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N° d’ordre

: 2007telb0061

THÈSE

Présentée à

l’ECOLE NATIONALE SUPERIEURE DES TELECOMMNUNICATIONS DE BRETAGNE

en habilitation conjointe avec l’Université de Bretagne Occidentale

pour obtenir le grade de

DOCTEUR de l’ENST Bretagne

Mention Physiques et Sciences pour l'Ingenieur

par

Gwenaël DUN

MODELISATION ET OPTIMISATION DE CHAMBRES ANECHOIQUES POUR APPLICATIONS CEM

soutenue le 14 décembre 2007

Composition du Jury

- Rapporteurs

:

Bernard DEMOULIN, Professeur, Université de Lille Bélahcène MAZARI, Professeur, ESIGELEC

- Examinateurs

:

Françoise PALADIAN, Professeur, Université Blaise Pascal - Clermont-Ferrand 2 Michel CAUTERMAN, Professeur, ENIB Philippe GELIN, Professeur, ENST Bretagne Francois LE PENNEC, Maître de conférence, ENST Bretagne

- Invités

:

Jean-François ROSNARHO, Directeur R&D, SIEPEL Joseph SAILLARD, Professeur, Polytech’Nantes

A mes parents,

A mon frère,

Six principes fondateurs de la discipline scientifique :

- Avoir toujours sur soi un petit carnet afin de prendre sans cesse des notes ;

- Entretenir une correspondance ;

- Avoir des collaborations afin d’échanger des idées ;

- Vérifier tout ce qu’on vous dit ;

- Éviter les controverses ;

- Ne pas généraliser hâtivement, parler et écrire de la façon la plus précise.

Michael Faraday, L’amélioration de l’esprit.

Remerciements

Ce travail de thèse a été effectué pour sa plus grande partie au sein de la Société industrielle d’études et protections électroniques (SIEPEL) en collaboration avec le laboratoire d’électronique et systèmes de télécommunications (LEST) de l’école nationale supérieure des télécommunications de Bretagne (ENST Bretagne), aujourd’hui Telecom Bretagne. Mes premiers remerciements vont donc vers Messieurs Christophe Cordes, Président de SIEPEL, et, Michel NEY, Directeur du LEST, pour m’avoir accueilli dans leurs locaux respectifs, et m’avoir permis de partager la vie de leur entité.

Même si le manuscrit d’une thèse ne porte que le nom de son auteur, le travail mené au cours d’un doctorat est une aventure collective, faite de discussions, de rencontres et d’échanges.

Je remercie tout d’abord, Monsieur Jean-François ROSNARHO, Directeur R&D au sein de la société SIEPEL sans qui cette collaboration et ces travaux n'auraient pu voir le jour. J’ai été honoré de travailler avec lui, me faisant à la fois partager es connaissances et me laissant une certaine autonomie sur les démarches qui ont été mises en œuvre.

Mes plus grands remerciements vont à mes deux encadrants académiques, Messieurs Philippe GELIN et François LE PENNEC. Je tiens à leur témoigner toute ma gratitude et ma plus profonde reconnaissance pour leur soutien, leur encadrement et leurs conseils avisés tout au long de ces travaux et tout ceci malgré la distance.

Je suis très reconnaissant à Monsieur Michel CAUTERMAN, Professeur à l’ENIB, pour l'honneur qu'il m'a fait en acceptant de présider le jury de cette thèse.

Je remercie également, Messieurs Bernard DEMOULIN, Professeur à l’Université de Lille, et Belahcène MAZARI, Professeur à ESIGELEC de Rouen et directeur de L’IRSEEM, pour l'intérêt qu'ils ont porté à ces travaux en acceptant de rapporter sur ce mémoire.

J'assure également mon entière reconnaissance à Madame Françoise PALADIAN, Professeur à L’université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand, pour avoir accepté la charge d'examinateur.

J’ai été particulièrement honoré par l’intérêt que m’a montré Monsieur Joseph SAILLARD, Professeur à Polytech’Nantes, en acceptant d’être invité de ce jury et pour tout l’intérêt qu’il a montré à mon travail.

Ces trois années de thèse, on aussi été l’occasion de nombreux déplacements pour des conférences ou pour des mesures sur des chambres anéchoïques. Pour ce dernier point, je souhaiterais donc remercier tous les acteurs de ces aventures (campagnes de mesures), c’est-à- dire les clients et les distributeurs de SIEPEL à travers le monde, pour leur accueil chaleureux. Je remercie plus particulièrement Jos WESTHOF-JACOBS qui m’a fait découvrir avec toute sa bonne humeur, la Belgique, la Duvel, et ses connaissances dans le domaine de la CEM.

Je tiens également à remercier tous mes collègues de SIEPEL et du LEST, dont je ne citerai pas les noms par peur d'en oublier et de rendre la lecture de cette liste fastidieuse. Qu'ils trouvent toutefois dans ces quelques mots toute ma reconnaissance. Une petite dédicace toutefois à mon collègue Stéphane pour les résultats de ces mesures qui ont permis de valider ce travail, et avec lequel j’ai passé d’agréables moments lors de nos périples « exotiques » par des températures parfois polaires.

Enfin, mes derniers remerciements, mais pas les moindres, vont vers Monsieur Serge Toutain, Professeur à Polytech’Nantes, ou devrais-je dire mon « mentor », qui m’a appris les bases des hyperfréquences et qui m’a soutenu dans mon parcours professionnel et sans qui je ne serais jamais arrivé là aujourd'hui.

Sommaire

Sommaire

Introduction générale………………………………………………………………………………………………5

Chapitre I : Etat de l'art et normalisation des sites de mesure CEM………………

9

1. Compatibilité électromagnétique

10

1.1 Définition

10

1.2 Historique

10

1.3 Caractéristiques des perturbations électromagnétiques

11

1.4 Niveaux de compatibilité

12

1.5 Normalisations et directives

13

1.6 Emplacement de test

14

1.7 Distance de mesure

15

2. Caractéristiques d’antennes

16

2.1 Adaptation et bande passante

17

2.2 Polarisation

17

2.3 Diagramme de rayonnement

17

2.4 Gain et facteur d’antenne

18

2.5 Champ proche et couplage

18

3. Antennes de mesures CEM

20

3.1 Antenne dipôle

20

3.2 Balun

20

3.3 Antenne biconique

21

3.4 Antenne log-périodique

22

3.5 Antenne cornet "dual ridge"

23

3.6 Dipôle de mesure (1-18 GHz)

23

4. Absorbants électromagnétiques

24

4.1 Absorbants magnétiques

24

4.2 Absorbants diélectriques

26

4.3 Absorbants hybrides

28

4.4 Absorbants et applications

28

5. Validation de chambres semi-anéchoïques

30

5.1 Configurations de mesure

30

5.2 Méthode de calibrage "Standard Site Method"

32

5.3 Méthode de calibrage "Site Attenuation Comparaison Method"

32

6. Validation de Chambre totalement anéchoïque

33

6.1 La méthode du site de référence

34

6.2 La méthode de mesure d'ANE

35

6.3 Norme de validation d'emplacement de test entre 1 et 18 GHz en émissivité (EMI)

35

6.4 Norme de validation d'un emplacement de test en immunité (EMS)

37

6.5 Normes automobiles pour mesures sur équipements

38

7. Conception de chambres anéchoïques

40

8. Conclusion

40

9. Bibliographie

42

- 1 -

Sommaire

Chapitre II : Méthodes numériques et logiciels pour l’étude EM des chambres anéchoïques……………………………………………………………………………………… 45

1. Introduction

46

2. Méthodes Asymptotiques

47

2.1 Optique Géométrique et diffraction

48

2.2 Optique Physique et variantes

50

2.3 Implémentation pour des chambres anéchoïques

50

2.4 Bilan sur les méthodes asymptotiques

52

3. Méthodes "Rigoureuses"

53

3.1 Méthodes intégrales

53

3.2 Méthode des éléments finis

56

3.3 Méthode des différences finies temporelle

58

3.4 Méthode ADI-FDTD

61

3.5 Méthode d’intégration finie

62

3.6 Méthode des lignes de transmission

62

3.7 Approches Hybrides

63

4. Choix d’une ou de méthodes

65

5. Sélection d’un logiciel de simulation EM

67

5.1 Scénario « absorbants ferrites »

68

5.2 Scénario « absorbants pyramidaux »

72

5.3 Scénario de l'antenne biconique

77

5.4 Scénario d'une chambre anéchoïque

80

5.5 Bilan sur les logiciels EM

82

6. Conclusion

83

7. Bibliographie

85

Chapitre III : Caractérisation des absorbants……………………………………………………. 89

1. Introduction

90

2. Techniques de mesures des paramètres constitutifs

90

2.1 Généralités

90

2.2 Les cellules de mesures

91

2.3 Procédure d’extraction des caractéristiques ε et µ

93

2.4 Techniques de calibrage

94

2.5 Sources d’erreur

94

3. Caractérisation des ferrites

97

3.1 Cellule

97

3.2 Calibrage de la ligne coaxiale APC-7

99

3.3 Résultats de mesure

99

4. Caractérisation des mousses chargées

100

4.1 Calibrage de la ligne coaxiale EIA

100

4.2 Calibrage des guides d'ondes rectangulaires

102

4.3 Résultats de mesure

103

5. Caractérisation en réflectivité

106

5.1 Procédure de mesure de la réflectivité

106

5.2 Arche « NRL »

107

5.3 Ligne coaxiale « LCR »

112

6. Informations en terme de réflectivité

114

6.1 Comportement en « basse » fréquence

115

6.2 Comportement pour les fréquences intermédiaires

115

7.

Conclusion

- 2 -

117

Sommaire

8.

Bibliographie

119

Chapitre IV : Modélisation basse fréquence……………………………………………………….121

1. Introduction

122

2. Simplification du modèle des absorbants pyramidaux

122

2.1 Homogénéisation

122

2.2 Validation du modèle

125

3. Simplification du modèle des ferrites

128

3.1 Modèle de Dawson

128

3.2 Approximation 1D

129

3.3 Condition limite TLM à l’interface air/ferrite

132

3.4 Conclusion

134

4. Modèle d'une chambre semi-anéchoïque

134

4.1 Incertitudes de mesure

134

4.2 Mesures d’ANE à 3 m

135

4.3 Mesures d’ANE à 10 m

138

4.4 Antennes biconiques

140

4.5 Validation du modèle de chambre à 3 m

141

5. Modèle d'une chambre totalement anéchoïque

143

5.1 Incertitudes de mesure

143

5.2 Modélisation de petites antennes biconiques

143

5.3 Résultats

144

6. Modèle d’une chambre « mousse »

145

7. Modèle d'une chambre pour équipements automobiles

148

7.1 Incertitudes de mesure

148

7.2 Réduction les erreurs

149

7.3 Bilan concernant l’ALSE

153

8. Conclusion

153

9. Bibliographie

155

Chapitre V : Simulation EM appliquée à la conception : bases d’une optimisation

automatisée…………………………………………………………………………………

157

1. Introduction

158

2. Généralités sur l’optimisation

158

2.1 Méthodes déterministes

159

2.2 Méthodes non déterministes

159

3. Application aux chambres anéchoïques

160

3.1 Problématique

160

3.2 Travaux antérieurs

163

3.3 Cas des chambres semi-anéchoïques

165

4. Nouvelle stratégie pour améliorer la conception

166

4.1 Dimensionnement de la cage de Faraday

166

4.2 Optimisation de la surface ferritée

166

4.3 Mise en œuvre

169

5. Conception Hautes fréquences

174

5.1 Procédure de validation

175

5.2 Impact sur l’anéchoïsation

177

5.3 Mise en oeuvre

178

5.4 Conclusion

180

- 3 -

Sommaire

6. Conclusion

181

7. Bibliographie

175

Conclusion générale…………………………………………………………………………………………….185

Acronymes………………………………………………………………………………………………………… 189

Annexes………………………………………………………………………………………………………………. 191

Annexe A : Facteur d'antenne (AF) et Atténuation Normalisée d'Emplacement (ANE)

182

Annexe B : Free Space VSWR

184

- 4 -

Introduction générale

Introduction générale

La multiplicité des dispositifs électroniques présents dans les équipements courants de la vie quotidienne créé un environnement électromagnétique complexe qui pose le problème de leur interopérabilité. Dans le secteur civil, ces équipements concernent les télécommunications avec notamment la téléphonie mobile, le multimédia, l'électroménager, l’automobile,

Cette situation a conduit les fabricants à garantir leur fonctionnement dans

des environnements radioélectriques bruités ; d’où le développement de la compatibilité électromagnétique (CEM) qui, à l’origine, concernait plus spécifiquement le secteur militaire.

Pour que les équipements fonctionnent simultanément, un certain nombre de règles nationales ont été définies en conformité avec celles qui existent en Europe, voire au niveau mondial. Pour évaluer les performances ou la conformité des produits vis-à-vis de ces règles, des procédures normalisées de validation ont été décrites au niveau international par l’ « International Electrotechnical Commission » (IEC), afin de garantir la reproductibilité des tests sur des produits. Ces normes définissent notamment les moyens d’essais qui doivent être mis en œuvre : sites de qualification, antennes, appareils de mesures, etc…

l’aéronautique, etc

Les sites de qualification permettent de reproduire des conditions d’espace libre, de champ libre (présence d’un conducteur parfait au sol), ou d’isolement total (cage de Faraday). Pour les fréquences inférieures à 30 MHz, les perturbations sont essentiellement transmises par les câbles, on parle alors de perturbations en conduction que l’on caractérise par des mesures dites « en conduit ». Les mesures sont réalisées dans des cages de Faraday, enceintes qui nécessitent principalement un traitement des ouvertures. Au delà de cette fréquence, les perturbations sont dues principalement aux phénomènes de rayonnement et sont évaluées par des mesures « en rayonnée ».

Nous aborderons, dans cette étude, la conception des sites en « espace libre » ou en « champ libre » pour les mesures rayonnées. Ces dernières peuvent être réalisées sur un site en extérieur (OATS : Open Area Test Site), mais on préfère aujourd'hui des mesures en chambres anéchoïques pour s'isoler des conditions climatiques, mais surtout des perturbations radioélectriques ambiantes (radars, radios, communications sans fil, etc…). Pour les sites « espace libre » (conditions aux limites absorbantes), on parle de chambres totalement anéchoïques (FAR : Full Anechoic Room) et de chambre semi-anéchoïques (SAC : Semi Anechoic Chamber) pour les sites en « champ libre » (condition parfaitement conductrice au sol).

Les normes en émissivité (EMI : ElectroMagnetic Interference) imposent une faible divergence de la propagation des champs électromagnétiques à partir d'une "zone de travail" entre ces installations et un site parfait. En immunité (EMS : ElectroMagnetic Susceptibility), l’équipement sous test doit être soumis à un champ quasi constant sur le plan d’incidence de l’équipement.

- 5 -

Introduction générale

La société SIEPEL (Société Industrielle d’Etudes et de Protection ELectronique) est un des cinq acteurs mondiaux dans la conception, la fabrication, le montage, l’intégration système et la validation de chambres anéchoïques pour des applications CEM. Le marché mondial des chambres représente entre 80 et 150 réalisations par an, réparties entre des grandes entreprises industrielles et des laboratoires prestataires. Si le marché était confiné à l’origine en Europe, aux Etats-Unis et au Japon, il connaît actuellement une forte croissance dans les pays d’Asie, tels la Chine et plus récemment l’Inde.

Le coût actuel d’une chambre anéchoïque pour des applications CEM peut varier entre quelques dizaines de milliers et plusieurs millions d'euros. Ce coût dépend de la distance de mesure (3, 5 ou 10 m) et de la taille des équipements à tester qui fixent les dimensions de l’enceinte, de l’instrumentation, et des performances à atteindre (mesures de qualification ou de pré-qualification).

A l'issue de la construction, la chambre anéchoïque est caractérisée sur une large bande de fréquence (classiquement de 26 MHz à 18 GHz). Pour les mesures d’émissivité (EMI), la déviation de l’atténuation normalisée d’emplacement (ANE) caractérise les chambres semi- anéchoïques. Dans le cas des chambres totalement anéchoïques, c’est la déviation de l’atténuation de site (SA) qui est utilisée. La norme impose aux chambres de qualification que ces critères restent dans un gabarit de ± 4 dB. Pour les mesures d’immunité (EMS), sur 75% des points de mesures répartis sur un plan d’uniformité, la déviation du champ électrique doit rester bornée.

Dans un contexte concurrentiel, il convient de réduire les coûts tout en respectant les normes et leurs évolutions, et les besoins particuliers liés à l’application. Chaque chambre étant unique, cela impose une réactivité importante du constructeur dans la phase de conception. Les règles associées reposent à l’heure actuelle sur un important savoir-faire et sur des connaissances empiriques. Ceci est particulièrement vrai en basse fréquence où la distribution des ondes électromagnétiques dans l’enceinte est complexe. Toute modification, même mineure, peut engendrer des déviations importantes des paramètres de validation indiqués précédemment, les moyens techniques actuels ne sont plus suffisants pour dépasser un certain niveau de sophistication.

Le prototypage « virtuel », par le biais des logiciels de simulation électromagnétique (EM), offre de ce point de vue une perspective attrayante. En effet, le développement de ces logiciels ainsi que l’évolution considérable des performances des ordinateurs individuels durant ces dernières années modifient profondément la vision des concepteurs vis à vis des problèmes d’ingénierie radiofréquence et hyperfréquence. Il devient possible de prédire le comportement des chambres anéchoïques, a fortiori de les optimiser et de baisser les coûts de réalisation.

Cependant l’étude électromagnétique de chambres anéchoïques nécessite de connaître à la fois les procédures de validation et l’instrumentation associée, mais également l’adéquation des outils de simulation électromagnétique avec cette problématique.

Le but de cette thèse est de rechercher de nouvelles approches permettant une conception avancée des chambres anéchoïques de type FAR ou SAC, en s’appuyant au mieux sur les potentialités offertes par la simulation électromagnétique. Ce travail a été effectué avec le soutien d’une bourse CIFRE dans le cadre d’une collaboration entre l’entreprise SIEPEL et le Laboratoire d’Electroniques et des Systèmes de Télécommunications (LEST).

- 6 -

Introduction générale

Nous avons conçu ce document autour de cinq chapitres. Le chapitre I est consacré à l’état de l'art concernant la normalisation CEM en matière de qualification de moyens d'essai et des moyens utilisés (antennes, etc…). On y détaille également les différentes technologies en matière de revêtements absorbants pour le traitement des parois des chambres anéchoïques. Ainsi nous dégagerons les éléments de compréhension nécessaire pour les chapitres suivants.

Pour aborder l’étude électromagnétique, il était nécessaire de faire un bilan exhaustif des méthodes de résolution automatique des équations de Maxwell et de recenser les moyens logiciels qui mettent en œuvre ces techniques. Nous présentons cette étude au Chapitre II. Nous abordons d’abord, de façon résumée et dans le contexte des travaux antérieurs, les méthodes numériques sous-jacentes en distinguant les méthodes asymptotiques et « rigoureuses ». En prenant appui sur des scénarios tests, nous procédons à la sélection d’un logiciel de CAO électromagnétique basé sur la méthode des lignes de transmissions (TLM), au regard notamment de la précision des prédictions et de la maîtrise des ressources (temps de calcul, quantité de données manipulées, etc…).

La mise en œuvre d’un tel outil peut être faite de façon pertinente lorsque les différents éléments du système (antennes, absorbants électromagnétiques, etc…) sont connus du point de vue électromagnétique. En particulier les absorbants constitués de ferrites ou de mousses chargées en carbone nécessite un travail de caractérisation exposé au Chapitre III. La caractérisation concerne, d’une part les paramètres radioélectriques (permittivité diélectrique, perméabilité magnétique) des matériaux et d’autre part leur réflectivité, plus spécifiquement pour les absorbants pyramidaux. Lorsque les procédures existantes s’avèrent insuffisantes, des améliorations sont proposées.

A l’aide du logiciel retenu, le chapitre IV est consacré à l’étude électromagnétique de différentes chambres anéchoïques, en comparant les simulations avec les mesures dans des installations opérationnelles. Compte tenu de la dimension des chambres, nous avons tout d’abord cherché à simplifier les modèles sans pertes excessives de précision. Ce chapitre commence ainsi par la présentation de la technique d’homogénéisation des absorbants pyramidaux pour diminuer l’excès de mailles induit par leur géométrie. Il se poursuit par l’élaboration d’une condition aux limites visant à éviter le maillage volumique dense des absorbants ferrites.

Grâce à la qualité des prédictions faites en simulation et à la visualisation des cartographies de champ électromagnétique, nous établissons une première démarche d’optimisation dans la conception des chambres anéchoïques. On procède à la fois sur les dimensions de l'enceinte métallique formée par la cage de Faraday et sur le calpinage 1 des absorbants électromagnétiques. Cette démarche, présentée au chapitre V en liaison avec le problème général de l’optimisation, propose une maîtrise des temps de calcul selon une approche originale visant à la diminution de la surface des absorbants grâce à une disposition plus efficace de ceux-ci.

Nous terminons ce mémoire par une conclusion générale dans laquelle nous aborderons également les perspectives à l’issue de ce travail.

Introduction générale

- 8 -

Chapitre I : Etat de l’art et normalisation des sites de mesure CEM

Chapitre I

Etat de l'art et normalisation des sites de mesure CEM

1. Compatibilité électromagnétique (CEM)

10

1.1 Définition

10

1.2 Historique

10

1.3 Caractéristiques des perturbations électromagnétiques

11

1.4 Niveaux de compatibilité

12

1.5 Normalisations et directives

13

1.6 Emplacement de test

14

1.7 Distance de mesure

15

2. Caractéristiques d’antennes

16

2.1 Adaptation et bande passante

17

2.2 Polarisation

17

2.3 Diagramme de rayonnement

17

2.4 Gain et facteur d’antenne

18

2.5 Champ proche et couplage

18

3. Antennes de mesures CEM

20

3.1 Antenne dipôle

20

3.2 Balun

20

3.3 Antenne biconique

21

3.4 Antenne log-périodique

22

3.5 Antenne cornet DRG - "dual ridge"

23

3.6 Dipôle de mesure (1-18GHz)

23

4. Absorbants électromagnétiques

24

4.1 Absorbants magnétiques

24

4.2 Absorbants diélectriques

26

4.3 Absorbants hybrides

28

4.4 Absorbants et applications

28

5. Validation de chambres semi-anéchoïques (SAC)

30

5.1 Configurations de mesures

30

5.2 Méthode de calibrage "Standard Site Method" (SSM)

32

5.3 Méthode de calibrage "Site Attenuation Comparaison Method" (SACM)

32

6. Validation de Chambre totalement anéchoïque

33

6.1 La méthode du site de référence

34

6.2 La méthode de mesure d'ANE

35

6.3 Norme de validation d'emplacement de test entre 1 et 18 GHz en émissivité (EMI)

35

6.4 Norme de validation d'un emplacement de test en immunité (EMS)

37

6.5 Normes automobiles pour mesures sur équipements

38

7. Conception de chambres anéchoïques

40

8. Conclusion

40

9. Bibliographie

42

Chapitre I : Etat de l’art et normalisation des sites de mesure CEM

1.Compatibilité électromagnétique

1.1 Définition

La Compatibilité Electromagnétique (CEM) est le fait, pour des équipements, de supporter mutuellement leurs effets électromagnétiques. Selon le décret français 89/336/CEE concernant la CEM, il s'agit de la capacité d'un dispositif, équipement ou système, à fonctionner de manière satisfaisante dans son environnement électromagnétique, sans introduire lui-même de perturbations électromagnétiques de nature à créer des troubles susceptibles de nuire au bon fonctionnement des appareils ou des systèmes situés dans son environnement.

Ces dernières années, plusieurs facteurs se sont conjugués pour augmenter l'importance de la CEM :

Circuits à niveau d'énergie de plus en plus faible (circuits sensibles) ;

Distances entre les circuits sensibles et les circuits perturbateurs (notamment circuits de puissance) qui se réduisent ;

Explosion du nombre des matériels de télécommunication (systèmes rayonnants).

éléments

Tous

les

règlements

sont

donc

élaborés pour assurer

la

coexistence

entre

susceptibles d'émettre des perturbations électromagnétiques et / ou d'y être sensibles.

1.2 Historique

Dès le XIXème siècle, il est fait mention de problèmes de compatibilité électromagnétique. Un exemple est donné par le physicien Maxwell qui explique comment éviter les chocs électriques à l'intérieur d'un bâtiment lorsque les supports de communication sont frappés par la foudre.

C'est avec le développement des radiocommunications qu'une première démarche concernant le partage du spectre fréquentiel a été définie. Dans la première moitié du XXème siècle, cette réglementation s'est limitée à la suppression des brouillages radioélectriques.

La CEM est née pour sa part des besoins militaires au cours de la seconde guerre mondiale. Plus tard dans les années 1970-80, ce sont les impulsions électromagnétiques nucléaires (IEMN) qui ont poussé les concepteurs de systèmes électriques à assurer leur résistance à ces phénomènes. C'est dans les années 1960 que les prémices de la CEM sont apparues dans les applications civiles, sous sa forme actuelle, avec la réalisation des premières mesures sur des sites de référence.

La généralisation de l'emploi de l'électronique analogique ou logique dans les équipements les plus banals a élargi le champ de la CEM. Aujourd'hui, il s'agit d'assurer à la fois la qualité de fonctionnement d'un appareil électronique en présence de bruit mais aussi de minimiser le bruit généré par ce même appareil – Figure I-1.

- 10 -

Chapitre I : Etat de l’art et normalisation des sites de mesure CEM

Champ

électrique

(dBV/m)

Diode à lampe Transistor Circuit intégré Sensibilité des équipements Directive CEM Sources de perturbations
Diode à lampe
Transistor
Circuit intégré
Sensibilité des équipements
Directive
CEM
Sources de perturbations
Téléphone
Radar
portable
1940
2000 année

Figure I-1 : Evolutions des limites

1.3 Caractéristiques des perturbations électromagnétiques

Une perturbation électromagnétique se traduit par l'apparition d'un signal électrique indésirable venant s'ajouter au signal utile. C'est ce signal parasite qui peut dégrader le fonctionnement d'un équipement.

Les sources de perturbations électromagnétiques peuvent être d'origine :

naturelle : foudre, rayonnements cosmiques, solaires

artificielle. Parmi ces sources, certaines sont :

o

intentionnelles : émetteurs radioélectriques, fours micro-ondes

o

non intentionnelles : ligne de transport d'énergie (câbles haute tension), éclairage, moteur électrique, alimentation…

VICTIME

Elément

perturbé par

rayonnement

VICTIME Elément perturbé par rayonnement VICTIME Elément perturbé par conduction SOURCE

VICTIME

Elément

perturbé par

conduction

SOURCE

Elément

perturbateur

perturbé par conduction SOURCE Elément perturbateur Figure I-2 : Perturbations conduites et rayonnées entre une

Figure I-2 : Perturbations conduites et rayonnées entre une source et une victime

- 11 -

Chapitre I : Etat de l’art et normalisation des sites de mesure CEM

Les perturbations électromagnétiques peuvent également être classées selon les vecteurs de propagation du signal perturbateur :

Perturbations basse et moyenne fréquences pour une plage de fréquence inférieure à 30 MHz. Ces perturbations se propagent essentiellement sous forme conduite par les câbles.

Perturbations haute fréquence pour une plage de fréquence supérieure à 30 MHz. Ces perturbations se propagent essentiellement dans l'air sous forme rayonnée.

Décharges électrostatiques.

Les perturbations conduites sont transmises par un câble (lignes d'alimentation, bus de

Les perturbations

transmission de données, câbles de masses, terre, capacités parasites, rayonnées sont véhiculées par le milieu ambiant (air,…) - Figure I-2.

).

1.4 Niveaux de compatibilité

Probabilité (%) 100 Marge de compatibilité électromagnétique Probabilité de générer ce niveau de perturbation
Probabilité (%)
100
Marge de compatibilité
électromagnétique
Probabilité de
générer ce niveau de
perturbation
Probabilité d'être gêné
par ce niveau de
perturbation
Marge d'émission
Marge d'immunité
Intensité de perturbation
radioélectrique
0
Limite en émission
Limite en immunité

Niveau de compatibilité

Figure I-3 : Définition des marges et des niveaux de CEM

Pour assurer la CEM des systèmes, différents niveaux et différentes marges ont été définis - Figure I-3:

Limites en immunité et en émission : Il s'agit respectivement du niveau à partir duquel il y a disfonctionnement d'un matériel ou d'un système et le niveau maximal de perturbation à ne pas dépasser.

Niveau de compatibilité : c'est le niveau maximal de perturbation auquel on peut s'attendre dans un environnement donné.

Marges d'immunité et d’émission : c'est la marge qui existe entre le niveau de compatibilité et respectivement la limite en immunité et en émission.

- 12 -

Chapitre I : Etat de l’art et normalisation des sites de mesure CEM

Les niveaux d'émission et surtout d'immunité sont définis selon les domaines d’applications pour réduire plus au moins les probabilités de défauts des équipements suivant le type d'environnement perturbateur envisagé. Les niveaux et les procédures de mesures de ces niveaux sont définis par des normes.

1.5 Normalisations et directives

Chaque pays dispose de réglementations spécifiques en ce qui concerne la CEM. De plus certains secteurs tels que l'automobile, l'aéronautique et le militaire disposent de normes ou directives spécifiques - Tableau I-1.

Secteurs

Normes américaines ou internationales

Automobile

CISPR 25

ISO 11452

SAEJ 1113

Aéronautique

EUROCAE ED-14E RTCA DO160E

Militaire

MIL-STD 461E

Tableau I-1: Exemple de normes pour des secteurs spécifiques (automobile, aéronautique et militaire)

Pour ce qui est des directives européennes, elles précisent que :

les perturbations électromagnétiques générées doivent être limitées à un niveau permettant aux appareils de radio, de télécommunication et aux autres appareils de fonctionner conformément à leur destination - mesure d'émissivité (EMI).

les appareils doivent avoir un niveau d'immunité intrinsèque contre les perturbations électromagnétiques leur permettant de fonctionner conformément à leur destination - mesure d'immunité (EMS).

Norme générique

Intitulé

EN 61000-6-1

Environnement résidentiel, commercial et industrie légère – en

immunité

EN 61000-6-2

Environnement industriel – en immunité

EN 61000-6-3

Environnement résidentiel, commercial et industrie légère – en

émission

EN 61000-6-4

Environnement industriel – émission

Tableau I-2 : Exemples de normes génériques européennes

- 13 -

Chapitre I : Etat de l’art et normalisation des sites de mesure CEM

La directive CEM - 89/336/CEE - impose des exigences minimales depuis le 1er janvier 1996 et un marquage CE pour identifier les équipement conformes. Ce marquage peut concerner d'autres domaines que la CEM, dans ce cas il indique la conformité aux directives concernant ces domaines (exemple : directive jouet).

La directive CEM s'appuie sur des normes européennes du Comité Européen de la Normalisation Electrotechnique (CENELEC) et normes internationales équivalentes de la Commission électrotechnique internationale (CEI ou IEC en anglais), structurées de la manière suivante :

Normes génériques : Ce sont des normes d'environnement qui s'appliquent à tout produit électrique installé dans un environnement donné - Tableau I-2.

Normes produits et familles de produits: Elles définissent des exigences électromagnétiques applicables à ces produits.

Normes fondamentales : Elles définissent les moyens et les méthodes d'essai - Tableau

I-3.

Type de produits

Norme

Norme

Européenne

International

Equipements à usage industriels, scientifiques et

   

médicaux

EN 55011

CISPR 11

Récepteurs de radiodiffusion

EN 55013

CISPR 13

Equipements électroménagers et outils portatifs

EN 55014

CISPR 14

Equipements d'éclairage

EN 55015

CISPR 15

Equipements de traitement de l'information

EN 55022

CISPR 22

Tableau I-3 : Exemples de normes fondamentales européennes et internationales pour des mesures d'émissivité et d'immunité rayonnées

Dans la suite de ce document, nous allons nous attacher aux normes fondamentales pour la définition des moyens d'essai permettant les mesures en rayonnées d'une part pour des produits à usage résidentiel, commercial et industriel, et d'autre part pour le secteur de l'automobile pour les mesures sur équipements.

1.6 Emplacement de test

Historiquement, les mesures d'émissivité et d'immunité rayonnées étaient réalisées en champ libre sur des sites en plein air, OATS (Open Area Test Site) - Figure I-4 - pour une distance de mesure L (m).

Compte tenu de l’augmentation des bruits rayonnants ambiants, les mesures étaient de plus en plus entachées d’erreurs.

- 14 -

Chapitre I : Etat de l’art et normalisation des sites de mesure CEM

Les chambres de tests sont donc apparues comme un élément essentiel du secteur de la CEM pour s'affranchir à la fois des perturbations radioélectriques de l'environnement et des conditions climatiques. Compte tenu de l’augmentation des bruits rayonnants ambiants, les mesures étaient de plus en plus entachées d’erreurs. Les chambres de tests sont donc apparues comme un élément essentiel du secteur de la CEM pour s'affranchir à la fois des perturbations radioélectriques de l'environnement et des conditions climatiques. De telles chambres consistent en une structure métallique recouverte à l’intérieur d’absorbants électromagnétiques.

2L

L 1m 0.5m Dimension Plan de sol métallique de l'antenne
L
1m
0.5m
Dimension
Plan de sol
métallique
de l'antenne

Dimension maximum de l'EST

L√3
L√3

Zone libre de tout objet réfléchissant

Figure I-4 : Définition d'un site OATS

La cavité métallique appelée cage de Faraday, assure une protection efficace contre le rayonnement des sources extérieures pour les mesures en émission, et inversement protège les dispositifs de mesures placées en dehors de l'enceinte pour les mesures en immunité. Cette dernière doit présenter une grande étanchéité (blindage électromagnétique) des accès (portes), des aérations (nids d’abeilles) et des passages de câbles (panneaux porte prises et filtres).

Les chambres sont dites totalement anéchoïques (FAR) lorsque toutes les parois sont tapissées d'absorbants électromagnétiques et semi-anéchoïques (SAC) lorsque le sol est métallique comme pour un OATS. Les absorbants électromagnétiques diminuent la réflectivité des parois et évitent ainsi les chemins multiples et les résonances.

D'autres moyens d'essais existent mais ne seront pas abordés dans ce document, on peut citer entre autres, les chambres réverbérantes à brassage de modes (CRBM) [I-1] et les cellules gigahertz transverse électromagnétique (plus connu sous l'acronyme de cellules GTEM) [I-2].

1.7 Distance de mesure

Pour des mesures d’émissivité, la distance de mesure est la longueur entre les projections sur le sol du point avant du matériel sous test (le plus proche de l'antenne de mesure) et du centre de l'antenne de mesure. Par contre pour les mesures d’immunité, cette distance de mesure est définie comme la distance minimale entre l’équipement et l’antenne d’émission.

- 15 -

Chapitre I : Etat de l’art et normalisation des sites de mesure CEM

Pour les mesures d’émissivité, il convient d'effectuer les mesures en champ lointain. Cette

condition

la norme CISPR 16 [I-3]) :

est valide si l’on remplit deux conditions sur la distance de mesure L (spécifiées par

La première est liée à la longueur d’onde utilisée :

L ≥ λ , et dans le cas où l’on considère une source localisée, on se trouve en zone de champ lointain. En basse fréquence, cette distance n’est pas compatible avec la réalisation de sites de mesures. Des mesures dans la zone de champ proche (cf. § 2.5) sont tolérées pour L ≥ λ/6. Les résultats doivent toutefois être majorés de 3dB pour tenir compte de l’erreur de champ proche.

La seconde liée aux dimensions de l’équipement sous test (EST):

L ≥ 2D²/ λ, où D est la plus grande dimension de l’EST. Cette condition s’applique pour les grands équipements tel que D>>λ.

Historiquement les mesures étaient réalisées à 30 m, ce qui donnait une distance de 3 longueurs d’ondes à la fréquence la plus basse de 30 MHz avec une antenne dipôle de 4.8 m ! Cette distance s’est avérée prohibitive pour la réalisation des sites avec leur plan de masse métallique. D’autre part compte tenu des faibles niveaux à mesurer, des distances inférieures à 30 m ont été acceptées. L’invention d’antennes biconiques de 1.4 m d’envergure (MILSTD 461 [I-4]) qui ont remplacé les antennes dipôles (de 4.8m) dans la bande de fréquence de 30 à 200 MHz réduisit la distance à 10 m.

Plus tard, la dynamique des appareils de mesures ne permettant plus d’atteindre les niveaux imposés par les normes, une distance de 3 m fut acceptée. L’autre raison moins pragmatique est liée au prix des chambres de mesures à 3 m qui sont près de 3 fois plus faibles par rapport aux chambres de mesures à 10 m. Le débat reste donc totalement ouvert sur la distance de mesure à 3 m et sur sa validité (comparaison des résultats de mesures à 3 ou 10 m [I-5]), même si l’on utilise le terme correctif défini précédemment pour prendre en compte les effets de champ proche.

Un point qui reste important au delà de cette considération de champ proche - champ lointain, est de connaître la configuration finale de l’équipement par rapport à des victimes potentielles : Une distance de 3m, est-elle plus représentative d’une configuration d’appareil domestique ou industriel ? Par exemple dans les normalisations militaires et aéronautiques, la distance est de seulement 1 m pour se rapprocher d’un environnement réel. Reste à savoir si la seule mesure du champ électrique est représentative lorsque l’on se trouve en champ proche ?

2.Caractéristiques d’antenne

En terme de dispositif, une antenne réalise la transition entre une structure guidée et l’espace libre. Elle est donc à la fois caractérisée par des paramètres de type circuit (adaptation…) et par des paramètres liés au rayonnement (diagramme de rayonnement, gain, facteur d’antenne…).

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Chapitre I : Etat de l’art et normalisation des sites de mesure CEM

Une antenne de transmission convertit les signaux électriques en ondes radioélectriques, une antenne de réception inverse le processus et transforme les ondes radios (ondes électromagnétiques se propageant dans l’espace) en signaux électriques.

En vertu du principe de « réciprocité », les propriétés d’une antenne à la réception dérivent de celles en transmission et inversement.

2.1 Adaptation et bande passante

L’antenne présente une impédance d’entrée qui doit être adaptée au générateur. L’antenne sert alors de transformateur d’impédance entre l’espace libre et la ligne de transmission. La puissance rayonnée ne dépend que de la puissance incidente et des pertes de l’antenne.

On définit l’adaptation d’une antenne soit par son impédance d’entrée soit par le Taux d’ondes stationnaires (TOS). Le TOS (VSWR en anglais) est une mesure de la désadaptation d'impédance entre l’antenne et une charge de référence généralement 50 Ohms. Plus le TOS est élevé, plus la désadaptation de l’antenne est grande (un TOS égal à l’unité signifie une adaptation d’impédance parfaite) – Eq. I-1.

TOS

1 + = 1

ρ

ρ

Eq. I-1

Avec : ρ le coefficient de réflexion

En ce qui concerne la bande passante, il existe de nombreuses définitions. Celle utilisée dans ce document est la bande passante en adaptation où le TOS de l’antenne respecte un certain niveau.

2.2 Polarisation

Un autre paramètre important est la polarisation du champ rayonné liée à la direction du champ électrique E. Si ce champ garde une direction constante dans le temps, on dit alors que l’on a une polarisation linéaire ou rectiligne.

2.3 Diagramme de rayonnement

Les antennes ne rayonnent pas de manière uniforme dans toutes les directions de l’espace. Le rayonnement est représenté par un diagramme de la densité de puissance en champ lointain, en 3 dimensions (dans un repère sphérique, le plus souvent - Figure I-5) ou en 2 dimensions (classiquement deux plans orthogonaux).

Pour une antenne à polarisation linéaire, les plans principaux sont les plans E et H :

Plan E contenant le vecteur champ électrique et la direction du rayonnement maximum.

Plan H contenant le vecteur champ magnétique et la direction du rayonnement maximum.

Le rayonnement d’une antenne peut aussi se caractériser par son ouverture à 3dB ou encore sa directivité.

- 17 -

Chapitre I : Etat de l’art et normalisation des sites de mesure CEM

z P θ r 0 φ x
z
P
θ
r
0
φ
x

φ : déplacement en gisement

θ : déplacement en site

y z : direction principale de rayonnement

Figure I-5 : Définition des coordonnées sphériques du diagramme de rayonnement.

2.4 Gain et facteur d’antenne

La directivité d’une antenne exprime sa capacité à rayonner dans une direction. C’est le rapport entre la puissance rayonnée par l’antenne dans une direction et la puissance que rayonnerait une source isotrope.

Le gain d’une antenne est le produit de la directivité par le rendement de l’antenne du à diverses causes (adaptation de l’antenne, pertes ohmiques, etc…).

Le facteur d’antenne est un terme très utilisé en CEM qui a un lien direct avec le gain - Annexe A. Il a pour différence majeure de prendre en compte la distance et donc les éventuels effets de champ proche (cf. § 2-3) alors que le gain est toujours défini en champ lointain. Le facteur d'antenne (AF) est le rapport du champ électrique recu au nivau de l’antenne (E) sur la tension de sortie au borne de cette dernière (V) – Eq. I-2.

AF =

E

V

2.5 Champ proche et couplage

Eq. I-2

Le rayonnement d’une antenne définit trois zones caractérisant trois phénomènes différents d’évolution des champs électriques et magnétiques - Figure I-6 - et de la densité de puissance – Figure I-7 – liées à la plus grande dimension de l’antenne (D) :

la région du champ proche réactif ou zone de Rayleigh (R << D²/2λ) ;

la région de champ proche ou zone de Fresnel (R 2D²/ λ) ;

la région de champ lointain ou zone de Fraunhofer (R >> 2D²/ λ).

- 18 -

Chapitre I : Etat de l’art et normalisation des sites de mesure CEM

I : Etat de l’art et normalisation des sites de mesure CEM D : plus grande

D : plus grande dimension de l’antenne

Figure I-6 : Zones de champ proche et de champ lointain

Une antenne ou tout objet réflecteur placé dans le champ proche d’une antenne émettrice influe sur cette dernière par un couplage des champs EM. Ce couplage doit être pris en compte car il modifie les caractéristiques des antennes (notamment l’impédance et le diagramme de rayonnement).

Densité de puissance Décroissance en Quasi Fluctuante 1/R constante Zone de Zone de Zone de
Densité de puissance
Décroissance en
Quasi
Fluctuante
1/R
constante
Zone de
Zone de
Zone de
Rayleigh
Fresnel
Fraunhoffer
D²/2λ
2D²/λ

R

Figure I-7 : Zones de champ proche et de champ lointain

- 19 -

Chapitre I : Etat de l’art et normalisation des sites de mesure CEM

3.Antennes de mesures CEM

3.1 Antenne dipôle

Un dipôle demi-onde est une antenne formée par deux conducteurs de longueur totale égale à une demi longueur d'onde. Pour qu’elle conserve les caractéristiques requises, l’antenne dipôle doit être accordée pour chaque fréquence de mesure par un ajustement de la longueur de ses brins en fonction de la longueur d’onde associée.

(a)

ses brins en fonction de la longueur d’onde associée. (a) (b) Figure I-8 : Diagramme de
(b)
(b)

Figure I-8 : Diagramme de rayonnement d’un dipôle (a) et d’une antenne dipôle courte (b)

Le diagramme de rayonnement d'un dipôle est de type cardioïde (isotrope dans un plan perpendiculaire à l'axe des cônes, plan H ; et présentant deux lobes symétriques dans le plan contenant l'axe, plan E) -Figure I-8a.

A 30 MHz, λ/2 représente 5 m ! Par conséquent, une telle antenne est inutilisable pour des fréquences inférieures à 80 MHz. La norme CISPR 16-1-4 [I-3], indique la possibilité d’utiliser un dipôle court formé par deux conducteurs de longueur totale L > λ/10 - Figure I-8b.

3.2 Balun

L'antenne est alimentée par un balun ou symétriseur permettant un déphasage à 180° de l'alimentation de chaque brin. Le terme BALUN vient des mots anglais BALanced (équilibré, balancé) et UNbalanced (déséquilibré, non balancé). Un balun est généralement réalisé à l'aide d'un câble coaxial enroulé ou d'une petite section de ligne bifilaire bobinée sur un tore en ferrite ou sur un mandrin sans noyau, appelée « balun dans l'air ».

Le balun peut éventuellement remplir une fonction d'adaptation d'impédance, avec par exemple un rapport de 1:4 ou 1:2 couvrant alors une large bande de fréquences (2 à 4 octaves).

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Chapitre I : Etat de l’art et normalisation des sites de mesure CEM

Un doublet est une antenne théoriquement symétrique. Son rayonnement passe par un maximum dans son plan de symétrie perpendiculaire à son axe. Si on l'alimente directement en son centre avec un câble coaxial asymétrique, son diagramme de rayonnement ne sera plus parfaitement régulier et la moindre désadaptation d'impédance (couplage champ proche) modifiera son diagramme de rayonnement.

3.3 Antenne biconique

L'antenne biconique est une antenne large bande qui est le plus souvent utilisée pour couvrir les bandes de fréquences VHF (30 – 300 MHz) voire UHF (300 -1000 MHz) [I-6][I-7]. La plupart des antennes biconiques du marché ont une structure filaire – Figure I-9b, on peut toutefois en trouver formées par des cônes – Figure I-9a.

en trouver formées par des cônes – Figure I-9a . (a) (b) Figure I-9 : Photos

(a)

en trouver formées par des cônes – Figure I-9a . (a) (b) Figure I-9 : Photos

(b)

Figure I-9 : Photos d'une antenne biconique pleine (a) et en structure filaire (b)

L'antenne biconique est constituée de deux "cages métalliques" de forme conique placées de part et d'autre du balun. Dans les cas les plus classiques, le cône est formé par six brins équi- répartis sur la superficie autour d'un brin central.

L'antenne biconique est principalement définie par la longueur des cônes, leur diamètre, et la section des brins la constituant. Les dimensions standardisées des antennes pour applications CEM dans la bande de fréquence 20 à 300 MHz ont été définies dans la norme MIL-STD-461 [I-4] - Figure I-10. L'antenne a une longueur de pointe à pointe de 1.35 m et un diamètre de 52

cm.

Le diagramme de rayonnement d'une antenne biconique est de type cardioïde analogue à celui d'un dipôle. Contrairement à cette dernière, l’antenne biconique a une directivité qui augmente avec la fréquence.

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Chapitre I : Etat de l’art et normalisation des sites de mesure CEM

Balun L 3/ 4 L 3L/4 L/4 Figure I-10 : Dimensions sur une section d'une
Balun
L
3/ 4
L
3L/4
L/4
Figure I-10 : Dimensions sur une section d'une antenne biconique

3.4 Antenne log-périodique

L'antenne log-périodique (LPDA) - Figure I-11a - est constituée par l'assemblage de dipôles de différentes longueurs (ayant donc une fréquence de résonance différente) qui lui confère un comportement large bande. Les dipôles sont reliés par une ligne de transmission de telle manière que les deux éléments adjacents soient alimentés en opposition de phase.

La bande de fréquence d'utilisation de ces antennes s'étend de 80 MHz à 18 GHz. Dans le cas de mesures CEM, elles sont principalement utilisées dans la bande de fréquence de 80 MHz à 2 GHz.

(a) (b)
(a)
(b)

Figure I-11 : Antenne log-périodique (a) et antenne bi-log(b)

Les antennes bi-log sont une combinaison d’antennes biconiques et log-périodique (antenne biconique écrasée, c.à.d. réduite à un plan, associée à une log-périodiques du côté des brins les plus longs), - Figure I-11b.

Ces antennes couvrent généralement toute la bande de fréquence de 26 MHz à 2 GHz pour les mesures en émission et en immunité, et donc la plupart des normes CEM.

- 22 -

Chapitre I : Etat de l’art et normalisation des sites de mesure CEM

3.5 Antenne cornet "dual ridge"

Une antenne cornet est une transition entre propagation guidée et en espace libre. Le diagramme de rayonnement est alors fonction de l'ouverture du cornet.

rayonnement est alors fonction de l'ouverture du cornet. (a) (b) Figure I-12 : Antenne cornet DRG

(a)

(b)
(b)

Figure I-12 : Antenne cornet DRG (a) et dipôles de mesure 1-18 GHz (b)

Le terme "dual ridge" (DRG) correspond au type de guide utilisé, les guides d'ondes à double moulure ou stries sont des guides d'ondes larges bandes – Figure I-12a. L'intérêt des antennes cornet DRG est donc de présenter une adaptation sur une de fréquence de 1 à 18 GHz, plus large que les cornets pyramidaux standards.

3.6 Dipôle de mesure (1-18 GHz)

La norme CISPR 16-1-4 [I-3] pour les mesures entre 1 et 18 GHz spécifie des dipôles utilisés en émission – Figure I-12b. Le diagramme de rayonnement doit respecter un gabarit normalisé en plan E et H – Figure I-13.

un gabarit normalisé en plan E et H – Figure I-13 . Figure I-13 : Diagramme
un gabarit normalisé en plan E et H – Figure I-13 . Figure I-13 : Diagramme

Figure I-13 : Diagramme de rayonnement spécifié en plan E (à gauche) et en plan H (à droite) entre 1 et 6 GHz.

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Chapitre I : Etat de l’art et normalisation des sites de mesure CEM

Il existe un seul plan H pour un dipôle, celui ci est orthogonal au dipôle et passe par son centre. Ce plan inclut le balun et le connecteur. Quant au plan E, c'est le plan perpendiculaire au plan H. En plan H, le diagramme de rayonnement doit répondre aux spécifications du Tableau

I-4.

Angle

1-6 GHz

6-18 GHz

-60° to 60°

±2 dB

±3 dB

-60° to -135°, 60° to 135°

±3 dB

±4 dB

-135° to -180°, 135° to 180°

< +3 dB

< +4 dB

Tableau I-4 : Gabarit du diagramme de rayonnement en plan H.

En plan E, la direction des lobes principaux, M pour le côté gauche et droit doit être dans l'intervalle 0° ±15° et 180° ±15° respectivement. La zone interdite est symétrique avec une ouverture à -3 dB d’au moins ± 15°.

4.Absorbants électromagnétiques

Les absorbants électromagnétiques sont des matériaux qui possèdent des propriétés électriques ou magnétiques particulières. Une partie de l’énergie se propageant dans ces matériaux se transforme en chaleur. On parle alors de matériau à pertes électriques lorsque la permittivité possède un terme imaginaire (ε") et magnétiques lorsque la perméabilité possède un terme imaginaire (µ").

La réflectivité R (dB) exprime le niveau de performance de ces matériaux. Ce paramètre est le rapport entre la puissance de l’onde réfléchie par un matériau, P R (W), sur la puissance de l’onde incidente, P I (W). Pour nos applications, la réflectivité est donnée en incidence normale lorsque l’absorbant est placé sur un support métallique parfaitement conducteur – Eq. I-3.

R dB

(

)

= −

P

R

(

)

)

10 log 10

W

P

I

(

W

Eq. I-3

Nous décrirons dans la suite de ce paragraphe les absorbants électromagnétiques utilisés dans la conception de chambres anéchoïques pour des applications CEM.

4.1 Absorbants magnétiques

4.1.1 Ferrites

L’appellation « ferrites » concerne une importante variété de matériaux qui ont en commun leur constituant de base (l’oxyde de fer) et la technique de fabrication (broyage, chamottage : chauffage à plus de 1000°C, frittage : moulage à chaud et sous pression).

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Chapitre I : Etat de l’art et normalisation des sites de mesure CEM

Il existe deux grandes familles de ferrites industriels : les ferrites doux et les ferrites durs. Ce sont les ferrites doux qui sont utilisés comme absorbants électromagnétiques, ils sont caractérisés par une aimantation « facile » présentant des champs coercitif et d’anisotropie faible. Les couples les plus fréquemment associés à l’oxyde de fer, sont les couples Nickel Zinc Ni-Zn et Manganèse Zinc Mn-Zn, ayant respectivement des fréquences de résonance autour des 400 et des 800 MHz. Bien qu’il s’agisse d’un matériau résonnant, les ferrites conservent des performances intéressantes de part et d’autre de la fréquence de résonance.

(a)
(a)
(b)
(b)

Figure I-14 : (a) Panneau de ferrite (b) Paramètres électromagnétiques de ferrites NiZn [I-8].

4.1.2 Absorbants ferrites

Le matériau le plus utilisé comme absorbant électromagnétique en basse fréquence (f < 1 GHz) reste le ferrite de Nickel-Zinc. Celui-ci se présente alors sous la forme de tuiles de dimensions 10 cm par 10 cm et 6.7 mm d'épaisseur.

Les tuiles sont fixées de manière unitaire sur leur support par collage, ou vissées lorsqu’elles sont munies d’un trou central. Elles peuvent être également collées en usine sur des dalles métalliques de dimensions 300 x 300 mm comme cela est le cas pour les ferrites SIEPEL FE30Z [I-8] - Figure I-14a et Figure I-14b. Le positionnement en usine sur des dalles diminue l'interstice entre les tuiles de ferrite, celui-ci pouvant dégrader grandement les performances du matériau ferrite. En effet comme le montrent les graphiques de la Figure I-15, alors qu’un trou de fixation réduit uniquement les performances à la résonance, un interstice dégrade la réflectivité sur toute la bande de fréquences [I-9].

Mais les ferrites peuvent également être fixés sur un matériau diélectrique à condition que son épaisseur soit inférieure à 20 mm et que ce support soit lui même en contact avec sur un support métallique. L’ajout de ce diélectrique entre la tuile de ferrite et le support métallique, modifie légèrement la courbe de réflectivité des matériaux ferrites néanmoins ces modifications sont mineures au regard de la réflectivité entre 30 MHz et 1 GHz.

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Chapitre I : Etat de l’art et normalisation des sites de mesure CEM

I : Etat de l’art et normalisation des sites de mesure CEM Figure I-15 : Influence

Figure I-15 : Influence des interstices et des trous de fixation sur le coefficient de réflexion [I-9].

4.2 Absorbants diélectriques

Tout d’abord, le matériau doit détenir des qualités absorbantes (matériau à pertes), le carbone est la charge diélectrique la plus couramment utilisée.

Pour qu’un absorbant soit « large bande », il faut de plus que l’onde électromagnétique incidente, ne soit pas réfléchie à la surface du matériau. Il faut donc éviter toute désadaptation d’impédance entre le matériau et l’impédance de l’air (377 Ohms).

4.2.1 Absorbants multicouches

Une technique permettant de répondre aux deux critères précédents consiste à réaliser des matériaux multicouches. Chacune des couches ayant des charges différentes, elles possèdent des propriétés électromagnétiques et des impédances différentes. La première couche (celle qui est en contact avec l’onde incidente) est peu chargée. Elle aura donc une impédance proche de l’air réduisant au minimum le niveau des réflexions à la surface du matériau. La couche suivante sera davantage chargée procurant une absorption plus grande de l’énergie de l’onde électromagnétique. Il est possible de multiplier les couches et les charges jusqu’à l’obtention de la réflectivité désirée. Pour minimiser les réflexions sur la surface de l’absorbant, une solution a été trouvée en créant un gradient de la permittivité dans l’épaisseur du matériau.

Cette transition peut notamment être réalisée par un multicouche dont la charge en carbone augmente avec la profondeur.

Une autre technique pour éviter toute rupture d’impédance au niveau de la surface du matériau consiste à donner une forme au matériau. Il peut s’agir de dièdres, de circonvolutions, de cônes, de pyramides ou toutes autres formes plus complexes du moment que la surface de la section du matériau se réduit sur sa hauteur.

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Chapitre I : Etat de l’art et normalisation des sites de mesure CEM

4.2.2 Absorbants pyramidaux

Les absorbants pyramidaux – Figure I-16 - sont les absorbants à transition géométrique (gradient de concentration lié à la géométrie) les plus courants. Ils sont constitués d’une matrice en mousse polyuréthane quasi transparente aux ondes électromagnétiques qui est chargée de carbone (matériau présentant de fortes pertes diélectriques). Un liant acrylique polymérisé permet de fixer les particules de carbone dans les cellules de la mousse.

les particules de car bone dans les cellules de la mousse. Figure I-16 : Absorbants pyramidaux

Figure I-16 : Absorbants pyramidaux SIEPEL APM 20 [I-10].

Compte tenu de sa forme géométrique, la permittivité complexe effective de la section en incidence normale augmente avec la profondeur jusqu'à la valeur intrinsèque de la mousse polyuréthane chargée en carbone au niveau de la base.

La configuration pyramidale réalise une transition entre l’air et un milieu diélectrique homogène à pertes. Cette adaptation progressive permet de minimiser les phénomènes de réflexion en surface et le caractère absorbant du matériau transforme l’énergie électromagnétique en chaleur.

Lorsque la fréquence augmente, d’autres phénomènes comme la diffraction, et la diffusion liée à rugosité de la surface des mousses interviennent dans les performances en réflectivité de ces absorbants. La limite en fréquence, donnant une prépondérance à l’un ou l’autre des phénomènes est directement dépendante de la hauteur des pyramides et de leur périodicité. Cet aspect sera détaillé dans le chapitre III sur la caractérisation des absorbants.

Les hauteurs des pyramides peuvent varier entre 28 mm et 1650 mm suivant les fréquences d’utilisation. La hauteur de l’absorbant détermine alors ses performances en basse fréquence.

Les performances de ces absorbants dépendent directement du rapport entre la hauteur des absorbants D et la longueur d’onde λ comme le montre le graphique de la Figure I-17. Lorsque leur hauteur est supérieure à dix longueurs d’ondes, la réflectivité devient quasi constante et est de l’ordre de -50 dB.

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Chapitre I : Etat de l’art et normalisation des sites de mesure CEM

60 APM66 50 APM45 40 APM30 APM20 30 APM80 20 10 D/λ 0 0.01 0.1
60
APM66
50
APM45
40
APM30
APM20
30
APM80
20
10
D/λ
0
0.01
0.1
1
D/λ
10
100
Réflectivité (dB)

Figure I-17 : Réflectivité en incidence normale des absorbants pyramidaux en fonction de leur épaisseur D et de la longueur d’onde λ.

4.3 Absorbants hybrides

Pour améliorer les performances de chambres sur une large bande de fréquence, des absorbants combinant les avantages des matériaux magnétiques qui donnent de très bons résultats en dessous du GHz et des matériaux diélectriques performant au dessus du GHz ont été conçus. Hélas les lois de la physique ne permettent pas cette simple addition des réflectivités de ces derniers.

La combinaison du ferrite et de la mousse pyramidale carbonée est possible mais subtile car la permittivité élevée de la mousse créée un effet de masquage des tuiles de ferrite, ce qui minimise leur efficacité. Il est donc nécessaire de réaliser un compromis sur la charge en carbone des mousses afin de les rendre suffisamment transparentes en basse fréquence tout en conservant une absorption raisonnable en hautes fréquences.

4.4 Absorbants et applications

Le graphique de la Figure I-18 compare les performances en terme de réflectivité des différents types d’absorbants dans la bande de fréquence de 30 MHz à 18 GHz qui intéresse les applications CEM.

- 28 -

Chapitre I : Etat de l’art et normalisation des sites de mesure CEM

Fréquence (MHz)

10 100 1000 10000 100000 0 -10 -20 FE30Z -30 HY45 APM45 -40 ADM45 AH40
10
100
1000
10000
100000
0
-10
-20
FE30Z
-30
HY45
APM45
-40
ADM45
AH40
-50
MI225
-60
Réflectivité (dB)

Figure I-18 : La réflectivité de différents types d’absorbants.

En résumé, les utilisations typiques des divers types d’absorbants sont données dans le Tableau I-5.

 

Bande de

     

Absorbants

fréquence

Réflectivité

Usage

Observations

Ferrite (FE)

30

MHz à 1 GHz

- 20 dB

CEM

Epaisseur 6.7 mm

Absorbants multicouches (AH)

1GHz à 18 GHz

- 20 dB

Diagramme

Recouvrir des

d’antenne

positionneurs

     

CEM,

 

Absorbants pyramidaux (APM)

80

GHz

MHz à 200

De – 6 à - 55 dB

Diagramme

d’antenne, SER

Hauteur de 3 cm à 165 cm

Absorbants à

circonvolutions

1 à 200 GHz

De – 17 à 52 dB

Diagramme

d’antennes

Applications

centimétrique et

(APC)

millimétrique

Absorbants dièdres (ADM)

200 MHz à 200 GHz

 

Diagramme

 

De –10 à – 42 dB

d’antenne, SER

Fortes incidences

Absorbants

30

MHz à 100

   

Combinaison Ferrite et mousse

hybrides (HY)

GHz

De – 11 à – 23 dB

CEM

Absorbant pyramidal multicouche (MI)

30

MHz à 100

De – 11 à – 55 dB

CEM,

Chambre multi-

GHz

Diagramme

usage

d’antennes, SER,

 

radio

Tableau I-5 : Applications des différents types d’absorbants.

- 29 -

Chapitre I : Etat de l’art et normalisation des sites de mesure CEM

5.Validation de chambres semi-anéchoïques

La validation d'une chambre semi-anéchoïque (SAC) peut être divisée en trois parties, décrites dans les paragraphes suivants:

Validation en émissivité entre 30 MHz et 1 GHz.

Validation en émissivité entre 1 et 18 GHz (configuration totalement anéchoïque).

Validation en immunité (configuration totalement anéchoïque).

Les procédures de validation en EMI des chambres semi-anéchoïques sont décrites par les normes internationales CISPR 16-1-4 [I-3], européennes EN 50147-2 [I-11] et américaines ANSI C63-4 [I-12].

5.1 Configurations de mesures

Le plus gros Equipement Sous Test (EUT) à mesurer, lorsqu'il tourne de 360° autour de son centre, défini le "volume d'essai". Le plus souvent ce volume est décrit par la surface d'un plateau tournant destiné à accueillir l'EUT et pour une hauteur de 2 m. La distance entre ce volume de test et l’antenne de réception (noté Dnominale) est alors de 3, 5 ou 10 mètres (cf.

§2.5).

Pour qualifier un site en émission, on mesure l’affaiblissement du site (SIL : Site Insertion Loss) entre une antenne d'émission placée dans le volume de test et une antenne de réception. L’antenne de réception est disposée sur un mât et subit une translation verticale de 1 à 4 mètres permettant une mesure en continu du niveau de champ capté incluant champs directs et réfléchis par le plan métallique au sol. L'atténuation de site (SA) est alors déterminée par le minimum du SIL.

L’Atténuation normalisée d’emplacement (ANE) peut alors être obtenue par soustraction des facteurs des antennes utilisées à l’atténuation de site – Eq. I-4.

ANE (dB) = SA (dB) – AF T (dB) – AF R (dB)

Eq. I-4

Vingt mesures d'atténuation d'emplacement pour différentes positions et divers état de polarisation de l'antenne d'émission doivent alors être réalisées. Ces 20 mesures correspondent à cinq positions dans le plan horizontal (centre, droite, gauche, avant, arrière, par rapport à une ligne tracée entre le centre du volume et le centre de l'antenne d'émission) comme le montre la Figure I-19, pour les deux polarisations (horizontale et verticale) et pour deux hauteurs (1 m et 2 m en polarisation horizontale, 1 m et 1,5 m en polarisation verticale).

La valeur de l’affaiblissement de site (ANE : Atténuation Normalisée d’Emplacement) - Annexe B - est alors calculée pour chaque fréquence et pour chaque position de l’antenne d’émission à partir de l'atténuation de site et des facteurs d'antennes. La déviation d'ANE, c'est- à-dire la différence entre l'ANE théorique [I-3] et les valeurs d'ANE mesurées, doit alors être inférieure à ± 4 dB.

- 30 -

Chapitre I : Etat de l’art et normalisation des sites de mesure CEM

Antenne d'émission Dnominale
Antenne d'émission
Dnominale

Absorbant hybride

Antenne de réception balayage

Antenne d'émission Dnominale
Antenne d'émission
Dnominale
Antenne d'émission Dnominale Absorbants ferrite Antenne de réception balayage

Absorbants

ferrite

Antenne d'émission Dnominale Absorbants ferrite Antenne de réception balayage
Antenne d'émission Dnominale Absorbants ferrite Antenne de réception balayage

Antenne de réception balayage

Figure I-19 : Coupes horizontales de la SAC pour les positions de l'antenne d'émission et de réception pour les deux polarisations (horizontale et verticale).

On appelle chambre de "qualification", les chambres qui respectent l’ensemble des critères décrits ci-dessus (déplacement vertical de l’antenne de réception de 1 à 4 m, déviation d’ANE de ± 4 dB). Dans le cas contraire, on parle de chambre de « pré-qualification ».

Les facteurs des antennes sont obtenus de manière théorique pour des dipôles ou par des mesures de calibrage pour des formes plus complexes où lorsqu’il existe des couplages avec le sol par exemple dans le cas de chambres semi-anéchoïques. Plusieurs techniques de calibrage des antennes peuvent être utilisées pour le calcul des facteurs d'antenne. On se focalisera principalement sur la méthode SSM (Standard Site Method) ou méthode de mesure d'ANE donnée dans les normes, et la méthode SACM (Site Attenuation Comparaison Method) préconisée par le NPL (National Physical Laboratory) et ARC / Seibersdorf Research (Austrian Research Center) pour des mesures à 3 mètres.

- 31 -

Chapitre I : Etat de l’art et normalisation des sites de mesure CEM

5.2 Méthode de calibrage "Standard Site Method"

Le calibrage des antennes par la méthode SSM est décrit par la norme ANSI C63-5 [I-13]; et est utilisé par les normes américaines ANSI C63-4 et européennes EN 50147-2. Les facteurs d'antenne en espace libre sont alors pris en compte pour les mesures d'ANE.

Ces facteurs d'antennes en espace libre sont mesurés classiquement par la méthode des trois antennes (3AM) [I-14], et ne prennent donc pas en compte le couplage mutuel entre les antennes d'émission et de réception lors de la mesure finale. Des corrections sont donc à apporter pour compenser à la fois le couplage mutuel et le couplage avec le plan métallique.

Compte tenu de ces nombreux défauts, cette méthode est peu utilisée et on lui préfère le plus souvent la méthode « Site Attenuation Comparaison Method ».

5.3 Méthode de calibrage "Site Attenuation Comparaison Method"

Pour réaliser des mesures à 3 m, cette méthode SACM est plus précise. Elle permet de se dispenser d'une grande partie des erreurs de la mesure d'ANE (calibrage des antennes), par une simple comparaison de pertes d'insertion (SIL) entre un site de référence et le site à évaluer. C'est cette approche qui est préconisée par des laboratoires de renom comme le NPL en Angleterre [I-15] et l'Austrian Research Center en Autriche [I-16].

Comme décrit dans le paragraphe précédent, le calibrage des antennes par la méthode SSM, est un processus circulaire. En effet cette méthode revient à comparer directement l'atténuation de site entre la chambre à qualifier et un site de référence (CALTS) sur lequel ont été calibrées les antennes.

Contrairement à la méthode SSM qui nécessite de nombreuses étapes dans la procédure de calibrage (chaque étape est une source d’erreur), la méthode SACM propose une comparaison directe des résultats d'atténuation de site entre un CALTS avec plan de sol et le site à évaluer. La différence entre les deux mesures doit alors répondre de la même manière au critère d'acceptation de site, soit +/- 4 dB.

La méthode SACM ne nécessitant pas la connaissance des facteurs d’antenne, elle élimine donc les incertitudes sur ces deux composantes existantes avec la méthode SSM.

Le problème majeur de cette méthode est qu'elle n'est pas encore incorporée à toutes les normes! La technique la plus commune pour rendre cette méthode conforme est de faire intervenir un artifice qui est la somme des facteurs d'antenne d'émission et de réception (DAF). Ce paramètre est obtenu par la soustraction de l'ANE théorique (donné par les normes) à l’atténuation de site (SA) obtenu sur un CALTS.

Compte tenu de l'incertitude réduite de cette méthode, elle est de loin la plus usitée et est acceptée par la majorité de la communauté scientifique.

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Chapitre I : Etat de l’art et normalisation des sites de mesure CEM

6.Validation de Chambre totalement anéchoïque

La procédure de validation de chambres totalement anéchoïques est définie par la norme internationale CISPR 16-1-4 [I-3] et le projet de norme européenne Pr EN 50147-3 [I-17]. Les mesures sont réalisées dans la bande de fréquences de 30 MHz à 1 GHz en utilisant une antenne d'émission ayant un diagramme de rayonnement omnidirectionnel dans un plan et ayant une taille maximale inférieure à 40 cm.

un plan et ayant une taille maximale inférieure à 40 cm. Figure I-20 : Configuration de

Figure I-20 : Configuration de mesure en polarisation horizontale

L'antenne de réception doit être déplacée de manière à maintenir les antennes alignées et maintenir une distance constante en restant sur le plan milieu du volume de test - Figure I-20. Les mesures doivent être réalisées entre 30 MHz et 1 GHz pour un pas fréquentiel de 1% et supérieur ou égal à 1MHz. Comme pour les mesures en chambres semi-anéchoïques, les mesures des points arrières du volume de test ne sont pas nécessaires si la distance entre les pointes des absorbants et l'extrémité de ce volume est supérieure à 1 mètre.

Deux méthodes peuvent être utilisées pour valider une FAR :

La méthode du site de référence, pour les mesures jusqu'à 5 m. Au delà de cette distance la réflexion due au sol devient trop importante (cf. § 3.1).

La méthode de mesure d'ANE, pour les mesures au delà de 5 m, par l'utilisation des facteurs d'antenne en espace libre. Pour les mesures notamment à 3 m, les effets de champ proche limitent la précision de cette méthode.

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Chapitre I : Etat de l’art et normalisation des sites de mesure CEM

La déviation de l'ANE mesurée peut alors être comparée à l'ANE théorique. La validation d'une FAR doit alors présenter une déviation de moins de ± 4 dB par rapport au site de référence pour les deux polarisations et pour l'ensemble du volume occupé par l'EUT.

6.1 La méthode du site de référence

La mesure de l’atténuation de site (SA) avec la paire d'antennes utilisée pour le calibrage d'une FAR (antennes d'émission et de réception) sur un site de quasi espace libre est nécessaire comme référence. Cette méthode prend en compte les effets de champ proche et de couplage, puisque c'est une configuration d'antennes identique qui est réalisée sur le site de référence et le site à tester.

>1m = 3m >1m Antenne Transmission Emission en polarisation verticale = 4m Mâts non métalliques
>1m
= 3m
>1m
Antenne
Transmission Emission
en polarisation verticale
= 4m
Mâts non métalliques
Analyseur
Générateur
de spectre

Figure I-21 : Configuration de calibrage en "quasi free space".

La mesure de l'atténuation de site entre la paire d'antennes (antennes d'émission et de réception) sur un site quasi espace libre est requise comme référence - Figure I-21 (la paire d'antennes qui est utilisée pour la validation de site est calibrée comme paire sur le site de référence).

Les câbles coaxiaux (ct, cr) pour les antennes d'émission et de réception sont placés horizontalement derrière les antennes sur une distance de 2 m pour minimiser leur interaction avec l'onde électromagnétique.

La distance entre antennes est alors prise par rapport au centre des deux cônes pour les antennes biconiques, par rapport au milieu pour l'antenne log-périodique.

La précision du calibrage est améliorée par :

le positionnement d'absorbants ferrite au sol entre les deux antennes pour les mesures basse fréquence.

la pose d'atténuateur de 6 dB sur le connecteur des antennes pour réduire l'influence de toute désadaptation trop importante des antennes.

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Chapitre I : Etat de l’art et normalisation des sites de mesure CEM

l'utilisation d'antennes avec une bonne symétrisation du balun donnant une erreur de moins de ± 0.5 dB quand l'antenne illuminée est tournée de 180°.

l'utilisation de câble ferrité.

Pour valider une FAR, on compare sur tous les points la déviation de SA entre la chambre anéchoïque et le site de référence.

6.2 La méthode de mesure d'ANE

Les facteurs d'antenne en espace libre AF fs de l'antenne d'émission et de réception (définis par les articles sur l'étalonnage des antennes dans la série CISPR 16) sont nécessaires pour cette procédure. La validation d'emplacement pour chaque position de mesure est réalisée par une comparaison des valeurs d’ANE théoriques et d’ANE sur l’emplacement à valider.

La valeur théorique de l'affaiblissement normalisé de l'emplacement (ANEcalc) en dB est définie comme l'affaiblissement de l'emplacement avec les facteurs d'antenne respectifs déduits - Eq. I-5.

ANEcalc = 10log

10


     5 Z   d  0   
 5 Z
d
0
2
π
1
1
1 −
+
(
β
d ²
)
(
4
β
d
)


20log

10

f

m

Eq. I-5

Avec : f m est la fréquence (Hz). d est la distance (m). Z 0 est l’impédance de référence (50). β est défini par 2π/λ λ est la longueur d’onde (m).

6.3 Norme de validation d'emplacement de test entre 1 et 18 GHz en

émissivité (EMI)

Pour les mesures au delà de 1 GHz (pour certaines familles de produits et pour les normes futures) la nouvelle normalisation CISPR 16-1-4 [I-3] impose des mesures en ne considérant que le chemin direct (configuration totalement anéchoique même pour les chambres semi- anéchoïques).

En effet compte tenu de la directivité des antennes utilisées en réception (cornet), les trajets indirects sont négligeables dans cette bande de fréquences. Le positionnement d'absorbants au sol est toutefois préconisé par la norme.

Les mesures du taux d'ondes stationnaires d’emplacement noté SVSWR par la méthode « Site VSWR » en anglais (assimilable à la mesure du taux d’onde stationnaire en espace libre - Annexe B) sont réalisées pour les positions centrale, latérales et avant du volume d'essai - Figure I-22 - à mi hauteur avec une hauteur minimum h 1 de 1m - Figure I-23. La même mesure est ensuite répétée au centre pour le haut du volume h 2 (si la différence entre h 2 et h 1 est supérieure à 50 cm).

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Chapitre I : Etat de l’art et normalisation des sites de mesure CEM

I : Etat de l’art et normalisation des sites de mesure CEM Figure I-22 : Vue

Figure I-22 : Vue de dessus de la mesure selon la méthode "Site VSWR" [I-3].

La norme impose que l'antenne utilisée comme source d'émission possède un diagramme de rayonnement de forme cardioïde (cf. § 3.6).

de rayonnement de forme cardioïde (cf. § 3.6) . Figure I-23 : Vue de côté de

Figure I-23 : Vue de côté de la mesure selon la méthode "Site VSWR" [I-3].

Le Taux d'onde stationnaire de l’emplacement

noté SVSWR doit alors être inférieur à 6

dB pour valider la chambre selon la norme CISPR 16-1-4.

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Chapitre I : Etat de l’art et normalisation des sites de mesure CEM

6.4 Norme de validation d'un emplacement de test en immunité (EMS)

Des mesures de champs électriques sont réalisées pour vérifier l’uniformité de l'illumination de la zone de test sur un plan vertical. Le plan d’uniformité mesure 1.5 m par 1.5 m et est situé au minimum à 80 cm du sol - Figure I-24. La norme EN 61000-4-3 [I-18] autorise un écart entre 0 et +6 dB sur 75% des 16 positions de sonde de mesure sur la bande de fréquence de 80 MHz à 3 GHz. Une couverture partielle ou totale du sol par des absorbants électromagnétiques est autorisée – Figure I-25.

électromagnétiques est autorisée – Figure I-25 . Figure I-24 : Configuration de validat ion pour les

Figure I-24 : Configuration de validation pour les mesures en immunité

: Configuration de validat ion pour les mesures en immunité Figure I-25 : Points des capteurs

Figure I-25 : Points des capteurs dans le plan d'uniformité

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Chapitre I : Etat de l’art et normalisation des sites de mesure CEM

6.5 Normes automobiles pour mesures sur équipements

Les normes automobiles pour mesures sur équipements étant nombreuses, nous n'évoquerons dans ce document que la norme CISPR 25 [I-19] qui est la plus répandue et la plus contraignante. Pour les essais d'émission rayonnée dans le domaine automobile, la chambre doit être de taille suffisante pour que ni le véhicule/appareil en essai, ni l'antenne de mesures ne soit à moins de 2 m des murs ou du plafond de la cage de Faraday et de 1 m de la surface la plus proche des matériaux absorbants utilisés, excepté ceux placés sur le sol.

Les caractéristiques de réflexion de la chambre anéchoïque doivent être telles que l'erreur maximale due à l'énergie réfléchie par les parois (murs et plafond) soit inférieure à 6 dB dans la gamme de fréquences de 70 MHz à 1 GHz.

6.5.1 Configuration de mesures

de 70 MHz à 1 GHz. 6.5.1 Configuration de mesures Figure I-26 : Exemple de montage

Figure I-26 : Exemple de montage d'essai – antenne biconique [I-11]

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Chapitre I : Etat de l’art et normalisation des sites de mesure CEM

L’appareil sous test doit être placé à 50 mm au-dessus du plan de masse du banc d’essai, excepté si l’on veut simuler la configuration existant sur le véhicule. La face avant de l’appareil doit être située à une distance minimale de 200 mm du bord du plan de masse -Figure I-26.

Les lignes d’alimentation situées entre les connecteurs du réseau fictif et les connecteurs de l’appareil sous test doivent avoir une longueur standard de 200 mm. Le faisceau d'essai doit être placé de manière rectiligne, à 50 mm au-dessus du plan de masse du banc d’essai, sur un matériau non-conducteur de faible permittivité relative (εr < 1,4).

La procédure de mesure en réflexion décrite ci-après pour les mesures d'émissions

rayonnées, est recommandée pour la caractérisation de l'enceinte dont les dimensions doivent être supérieures à un gabarit donné (Longueur x largeur x Hauteur doivent être supérieures à 7

m x 6,5 m × 4,5 m).

6.5.2 Calibrage de la chambre

Le calibrage de la chambre anéchoïque est défini dans la norme CISPR 25 par l'utilisation d'une source de bruit normalisée utilisée à la place de l'EST dans le but de générer un champ électrique. L'amplitude du champ électrique est mesurée préalablement à une distance de 1 m sur un site de référence en utilisant la même configuration d’essai – Figure I-27. La source de bruit est reliée à un réseau fictif par le faisceau de câblage. Le champ électrique est alors mesuré avec une antenne biconique de 70 à 200 MHz et une antenne log-périodique de 200 MHz à 1 GHz en réception.

Plan de masse
Plan de
masse

Figure I-27 : Procédure proposée par ARC Seibersdorf Research [I-20].

Deux mesures sont réalisées : l'une sur un site champ libre utilisé comme référence et l'autre sur le site à qualifier. Une chambre est conforme si la déviation entre les deux mesures est inférieure à ± 6 dB sur la gamme de fréquence comprise entre 70 MHz et 1 GHz.

Cette procédure est susceptible d'induire de nombreuses erreurs dont la première est liée à

la répétitivité de la mesure [I-21][I-22]. La principale raison est liée au faisceau; ce faisceau

ayant une longueur de 1.5 m, la fréquence de résonance est de 200MHz. Pour une fréquence de 1 GHz, le diagramme de rayonnement qui comporte de nombreux lobes est très sensibles à la position du faisceau, un décalage de quelques millimètres entraîne une déviation de plusieurs dB.

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Chapitre I : Etat de l’art et normalisation des sites de mesure CEM

Pour résoudre ce problème, ARC Seibersdorf, propose une alternative à cette méthode [I- 19]. A la place de la source de bruit, du faisceau et du réseau fictif, une petite antenne biconique est utilisée pour générer un champ normalisé. Cette antenne est placée en cinq positions sur la table le long de la position du faisceau précédent - Figure I-8. La hauteur de l'antenne par rapport au plan de masse est de 15 cm pour permettre les mesures en polarisation verticale. Cette technique a été utilisée avec succès pour la validation de nombreux sites d'essai.

7.Conception de chambres anéchoïques

Les performances d'une chambre dépendent de différents éléments :

Antennes en réception et/ou en émission (dimensions, directivité…).

Dimensions et formes de la cage de Faraday.

Types et performances des absorbants électromagnétiques.

Placement des absorbants.

Dimensions de l'équipement sous test (EUT).

Gamme de fréquence.

Ces éléments influent sur les résulats des mesures de qualification :

Pour les mesures d'immunité selon la norme EN 61000-4-3, les performances sont principalement liées par la directivité des antennes. En effet, le plan d'uniformité de champ est directement fonction de la directivité de l'antenne d'émission [I-23].

Pour les mesures d'émissivité entre 30 MHz et 1 GHz selon la norme CISPR 16-1-4, les performances sont dépendantes des dimensions des chambres (rapport avec la longueur d'onde) et de la réflectivité des absorbants.

Pour les mesures d'émissivité entre 1 et 18 GHz selon la norme CISPR 16-1-4, les performances sont pour leur part dépendantes de la réflectivité des absorbants dans les zones spéculaires, du fait de l'utilisation en réception d'antennes très directives (cornet DRG par exemple).

Pour

la

les

mesures

sur

équipements

automobiles,

les

performances

sont

liées

à

réflectivité des absorbants, mais surtout dépendantes de la procédure de recette.

8.Conclusion

Ce premier chapitre nous a permis de détailler l’état de l’art des matériels et matériaux utilisés dans les chambres anéchoïques pour application CEM.

Les procédures de validation et l’instrumentation associée ont été détaillées pour les trois types d’installations qui ont été privilégiés dans nos études, à savoir :

les chambres semi-anéchoïques et les chambres totalement anéchoïques pour les équipements à usage résidentiel, commercial ou insdustriel.

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Chapitre I : Etat de l’art et normalisation des sites de mesure CEM

Les chambres semi-anéchoïques avec une table munie elle-même d’un plan de masse, nommées aussi ALSE qui permettent le test d’équipements automobiles.

En effet pour les applications militaire et aéronautique, aucune procédure de mesure de l’installation finale n’est préconisée, seule la performance des absorbants est spécifiée.

La qualité des installations est principalement définie par les dimensions de l’enceinte créée par la cage de Faraday et par le type d’absorbants utilisés. En ce qui concerne ces derniers, il s’agit d’absorbants ferrites ou d’absorbants pyramidaux en mousse polyuréthane chargée en carbone.

Pour le plan d’uniformité des champs qui valide la chambre pour les mesures d’immunité (EMS), celui-ci est principalement dépendant de l’antenne utilisée, notre travail se focalisera donc sur les mesures d’émissivité (EMI).

Pour les mesures d’émissivité, la validation de ces équipements est définie, pour l’ensemble des cas traités, par la déviation des pertes de transmission entre un site parfait et les mêmes mesures dans la chambre. Si les normes spécifient un gabarit constant de +/- 4dB sur l’ensemble de la bande de fréquences d’étude, l’impact dans la conception des chambres est différentes selon la fréquence. En effet les performances des absorbants ne sont pas constantes sur toute la bande. Au delà de ces éléments intrinsèques à la chambre, l’instrumentation utilisée et plus précisément les antennes interviennent aussi dans les performances de la chambre.

Suivant le type d’antennes (biconiques, LPDA, etc…), la directivité va jouer sur les performances. Moins l’antenne est directive, plus le gabarit est difficile à tenir. C’est notamment problématique dans la bande de fréquences de 30 à 200 MHz, où les antennes sont peu directives. L’expérience montre que c’est cette bande qui est la plus critique et qui a été plus particulièrement abordé dans la suite de ce travail.

En complément de cette étude pour les « basses » fréquences, on étudiera l’extension de la conception aux nouvelles normalisations entre 1 et 18 GHz.

Dans le but de modéliser une chambre anéchoïque reste à trouver la méthode numérique et le logiciel de simulation électromagnétique les mieux appropriés afin de modéliser l’ensemble de ces éléments (absorbants, antennes…) avec une précision et des temps de simulation acceptables. Nous nous sommes attachés dans le deuxième chapitre à décrire puis à choisir la ou les méthodes numériques pouvant être envisagées pour la modélisation de chambre pour des mesures suivant les normes d'émissivité entre 30 et 200 MHz.

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Chapitre I : Etat de l’art et normalisation des sites de mesure CEM

9.Bibliographie

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[I-9]

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Chapitre I : Etat de l’art et normalisation des sites de mesure CEM

[I-14] H. Masuzawa, T. Tejima, K. Harima, T. Morikawa, Determination of antenna factors using a three-antenna method at open-field test, Communications Research Laboratory review, Vol. 38, N°3, Septembre 1992, p. 173-180.

[I-15] M.J. Alexander, M.J. Salter, D.G. Gentle et al., Calibration and use of antennas, focusing on EMC application, Measurements Good Practice Guide N°73, NPL, Teddington, UK, Décembre 2004, 108 p.

[I-16] W. Müllner et H. Garn, From NSA to site-reference method for EMC test site validation, EMC. 2001 IEEE International Symposium on EMC, Vol. 2, 2001, p. 948-953.

[I-17] Pr EN 50147-3, EMC basic emission standard: emission measurements in fully anechoic chambers, CENELEC, 2001, 39 p.

[I-18] EN 61000-4-3, Compatibilité électromagnétique (CEM). - Partie 4-3 : techniques d’essai et de mesure. - Essais d’immunité aux champs électromagnétiques rayonnés aux fréquences radioélectrique, Février 2006, 111 p.

[I-19] CISPR 25, Caractéristiques des perturbations radioélectriques pour la protection des récepteurs utilisés à bord des véhicules, des bateaux et des engins –Limites et méthodes de mesure, IEC, 2 ème édition, Août 2002. 123 p.

[I-20] A. Kriz, W. Mullner, Analysis of the CISPR 25 Component Test Setup, EMC, 11-16 Mai 2003, p 229-232.

[I-21] D. Swanson, Investigation of the calibration procedure from CISPR 25, Annex B, for use with vehicle component testing, IEEE EMC Symposia Record 1998.

[I-22] P. Miller, A comparison of radiated emissions testing to European directive 95/54/EC using an open field test site and a semi-anechoic chamber, IEEE EMC Symposia Record

1999.

[I-23] J. Westhof-Jacobs, EMS Antennas – General Features, EMC Training, Rohde&Schwarz, Juillet 2005, 15 p.

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Chapitre I : Etat de l’art et normalisation des sites de mesure CEM

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Chapitre II – Méthodes numériques et logiciels pour l’étude EM des chambres anéchoïques

Chapitre II

Méthodes numériques et logiciels pour l’étude EM des chambres anéchoïques

1. Introduction

46

2. Méthodes Asymptotiques

47

2.1 Optique Géométrique et diffraction

48

2.2 Optique Physique et variantes

50

2.3 Implémentation pour des chambres anéchoïques

50

2.4 Bilan sur les méthodes asymptotiques

52

3. Méthodes "Rigoureuses"

53

3.1 Méthodes intégrales

53

3.2 Méthode des éléments finis

56

3.3 Méthode des différences finies temporelle

58

3.4 Méthode ADI-FDTD

61

3.5 Méthode d’intégration finie

62

3.6 Méthode des lignes de transmission

62

3.7 Approches Hybrides

63

4. Choix d’une ou de méthodes

65

5. Sélection d’un logiciel de simulations EM

67

5.1 Scénario des absorbants ferrites

68

5.2 Scénario des absorbants pyramidaux

72

5.3 Scénario de l'antenne biconique

77

5.4 Scénario d'une chambre anéchoïque

80

5.5 Bilan sur les logiciels EM

82

6. Conclusion

83

7. Références bibliographiques

85

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Chapitre II – Méthodes numériques et logiciels pour l’étude EM des chambres anéchoïques

1.Introduction

La modélisation électromagnétique (EM) a accompli des nombreux progrès favorables à son usage en milieu industriel pour les activités de recherche et de développement, en tout premier lieu dans le domaine des dispositifs qui composent les sous-systèmes radiofréquences. Tout d'abord, cette progression doit beaucoup aux performances croissantes des techniques de l'informatique. Ainsi l’évolution de la puissance de calcul des processeurs et des architectures matérielles associées a spectaculairement étendu le champ d'application des méthodes numériques sous-jacentes à la modélisation EM. Il serait cependant très réducteur de réduire la part croissante de la modélisation électromagnétique à ces seules avancées. En effet, les progrès établis dans l’amélioration des méthodes numériques dédiées à la résolution des équations de Maxwell ont eu une part très importante dans l'essor des logiciels commerciaux.

Les avantages de la simulation numérique sont nombreux :

Grâce à une visualisation des cartographies de champ et de courant notamment : appréhender et comprendre les phénomènes et leurs conséquences.

Grâce à la qualité et à la fiabilité des calculs : réduire les cycles de développement, notamment par la réduction importante des phases de prototypage.

Grâce à la modélisation : capitaliser le savoir faire (bibliothèque de modèles réutilisables).

Grâce

à

l’intégration

informatique :

faciliter les passerelles avec les métiers connexes

(mécanique, thermique…)

Cependant certaines caractéristiques doivent être prises en compte :

Afin d’éviter des démarches inadaptées : une validation de l'outil pour l'application ;

Afin d’éviter des solutions aberrantes : une bonne connaissance des ordres de grandeurs et des phénomènes physiques sous jacents ;

Afin de traiter des problèmes complexes : une capacité à simplifier les modèles de manière pertinente ;

Afin de tirer parti au mieux des potentiels des outils : un dialogue efficace avec le support logiciel permettant les meilleurs réglages des simulateurs.

Généralement, ces outils demandent donc une bonne connaissance des phénomènes de propagation électromagnétique, des méthodes numériques associées et du problème spécifique à traiter, mais aussi une certaine expérience du logiciel ou des facilités immédiates que procure l’interface graphique.

La fiabilité et l'efficacité de ces outils dépendent donc fondamentalement de la validation des modèles, notamment par des moyens expérimentaux (comparaison mesures/simulations). Des références canoniques peuvent aussi constituer des bases précieuses.

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Chapitre II – Méthodes numériques et logiciels pour l’étude EM des chambres anéchoïques

Les méthodes numériques permettant la résolution des problèmes électromagnétiques présentent une certaine diversité et peuvent être classées en trois grands groupes :

Les méthodes analytiques (ou semi-analytiques) qui permettent de résoudre le problème à partir de l’expression littérale des champs sur les divers objets (à partir de cas canoniques). Par exemple dans le cas des travaux de Monterde et al. [II-1], une telle approche appliquée au calcul des modes d’une cavité a été combinée avec une méthode rigoureuse pour déterminer les conditions limites absorbantes de cette dernière. Ceci a permis le calcul des modes dans une chambre anéchoïque. Malheureusement, ces méthodes sont très difficiles à mettre en œuvre dans le cas de structures complexes (géométries non parallélépipédiques, couverture non uniforme des absorbants, etc…), elles ne seront pas détaillées ici.

Les méthodes asymptotiques sont des méthodes approchées dans le domaine harmonique qui s’appuient sur les fondements de l’optique géométrique ou physique. Ces méthodes sont typiquement appliquées à des objets de grandes dimensions devant la longueur d’onde [II-2], car elles sont efficaces vis-à-vis des ressources de calcul et restent précises lorsque les hypothèses sont validées.

Les méthodes « rigoureuses » (Full waves methods) : on les utilise lorsque les dimensions de l'objet sont de l'ordre de grandeur de la longueur d'onde. Aucune simplification a priori des équations de Maxwell n'est généralement possible dans ce cas.

Plusieurs caractéristiques distinguent les méthodes "rigoureuses" :

le nombre de dimensions des problèmes traitées: 2D (pour les problèmes plans, guides rectangulaires, cornets corruguées à symétrie axiale, etc…), 2D1/2 (circuits planaires typiquement), 3D (problèmes généraux).

le domaine d'étude : résolution dans le domaine temporel ou fréquentiel.

le type de maillage utilisé : les objets peuvent être définis par des maillages surfaciques ou volumiques, de formes cartésiennes ou irrégulières (se conformant aux objets), en fonction des schémas numériques considérés.

Nous n’aborderons pas toutes les méthodes numériques pour l’analyse EM mais plus spécifiquement celles que nous avons retenues pour leurs potentiels vis-à-vis de notre étude. Cette présentation portera sur les éléments indispensables à leur bonne compréhension, mais n’a pas vocation à servir de base algorithmique pour une programmation éventuelle. Le cas échéant, on s’orientera vers les références bibliographiques indiquées.

Les logiciels commerciaux de simulation EM qui intègrent les méthodes numériques sélectionnées ont alors été évaluées sur divers scenarii issus du contexte des chambres anéchoïques. Ces cas tests ont permis la sélection d'un outil, basée notamment sur des critères de précision des modèles et de maitrise des temps de simulation.

2.Méthodes Asymptotiques

Ces méthodes résultent d'une approximation des équations de Maxwell lorsque la fréquence tend vers l'infini ou du moins lorsque les dimensions des objets ou les distances entre eux sont suffisamment grandes devant la longueur d'onde.

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Chapitre II – Méthodes numériques et logiciels pour l’étude EM des chambres anéchoïques

Les deux principales approches asymptotiques sont :

Celles qui s'appuient sur la notion de rayon et le principe de Fermat : l’optique géométrique (OG/GO), ses extensions dans la théorie géométrique de la diffraction (TGD/GTD) et la théorie uniforme de la diffraction (TUD/UTD).

Celles qui s’appuient sur une approximation asymptotique de l’expression des courants aux interfaces entre les milieux : optique physique (OP/PO) et ses variantes.

2.1 Optique Géométrique et diffraction

La méthode de l’optique géométrique (OG/GO) est basée sur le formalisme des rayons et ne retient que les deux interactions fondamentales : la réflexion et la réfraction de Snell-Descartes – Figure II-1a.

En espace libre, le front d'onde est défini comme la surface équiphase qui se déplace orthogonalement à chaque rayon. Ces rayons constituent des faisceaux généralement divergents pour le cas de sources quelconques, mais dans lesquels l’énergie reste conservée.

En présence de l’environnement, le champ EM total provient de la superposition vectorielle de l’ensemble des champs élémentaires portés par chaque rayon. Il est donc fondamental de bien identifier l’ensemble des rayons qui y contribuent de façon significative. Ceci peut être déterminé de manière automatique à partir de méthode de type lancé ou tracé de rayon [II-3]. Aux points d’interactions, les lois de Snell-Descartes doivent être respectées.

Les sources utilisées pour les rayons ne peuvent exister rigoureusement dans la réalité. En effet, nous avons vu dans le chapitre I que les champs sont rayonnés à partir d’antennes et qu’à proximité de celles-ci, il existe une contribution de puissance réactive : c’est la zone des champs proches. La zone de Fraunhofer (champ lointain) est celle à partir de laquelle l’onde acquiert ses caractéristiques d’onde localement plane. A cette distance et concernant la propagation EM, on ne sait plus distinguer l’antenne réelle de la source de rayon équivalente. Il faut donc que les points d’interactions et d’observations se trouvent à une distance supérieure ou égale à celle du champ lointain pour que l’évaluation du champ à l’aide des rayons soit envisageable.

Les caractéristiques de divergence et de déphasage associées au champ le long des rayons sont indiquées ci-dessous en fonction des principales sources – Tableau II-1.

Caractéristiques du front d’onde associé à la source

Facteur de divergence du champ (à la distance R de la source)

Déphasage spatial

(à la distance R de la source)

Plan

1

e

jkR

k : nombre d’onde dans le milieu k=2π/ λ

λ : longueur d’onde

Sphérique

1/R

Cylindrique

1/

R
R

Tableau II-1 : Principales caractéristiques du champ asymptotique émis selon les sources

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Chapitre II – Méthodes numériques et logiciels pour l’étude EM des chambres anéchoïques

Pour toutes ces configurations, les champs électrique, magnétique et la direction de propagation

forment un trièdre direct. E et H sont reliées par l’impédance η du milieu (environ
forment un trièdre direct. E et H sont reliées par l’impédance η du milieu (environ 377Ω dans l’air) par
r
r
la relation
E
=η.
H
.

Concernant le phénomène de réflexion sur une surface lisse (réflexion spéculaire), le coefficient s’exprime analytiquement en faisant intervenir les caractéristiques électriques des milieux concernés (permittivité diélectrique ε, perméabilité magnétique µ et conductivité σ) (expression analytique – Chapitre IV §X). Lorsque l’état de surface n’est plus lisse, des corrections peuvent être envisagées pour tenir compte de façon approchée les phénomènes de diffusion à l’interface.

S P θ 1 θ 1 Milieu 1 ε 1, µ 1 Q Milieu 2
S
P
θ 1
θ 1
Milieu 1
ε
1, µ 1
Q
Milieu 2
ε
θ 2
2, µ 2
S
: point source
P
: point d'observation
Q
: point de réflexion
(a)
Q
Q

S

P

Q : point de diffraction

(b)

Figure II-1 : Illustration des lois de Snell-Descartes (a) et du cône de Keller (b)

Le principal inconvénient de cette théorie est de prévoir un champ nul dans les zones d'ombres, ce qui contredit l’expérience. Afin de résoudre ce manque, la théorie géométrique de la diffraction (GTD) a été introduite par Joseph Keller. Cette théorie a étendu le domaine de validité de l'optique géométrique en introduisant les rayons diffractés, application du cône de Keller [II-4]- Figure II-1b - dans des cas canoniques (demi-plan, dièdre, cylindre, sphère, etc…) qui s’ajoutent aux rayons incidents, réfléchis et transmis de l’optique géométrique classique.

et transmis de l’optique géométrique classique. Figure II-2 : Délimitation des zones op tiques dans le

Figure II-2 : Délimitation des zones optiques dans le cas d'un dièdre.

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Chapitre II – Méthodes numériques et logiciels pour l’étude EM des chambres anéchoïques

La théorie uniforme de la diffraction (TUD/UTD) développée par Kouyoumjian et Pathak [II-5]

a amélioré la méthode en éliminant quelques inconvénients de la GTD (divergence au voisinage des

frontières optiques). Elle a aussi étendu la théorie aux arêtes non rectilignes, aux surfaces courbes…

Une frontière d’ombre correspond à la disparition d’un rayon de la GTD. Dans le cas de la diffraction par l’arête supérieure d’un dièdre, il existe deux types de frontières d’ombre - Figure II-2 :

La limite d’ombre du champ incident (LOI) : elle se rapporte à la disparition du champ incident suite au blocage des rayons par la face éclairée du dièdre.

la limite d’ombre du champ réfléchi (LOR) : elle définit la zone d’existence des rayons réfléchis par la face éclairée du dièdre.

2.2 Optique Physique et variantes

La méthode de l’optique physique (OP/PO) [II-2] fournit une représentation intégrale du champ (diffracté et réfléchi) en considérant ce rayonnement comme une conséquence des courants de surface sur l'objet diffractant et réciproquement.

Ainsi le champ en tout point de l’espace dérive de la distribution des courants sur la surface des objets lorsque ces surfaces sont en visibilité directe. La problématique de recherche des rayons est simplifiée par rapport à la GO puisque seuls les rayons directs sont à prendre en compte. Par ailleurs, il existe potentiellement un grand nombre de sources car celles-ci dérivent fondamentalement des hypothèses de distributions de courants qui peuvent être réparties sur de nombreuses surfaces.

Comme pour la GO, il n’y a pas de prise en compte des phénomènes de diffraction. La contribution de la diffraction peut être intégrée en ajoutant des courants équivalents appropriés près des bords : c’est la méthode des courants de franges (EEC : Equivalent Edge Curents). Cette dernière approche constitue la théorie physique de la diffraction (TPD/PTD) introduite par Ufimtsev [II-6]. D’autres approches existent avec le même objectif et présentent diverses précisions [II-7].

2.3 Implémentation pour des chambres anéchoïques

L’optique physique présente finalement ici un intérêt très limité : le maillage de surface induit par la méthode reste trop important compte tenu des grandes dimensions des chambres et des surfaces de matériaux absorbants. De ce fait, ce sont surtout les techniques issues de l’optique géométrique qui sont appliquées dans ce contexte et qui feront l’objet de la suite de ce paragraphe.

Ces méthodes approchées ont été privilégiées il y a une vingtaine d'années, du fait de la puissance limitée des unités de calcul. Elles sont relativement « faciles » à implémenter et nécessitent

« peu » de ressources informatiques en comparaison de méthodes « rigoureuses » que nous aborderons

dans la suite de ce chapitre. Pour un modèle donné, l’analyse des fréquences hautes n’entraîne pas d’augmentation des ressources de calcul. Ces méthodes sont uniquement limitées par la complexité géométrique du modèle (nombre de facettes et d’arêtes), par le nombre de réflexions, de transmissions, de diffractions et de combinaisons de ces dernières lors de la simulation.

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Chapitre II – Méthodes numériques et logiciels pour l’étude EM des chambres anéchoïques

Coupe transversale

Longueur

Absorbants Antenne de réception Antenne d’émission Antenne d’émission image Plan de sol métallique Hauteur
Absorbants
Antenne de
réception
Antenne
d’émission
Antenne d’émission image
Plan de sol
métallique
Hauteur

Coupe transversale avec image

N=2 N=1 N=3 Région image Hauteur
N=2
N=1
N=3
Région image
Hauteur
N=5 N=4 N=6 Région image
N=5
N=4
N=6
Région image
N=7 N=9 N=8 N=10 Région image Région image Hauteur
N=7
N=9
N=8
N=10
Région image
Région image
Hauteur

Coupe longitudinale avec image

N=11 N=12 Largeur
N=11
N=12
Largeur
N=13 N=14
N=13
N=14

Figure II-3 : Schéma des 14 rayons de la modélisation de Holloway avec la théorie des images.

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Chapitre II – Méthodes numériques et logiciels pour l’étude EM des chambres anéchoïques

Le National Institute of Science and Technology (NIST) [II-8] a ainsi réalisé un modèle d'une transmission entre deux dipôles dans une chambre semi-anéchoïque en se limitant à une réflexion spéculaire, grâce à la connaissance de la réflectivité sur les parois recouvertes d’absorbants pyramidaux. Nous verrons, dans le chapitre suivant, les limitations de cette approche. Dans ces conditions et compte tenu de la géométrie parallélépipédique de la chambre étudiée, 14 rayons sont pris en considération - Figure II-3.

Lorsque les coefficients de réflexion sont faibles (< -20dB), le modèle est présenté avec une précision de l'ordre de 1 dB sur la déviation d’atténuation normalisée d’emplacement (ANE), pour les fréquences au-dessus de 500 MHz. On peut noter cependant que la qualité des absorbants conduit à une faible variabilité de cette déviation d’ANE dans le contexte de cette publication. L'utilisation de la théorie des images permet de simplifier la recherche des rayons.

Le plan de masse au sol de la structure constitue un plan de symétrie électrique. Tout se passe alors comme si le modèle possédait deux antennes d'émission, avec une inversion de phase en polarisation horizontale. Toutes les parois étant absorbantes, l’implémentation est simplifiée dans un programme informatique.

Gavenda [II-9] a lui défini un modèle prenant en compte des réflexions multiples sur les parois absorbantes (trois réflexions au maximum). Ce modèle donne de meilleurs résultats pour des absorbants moins performants, mais la limite basse fréquence, qui provient des hypothèses fondamentales de la théorie asymptotique, reste la même.

Dans le cas de l’étude de Taylor [II-10], on ne prend en compte que les effets liés à la diffraction de chacune des pointes des pyramides. Le calcul de la diffraction de la pointe est le résultat d’une simulation UTD réalisée par l’université d’Ohio [II-11]. Le nombre de chemins existant est donc directement lié au nombre de pyramides. Cette approche est nécessaire lorsque le phénomène de diffraction devient prépondérant par rapport à la réflexion spéculaire – Chapitre III.

2.4 Bilan sur les méthodes asymptotiques

Ci-dessous un tableau - Tableau II-2 - récapitulatif des différentes méthodes asymptotiques :

Méthode

Correction apportée par rapport à la GO

Optique géométrique (GO)

Théorie Géométrique de la Diffraction (GTD)

GO + champ au voisinage d’une arête

Théorie Uniforme de la Diffraction (UTD)

GTD + correction aux frontières optiques

Optique Physique (PO)

Théorie Physique de la Diffraction (PTD)

PO + correction aux arêtes

Tableau II-2 : Méthodes asymptotiques

Pour toutes ces méthodes, une limite apparaît en dessous d’une certaine fréquence, due aux hypothèses des méthodes asymptotiques. Notamment, dans la zone de champ proche des antennes, les ondes n’ont pas une configuration localement plane. Dans cette région, les hypothèses nécessaires aux rayons ne sont donc plus valides.

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Chapitre II – Méthodes numériques et logiciels pour l’étude EM des chambres anéchoïques

Pour les simulations où la fréquence basse est en dessous de 500 MHz, les méthodes "rigoureuses" deviennent nécessaires et il devient possible sans avoir recours à des supercalculateurs de résoudre les équations de Maxwell pour des problèmes de la taille des chambres anéchoïques.

3.Méthodes "Rigoureuses"

Comme indiqué au début de ce chapitre, nous entendons par méthodes rigoureuses, celles qui s’appliquent à la résolution des équations de Maxwell, sans approximation a priori des grandeurs électromagnétiques.

3.1 Méthodes intégrales

Les méthodes intégrales ont connu un succès important dès le début de l’utilisation des codes de simulations électromagnétiques. On peut citer en particulier le logiciel NEC (Numerical Electromagnetic Code) développé par le NOSC (Naval Ocean Systems Center), utilisé des les années 1970, et dont les évolutions se poursuivent encore aujourd’hui. Une version libre de NEC (NEC2) est d’ailleurs téléchargeable librement sur divers sites Internet [II-12].

Dans ces méthodes, les champs EM en tout point de l’espace sont déduits de la contribution additive des sources de courant (ou des charges) infinitésimales sur les interfaces entre les milieux, en faisant intervenir des fonctions de Green appropriées.

Historiquement, la méthode des moments était appliquée aux matériaux conducteurs, les courants étant définis sur des fils ou des plaques de formes quelconques. Elle a connu des extensions dans le cas des structures multicouches diélectriques à dimensions latérales infinies pour lesquelles on considère les courants électriques sur les conducteurs ou les courants magnétiques fictifs sur les fentes (circuits plannaires 2.5D).

Dans

sa

f