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Analyse fonctionnelle: Espaces de Banach

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2.1.9 D ÉFINITION Soient E et F deux evn. Une application de E dans F est un isomophisme linéaire si elle est linéaire, bijective, continue et d’inverse continue ( qui est alors linéaire). On note par Isom( E, F ) l’ensemble des isomorphismes linéaires de E dans F. Si E = F, on note Isom( E) à la place de Isom( E, E). 2.1.10 L EMME ( DE VON N EUMANN ) Soient E un espace de Banach et u ∈ L ( E, E). Si ||u|| < 1, alors idE − u ∈ Isom( E) X n et d’inverse u .
n ∈N

Démonstration: La série

convergente, car ||uk || ≤ ||u||k , donc converge vers v ∈ L ( E, E). Comme, pour tout n ∈ N, (idE − u) ◦ ( la limite, on obtient que que l’élément v =
k =0 n X

n ∈N

X

uk dans l’espace de Banach L ( E, E) est normalement
n X

uk ) = (

k =0

uk ) ◦ (idE − u) = idE − un+1 , par passage à
n ∈N

X

un est l‘inverse de idE − u.

2.1.12 T HÉORÈME Soient E et F deux espaces de Banach. Alors Isom( E, F ) est un ouvert de L ( E, F ), et l’application u 7→ u−1 de Isom( E, F ) dans Isom( F, E) est continue.
Démonstration: Soient u0 ∈ Isom( E, F ) et u ∈ L ( E, F ) tels que ||u − u0 || <
−1 Posons v = idE − u0 u. Alors −1 −1 ||v|| = ||u0 (u − u0 )|| ≤ ||u0 ||||u − u0 || < 1, (∗)
n ∈N −1 u0 est

1 −1 . ||u0 ||

−1 donc idE − v = u0 u est inversible, d’inverse continu

dent. Donc u est inversible et = (idE − que la boule ouverte de centre u0 et de rayon

u −1

v ) −1
1

il s’en suit qu’il est ouvert dans L ( E, F ). L’expression ci-dessus de u−1 montre aussi que
Ä ä
+ ∞ X

−1 ||u0 ||

continu, ce qui montre est contenue dans Isom( E, F ),

X

vn , par le lemme précé-

−1 −1 −1 ||u−1 − u0 || = || (idE − v)−1 − idE u0 || ≤ ||(idE − v)−1 − idE ||||u0 ||

=k

n =1

−1 || ≤ ||v|| vn k||u0

qui tend vers 0 quand u tend vers u0 , car alors ||v|| tend vers 0 par (∗ ). La continuité en tout point de Isom( E, F ) de u 7→ u−1 en découle. ⌅

−1 ||u0 || , 1 − ||v||

Dans la suite. Espace quotient Soit E est un espace vectoriel normé et que F est un sous-espace de E. Plus précisement. F ) = 0. . . 1 ≤ i ≤ n. On peut ainsi identifier tout espace vectoriel normé de dimension n à R n via cet isomorphisme. . pour x = i =1 x i ei . Alors l’espace produit E = i =1 n Y Ei est un espace de Banach. .ki ). alors x ∈ F. . soit = | λ | d ( x . d’où k x k = d( x. . +∞[ et ||( x1 . soit B = {e1 . F ). . k x k ∞ = sup {| x1 |. . Analyse fonctionnelle: Espaces de Banach 54 2. F ) = | λ | k x k. . k. F ) = inf k x − yk = inf k x 0 − (y + x 0 − x )k = inf k x 0 − y 0 k = d ( x 0 . . . xn ) = i =1 xi ei . | xn |}. . 3) Tout produit fini d’espaces de Banach est un espace de Banach. . xn )||∞ = max{|| x1 ||1 . . F ) + d ( x 0 .2. F ). xn ) 7→ Φ( x1 . on pose pour cela k x k := d( x. des espaces de Banach. . Si x ∼ x 0 alors x − x 0 ∈ F et par conséquent d( x. .2 Construction d’espaces de Banach 1) Tout espace vectoriel normé de dimension finie est un espace de Banach. 2) Tout sous-espace vectoriel fermé d’un espace de Banach est complet. Soit ( Ei . un produit fini d’espaces vectoriels normés sera considéré muni de l’une des ces normes. . F ) ≤ d ( x . tout sous-espace de dimension finie. F ) = 0 et si λ 6= 0 alors on a y∈ F kλ x k = inf kλ x − yk = |λ| inf k x − λ−1 yk y∈ F 3) Il reste à vérifier l’inégalité triangulaire. On définit alors un isomorphisme (linéaire) et isométrique Φ Pn par : Φ : R n → E. . . On définit sur E une norme en posant. 2) On a k0k = d(0. . xn )|| p = (|| x1 ||1 + · · · + || xn ||n )1/ p si p ∈ [1. . En particulier. || xn ||n }. . . 0 On peut à présent vérifier ces propriétés : d y∈ F y∈ F y ∈F 1) Si x = 0. En effet. . soit E un espace vectoriel de dimension n. . . F ) = inf k x − yk y∈ F il faut commencer par montrer que cette quantité ne dépend pas du choix du représentant x de x. . . en } une base Pn de E fixée. On veut définir une norme sur l’espace quotient . Alors il existe un isomorphisme isométrique de R n sur E. c’est donc un espace de Banach (pour la norme induite).1. pour l’une des normes équivalentes suivantes : p p ||( x1 . d ( x + x 0 . par ( x1 . .

si U est un ouvert. donc x ∈ BE/ F (0. En effet. alors E/ F est un espace de Banach. 2. Réciproquement. et x ∈ U . d’où BE/ F ( x. On a définit ainsi une semi-norme sur E/ F. k x k = 0 ⇔ d( x. De plus p est une application ouverte. 1)) est un voisinage de l’origine. 2) L’application canonique est linéaire continue p : E → E/ F définie par x 7→ x.1. 3) La norme définit la topologie quotient. 2. 55 En passant à la borne inférieure dans l’inégalité précédente successivement dans la variable y puis y0 .14 P ROPOSITION 1) C’est une norme si et seulement si F est fermé. Ainsi U est un ouvert pour la topologie définie par la norme. Comme p est linéaire. Ce dernier point découle de l’égalité p( BE (0. y0 ∈ F on a y + y0 ∈ F et donc d ( x + x 0 . r ) ⊂ p−1 (U ).2. 3) La topologie quotient est la topologie la plus fine rendant la projection canonique p continue. 1)) alors k x k ≤ k pk. Analyse fonctionnelle: Espaces de Banach Or pour tout y. . si x = p( x ) ∈ p( BE (0. 1). il existe r > 0 tel que BE ( x. En effet. 1)) = BE/ F (0. F ) = inf k x − yk ≤ k x k y∈ F ce qui implique k pk ≤ 1. Démonstration: 1) En effet. i. 2) La projection canonique est une application linéaire continue et ouverte. 1) alors d( x. si x ∈ BE/ F (0.k x k < 1. F ) = 0 ⇔ x ∈ F. Réciproquement.e. F ) < 1 et il existe donc y ∈ F tel que k x − yk < 1 par conséquent x = p( x − y) ∈ p( BE (0. F ) ≤ k x + x 0 − y − y 0 k ≤ k x − y k + k x 0 − y 0 k. 1). F = F donc F est fermé dans E. elle est donc plus fine que la topologie induite par la norme. r )) ⊂ p( p−1 (U )) = U . on a k p( x )k = k x k = d( x. 1). il suffit de vérifier que p( BE (0.1. pour la topologie quotient. Ainsi k x k = 0 ⇔ x = 0 est équivalent à x ∈ F ⇔ x ∈ F.16 T HÉORÈME Si E est un espace de Banach et F un sous-espace fermé de E. r ) = p( BE ( x. on obtient l’inégalité désirée.

Alors hn (0) = f (0) et khn k1 = 2n . elle est continue puisque|φ( f )| = | f (0)| ≤ k f k∞ . pour n ∈ N ∗ . . il existe yn ∈ F tel que k xn − yn k ≤ d( xn . En effet. Par nt. F ) + 2−n . la semi-norme induite sur E/ F est identiquement nulle. ce qui implique que la série n =0 ∞ X ∞ X k xn k = n =0 ∞ X d( xn . La norme est donnée par = inf{k gk∞ : g ∈ E et g(0) = f (0)} = | f (0)| (on peut prendre g(t) = f (0) pour tout t ∈ [0. or pour tout n. c’est de plus une isométrie puisque |φ([ f ])| = | f (0)| = k[ f ]k. 0 ≤ t ≤ 1/n exemple.2. Soit n ≥0 x n une telle série. ˜ En fait. φ une application linéaire. on pose hn (t) = f (0)(1 − gn (t)). 2. la suite ( gn ) de F définie par gn (t) = 1.1. d’où E/ F est un Banach par rapport à la norme quotient. F ) = d( k = n +1 ( x k − y k ). On a n X xk .18 E XEMPLE . Soit φ : E → C définie par φ( f ) = f (0). Maintenant. Notons x ∈ E sa limite et montrons que kx − k =0 n X xk k = d( x − ∞ X k =0 n X n ≥0 X x n converge vers x. Ainsi F = φ−1 (0) est fermé dans E . 1]). 1/n < t ≤ 1. Clairement. l’application φ passe au quotient et induit un isomorphisme linéaire φ ˜ de E/ F sur C. C ) muni de la norme de la convergence uniforme et F le sous-espace de E formé des fonctions qui s’annulent en 0. Dans ce cas. 1]. F ) = d( k = n +1 ∞ X ( xk − yk ) + k =0 ∞ X yk . Soient E l’espace C ([0. . converge vers 1 6∈ F. ainsi n =0 converge. D’où k[ f ]k = inf{k gk1 : g (0) = f (0)} ≤ khn k1 ≤ d’où 0 ≤ k[ f ]k ≤ limn→+∞ | f (0) | 2n k[ f ]k = inf{k f − hk∞ : h ∈ F } = inf{k gk∞ : g ∈ f + F } | f (0) | 2n = 0. pour tout [ f ] ∈ E/ F. soit f ∈ E. Analyse fonctionnelle: Espaces de Banach 56 Démonstration: Il suffit de montrer que toute série normalement convergente dans X E/ F est convergente. F ) ≤ k k = n +1 xk − yk k ≤ k = n +1 k xk − yk k ⌅ d’où la convergence. F ne sera plus fermé dans E. F ) ( xn − yn ) ∞ X converge. où gn est la | f (0) | suite définie précédemment.k1® . si on muni E de la norme k.

Si ( E. En effet k x + iyk EC = max k cos(θ ) x − sin(θ )yk E ≤ max k cos(θ ) x k E + k sin(θ )yk E ≤ k x k E + kyk E . ay + bx ) (pour a.2π [ 2) On a k x + iyk EC ≤ k x k E + kyk E pour tout x + iy ∈ EC . k · k E ) est un espace de Banach. On définit une application k · k EC : EC → R : z 7→ max{kRe(µz)k E : µ ∈ C.2π [ . il en est de même pour ( EC . où x et y sont des éléments de E.20 R EMARQUE 1) A noter qu’on peut aussi l’écrire k x + iyk EC = max k cos(θ ) x − sin(θ )yk E . 3) On a aussi k j( x )k EC = k x k E pour tout x ∈ E.21 T HÉORÈME L’application k · k EC est une norme sur l’espace vectoriel EC .1. 0). 2. l’espace EC sera l’espace des vecteurs de la forme z = x + iy. 2. θ ∈[0. b ∈ R et x. k · k E ) un R-espace-vectoriel normé.2. k · k EC ).19 D ÉFINITION Soit E un espace vectoriel sur R. y ∈ E).2π [ θ ∈[0. qui rappelle le passage de R à C.1. |µ| = 1}. y) = ( ax − by. On appelle complexifié de E l’espace vectoriel complexe EC obtenu en munissant l’espace vectoriel E × E de la structure d’espace vectoriel complexe donnée par ( a + ib)( x. On plonge E dans EC par l’application j : x 7→ ( x. Analyse fonctionnelle: Espaces de Banach Complexification 57 Si E est un espace vectoriel sur R on peut lui associer un espace vectoriel complexe EC d’une manière naturelle. 2. On définira pour tous z = x + iy et z0 = x 0 + iy0 dans EC et λ = a + ib ∈ C  z + z 0 = ( x + iy) + ( x 0 + iy0 ) = ( x + x 0 ) + i (y + y0 ) λz = ( a + ib)( x + iy ) = ( ax − by ) + i (bx + ay ). Supposons maintenant ( E.1. θ ∈[0.

Donc zn converge vers z dans ( EC . N1 . F ). Par la complétude de E.2π [ θ ∈[0. FC ) linéaire sur de EC dans FC associé a T .1. Démonstration: Comme T θ ∈[0. kzn − zk EC = k( xn − x ) + i (yn − y)k EC ≤ k xn − x k E + kyn − yk E < ε. D’où k T Espaces L P et ` p θ ∈[0. ⌅ Soient E et F des espaces vectoriels normés sur R et T : E → F une application R-linéaire. 2π [ tel que λ = |λ|eiθ alors k|λ|eiθ zk EC = max{kRe(µ|λ|eiθ )k E : µ ∈ C. Si p < +∞. alors q = +∞ et si p = +∞. On note q. ˜ : EC → FC par T ˜ ( x + iy) = T ( x ) + iT (y) pour tout x + iy ∈ EC . et on l’appelle expo1 1 sant conjugué de p. k · k F ) des evn sur R et T ∈ L ( E. Il s’en suit que k xn − xm k E . N2 }. si u = x + iy ∈ EC . |µ| = 1} = |λ|kzk EC . Nous renvoyons au cours d’intégration pour les notions nécessaires de théorie de la mesure et d’intégration. Alors T ˜ est une extension de T . µ) (ou L p ( X ) si (Σ. L’une des familles les plus importantes en analyse est la suivante. il existe Nε tel que kzn − zm k EC < ε pour tout n. on a ˜ (u)k F = k T ˜ ( x + iy)k F = k T ( x ) + iT (y)k F = max k T ( x ) cos θ − T (y) sin θ k F kT C C C ˜ k ≤ k T k. il existe x.2. k · k EC ). alors pour tout n ≥ N . Passons à la seconde assertion. alors q = 1. k · k E ) et ( F. soient λ ∈ C et z ∈ EC . Soit e > 0. m ≥ Nε . +∞] tel que + = 1.2π [ ˜k kTk = kT D’autre part. telles . |µ| = 1} = |λ| max{kRe(µeiθ z)k E : µ ∈ C. p q Notons que si p = 1. Σ. notons L p ( X . ⌅ Beaucoup d’exemples d’espaces de Banach proviennent de la théorie de la mesure. mesurables pour Σ. Σ. On définit T ˜ ainsi définie est une application C-linéaire. µ) est sous-entendu) l’espace des classes d’équivalences d’application f de X dans K. Posons u = x − iy et N = max{ N1 . m ≥ Nε . N2 ∈ N tels que k xn − x k E < 2 ε pour tout n ≥ N1 et kyn − yk E < 2 pour tout n ≥ N2 . Soit T ˜ ∈ L ( EC . +∞]. Les autres axiomes de la norme se vérifient de la même façon. on a k T ˜ k ≥ k T k. l’élément de [1. Ainsi { xn } et {yn } sont de Cauchy dans ε E. Analyse fonctionnelle: Espaces de Banach Démonstration: Par exemple. soit {zn }n∈N = { x + iy}n∈N une suite de Cauchy dans EC . Soient ( X .23 P ROPOSITION ˜ l’application Soient ( E. 58 Il existe θ ∈ [0. T 2. µ) un espace mesuré et p ∈ [1.2π [ = max k T ( x cos θ − y sin θ )k F ≤ k T k max k x cos θ − y sin θ k E = k T kkuk EC . kyn − ym k E ≤ k( xn − xm ) − i (yn − ym )k EC = kzn − zm k EC ≤ ε pour tout n. y ∈ E.