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LA MIXITÉ SOCIALE DANS L'ESPACE SCOLAIRE : UNE NON-POLITIQUE PUBLIQUE

Choukri Ben Ayed Le Seuil | Actes de la recherche en sciences sociales
2009/5 - n° 180 pages 11 à 23

ISSN 0335-5322

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Pour citer cet article :

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------Ben Ayed Choukri, « La mixité sociale dans l'espace scolaire : une non-politique publique », Actes de la recherche en sciences sociales, 2009/5 n° 180, p. 11-23. DOI : 10.3917/arss.180.0011

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lorsque le champ scientifique contribue à la diffusion de ces vulgates modernistes ou lorsqu’il leur donne un terrain d’expression et de légitimation. Bruno Jobert. Dans l’espace scolaire. Franck Poupeau. Alors que la sociologie critique des années 1960-1970 s’employait à déconstruire le mythe de l’école libératrice. Cette nouvelle doctrine de l’action publique a eu de nombreuses implications dans le domaine éducatif. Paris. 2. Ce tournant libéral interroge inévitablement les rapports entre sociologie et politique. L’Harmattan. L’école et ses experts en France.24/10/2013 21h41. Elle s’est notamment traduite par la diffusion d’un discours managérial qui loue les vertus de l’autonomie et de l’évaluation des établissements scolaires3. santé. il s’agit aujourd’hui d’analyser la montée en puissance du libéralisme éducatif. la référence à la mixité sociale y remplit en revanche des fonctions secondaires en imposant une vision ethnicisante des problèmes sociaux et en légitimant une sélection des candidats à l’accès au logement.24/10/2013 21h41.. elle a également constitué la justification principale de l’imposition du libre choix de l’école consacrant ainsi le tournant libéral des politiques éducatives françaises. 11-23 11 Document téléchargé depuis www. « Une discrimination informelle ? Usages du concept de mixité sociale dans la gestion des attributions de logements HLM ».252.cairn. La Barbarie douce. cet article cherche à en appréhender les fondements et les fonctions sociales les moins visibles.cairn.Choukri Ben Ayed La mixité sociale dans l’espace scolaire : une non-politique publique 1. Raisons d’agir. Commission européenne. Document téléchargé depuis www. en apparence généreuse. Ce tournant libéral a constitué un mouvement continu depuis le lendemain de la Seconde Guerre mondiale jusqu’à nos jours2. © Le Seuil La mixité sociale à l’école s’est imposée avec force dans les débats scolaires au cours de la dernière décennie. Il a connu une brusque accélération au début des années 1980 notamment avec la conversion de la gauche gouvernementale à l’économie de marché et son adhésion aux nouveaux modes de gouvernance inspirés par le modèle de l’entreprise et à la faveur des alternances politiques. Paris. Jean-Pierre Le Goff. La rhétorique de la mixité sociale. 2002. ACTES DE LA RECHERCHE EN SCIENCES SOCIALES numéro 180 p. Le Tournant néo-libéral en Europe : idées et recettes dans les pratiques gouvernementales . Paris. OMC. Une Sociologie d’État. « Logiques politiques ». Commission européenne..236 .info . 1994 . Le Sens public. 2003. 4. 159. Paris. La modernisation aveu- gle des entreprises et de l’école. Johann Michel.9. Christian Laval et Louis Weber. a en effet contribué à banaliser un discours compassionnel et misérabiliste sur les écoles de banlieue. Banque mondiale. les recherches consacrées spécifiquement à la construction politique de l’objet « mixité sociale » manquent encore.Université Paris 8 . Banque mondiale)4. coll. 5. Le Nouvel Ordre éducatif mondial. Actes de la recherche en sciences sociales . notamment ceux issus de l’immigration post-coloniale1. La Découverte.93. La mixité sociale dans les politiques du logement s’est ainsi constituée en un nouveau champ de l’action publique où se côtoient des logiques de concurrence entre des agents porteurs d’intérêts contradictoires (bailleurs sociaux. « Peut-on parler d’un tournant néo-libéral en France ? ». Au-delà des intentions affichées.236 . en dépit de la multiplication des travaux consacrés aux ségrégations. septembre 2005. 2008 . Sylvie Tissot. OMC. p.252. OCDE. En retraçant brièvement l’histoire sociale du credo de la mixité sociale à l’école. municipalités. cette préoccupation s’est-elle traduite en politique publique et a-t-elle donné lieu à la production de nouveaux instruments institution­ nels ? Des travaux ont insisté sur le profond décalage entre le mot d’ordre de la mixité sociale et l’insuffisance des dispositifs prévus à cet effet dans le cadre des politiques du logement . Syllepse. © Le Seuil . Pour la période récente.info . 1999. État). 54-69. Ce tournant libéral n’est d’ailleurs pas propre à l’institution scolaire et concerne tous les services publics qui constituaient les principaux piliers de l’Étatprovidence : protection sociale. logement social.Université Paris 8 .9.93. 3. Cette doctrine a été renforcée par la diffusion des vulgates libérales par les organisations internationales qui lient le destin de l’école à celui du développement économique (OCDE.

1993 . la création de centres-ressources multiculturels. Dans les pays qui ont mis en œuvre cette politique. 8. numéro spécial 1967. 3. 35(7).. les enjeux politiques qui ont dominé la perception des problèmes éducatifs après 1945 résidaient dans l’objectif d’allongement des études et d’unification du système d’enseignement. Alain Léger et Maryse Tripier. École. p. Christian Maroy. « Inégalités régionales ou inégalités sociales ? Essai d’explication des taux de scolarisation ». Scolarité et ségrégation en banlieue.9. Ce type de recherche n’a pas connu de prolongement jusqu’au début des années 1980 avec les travaux de Jean Lamoure qui insistaient sur le rapport entre inégalités régionales d’éducation et reproduction scolaire7. la notion de ségrégation scolaire peine à trouver une traduction politique qui ne soit pas en contradiction avec les modes de catégorisation officiels faisant peu de cas des différences d’appartenances. 21. Les Nouvelles Politiques éducatives. avait été étudié dès la fin des années 1960 par Lucie Tanguy. la scolarisation des enfants du « peuple » était très inégalement répartie entre les établissements de centre-ville et ceux situés à la périphérie des grandes villes ou dans les espaces ruraux. sont les plus prononcées et ils sont le plus souvent régis par des politiques différentialistes. « Hiérarchisation des espaces scolaires. « Quelle unité d’analyse retenir pour étudier les variations géographiques de la scolarisation ? ».info . p. L’absence de mixité sociale à l’école n’a en effet pas toujours été posée comme un problème social majeur.Choukri Ben Ayed Le libéralisme éducatif se caractérise à la fois par la remise en cause de la prééminence de l’État et de l’administration centralisée dans la gestion des affaires scolaires. L’École de la périphérie.24/10/2013 21h41.236 . 1982. Sylvain Broccolichi. plutôt destinée à l’enseignement public. 2006 . différenciations usuelles et processus cumulatifs d’échecs ». Cette politique fut très controversée. 2001. 7.252. PUF. Lucie Tanguy et Monique Segré-Brun. Cette recherche d’homogénéisation structurelle de la scolarité a probablement pris le pas sur l’appréhension de la différenciation locale des conditions de scolarisation. 140-166.252. Paris. 15-27 . « Éducation et société ». 12 Document téléchargé depuis www. Collèges de banlieue. Agnès van Zanten. 117-139 . Revue française de sociologie. La France fait-elle les bons choix ?. Jean Lamoure. Méri- diens-Klincksieck. Les premiers textes officiels faisant mention des ségrégations scolaires ne sont publiés qu’à partir de 1998.24/10/2013 21h41. Fuir ou construire l’école populaire ?. Si dans le champ scientifique la prise en compte des ségrégations a été tardive. Le dispositif législatif prévoyait également une diversification du corps enseignant. Ville-ÉcoleIntégration Enjeux. Monique Segré-Brun et Alain Darbel6. Sociétés contemporaines. 2001 . 1995. p. Dans les pays de tradition universaliste comme la France. 127. CNDP. VIII. Le non-respect de ces différentes mesures a régulièrement conduit à la saisie des tribunaux. en lien avec les disparités territoriales d’éducation. Paris. Nathalie Mons. La mesure la plus emblématique (qui fut par la suite abandonnée) était celle qui prévoyait le transport des élèves des ghettos ethniques vers les autres écoles de la ville (busing)10. il convient de distinguer deux temporalités : scientifique et politique. 2007.93. PUF. © Le Seuil . conséquence de la libéralisation du choix des écoles. VIII. Paris. « Orientations et ségrégations nouvelles dans l’enseignement secondaire ». L’échec de la mixité sociale en France : un constat tardif Lorsqu’on évoque le constat de l’échec de la mixité sociale à l’école en France. 1986. Document téléchargé depuis www. le recrutement de responsables de la diversité culturelle dans les écoles et les universités et l’instauration de commissions locales chargées du suivi de ces différents dispositifs. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. 1995 . « La scolarité en France : de fortes inégalités régionales ». alors que d’autres pays comme les Pays-Bas ou les États-Unis ont adopté beaucoup plus précocement des politiques en matière de déségrégation scolaire. celle-ci s’est traduite par un recul flagrant de la mixité sociale dans les établissements les moins prisés par les familles5. Alain Darbel.93. En France. « Quelques indicateurs caractéristiques de collèges publics : évolution de 1980 à 1990 dans sept académies ».9. Choukri Ben Ayed et Sylvain Broccolichi. à caractère ethnique notamment. 9. Cette situation est pour le moins singulière.236 . PUF. La prise en compte des déterminants spatiaux des parcours scolaires au cours de cette période était surtout le fait de recherches réalisées à l’échelle « micro » des établissements urbains dans un contexte de massification scolaire et d’intensification des ségrégations scolaires8. régulation et marché : une comparaison de six espaces scolaires locaux en Europe. Revue française de sociologie. L’Orientation scolaire et professionnelle. par l’ouverture des financements des écoles aux entreprises et surtout par l’émergence d’un marché scolaire. Aux Pays-Bas une politique de discrimination positive visant à favoriser la scolarisation des minorités ethniques dans les écoles privées confessionnelles a vu le jour dès les années 1970. Cet aspect de la reproduction sociale par l’école. Éducation et formations. © Le Seuil dans le champ politique. 10. Paris.. Danièle Trancart. une formation des personnels éducatifs au multiculturalisme. 6.cairn. Jean-Paul Payet. Ce type de politique. Des tentatives de transposition sont actuellement en cours en France dans le cadre du « plan espoir banlieue ». Ces pays sont également ceux où les ségrégations scolaires. elle l’a été encore davantage 5. Paris. Cette configuration spatiale constituait une survivance de la polarisation sociale propre à l’école élitiste républicaine. numéro spécial 1967. C’est donc dans les pays où les politiques scolaires sont soumises à une régulation par le marché que la création de dispositifs de lutte contre les ségrégations scolaires a le plus rapidement vu le jour. Ethnographie d’un monde scolaire. Méridiens-Klincksieck. a émergé dès les années 1950 aux États-Unis en imposant par décret des quotas ethniques lors des inscriptions dans les établissements scolaires et un tirage au sort pour les établissements les plus prisés. L’étude de ces dernières ne se développe néanmoins comme objet propre à la sociologie de l’éducation qu’à partir des années 19909.Université Paris 8 . puisqu’elle reproduisait la distinction ancienne entre les premiers cycles des lycées aux recrutements bourgeois et les cours complémentaires aux recrutements populaires.Université Paris 8 .info . coll.cairn.

la carte scolaire reposait sur deux principes. Sauf dans les cas où la polarisation urbaine est maximale. habitat de centre-ville. Ségrégation résidentielle et ségrégation scolaire. Les Politiques scolaires mises en examen. Le Sens du placement.La mixité sociale dans l’espace scolaire : une non-politique publique Les instruments de la mixité scolaire Il existe ainsi en France un profond décalage entre la prégnance de la rhétorique de la mixité sociale à l’école et la pauvreté des instruments institutionnels censés la garantir et la préserver. Marco Oberti. Douze questions en débat. © Le Seuil Document téléchargé depuis www. 64-70. en l’absence de dispositif spécifique.carte scolaire. L’École dans la ville.. L’Éducation nationale l’emporte sur le principe commercial. en 1981. La carte scolaire a vu le jour en 1963 dans le cadre de la politique gaullienne marquée par la planification étatique et par le développement des services publics. « Lieu de résidence et ségrégation sociale ». En France.252. La lente émergence du marché scolaire L’émergence d’un marché scolaire en France renvoie à cette combinaison entre expansion de l’enseignement privé et dérégulation de la carte scolaire dans l’enseignement public. le libre choix de l’école adopte une disposition de nature à renforcer ces ségrégations.Université Paris 8 . 2008. Edmond Préteceille. 16. elle impliquait le respect de la règle d’affectation dans les établissements scolaires selon le lieu d’habitation. Paris. Dans le cadre de la généralisation d’une « école moyenne pour tous ». l’idéal égalitaire véhiculé par la sectorisation étant beaucoup plus diffus comme celui de « l’égale distance » aux équipements scolaires. du Temps. ainsi que les villes de Dunkerque. Par ailleurs.24/10/2013 21h41. 2002.24/10/2013 21h41. Paris. Cette remarque permet de lever une ambiguïté sur le sens de la politique éducative prioritaire française. p. Nantes. Cette double obligation n’a pas été pensée initialement dans un souci de lutte contre les ségrégations scolaires. 13 Document téléchargé depuis www. pris isolément).cairn. 12.info . Ségrégation . celui de la maîtrise des flux scolaires en vue de la répartition et de l’allocation des ressources dans les différents secteurs scolaires. fixe la ségrégation urbaine dans les cas où celle-ci s’étend à des aires géographiques très vastes comme c’est le cas dans les « beaux quartiers » ou inversement dans les très grands ensembles d’habitat social fortement enclavés13. Le seul dont la fonction s’apparente à cet objectif est la carte scolaire. elle impliquait une obligation de fournir des prestations scolaires égales sur tout le territoire12.93. les secteurs scolaires recouvrent des aires de recrutement aux profils sociaux plutôt contrastés (fractions de grands ensembles.93. La politique éducative de ce premier septennat est constituée de mesures aux intentions et aux effets contradictoires. Éd. Comme le souligne Claude Lelièvre : « L’Éducation nationale gaullienne est fondée sur le principe du service public (de l’intérêt général. Pour les usagers. le consumérisme scolaire cher aux libéraux11 ».cairn. de la planification des besoins en équipements scolaires et en postes d’enseignants. Franck Poupeau et Jean-Christophe François. Presses Universitaires de Sciences Po. elle ne se pose paradoxalement ni comme problème public majeur. national) qui n’est pas confondu avec le service du public (de l’intérêt de chacun. Cahiers français. regroupements de plusieurs communes en milieu rural). Le même ministre en instituant. Choukri Ben Ayed. ne pouvait ainsi être dissociée. pour reprendre l’expression de Claude Lelièvre. 2003. Raisons d’agir. 314.. ESF.9. elle a rempli cette fonction par défaut. ni comme un objet scientifique digne d’intérêt durant une longue période.236 . Si la carte scolaire n’a pas été conçue initialement comme un outil destiné à garantir la mixité sociale. et celle du respect des règles d’affection. La libéralisation de la carte scolaire est un processus continu depuis le premier septennat de François Mitterrand jusqu’à l’élection de Nicolas Sarkozy. Alors que celle-ci incarne l’idéal d’égalité devant l’école. les politiques d’éducation prioritaire sont soit des politiques de compensation16. La politique des ZEP initiée par Alain Savary visait à corriger les effets de plus en plus visibles des ségrégations scolaires.236 . La double obligation. soit des politiques de déségrégation. n’a pas mis un terme à ce processus de désengagement naissant de l’État. 2009 . Celles-ci concernaient en 1984-1985 les départements de l’Ille-et-Vilaine et de la Côte-d’Or.info . les travaux de recherche soulignent que ce sont davantage les pratiques de contournement de la carte scolaire par les familles ou les mesures d’assouplissement qui contribuent à accroître les ségrégations scolaires que la carte scolaire elle-même14. L’accès à l’enseignement privé constitue également un facteur considérable d’exacerbation des ségrégations scolaires dans la mesure où ce secteur d’enseignement est entièrement dévolu à une régulation par le marché. 14. Claude Lelièvre.Université Paris 8 . Dans sa conception.252. Si les premières mesures de déconcentration de la carte scolaire ont débuté dès 1979 sous la houlette de Christian Bellac. ibid. l’élection de François Mitterrand à la Présidence de la République.mixité .9. En Angleterre ou aux États-Unis. La carte scolaire 11. 13. même à faible dose. Paris. celle de fournir des prestations scolaires égales et accessibles sur tout le territoire. par l’émergence de la décentralisation éducative et par l’instauration des premières mesures d’assouplissement de la carte scolaire à l’entrée au collège15. ou une combinaison des deux. 15. Pour l’institution. L’obligation pour l’usager de ne pas s’affranchir de la règle d’affectation s’expliquait avant tout par un souci gestionnaire. Les programmes de compensation visent à instaurer des interventions éducatives précoces notamment pour les élèves issus des minorités ethniques afin de corriger des déficits culturels censés faire obstacle à la réussite scolaire. elle l’a été également par la création des Zones d’éducation prioritaires. la politique éducative prioritaire ne correspond 2007 . zones pavillonnaires. Saint-Étienne et Limoges. Marquée tout d’abord par l’échec de la tentative d’intégration de l’enseignement privé qui aurait pu mettre un terme au développement du marché scolaire. Carte scolaire et marché scolaire. © Le Seuil .

CNCRE. mais uniquement à la marge. 22. 2004. ci-contre]. 53. 2009. ni à sa clarification. disparités. qui étendent l’assouplissement de la carte scolaire. Les catégories opératoires des politiques d’intégration aux États-Unis ». Document téléchargé depuis www.24/10/2013 21h41. « Autonomie et choix des établissements scolaires : finalités. les textes consacrés à la politique d’assouplissement de la carte scolaire ne font jamais mention du problème spécifique des ségrégations scolaires. la politique des ZEP est ainsi très éloignée des dispositifs anglo-saxons de discrimination positive ou d’affirmative action18.236 . Mixité. d’autres comme Paris ont davantage durci leur dispositif. « L’assouplissement de la sectorisation à l’entrée en sixième ». Économie et statistique .93. Dès lors l’assouplissement de la carte scolaire devient un leitmotiv par les différents gouvernements qui se succèdent quelles que soient leurs couleurs politiques [voir encadré « Carte scolaire : repères chronologiques ». © Le Seuil à aucun de ces deux modèles pour une même raison : l’absence d’une vision différentialiste de l’espace éducatif et de l’espace politique lui-même. Le Nouvel Ordre éducatif local. n’introduisent que des éléments lacunaires pour encadrer cette politique : commissions locales chargées des arbitrages sans cahier des charges précis.cairn. luttes locales. elle rencontre en revanche une forte opposition des organisations laïques qui y voient une entorse aux principes républicains d’égalité et de justice. Certaines périodes sont marquées par une remise en cause partielle de cette politique. 24. Ces moyens supplémentaires sont du reste principalement consentis pour les primes accordées aux personnels exerçant dans ces zones17. cit.252. modalités. PUF.cairn. On constate également de très fortes disparités dans la mise en œuvre de la politique d’assouplissement. La création des ZEP n’a en effet pas été accompagnée de dispositifs institutionnels de mesure. effets ».info .93. Les deux circulaires de 1985 et de 1987. obligation d’informations aux parents. elle ouvre en revanche une première brèche dans la sectorisation scolaire en brisant le tabou du libre choix de l’école. 14 Document téléchargé depuis www. Comité national de coordination de la recherche en éducation. Si la question du libre choix de l’école n’est pas clivante politiquement. Roland Bénabou.252. Ces mesures locales ne remettent néanmoins pas en cause le mouvement global d’assouplissement de la carte scolaire. p. il conserve en revanche un pouvoir décisionnel prééminent qui en définit le sens et les contours21. Le libre choix de l’école profite avant tout aux familles initiées aptes à connaître l’existence du dispositif et à faire aboutir leurs demandes. juin 1985. ont opté pour une désectorisation totale. Paris. 20.24/10/2013 21h41. La politique d’assouplissement de la carte scolaire est poursuivie par Jean-Pierre Chevènement en 1985 puis par René Monory en 198719. Denis Meuret. Robert Ballion et Irène Thierry.Université Paris 8 . 3-30. C. L’assouplissement de la carte scolaire. Si cette période du début des années 1980 est marquée par un volontarisme mesuré en matière de lutte contre les inégalités scolaires. Roland Bénabou.info . si l’État délègue au local la mise en œuvre de certaines politiques éducatives. elle s’est surtout centrée sur l’encouragement aux innovations pédagogiques locales. sur un plan opératoire elle se traduit par la mise en œuvre d’un dispositif en demi-teinte. op. « Hiérarchisation des espaces scolaires… ». s’est pourtant installé dans la durée sans jamais donner lieu à un bilan et un débat public. Sylvain Broccolichi et Marie Duru-Bellat. Clermont-Ferrand ou Périgueux. p. « Zones d’éducation prioritaires : quels moyens pour quels résultats ? ». Daniel Sabbagh. 2004. effets » pour le compte du CNCRE24 s’étonnent ainsi de n’avoir trouvé aucun texte donnant un fondement légal à l’extension de la politique d’assouplissement de la carte scolaire en France25. L’instauration des ZEP constitue certes une entorse au droit commun. Les auteurs du rapport réalisé en 2000 : « Autonomie et choix des établissements scolaires : finalités. Francis Kramarz et Corinne Prost ont en effet montré que le surcoût financier des élèves en ZEP est inférieur à 5 %. 2000. 19. IREDU-CNRS. Ce constat n’a donné lieu ni à une remise en cause du dispositif. de contrôle et de rétablissement de la mixité sociale. modalités. 380. Rapport d’étude pour le ministre de l’Éducation nationale. mené à titre expérimental. Compétence qu’il dispute bien entendu avec celle des chercheurs. Celui-ci montrait clairement que cette mesure renforce les inégalités scolaires dans la mesure où les conduites de choix sont socialement et localement différenciées. Tant par son ampleur que ses fondements. Si certaines villes comme Avignon. 18. Fait troublant. l’État disposait ainsi déjà d’éléments permettant d’appréhender les effets de l’assouplissement de la carte scolaire par le biais d’un rapport remis au ministre de l’Éducation nationale23. faute de porte-parole pour ces derniers. le débat sur le libre choix de l’école oppose en effet davantage les partisans de l’école publique et ceux de l’école privée que ceux des écoles « protégées » et des écoles ségrégées. Si sur un plan culturel cette posture est louable. Dans l’espace politique français.Choukri Ben Ayed 17. Ben Ayed et S. Choukri Ben Ayed. ni même à une refonte globale du cadre législatif.. sous-financé et incapable d’honorer l’un de ses objectifs fondateurs. 23. notamment en 1997 avec la re-sectorisation des collèges à Paris. 21.. Cette évolution est problématique car. Laboratoire d’économétrie de l’École polytechnique. 85-99.9. «  Discrimination positive et déségrégation. Néanmoins nous faisons référence ici aux enquêtes institutionnelles diligentées par l’administration scolaire elle-même. 25. incitation à la « valorisation » des établissements délaissés. On estime qu’en 1990 près de la moitié des collèges français sont concernés par une mesure d’assouplissement de la carte scolaire20. © Le Seuil . Francis Kramarz et Corinne Prost. Broccolichi.9.Université Paris 8 . Il conserve également le monopole de la production des outils de connaissance permettant d’en mesurer les effets à grande échelle22. Sociétés contemporaines. Les deux politiques – zones d’éducation prioritaires et assouplissement de la carte scolaire – ont en commun de réduire la question scolaire à sa dimension locale. celui de la lutte contre les inégalités et les ségrégations scolaires. sousadministré. Dès 1985.236 .

236 .cairn.Université Paris 8 .Université Paris 8 ..info .. Grenoble et Lille 1987 : René Monory étend les expériences d’assouplissement de la carte scolaire à 74 départements 1997 : Re-sectorisation partielle des collèges à Paris sous le ministère de François Bayrou 1998 : Publication de la circulaire de Claude Allègre qui propose de « mieux équilibrer » la carte scolaire afin d’éviter une « hiérarchisation excessive » des établissements scolaires 12 octobre 2000 : Annonce de la suppression des justificatifs de domicile lors de l’inscription dans un établissement scolaire par le ministère de Jack Lang 10 décembre 2000 : Alain Madelin propose la suppression de la carte scolaire 22 février 2006 : Nicolas Sarkozy annonce son projet de suppression de la carte scolaire Septembre 2006 : Gilles de Robien ouvre une concertation sur la carte scolaire à la demande du Président de la République. Ségolène Royal affirme que « l’idéal serait de supprimer la carte scolaire » 13 septembre 2006 : Le sondage de l’IFOP montre que 73 % des Français sont favorables à la suppression de la carte scolaire 16 septembre 2006 : Publication de la tribune de Nicolas Sarkozy dans le journal Le Monde où il réitère son projet de suppression de la carte scolaire 26 mai 2007 : Après la victoire de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle. © Le Seuil .cairn. qui affirme qu’il n’est nullement question de la supprimer 3 septembre 2006 : Lors de son déplacement à Florac.252.La mixité sociale dans l’espace scolaire : une non-politique publique Carte scolaire : repères chronologiques 1963 : Création de la carte scolaire dans les premier et second degrés par Christian Fouchet 1979 : Premières mesures de déconcentration de la carte scolaire par Christian Bellac 1984 : Premières expériences d’assouplissement de la carte scolaire dans les départements de l’Ille-et-Vilaine.9.93.24/10/2013 21h41. © Le Seuil Document téléchargé depuis www.236 .info . Xavier Darcos ministre de l’Éducation nationale annonce un assouplissement massif de la carte scolaire dès la rentrée 2008 et sa suppression totale à la rentrée 2010 15 Document téléchargé depuis www. Jacques Chirac.93.9. Saint-Étienne et Limoges par Alain Savary 1985 : Jean-Pierre Chevènement étend les expériences d’assouplissement à six départements supplémentaires et aux agglomérations de Lyon.24/10/2013 21h41.252. dans les agglomérations de Dunkerque. de la Côte-d’Or.

Au cours de l’année 1998. mars 2002. La problématique dominante du « libre choix de l’école » Jusqu’aux années 1990.info . La publication en 2002 du rapport de l’Inspection générale consacrée à la mixité sociale à l’école28 .93.Choukri Ben Ayed Ségrégations scolaires et politique d’État La question des ségrégations scolaires ne fait son apparition dans les textes officiels qu’à la fin des années 1990. creusent les inégalités des chances. La suite du texte ne s’en tient qu’à des considérations vagues en faisant uniquement appel à l’éthique et à la déontologie des responsables scolaires. selon lui.9. Les conclusions de ce rapport sont pourtant sans appel. En externalisant les sources des ségrégations scolaires. La comparaison entre les dispositions prises dans le code de l’urbanisme et dans le code de l’éducation est particulièrement éclairante [voir encadré «  Code de l’urbanisme.236 . code de l’éducation et mixité sociale : des différences notoires ». p. plusieurs rapports sont publiés sur la violence à l’école par des parlementaires ou des universitaires. © Le Seuil Document téléchargé depuis www. Sous l’effet conjugué de mesures ambiguës.. par la prégnance des inégalités scolaires et par l’émergence des premiers plans de lutte contre la violence scolaire. « La mixité sociale à l’école et au collège. affirme que la lutte contre les ségrégations nécessite « une volonté politique des collectivités territoriales en matière d’urbanisme et de logement ». Rapport à Monsieur le ministre de l’Éducation nationale ». La politique en faveur de la mixité sociale dans l’espace scolaire français apparaît ainsi comme très fortement sous-administrée. titré « Ces parents qui déménagent pour trouver une meilleure école ».24/10/2013 21h41.236 .9. par de fortes différenciations entre classes au sein même des établissements scolaires. Les arguments évoqués pour justifier ce choix sont avant tout d’ordre sécuritaire. Jean Hébrard.252. comme celle proposée par le comité interministériel de la réforme de l’État de supprimer les justificatifs de domicile lors de l’inscription dans un établissement scolaire et d’une médiatisation du sujet de la carte scolaire. à la demande du ministre Jack Lang. parfois. La question de la carte scolaire trouve également un écho politique lorsque la plupart des grandes organisations politiques se déclarent favorables à un nouvel assouplissement de la carte scolaire. préconisait de « mieux équilibrer » la carte scolaire afin d’éviter une « hiérarchisation excessive entre établissements scolaires » contraire. y compris en matière de carte scolaire. les textes publiés par le ministère de l’Éducation nationale ne s’en tiennent qu’à des déclarations de principe. Ce rapprochement ne se traduit néanmoins pas par la production de nouveaux outils institutionnels de nature à rétablir la mixité sociale à l’école.Université Paris 8 . Celui-ci établit en effet que la concentration des élèves 26. contrairement à l’idéal de l’École républicaine » (circulaire n0 99-007 du 20 janvier 1999). exprimait au moins une certaine compassion. Voir notamment l’article publié dans Le Monde du 22 avril 2000.. À partir de l’année 2000. la question du « libre choix de l’école » occupe une position centrale dans le débat public éclipsant celle des ségrégations scolaires. Les articles rapportent de nombreux exemples de familles inquiètes pour la sécurité de leur enfant du fait de la présence massive d’élèves d’origine étrangère dans les établissements situés dans les quartiers populaires27.cairn. l’État. Le Parti socialiste prend acte de l’ampleur des dérogations scolaires et propose une nouvelle étape de déconcentration de la gestion de la carte scolaire. La circulaire du 29 décembre 1998 publiée par Claude Allègre. à défaut de manifester un volontarisme fort en matière de lutte contre les ségrégations scolaires. La circulaire n0 99-007 du 20 janvier 1999 consacrée à la relance de l’éducation prioritaire publiée par Ségolène Royal. 27. Si une attention plus grande semble être accordée à la problématique des ségrégations scolaires. Ces phénomènes aboutissent à une certaine ségrégation sociale. L’État est ainsi davantage enclin à prêter attention à la question des ségrégations scolaires lorsque celles-ci portent atteinte à l’ordre scolaire. Ce mode opératoire témoigne de l’impuissance de l’État à lutter contre les ségrégations scolaires. il ne remet pas en cause la politique d’assouplissement de la carte scolaire. Les articles publiés par la presse ou les reportages télévisés font état de nombreux témoignages de familles ayant fui l’établissement du secteur. ce texte exonère l’Éducation nationale de ses propres responsabilités. ne contribue pas à une remise en cause de ce consensus d’ensemble. Le RPR plaide pour un mode de pilotage contractualisé avec tous les établissements. alors ministre déléguée à l’enseignement scolaire.252. Les données communiquées par la presse sont en effet issues des services statistiques du ministère de l’Éducation nationale (données IPES). La démarche adoptée par le ministère révèle de plus une contradiction fondamentale car s’il se dit préoccupé par la lutte contre les ségrégations scolaires.info . Cette période se caractérise par un essoufflement de la politique d’éducation prioritaire. Cette période est également marquée par un rapprochement entre les chercheurs et le champ politique à l’occasion d’assises ou de colloques.93. © Le Seuil . ministre de l’Éducation nationale. à la mission essentielle du service public d’éducation : « la situation présente est marquée par une hiérarchisation excessive entre établissements scolaires et. s’opère un brusque changement dans la façon d’appréhender ce problème. 18]. ni même ne met un terme à la publication des palmarès d’établissements abondamment relayés par la presse26. 28.cairn. MEN. 16 Document téléchargé depuis www. voire à sa suppression.24/10/2013 21h41.Université Paris 8 .

Les enjeux scolaires étant par ailleurs exacerbés à ce niveau.info . Cette ségrégation est particulièrement intense pour les élèves du Maghreb. c’est-à-dire « ceux où n’existe plus aucune mixité sociale et sans perspective raisonnable d’amélioration de la situation en raison de l’urbanisme. la mixité sociale est confrontée à la répartition des constructions qui a suivi l’explosion scolaire dans les années 1960-1970 concentrées essentiellement dans les banlieues déjà touchées par la ségrégation sociale. Cette préoccupation est particulièrement vive pour les élèves issus de l’immigration à l’égard desquels s’est instaurée une certaine défiance dans l’espace scolaire. Le rapport est rédigé à partir de sources journalistiques et de travaux universitaires. on peut mentionner la parution d’autres rapports comme celui de l’Agence pour le développement des relations interculturelles (ADRI) : « Les discriminations raciales à l’école. octobre 2006. En 2006. © Le Seuil et ses conséquences sur l’école ». Ce texte montre comment la discrimination se développe au sein du système éducatif.cairn. p. Ce qui est désormais au centre des préoccupations n’est plus l’espoir d’une ascension sociale des classes 29. des parents et de l’administration scolaire. ministère de l’Éducation nationale. Rapport thématique. Situation française en 200030 ». Cette position n’est pas totalement nouvelle. Alors que jusqu’à présent la carte scolaire était plutôt perçue comme un pis-aller en matière de préservation de la mixité sociale. Georges Felouzis.93. La scolarisation entre logique de marché et nouvelles formes de discriminations Ce rapport de l’Inspection générale n’est pas le seul à avoir alerté le ministère de l’Éducation nationale sur l’importance des ségrégations scolaires et sur leurs conséquences.La mixité sociale dans l’espace scolaire : une non-politique publique en difficulté ou de milieux sociaux défavorisés fait « baisser l’efficacité générale du service public de scolarisation tout en augmentant le coût29 ». ainsi que de la sur-représentation des élèves étrangers dans les filières peu prestigieuses ou encore des discriminations pour l’accès aux stages [voir encadré « La classe n’est qu’une extension de la rue ». de l’économie et de la structure de la population ». le projet de suppression de la carte scolaire ayant déjà été évoqué quelques années plus tôt par certaines organisations politiques.info .9. Le rapport précise que c’est à l’État de garantir un degré suffisant de mixité sociale en la rendant « légitime » auprès des familles (assortie d’une égalité des offres scolaires) et « gérable » par les enseignants. Cette publication ne sera suivie d’aucun fait. Françoise Liot et Joëlle Perroton insistent ainsi sur le rôle particulièrement décisif de la composition ethnique des établissements scolaires dans les stratégies de contournement de la carte scolaire par les familles.cairn.9. propose de fermer « les établissements de relégation ». Le gouvernement déclarait ainsi par Enquête sur la ségrégation ethnique dans les collèges.236 . sa suppression ne figurait pas dans le cahier des charges puisque cette consultation visait à contrer les propositions du candidat Sarkozy. de l’usage de stéréotypes. 31. Gilles de Robien. 17 . 30. Ce rapport reflète une profonde transformation dans la façon d’appréhender les questions scolaires. ADRI. Paris. © Le Seuil La mixité sociale comme justification de la suppression de la carte scolaire La question de la carte scolaire fait à nouveau son apparition au cours de la campagne présidentielle de 2007. Pour les collèges. mesure qui serait de nature à « jeter par dessus bord les principes de l’école républicaine ».Université Paris 8 . Outre la publication d’un ensemble de travaux de recherche. Ce qui est nouveau en revanche c’est le consensus qui se dégage entre les deux candidats. 18].93. À de nombreuses reprises. 21]. Le rapport pointe néanmoins ses carences. p. p. Ce rapport... Seuil. les familles sont aujourd’hui de moins en moins favorables à la mixité sociale et les enseignants parviennent difficilement à y faire face : « Au collège tout joue contre la mixité sociale ».Université Paris 8 . Le rapport est hostile à une suppression de la carte scolaire. « La contribution de l’éducation prioritaire à l’égalité des chances des élèves ». tels que « beurs » ou « africains » par les personnels scolaires. qu’il s’agisse des débats récurrents concernant la laïcité à l’école. Dans le premier degré. le ministre ne retiendra aucune de ces propositions [voir encadrés « Les douze propositions du rapport Hébrard » et « L’hétérogénéité fait peur ». tout au moins en début de campagne. le texte décrit la situation des élèves scolarisés dans ces d’établissements en des termes misérabilistes [voir encadrés « Des enfants mal socialisés » et « La réalité des immigrations Document téléchargé depuis www. d’Afrique noire et de Turquie31. 19]. populaires par l’école.24/10/2013 21h41. mais davantage la crainte de leur déclassement.252. sa mise en œuvre est trop complexe et doit faire face à des intérêts contradictoires des élus. lors de la concertation engagée sur le sujet par le ministre de l’Éducation nationale. Les catégorisations ethniques ne se limitent pas qu’aux stratégies de choix des établissements scolaires par les familles. particulièrement alarmiste.252. Document téléchargé depuis www. L’Apartheid scolaire. les deux principaux candidats l’accusent à présent ouvertement d’être à l’origine des ségrégations scolaires. Anne Armand et Béatrice Gille.236 . La carte scolaire suscite en revanche des débats intenses dans chacun de leurs rangs. elles sont également présentes au sein de certains rapports officiels comme dans celui publié par l’Inspection générale de l’Éducation nationale en 2006 sur le thème de l’éducation prioritaire32.24/10/2013 21h41. Initiative Raxen 2. Les travaux de Georges Felouzis. 32. Le coût renvoie ici à toutes les mesures visant à corriger les effets négatifs des ségrégations scolaires comme les ZEP. 2005. Françoise Liot et Joëlle Perroton.

93. Mais si la salle de classe n’est qu’une extension de la rue.252.93. En ce sens. code de l’éducation et mixité sociale : des différences notoires Le code de l’urbanisme érige la mixité sociale au rang d’intérêt général.cairn.252. et les aspects d’un processus général de stratification sociale dans lequel les victimes du racisme sont en même temps victimes d’une domination de classe. ayant leur dynamique propre qui doit peut-être être abordée dans ses propres termes. la violence raciale à l’école pourrait être un symptôme des tendances lourdes de l’inégalité sociale […] Le racisme et les discriminations sont à la fois des phénomènes particuliers. définition des compétences et des objectifs assignés aux bailleurs sociaux. © Le Seuil .24/10/2013 21h41. Il fait état en revanche de l’obligation de la participation au financement de la scolarisation d’un élève résidant en dehors de la commune lorsque le motif de changement d’école correspond aux critères suivants : obligations professionnelles des parents. « La classe n’est qu’une extension de la rue »  L’effondrement manifeste de la discipline dans les écoles socialement les plus désavantagées indique que ces dernières ne sont plus capables d’être un lieu “préservé” à l’intérieur même de la société. part du logement social par communes. il est vain d’attendre du système scolaire qu’il soit une enclave égalitaire dans une société inégalitaire.9. © Le Seuil Document téléchargé depuis www.24/10/2013 21h41.236 .. plan local d’urbanisme. modes d’attribution des agréments pour la construction de nouveaux logements. etc.Université Paris 8 .Choukri Ben Ayed Code de l’urbanisme.236 . » Extraits du rapport de l’ADRI.info .. 18 Document téléchargé depuis www. Sont énoncées un ensemble de procédures réglementaires et législatives en vue d’atteindre cet objectif : principes d’élaboration des documents d’urbanisme.Université Paris 8 . raisons médicales (Article L212-8).9.info . Le code de l’éducation ne fait pas référence à la mixité sociale. renouvellement urbain. Situation française en 2000 ». Ce sont en tout près de 50 dispositions qui sont mentionnées.cairn. « Les discriminations raciales à l’école. droit de préemption. regroupement de fratrie.

c’est-à-dire de la différence.9.cairn. qui pourra prendre en charge la transmission de cet aspect essentiel des valeurs de notre démocratie ? ». L’hétérogénéité fait peur.. MEN.La mixité sociale dans l’espace scolaire : une non-politique publique Les douze propositions du rapport Hébrard 1 - Une meilleure gestion territoriale des écoles et des collèges 2 - Inscrire la sectorisation dans un dispositif contractuel et partenarial 3 - Réviser les critères d’attribution des dérogations 4 - Répartir les cycles entre plusieurs écoles du premier degré 5 - Mettre au débat le principe de la sectorisation de l’enseignement privé sous contrat 6 - Expérimenter de nouveaux types de sectorisation (élargissement des aires de recrutement) Document téléchargé depuis www.24/10/2013 21h41..cairn. Elle provoque des réflexes de défense qui conduisent souvent au mépris.info .24/10/2013 21h41.252. les critères de sanction. Rapport à Monsieur le ministre de l’Éducation nationale ». mars 2002. « La mixité sociale à l’école et au collège.93. 19 Document téléchargé depuis www. © Le Seuil 7 - Faciliter le « vivre ensemble » en redéfinissant les droits et les devoirs de chacun. Les réactions de rejets sont le plus souvent réciproques.252.236 .Université Paris 8 . de notation et d’orientation 8 - Casser la concurrence entre les établissements 9 - Amplifier les mesures de prise en charge des élèves en difficulté 10 - Améliorer la formation des enseignants 11 - Redéfinir la culture scolaire dans une visée intégrative 12 - Installer des cellules de veille et de contrôle de la mixité sociale à l’école « L’hétérogénéité fait peur » « Il ne suffit pas de restaurer la mixité sociale dans les établissements scolaires.236 . Si l’école faillit à l’apprentissage patient de l’acceptation de l’autre.93.9.info . à la xénophobie ou au racisme.Université Paris 8 . Extraits du rapport de Jean Hébrard. © Le Seuil . Les enfants reproduisent rapidement les stéréotypes des adultes et quelquefois les anticipent.

que « l’idéal serait de supprimer la carte scolaire » ou de « desserrer les contraintes ». La référence à la notion de liberté était récurrente et remplissait une visée nécessairement simplificatrice. Il désigne en revanche implicitement les familles comme les principales responsables du destin scolaire de leur enfant en minorant le rôle et la responsabilité de l’institution scolaire en matière de reproduction des inégalités.236 . Document téléchargé depuis www. Beaucoup s’inquiétaient également de l’impact de cette mesure de libre choix de l’école sur les établissements les plus délaissés. La concertation aboutit à des décisions en continuité avec les périodes précédentes : nouvelle étape d’assouplissement de la carte scolaire. © Le Seuil établissements était totalement délaissée. Ce discours esquive bien entendu le fait que ces pratiques de choix sont socialement et géographiquement déterminées.info . Ben Ayed. 73 % des Français se déclarent favorables à une suppression de la carte scolaire. Les critères officiellement retenus pour les inscriptions dans les établissements demandés sont d’après le ministère : les situations de handicap. Dominique de Villepin. où il proposait un alignement de l’enseignement public sur celui de l’enseignement privé. les raisons médicales. op. Les univers sémantiques et les références idéologiques franchissent en effet allégrement les frontières des formations politiques dominantes. dès les années 1980.236 . 22]. l’obtention d’une bourse au mérite . si l’on pouvait relever des nuances dans les approches des deux candidats. ainsi que sur la nature des critères qui seraient retenus pour sélectionner les élèves à l’accès aux établissements les plus demandés. 29(4). « Pour une exploration des sémantiques institutionnelles ». Étaient également annoncées des mesures visant à accroître l’attractivité des établissements situés en « zones difficiles ». lors de son discours prononcé à l’occasion du 61e congrès de la Fédération des conseils de parents d’élèves des écoles publiques le 26 mai 2007. de chefs d’établissements ou encore d’associations de parents d’élèves.Université Paris 8 . ce type de position en période électorale fut jugé d’inspiration trop libérale. Le caractère peu clivant de ce discours entre les deux candidats de l’époque. gestion plus décentralisée. publié le 13 septembre 2006.info . La question des sources de la dégradation des conditions de scolarisation dans de nombreux 33. l’annonce de la suppression de la carte scolaire entérine des pratiques déjà effectives et massives de contournement. lorsqu’elle exerçait ses fonctions. Ce type d’orientation tentait ainsi de conjuguer un discours compassionnel à l’égard des « écoles de banlieue » avec des mesures d’inspiration libérale en réactivant de façon exacerbée la référence méritocratique. se substitue un discours supposé réconcilier des positions antagonistes des différents groupes sociaux en matière d’éducation et de scolarisation. 20 Document téléchargé depuis www. Cette annonce a donné lieu à de nombreuses contestations émanant de chercheurs. l’annonce de la suppression de la carte scolaire était présentée comme une main tendue car supposée contribuer à leur désenclavement. ils mobilisaient néanmoins des univers sémantiques proches dans leur appréhension de la carte scolaire.9. Pour les classes moyennes et supérieures.252. Cette proposition apparaissait également contradictoire de la part d’une ancienne ministre déléguée à l’enseignement scolaire qui. Dans la mesure où les familles pourraient disposer du choix de leur école.24/10/2013 21h41. Selon le nouveau ministre de l’Éducation nationale Xavier Darcos. Même.9. À une opposition classique entre régulation étatique et régulation marchande. cit. Pour une analyse plus approfondie du rôle des sondages durant la campagne présidentielle sur le sujet de la carte scolaire. 1999.cairn. Ségolène Royal.Choukri Ben Ayed la voix de son Premier ministre. L’élection de Nicolas Sarkozy à la Présidence de la République s’est traduite par l’annonce immédiate d’un assouplissement massif de la carte scolaire et par sa suppression définitive à l’horizon 2010.cairn. comme ce fut le cas dans la tribune publiée par Nicolas Sarkozy dans le journal Le Monde du 16 septembre 2006.24/10/2013 21h41. illustre de façon exemplaire l’évolution du champ politique caractérisé par le déclin de la « rhétorique des contraires34 ». p. Selon elle la carte scolaire « fige les inégalités » et n’est plus en mesure de garantir la mixité sociale [voir encadrés « La carte scolaire fige les inégalités » et « Le libre choix de l’école est un bon principe ».93. © Le Seuil La candidate du Parti socialiste.93. Carte scolaire et marché scolaire. contribution accrue des collectivités territoriales. Ces propositions sont alors confortées par l’abondance des sondages publiés sur ce sujet33 [voir encadré « La carte scolaire est devenue l’instrument de la ségrégation sociale ». voir C. Marc Abélès. Ethnologie française. prônait plutôt le renforcement de la carte scolaire. que la suppression de la carte scolaire serait de nature à « déstabiliser l’ensemble du système éducatif ». 34. Bien que le Parti socialiste ait engagé. On a même pu assister à une surenchère dans les prises de position des candidats. 501-511. le but visé par cette réforme serait « la redéfinition des instruments de mixité sociale ». Les critiques portaient sur le caractère ouvertement libéral de cette mesure et sur le risque de fragilisation des familles les plus démunies. Ces propositions n’ont pas contribué à mettre un terme au débat sur la carte scolaire solidement ancré dans la campagne électorale. défendait au début de la campagne une position proche de celle-ci en affirmant le 3 septembre 2006... ci-contre]. ce dernier étant dispensé de carte scolaire. Pour les populations précaires. p.252. elles seraient à même d’éviter les établissements les plus dégradés. en y implantant des classes préparatoires aux grandes écoles ou en permettant aux élèves ayant obtenu une mention « très bien » au brevet des collèges de choisir l’établissement de leur choix. un processus d’assouplissement de la carte scolaire.Université Paris 8 . Selon un sondage de l’IFOP. en proie à la relégation scolaire et urbaine.

Mais c’est de plus en plus le cas de familles françaises où l’on ne communique plus. sa culture.cairn. Ceux qui pensent que ça ne peut pas marcher sont tout simplement ceux qui n’ont pas confiance dans la capacité du corps enseignant et de l’école républicaine d’y parvenir.252. fussent-elles cachées sous des vocables ou jugements d’une autre nature (niveau scolaire. Qu’on le veuille ou non. Cela.9.cairn. statistiquement. Ne pas observer. © Le Seuil . 16 septembre 2006. » Nicolas Sarkozy. © Le Seuil Document téléchargé depuis www. violence notamment). pour les enfants issus de l’immigration. ministère de l’Éducation nationale. un objectif difficilement contestable. surtout quand le français n’est pas la langue utilisée à la maison. Pour autant. son mode de fonctionnement. c’est le système existant. c’est le libre choix par les parents de l’établissement scolaire de leur enfant.) dont la qualité conditionne pour une part la disponibilité face aux efforts à fournir pour réussir à l’école […]. « La réalité des immigrations et ses conséquences sur l’école » « Quant à la question de l’ethnicité. disposant d’un vocabulaire et d’une syntaxe pauvres. même pendant les repas.24/10/2013 21h41.24/10/2013 21h41. Le Monde.info . La carte scolaire n’aura alors plus de raison d’être puisque tous les établissements seront de qualité.La mixité sociale dans l’espace scolaire : une non-politique publique « Des enfants mal socialisés » « Les difficultés sociales ne sont pas sans conséquences sur la vie des enfants (alimentation. où chaque enfant dispose de son téléviseur ou sa console de jeux vidéo. octobre 2006. il est normal que les parents puissent choisir l’établissement qui correspond le mieux à leur enfant […] Supprimer la carte scolaire est pour moi un aboutissement.Université Paris 8 .93. inadaptés à la situation de communication. etc. « La contribution de l’éducation prioritaire à l’égalité des chances des élèves ». nourris d’une seule culture télévisuelle de bas niveau. ministère de l’Éducation nationale. D’un côté. il paraît souhaitable de s’interroger clairement à ce sujet même si la réponse ne peut relever d’un rapport technique. sommeil.93.Université Paris 8 . » Extraits du rapport n o 2006-076 de l’Inspection générale de l’Éducation nationale. octobre 2006. conditions de travail. c’est se condamner à ne pas voir ce qui se passe. 21 Document téléchargé depuis www. » Extraits du rapport n o 2006-076 de l’Inspection générale de l’Éducation nationale. les débats qu’elle soulève ne relèvent plus de la technique mais de l’éthique politique. Mon projet n’est pas plus de liberté pour les uns. « La contribution de l’éducation prioritaire à l’égalité des chances des élèves ».info . mais tenir à la décision des plus hautes autorités de l’État.236 . cette réalité-là..236 . les stratégies d’évitement de bien des établissements relevant de l’éducation prioritaire sont d’abord fondées sur des bases ethniques. Tous les établissements scolaires n’accueillent pas les mêmes populations. Les apprentissages fondamentaux sont plus difficilement mis en œuvre : beaucoup d’enseignants accueillent maintenant des enfants mal socialisés.252. « La carte scolaire est devenue l’instrument de la ségrégation sociale » « La conséquence logique de ces propositions. c’est s’interdire d’agir sur des bases réalistes. moins de liberté pour les autres. C’est vrai pour les primo-arrivants. À partir du moment où chaque établissement propose un projet spécifique. il y a une réalité : celle des immigrations et des conséquences qu’elles ont pour l’école. particulier à un département ministériel. son modèle. C’est au contraire la qualité éducative pour tous.9.. pas un préalable.

la carte scolaire a créé un résultat qui est à l’inverse de celui qui était recherché lorsqu’elle a été créée et beaucoup de familles contournent cette carte scolaire pour choisir leur école. lycées. c’est-à-dire d’élargir la sectorisation. Cela donnera à la République l’obligation d’investir massivement dans les écoles les moins attractives. Le scandale n’est pas de le dire mais de laisser faire.252.9. pourquoi est-ce que ça ne serait pas le cas pour tous les Français ? C’est ça être socialiste. » Ségolène Royal.info . © Le Seuil « Le libre choix de l’école est un bon principe » Document téléchargé depuis www. d’y mettre des moyens. 5 octobre 2006.93.24/10/2013 21h41. « Depuis cinquante ans.252. malgré des réussites qui démentent le déterminisme social. France 2. c’est de permettre le libre choix entre deux ou trois écoles. © Le Seuil . collèges..236 .cairn. Quand on est à gauche. d’y mettre des activités d’excellence. Les 4 vérités.cairn. de réduire le nombre d’élèves par classe. notamment les mieux informées ou les plus privilégiées. Le Nouvel Observateur. Aujourd’hui.24/10/2013 21h41. c’est se dire que si pour certaines catégories. qui est d’ailleurs conforme au projet du Parti socialiste.9..Choukri Ben Ayed « La carte scolaire fige les inégalités »  « L’égalité des chances est pour partie un leurre et la ségrégation scolaire aggrave les ségrégations sociales et spatiales. l’objectif n’est pas de réduire les libertés . c’est ouvrir l’éventail des choix à tout le monde dès lors que c’est bien pour certains. Ma proposition.236 . malgré l’espérance des parents.93.info .Université Paris 8 . » Ségolène Royal. les choses ont beaucoup changé. le libre choix d’une école est un bon principe. Il faut donc poser sans hypocrisie la question de l’égalité réelle et de la qualité de l’offre scolaire sur tout le territoire. 22 Document téléchargé depuis www.Université Paris 8 . 7 septembre 2006. Malgré le dévouement des personnels. d’y mettre de bons enseignants chevronnés.

Rapport au ministre de l’Éducation nationale. Ce laisser-faire apparent est le signe tangible du « tournant libéral » qui s’est opéré au sein des politiques éducatives depuis le début des années 1980. Dans les cas les plus extrêmes. Ils proposent également la création d’un indicateur synthétique de suivi de la mixité sociale assorti d’une bonification de dotation pour les établissements les plus vertueux. Xavier Darcos. D’autres informations nuancent ce constat. La raison n’est pas leur manque d’intérêt. Ce rapport est rendu public par la presse en juin 2008. L’instauration de cette politique vise d’ailleurs à convertir ces dernières à la figure de l’homo œconomicus en matière scolaire. les élèves dont le domicile est en limite de zone de desserte de l’établissement demandé. Si le libre choix de l’école est apparu.236 . Jean-Pierre Obin et Christian Peyroux. © Le Seuil ou sur critères sociaux. estimant que les auteurs n’avaient pas le recul nécessaire pour évaluer l’impact de cette politique et que les établissements les plus en difficulté seront à même de reconquérir un public.93.93. Document téléchargé depuis www. La référence à la mixité sociale à l’école a émergé dans un contexte marqué par la persistance des inégalités de scolarisation. « Les nouvelles dispositions concernant la carte scolaire ». alors que le ministère s’était opposé à sa diffusion. En érigeant le libre choix de l’école comme mode dominant de la régulation du système éducatif. Les conditions d’émergence du problème de la mixité sociale à l’école sont très proches de celles qui ont favorisé son apparition dans l’espace urbain. Le credo de la mixité sociale à l’école ne s’est pas traduit en France par la constitution d’une politique publique. Ils préconisent d’introduire officiellement l’objectif de mixité sociale dans le mode de pilotage du système éducatif. les élèves dont un frère ou une sœur sont déjà scolarisés dans l’établissement. et c’est l’objectif qu’ils se sont d’abord efforcés de satisfaire […] La question de la survie de certains collèges est ouvertement posée ». les auteurs du rapport en appellent d’ailleurs eux-mêmes à un ré-engagement de l’État dans la politique de la carte scolaire.24/10/2013 21h41.252. Les pratiques de choix de l’école étant des conduites socialement différenciées. Il faisait apparaître que la politique de libre choix fragilise les établissements les moins demandés et renforce les ségrégations scolaires.. celles-ci ont souvent été perçues par l’administration scolaire avec un certain fatalisme sociologique – alors qu’elles sont la conséquence d’un ensemble de décisions en matière de politiques éducatives. cette orientation marque le renoncement à un certain idéal de l’école pour tous au profit de l’imposition de l’école de la concurrence comme seul horizon éducatif.9.info .cairn. que l’objectif d’amélioration de la diversité sociale affirmé dans la note du 4 juin n’a en général pas été l’objet d’une attention prioritaire de la part des responsables académiques. dans sa version officielle. La mixité sociale à l’école relève en effet davantage de la rhétorique que d’actions institutionnelles durables. y compris pour les établissements privés.La mixité sociale dans l’espace scolaire : une non-politique publique 35.cairn. Dans leur conclusion. la fermeture des collèges « ghettos » est envisagée.info . Cette disposition apparaît comme cynique car elle implique une mise en concurrence des établissements scolaires autant que des familles. comme le dédoublement des classes ou l’encouragement aux innovations pédagogiques. elles sont de nature à privilégier les intérêts des classes moyennes et supérieures au détriment de ceux des classes populaires. Jean-Pierre Obin et Christian Peyroux35. mais l’urgence dans laquelle ils se sont trouvés : la gestion efficace de la nouvelle liberté accordée aux familles leur est apparue prioritaire. Comme dans celui-ci. les élèves qui doivent suivre un parcours scolaire particulier. Ce rapport était constitué d’une enquête réalisée auprès d’un échantillon de collèges répartis dans 34 départements urbains. le ministère de l’Éducation nationale exprime sa satisfaction à l’égard de cette nouvelle étape d’assouplissement de la carte scolaire en précisant que 115 000 demandes de dérogation ont été enregistrées. ni même l’adhésion profonde à cet objectif. Plus d’un millier de demandes n’ont ainsi pu être satisfaites.Université Paris 8 . notamment celles relatives à l’assouplissement de la carte scolaire et à l’absence de régulation et de contrôle des migrations d’élèves entre les établissements.252.24/10/2013 21h41. comme une « réponse » au problème des ségrégations scolaires. Les conclusions de ce rapport furent largement contestées par le ministre de l’Éducation nationale. © Le Seuil . Dès le mois d’août 2008. La référence à la mixité sociale a en effet favorisé l’émergence du libre choix de l’école.Université Paris 8 . Le document qui porte le plus sérieusement atteinte à la politique de libre choix de l’école est le rapport de deux inspecteurs généraux.9. Le ministère annonce également des mesures pour venir en aide aux établissements en difficulté et en perte d’effectif. Le ministre qualifia même le rapport de « double ânerie ». 2007. À Paris la politique du libre choix de l’école est entachée par de nombreux dysfonctionnements administratifs liés à la gestion informatisée des demandes de dérogation. Les conclusions de ce rapport confortent ainsi l’hypothèse selon laquelle l’argument de la mixité sociale a servi d’alibi pour instaurer une politique de libre choix de l’école faiblement régulée.236 . la rhétorique de la mixité sociale contribue à occulter les contradictions dont elle est porteuse au profit d’une vulgate en apparence généreuse et consensuelle. à l’observation des dispositifs mis en place comme au vu des résultats obtenus. Le libre choix de l’école apparaît ainsi en contradiction avec l’objectif de mixité sociale : « Il faut convenir.. par le déclin de la rhétorique des classes sociales et par la spatialisation et l’ethnicisation des problèmes scolaires. 23 Document téléchargé depuis www.