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Ohadata D-05-48

DISTRIBUTION DE DIVIDENDES :

COMMENT DETERMINER LA SOMME A DISTRIBUER ?

FLASH N°1 de la Revue Experts Associés, N°2 – Août 2005

Par Franck K. A. JOHNSON Juriste d'Affaires – Fiscaliste

La clôture de l'exercice comptable s'accompagne de divers travaux qui permettent d'établir les états financiers de synthèse.

A partir du résultat de l'exercice, il convient de déterminer le bénéfice distribuable dont l'assemblée générale a la libre disposition et dont elle devra choisir l'affectation lors de l'approbation des comptes annuels. L'Assemblée Générale peut également décider la distribution de certaines réserves, les sommes réellement distribuables se distinguant ainsi du bénéfice distribuable.

I- LE BENEFICE DISTRIBUABLE

1- Les principes

L'Acte Uniforme relatif au Droit des Sociétés Commerciales et du GIE en son article 143 définit le bénéfice distribuable comme « le résultat de l'exercice, augmenté du report bénéficiaire et diminué des pertes antérieures, ainsi que des sommes à porter en réserve en application de la loi ou des statuts ».

Cette notion est importante dans la mesure où les dividendes sont prélevés en priorité sur les bénéfices distribuables.

2- Les différents postes à identifier

Le bénéfice de l'exercice,

Il s'agit du résultat qui apparaît au compte 13 « Résultat net de l'exercice » et qui, bien entendu, a été déterminé dans le respect des principes comptables 1 , applicables.

Les pertes antérieures et le report bénéficiaire.

Sont visées les sommes comptabilisées au compte 12 « Report à nouveau » à savoir, les sommes résultant :

- de la décision d'affectation du résultat de l'exercice N - 1 ;

1 Lire l'article « Rappel des principes comptables » publié dans le n° 1 de la Revue EXPERTS ASSOCIES

- en cas de changement de méthode comptable, de l'impact, déterminé à l'ouverture, de ce changement.

Les sommes à porter en réserves.

L'Acte Uniforme précité précise que pour la détermination du bénéfice distribuable, il convient de déduire les sommes à porter en réserves en application de la loi ou des statuts.

En effet, les SARL et les SA sont tenues d'effectuer sur le bénéfice de l'exercice, diminué, le cas échéant, des pertes antérieures, un prélèvement d'un dixième au moins affecté à la formation d'un fonds de réserve dit « Réserve légale ». Ce prélèvement cesse d'être obligatoire lorsque la réserve atteint le vingtième du capital social (articles 346 alinéa 2 et 546 alinéa 1, 2ème paragraphe).

Il découle de cette règle que :

- Seul le bénéfice de l'exercice est à prendre en compte pour le calcul du

prélèvement; les éventuels reports à nouveau bénéficiaires résultant de l'affectation de l'exercice N -1 sont donc exclus de la masse de calcul ;

- les pertes antérieures, s'il en existe, viennent en déduction de la masse sur laquelle est calculé le prélèvement pour la réserve légale ;

- le capital qui sert de base au calcul est le capital existant au moment du

prélèvement et il s'agit du capital social souscrit et non du capital social libéré (cas particulier des SA).

Bien que cela soit relativement rare, les statuts peuvent également imposer d'affecter une certaine quotité de bénéfices à un ou plusieurs fonds de réserves. Si tel est le cas, il conviendra de corriger le bénéfice distribuable de cette affectation.

En résumé, le bénéfice distribuable est égal au :

Bénéfice de l'exercice

+

 

Ou

Report à nouveau

-

-

Dotation à la réserve légale

-

Dotation aux réserves statutaires

=

Bénéfice distribuable.

Le solde bénéficiaire ou déficitaire des exercices antérieurs en instance d'affectation s'agrège de plein droit au résultat de l'exercice, que celui-ci soit lui-même bénéficiaire ou déficitaire, La décision d'affectation ne peut être prise qu'au regard du résultat de cette sommation.

Il- LES AUTRES SOMMES DISTRIBUABLES

1- Le principe du pouvoir de l'assemblée de compléter le bénéfice distribuable

Les sommes distribuables sont constituées par le bénéfice et les réserves dont l'assemblée générale ordinaire a la disposition (article 143 de l'Acte Uniforme). Ainsi, l'assemblée peut décider de la mise en distribution de réserves. Dans ce cas, la décision doit indiquer expressément les postes de réserve sur lesquels les prélèvements sont effectués.

L'Acte Uniforme relatif au Droit des Sociétés Commerciales et du GIE (articles 143 et 144) et l'Acte Uniforme portant Harmonisation des Comptabilités des Entreprises (chapitre 2, page 66, Compte 20 Charges immobilisées) viennent cependant limiter le pouvoir de distribution des réserves libres par l'assemblée en imposant de respecter certains équilibres.

2- Les restrictions au pouvoir de l'assemblée Le montant des capitaux propres à respecter

Hors le cas de réduction de capital, aucune distribution ne peut être faite aux associés ou actionnaires lorsque les capitaux propres sont ou deviendraient, à la suite de cette distribution, inférieurs au montant du capital augmenté du montant des réserves que la loi ou les statuts ne permettent pas de distribuer (article 143 alinéa

3).

Les limitations dues à la présence de certains postes à l'actif du bilan 2

Il ne peut être procédé à aucune distribution de dividendes tant que les comptes de la classe 20 « charges immobilisées » ne sont pas totalement amortis, sauf si le montant des réserves libres est au moins égal à celui des frais non amortis.

Peuvent avoir le caractère de charges immobilisées :

• les frais d'établissement: dépenses concernant la constitution de

l'entreprise (honoraires, droits d'enregistrement, frais de formalités légales, frais de prospection, frais de publicité et de lancement) ;

• les charges concernant une production déterminée à venir pour laquelle

il y a de fortes chances de succès commercial et de rentabilité : frais de démarrage d'immobilisations et de chantiers, de pré-exploitation, d'ouverture de points de vente ;

• les charges à caractère général dues à des opérations nécessaires

pour la poursuite de l'activité de l'entreprise ou son développement (frais

d'augmentation de capital

) ;

honoraires, commissions, frais d'actes ;

les

frais

d'acquisition

d'immobilisations

:

droits

d'enregistrement,

2 On peut se poser la question de la portée juridique des commentaires accompagnant l'Acte Uniforme portant Harmonisation des Comptabilités des Entreprises.

• les frais d'émission d'emprunts ;

• les dépenses de gros entretien ou de grosses réparations qui ne s'incorporent pas dans une immobilisation ;

souscripteurs.

les

primes

de

remboursement

des

obligations

accordées

aux

Suivant l'Acte Uniforme portant harmonisation des comptabilités, « aucune distribution de bénéfice ne peut intervenir avant l'amortissement complet des frais d'établissement. »

Pour cette raison, il est admis qu'en cas de bénéfices suffisants, le plan d'amortissement initial ne soit pas mené à son terme et qu'à l'issue d'un exercice la totalité des charges non encore amorties le soit globalement et intégralement pour permettre la distribution de dividendes.

III-

RESULTAT

SANCTIONS

DU

NON

RESPECT

DES

REGLES

D'AFFECTATION

DU

Tout dividende distribué en violation des règles ci-dessus exposées constitue un dividende fictif.

Tout associé ou actionnaire ayant reçu des dividendes fictifs peut faire l'objet d'une action en répétition c'est-à-dire qu'il soit exigé de lui les sommes qu'il a indûment perçues.

Quant aux dirigeants qui auront permis la répartition de dividendes fictifs, ils encourent des sanctions pénales.