes 2002

Tous les élèves doivent-ils participer oralement ? Un élève ne prenant pas la parole ne participe-t-il pas réellement ? Qu’est-ce que participer à un débat ?

Chaque enseignant souhaite que tous les élèves prennent la parole à un moment ou à un autre lors de ces moments collectifs. Des pistes peuvent être proposées :

- Il est plus facile pour un élève de donner son opinion si un temps personnel de réflexion et d’écriture lui a été donné auparavant

- Des dispositifs de petits groupes peuvent faciliter la parole. Ainsi, il est possible de soumettre une question à la classe selon le déroulement suivant :

chaque élève y répond individuellement, puis en groupes de 4, puis en collectif ( Le groupement des élèves étant défini en fonction de la capacité à s’exprimer en grand groupe : - faibles parleurs, - moyens parleurs, - grands parleurs )

- On peut également partager la classe en deux groupes : un groupe de débattants et un groupe d’observateurs.

Les programmes 2002 établissent des ponts et invitent à entamer ce travail dès le cycle 2 (« Organiser des débats interprétatifs, dès 5 ans autour des textes lus par le maître ) L’activité de raisonnement peut et doit s’apprendre. Et…La pédagogie de l’interprétation mise davantage encore sur le débat, la confrontation

Au collège et au lycée, on s’attache à l’implicite et à l’interprétation des textes littéraires par la voie de l’explication, puis du commentaire.

Michèle MARTIN-DEGENNE Animation pédagogiqueEPERNAY 2006/2007

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